La naissance du Congo

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Cet ouvrage confronte les Congolais à leur histoire, à leurs faiblesses, à leurs atouts, à leurs richesses, à leurs maux. L'auteur souhaite tirer de ces connaissances une conception neuve du rôle du Congo dans le monde, qui donne un sens à la citoyenneté congolaise, ainsi qu'une nouvelle politique économique, alternative au productivisme responsable des dérèglements climatiques.
Publié le : dimanche 1 février 2009
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EAN13 : 9782296213814
Nombre de pages : 430
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Didier

Mumengi

La naissance du Congo
De l'Egypte à Mbanza Kongo

L'Harmattan

@ L'Harmattan, 2009 Paris: 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairiehannattan.com diffusion.hannattan@wanadoo.fr hannattan l@wanadoo.fr Kinshasa: 1025 Avenue By Pass KinshasalLemba, RDCongo ISBN: 978-2-296-07042-4 EAN : 9782296070424

De l'Egypte à Mbanza Kongo
Entre récit, roman et essai

«On l'a conduit comme une brebis à celui qui l'égorge, comme un agneau muet devant celui qui le tond, il n'a pas ouvert la bouche. Dans son humiliation on l'a privé de ses droit ; qui parlera de sa postél~té ? Car sa vie a été retranchée de sa postérité...»

~
chopitre8. 26 --10).

(passage ml Lipre d1sale qlle lisait l'Éthiopiell, dignitaire dela courdeCandace, reine d'Éthiopie, lorsq1t'ilrencontralediacrePhilippe (ActesduApôtm,

L'Ethiopiell (leNoir) estletoutprelnierchrétien,opns les 12 opôtresetles 7 diams.)

L'HARMATTAN-RDC --------FONDE ET DIRIGE PAR EDDIE TAMBWE ET LEON MATANGILA

DEJA

PARUS

Charles Bukassa Kadiata et Liévin Mulumba-Kapulu, Quatre chefs d'Etat de la République Démocratique du Congo. Jean-Chrétien D. Ekambo, L'information et la communication. Du chronique à l'uchronique Jean-Pierre Kambila Kankwende, reconstruction de la RDCONGO. Les cinq chantiers et la

Constant N'Dom Nda Ombel, Le prix du destin Philippe NTONDA KILEUKA, Communication publique et Santé en République Démocratique du Congo
Didier Mumengi, La naissance du Congo.

Yvon Ramazani, Manuel d'apprentissage d'un logiciel de gestion. Exce12007.
Rigobert Munkeni Lapess, Le coupage. Philippe Biyoya, La géopolitique des conflits en Afrique centrale.

Philémon Mukendi. RDCongo, Entre crise et renaissance. Jok OGA UKELO, Impasse en Ituri : opérations ARTEMIS, DDR et après?

A PARAITRE Abdoulayi Y érodia Ndombasi, De Pierre Mulele à Laurent-Désiré Kabila.

Eddie Tambwe, Pour un retour des intellectuels en RDCongo. Herman Mbonyo, Nouvelles Assurances de la Reconstruction.

La Naissance du Congo

« L'histoire est la résurrection de la vie intégrale, non pas dans ses surfaces, mais dans ses organismes intérieurs et pmfonds ». Tules :tvfichelet

« Aussi longtemps que la culture ou les cultuœs afi:icaines ignoremnt l'Egypte, qui est la première manifestation culturelle sur ce continent, il nous sera Impossible de bâtir un COlpS de science humaine. Il ne s'agit pas de s'inventer un passé plus ou moins glorieux cornrne on le cmit souvent. Ceci serait futile et sans intérêt aucun. Si toute LAft-ique veut entrer: de nouveau dans son tiloi clùtuœl, elle ne pourra pas éviter: de renouer avec l'Egypte dans tous les domaines...

Cheikh Anta Diop.

« Aucune histoire du Kongo ne peut être écrite sans le rillnimurn de connaissance de l'histoire ibérique ou simplement portugaise»
Kabolo Iko Kabwita Le 1'I!Jaume kOJl{,o la missioN catholiqlle 1750-1838 et
I

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SOMMAIRE
Introduction

f remière

. .
.

partie:

Ces histoires

qui sont notre histoire

. . . . . .

. . . .
.
.

D'où vient-on? D'où viennent-ils? Quand l'Eumpe fut disponible pour la colonisation Les Maures envahissent l'Eumpe Les Africains attaquent la France Luttes fratricides des Conquérants Le Califat de Cordoue Les premières intelligences modernes Dieu, Père de la science? La Reconquista Pourquoi les cmisades ? La naissance de l'Union de l'Eumpe De la sottise du racisme à la découverte de l'universel

Deuxième

partie:

la Naissance

du Congo

.

. .
.

Congo l'Aethiopa Congo ou Zaïre ? Le prêtre Jean à Mbanza Kongo ? Un Aristocrate Kongo à Lisbonne Le baptême du 3 avri partie: Réussir la naissance du Congo

Troisième

. f as
-

de Nation sans Citogenneté Naître par l'économie nabonale De la fonction publique à la fonction de pmduction Susciter la volonté d'agir Se donner des défis S'endetter pour s'industrialiser Pour éviter l'inflation, vive le déficit budgétaire ! Sortir des sentiers battus Dette extérieure ou dette intérieure ? L'avenir est en nous

-

8

La naissance

du Congo

.

Le préalable -

de l'économie

alimentaire

à la cellule de production agropastorale Les 7 axes de l'e:h.-pansion agricole Le défi alimentaire

De l'unité coutumière

.

La naissance
-

de j'esprit

congolais

Bâtir une société des devoirs Valo1Ùer le capital humain L'Economie utilitaire

.
-

De la RipllblÏqm Démocratique dll la RiPublique Ecologique th, COllgo

Congo à

Redevenir

davantage

congolais.

Introduction

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Introduction

1482-2008 : six siècles de contacts, d'échanges et de coexistence avec un autre genre de nous-mêmes, venu de l'Europe. Quel bilan? Peut-on pader de partage et d'équilibre, d'harmonie et d'égalité, de solidarité et de respect mutuel? S'il faut, à l'heure de la mondialisation, présenter le monde comme étant la fusion universelle des valeurs, des intelligences et des capacités, qu'en est-il de notre contribution spécifique? 1960-2008 : bientôt cinquante ans d'indépendance. Peut-on commencer l'écl~ture du livre du cinquantenaire de l'indépendance en disant: le Congo est né, voici cinquante ans, de la volonté commlU1e des meilleurs esprits congolais? Prenons garde! Le 30 juin 2010 ne devrait aUClU1ement être une journée de réjouissances. Elle devra signifier davantage. On devra l'appréhender comme une invitation à lU1e réflexion profonde et sérieuse sur nousmêmes. Ne vivons-nous pas en état de sous-développement chronique pour avoir cru pouvoir nous soustraire à l'effort de nos propres bras et cerveaux, dans la foi du salut de la patrie par les seuls revenus des avoirs que le pays possède dans son sous-sol? Le bilan de ces cinquante années doit nous obliger à nous poser une quantité de questions inquiétantes. Comment un peuple qui a tant de nobles qualités, de créativité, d'entrepreneuriat, d'ingéniosité, de cœU1-, d'enthousiasme et de courage, peut-il admettre que la façon d'être de citoyennes et citoyens ait pour noms: manque de foi et de confiance en soi, résignation, insouciance, renoncelnent, égoïsme, paresse, aveuglement, laisser-aller, laisser-faire, immoralité, corruption, fétichisme... Que penser de ce que le Congo a été, de ce que le Congo est devenu et de ce que le Congo peut ou doit devenir? C'est-à-dire: notre histoire, qui aujourd'hui traîne un épisode dont la caractéristique est le paradoxe entre la profusion des opportunités de construction du bien-être général et l'extrême misère des gens... Derrière toutes ces questions, il y en a une qui est fondamentale. La voici: arriverons-nous à promouvoir - et de quelle manière -les valeurs au nom desquelles nous nous sommes soulevés contre le colonialisme? Le monde nous observe avec une perplexité sans cesse grandissante, et cache de moins en moins son inquiétude quant à notre capacité à bâtir un conte:xi:e national meilleur que l'ordre colonial combattu et détruit. On ne peut affronter et surmonter un tel challenge par l'improvisation au jour le

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du Congo

jour et le verbalisme démocmtique et humanitariste. Seul un effort hardi, conscient et coordonné peut permettre d'y faire face.
Que faire, par conséquent, pour se saisir de ce mal congolais dans ses moindres détails et le guérir de tous ses maux? Comment prendre objectivement la réelle mesure de ce mal, en happer la vraie nature et y trouver les correctifs nécessaires, sans lenteur ni précipitation? Pourquoi, depuis l'indépendance, dès que nous sommes en proie à une quelconque crise, à la moindre catastrophe ou à une quelconque difficulté, nous sommes sans cesse démunis, chaque fois désarmés, assez souvent désemparés et toujours en désarroi... Nos réponses et nos réactions detneurent toujours les moins rationnelles, les moins responsables, les moins répamtrices, les moins dumbles, les moins sérieuses: comment imagine-t-on que puisse durer le ten~ble face-à-face des ventres vides et des supermarchés ostensiblement pleins? Pire encore, manifestement écartelée entre le sommeil de la raison et la course aux abîmes, la société congolaise s'éprend de mépriser l'école et l'enseignant, de dévaloriser l'écrivain et le livre, de mésestimer les bibliothèques et les librairies, de méconnaître les vertus didactiques des arts, des statues, des stèles, des musées et des mom.1tnents... Si, de même que la conscience d'un individu réside dans son cerveau, et que la conscience d'une société se trouve dans ses livres et dans son système éducati( où se traîne donc la conscience congolaise? Notre société s'exerce ainsi à ignorer que la profonde connaissance du passé et de tout ce qui se passe aujourd'hui, c'est la science des temps présents et la prescience du futur. Ceci explique le mal congolais de ces temps-ci: le mépl15 de la pensée. Comme si les fers de la « traite» avaient quitté les pieds pour enchaîner les esprits, chaque jour que Dieu fait, les Congolais donnent l'impression de ne vouloir plus rien faire pour le Congo! Et à force de ne vouloir plus rien faire, la société donne à croire qu'elle ne sait plus rien faire, qu'elle ne peut plus rien fàire, que tout esprit sourcilleux de la morale ainsi que toute volonté de puissance, de créativité, d'ordre juste et d'organisation méticuleuse de la société, ne peuvent être que zèle absurde. Le fil inexorable de l'histoire qui se trace conforte chaque jour l'idée que le sousdéveloppement est dans la logique interne de notre modèle de vie...

Preuve par neuf, de nos actes et de nos comportements jaillissent, sur le démonstmtif, que nous sommes une société qui ne fait que désapprendre, qui ne se gêne point de cohabiter avec l'inintelligence, l'immoralité et la malpropreté que les discours répugnent... Une civilisation infirme s'y

Introduction
développe et s'y enracine: réalité et de son sens. celle qui n'a nullement

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pour objet la saisie de la

C'est écrit, semble-t-il, à la page frontispice de la charte orale des mœurs populaires, que tout est possible au Congo par le seul miracle de la chance ou de l'aide: sans effort d'intelligence, sans attachement aux vertus, sans besoin d'éthique, sans travailler et sans entreprendre des durs labeurs... j\insi, depuis le 30 juin 1960, tous nos pouvoirs politiques successifs apparaissent, chaque fois, incapables de se hisser aussi bien à la hauteur des principes qu'ils édictent eux-mêmes qu'au niveau des discours, des défis et des projets qu'ils se fabriquent eux-mêmes! Vautrés dans la routine avilissante de l'aide intemationale, nos hommes politiques se laissent dépouiller du pouvoir de réfléchir en direct sm les faits et d'imaginer les solutions réalistes qu'ils nécessitent. Cette contradiction guère l-églée, voilà notre problème. Un problème qui ne cesse de durer. Un problème qui continue à sourdre dans les basfonds où se consolide l'idée que le Congo se trouve dans la position fatale d'une cause perdue! L'ouvrage commence par reconnaître et analyser la puissance dudit problème, et par la suite notre impuissance: une impuissance profonde, enfouie en nous-mêmes, présentes dans nos mauvaises habitudes, une impuissance qui ne sera jamais levée aussi longtemps que nous demeurerions captifs d'une histoire refusée et refoulée d'abord et avant tout pal- nous-mêmes. Comment alors changerune telle hygiène de vie? Ce devoir de profonde réflexion constitue un impératif moral envers tous ceux et toutes celles de nôtres qui crient vainement au cielleUl- extrême misère. Tel est ce pour quoi cet ouvrage existe. Plus qu'un texte, l'ouvrage se veut être un appel à se débarrasser de l'empl~se de nos mécanismes de pensée anciens et de nos intérêts particuliers les plus divers, pour trouver le courage d'entreprendre des démarches inhabituelles, voire risquées, où les intérêts particuliers et temporaires seraient soumis à l'urgence du devoir des intérêts généraux, collectifs et durables. Comment alors réussir la véritable transformation de la destinée congolaise, en sachant que l'arbitraire n'existe nullement dans le domaine de l'évolution humaine, et que tout obéit à de strictes lois d'équilibre : sans la connaissance du passé point d'intelligence du futur; nulle aisance sociale sans la dévotion scientifique et le culte des durs labeurs; tendre la main et vivre de l'aide étrangère, c'est assassiner l'idée de l'école et se défaire du besoin de dignité; la gouvemance défaillante de l'Etat est le miroir de l'insouciance populaire qui engendre instabilité, insécurité et déroute économique... Certes, dirais-je: d'ordinaire, le bien-être collectif

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est définitionnel de l'idée de rassemblement des hommes en communauté. Mais seulement voila! Il n'y a point d'accès ou de marche vers le bienêtœ sans que la société ne s'autodétermine pat- le choix d'une option fondamentale. Celle qui commande l'organisation des moyens. Celle qui dépend des fins que la strate élitaiœ de ladite société se donne. Ceci marque les limites de l'option de l'accès au bien-êtœ national par l'aide internationale. Nous le voyons, depuis le 30 juin 1960 : l'aide internationale peut dœsser une description typologique des fins. Mais elle ne peut fournir une théorie des fins. Cette théorie qui suppose que l'homme concerné se connaisse mieux et voit plus clair en lui-même. C'est-à-diœ, qu'il développe la compréhension des événements extérieurs par la lumière de ses aspirations intimes. Cette dynamique est donc du œssort de l'éthique, qui sollicite la totalité de l'homme, riche de sa valeur de conscience, de cultuœ et de dévouement. Etant l'alpha et l'oméga de la fabrication de ce bien-êtœ. L'aide internationale, par contœ, reste une démarche technique, qui procède de la logique des transferts: transfert de capital, transfert de capacités, transfert de facultés, transfert d'idées, transfert d'hommes porteurs d'idées et de connaissances, transfert d'équipements et d'hommes capables de les manipuler, etc. Mais les institutions étatiques ne veulent rien dire et ne servent à rien quand ils ne sont que des otganes annexes ou des structuœs simplement techniques. L'Etat ne peut être un simple agencement d'institutions extérieures aux citoyens, à leur intelligence, à leur volonté et à leur dynamisme. Il doit pénétrer l'activité collective dans toutes ses Inanifestations et à tous les niveaux, et demeurer un ensemble d'institutions vivantes dotées de vraies responsabilités et des réels pouvoirs de décision.

La doctrine de l'aide internationale oublie que l'homme ne peut être la fin de la marche du pays vers son bien-être que s'il en est synchroniquement la source, la ressource, le matériau, l'agent, l'architecte, le penseur, le stratège... La marche du pays vers son bien-être, ce que l'on appelle communément diveloppctnCllt, n'est-il pas essentiellement un exercice intellectuel, qui permet d'accéder à une plus grande maîtrise de sa propre pensée et de sa propre capacité à gouverner ses dons, son génie et son énergie, en ce sens que le pays ne se développe qu'à la suite de l'homme qui se développe...
Chacun de nos pas nous y conduit qu'à la condition que l'on devienne conscients de nos devoirs, de nos pouvoirs, de nos valeurs et de nos tàcultés, et lorsque, rénovés de corps et d'esprit, nous comprenons finalement qu'on peut abondamment nous aider, mais s'il n'y a pas en nous le désir et la volonté d'opéœr la transformation de nous-mêmes,

Introduction
si nous ne consentons développement restera nullement l'effort simple incantation. qu'exige cette régénération,

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le

Le développement n'est possible que par sa valeur intellectuelle et volontaire. C'est-à-dire pat: sa dimension éthique, qui est la boussole indispensable pour s'y retrouver et avancer. Qui dit éthique pense à la t:éflexion et à l'ascèse. Aussi le développement économique et social est la manière dont l'homme se saisit de son intét:iorité pour penset: et panser son humanité. C'est-à-dire l'aspect universel de son expérience de t:éflexion, d'action et de création, en prenant conscience que sa raison d'être est d'être et que la condition de son existence, en tant qu'être, est le bon fonctionnement de son cerveau et de son système nerveux. Le redressement du Congo attend que cette dimension éthique du développement soumette tout ce qui constitue la manifestation vitale de l'être congolais à l'exigence de la foi en soi, de la confiance en ses facultés propres de réflexion, d'action, de création et de travail. C'est dans cet entrain que le Congolais deviendra davantage lui-même, parviendra à se connaître, à aiguiset: la détet:mination volontaire de soi, à comprendre son humanité, à se situer justement dans cette humanité, et à agir confot:mément aux lois qui régissent cette humanité. Comment, par conséquent, en finir avec ce destin des disharmonies mentales et des faux-semblants qui marque notre humanité d'à présent et véhicule la culture de l'informe qui ne peut jamais faire mouvement: patriote dans les laïus, tribaliste dans l'âme; scientifique le jour, fétichiste la nuit; hommes d'Etat en paroles, fossoyeut:s de l'Etat en actes; sennent d'incorruptibilité à pleine gorge, fieffé prédateur et parfait malhonnête au quotidien; etc. Toute crise a Wle origine et Wle histoire. Et l'on ne saut:ait y mettre fin sans traiter cette origine et évoquer cette histoire. Aujourd'hui, notre histoire désenchante. Nous la vivons comme une injustice. Nous la traînons comme un boulet. Nous l'appréhendons comme une honte, comme une gêne. ~-\insi, nous envions tout ce qui nous est étranger, pendant que nous nous tournons le dos, parce que nous avons cessé d'avoir foi en nous. Et autant que nous encensons et valorisons l'étranger qui nous est différent par la race ou pat: la nationalité, nous n'avons que du mépl~s pour celui qui nous est semblable et frère de nationalité, de coutume et de voisinage.

Que peuvent alors faire ensemble des individus qui se méprisent et dont chacwl pris individuellement n'a que tt:ès peu de foi en soi? D'où cette aboulie qui balance l'esprit congolais entre l'indifférence et la sensiblerie, entre la servilité la plus docile et la haine la plus hargneuse, entre la passivité la plus complète et les sautes d'humeur compulsives

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des rébellions ou des pillages, entre le laisser-aller le plus fataliste et l'agitation la plus teigneuse... Peu ou presque pas de place à la rationalité, à la production systémique des intelligences, à la rectitude des faits et des gestes, à la mise en pleine et optimale activité productrice des hommes et des terres, à l'organisation minutieuse de la société, à la mise en ordre juste et planifié des compétences et des forces de création, à la programmation ferme et intelligible des actions de prévoyance sociale et de const11.lction de l'avenir... Or ce n'est qu'autour de cela que s'échafaude le besoin d'observer et de faire référence aux normes et aux règles que propose la société. La sociabilité en émane de facto, pour consolider la considération mutuelle, enraciner l'esprit communautaire et conférer à chacun la volonté de s'améliorer en connaissance et en capacités pour être utile à la const11.lction incessante de cette société. lviieux ! C'est de cette conscience ontologique que naît l'impérieuse nécessité d'écrire ce que l'on a été, ce que l'on est et ce que l'on va devenir, par le biais du travail d'évocation qu'on appelle histoire. Lorsque Socrate invitait ses élèves à commencer leur travail en approfondissant leur connaissance d'eux-mêmes afin qu'ils accèdent à la connaissance de l'univers, il enseignait que la connaissance commence par l'assimilation de ce que nous ont légué les générations mortes. Voilà comment l'histoire devient une mémoire volontaire. Ceci puisque tout récit historique est la forme la plus puissante de pouvoir, vu que l'interprétation exhaustive du passé féconde les prévisions détaillées du futur, et facilite l'analyse concrète du présent. Par contrecoup, les peuples qui ne s'exercent nullement à la fabrication volontaire de leur mémoire nationale se mettent hors de l'histoire, même la leur propre. Quelques exemples. Par la plume puissamment volontaire de l'Europe, nul n'ignore qu'il eût fallu attendre l'année 1543, date de pa11.ltion de l'ouvrage de l'astronome polonais Nicolas Copernic, (<De revolutionibus orbium coelestiun"l» (Révolutions des sphères célestes), pour assister à la première révolution cosmologique, qui évoqua le système héliocentrique, dans lequel le Soleil est au centre de l'Univers, les planètes décrivant des orbites circtùaires autour de lui. Or déjà au Vème siècle, dix siècles avant Nicolas Copernic, onze siècles avant Galilée, douze siècles avant Isaac Newton, l'é11.ldit indien Aryabhata écrit un traité d'astronomie et de mathématiques intitulé l'Aryabhatya, où il met en lumière la force de gravitation de la Terre, démontre que la Terre tourne autour du Soleil, et découpe l'année en 365 jours.

Autre exemple! Pourquoi l'histoire de l'esclavage n'évoque assez souvent que la « traite négrière» en Mrique, mais jamais sinon rarement « la traite des blancs» à Verdw1 ? N'est-ce pas là une manière subtile de fixer l'âme africaine dans l'indignité de soi, mais surtout dans l'inertie

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mentale d'une mémoiœ tmumatisée, qui désappœnd et œchigne le désir de se souvenir? Pourquoi lorsque l'on a fêté le cent cinquantième anniversaiœ de la Révolution de 1848, on a mis l'accent sur l'abolition de l'esclavage et non sur les crimes de l'esclavage? N'est-ce pas là une manière tout aussi subtile de célébrer la grandeur d'âme du peuple qui a aboli l'esclavage? Cette logique se comprend mieux par le type de rapports que l'Occident propose à l'Nrique : il suffit de donner aux africains des moyens matériels de survie, jamais une mémoire, encore moins une histoire. La complicité africaine dans cette coexistence qui annule l'Afrique laisse croire que les i\fricains ignorent que les gens qui n'ont pas d'histoire n'existent pas, ne méritent aucune considération, et n'ont pas de dignité. Comment dire am;;:Africains, aux Congolais, qu'eux aussi ont lme histoire qui mérite d'être racontée et dont le récit est important pour comprendre? Ce rôle reviviscent que la mémoire et le récit peuvent jouer, cet ouvrage en fait son but premier. En appréhendant l'histoire ainsi, comme une construction mémorielle volontaire, on apprend que notre histoire vaut toutes les autres histoires, de tous les autres peuples: l'esclavagisme n'est pas une exception noire, le colonialisme n'a pas sévi qu'en ~;\tï:ique noire... L'ouvrage en fait la démonstration. IVIieux, il affûte des arguments propres à sustenter la richesse des impressions sur la qualité de l'humanité noire congolaise d'hier. L'ouvrage en appelle à la filiation consanguine à l'Egypte pharaonique. Que l'on en fasse nôtre intimement. Que l'on prenne la résolution de tout en savoir pour mieux la comprendre et en reproduire aujourd'hui l'essence et la puissance. En nous, encore aujourd'hui, le sang de ce passé coule dans nos bas-fonds avec la même force vitale que le sang des globules rouges. Nos personnes et nos vies sont faites de ce temps cristallisé qui nous a peu à peu construits. D'où l'importance de cette construction mémorielle volontaire, pour un but: lutter contre les défaillances de la mémoire, assumer notre histoire, en être fiers, construire notre identité à partir de cette histoire qui n'appartient qu'à nous, qui est nous, y dégager la part singulière de notre être, la magnifier, la diviniser. Qu'on le veuille ou non, nous sommes les enfants de notre passé, de tout notre passé. Il est venu le temps de prendre ce passé à bras-Iecorps, de le faire nôtre de bout en bout. Intégralement. Depuis l'aube des temps. C'est la seule façon de retrouver notre mémoire perdue. Notre passé enfoui. Les souvenirs refoulés. Qui sont nôtres. Qui sont nous. C'est ainsi qu'éclot la civilisation: tout WI chacun éprouvant la sensation d'wIe existence commwlautaire entreprenante, et d'wI sentiment d'existence dans le temps, tournée vers la quête du comportement exquis, et mise sur le chemin de la perfectibilité de son être et par ricochet, de sa façon d'être.

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La naissance

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C'est au nom de ce principe de mémOire volontaire, auto-panégyrique à volonté, qu'en faisant la différence entre les Européens et les Grecs, Aristote, un des plus illustres esprits de l'histoire humaine a pu écrire ceci, au livre VII, chapitre 6, de la Politique; « Les peuples qui habitent les pays froids et les ditTérentes contrées de l'Europe sont généralement pleins de courage, mais ils sont inférieurs sous le rapport de l'intelligence et de l'industrie... La race des Grecs est brave et intelligente... »

C'est, en etTet, ce principe de mémoire volontaire, dans ce monde d'âpres compétitions, qui engendre le volontarisme que les peuples aiguisent pour être eux-mêmes et comnmniquer en profondeur avec les l1chesses de leur: hmnanité, dans le but d'en exprimerpleinementla puissance. Cette mémoiœ volontaire permet aux hommes œgroupés en communauté de destin de ne pas se croire un point isolé dans l'espace et dans l'existence, sans attache, sans passé et donc sans futur. L'histoire comme mémoire volontaire nous apprend que les lois de causalité et d'analogie conditionnent toutes les occunences de l'existence, et consacœnt la certitude que la fatalité n'existe pas. Voilà pourquoi il sied d'affirmer que tout ce qui est exogène à soi et au pays doit êtœ supplétif, car tout ne vient à la nation que par les propœs efforts de son peuple, consciemment dirigés en vue d'objectifs clairs de mieux-êtœ collectif.
Cet instant voué au volontarisme et ce contexte l-évélateur: de la spécificité de notre moi profond, c'est le temps œtrouvé de notre humanité. C'est la réalité assurée de notœ existence dans l'essor général de nos for:ces productives immanentes, et dans le œsplendissement des reliefs spécifiques de notre humanité; noir:, congolais et africain. C'est en définitive le contact rétabli avec notre « moi» profond enseveli sous différentes couches d'histoires élaborées, fixées, écrites et voulues par d'autœs. Ce temps œtrouvé ne pourra que réviser notœ évaluation des choses, œnouveler notre intelligence, en apportant sur les choses et sur les événements une opinion œvue et cor:rigée, qui va démentir ce que nous croyions savoir:, et ce que nous croyons être, pour forger une histoire nouvelle, dont les principes détermineront dorénavant notre manière d'être et d'agir. C'est ici le lieu de dire que l'intelligences des hommes commence par l'assimilation de ce que leur ont légué les générations modes. Et si cette histoire d'où nous puiserons la force de découvl1r la réponse aux problèmes de notre temps avait comme genèse l'ère des Pharaons, nos lointains ancêtres... Cette ligne de foi constitue le fil d' _i\riane de toute la première partie de cet ouvrage. « Ces histoires qui SOllt 1Iotrehistoire» est le titre de cette première partie! Pourquoi donc? Puisque l'Histoire nous enseigne comment meurent les sociétés, sachons éviter: notre suicide collectif, en utilisant à bon escient les

Introduction leçons que nous apporte

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la connaissance de l'évolution des civilisations et des peuples. Connaître toutes ces histoires ne peut que nous aider à résoudre nos problèmes, non point en myopes mais en hommes qui, prenant par rapport à la politique le recul des millénaires, disposent des outils pour découvrir, dans l'épopée humaine, des crises qui soient à l'échelle de la nôtre. Voilà pourquoi le Congo a besoin d'un discours identitaire, qui soit un processus méthodique d'examen de ce qui fonde la relation de l'africain congolais au passé, qui soit un récit des origines, renouvelant dans le présent nos gloires et nos éruditions d'antan, dans Wle continuité du souvenir transformé en matériaux historiques, et même, au besoin, en objet de culte. N'est-il pas venu le temps du rétablissement de l'africanité noire de l'Egypte antique, dans sa nature de borne historique fondatrice de l'identité congolaise et africaine? Cette histoire est aujourd'hui énÎgmatiqm, polémiqm et obsmre, marquée à la fois par la séparation de fait de l'africain d'avec ce passé-là, et par l'anéantissement de tout désir et de toute volonté de profonde réflexion pouvant permettre de penser ce passé et panser cette bien dispendieuse séparation. Le sursaut régénérateur viendra du deuil de la dépendance culturelle, psychique et morale à l'historiographie d'emprunt, qui a institutionnalisé le devoir de mémoire envers un autre que soi, envers une histoire autre que la sienne propre, voulue par d'autres, qui n'ont nul intérêt de voir poindre et se consolider une trace historique africaine triomphante. ..Ainsi se pelpétue, génération après génération, autour des mêmes enjeux de sujétion et des mêmes symboles qui réifient l'humanité noire africaine, une mauvaise mémoire, une mémoire négative, une mémoire sombre, ne se particularisant d'aucun haut fait historique! Difficile maintenant que ne puissent s'interposer à l'esprit les inten-ogations sur les silences et les oublis de ces mémoires, sur les effets de ces ablations sur nos consciences, et l'endémie des erreurs de réflexion et de comportement qu'elles engendrent aujourd'hui dans le champ social... Suivant ce que dit magistralement Antoine de Saint Exupéry, à savoir: « UIIe civilisation est 111/ éritage tk crq}ances, tk cOllhm/es et tk connaissances Iwtemwt h acquises all cours des siècles, difficiles parftis à justifier par la logique, mais qui se j/lStifient d'elles-mêmes... puisqu'elles OUVTwt à l'homme son étendNe intérieure », il faut, sans tarder, conférer à la pensée africaine de la mémoire des fondations autrement plus solides, devant se structurer autour d'un discours historique des africains sur eux-mêmes et sur leurs actions, avec l'Egypte antique comme lieu de la trace mémol~elle génésiaque, où se déployèrent les premières manifestations du génie noir africain. C'est en faisant de ce passé notre présent que nous cesserons d'être fatalistes, pour devenir possibilistes. Car ce travail de rappel cathartique, qui devra induire une culture de reviviscence des événements originaires, est tIDe autre manière

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de préparer le terrain d'une que l'homme noir africain apport devra fonder à la fois l'africain sur lui-même, afin temps des Pharaons.

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du Congo

stratégie heuristique rédemptrice, axée sur ce a apporté à la civilisation universelle, lequel le nouveau regard des autres sur l'africain, de que resplendisse à nouveau ce génie noir des

Tous les événements de l'Egypte antique au Califat de Cordoue, de la Nubie à Ménès, de Méroé à Kinshasa, de Cadmos à Kasuka Da Silva, de Napata à Osiris, de l'Aethiopia à Toutankhamon, de :Nfbanza-Kongo à _Alexandrie, de l'Ethiopien des Actes des Apôtres à Saint Maurice dans les Alpes, D'j\génor à Nzinga Nkuwu, etc., tous ces événements forment le patrimoine culturel du peuple noir et doivent, par conséquent, susciter dans nos consciences d'aujourd'hui, une prégnance mémorielle activatrice d'opinions, de convictions, de croyances, à même de dégager le terrain conunun des histoires de notre identité noire africaine. Telles sont les circonvolutions de la deuxième partie de cet ouvrage. Référence capitale, en ce sens qu'elle peut introduire et fixer dans les méandres de la mémoire individuelle et de la mémoire collective, dans les croisées de la mémoire et de l'histoire, un esprit capable d'inclure dans son travail l'actualisation historique et l'exercice de vigilance de la conscience, la persévérance du souvenir de l'antiquité noire de l'Egypte, qui soit un schéma téléologique le mieux en mesure de construire le présent dans la totale estime de soi et d'annoncer Wl avenir aussi glorieux que l'a été notre passé égyptien. Penser le devenir et l'avenir de l'Mrique en dehors de cet ancrage historique ne fera que perpétuer la marche cl1aotique de la civilisation noire africaine. L'enjeu, ô combien vital, c'est l'intercession ou la médiation des héritages de nos lointains aïeu.x Kémits, du Kémèt, en vue de poser Wle agrafe historique qui puisse faire de la génération africaine actuelle, autre chose qu'w1e humanité d'al1historicité, de dépendance mémorielle et d'inanité culturelle, où la mémorisation de l'impuissance des nations d' Ml~que s'ancre incessanunent en nous, pendant que la mémorisation du souvenir de la possibilité de puissance et de magnificence de L-\tnque est quasi inexistante. Tous les jours, l'Africain vit et s'habitue à la mise en scène de l'incapacité de l' Mrique noire, un véritable culte de l'impuissance qui est non seulement permanent et envahissant mais aussi et surtout relayé et entretenu par les Mricains eux-mêmes. N'est-il pas venu le temps de dire que le malheur de l'~-\t-l~quenoire repose fondamentalement sur le tait que nous vivons les effets des actes, des pensées et des paroles, posés, vécus et mis en mouvement sans la conscience de leurs propriétés historiques? L'heure n'est-elle pas arrivée d'admettre que nous souffrons parce que nous faisons des mauvais choix,

Introduction

19

et n'apportons pas des bonnes et concrètes réponses à des situations concrètes qui son t autant d'in terrogations on tologiques de notre vie men tale noire, africaine et congolaise? Quoi qu'il en soit, j'ai écris cet ouvrage pour donner à constater que les volontés de grandes mutations historiques ne réussissent que lorsque s'imbriquent étroitement ce que nous opposons d'ordinaire: l'histoire et le quotidien, le passé et le futur, la politique et la foi, le prophétisme et l'économie, la tradition et la modernité... Ce que je vois et dont j'ai foi, je veux amener chacun à en prendre conscience: la grandeur de l'homme noir, inexpressive en cette ère, réside dans ses traits de caractère! Depuis peu, tout est fait pour le dépouiller de ce qu'il a d'humain. Avant-hiel~ la traite négrière. Hier, la colonisation. Aujourd'hui, privé de considération et de bien-être, meurtri par toutes sorte de maladies, écrasé par des tutelles dominatrices en tout genre et déchiré par la désespérance la plus traumatisante, l'homme noir trouve toujours et malgré tout la force de sourire, de palabrer, de chanter et de dan sec Naïveté magique, fatalisme évocatoire, l'expression de ses traits infatigablement affables, au milieu des plus atroces souffrances, prouve à suffisance que la nature lui a doté d'une puissance de caractère qui fait de lui un être de grande profondeur humaine. L'homme noir d'Afrique est la promesse d'tU1 monde totalement fratelTIel, et d'une humanité pleinement huniaine. Mais aujourd'hui, l'humanité universalisée ne permet plus à l'homme de justifier ses actes par ce qui n'est qu'histoire, son histoire, ou par ce qui n'est que nature, sa nature propre. Tout humain est appelé aujourd'hui à se justifier devant le tribunal de sa conscience et de la raison. Par conséquent, en n'oubliant guère que toute société n'avance que parce qu'elle sait d'où elle part et où est sa volonté, nous devons nous mettre à l'école des émancipations utiles. Voila pourquoi l'ouvrage sculpte l'heure des grandes interrogations. Celles qui nous renvoient à nous-mêmes. Uniquement à nous-mêmes. A notre aptitude à isoler le fragment du monde que constitue notre Congo, et à l'ausculter afin que ce qu'il est, devienne une exigence mémorielle pour chacun, et que tout ce qu'il recèle, se mette au service de la construction du bonheur pour chaque famille congolaise, par l'intelligence créative du cerveau collectif congolais...

Au cœur de cette heure des grandes interrogations, impossible d'éluder cette question: au-delà des agendas cachés, COlTIffientcomprendre le fiasco des intelligences tutélaires conjuguées de la COlTIffiunauté internationale face au sous-développement de l'Afrique et du Congo depuis 1960 ? L'ouvrage se risque de répondre. En voici la synthèse! Les stratégies politiques et économiques de ces deux intelligences oublient chaque fois ou refusent d'admettre la dimension transcendante de l'homme congolais,

20

La naissance

du Congo

son invincible pouvoir d'introspection régénél"atnce et de repnse sur son destin... Et partant, les politiques nationales alliées aux« stl"atégies» d'aide au développement ne se posent guère la question du «pourquoi », celle des fins, lnais seulement celle du «c01ll1nent », celle des lnoyens. Et voilà que, en sépal"ant le «pourquoi» du« comment », les «moyens» des « fins », le Congo subit les affres d'une stratégie qui transforme la connaissance non point en dé du règlement des problèmes, au service de la maîtrise et de la réalisation de soi, mais celle-ci devient, dans un jeu obscur de pat-tage d'attnbuts, un pouvoir exclusif entre les seules mains de la puissance qui offre des dons humanitaires et tàit de l'assistance au développement. Un système de coopél"ation s'en émerge et peut prendre cette représentation imagée: ceux qui donnent et aident ont les mains pleines d'avoirs, provenant des espnts pleins de savoirs; ceux qui reçoivent n'ont qu'à tendre leurs mains, vides de capacités, et étendre leurs espnts, vides de savoirs.

De cette conjecture est naît le titre du livre, La naissance tbt Congo. Cette naissance, c'est le renouveau de l'espnt congolais, qui est appelé à se réveiller, à s'éveiller et s'élever pour expnmer une bien combative faculté cognitive, d'oÙ surgiront des forces plus vivaces, plus déterminées, sûres d'elles-mêmes, ayant comme but de civilisation: l'organisation d'une société policée, toute entière mobilisée pour le mieux-être collectif Pourquoi Jésus Chnst dit: «il faut que vous naissiez de nouveau» ? Il prolonge sa pensée dans 2 Connthiens 5. 16-17 : « Aussi nous ne considérons plus les gens selon les cntères humains... Ce qui était est du passé: le neuf est arnvé ». C'est donc de ce sursaut que jaillil"a cette nouvelle naissance à double finalité, à savoit- :

.

Faire naître une volonté systémique et structurelle de toujours connaître l'ordre caché selon lequel tous les tàits s'enchaînent. C'est-à-dire construire une habitude de raisonnement qui parte du Congolais et de ses besoins, pour déboucher sur le choix des meilleurs systèmes ou mécanismes. La démarche vise à tàire agréer deux pnncipes : l'idée que l'organisation économique et sociale soit conçue comme un déploiement de l'activité ct-éatnce de l'homme; et ensuite, la certitude que l'individu congolais possède la capacité politique et sociale de se prononcer, de manière intelligible et perpétuelle, sur l'organisation de la société dans laquelle il entend vivre. Aussi, la société congolaise doit dorénavant être perçue et vécue comme une nation de responsabilités expnmant, aux divers niveaux, la capacité de l'individu congolais à participer à la définition de son univers social.

Introduction

.

21

Asseoir, par le biais de la culture histoàographique, l'habitude de conservation des informations liées à la particulaàté de l'expél~ence de vie congolaise et afàcaine, dans la conscience que l'holTIlne n'est pas seulement le produit d'une chaine phylogénétique, ni la résultante mdinaire d'une évolution qui puise ses ol~gines dans la nuit des temps, encore moins le simple produit d'une hominisation au petit bonheur la chance. Son rôle le place dans l'obligation de se savoir le plus exhaustivement possible, de penser et se penser dans la pleine conscience de la temporalité et dans la continuité. Car la connaissance que nous avons de notre histoire, de nos pensées, de nos sentiments, de nos avoirs et de nos savoirs, donne à notre être la certitude d'une réalité existentielle dans le temps, tournée vers et conditionnant les actions futures.

Ainsi donc, la naissance qu'évoque l'ouvrage devient celle qui invite l'humanité congolaise, par le cogito ergo slim de Descartes (je pense, donc je suis), à ne plus accepter que le passé s'écàve sans les Congolais, que le quotidien ne se fasse malgré les Congolais et que l'avenir se pense sans eux! L'ouvrage y va sans ambages! Cette naissance est pour le Congo ce qu'une conversion est pour lill individu: un changement radical des fins, du sens de la vie et du sens de l'histoire. Dès cet instant, se dégage l'opport1111ité de prévenir que sans cette mutation véàtable, le Congo, dans ces incessants changements qui ne changent àen, restera Wle entropie par l'entremise de laquelle se perpétuera un système de sempiternel abâtardissement des esplÙs ! C'est dans cette partie de l'ouvrage que retentit un appel, celui recommandant la pàse de conscience de cette impression d'akinésie mentale généralisée qui enlace le Congo. De l'indépendance à la démocratie, tout espoir de changement s'évanouit aussitôt éructé, au point que les idées ne parviennent plus à naître et l'effort intellectuel devient inutile. Tout se passe comme si la vie psychique des Congolais, aussi bien intellectuelle qu'affective, s'ankylose dans un espàt devenu tellement flasque qu'il rend toute action nationale dépendante aussi bien des volontés exogènes que des stimulations extéàeures.. . Pour ne prendre que les dernières années de partenaàat international dit renforcé, que de pirouettes verbales rendues vides de sens par le cours du temps: DOClfment Stratégiqlfe de Croissance et de Rérbtctioll de la Pallvreté (DSCRP), Programme MlIltisectoriel d'Urgence de Reconstmction et de Réhabilitation (PMURR), Oijectifs rblMilléllairepollrle Développement (OMD), Cellule de Suivi pour une meilleure Absorption des Ressources Extérieure (CESARE), Ùtitiatives Pqys Pauvres Très Elldettés (IPPTE), Pro/et d'Appui ail Sectellr de Santé

22

La naissance

du Congo

(PARSS), Pro/et dVrgence d'Appui à l'Amélioratioll des Conditions de Vie, Projet d'Action Sociale d'Urgence, Bonne Gouvernance, etc. Les noces que le Congo contracte avec ces« noumènes» ne fournissent aux Congolais que de motifs de pleurer des larmes de sang. Toutes ces figures dialectiques portraiturent la pensée évasive qui, en tant qu'outrage au vécu et artifices masquant les périls et les dangers, forge un mysticisme verbal qui confine au langage d'hypnose. La volonté des « bailleurs de fonds» du Congo, sans doute louable à leur point de vue, de voir les problèmes congolais dans une approche déconcrétrisée, valable pour tous les pays dits sous-développés, demeure à ce point formalisée qu'au lieu de les éclairer, elle les dilue dans l'abstrait. ~-\insi, une vision complexe conduit-elle à une cécité complexe: on ne perçoit plus les tàits particuliers et concrets, on ne voit plus rien. Plus nous croyons en savoir sur nos réalités, par les schémas phraséologiques des « bailleurs de fonds », moins nous en savons. La dissolution du concret qu'encourage cette approche mène à la perte du contact avec la réalité, qui entraîne la perte de la capacité d'intervenir dans le réel. Tout l'enjeu est là. Plus cette capacité s'évanouit, plus grande devient l'illusion du salut du Congo par l'aide internationale, plus s'enracine et éclot la pensée évasive. C'est-à-dire une manière de penser par laquelle on s'écarte toujours du fond et des réalités des choses. La troisième partie de l'ouvrage ouvre ce débat, entre deux façons de penser: la pensée évasive et la pensée concrète. La pensée générique et la pensée conséquente. La pensée déconcrétisée etla pensée immanente. D'où le premier chapitre de cette troisième partie de l'ouvrage: « Pas de nation sans citoyenneté» ! L'ouvrage arme les consciences congolaises de ce dont il faut pour régler le conflit entre la réalité congolaise et la phrase apriorique internationale, entre le fait congolais et son intetprétation préjugée, étant donné que lorsqu'on s'appelle Banque mondiale ou FMI, la volonté de se porter au secours des économies faibles devrait signifier une contribution décisive destinée à permettre aux hommes vivants dans la misère d'accéder, en tant que citoyens d'une nation, à la reconstitution de leur intelligence, au redressement de leur puissance d'action, et à la restauration de leur capacité et moyens de travail et de créativité. Chacun sait que la charité, fille de la pitié et du mépris, appelle toujours un merci qui, pour un Etat, signifie: courber l'échine. A l'inverse, la coopération se rapporte à un devoir et laisse ceux qui coopèrent libres de leurs sentiments. Quiconque s'acquitte de son devoir n'a pas de remerciement à formuler. L'aide internationale rend le Congo débiteur. Sa dignité et ses droits en sont les hypothèques. Combien de visages qui s'abaissent, de tailles qui se courbent, de fiertés qui s'évanouissent, de courages qui s'atTai 5sent, d'intelligences qui se cachent... Ici aussi une révolution mentale s'impose:

Introduction
une révolution les considérer. dans notre façon de réfléchil~ d'être avec les autres

23
et de

En attendant, nez au vent, œil rivé sur l'éphémère, pétrifié par les tourbillons du quotidien, assailli par des doutes sur les capacités et les facultés de son peuple, le Congo a choisi son camp. Celui de la nation des objets humains manipulables à merci, en lieu et place du pays des sujets humains tout-puissants. .Ainsi nous n'avons d'yeux que sur la qualité des interventions extérieures, là où nous devrions regarder la qualité de la parole, du projet, de l'action et de l'engagement des institutions de la République.
Le monde est ainsi fait: les Etats faibles ignorent la concurrence des nations et ont foi en l'assistance internationale. Les Etats ordinaires se libèrent de l'aide extérieure et s'adonnent au culte des labeurs opiniâtres. Les Etats puissants excellent dans l'entreprenariat, la créativité et l'innovation, pour demeurer prospères, illuminés par la Deuxième Lettre aux Thessaloniciens 2, chapitre 3 verset 10 : « [...] celui qui ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas ». Une photographie instantanée sur notre manière de coopérer avec l'Occident permet de distinguer trois attentes. Tout d'abord, nous donnons l'impression d'être « une civilisation psychologiquement fragile ». Nous acceptons, par conséquent, la dépendance pour éviter la confrontation avec le réel qui est souvent à l'origine de nos angoisses. Nous attendons de l'Occident qu'il comble nos fmstrations. Qu'il éponge notre sentiment d'incomplétude. Qu'il nous protège de toutes les agressions. Qu'il résolve tous nos conflits sociaux, économiques, politiques et sécuritaires. Dès lors que l'Occident réfléchit, agit et décide pour nous, nous développons la certitude que ne plus décider nous rend la vie plus simple. Ainsi de Washington à Bmxelles, en passant par Paris, Rome, Tokyo, Pékin, New Delhi, etc., on s'apitoie sur le désarroi du Congo et des Congolais, et on s'applique à créer des frontières d'aptitudes, en proposant des réflexions, des projets et des produits substitutifs pour nos intelligences perçues comme mineures, pour nos capacités jugées comme apraxiques, pour nos possibilités considérées comme apragmatiques. L'actualité nous invite à le constater tous les jours: nous devenons réceptifs à tous les conditionnements. Les concepts les plus simplistes, les dogmes les plus légers, les vulgates les plus élémentaires nous imprègnent jusqu'à nos subconscients. Et convaincus de la vacuité de ce que nous sommes, nous ne trouvons plus la nécessité de recourir à nos consciences pour, ne seraitce que, dire nos problèmes! A quoi sert de décrire ses visions utopiques de l'avenir du Congo si on ne peut aucunement l'influencer, si le texte de

24

La naissance

du Congo

ces idées ne rencontrerons que mépris et désintérêt, et si l'on risque de s'attirer de nouveaux ennuis, disent les amis du pragmatisme élémentaire en secouant, inet"édules, leurs têtes un peu trop avisées. Nous voilà dorénavant dans la posture de l'impuissance comme stratégie d'existence. Il ne s'agit ni plus ni moins d'une emprise mentale par l'aide au développement, dont le but évident est la manipulation mentale exercée sur une société tombée en catalepsie. En se présentant habilement sous la forme de la pitié humanitaire, elle enracine une allégeance quasi névrotique. Ce qui implique des distanciations ou des ruptures de liens et de repères avec ce que nous somnles, ce que nous avons été, ce que nous pouvons faire par nous-mêmes... On peut tout aussi pader d'une emprise pédagogique exercée par une civilisation qui se veut charismatique sur une civilisation qui se croit attardée, et qui se laisse happée par l'hypersomnie. Voilà pourquoi et comment s'installe en conviction, dans bien de consciences congolaises, l'assertion qui argue que c'est de l'e2l.i:érieur qu'on doit modeler les pensées congolaises, qu'on doit fabriquer la façon de réfléchir et de travailler des Congolais, et qu'on doit forger leurs manières d'être et d'avoir. Ainsi la sujétion postcoloniale qui s'enracine de façon extensive dans différents registres (intellectuel, culturel, éthique, comportemental, social, et même ludique) aboutit à ce que l'élite politique délègue en conscience la gestion du destin du pays au.x aptitudes et moyens extérieurs. Ceci suggère en effet que la vie intellectuelle, culturelle et toute motivation interne dépendent du système d'activation régulé et entretenu par la politique de l'aide internationale au développement.

Ce qui apparait comme relevant d'un libre choix lucide, lorsque par exemple, l'élite politique au pouvoir discute avec les experts de la Banque Mondiale ou du FMI et qu'ils aboutissent à un semblant d'accord d'assistance, en réalité le processus témoigne d'une transformation dégénérescente des consciences, modifiant les conditions même du choix des dirigeants. Comme il n'est pas possible d'assimilet- cette altération du libre arbitre à l'aliénation mentale, ni à une sorte d'hypnose permanente, et que cette situation dépasse la simple influence, on peut légitimement pader d'emprise culturelle, état aussi éloigné du libre atbitre que de l'aliénation mentale.
Quoiqu'il en soit, de plus en plus, nos dirigeants deviennent euxmêmes adeptes inconditionnels de cette sujétion. C'est ici que la notion de « sownlssion volontaire », prend tous ses reliefs: les dirigeants s'engagent ingénument dans des accords, dans des dynamiques et dans des stnlctures

Introduction
bi ou multilatémles dont ils en ignorent les enjeux, les conséquences, les tenants et les aboutissants. les intérêts,

25
les risques,

Qui plus est, à l'emprise « verticale» des « bailleurs de fonds» sur nos dirigeants, se développe une emprise « hOflzontale réciproque ». Les dirigeants convaincus deviennent eux-mêmes convaincants, les recrutés deviennent recruteurs, et les assujettis, assujettissants... La mécanique de cette sujétion, initialement mise en place par des individus, s'autonomise dans des entraînements réciproques où chacun joue un rôle, ce qui explique que des organisations qui en émanent, survivent à la disparition de leurs leaders initiaux. D'où l'emprise culturelle, qui tillt entrer dans un système qui ne se rétère qu'à lui-même, ayant comme but l'irréversibilité de la dépendance. Force est de constater que dans notre pays, nous assistons à l'échec continu des bons élèves qui interposent leurs manuels scolaires abstraits entre eux et les réalités. Aucun des remèdes employés jusqu'ici n'a enrayé notre chaos. La plupatt l'ont accéléré. La raison en est qu'aucun ne s'attaque à la cause du mal que sont les dépossessions de pouvoir, qui représentent le principal facteur de blocage des mentalités. Aussi faut-il rappeler ce pl~ncipe : la médecine ne soigne pas la fièvre mais sa cause. On ne saurait combler le gouffre de souffrances qui s'étend devant nous en utilisant les méthodes avec lesquelles on l'a creusé. Chacun le constate: les mesures répétitives prises depuis bientôt 50 ans vont en sens contraire de ce qu'imposent les réalités. Toute la perversité de cette emprise repose sur le fait qu'elle entretient une économie hémiplégique, qui ne fait que propager des erreurs de gestion, des fausses dénonciations, des fàusses préoccupations et des faux investissements. Les statistiques sur l'économie nationale ne se limite qu'à tout ce qui est mesurable par les laboratoires et les cercles d'études extérieures, la plupart d'entre eu.'>: arrimés aux institutions de Bretton Woods. Or tout ce que ces milieux ne savent et ne peuvent observer constitue la totalité de l'activité nationale véritable. Celle-ci est une vie au noir. Elle est souterraine, impossible à mesurer, non taxable, non visible par les «bailleurs de fonds ». La proportion de l'économie officielle, celle de la vie fantomatique de la nation, se fonde sur des données de plus en plus fausses et incomplètes.

Air du temps, l'action politique se noun1t de ces illusions statistiques, ce qui explique une gouvemance sans fonctionnalité économique. Pour cause: l'inexactitude des prévisions macroéconomiques, l'écart toujours grandissant entre ce que disent les études des baillmrs defonds et ce que les faits réels de la vie nationale deviennent. Dès lors que l'on comprend

26
que le fonctionnement de cette sujétion ne ni d'une

La naissance
relève pas du

du Congo
et de

contenu

l'intensité des croyances, la simple et brute volonté

sorte d'hypnose

entièrement

subie, ni de

de domination,

trois questions

jaillissent:

.

Est-il

question

de

naïveté

pathologique? qui nourrissentl' le Congo énergiquement partie. ce processus, les plus sûres

Existe-t-il appétence pournos

des

prédispositions pays d'Afrique

congénitales

et singulièrement répond

à l'assujettissement? par la négative et

Par
s'en

l'histoire, l'ouvrage explique. sont Dans les

sa première étapes de

.

Quelles

les pour

mécanismes construire s'y penche.

psychologiques, et répandre Dans

et les méthodes l'allégeance

inconditionnelle?

L'ouvrage

sa deuxième vie sans nationale immersion

partie. est-elle dans possible le fond sans vital des esprit national, c'est-à-

.

Une dire

possibilités

originelles

de cet esprit, et s'y ressourcer organiser l'augmentation

pour

entreprendre

son élévation, La réponse et

de son rôle et de sa valeur? la quintessence de

à cette question
dernière

constitue

la troisième

partie de l'ouvrage.

Si on cas de

examine

les

effets de que

d'assujettissements la conscience ces effets

constatés des

dans dirigeants

le

la vassalisation on constate

politique se retrouvent

congolais,

à différents

degrés:
.
fly a dJabordla transformatiolldigénérescente.lle éloigne le dirigeant E de ses responsabilités à lui-même, n'importe
l'étranger,

d'homme pays
devant

d'Etat, en le rendant et à ses compatt1.otes.
le moindre
et

étranger Devant
geste de
Il est

à son

propre

quel
il éteint

étranger,
son

fait
tend

et

intelligence,

s'anmùe

la main.

en état de perte d'auto-activation mentales
étrangère

psychique,

où ses performances stimulation

ne peuvent
;

mouvoir

que

sous l'effet d'une

.

L'insensibilité. Elle

rend

les dit1.geants

aveugles

et insensibles

aux
leurs

évidences national, propres aux

de

malheurs,

insouciants pleurs et aux

quant

au

sort du

devenir de

sourds

aux

revendications

compatriotes,

imperméables Ils ne

aux objections, indifférents aucunement de leur

attentes

populaires.

souffrent

inaction. Ils restent le plus souvent ne pénètrent beaucoup: que superficiellement

inoccupés.

Ils lisent très peu, voyagent

les dossiers, mais

férus du délassement nullement

et des emplettes

hors du pays.. . les du

Ils ne se préoccupent catastrophes
spectacle de

du tristeétat du pays. Devant ne dure
rapidement

et les drames,
la visite

l'émotion

que

le temps
habituelle

et ils retournent

à leur

Introduction

27

.

.

leur vide mental, sans prendre des mesures énergiques à même d'éviter que ces malheurs se reproduisent. C'est cette perte de vie mentale intérieure, accompagnée de l'inertie comportementale, contrastant avec la qualité des performances intellectuelles et morales lorsque les mêmes dirigeants sont stimulés par « la communauté intemationale », qui mérite non plus de pader d'insensibilité, mais plutôt d'une démence douce endémique dans l'exercice des responsabilités politiques au Congo; Le dél1i de la dépeJ/(iallcc. Il amène à revendiquer conune une démarche pragmatique et logique ce qui est en fait induit par l'emprise et entretenue par la sujétion. Point de salut hors de l'apport extérieur, se disent-ils. Et disent-ils. Ils ont tort. La société congolaise ne peut pas se résigner à la mendicité, dès lors que ses forces les plus profondes appellent l'autodétermination; Le mimétisme ClIltllreL C'est une sorte de justification pseudorationnelle et pseudo-éthique par l'ensemble de l'élite politique d'tme dépendance en dehors de laquelle toute action nationale est impossible... Et les contraintes de l'emprise sont louées et présentées comme relevant du pragmatisme politique. L'élite politique amène ainsi la société à évoluer sans conscience autonoétique. Le pays ne sait donc plus se projeter dans le temps. La conscience d'être congolais n'inclut dorénavant aUCW1élément du passé ou de l'avenir: le pays tout entier, dans toutes ses aptitudes, dans toutes ses composantes et dans toutes ses espérances, vit dans un présent perpétuel où seules les anti-valeurs dirigent les comportements.

indifférence,à

L'emprise culturelle fait feu des quatre fers, en diversifiant les groupes et les styles d'embrigadement, par notanunent une méthode d'approche élective et non subie. Elle repose dorénavant sur un support idéologique radicalement alternatif, exclusif, et le plus souvent élitiste. Elle est processuelle et initiatique, souvent socialement promotionnelle. Elle se construit désormais dans le cadre d'tme pédagogie subtile où les contraintes avilissantes ont des contrepal'ties substantielles et habilement attrayantes: accès au pouvoir, don, assistance internationale, secours hwnanitaires, sécurisation militaire du pouvoir, droit aux voyages d'Etat en Occident... Elle utilise les renforcements de type horizontal et réciproque, chacwl étant responsable de la conformité de l'autre. Elle tend à envahir tous les registres de l'activité sociale: les défenseurs des droits sont sous une méthode d'emprise séparée, les politiciens sont pris en charge par d'autres canaux, les responsables militaires sont dans des alliances particulières, etc.

28
De et d'agir la société relation hébétude marquée fil en

La naissance
aiguille,
nationale, propre et à l'orée mouvement du cinquantième par notre

du Congo
de de

anniversaire propre centrale

l'indépendance

l'impossibilité

d'exister devient de fonds d'affirmer

pensée, que cette telle

par notre congolaise. du Congo

la pathologie aujourd'hui grippé des stimuli
illl

Il n'est pas exagéré avec ses « bailleurs un fonds de mental qu'il

», avec la communauté par une une identité intellectuelle sensoriels,

internationale, par

alimente une

congolais

et une telle impuissance distorsion

engendre

la perception

produisant
collective, et d'agir,

un
dont

ralentissement
des consciences, l'affaissement de se responsabiliser, dorénavant

intellectuel
de la citoyenneté de vouloir les traits

chronique,

incessant
de plus de penser

obscurcissement en plus notoire

et un engourdissement

de la réactivité

et une incapacité et de se vouloir,

en constituent

caractéristiques.

Face aux lésions d'apraxie sociale généralisée, dont la principale conséquence est la désagrégation incessante de la confiance en nos forces et capacités propres, de plus en plus perceptible par la sève du sous-développement qui est cette sous-réflexion qui nous caractélise dorénavant, le remède du réformisme ne saurait avoir que la puissance d'un emplâtre posé sur une plaie saignante. Les esprits et les consciences sont à ce point en berne que les grands malheurs du Congo n'émeuvent plus outre mesure les Congolais. On ne s'en indigne qu'à peine! Puisque nous sommes dessaisi des tâches de réflexion et d'action, dépossédé d'initiatives et de responsabilités, prises en charge par l'aide internationale et présentées comme un avantage, celui d'illle décharge infantilisante, on est devenu incapables de toute réactivité, voire de toute sensibilité. Une nouvelle naissance s'impose donc, dans la conscience que ce qui fait le développement d'un pays est ce qui naît de l'activité propre du cerveau collectif national! Ne devons savoir que, dans les décennies qui viennent, nous devrons faire preuve comme janlais, individuellement et collectivement, de l'intelligence des choses du monde et du sens des responsabilités qui nous définissent comme êtres hwnains plutôt que comme limaces ubuesques qui s'abîment dans les pénuries, les disettes, la précarité et le bellicisme fratricide. D'où l'idée de cette nouvelle naissance, qill exige la dilution des liens de sujétion. Elle passe par l'exérèse de la « mémoire-habitude » des années de conditionnement néocolonial, pour la reconstitution de la « mémoire pure », qui suppose la réécriture de notre histoire. Elle suppose

le développement

d'un nouveau C01pUSexplicatif du monde, qui soit

illl

C01pUS prescriptif, illl corpus éthique, un C01pUS juridique, un nouvel éclairage du passé pour fabriquer les conditions de l'envahissement du temps présent, nota111ffient par la création d'un univers auto-référentiel

Introduction

29

en tous domaines et surtout celui du façonnement des promesses d'un avenir flamboyant. Cette dynamique régénératrice n'est possible que sur la base de l'échafaudage des certitudes indéracinables reconstruisant la foi en nous et en nos rnerveilleux talents rnéconnus. Ceci devient clair comme deux et deux font quatre: la naissance dont il est question est celle du primat de la conscience de soi comme acte fondateur du savoir et du pouvoir en République Démocratique du Congo. Il s'agit donc de ramener toute certitude à la conscience, à commencer par la certitude, pour la nation congolaise, de sa propre existence et de constituer celle-ci en domaine d'expérience intellectuelle, la mettant ainsi à la disposition de la connaissance, pour examen et évaluation de nos capacités et de nos limites. Puisque la conscience accompagne toujours la pensée, et que c'est là ce qui fait que chaque peuple puisse être ce que l'on nOlnme« soi-même», et par là où chaque nation est véritablement souveraine: c'est aussi en cela seul que consiste l'identité nationale, ou ce qui fait qu'un peuple intrépide, entreprenant, créateU1~ opiniâtre au travail, demeure dans cette conscience. Et aussi loin que cette conscience puisse s'étendre sur les actions ou sur les pensées déjà passées, aussi loin que puisse s'étendre l'identité de ce peuple: le soi demeure présentement le même qu'il était alors; et cette action passée a été faite par le même « soi )) que celui qui se la remet à présent dans l'esprit. Ainsi on sort des contusions historiques et conceptuelles, pour construire son histoire, pour faire son développement économique et social, dont les œuvres ne peuvent s'enfanter par parthénogenèse, parce qu'elles sont toujours le fruit de la reproduction des modes de vie hérités des aieu..x, adoptés à travers l'éducation, pérennisés par la culture, aguerris dans la congruence avec les cultures et les histoires des autres, sans que cela n'altère la conscience historiographique nationale, en tant qu'écriture de soi par soi, en quoi d'ailleurs consiste l'humanité. C'est cet exercice qui donne à la citoyenneté son ancrage républicain, à partir duquel le pays s'ouvre auxmodes de vie venus d'ailleurs, exclusivemen t parce qu'il y trouve l'opportunité de se bonifier tout en intensifiant sa singularité, c'est-à-dire en dynamisant son stock d'intelligences et de capacités. Dans tous les cas, la dynamique de la conscience historique est indissociable de la réalisation téléologique d'un quelconque dessein. Son essence établit l'état du fonds mental des esprits qui s'y attèlent, donne la mesure de la volonté et du sens de l'engagement qui se déploient et tonifie les virtualités créatrices.

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La naissance

du Congo

A travees le œportage historique qui fait l'ossatuœ de cet ouvrage, j'essaie de démontœe qu'il nous appartient mieux, qu'il est du devoir de chaque peuple - de donnee sens à l'histoiœ, à son histoiœ : sa signification seea celle que chaque peuple lui attribuera, en vertu de sa volonté, ce qui suppose un engagement actif dans le domaine du dcoit et du devoir à écriœ son histoiœ. On en vient au postulat selon lequel êtœ un esprit national ne signifie pas habitee lUl pays, mais plutôt faiœ rayonner un univers de significations autoue de soi. Cae un peuple ne devient un esprit que s'il est capable de se réappcoprier son passé, d'écriœ son futue, de posséder son présent, et de diœ l'originalité de sa citoyenneté par ses rues, ses édifices, son enviconnement, qui sont les œflets de ses aptitudes d'architecte ou de bâtisseur. Au-delà de ces acquêts matériels, cette réappcopriation passe aussi par des usages, des mœurs, qui constituent la grammaiœ d'lUle manièœ d'êtœ paeticulièœ, devant fonder un esprit et nourrir la conscience historique des actes d'antan, de l'instant et du futur. Il nous appartient donc d'agir avec conviction en diœction de la fin des comportements grégaiœs et des consciences transformées en systèmes réflexes, c'est-à-diœ pulsionnels. C'est cette notion qui marque la volonté des hommes d'aller vers ce qu'ils considèrent comme étant leur être véritable. En tout état de cause, le redressement économique et social du Congo n'est possible qu'à la condition d'élever le niveau des intelligences congolaises. C'est-à-dire: vaincre définitivement la régression mentale qui feappe l'esprit congolais, l'avilissement moral qui l'accompagne, et l'anesthésie des intelligences qui le caractél~se.

Sans prétendre avoie amenee cet objet à l'étude la plus exhaustive, l'ouvrage ose lUI survol historique foumissant, en toute simplicité, des éléments de réflexion axés sur les pistes de compréhension du monde, et surtout de réconciliation avec la dimension divine de l'hllmanité cOllgolaise. Je rejoins malgré moi Montesquieu, qui en savait quelque chose et Dieu sait pouequoi, quand il atteste que l'homme est également capable de connaître sa pcopœ nature quand on la lui montre et d'en peedre jusqu'au sentiment quand on la lui décobe.
En effet, autant la teaite des esclaves, la colonisation, le néocolonialisme apeès l'indépendance que ce sous-développement qui frappe le Congo, tout ce qui s'abat suc nous pcocède d'lUle raison déterminante enfouie dans les limbes de la perception que nous avons de nous mêmes! D'où toutes ces questions... Que et qui sommes-nous? D'où venons-nous? Où allons-nous? D'où vient cette préséance culturelle et intellectuelle de l'Occident? Est-elle une construction ou une prédestination? Que devons-nous en savoir? Que nous est-il permis d'espéree ? Est-il encore possible d'affirmer « la nation congolaise» ? Dans quelle mesure cela

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est-il encore historiquement fondé? En quoi notre passé, notre histoire ancienne, celle du Congo, de l' Mrique, de l'homme noir et du monde sont-elles encore aujourd'hui pertinentes? Que signifient et que révèlent aujourd'hui cette recherche des origines et la volonté proclamée de s'y référer encore? Et en fin de compte, sommes-nous capables de fabriquer et d'entretenir une société congolaise autonome, qui saclIe expl~mer la dimension surhunlaine de la destinée noire et afl~caine du Congo, qui puisse s'instituer de manière à libérer notre génie dans sa manifestation créatrice la plus profuse et vivace, qui soit à même de secréter institutions, structures et infrastructures moyennant notre propre activité collective, délibérative et entreprenante? Les lignes qui suivent et à bien d'autres. se risquent de répondre à toutes ces questions

Dès l'exorde de l'ouvrage, en journaliste passionné d'histoire, proposant un schéma de lecture voulu le plus fluide possible, sans notes en bas de page, dans l'espérance d'aviver la prégnance la plus captivante, j'ai osé un reportage historique forgé comme une remontée intelligible à la source génésiaque de la nation congolaise, pour découvrir le grand abîme originel. Cette naissance, comme toute naissance, étant le fruit d'une rencontre, de l'Europe et de l' Mrique, bon an mal an, l'historicité des gloires et déboires des peuples et des nations d'Europe est redressée, de l'antiquité à Diogo Câo, dans l'ambition de se saisir des linéaments autrement mieux en mesure d'expliciter les origines lointaines et mythiques du Congo, que Jean II le Parfait, roi du Portugal, crut être le royaume paradisiaque du Prêtre Jean! Symbole de fOl-ce et de courage insurpassables selon la mythologie grecque au départ, et romaine ensuite, Héraclès ou Hercule dresse au détroit de Gibraltar, au terme de ses « douze travaux », les bornes du monde. Ptolémée s'en inspire et élabore dès le lIèmesiècle, la toute première mappemonde. Le suffète carthaginois Hannon (530-470 avoJ.-c.), prend son courage à deux mains et ose l'exploit, pour la toute première fois, d'affronter la mer Méditerranée jusqu'aux bornes du monde, fixées par Hercule, attestées par Ptolémée dans l'Almageste. Hannon découvre que le Détroit de Gibraltar n'était nullement la frontière ouest du monde. Le carthaginois pousse sa cU1~ositéjusqu'au Golfe de Guinée. ..'\1-Idrisi (1100-v. 1165), géographe, scientifique et auteur arabe à la cour de Roger II de Sicile, rassemble les souvenirs du « Périple d'Hannon », et remanie l'œkounlène de Ptolémée: 1'.Afrique au sud du Sahara est intégrée dans la mappemonde! Au XVème, les Croisadfs expirent mais l'islam demeure maître du Croissant fC1tile et contrôle la route de l'i\sie, continent de la
soie et des épices. L'Europe chrétienne se donne le devoir de relever un

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La naissance

du Congo

défi: contourner les Sarrasins pour rejoindre l'Inde, notamment en faisant jonction avec le mythique Prêtre Jean, souverain d'un royaun1e paradisiaque chrétien au cœur du monde musulman, en vue d'anéantir l'ishun interdisant à l'Europe W1 accès direct à la soie de la Chine et aux épices de l'Inde. Henri le Navigateur (1394-1460), prince du Portugal, troisième fils de Jean 1er, roi du Portugal, se rappelle des œuvres de l'arabe Al-Idrisi, et par lui COmn1ence la grande aventure de l'exploration européenne océans. En 1482, Diogo Câo arrive au Congo... Toute cette histoire a secrété le présent où nous des mers et des

SOmn1es aujourd'hui.

C'est donc notre histoire. L'ouvrage s'y attarde. A l'instar d'Emile Zola, je suis d'avis que l'hérédité a ses lois, COmn1e la pesanteur. Aussi, j'ai pris soin de suivre le fil qui conduit mathématiquement d'un hOmn1e à un autre homme, d'un peuple à un autre peuple... Depuis longtemps, dans un coin de mon cerveau, piaffait d'impatience le désir de susciter la nécessité de mieux connaître toute cette histoire, laquelle connaissance permettrait, à ne point douter, de mieux connaître notre propre histoire. Comment comprendre que sur les vingt thèses de doctorat défendues en sciences historiques, depuis Van Uragen en 1959 à l'Université de Lubumbashi, aucune d'entre elles n'a spécialement traité cet autre aspect de l'histoire du Congo, qui est égyptienne, arabe et européenne? Cet ouvrage, au-delà de la volonté de lancer des l-éflexions méthodologiques sur la mémoire, ses usages sociaux et son importance culturelle, politique et symbolique, se veut être à la fois un nécessaire « travail sur cette mémoire» et W1 impérieux rappel du « devoir de mémoire ». En rappelant que l'histoire, à la fois COmn1e science sociale et COmn1e discipline scolaire, assure la tâche de maintenir vivante la mémoire, l'ouvrage présente ce « devoir de mémoire» comme étant la clé de la naissance ou de la renaissance d'une «culture COmn1une », clé de valeurs communes qui puissent contribuer à forger chez les Congolais la conscience d'appartenir à une cOmn1unauté de destin, avec ce que cela implique de droits et de devoirs.

Le débat qui pourra éventuellement s'en suivre permettra, je l'espère, de prolonger, à partir des réflexions croisées engagées dans l'ouvrage, cette exploration sans prétention autre que de regarder, Wl instant, le paysage contrasté de notre horizon mémoriel. C'est ce drame du sousdéveloppement qui amène à invoquer un devoirdemémoire.Le mot mémoire est ici entendu dans un sens plus large et plus riche que celui de fonction cérébrale par laquelle s'opèrent l'acquisition, la conservation et le retour d'une connaissance cllez un individu. Elle est un patrimoine mental, un ensemble de souvenirs qui nourrissent les représentations, assurent la

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cohésion des individus dans un groupe inspirer leurs actions d'aujourd'hui. ou dans une société

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et peuvent

Ce pari d'identification de la mémoire comme étant, en effet, une source majeure d'interrogations philosophiques et épistémologiques, l'ouvrage s'y risque, à la recherche d'un débat axé sur la fabrication d'un habitus net/I, devant servir de nouveau ciment civique à ancrer dans l'inconscient congolais, dans l'espérance qu'elle structure la vraie naissance de la nation congolaise! D'où la question qui suit...
Ne revient-il pas à chaque peuple de définÎl-etde déifier son moi propre, pour que de la sommation de cet exercice de valorisation de l'humanité au sein de chaque peuple et dans chaque communauté, affirme l'universalité et la manifestation de toute la majesté de Dieu le Père, créateur à son image et à sa ressemblance du moi collectif humain! Il a donné en héritage à sa créature, dans sa diversité raciale et dans son illlÎcité humaine, la puissance indifférenciée de faire des grandes choses. Il a envoyé son fils Jésus Christ pour dire à chaque peuple que cette puissance se trouve dans le sous-sol de nos esprits, et que dès qu'on y prend conscience, tout devient possible. Tous deviennent possibilistes_ Tous cessent d'être fatalistes. Ce Dieu qui est pouvoir des êtres hUlnains Sill: leurs actes, est aussi celui de Descartes quand le remarquable rationaliste affirme dans ses Méditations métaplrysiques : « C'est Dieu qui m'a créé comme être de raison, doté d'idées innées; il a laissé sa trace en moi, sous la forme de l'idée de perfection...Il me permet de comprendre et de rectifier mes erreurs de jugement... » Bossuet le dit intelligemment: « Nous avons fait lm Traité de la COlll/f1issancede Dieu et de Soi-même, où lIOIISaisons voir qll'JfJIhomme qlli sait se f rendre présent Ii lui-même trolll'e Diet/ présent plus qlle tout OlItre chose,puisque salis lui il Il 'aurait lIi 1JlouvemeJl!,ni esprit, Ili vie, ni raisoll ». Suivant cette sagesse, l'ouvrage explore les âges des peuples et les destins des grandes nations, en vue d'équiper la conscience congolaise des instruments de conlpréhension de son sort. L'ouvrage constate que toutes les fois que les ressorts divins des hommes tombaient en obsolescence, et que leur morale se pervertissait, à l'instar de l'astre solaire qui éclaire la terre et détermine le développement des organismes physiques, le plus clairvoyant et mystérieux d'entre ces hommes apparaissait, en orbe lwllinescent, en prophète, en grand révélateur de Dieu, pour restaurer l'espoir en illuminant les volontés enténébrées, en éveillant les consciences endormies, afin que chacun puisse réhabiliter la foi en la possibilité divine de son être.

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La naissance

du Congo

Résurrection pour les uns, renaIssance pour les autres, la nation mode, s'assoupissant dans le tombeau de l'ignorance, de la négligence, de l'irresponsabilité, de la paresse, de l'inorganisation, du stupre, est rappelée à la vie érudite, vertueuse, ordonnée, créatrice et entreprenante, où la déité humaine est renouvelée, rétablie et promue, où l'homme à l'œuvre en toutes choses expti.me le principe divin agissant. L'ouvrage se permet ce débat, celui de l'éthique religieuse qui contti.bue fortement à déterminer les conduites sociales, parce que l'ho1Jlme est lm dim tombé qlJi se sOllvie/lt des cimx~ a dit Lamadine. Affirmant de ce fait que le Congo a besoin d'un tel éveil spirituel, pour clore l'ère de la fatalité et de l'irresponsabilité, et exorciser l'invraisemblance d'wl fragment de cosmos qui enferme l'humanité qui s'y est fixée dans la misère la plus radicale, tout en y aménageant Wle terre dont la smface est d'wle fertilité édénique, et le sous-sol, une véritable caverne de minerais. Voilà pourquoi le livre se présente aussi l'esprit se permettant d'évoquer la réalité divine congolaise, en pariant sur son redéploiement reviviscence scelle à jamais l'unité fondamentale et la déité de son essence humaine. comme un soliloque de immanente à l'hum.anité créatique, afin que cette entre la nature congolaise

A la recherche de l'instant de ll11se au point pour la régénération, l'ouvrage pose cette question cruciale: après la réification de notre humanité congolaise et africaine, arme d'tme volition d'invasion et de colonisation, comment débloquer ces énergies célestes longtemps tenues prisonnières dans les bas-fonds de notre humanité, et libérer la dynamique de déification de notre genre humain? Tout s'y prête... Le monde s'est déjà mis à cette heure de l'égalité des ressorts et des facultés qu'on appelle la mondialisation: chaque homme se sachant l'égal de tout homme, chacun des hommes est W1e semence de l'action créatrice, capable de reproduire chez soi, par soi et pour soi toutes les prouesses inventives et productives qui se manifestent partout ailleurs. C'est par cette conscience que l'homme a produit son propre monde, à son image et à sa ressemblance, et toutes les manifestations de l'esprit témoignent de ce pouvoir mystérieux.

L'homme se sait par conséquent un être privilégié. Et ce qui fait de lui un être pti.vilégié et mystérieux fait également sa grandeur et sa dignité. Il confère à son être W1sens et fournit un fondement de valeur à son rapport à autrui, au monde et à lui-même. Ainsi se tisse la propti.été fondamentale de la conscience humaine, qui est de porter l'homme au dépassement

Introduction
de soi, de sa condition initiale et de tout ce qui peut simplement limiter ses horizons. l'asservir

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ou tout

Si la dignité de l'homme découle du pouvoir de cette prise de conscience, cela n'exclut pas sa réalité corporelle et sa relation matérielle au monde. Cette dignité est envisagée dans l'humanité globale de l'homme et dans son existence concrète et historique. Les deux ordres de réalité, matérielle et spirituelle, ne demeurent pas moins distincts et leur rapport est un rapport de finalité. La dig,11ité de l'homme tient à sa condition comme être du monde, mais voué par sa conscience au dépassement de sa condition vers un monde de valeurs. Et c'est en fonction de ces deux ordres de réalité que la conscience s'affirme et donne à l'honune toute la singulal1.té de son espèce. Ainsi sur le plan personnel comme sur le plan social et histot-ique, cette singularité constitue à la fois un fondement et un critère à ses valems. Un tel sentiment croit avec la richesse de la conscience et cette 11.chesse est fonction de notre rapport au monde et à ses mystères. ~A"ujomd'hui, devant les aspects tragiques de la vie en République Démocratique du Congo, la pensée doit éprouver une satisfaction particulière à assumer ses devoirs face au destin, en se prouvant à ellemême comme pensée de soi et de la vie, pensée par soi et pour soi, pensée congolaise vivant l'expérience de ses devoirs au cœur de la tragédie du sous-développement, pam affirmer l'utilité de la nationalité congolaise, et la nécessité existentielle de la citoyenneté congolaise. Le monde aujourd'hui, c'est l'unité de l'humanité, des religions, des races, des nations, la réconciliation de la religion et de la science, l'abolition des préjugés et des superstitions, la proclamation des droits pour tous. .. Et une nation aujourd'hui, au-delà de l'attachement à une terre, c'est une seule âtne en plusieurs corps, car plus on s'aime les uns les autres, plus on se perçoit acteurs individuels d'une histoire commune, plus on se rapproche de Dieu, et plus nos pouvoirs de perception spit-ituelle se mettent en égal éveil que nos pouvoirs de perception physique.

Il n'y a donc plus l'ombre d'un quelconque doute, tout le sens de la vie humaine, la vocation particulière de l'homme en tant qu'être doué de sentiment et de raison, est d'arriver à la prise de conscience totale de cette dimension de son être, de sa nature divine, de Dieu en lui, de Dieu qu'il est, qu'il devienne la réalité divine vivante et agissante, clairement perçue, manifestée, proclamée et révélée par son sens de créativité, par le raffinement de son comportement, la distinction de sa façon d'être et de vivre, par son érudition...

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La naissance

du Congo

congolais d'appréhender C' est cette dynamique qui permettraàl'homme ses possibilités existentielles en termes conceptuels et d'agir en fonction de cette connaissance. Dès lors qu'il agit conformément à cette imbrication dialectique entre lui et Dieu, qu'il exprime dans son comportement cette relation qu'il a intériol~sée, il peut donc aisément accéder par la pensée à ses possibilités existentielles. C'est-à-dire, en intériorisant ces possibilités pour les appréhender par le mécanisme de la pensée, il harmonise les dimensions intérieure et extérieure de son humanité, qui est une sorte de réciprocité qui rqyonne dans le moi en Liti et Lui en moi, pour puiser dans l'acceptabilité consciente de cette consubstantialité, tous les secrets, tous les ressorts et toutes clés de la fabrication au Congo d'une vie oÙ la quête du bonheur pour chacun et pour chaque famille s'érige en obsession nationale. Est-ce que cette acceptation de Dieu n'est-elle pas simplement la condition de la naissance d'un peuple, de son intelligence créatrice, par laquelle l'âme rend en quelque sorte à Dieu ce qu'elle a reçu de lui? N'est-il pas question ici de recevoir Dieu pour pouvoir le repmduire en puissance créatrice, en capacité d'organisation minutieuse, en fonds mental plein d'afféterie.. .

Toute la raison d'être de cet ouvrage est d'encourager et de guider l'homme congolais, qu'il devienne conscient, qu'il se pense et se perçoive par son pmpre choix personnel comme une représentation parfaite de cette loi intél~eure divine. Qu'il se sache Fils de Dieu, et que se réalise dans ses profondeurs l'adéquation entre le nègre congolais qu'il est et la pamle de Dieu. C'est à l'aune de cette conscience de soi que l'humanité congolaise pourra secréter un cadre sociétal neuf, qui soit une entreprise systématique d'éveil à cette vie, dépassant le cadre de la religion pour reprendre et appmfondir de manière rationnelle et par un effort pédagogique continu le lien entre Dieu et l'homme congolais, défini comme une relation entre l'extérieur et l'intérieur de notre genre humain, l'intél~eur Dieu et l'extérieur Congolais et leur nécessaire unification, dans la conviction que la conscience plus ou moins claire d'un lien pmfond entre notre moi et quelque chose de transcendant et de supraterrestre, peut pmduire un effet transfiguran t. .l\insi, la troisième partie de l'ouvrage en vient au choix de transcender les lamentations, les récriminations, les atermoiements et autres inutiles larmoiements pour oser un corpus ù1éol~que qui panse la nation congolaise agonisante, en pensant sa renaissance. Si le chapitre consacré à l'EcoNomiealimentaire est la matrice de cet allant, la partie qui s'arc-boute sur le credo de « l'Economie utilitaire» en exprime toute l'audace imaginative. J'y définis l'Economie utilitaire comme étant l'économie de la massification des comportements entreprenants, privilégiant la satistàction des besoins

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et le partage solidaire, en déconseillant l'économie des désirs, en fonction de quoi se meut la machine infel11ale de la surconso!Tunation, qui résulte directement de ce productivisme qui est aujourd'hui à l'01~gine du dérèglement climatique. L'horizon conceptuel esquissé est simple, bien à la portée de la volonté de l'Homme et loin de l'irréalisable: forger une nouvelle hygiène de vie, qui assoit une synesthésie liante entre les peuples et les nations du monde, et rende possible une interaction synergique entre l'activité économique, le mieux-être et le respect de l'environnement. La réflexion s'y enclenche à partir de ce questionnement fondamental : comment réorganiser l'économie et la mettre au service du bien-être national quand on est le pays qui sollicite le moins ses forces intérieures, ses capacités immanentes, les richesses de son style de vie endogène... où la corruption est la plus répandue... qui achète le plus d'armes par tête d'habitant, qui subit le plus de pertes humaines à cause de conflits internes, car il est le plus divisé. Et toujours en guerre... Comment se ressaisir et ouvrirpuissammentle chantier du redressement national quand notre présent nous échappe en grande partie, et que notre être se réduit à un tube digestif, de la tête aux pieds? Quand notre futur demeure hypothéqué par les études et les scénarios des autres, sur lesquels nous nous fions religieusen"lent ? Il est surprenant de constater, à ce sujet, que les meilleurs centres de documentation et de données se trouvent dans les pays industrialisés, et que l'obéissance des dirigeants aux « conseils» des experts étrangers et aux directives des organisations internationales est totale. Ce qui révèle la réalité amère de notre désintéressement vis-à-vis des atl:àires qui nous concelnent et l'intérêt que les autres leur accordent.. . Se permettant, en effet, de conclure que la pauvreté du Congo a pour otigine la marginalisation du rôle de l'individu congolais, une exploration plus sérieuse de la question du sous-développement indique que le phénomène est d'abord et avant tout une affaire de mentalité, d'état d'esptit et, enfin, de culture. De quelle culture s'agit-il? Celle qui part du postulat que tout besoin humain, matériel ou immatériel, implique la possibilité de le satisfaire. L'ensemble de ces possibilités est ce que l'on désigne sous le vocable de culture, dont l'étalement dans le temps tisse ce que l'on appelle histoire.

Cela étant, un peuple qui ne désire rien, qui n'aspire à rien, voit son histoire s'arrêter devant lui, et les jours se suivre de mal en pis. Voilà pourquoi la pauvreté du Congo se transforme, tous les jours, en un sousdéveloppement culturel qui noUt-tit l'engrenage de la sous-réflexion à la sous-nutrition... Cet ouvrage a fait le pati de mettre ensemble les questions de spil~tualité, de l'histoire, de la politique, du social et de l'économie, parce que pris dans toutes ses dimensions, le problème du sous-développement

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du Congo problème avons n'est pas seulement strictement politique: un problème

La naissance
économique,

du Congo
un

encore moins

il a pour enjeu le sens et les fins de notre C'est-à-dire: les possibilités manière que nous de reconsidérer notre de concevoir

vie particulière

au cœur de l'Afrique. avec la nature,

dans nos profondeurs

et de vivre les rapports avec le divin.

avec nous-mêmes,

avec les autres et

Voici toute une réalité cme qui réclame grande force nous détermination morale nous pour croyons d'espérer de dominer à se préoccuper donner englués, les désastres,

aux Congolais,

à la fois, la plus et davantage au-delà de des

du sort du Congo, l'énergie de sortir des ornières d'autres

à la vie nationale d'empn.l11ter

d'aller

mécomptes, des raisons propres y trépigne constnlcteur.

dans lesquelles de retrouver en l'avenir. de nos Il

chemins,

et, avec elles, la foi en soi et la confiance de réflexion, de création, d'action

Cet avenir Il' est pas devant possibilités d'impatience,

nous. Il est dans nous. Dans le tréfonds

et de constmction. et de déploiement

et se tord d'envie de jaillissement veut en être un des déclics...

Cet ouvrage

Je ne voudrais pas clore cette longue introduction sans demander de l'indulgence pour les impel-fections qu'on peut déceler ici ou là dans l'ouvrage... Je ne pouvais écrire l'histoire dans toutes ses nuances, dans toutes ses finesses et dans toute sa scientificité, me disant, à la suite de Joachim du Bellay: « je me contenterai de simplement écrire ce que la passion seulement me fait dire, sans rechercher ailleurs plus graves arguments ». Cet ouvrage ne prétend nullement colliger des recettes magiques pour du Congo. J'ai tout simplement la faiblesse de penser que la crise que nous vivons, les doutes qui nous assaillent et les bouleversements qui nous troublent m'interdisent le silence. l'vfieux, ce que je suis aujourd'hui m'autorise à fàire part de mes réflexions. Après tout, comme l'aurait dit le rhétoricien Quintilien dans L'illsnhltioll oratoire: « on écrit pour: raconter, non pour: prouver: ». réussir le développement

Didier: Mumengi IGnshasa, le 17 mai 2008

39 Remerciements

En écrivant cet ouvrage, mon ambition ultime est de parvenir à faire aimer l'histoire à mes compatriotes congolais. L'extraordinaire plaisir qui m'assiège dans cette passion de l'histoire, j'ai tenu à la communiquer à travers cet ouvrage. Un retentissement même n1at-ginal dans cette direction serait pour moi une gigantesque récompense. Je remercie David Zollman pour notre amitié immergée dans la passion de l'histoire, et dont l'appui et les conseils ont été déterminants dans la réalisation de ce projet. Avec lucidité, sens critique et un soin remarquable, le professeur Jean Marie Makombo a relu, con-igé, et proposé bien d'utiles modifications. Je lui dois les plus vifs et les plus cordiaux remerciements. M. Firmin Kama, figure emblématique du système éducatif congolais, m'a fait l'honneur, malgré le poids de son âge, de lire et de me proposer de sages suggestions, qui m'ont aidé à émonder certaines obscm-ités de l'ouvrage. Comment lui dire toute ma gratitude dans l'appréhension que le vocable « merci » est bien faible?
Il reste l'inextinguible dette de reconnaissance à payer envers ceux et celles qui sont le souffle et l'énergie de mes réflexions: mon épouse Angèle Baende Mumengi dont la tendre assistance joue le rôle d'aiguillon et de guide sans lequel aucun de mes ouvrages n'aurait pu voir le jom~ Olivier l'aîné qui a tout de moi, l'émdite Madeleine qui reprend ma passion d'éet-ivain, Didier l'autre moi-même en herbe et la resplendissailte Cathet-ine qui est née en même temps que le projet de cet ouvrage.

Première

partie

Ces histoires

qui sont notre histoire!

« Beaucoup à abattre, beaucoup à construire, beaucoup à restaurer; Hâtons-nous, sans perdre notre temps ni nos forces; Tirons la glaise du puits, taillons la pierre, Ne laissons pas refroidir la forge ».

T.S. ELIO'f,

The rock, Chorus II.

Ces histoires qui sont notre histoire

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D'où

vient-on?

astronome Le Congo est né en Egypte, au IIbne siècle, lorsqu'un d'Alexandrie couronne la science de l'Antiquité en rassemblant sept siècles de savoir antique dans trois ouvrages principaux: l'A/mageste pour l'astronomie, la Tétrabible pour l'astrologie, et la Géographie, un ensemble de huit volumes comprenant lUle carte générale et vingt-sept cartes particulières. Ces ouvrages témoignent de l'tmité du monde et de l'interdépendance des savoirs. Dans son Guide Géographiqllf, dressant des cartes très utiles sur le monde connu à l'époque grâce à une projection plane de la Terre, il établit une liste de 8.000 localités répertoriées avec leur latitude (mesurée par rapport à l'équateur) et leur longitude (calculée par rapport au méridien de référence, fixé à l'époque aux îles Fortunées (aujourd'hui les Canaries). Également astrologue, il pense que les astres, en particulier les planètes, déversent sur la Terre des injblfnces qui touchent directement les hommes, individuellement ou collectivement.

A

la fin

de

l'.i\ntiquité,

les

bouleversements

issus

de

la chute

de

l'Empire romain font disparaître ces livres et ces cartes. Mais à partir du IXème siècle, les savants arabes et persans, installés au cœur de l' œko1/mèlle Oe monde connu) par l'expansion de l'islam, traduisent les ouvrages grecs et sauvegardent cette science première. Malgré ses défauts et ses erreurs, l'œuvre de ce génie forme un savoir de référence qui fera autorité jusqu'aux travaux de Copernic et de Kepler au XVIème siècle. Citoyen de trois continents, il s'appelle Ptolémée pour ses origines grecques, Ptolemaeus par sa nationalité africaine d'Alexandrie en Egypte, et Claudius pour sa citoyenneté romaine, par ses ancêtres. ..Ainsi,grâce à lui et dès le lIme siècle, le monde disposait d'tme grille de référence permettant de localiser les positions relatives des terres connues. Ce monde connu habité, l'œkoumène au lIme siècle après Jésus-Christ, est un territoire limité à l'ouest par l'océan Occidental, Dykitos Okea/los en grec, à l'est par la Chine, Serike, au nord par l'Ecosse, Ka/edoltia et au sud par l'Ethiopie intérieure, entos Aithiopios (en grec Aithiopos signifie pfall bnÎlée, donc Noire. Aithiopéia veut donc dire P'!Ys d£sNoirs). Au-delà, ce sont les terresincoflHues. n tait de cette Afrique noire E inconnue, dont le Congo en est le cœur, il est question de l'œuf cosmique, non sans lien avec le mystère de l'œuf pascal. Cette Afrique noire inconnue prétendument abiotique, terra incognita, renverrait plutôt au dimanche de Pâques, quand l'Eglise n'a encore qu'un

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