//img.uscri.be/pth/e7c53cedbd9d59515421848dc4b415db98cb2548
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

La médecine chez les Peuls du Cameroun septentrional

De
482 pages
Voici mis au jour plusieurs aspects de la société peule d'hier et d'aujourd'hui. Cette société jouissant d'un grand équilibre ne peut être réduite aux activités pastorales. Elle regorge de connaissances endogènes autant dans ce domaine que dans ceux de la pharmacopée et de la médecine traditionnelle ou historique.
Voir plus Voir moins

Jean Paulin MENGUE ME NDONGOLa médecine chez L es Peu Ls
se Pna L
1754-2013
Cet ouvrage vise une analyse qualitative des stratégies de préven-
tion, de guérison, et de gestion des maladies chez les Peuls, dans La médecine chez L es Peu Ls
une perspective dynamique, féconde, et interactive.
Il apparaît que les solutions que ce système offre aux problèmes du c ameroun se PtentrionaLde santé peuvent être connues, mais que leur matérialisation n’est
pas évidente, du fait de l’intrication de plusieurs paramètres à la
fois culturels, politiques, et économiques.
1754-2013
Somme toute, dans cette étude de très haute qualité, exploitant à sou-
hait la méthodologie interdisciplinaire, l’auteur a exploré en géologue
social tous les cadres humains et leurs dérivés de la pharmacologie
peule du Grand Nord-Cameroun, (…) a révélé aux yeux du monde
contemporain non seulement le fondement vivifiant mais plus encore Préface de Hamadou Adama
la fonctionnalité réelle de la médecine chez les Peuls et, par ricochet, la
médecine traditionnelle africaine.
Dr Atangana Oona Martin Célestin , philosophe
Mengue Me Ndongo lève plusieurs pans de voile sur la société peule
d’hier et d’aujourd’hui. C’est une société jouissant d’un grand équi-
libre, qu’il est hasardeux de réduire aux activités pastorales. Elle regorge
de connaissances endogènes aussi bien dans ce domaine que dans ceux
de la pharmacopée et de la médecine traditionnelle ou historique. La
religion islamique, nous semble-t-il, conforte les modes de production
d’une société en perpétuelle lutte pour le maintien de ses identités.
Pr Motaze A am Marcel , sociologue
Jean Paulin Mengue Me Ndongo est Bulu (Yessok) du Sud-
Cameroun. Titulaire d’un doctorat Ph/D en histoire, cadre
contractuel d’administration en service au ministère des Finances,
président de l’association Les amis de la médecine traditionnelle,
il est également membre de l’Organisation internationale
islamique pour la santé humanitaire en Afrique, et de la Société
civile des droits de la littérature et des arts dramatiques.
47 €
ISBN : 978-2-343-02680-0
H-CAMEROUN_GF_MENGUE-ME-NDONGO_MEDECINE-PEULS-CAMEROUN-SPTENTRIONAL.indd 1 11/09/14 19:26
wkneauocnotiurrtmed
La médecine chez L es Peu Ls
Jean Paulin MENGUE ME NDONGO
du c ameroun se PtentrionaL






La médecine chez les Peuls
du Cameroun septentrional





















Jean Paulin Mengue Me Ndongo











La médecine chez les Peuls
du Cameroun septentrional
1754-2013









Préface de Hamadou Adama


















































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-02680-0
EAN : 9782343026800




A ma famille,

à tous les malades et tradipraticiens de santé. REMERCIEMENTS
Un vieil adage podoko dans le Mayo-Sava, région de l’Extrême-Nord
Cameroun, stipule qu’« aucune réussite ne peut être individuelle ; elle est
toujours le résultat de diverses contributions ». Ce travail de recherche est une
manifestation concrète de ce principe. Il n’aurait été possible sans le concours
multiforme des uns et des autres. Nous sommes profondément reconnaissant à
toutes celles et à tous ceux qui nous ont aidé dans sa réalisation.
Nous remercions en premier lieu les autorités académiques de l’Université
de Ngaoundéré qui ont autorisé la soutenance publique de ce travail.
Nous remercions en second lieu le Professeur Hamadou Adama, Chef de
Département d’Histoire et responsable de l’Unité de formation doctorale qui a
bien voulu guider nos pas sur le chemin de la recherche scientifique. Ses
conseils, orientations et suggestions ont permis la réalisation de cette œuvre.
Nous tenons particulièrement à le remercier pour toutes les démarches
entreprises en vue d’aboutir à la présentation et à la validation de ce travail.
Nous remercions également certains éminents enseignants pour leur
expertise et leur contribution dans l’amélioration de la qualité générale de cet
ouvrage. Nous exprimons notre profonde gratitude à chacun d’eux pour leurs
critiques et suggestions : Professeur Abwa Daniel (Directeur des Affaires
Académiques et de la Coopération à l’Université de Yaoundé I), Professeur
Tchotsoua Michel (Vice-Doyen chargé de la Recherche et de la Coopération à
la FALSH-UN), Professeur Motaze Akam Marcel (Chef de Département de
Sociologie et Anthropologie, FALSH-UN) et Professeur Eyezo’o Salvador
(Chef de Département d’Histoire, ENS-Yaoundé).
Nous adressons nos sincères remerciements à Sa Majesté le Lamido de
Maroua pour l’accueil chaleureux et les contacts qu’il nous a permis de nouer
en vue de réaliser cette œuvre.
Nos remerciements vont aussi aux différentes familles Yaouba Adama de
Maroua, Abdoulahi Iyabano de Garoua, Daouda Siddiki et Ahmadou Yaouba de
Ngaoundéré qui ont sacrifié leurs occupations pour nous aider à obtenir les
informations et à traduire celles-ci du fulfulde en français. Nous tenons à
exprimer notre sincère reconnaissance à tous les « tradipraticiens » qui ont
accepté de partager avec nous leur connaissance de quelques plantes et à tous
les responsables des diverses associations et des regroupements des
« tradipraticiens » de santé du septentrion camerounais, des localités de
Ngaoundéré, Garoua, Maroua, Moulvouday et de leurs environs à qui nous
adressons nos vives salutations. Toute notre gratitude à toutes celles et à tous ceux qui nous ont aidé et
soutenu tout au long de notre parcours. Nous pensons en particulier aux pères
Oblats Antonio Ayanz et Parietti du diocèse de Maroua-Mokolo, au Dr Pierre
Fadibo, Chargé de Cours au Département d’Histoire de l’Université de
Ngaoundéré, à Christian Seignobos, Directeur de recherche à l’I.R.D., à tout le
personnel du Centre régional des impôts de l’Adamaoua à Ngaoundéré et à M.
Tcharou Liman, Chef de Centre départemental des impôts du Faro et Déo à
Tignère pour l’appui multiforme et les encouragements qui nous ont été
adressés tout au long de nos travaux.
Nous sommes reconnaissant aux photographes Souaïbou et au Modibbo
Abdoul Kadiri Hayatou pour le traitement en laboratoire des images présentant
cinquante plantes médicinales recensées dans le septentrion camerounais. Nous
sommes également reconnaissant à l’infatigable Ousman Boukar et à Hamboa
Issa Prosper pour le traitement informatique et la reprographie initiale de la
présente œuvre. Merci à Serge Takengny Fometio, Alphonse Richard Mfouapon
Mouliom et Eric Lambert Ndjeukwé pour la touche professionnelle donnée à la
présentation finale de cet ouvrage. Notre pensée va à l’endroit de tous nos
camarades de promotion pour l’esprit de collaboration et de convivialité qui a
caractérisé notre parcours académique.
Ce serait un crime de lèse-majesté si nous venons à tourner cette page de
remerciements sans témoigner toute notre profonde gratitude à nos nombreux
informateurs sans qui la collecte des données dans les régions de l’Extrême-
Nord, du Nord et de l’Adamaoua n’aurait pu être possible. Au prince Nji Fifen
Ousseni de la cour royale du sultanat Bamoun, qui nous a initié à la
tradithérapie et guidé nos pas dans les recherches sur la phytothérapie, nous
disons toute notre amitié.


8 LISTE DES ABRÉVIATIONS
AGHECAM : Association des guérisseurs et herboristes du Cameroun
APMTC : Association pour la promotion de la médecine traditionnelle au
Cameroun
ASCERETRADMOCAM : Association centre rapide des tradi-modernes
du Cameroun
ASPROMETRADCAM : Association pour la promotion de la médecine
traditionnelle au Cameroun
ASTRADPRACAM : Association des tradipraticiens de santé de
l’adamaoua et du Cameroun
CDE : Camerounaise des eaux.
CEN : Cameroon Ethnobotanic Network
CRPMT : Centre de recherches en plantes médicinales et médecine
traditionnelle
CUSS : Centre universitaire des sciences de la santé
EELC : Église évangélique luthérienne au/du Cameroun
ENS : École normale supérieure
FALSH : Faculté des arts, lettres et sciences humaines
FONADER : Fonds national pour le développement rural
IRD : Institut de recherche pour le développement
IRPM : Institut de recherche des plantes médicinales
MST : Maladies sexuellement transmissibles
MTC : Médecine traditionnelle au Cameroun
MTR : Médecine traditionnelle
OAPI : Organisation africaine de la propriété intellectuelle
OFATGN : Organisation des femmes accoucheuses traditionnelles du grand
Nord
OIISHA : Organisation islamique internationale pour la santé et humanitaire
en Afrique
OISA : Organisation internationale pour la santé en Afrique
OMS : Organisation mondiale de la santé
OPMTC : Organisation pour la promotion de la médecine traditionnelle au
Cameroun OUA/CSTR : Commission scientifique, technique et de la recherche de
l’Organisation de l’unité africaine
PNUD : Programme des nations unies pour le développement
RPATA : Regroupement des présidents des associations des tradipraticiens
de l’adamaoua
RPATSC : Regroupement des présidents des associations des tradipraticiens
de santé du Cameroun
SCB : Société camerounaise de banque
SIDA : Syndrome d’immunodéficience acquise
UA : Union africaine
UE : Union européenne
UN : Université de Ngaoundéré
UNESCO : United Nations for Éducation, Science and Culture Organisation
(Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture)
UNICEF : United Nations for International Children’s Emergency Fund
(Fonds des nations unies pour l’enfance)
VIH : Virus de l’immunodéficience humaine
WHA : World Health Assembly (Assemblée mondiale de la santé).

10 LISTE DES FIGURES
Figure 1 : Carte de localisation de la zone d’étude ............................................ 25
Figure 2 : Carte de peuplement du Cameroun septentrional .............................. 25
Figure 3 : Circuit de traitement des maladies chez les Peuls ........................... 301
Figure 4 : Pyramide sanitaire ........................................................................... 310


LISTE DES IMAGES
Image 1 : Maama tabac, abutilon lacéré, Abutilon pannosum ........................... 91
Image 2 : Buule, acacia à épines éparses, Acacia ataxacantha .......................... 92
Image 3 : Buule (« pennata »), acacia à feuilles pennées, Acacia pennata ........ 94
Image 4 : Nyeguila ngueru, aloès sauvage, Aloe ............................................... 95
Image 5 : Biridji, arachide, Arachis hypogaea ................................................... 97
Image 6 : Suraqewal, arbre brosse à dents, Salvadora persica .......................... 98
Image 7 : Sandal, arbre à encens, Daniella ogea ............................................. 100
Image 8 : Kondon, bananier, Musa sinensis ..................................................... 101
Image 9 : Bowko, baobab, Adansonia digitata ................................................. 103
Image 10 : Jambal-joohi, basilic, Ocimum basilicum ...................................... 105
Image 11 : Wajaalo, begnfala, Cymbopogon giganteus .................................. 106
Image 12 : Maama-tasba, café nègre, Cassia occidentalis .............................. 108
Image 13 : Bango, chanvre indien, Cannabis sativa ........................................ 109
Image 14 : Giineti, citronnelle, Cymbopogon citratus ..................................... 111
Image 15 : Hottollo, cotonnier, Gossypium barbadense .................................. 112
Image 16 : Tanne, détah du Sénégal, Detarium senegalense ........................... 113
Image 17 : Pompoga, dolique, Vigna unguiculata ........................................... 115
Image 18 : Pade waandu, entada d’Afrique, Entada africana ........................ 116
Image 19 : Bantaahi, fromager, Ceiba pentandra118
Image 20 : Citta afo, gingembre, Zingiber officinale....................................... 119
Image 21 : Baskoohi, gombo, Hibiscus esculentus .......................................... 120
Image 22 : Nareehi, gonakié, gommier rouge, Acacia nilotica ....................... 122 Image 23 : Nalli, henné, Lawsonia inermis ..................................................... 123
Image 24 : Legal Gbaya, herbe mal à la tête, Bryophyllum pinnatum ............. 124
Image 25 : Haco mbaram, herbe aux sorciers, Ageratum conyzoïdes126
Image 26 : Bulumji, igname, Dioscorea bulbifera ........................................... 127
Image 27 : Gihedaneje, le kade, Acacia albida ............................................... 129
Image 28 : Bantaahi bodeehi, kapotier à fleurs rouges, Bombax costatum ..... 131
Image 29 : Kaareehi, Karité, Butyrospermum parkii ....................................... 132
Image 30 : Maama tasba, kinkéliba, Combretum micranthum ........................ 134
Image 31 : Goro, kolatier, Cola nitida ............................................................. 135
Image 32 : Pompoga hastata, leptadénie fer de lance, Leptadenia hastata ..... 137
Image 33 : Buutali, le maïs, Zea mays138
Image 34 : Nyarnyarngal danejum, malnommée, Euphorbia hirta ................. 140
Image 35 : Mangorohi, manguier, Mangifera indica ....................................... 141
Image 36 : Hacombahi, manioc, Manihot esculenta........................................ 143
Image 37 : Nyarnyarngal balejum, mitracarpe, Mitracarpus scaber ............... 144
Image 38 : Tabe, nénuphar, Nymphaea lotus ................................................... 145
Image 39 : Gangne, nîmier, Azadirachta indica .............................................. 147
Image 40 : Folere bodejum (wodeere), oseille de Guinée, Hisbuscus sabdariffa149
Image 41 : Mandja, palmier à huile, Alaeis guineensis ................................... 150
Image 42 : Dukuuhi (arbre), dukuuje (fruit), papayer, Carica papaya ............ 152
Image 43 : Dankali, patate, Ipomaea batatas .................................................. 155
Image 44 : Kolakolaahi, pourghère, Jatropha curcas...................................... 156
Image 45 : Ngalbije, prune noire, Vitex doniana ............................................. 158
Image 46 : Kolkola djidere, ricin, Ricinus cummunis ...................................... 159
Image 47 : Dubbe, ronier, Borassus aethiopum ............................................... 161
Image 48 : Kirtani, sisal, Agave sisalana......................................................... 162
Image 49 : Gaori (Yadiiri), sorgho, Sorghum .................................................. 164
Image 50 : Tabac baleehi, tabac, Nicotiana tabacum ...................................... 165
Image 51 : Djabbi (arbre), Djabbe (fruit), tamarinier, Tamarindus indica ...... 167
Image 52 : Dundehi, voacanga d’Afrique, Voacanga africana ....................... 169


12 LISTE DES PHOTOGRAPHIES
Photographie n° 1 : Un vendeur des produits de la pharmacopée peule ........ 176
Photie n° 2 : Un étalage de produits naturels au grand marché de
Ngaoundéré ...................................................................................................... 176
Photographie n° 3 : Un rayon de vente des minéraux .................................... 176
Photie n° 4 : Une vue des minéraux utilisés en pharmacopée peule ... 176
Photographie n° 5 : Discours d’un responsable d’association de
« tradipraticiens » de santé ............................................................................... 252
erPhotographie n° 6 : Discours du sous-préfet de Ngaoundéré 1 ................... 252
Photie n° 7 : Fin de l’allocution du président du RPATA .................. 252
Photographie n° 8 : Une intervention du chef de district de santé de
Ngaoundéré traduite en fulfulde par un tradipraticien de santé. ...................... 252
Photographie n° 9 : Visite des stands d’exposition des remèdes traditionnels
erpar le sous-préfet de Ngaoundéré 1 . ............................................................... 253
Photographie n° 10 : Visite des stands d’exposition. ..................................... 253
Photie n° 11 : Une photo de famille à l’occasion de la célébration de la
journée de la médecine traditionnelle 2010. .................................................... 253
Photographie n° 12 : Une exposition vente des remèdes de la savane. ......... 253
Photie n° 13 : Visite des stands des médicaments naturels par le
gouverneur de l’Adamaoua. ............................................................................. 254
Photographie n° 14 : Visite des stands par le gouverneur de l’Adamaoua. ... 254
Photie n° 15 : Visite des stands par le gouverneur daoua .... 254
Photographie n° 16 : Visite des stands par le gouverneur de l’Adamaoua. ... 255
Photie n° 17 : Visite des stands par le gouverneur daoua. ... 255
Photographie n° 18 : Visite des stands par le gouverneur de l’Adamaoua. ... 255
Photie n° 19 : Visite des stands par le gouverneur daoua. ... 255
Photographie n° 20 : Une exposition vente des produits naturels par un
Mbororo. .......................................................................................................... 256
Photographie n° 21 : Une exposition de Ibn Abbas Nnan Ateba. .................. 302
Photie n° 22 : El Hadj Moussa Sarki dans ses œuvres à Sabongari. ... 303
Photographie n° 23 : Yaouba Adama dans son officine de Doualaré. ........... 341
Photographie n° 24 : Le « tradipraticien » Ousmanou Adama à gauche. ...... 346
Photie n° 25 et Photographie N° 26 : Le « tradipraticien » Daouda
Siddiki dans son bureau à Bali-Ngaoundéré. ................................................... 349
13 Photographie n° 27 : Daouda Siddiki employé à la COGEFAR sur son engin à
Massok. ............................................................................................................ 350
Photographie n° 28 : Une vue du barrage où travailla Daouda Siddiki. ........ 350
Photie n° 29 : Une autre vue du barrage où travailla Daouda Siddiki. 351
Photographie n° 30 : Daouda Siddiki et son maître à Kaolak. ....................... 351
Photie n° 31 : Le Modibbo de Kaolak dans ses œuvres. ..................... 352
Photographie n° 32 : Une intervention de Daouda Siddiki à Dar es-Salaam. 352
Photie n° 33 : Daouda Siddiki en compagnie de ses pairs lors d’une
prière commune. .............................................................................................. 353
Photographie n° 34 : Daouda Siddiki en compagnie de ses pairs lors d’un
conclave. .......................................................................................................... 353
Photographie n° 35 : Visite du stand de Daouda Siddiki par le gouverneur de
l’Adamaoua. ..................................................................................................... 354
Photographie n° 36 : Daouda Siddiki présentant ses produits au gouverneur de
l’Adamaoua.354
Photographie n° 37 : Daouda Siddiki à droite. ............................................... 355
Photie n° 38 : L’heureux récipiendaire Daouda Siddiki au centre...... 355
Photographie n° 39 : Daouda Siddiki hospitalisé. ......................................... 356
Photie n° 40 : Daodiki sous perfusion. ................................... 356
Photographie n° 41 : Maïrama Ina dans une salle de consultation. ............... 360
Photie n° 42 : Maïrama Ina dans une autre salle de consultation. ...... 360
Photographie n° 43 : Maïrama Ina lors d’une exposition. ............................. 361
Photie n° 44 : Maïrama Ina avec des visiteurs lors d’une exposition. 361
Photographie n° 45 : Djafarou Sadihu dans ses œuvres. ............................... 364
Photie n° 46 : Djafarou Sadihu à l’œuvre assisté par Abdoulaye. ...... 364
Photographie n° 47 : Djafarou Sadihu à l’œuvre assisté palaye. ...... 365
Photie n° 48 : Djafarou Sadihu dans ses œuvres ................................ 365
Photographie n° 49 : Djafarou Sadihu dans ses œuvres.366
Photie n° 50 : Djafarou Sadihu à l’œuvre assisté par Abdoulaye. ...... 366
Photographie n° 51 : Djafarou Sadihu assisté par Abdoulaye lors de la
préparation des remèdes. .................................................................................. 367
Photographie n° 52 : Djafarou Sadihu et ses assistants lors de la préparation
des remèdes. ..................................................................................................... 367
Photographie n° 53 : Photo de famille entre visiteurs et « tradipraticiens » à
Manwi. ............................................................................................................. 368
14 Photographie n° 54 : Engouement des patients pour la consultation chez
Djafarou Sadihu. .............................................................................................. 368
Photographie n° 55 : Une séance de consultation par le sable. ...................... 369
Photie n° 56 : Anxiété chez les patients en attente des résultats de la
consultation. ..................................................................................................... 370
Photographie n° 57 : Une attente empreinte d’anxiété chez les patients. ...... 370
Photie n° 58 : Une vue des patients commentant les œuvres de
Djafarou. .......................................................................................................... 371
Photographie n° 59 et Photographie n° 60 : Haoua Diddi dans sa salle de
consultation et de soins traditionnels. .............................................................. 373
Photographie n° 61 : Haoua Diddi en pleine séance de désenvoûtement. ..... 374
Photie n° 62 : Une séance de consultation par cauris. ........................ 374
Photographie n° 63 : Haoua Diddi lors d’une exposition vente..................... 375
Photie n° 64 : Haoi en compagnie de sa mère........................ 375
Photographie n° 65 et Photographie n° 66 : Abdoulahi Iyabano au siège
régional d’une association de « tradipraticiens ». ............................................ 378
Photographie n° 67 et Photographie n° 68 : Abdoulahi Iyabano au marché des
remèdes traditionnels à Ngaoundéré. ............................................................... 378
Photographie n° 69 : Une vue de l’extérieur du bureau et point de vente de M.
S. Zaki. ............................................................................................................. 383
Photographie n° 70 : M. S. Zaki dans son bureau et point de vente. ............. 384
Photie n° 71 : M. S. Zaki à l’œuvre. ................................................... 384
Photographie n° 72 : M. S. Zaki en œuvre dans son bureau. ......................... 385
Photographie n° 73 : Une vue des rayons garnis de remèdes traditionnels au
point de vente appartenant à M. S. Zaki. ......................................................... 385
Photographie n° 74 : Une vue d’un autre espace spécial réservé aux activités
occultes de M. S. Zaki. ..................................................................................... 386
Photographie n° 75 : Une vue d’un espace spécial réservé aux activités
mystiques de M. S. Zaki. ................................................................................. 387
Photographie n° 76 : Une autre vue d’un espace spécial aménagé en vue
d’annihiler toute pratique de sorcellerie. .......................................................... 387
Photographie n° 77 : Une vue d’un pan du mur portant des récompenses
engrangées par M. S. Zaki après des épreuves d’initiation. ............................. 388
Photographie n° 78 : M. S. Zaki avec son serpent-cobra appelé Duna. ......... 389
Photie n° 79 : M. S. Zaki nettoyant son serpent-cobra appelé Duna. . 389
Photographie n° 80 : M. S. Zaki avec son serpent-cobra appelé Danwassa. . 390
15 Photographie n° 81 : M. S. Zaki avec son serpent-boa appelé Danguida. .... 390
Photie n° 82 : Une rencontre amicale entre M. S. Zaki et Malam
Amadou. ........................................................................................................... 391
Photographie n° 83 : M. S. Zaki dans l’une de ses multiples œuvres. ........... 392
Photie n° 84 : M. S. Zaki sur son véhicule publicitaire. ..................... 393
Photographie n° 85 : Hamadou Baba dans sa salle de consultation. ............. 398
Photie n° 86 : Hama dans un coin de sa salle de consultation.399
Photographie n° 87 : Hamadou Baba à l’œuvre dans sa salle de consultation.399
Photie n° 88 : Hama dans un autre coin de sa salle de
consultation. ..................................................................................................... 400
Photographie n° 89 : Hamadou Baba dans son jardin. ................................... 400
Photie n° 90 : Hama lors de son intronisation. .................... 401
Photographie n° 91 : Hamadou Baba après son intronisation. ....................... 401
Photie n° 92 : Hama devant son cabinet de soins. ............... 402
Photographie n° 93 : Hamadou Baba dans un espace vert proche de sa
concession. ....................................................................................................... 402
Photographie n° 94 : Salihou Samuel dans la case abritant le fameux puits. 405
Photie n° 95 : Salihuel en compagnie de Yaya Moussa. ......... 406
Photographie n° 96 : Les Djaouro Koumbo et Issa Dena en compagnie de
Salihou Samuel et de son assistant. .................................................................. 406
Photographie n° 97 : Djaouro Issa Dena, Salihou Samuel et Iliassa. ............ 407
Photie n° 98 : Salihou Samuel en compagnie des autorités
traditionnelles et de ses assistants. ................................................................... 407
Photographie n° 99 : Une vue de l’espace réservé aux malades. ................... 408
Photie n° 100 : Une vue du site aménagé pour abriter les malades. ... 408
Photographie n° 101 : Une vue de l’équipe chargée de la distribution de
« l’eau-remède ». ............................................................................................. 409
Photographie n° 102 : Salihou Samuel aux côtés des maçons. ...................... 409
Photie n° 103 : Une vue panoramique du site des malades. ............... 410
Photographie n° 104 : Une vue du petit marché des vivres et de la petite gare
de mototaxis. .................................................................................................... 410


16 PRÉFACE
L’ouvrage que vient de commettre Mengue Me Ndongo Jean Paulin est la
version revue et corrigée de la thèse de Doctorat qu’il a soutenue en 2012 à
l’Université de Ngaoundéré sur la problématique de la médecine en milieu peul
dans le septentrion camerounais.
L’analyse qu’il fait des stratégies endogènes de riposte aux souffrances et
pathogènes de toute nature au double plan préventif et curatif force le respect.
L’approche sociohistorique holistique qu’il adopte pour mieux cerner les
contours de la médecine dite traditionnelle chez les Peuls du Cameroun dans sa
dynamique spatiale et temporelle rend compte d’une érudition suffisamment
élaborée. L’identification du système médical, celle des modes de prévention et
de traitement, des méthodes et techniques séculaires de guérison donnent ici
tout leur sens à la pertinence de la pluridisciplinarité. Là n’est pas en effet le
seul avantage de ce précieux travail.
Le parcours académique de Mengue Me Ndongo Jean Paulin l’a amené à
côtoyer plusieurs environnements culturels qui l’ont enrichi de différentes
manières. Dès la première année de son inscription à l’Université de
Ngaoundéré, il manifeste un intérêt pour les plantes médicinales, la
pharmacopée et l’étiologie chez les peuples de l’Adamawa, à l’instar des
Gbaya, Mboum et Peuls. Il se lie d’amitié aux « tradipraticiens » auxquels il
rend régulièrement visite et aux thérapeutes des zones rurales. Il se familiarise
aux vendeurs itinérants des plantes médicinales, décoctions et autres philtres à
usage multiple. Au fil des années, son intérêt se mue en passion. Il prospecte,
explore et se documente sur les secrets des plantes et les détenteurs des savoirs
endogènes. Il apprend la langue fulfulde, se fait initier et s’immerge dans un
univers inconnu qu’il réussit à pénétrer grâce à l’humilité qui caractérise sa
quête du savoir.
De cette expérience positiviste sont nés l’idée et le projet de consacrer une
étude fouillée qui rend compte des spécificités, de la vitalité et de la dynamique
des approches médicales chez les Peuls. Mais, et on peut aisément se
l’imaginer, les difficultés abondent et les obstacles se multiplient sur son
chemin. L’essentiel dans ce genre d’entreprise reste que le travail a été mené et
de fort belle manière.
On apprend ainsi, à la lecture de cet ouvrage, que la médecine chez les Peuls
du Cameroun septentrional n’est nullement cloisonnée. Elle relève plutôt d’une
synthèse de plusieurs expériences accumulées tant par les Peuls dans leurs
migrations du Nord-Nigeria vers l’Adamawa que par les peuples alliés (Haoussa et Kanuri) et les groupes autochtones. Les compositions médicinales
peuvent varier d’un milieu à un autre, mais le substrat du principe actif reste
identique. De même, les formules conjuratoires peuvent revêtir des déclinaisons
rituelles contextuelles, voire conjoncturelles ; l’esprit qui les commande, tout
comme la finalité du projet, demeure identique.
On apprend également que la rencontre entre les pratiques médicales locales
et la religion islamique a contribué à un enrichissement substantiel de la
médecine dite traditionnelle, au point où il est difficile à un non-initié de
pouvoir faire le distinguo et établir la ligne de démarcation entre les
recommandations islamiques et les traditions médicales ou médicinales des
musulmans. Ce que, dans l’un et l’autre cas, il est régulièrement fait recours à la
faune, à la flore, à l’eau et aux minéraux qui constituent incontestablement
autant de sites importants de l’éclosion, de l’émergence et de la redynamisation
de la médecine dans la durée.
On apprend en outre que l’ascendance, le compagnonnage, la compétence et
le professionnalisme sont au centre des préoccupations des acteurs de la
médecine chez les Peuls. Le contrôle des compétences se fait généralement par
les pairs, à l’intérieur de la corporation, par la population et, depuis peu, par des
structures étatiques décentralisées. Les fléaux tels que l’escroquerie, le
maraboutisme ou le charlatanisme qui déforment l’image des acteurs de santé
sont régulièrement vilipendés et combattus de toutes parts, sans pour autant
disparaître complètement de l’environnement social au Nord-Cameroun. Les
pouvoirs publics qui tentent d’organiser et de réglementer le secteur de la
médecine non conventionnelle encouragent la visibilité de cette médecine dans
l’espace public, en lui reconnaissant un rôle important dans l’encadrement des
populations. Pour ce faire, ils organisent des rencontres conjointes dans
l’optique d’améliorer les techniques de dépistage et de diagnostic des
symptômes, les méthodes et procédés de recouvrement de la santé, en insistant
sur la dynamique, la singularité et la complexité des itinéraires de guérison.
Ce qui somme toute force l’admiration de ce travail richement documenté
est la capacité d’immersion de Mengue Me Ndongo Jean Paulin dans un
environnement qui lui est étranger tant du point de vue culturel que cultuel et
d’en ressortir mieux édifié. La réalisation de ce travail et les portraits, du reste
riches en enseignements, qu’il nous fait des acteurs de la médecine chez les
Peuls du Cameroun septentrional, sont là autant de preuves manifestes que
l’altérité est, incontestablement, une source inépuisable d’enrichissement, de
grandissement et d’élévation.
De toute évidence, l’ouvrage de Mengue Me Ndongo Jean Paulin est une
contribution majeure qui participe de cet élan vers l’autre. Nous avons là
18 l’illustration d’une belle leçon d’espoir, une invite à la (re)découverte de soi et
de l’autre. C’est un ouvrage qui mérite d’être lu.


Prof. Hamadou Adama
Maroua-Pitoare, août 2013.


19 INTRODUCTION
Le fameux cri des bataillons conquérants que nous laisse entendre Evemba
1Njoku’a’ Vembe rappelle que les colons et leurs successeurs attaquèrent les
bastions spirituels et idéologiques africains au cri de CIVILISATION ! Non
seulement cette situation a tronqué la réalité, mais elle a surtout obstrué la
vision africaine du monde et de l’homme.
La photographie du patrimoine thérapeutique peul du Cameroun
septentrional que présente ce livre restitue ce patrimoine et propose une
esquisse de solution par le biais de la primauté de la médecine traditionnelle
chez les Peuls.
D’après la conception occidentale, l’être humain est dualiste, c'est-à-dire
qu’il est constitué de corps et d’esprit. Chez le Négro-africain, il est triadique,
fait de souffle, d’ombre, appartient aux valeurs subtiles et est habitué à voir très
clairement les choses les plus immatérielles. Chez le Négro-africain, la maladie
et la mort dérivent du péché, c’est-à-dire une rupture d’avec la loi, soit divine,
soit de la nature ou loi sociale. La démarche thérapeutique traditionnelle
africaine admet que les maladies n’ont pas seulement des causes organiques.
L’origine du mal est plus secrète et se situe à un niveau qui n’est pas cernable
par la médecine occidentale ou moderne. Les maladies sont les conséquences,
non seulement d’une lésion ou d’une infection, mais aussi du non-respect d’un
interdit, de la colère d’une divinité ou du mauvais sort jeté par un ennemi
redoutable, puissant et mystérieux. Les maladies sont une provocation, un duel
entre puissances supérieures : l’individu n’est que le reflet de cette lutte occulte.
Ce ne sont donc pas des traitements organiques ni même psychologiques qui
peuvent vaincre les forces du mal. Le médecin moderne guérit l’aspect visible
de la maladie : il ne s’attaque pas à sa cause profonde. Comment le pourrait-il
puisque sa connaissance est imperméable à ce type de déductions ? En
reconnaissant que la science, et notamment la médecine moderne, n’est pas
impuissante, Sembène Ousmane souligne néanmoins qu’elle a des zones
inexplorées. En plus, tout ne peut s’expliquer ou se résoudre par une
2thérapeutique biochimique, car en Afrique, « c’est le règne de l’irrationnel » .
Or, l’irrationalité agace l’Occidental. Combien de fois la science n’a-t-elle pas
préféré nier plutôt que de reconnaître l’inexplicable ?
Le constat à partir duquel nous sommes parti, et qui nous a vivement engagé
3à mener cette recherche est la préoccupation de François Laplantine selon

1 Evemba Njoku’a’ Vembe, 1983, Les morts … de demain, Yaoundé, Ed Clé, p. 22.
2 Sembène Ousmane, 1964, L’Harmattan, Paris, Présence Africaine, p. 73.
3 F. Laplantine, 1992, Anthropologie de la maladie. (Etude ethnologique des systèmes de
représentations étiologiques et thérapeutiques dans la société occidentale contemporaine), Paris,
Payot.
21 laquelle, lorsqu’on parle d’étiologie dans nos sociétés, on considère presque
toujours exclusivement la seule étiologie scientifique de la médecine
contemporaine et pratiquement jamais l’étiologie subjective, mais
simultanément sociale, qui est celle des malades eux-mêmes. L’idée largement
répandue est que la causalité biomédicale est indemne de représentations,
comme si nous éprouvions de la difficulté à admettre que l’interprétation de la
maladie est un phénomène social qui n’est pas seulement le fait du spécialiste,
mais de tout le monde absolument. Corrélativement, le point de vue des clients
ou des « consommateurs » est la plupart du temps apprécié comme une source
d’ignorance ou de méconnaissance par rapport à cette médecine. On estime
qu’elle est sans grand intérêt. Mais ce qui nous a sans doute encore plus surpris,
c’est qu’une telle tendance est bel et bien partagée par la majorité des
chercheurs en sciences sociales qui, hormis quelques exceptions qui font
4véritablement figure de chercheurs pionniers, semblent vraiment peu
préoccupés par cet aspect de la question, puisqu’ils n’en parlent pour ainsi dire
jamais.
5Une autre interpellation que nous avions suivie est celle de Olivier Schmitz
qui rappelle, dans son ouvrage intitulé Multiplicité des médecines et quête de
soins dans les sociétés occidentales contemporaines, qu’« en raison de la
grande diversité des médecines parallèles, il est préférable de les étudier,
chacune dans leurs particularités respectives, plutôt que de les envisager comme
un ensemble homogène ». La présente étude sur la médecine chez les Peuls
satisfait donc à notre double curiosité et nous conduira vers une étude
approfondie de ce type de médecine.
Empirisme et secret ont isolé la médecine traditionnelle africaine malgré les
résultats encourageants qui ont été enregistrés. Quelle région d’Afrique ne
possède-t-elle pas sa propre manière de venir à bout d’une morsure de serpent
ou d’un accident de santé quelconque survenu au pied, au ventre ou à la tête ?
N’y a-t-il et n’y aura-t-il que des médicaments et remèdes occidentaux pour
soigner le paludisme, la typhoïde, l’hépatite virale ou guérir d’un accroc de
6santé ou même d’un envoûtement ? La réponse de Éric de Rosny est tranchée

4 Nous pensons aux travaux de Claudine Herzlich, 1969.
5 Olivier Schmitz est chercheur associé au Nomad RSI (recherche et soutien international), une
organisation internationale spécialisée dans les traditions de soins et la médiation au sein du
pluralisme médical. Cette organisation dispose en son sein d’une unité qui a pour objet de
contribuer à la recherche académique sur les reconfigurations des espaces thérapeutiques et les
dynamiques des systèmes de santé, d’examiner l’intégration de la recherche scientifique en
développement international et d’inscrire les activités de l’unité de développement de Nomad RSI
dans les processus sociaux et épidémiologiques en cours.
6 Eric de Rosny est un jésuite français arrivé au Cameroun en 1957. Il a passé sept ans (1975-
1982) à la direction de l’Institut africain pour le développement économique et social d’Abidjan.
Il a été préfet des études au collège Libermann de Douala. Il a publié deux livres et de nombreux
22 et sans équivoque. Il souligne qu’en Afrique, la population se retourne en faveur
des médecines dites traditionnelles, car le nganga ou guérisseur qui est cet
homme ou cette femme dont le rôle officiel est le rétablissement de la santé
continue de recevoir des patients parce qu’il ou elle guérit. Il s’agit ici d’une
médecine qui s’ouvre spécialement à une médecine globale et à une médecine
intégrée. En effet, les nganga disposent d’une gamme de techniques variant
selon les régions, où la divination et les rites de réconciliation tiennent une
place majeure. Ces traitements cosmo-socio-psycho-thérapeutiques consistent
en une vérification systématique de tous les secteurs de la vie, ou mieux, de
toutes les couches concentriques d’influence qui enveloppent la victime,
considérée comme le porte-maladie de son entourage. Cette vérification faite,
l’art du nganga consistera à rétablir l’harmonie, à réinstaller son client à la
place qu’il tenait avant sa maladie dans l’ordre cosmique et humain qui doit être
le sien.
Cette médecine ne tient pas seulement son efficacité des herbes, ni même de
son caractère global, mais de sa capacité d’intégration. Elle ne peut réussir à
intégrer ce point la vie des patients qu’en vertu de sa place névralgique dans la
vie sociale. Aujourd’hui, malgré l’influence des structures modernes, les
nganga restent, aux yeux des populations, des régulateurs des relations sociales.
La santé, au sens le plus large possible du mot français, mieux appelé « le bien-
être », « l’ordre », ou plus simplement « la vie présente », est une aspiration
tellement commune et primordiale en Afrique que les personnages chargés de la
contrôler tiennent une place éminente. Et, avec la dégradation des autres
fonctions traditionnelles, régulatrices de la coutume, leur pouvoir se trouve
renforcé.
7Joseph Ki-Zerbo emboîte le pas à Éric de Rosny lors des entretiens accordés
à René Holenstein et réalisés entre 2000 et 2002 à Ouagadougou, Genève,
Padoue et ailleurs. En effet, cet illustre penseur et chercheur africain affirme que
Nous avons des créneaux porteurs, surtout au niveau des industries
culturelles. Nous avons les chercheurs, les inventeurs, les producteurs, les
créateurs sur le plan de la musique, de la danse, des arts plastiques, du
théâtre, de la vie en commun, de la convivialité, de la prise en charge des
plus faibles, du management originel de l’environnement, du rapport à la
8santé et à la mort, aux ancêtres, de l’amour, de la gestion des conflits… .

articles dont certains forment la base de son ouvrage intitulé : L’Afrique des guérisons, Paris,
Karthala, 1992.
7 Joseph Ki-Zerbo, né le 21 juin 1922 et décédé le 04 décembre 2006, est un historien burkinabé.
A côté de la recherche scientifique et de l’enseignement, il mène des activités politiques. De 1972
à 1978, il est membre du conseil exécutif de l’Unesco, et travaille à la publication, sous l’égide de
l’Unesco, de l’histoire de l’Afrique en huit tomes. Il obtient en 1997 le prix Nobel alternatif pour
ses recherches sur des modèles originaux de développement.
8 J. Ki-Zerbo, 2003, A quand l’Afrique ? (Entretien avec René Holenstein), Paris, Editions de
l’Aube, p. 182.
23 9Mais des explorateurs de renom, à l’instar d’Henri Barth , ne trouvent pas le
temps nécessaire pour se consacrer à l’étude du fonds culturel africain. Aussi
peut-on comprendre le sens du cri lancé par ce dernier en ces termes : « Le peu
de durée de mon séjour dans l’Adamaoua ne me permit malheureusement pas
d’étudier d’une manière plus approfondie l’état de la civilisation des musulmans
10de ce lointain pays… » . Il s’agit donc manifestement de l’expression d’un
regret que la présente étude tente de combler.
11Ces auteurs sont rejoints par Elikia M’Bokolo et Karine Delaunay qui
invitent les historiens et d’autres spécialistes en sciences sociales à étudier
davantage la médecine tropicale, la santé et ses pratiques en Afrique. C’est à cet
appel lancé par ces illustres chercheurs et au besoin manifeste d’approfondir
l’étude de la culture africaine que nous répondons, eu égard à l’ampleur du
phénomène de la médecine traditionnelle et de son impact dans l’âme africaine
dans la partie septentrionale du Cameroun.
Les faits observés en Afrique et en particulier dans le Cameroun
septentrional permettent d’affirmer que le champ de guérison se confirme et
s’élargit non seulement avec la médecine traditionnelle, mais également avec la
religion, notamment l’Islam sur la base du Coran, qui constituent des
répondants efficaces contre les maladies et les souffrances. En effet, les
expériences dans le ministère de la guérison sont de plus en plus connues en
Afrique et l’on a vu toutes sortes d’inimaginables guérisons miraculeuses
comprenant la prévention, les traitements des affections majeures, des
pathologies et l’exorcisme. De plus, l’attachement viscéral des populations
africaines à ces types de thérapies démontre que l’on devrait encore et toujours
compter avec ces pratiques qu’il convient d’étudier plus amplement. C’est une
logique que préconise Karine Delaunay, qui consiste en une étude de la santé et
des pratiques médicales en Afrique, afin de relancer un axe de recherche
quelque peu délaissé par des centres de recherche. En d’autres termes, il ne
s’agit plus de laisser les questions sanitaires et médicales uniquement aux
chercheurs d’autres disciplines des sciences sociales, notamment
l’anthropologie, car les démarches et les interrogations de ces mêmes
spécialistes interpellent de plus en plus les historiens. C’est dans cette
perspective que nous avons choisi d’étudier la question médicale dans le Nord
camerounais.

9 Henri Barth est un explorateur européen de nationalité allemande ayant effectué des voyages en
eAfrique au XIX siècle.
10 H. Barth, 1860, Voyages et découvertes dans l’Afrique septentrionale et centrale pendant les
années 1849 à 1855, Paris, Tome II, Bohné A., Librairie, p. 253.
11 Karine Delaunay est historienne à l’Institut de Recherches pour le Développement, Unité de
Recherche « Constructions identitaires et mondialisation », associée au Centre d’Etudes
Africaines (EHESS-CNRS) et aux Mutations Africaines dans la Longue Durée (MALD), Paris I.
24 Afin de bien situer les contours du travail, il importe de le délimiter sur le
triple plan géographique, humain et temporel. En effet, les pages qui suivent
présentent respectivement la carte de localisation de la zone d’étude avec les
principales localités visitées et la carte de peuplement du Cameroun
septentrional. Ces limitations d’ordre géographique et au niveau du peuplement
sont suivies par des précisions sur le cadre temporel.
Figure 1 : Carte de localisation de la zone d’étude.

Figure 2 : Carte de peuplement du Cameroun septentrional.
25
L’intitulé du sujet précise que le travail couvre deux périodes à savoir 1754
et 2013. Mais il convient de donner quelques indications pouvant aider à bien
26 préciser les bornes chronologiques. La borne inférieure est l’année 1754. C’est
l’aube des temps modernes, celle qui précède l’arrivée massive des Européens
12sur les côtes occidentales de l’Afrique, une période dont R. Heilbroner fixe le
point de départ vers 1754. Cette borne correspond aussi, au plan sous-régional,
à la naissance d’Ousman dan Fodio dans le royaume haoussa de Gobir, dans le
nord-ouest de l’actuel Nigeria. Nous retenons cette date comme une indication
importante de la borne inférieure puisque les données recueillies font remonter
la pratique du système médical peul à cette date dans la région de l’Extrême-
Nord du Cameroun.
Notre étude s’arrête à aujourd’hui, précisément à l’an 2013. Cette période
correspond à une extraordinaire résistance et adaptation du système médical ou
du mode de traitement chez les Peuls en dépit du déterminisme religieux
(l’Islam), de l’ascension toujours fulgurante de la science, du capitalisme et de
la démocratie dans cette partie du Cameroun et dans le reste du monde. Le
concept « aujourd’hui » est un concept décomposé qui fait allusion à une
dynamique qui prend une allure futuriste tout en tenant compte des nouvelles
technologies de l’information et de la communication (NTIC), de la médecine
moderne et de la mondialisation qui constituent des défis et des enjeux pour la
médecine chez les Peuls. Ce concept se caractérise par rapport à la demande de
la médecine en milieu peul dans le contexte de la pauvreté pour retrouver ce qui
est statique et dynamique. Pour plus de clarté et d’exactitude, il est judicieux de
garder à l’esprit que cet ouvrage traite de « La médecine chez les Peuls du
Cameroun septentrional de 1754 à 2013 ».
Le choix de cette période relativement longue qui part donc de 1754 à 2013
obéit à plusieurs exigences. La première est d’ordre épistémologique, car toute
étude historique est dynamique et doit être entreprise sur une longue durée. La
deuxième exigence relève du contexte historique de la région d’étude. En effet,
l’histoire de l’extrême Nord, tout comme celle des autres parties du Cameroun,
est divisée en trois périodes différentes que sont, pour le cas de la présente
étude, les périodes pré-coloniale, coloniale et post-coloniale. La période pré-
coloniale qui part de 1754 à 1893 et qui est marquée par le triomphalisme et
l’expansionnisme de l’empire peul permet de cerner les manifestations, la
dimension sociale du système médical peul, la situation sanitaire et les systèmes
thérapeutiques des peuples de l’extrême Nord avant l’arrivée de la médecine
moderne et des nouvelles perceptions. La période coloniale qui prend effet dès
1893 et qui se termine en 1960 voit le partage en 1893 de l’Adamawa entre
13Anglais (Yola et la Basse-Bénoué) et Allemands (Garoua et la Haute-Bénoué) .
La fin de la présence allemande est fixée en 1916. Le début officiel de la
colonisation française commence en 1922 et se termine en 1960. Cette période

12 R. Heilbroner, 1997, Visions du futur - Hier, Aujourd’hui et Demain, Economica, pp. 37-88.
13 Mohammadou E., 1979, p. 9.
27 permet de mettre en exergue l’évolution des savoirs médicaux (représentations,
systèmes étiologiques et nosographiques, systèmes thérapeutiques), la situation
sanitaire déplorable, les efforts déployés par les administrations coloniales
allemande et française pour combattre les endémo-épidémies. Enfin, la période
post-coloniale qui correspond à « aujourd’hui » favorise la mise en évidence des
passages épidémiques, des maladies ordinaires, chroniques ou spécifiques, leurs
manifestations, leurs conséquences sur les populations, les politiques sanitaires
et les stratégies développées par l’État et les associations de guérisseurs pour
remédier aux épidémies récurrentes, et améliorer la situation sanitaire des
populations dont les conditions de vie se dégradent davantage. Une autre
exigence, liée au contexte historique, et non la moindre, est que l’histoire du
nord du Cameroun dont faisait partie l’actuelle région de l’Extrême-Nord
camerounais a été marquée par l’Islam renforcé durant la période coloniale, et
plus ou moins implanté peu avant la décennie 1890 qui a vu la naissance des
périodes islamique et coloniale. En effet, la pénétration islamique sera encore
réussie dès la période des jihads (1809) au nord-est du Nigeria et au nord du
Cameroun sous la houlette de Modibbo Adama, envoyé par Usmaanu Bii
14Fooduye .
Ce cadre temporel permet d’étudier le système médical chez les Peuls en
évaluant les manifestations, les différentes phases et son impact sur l’évolution
et l’âme des populations sur trois périodes différentes. Il permet d’analyser la
signification de chaque phase du système médical ou du mode de traitement en
vigueur chez les Peuls et de ressortir les forces et les faiblesses de ces différents
systèmes. En réalité, cette longue période permet de suivre un système médical
dans tous ses développements et d’en déterminer les multiples incidences et les
multiples articulations avec la société.
Nous avons axé nettement nos travaux de recherche sur neuf points qui se
combinent et se compénètrent harmonieusement dans le domaine
méthodologique.
Tout part de la contextualisation de l’étude. En substance, il s’agit d’une
étude en histoire qui a permis d’analyser un système de santé qui a su résister
aux assauts des âpretés tu temps : le choc des civilisations, l’antagonisme
existentiel entre la médecine occidentale dans sa phase coloniale, dénommée
sans raison apparente, médecine scientifique, et la médecine africaine locale
taxée sans examen critique de sorcellerie. La médecine véhiculée par les Peuls
était taxée de vacuité par les colonisateurs. Le peuple peul devait se mettre à
l’école des colons, car sa médecine est superstitieuse et diabolisée. Ainsi, toute
solution médicale autochtone est récusée. Mais en dépit de tous ces obstacles
coloniaux, les connaissances culturelles traditionnelles, les ressources naturelles

14 Ibid., p. 12.
28 (matérielles locales) ont résisté à la grande tornade coloniale, car les Peuls
demeurent viscéralement attachés à leur médecine. Dès lors, ce travail de
recherche s’inscrit dans le cadre de l’actualisation d’une médecine à la fois
rejetée, combattue ensuite, recommandée, acceptée de nouveau et enfin
reconnue comme réponse aux maladies et aux malades.
L’intérêt scientifique accordé à ce travail réside dans le développement d’un
des aspects de l’histoire socioculturelle au grand Nord camerounais resté
inconnu. Notre ambition est de combler pour de vrai, un grand vide inexploré
dans la connaissance du passé africain. En plus court, ce travail vient enrichir
l’historiographie du Cameroun par le biais de la médecine traditionnelle chez
les Peuls du grand Nord camerounais. Ce travail livre en plus une autre
dimension, cette fois-ci didactique, nous permettant de jeter un double regard
introspectif et rétrospectif, et d’attirer l’attention des responsables d’aujourd’hui
et ceux de demain sur une vaste expérience thérapeutique de la médecine
traditionnelle digne d’intérêt toujours renouvelé.
En troisième point, nous dégageons l’objectif, épine dorsale de ce travail. Il
s’agit d’analyser la qualité des modes de traitement en médecine chez les Peuls,
en explorant le profil chronologique des manifestations et les effets secondaires
indésirables. L’objectif spécifique est d’explorer le cadre humain, culturel,
écologique socio-cosmologique anthropo-ethnologique et géographique de la
pharmacopée peule. Il s’agit enfin, ici et maintenant, d’analyser la qualité du
fondement du fonctionnement de ladite médecine en se livrant à son inventaire
aux fins de dégager son rôle et sa fonctionnalité.
Le quatrième point consiste à poser la problématique sur l’analyse des
stratégies de prévention, de guérison et de gestion des maladies chez les Peuls.
En plus clair, nous posons le problème de la prévention, de la guérison et de la
gestion des agents pathogènes et maladies par rapport aux compétences et aux
connaissances locales chez les Peuls du Cameroun septentrional.
En cinquième point, nous dévoilons notre méthodologie. Elle est celle de la
recherche participative. Nous faisons explorer plusieurs actants. L’objectif de
cette méthodologie est de parvenir à une analyse historique fondée sur une
démarche socio-historique, sur une approche structuro-fonctionnaliste
explicative. Nous avons usé d’une méthodologie pluridisciplinaire en sciences
humaines.
En sixième et septième points, au nom de la proactivité, nous avons procédé
de la manière suivante : après avoir identifié les plantes médicinales utilisées
dans la pharmacopée peule (environ une cinquantaine), nous avons rencontré
plus de cent « tradipraticiens » peuls. Nous avons présenté le cadre humain
culturel et écologique de la pharmacopée peule. Et enfin, nous avons analysé le
fondement de la médecine chez les Peuls.
29 En huitième et neuvième points, l’honnêteté intellectuelle se posant et
s’imposant à nous, nous avons dégagé quelques difficultés rencontrées. Il s’agit
de la rareté ou l’inexistence de la littérature portant sur la médecine chez les
Peuls. Il s’agit, en outre, de la barrière linguistique, de l’inaccessibilité des
femmes « tradipraticiennes » à cause des multiples contraintes socioculturelles.
Nous retenons que le chemin en fleurs ne conduit guère au bonheur. Nous avons
bravé, un tant soit peu ces obstacles et voici le travail proprement présenté.
Notre étude de recherche se divise en deux grandes parties contenant au total
six chapitres d’égale importance.
La première partie s’intitule : Le cadre humain, culturel et écologique de la
pharmacologie chez les Peuls. Cette partie comporte deux chapitres. Elle met en
évidence les traits caractéristiques socioculturels et environnementaux
physiques des Fulbés (Peuls) et leur mode de traitement. Nous révélons ici
l’histoire des Fulbés du grand Nord du Cameroun à partir du XVe siècle
jusqu’au XXe siècle. Nous retraçons le cadre spatio-temporel, le cadre
socioculturel en tenant compte des périodes avant, pendant et après les jihads,
l’ordre et le désordre en milieu peul. C’est ce qui était conté au chapitre
premier. Le deuxième chapitre présente la flore, la faune, les minéraux,
l’hydrographie et la pharmacologie peule.
Dans la deuxième partie articulée : Fondement et fonctionnalité de la
médecine chez les Peuls, il s’agit du vif du sujet. Elle a quatre chapitres allant
du troisième chapitre au sixième chapitre. Cette partie, quant à elle, traite du
fondement de la médecine chez les Peuls. Il est nettement question, en réalité,
de deux formes de fonctionnalité de la médecine chez les Peuls :
1. De la fonctionnalité de cette médecine à base naturelle de 1754 à nos
jours.
2. De la fonctionnalité de la médecine à vocation spirituelle, culturelle,
religieuse de 1754 jusqu’au jour d’aujourd’hui ; le tout à la lumière d’un
inventaire du personnel intervenant dans la médecine chez les Peuls et de la
biographie sélective des « tradipraticiens » de nos jours.

30








PREMIÈRE PARTIE :

LE CADRE HUMAIN, CULTUREL ET ÉCOLOGIQUE
DE LA PHARMACOLOGIE CHEZ LES PEULS



La présente partie qui est consacrée à l’étude du cadre humain, culturel et
écologique de la pharmacologie chez les Peuls est structurée en deux principaux
chapitres. Il en ressort un certain nombre de données relatives aux traits
caractéristiques socioculturels et environnementaux des Peuls et de leur système
thérapeutique. On retrouve donc dans cette partie un chapitre introductif qui fait
un rappel historique concernant les Peuls du septentrion camerounais. En effet,
ce premier chapitre présente le cadre spatio-temporel qui aborde l’identité
ethnique et le nom foulbé, l’unité culturelle, les origines historiques et les
migrations peules. Il présente également le cadre socioculturel qui parle de
l’organisation politique, de l’économie, de l’art et de la vie sociale. Ce chapitre
s’intéresse aussi à l’histoire des Foulbés notamment les périodes : avant,
pendant et après les jihads. Au terme de ce premier chapitre est traitée la
question de l’ordre et du désordre en milieu peul. La notion centrale évoquée ici
est celle de pulaaku revisitée sous plusieurs angles.
Le deuxième chapitre de cette première partie examine la flore, la faune, les
minéraux, l’eau et la pharmacopée peule. En effet, ce chapitre présente la
pharmacopée peule dans sa diversité et sa richesse spécifique puis déroule une
gamme variée d’espèces floristiques, soit une cinquantaine pour le cas de la
présente étude. Il mentionne également les animaux les plus utiles et certains de
leurs dérivés, les minéraux les plus communément utilisés en milieu peul
comme l’argile rouge, les pierres précieuses, le sable, le natron et l’eau
naturelle.

33 CHAPITRE 1 :

LES FULBÉS DU CAMEROUN SEPTENTRIONAL ET LEUR
e eHISTOIRE (XVI - XX SIÈCLES)
À- CADRE SPATIO-TEMPOREL
a- Au sujet du nom foulbé
Les Peuls, Foulbé ou Fulbé (singulier Pullo) sont connus sous des noms
divers. L’appellation la plus fréquente dans les pays anglophones ou
d’expression anglaise est Fulaani. C’est de cette façon-là que les Hausa du
Nigeria les appellent. C’est aussi un des noms par lesquels les Arabes les
désignent. Des recherches restent à faire pour savoir s’il y a une relation entre
ce nom et le mot arabe fulaan (« un tel »). Les Français les appellent Peuls ou
Peuhls, les Allemands quant à eux les désignent sous le nom de Ful. Les
anthropologues et les linguistes ont préféré Fula ou Fulah. Et les autres les
appellent Felaata, Felle, Pulaar, Fila, etc.
Lors d’un séminaire qui s’est tenu à l’université Ahmadu Bello de Zaria au
Nigeria du 16 au 21 juillet 1979, patronné par l’Institut africain international
(IAI), il avait été décidé que le nom Foulbé ou Fulbé (appellation et orthographe
que la présente étude adopte) par lequel le peuple lui-même se nomme devait
être utilisé. Ce séminaire peut être pris comme autorité puisqu’il réunissait
soixante-quinze érudits représentant huit pays africains. Un tiers des assistants
étaient des Foulbés eux-mêmes.
L’autre décision de ce séminaire concernant la nomenclature était que la
langue des Foulbé devrait être appelée fulfulde et pulaar. Le besoin d’une
double désignation provient du fait que Pulaar est l’expression utilisée en
Sénégambie et dans quelques parties du Mali et de la Guinée. Le reste, et
notamment le Cameroun, appelle cette langue fulfulde.
b- L’identité ethnique des Foulbés
1Quelques-uns, par exemple Charles Frantz , voient les Foulbés comme un
groupe tellement divers que pratiquement rien n’unit en dehors de la langue. Ce
point de vue est renforcé spécialement si l’on tient compte de la caste des
artisans (nyeenybe) et les captifs qui se sont intégrés en société (rimaybe que
l’on peut retrouver dans les départements du Mayo Kani et du Diamaré à
l’extrême nord du Cameroun). En plus, les Foulbés « purs » (rimbe) sont libres,

1 Frantz C., 1979, Fulbé Continuity and Change, Zaria, IAI.
35 2« subdivisés en hommes de bétail, savants et guerriers » . Depuis les temps
coloniaux, la classe guerrière s’était intégrée à un groupe sédentaire appelé avec
dédain par les nomades et semi-nomades, « Huya’en ». En retour, les Foulbés
sédentaires, pour montrer leur dégoût envers les nomades, les appellent
3« Mbororo’en » .
En dehors des citations des autres ouvrages, le terme péjoratif « Mbororo »
ne figurera pas dans cette partie. Les Foulbés seront plutôt désignés comme
sédentaires ou nomades et de préférence seront appelés par le nom de leur clan
ou de leur fraction.
En tout cas, la dichotomie nomade-sédentaire parmi les Foulbés a existé
4 5depuis l’Antiquité. Selon Stenning et Dupire , ils peuvent être généralement
classés comme suit :
Nomades Sédentaires
Traditionalistes Puristes musulmans
Familles indépendantes Forte communauté
Endogames Exogames
Puristes culturels Sélecteurs culturels.
Les éléments ci-dessus mentionnés sont bien sûr des généralisations et des
exceptions peuvent être trouvées dans chaque cas. Il y a un mouvement constant
sur les marges. En général, la direction est tournée vers la sédentarisation, mais
6Derrick J. Stenning aussi bien que Marguerite Dupire décrivent plusieurs
exemples de Fulbés qui, après des années de vie sédentaire, se sont re-
nomadisés. Dupire montre que cela rend même plus difficile la tentative de faire
une claire démarcation entre nomades et sédentaires parce que les Foulbés re-
nomadisés emportent plusieurs usages propres aux sédentaires avec eux dans
leur nouvelle vie nomade. Comme elle le souligne : « … Il n’existe pas de
groupe nomade sans traditions sédentaires ni de sédentaires sans traditions

2 Amadou Hampaté Bâ., 1974, Laaytere Koodal et Lootori, Paris, Armand Colin.
3 H. R. Palmer (1931) voit en « Bororo » une variante de la racine « ful- » puisque au Soudan,
P=B et R=L, et en Arabe O=U. Cela est indéfendable. Le terme est très répandu, beaucoup plus
au-delà des pays haoussa auxquels Palmer fait référence. Quelques-uns semblent penser que c’est
un nom de clan. Les nomades fulbés eux-mêmes s’appellent Mbororo parfois, mais ceci
simplement parce que les autres les désignent de la sorte et leur sens de Pulaaku les empêche
d’embarrasser leurs interlocuteurs. Palmer rapporte en 1931 qu’un Pullo du sud de Zaria avait
dit : « Mbororo, dum soondu famardu ndu joodataako nokkuure woore, tum don waanka »
(Mbororo est un petit oiseau qui ne reste pas sur place. Il se promène toujours). Le seul fait sûr est
que « mbororo » désigne un genre de bœuf.
4 Stenning D. J., 1959, Savannah Nomads, London, Oxford University Press.
5 M. Dupire, 1962, Peuls Nomades, Paris, Institut d’Ethnologie.
6 Dupire et Stenning se sont concentrés respectivement en 1962 et 1959 sur l’étude de ce clan
parce que probablement le plus étendu : de la République centrafricaine au Mali. Et l’un des plus
fidèles à leurs traditions culturelles.
36 7pastorales » . Elle propose quelques caractéristiques servant à distinguer des
nomades :
ils portent des culottes en cuir ;
ils marquent le bétail à l’oreille (jelgo) ;
ils sont inséparables de la danse geerawol.
Mais, même ces facteurs ou marques identitaires ne peuvent être appliqués
avec assurance que pour déterminer les caractéristiques de certains clans
existant dans le Mayo Tsanaga et le Mayo Kani. Pour notre information, la
8définition du nomadisme proposée par Théodore Monod semble être la plus
utile. Elle dit ceci : « ceux-là qui n’ont pas de maison, qui n’ont pas un centre
fixe auquel ils sont attachés et dans lequel ils ont des droits et des obligations ».
Il y a encore deux distinctions dont nous avons besoin de faire connaissance
en considérant le nomadisme :
la transhumance ;
le semi-nomadisme ou semi-sédentarisme.
La plupart des Fulbés nomades ne se déplacent pas de manière hasardeuse
d’une place à l’autre, mais suivent des chemins habituels de transhumance,
ayant une base pour la saison sèche et une autre pour la saison des pluies. À cela
s’ajoute le fait qu’il existe généralement un mouvement migratoire vers l’est,
mais il est valable de demander toujours aux Fulbés là où ils passent leur saison
des pluies (to nduumoton ?) ou là où ils passent leur saison sèche (to
ceedoton ?), et l’on peut généralement obtenir une réponse précise. Ainsi, bien
qu’il n’y ait pas de maison dans le sens d’une résidence fixe, il y a souvent un
lieu où l’on peut espérer trouver les mêmes nomades, année après année, à des
saisons parallèles.
L’autre distinction est le nomadisme semi-sédentaire qui, dans les années 50
9comme a trouvé Stenning , a beaucoup plus résulté de la perte du bétail, mais e nous le verrons dans l’un des chapitres qui vont suivre, cette perte a été
actuellement précipitée par les pressions économiques, politiques et
géographiques. En tout cas, il y a une catégorie de nomades qui ont installé des
résidences dans les lieux de saison des pluies où certains ont entrepris de
pratiquer l’agriculture en laissant souvent les vieillards derrière quand ils se
10déplacent vers le sud pendant la sècheresse. Dupire rappelle du reste qu’il y a
plusieurs installations de ce genre dans les environs de Meiganga et Garoua-
Boulaï. Dans certains de ces cas, par exemple dans le village de Fada, à 48 km

7 M. Dupire, 1962, Peuls Nomades, op cit.
8 T. Monod, 1972, Pastoralism in Tropical Africa, London, Oxford University Press.
9 Dupire, ibid., p. 7.
10 Ibid., p. 131.
37 au nord-est de Meiganga, il y a deux chefs : un pour les nomades et l’autre pour
les sédentaires.
Nous nous sommes efforcé de définir les Fulbés nomades avec une certaine
précision puisqu’ils constituent, plus ou moins avec les sédentaires, l’objet de
cette partie. L’importance des clans sera évoquée en grands traits
ultérieurement, tout comme la dichotomie nomade/sédentaire. Revenons à
présent sur la question de l’unité culturelle de tous les Fulbés. Est-ce seulement
la langue qui les unit ?
c- L’unité culturelle
11Ronald W. Nelson rappelle les faits relatifs à un séminaire international sur
la langue et la culture fulbés qui s’est tenu à Bayero University College, Kano,
au Nigeria en 1977, et qui a rassemblé des illettrés nomades, des poètes et
musiciens, des professeurs d’universités et des hauts officiers du gouvernement.
En réponse à une communication d’un professeur d’anthropologie de nationalité
américaine de l’université d’Ibadan qui avait fait ressortir la dichotomie
nomade/sédentaire, un autre professeur d’université de nationalité nigérienne et
d’origine pullo avait déclaré avec vigueur : « Nous sommes un ! La culture du
nomade est la nôtre et la nôtre est la sienne ! » Quoiqu’il y ait eu peut-être un
idéalisme romantique en cette déclaration, l’affirmation a toutefois indiqué un
sentiment plus profond que le partage d’une langue commune. Comment cette
culture peut-elle être caractérisée ? À côté de la langue comme première
caractéristique importante, l’on distingue trois autres caractéristiques
unificatrices.
La deuxième caractéristique est, dans un sens négatif, un ethnocentrisme qui
12voit tout autre peuple comme haabe = non-fulbé . Deux groupes sont épargnés
13de cette désignation : les Arabes et les autres Blancs. Selon Froelich , le fait
que les Arabes et les autres Blancs soient épargnés a conduit certains à la
conclusion que haabe signifie « païen » à l’opposé de musulman ou chrétien.
En effet, dans certaines parties du Cameroun, du Nigeria, du Tchad et de la
République centrafricaine, kaado est utilisé comme un mot péjoratif et même
comme une malédiction. Toutefois, plus loin à l’ouest (Bénin, Burkina Faso,
etc.), la signification est plus neutre. En fait, les musulmans non fulbés sont bien
appelés haabe alors qu’un Pullo animiste pur ne pourrait jamais être appelé
kaado. La désignation propre pour un païen ou apostat est le mot de base arabe,

11 Nelson R. W., 1981, « Fulbé cultural elements as contact points for the Gospel », The Fuller
School of World Mission, Pasadena, p. 5.
12 Les haabe sont à peine dignes d’appartenir à l’espèce humaine (Dupire, 1961, p. 322). Un
Dageeja dédaigne un kaado (singulier de haabe) parce qu’il est : 1- un agriculteur ; 2- un Noir ;
3- un infidèle ; 4- il abîme la terre. Les haabe mangent en public, avec les femmes et les enfants ;
ils travaillent nus ; en plus, ils sont Noirs et leurs nez sont larges (Stenning, 1959, p. 57).
13 J.C. Froelich, 1962, Les Musulmans d’Afrique noire, Paris, Editions de l’Orante.
38 keefeero. En tout cas, l’existence de ce terme spécial désignant ceux qui ne sont
pas Fulbés indique une auto - conscience ethnique indiquant une unité
culturelle.
La troisième caractéristique (en plus de la langue) est le concept culturel clé
14Pulaaku qui pourrait être traduit par « Fulbé-isme » et qui sera amplement
développé à la fin de ce premier chapitre. La langue est incluse dans ce concept,
mais au-delà, il y a trois autres traits et valeurs qui peuvent être sommairement
décrits ainsi : modestie et réserve (semteende), patience et courage (munyal),
sagesse et prévoyance (hakkiilo).
Les rites d’initiation et de transition, les mythes, les légendes et toute
tradition orale sont inclus dans pulaaku ou substance nourricière de l’âme peule
qui fera l’objet d’une étude plus détaillée avant la fin de ce chapitre. Dans le
passé, transgresser le code pulaaku pouvait être puni par l’ostracisme
15(hoombuki), ce qui était bien sévère . Pulaaku est la mesure de la fidélité
ethnique. Comme le dit Labatut, « on approuve, on condamne, on loue, toujours
au nom du « Pulaaku », le code moral peul, hérité des ancêtres et dont les
16anciens sont les dépositaires et les mainteneurs » . Si une personne ignore le
concept pulaaku et cherche quand même à vivre comme un Pullo, il pourrait
difficilement être appelé un Pullo. Cela est vrai aussi bien pour les Fulbés
sédentaires que pour les nomades.
La quatrième caractéristique unissant les Fulbés est un intérêt commun dans
le bétail. Naturellement, les nomades occupent la première place : « le Bororo
17ne vit que pour son bétail » ; « … le bien-être du troupeau passe avant celui
des femmes, qui sont souvent obligées de faire plusieurs kilomètres pour aller
18vendre leur lait ou puiser leur eau… » . Pour eux, l’élevage du bétail a continué
d’être une préoccupation plutôt qu’une activité, quelque chose qui rend capable,
qui est bon et significatif, quelles que soient les difficultés que cela pourrait
causer. En conséquence, le pastoralisme fulbé pourrait être décrit plus ou moins
comme « une manière de vie, dans laquelle la constitution principale des valeurs
et idéaux est dérivée de la place centrale qu’occupent le bétail et l’élevage du
19bétail dans le système entier » . Mais le bétail est important pas seulement pour

14 Pulaaku est un thème central traité un peu plus loin.
15 Scellé par la distribution solennelle des noix de kola, refermant l’envoi des nouvelles dans les
environs voisins, la rupture complète de communication, évitation sociale stricte, par exemple si
un kombaado (personne bannie) s’approche d’un groupe qui mange, ils renversent le reste de
nourriture à terre, le couvrent de poussière et se dispersent. L’ostracisme était pour une période
définie qui pouvait être prolongée en cas d’entêtement. Plus tard, la méthode a été appliquée aux
musulmans apostats.
16 R. Labatut, 1974, Chants de vie et de beauté des Peuls Nomades, Paris, SELAF, p. 10.
17 M. Dupire, 1962, Peul Nomades, op cit.
18 Issa Adamou, 1973, Sagesse des Peuls Nomades, Yaoundé, Editions CLE, p. 26.
19 H. Raay, 1975, Fulani Pastoralists and Cattle, The Hague, Institute of Social Studies, p. 41.
39 les nomades. Les marchands fulbés sédentaires et les hommes d’affaires ont
normalement des troupeaux de bétail dans la campagne. Si jamais un Pullo
sédentaire venait à être dépossédé du bétail, il aurait honte de l’admettre. Un
bon exemple des Fulbés religieux et dirigeants politiques qui gardent leur intérêt
dans le bétail est le grand saint Usmaanu Bii Fooduye, qui a pris le côté des
éleveurs de bétail contre les taxes durant la période précédant le jihad.
Pour résumer la discussion de l’identité ethnique fulbé, nous avons vu
qu’elle est subdivisée en quatre caractéristiques au moins :
1- Une langue commune : fulfulde / pulaar ;
2- Un sens d’identité ethnique en faisant référence aux non - Fulbés comme
haabe ;
3- Une conception commune de l’idéal culturel appelée Pulaaku ;
4- Un intérêt commun dans le bétail tant du côté des nomades que de celui
des sédentaires.
La signification de l’unité linguistique ne doit pas être sous-estimée. Bien
qu’il y ait des différences dialectiques telles que nous remarquerons dans la
partie septentrionale camerounaise, l’unité linguistique a été, comme le rappelle
20Thierno Diallo , maintenue au-delà d’une période d’au moins 1000 ans et
d’une distance de 4800 km, pas mal comme démonstration d’unité ethnique
pour un groupe qui est largement illettré. T. Diallo présente l’unité ethnique
fulbé dans les termes suivants :
On peut dire qu’en dépit de la dispersion dans une aire géographique très
vaste, les Fulbé ont su créer une civilisation originale…ils ont su
conserver des éléments spécifiques qui permettent de les distinguer…Il
21s’agit, en fait, d’une civilisation pastorale, d’éleveurs de bovidés .
d- Origines historiques et migrations
À cause des traits physiques particuliers et de leur langue, il y a eu beaucoup
de spéculation au sujet de l’origine des Fulbés. Les traits « classiques » fulbés
renferment : un corps élancé, un corps svelte, une peau claire, des cheveux
ondulés, un nez allongé et des lèvres minces. Toutes ces qualités sont
appréciées et entretenues surtout par les Fulbés nomades. Les hommes sont
soucieux de leur appartenance physique autant que les femmes ; et les deux
sexes utilisent d’ailleurs librement des produits de beauté.
Le mot « classique » du paragraphe précédent est utilisé exprès parce que ces
caractéristiques particulières ne sont communes qu’aux deux tiers des Fulbés

20 Le professeur Thierno Diallo de l’université de Dakar a personnellement parlé en
fulfulde/pulaar avec des Fulbés sur place au Sénégal, Guinée, Mali, Burkina Faso, Nigeria,
Cameroun, RCA et Tchad. Preuve donc de l’unité linguistique fulbé.
21 Thierno Diallo, 1979, Les sociétés et la civilisation des Fulbé, Zaria, IAI, pp. 12-13.
40 seulement. Par exemple, la plupart des millions de Fulbés en Guinée n’ont pas
ces traits à un degré distinctif. Là où un dépôt d’esclaves a été absorbé, ou là où
il y a mariage avec les peuples négroïdes (pratiqué presque exclusivement par
les Fulbés sédentaires), il y a certainement une tendance vers les traits
physiques négroïdes.
22Le travail d’Aboubacry Moussa Lam a démontré que l’ethnogenèse peule a
bien eu lieu en Afrique, même si elle a impliqué aussi des éléments venus de
l’extérieur du continent. Il y fait apparaître le rôle prépondérant que joue la
vallée du Nil et la civilisation égyptienne dans la compréhension des faits
historiques de l’Afrique noire. Il souligne de même que :
Le caractère transethnique du Peul a trouvé un éclairage nouveau : le
Pullo n’est pas un Blanc originel qui s’est nigrifié, mais un Nègre -
culturellement et biologiquement - qui s’est métissé avec des éléments
leucodermes en situation de minorité ethnique.
Un auteur venant d’Éthiopie (Érythrée) en visitant un camp pullo au
Cameroun disait : « Comme ces gens sont beaux. Ils sont Ethiopiens ! » Il y a
en effet des théories montrant que les Fulbés viennent de quelque part dans le
nord-est de l’Afrique - Égypte, Éthiopie, Soudan, etc. Frank W. Taylor suggère
qu’ils pourraient être les Put auxquels référence est faite dans Genèse (10 :6) ; I
Chroniques (1 :8) ; Jérémie (46 :9) ; Ezéchiel (27 :10, 30 :5) ; Nahum (3 :9) et
dans Isaïe (66 :19).
Les Fulbés eux-mêmes ont plusieurs légendes concernant leur origine. L’une
d’elles a été écrite par le sultan Bello, le fils d’Usmaanu Bii Fooduye. Il y a
plusieurs variations, mais régulièrement, le noyau est que le père de tous les
Fulbés était un Arabe, Ukbatu, Ukba, ou Yakub (Jacob ?) et la mère était
Bajjomangu (qui, si c’est un terme fulfulde, signifierait « unique enfant de
23grandeur »). Wilson-Haffenden rappelle que 1a légende prédominante est
qu’elle était Africaine, mais il y a aussi une variance qui soutient qu’elle était
Arabe. Leurs enfants se sont exprimés dans une langue qui n’était connue ni du
père ni de la mère et ainsi naquit la langue fulfulde / pulaar.
L’apparence physique semi-sémite des Fulbés ajoute foi à la part de la
légende qui propose un mélange entre un Arabe et une Noire-Africaine, mais les
similitudes entre fulfulde / pulaar et wolof classent la langue strictement dans la
famille Niger-Congo. Cette similarité avec les langues sénégalaises suggérerait
que l’expansion des Fulbés à travers l’Afrique subsaharienne a commencé à
partir du bassin du fleuve Sénégal.

22 Aboubacry Moussa Lam, De l’origine égyptienne des Peuls, Khepera, Présence Africaine,
pp. 375-376.
23 Wilson-Haffenden J.R, 196, The Red men of Nigeria, London, Cass.
41 24En support à cette légende, Welch Galbraith trouve un certain Sisi Okba et
son petit-fils qui ont fait deux « coups de foudre à travers le désert ». La
esignification de ce bout d’information est rédigée par un historien du IX siècle,
Ibn Abdel Hakam dont la relation des conquêtes arabes en Afrique constitue le
plus ancien document.
Il est dit que Bajjomangu a donné naissance à quatre enfants, dont les sexes
et les noms varient selon celui qui raconte l’histoire. Mais il y a accord sur le
nombre et sur le fait que ces enfants sont les aïeuls des quatre divisions
fulfulde :
1- Jalloube (souvent appelé Diallo ou Dikko’en) ;
2- Barinaabe ou Bari ou Sanare ;
3- Feroobe ou Sow ou Soosoobe ;
4- Ururbe ou Ba’en ou Baabaabe.
En support d’une ancienne relation avec les Juifs, les mythes d’initiation qui
seront examinés en détail plus tard font mention d’Adam, Salomon et Moïse
sans indication de l’influence islamique. À ce sujet, Amadou Hampate Bâ dit :
Les récits peuls font souvent mention de Salomon, de Moïse ; on dit aussi
que la ville de Jaa fut construite sur l’ordre de Moïse : est-ce à travers
l’Islam que se manifeste cette influence de l’Ancien Testament, ou bien
est-ce une influence plus ancienne des Hébreux avec qui les Peuls
25auraient, selon certains, eu des attaches ethniques originelles .
Dupire examine les mythes d’origine des Fulbés nomades et elle trouve
quatre éléments qui en sont constitutifs :
1- Une large étendue d’eau à l’est d’où les nomades sont originaires ;
2- Apparition d’une nouvelle langue ;
3- Mariage avec des races noires ;
4- Condamnation des nomades par les Fulbés musulmans.
26Boubou Hama a écrit un livre sur l’origine des Fulbés. Il est grandement
27influencé par les auteurs français , mais il a aussi consulté plusieurs documents
écrits par les Arabes. En résumé, il dit :
La formation des Peuls, à l’origine, fut d’abord la sortie de leur peuple du
brassage des races méditerranéennes. Au moment où les Peuls surgirent
de l’histoire, ils forment déjà un peuple africain fixé en Égypte ou dans la
Haute Vallée du Nil, d’où pendant des siècles dans leurs migrations, tout

24 Galbraith W., 1965, Africa before they came, New York, Morrow.
25 Amadou Hamapaté Bâ, 1974, Laaytere Koodal et Lootori, Paris, Armand Colin.
26 Hama Boubou, 1968, Contribution à la connaissance de l’histoire peule, Paris, Présence
Africaine, p. 71.
27 Il s’agit des auteurs suivants : Delafosse, Lesnet, Cornavin, Canale, Desplagnes, Pedrals,
Girancourt.
42 le long du Sahara, ils traversèrent le monde berbère auquel ils ont
28beaucoup pris .
29Sans donner les sources originales, Boubou Hama cite Mohammad Bello
qui dit qu’un peuple appelé Bargou Fulatani était rapporté par Honorius comme
étant dans le Mzab en l’an 400. Au temps d’Albakri (1067 apr. J.-C.) il y avait
un peuple ressemblant aux Fulbés du territoire ghanéen qu’il dit être les
descendants des soldats que les Umayyads expédièrent contre le Ghana (736-
739 apr. J.-C.) :
Ils suivent la religion du Ghana, mais leurs membres ne contractent
jamais les mariages avec les nègres. Ils sont d’un teint clair et beau. Les
hommes de la même race sont trouvés à Silla où ils sont connus sous le
30
nom d’Al Famaan (Al Fellaan ?) .
Nous nous arrêtons ici avec le sujet des origines des Fulbés pour passer à
l’examen de l’histoire qui est mieux documentée. Nous retiendrons que le nom
propre du peuple qui est l’objet de cette étude est Fulbé et que sa langue est
appelée pulaar à l’ouest et fulfulde à l’est. Les Fulbés sont divisés en deux
principaux groupes : les sédentaires peuvent être caractérisés comme
musulmans puristes, exogames, sélecteurs culturels, mais avec une forte
communauté. Les nomades peuvent être caractérisés comme animistes,
endogames, puristes culturels, et avec un large degré d’indépendance et d’auto-
dépendance.
Malgré la polarité, il y a l’unité culturelle parmi les Fulbés qui est manifeste
dans :
1- Une langue commune ;
2- Un sens qui voit toutes les autres tribus comme « gens du dehors »
(haaße) ;
3- Un idéal culturel appelé Pulaaku ;
4- Un intérêt commun pour le bétail.
L’intérêt des Fulbés pour le bétail les conduit de vivre en symbiose avec les
agriculteurs sédentaires tout le long de la large région de l’Afrique de l’Ouest et
centrale qu’ils occupent.
Il y a beaucoup de conjectures à propos de l’origine des Fulbés et il y a
plusieurs mythes en ce qui concerne leur origine, mais aucune de ces théories
n’est satisfaisante. Leur langue, toutefois, est clairement de la famille Niger-
Congo.
Le Cercle d’études et de réflexion sur la culture peule (CERCP), sous la
houlette de Garga Haman Adji, analyse en profondeur les composantes du

28 Hama Boubou, ibid., p. 72.
29 Ibid., p. 63.
30 Ibid., p. 64.
43 patrimoine culturel peul et contribue de manière déterminante à la connaissance
ou à l’éclairage au sujet des origines peules. Le CERCP souligne dans
31Pullorama que les Peuls occupent, en groupes plus ou moins importants, toute
la bande soudano-sahélienne de l’Afrique s’étendant de la Mauritanie aux
confins éthiopiens dans le sens ouest-est, et de lisière sahélienne (Mauritanie-
Mali-Niger) aux abords de la forêt tropicale dans le sens nord-sud. Dans cet
immense quadrilatère, il existe peu de villages qui n’abritent que quelques
éléments de cette ethnie dont les origines historiques n’ont pas encore fait
l’unanimité parmi les chercheurs.
En effet, de nombreuses thèses telles qu’évoquées plus haut ont été avancées
à leur sujet. Taylor suppose qu’ils sont d’origine asiatique. Delafosse les
rattache à des ancêtres juifs qui seraient partis de l’Égypte par le Nil pour se
retrouver au milieu du Sahara. Les gravures rupestres du Hoggar et du Tassili
représentant des images de bovidés sont, d’après certains archéologues, des
traces attestant leur passage au Sahara avant sa désertification. Certains
historiens ont même prétendu qu’ils étaient des Bohémiens chassés d’Europe
par les Magyars. D’autres ont cru reconnaître en eux les héritiers des
« Éthiopiens blancs » mentionnés par les auteurs latin et grec, Pline et Ptolémée.
D’autres encore les rattachent aux Hyksos de l’Égypte pharaonique. Une
32légende largement répandue , à connotation religieuse, fait remonter leurs
33racines aux Arabes et plus précisément à un certain Ubba .
34De son union avec la princesse Bajjo Manga seraient nés quatre enfants
(Dêto, Wayyou, Nâssou et Ourouba) qui seraient les ancêtres des clans peuls

31 « Pullorama n° 1 Pulaaku » est le premier d’une série d’études consacrées à la connaissance du
monde peul.
32 Une autre légende, plus proche du mythe, lie confusément leurs origines au serpent, vestige
d’une croyance à la réincarnation. Cela a-t-il un lien avec l’attitude des Peuls du Diamaré, qui ne
peuvent voir le serpent ngooroori sans lui verser de l’eau avec ménagement ?
33 Ubba serait une déformation d’Oqba. S’agit-il de Oqba Ben Yassir (un des lieutenants du
conquérant de l’Égypte) ou de Oqba ben Nafi (grand conquérant de l’Afrique du Nord), tous deux
contemporains du calife Omar ?
La légende indique encore qu’Oqba, à son départ vers l’est, aurait donné un délai au-delà duquel,
s’il ne revenait pas, on pouvait le considérer comme étant décédé, son serviteur noir pouvant alors
s’occuper de sa famille. La même légende explique que les Peuls au teint clair seraient issus
directement d’Oqba, tandis que les Peuls au teint foncé seraient les descendants de son serviteur.
34 e a- Sur les origines des Peuls, voir Thierno Diallo, “Origine et migration des peuls avant le XIX
siècle”, Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Dakar, n° 2,
1972, pp. 121-193.
Outre de nombreuses publications sur la question et qui reprennent pratiquement les mêmes
thèses controversées, une compilation bien documentée et assez récente est celle de Aboubacry
Moussa LAM, De l’origine égyptienne des peuls, Paris, Khepera/Présence Africaine, 1993, 464
p.
b- Il convient de préciser que pour certains, d’après Diallo, la princesse serait Tadjimaou, et non
Bajjo Manga ; certaines sources indiquent qu’elle serait Juive.
44 actuels (Diallo, Barry, Sow et Ba respectivement), répartition observable encore
en Afrique occidentale.
Quoi qu’il en soit, la plupart des thèses, et principalement leurs propres
traditions, indiquent que les Peuls sont venus de l’est. La première grande
35 emanifestation de leur existence historique remonte, d’après Cardaire , au II et
eau III siècles, lorsqu’ils fondent l’empire de Ghana. La destruction de cet
e
empire au X siècle par les Soninké provoque un exode considérable des Peuls
dans plusieurs directions.
Plusieurs groupes partent en effet vers le Macina, historiquement connu pour
avoir été successivement un grand centre de regroupement et de dispersion des
Peuls. Ils y créent un puissant empire qui porte ce nom et qui, tout au long de
l’histoire, a été convoité par le Mali et le Sonraï. À la faveur de la conquête du
Sonraï par le Mali, les Foulbés s’installent à Tombouctou et à Gao où ils
demeurent, même après le retrait de conquérants mandingue et l’indépendance
du Sonraï. Ils y occupent de hautes fonctions dans l’entourage immédiat des
souverains, et leurs lettrés enseignent dans les écoles coraniques.
À l’instar de ceux qui ont pris la direction du Ghana, d’autres groupes
d’émigrants peuls ont quitté le Fouta Toro et pris le chemin du pays mandingue
epour s’y établir au XI siècle.
e Toujours en direction du sud-est, une nouvelle migration au XII siècle
atteint le Fouta Djalon et y instaure une domination peule qui n’a jamais été
remise en cause par les États voisins.
eUne troisième vague, partie probablement au XIII siècle, migre vers l’est
pour se fixer entre le Liptako-Gourma et le Dallol Maouri, régions à cheval sur
le Burkina Faso et le Niger.
De ces différentes vagues se sont détachés certains groupes qui atteignent le
Gobir, en pays haoussa, région soudanienne rétrécie par l’avancée du Sahara et
la barrière « hostile » de la forêt. Le pays haoussa devient un nouveau centre de
regroupement et de dispersion vers l’est (Bornou), le sud (Adamawa) et le sud-
est (Baguirmi). La révolution islamique, lancée de Sokoto en février 1804 par
Ousman Dan Fodio en vue d’une purification de l’Islam, intensifie les
mouvements en direction du Levant, jusqu’à Omdourman et Madani au Soudan,
avec pour conséquence le peuplement de nombreux centres intermédiaires.
Parallèlement, la poursuite de la recherche de nouveaux pâturages, qui a
largement contribué à les amener jusqu’au centre de l’Afrique, pousse les Peuls
davantage vers l’est (Baguirmi au Tchad) et vers le sud-est en direction des
36contrées de l’Oubangui, jusqu’aux confins soudano-éthiopiens .

35 Cap Cardaire, 1949, Contribution à l’étude de l’Islam noir, Douala, Mémorandum II du Centre
I.F.A.N, p. 42.
36 La plupart des indications relatives aux pérégrinations des Peuls ont été empruntées à Cardaire,
à Eldridge Mohammadou et à Thierno Diallo.
45 Ces longues migrations ont donné naissance à de nombreux lignages, clans
et fractions peuls dont les appellations ont varié suivant l’histoire et la
géographie, mais dont on peut retrouver la filiation à partir des quatre présumés
enfants de l’ancêtre commun :
de Dêto seraient issus les Diallo, les Kane, les Dikko, les Yirlaabe ou
Yillaga ;
Wayyou aurait donné naissance aux Barry, aux Sangaré, aux Dayyeebe.
C’est le seul clan qui ne semble pas être représenté dans l’actuel
Cameroun septentrional ;
de Nâssou seraient issus les Sow, Sidibé, Feroobe.
Ourouba aurait engendré les Bâ, Baldé, Diakhité, Boly et les Wolarbe.
Une étape très importante de la migration peule fut le long séjour au Bornou
e e(5 à 6 générations du XVI au XVIII siècle pour certains groupes de Férôbé), ce
qui n’a pas manqué de laisser quelques marques encore perceptibles de nos
jours sur le plan linguistique et culturel, bien que cette cohabitation avec le
37peuple bornouan n’ait pas été des plus pacifiques .
La région du Diamaré dans l’extrême nord du Cameroun, qui constitue l’une
des bases de notre champ d’études, est principalement le domaine des Peuls
Yillaga’en et Feroobe.
Partis du Bornou, les Yillaga’en ont conquis les régions de Bindir et Mindif,
essaimant sur leur passage, dans le but de tenir en respect les populations
locales, toute une série de postes militaires qui s’étendront avec des fortunes
diverses : Boula, Gazawa, Meskine, Djapaï, Kaya, Torok, Guidiguis,
38Doumrou .
Quant aux Taara, ŋara, Mawndi, Keessu, Juba… (différents lignages des
Feroobe, cette dernière dénomination étant ignorée des intéressés eux-mêmes),
ils sont partis du Bornou tout comme les Yillaga’en, et leur arrivée dans la
eplaine du Diamaré commence au XVI siècle pour s’intensifier au milieu du
eXVIII siècle. Ils fondent Bilmiti, Makabaï, Maroua et Bogo, ainsi que de
nombreuses principautés telles que Petté, Malam, Yoldéo, Fadaré, Dargala,
Kongola.

37 Mohammadou E., citant Landeroin (vol. II des “Documents scientifiques de la mission Tilho”,
pp. 358-359), nous apprend que les Peuls, entre 1808 et 1809, parvinrent à deux reprises à
conquérir la capitale du Bornou, Birni Gazargomou : une première fois, par Goni Mouktar qui fut
délogé 40 jours après par Mohammed Lamine El Kanémi ; une seconde fois par Mâlam Ali dit
Zâki (“le lion”) qui en resta maître pendant six mois, qui mena le Maï Dounama à fonder une
autre capitale, Birni-n’ Kabéla (L’histoire des Peuls Férôbé du Diamaré : Maroua et Petté, Tokyo,
ILCAA, 1976, pp. 365-366).
38 Boutrais, Boulet, Pontié et al., 1984, Le Nord du Cameroun ; des hommes, une région
[Mémoires n°102], Paris, ORSTOM, pp. 126-129.
46 Il convient également de dire un mot sur les Fulbés de Kalfou que l’on
appelle aussi Fulbé Bagarmi. Contrairement aux autres Foulbés du Diamaré, ils
ne sont pas arrivés de l’ouest, mais de l’est de ce Baguirmi que leurs ancêtres
39avaient atteint un siècle auparavant .
Au vu de cet itinéraire historique, tout se passe comme si depuis le Fouta, les
Peuls avaient, conformément à la légende, cherché à retrouver leur ancêtre
Ubba qui était retourné à son pays d’origine, l’Arabie.
Le Peul s’illustre à la fois comme pasteur nomade au point de se consacrer à
un véritable culte de vache, comme propagateur actif de l’Islam par le calame et
la lance, comme jurisconsulte apprécié des cours médiévales ouest-africaines,
comme conseiller politique sollicité de capitale en capitale de l’Afrique
occidentale précoloniale, ou bien comme bâtisseur lui-même de puissants États.
On ne sait ce qui, de la recherche de pâturages, de la propagation de l’Islam, ou
de la soif des conquêtes territoriales, explique toutes ces pérégrinations du Peul.
Certainement tout cela à la fois, mais surtout un penchant avéré pour la
conquête et/ou l’organisation d’États qui ont laissé leur nom dans l’histoire de
l’Afrique. Cette passion culmine en effet avec la fondation des théocraties
comme celle du Macina et de Sokoto, dont l’idéologie et l’organisation
politique puisaient aussi bien dans le génie peul que chez les peuples voisins et
dans les préceptes coraniques.
B- Cadre socioculturel
À l’observation, on se rend compte qu’au fil de l’histoire, les Peuls ont
produit une civilisation caractérisée à la fois par son affinement et par sa
simplicité. En effet, autant sont élaborées la structuration et l’organisation de
leur système politique, autant apparaissent simples les outils et objets de leur
production économique et artisanale.
a- L’organisation politique
Du fait de la très grande dissémination des Peuls dans l’espace africain à
cause de leur pastoralisme, aucun Etat, fût-il le leur, n’a jamais réussi à
rassembler à l’intérieur de ses frontières la totalité de ce groupe ethnique.
Toujours est-il que même minoritaire au sein d’un État, aussi petite que soit une
communauté peule, elle dispose d’une autorité propre qui, pour avoir été la

39 Mohammadou E., ibid., pp. 129-130. Pour d’autres aspects concernant les migrations peules au
Nord-Cameroun, voir également :
- Abubakar Sa’ad, 1977, The lamibe of Fombina : a political history of Adamawa, 1809-1901,
ABUP/OUP, 190 p.
-. M.Z. Njeuma, 1978, Fulani hegemony in Yola (old Adamawa) 1809-1902, Yaoundé, CEPER,
289 p.
- Lestringant J., 1964, Les pays de Guider au Cameroun ; essai d’histoire régionale, Paris, 466-
XIVp.
47