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La réconciliation nationale à Madagascar

De
532 pages
La population de Madagascar est composée officiellement de 18 ethnies ayant eu chacune un royaume indépendant. Les guerres intestines, la guerre d'unification menée par les souverains Mérina successifs et l'introduction du christianisme ont rendu difficile la constitution de la nation malgache malgré une base de culture et de racine de langues communes incontestable. La barbarie des violences coloniales et les différentes crises politiques contemporaines n'ont bien sûr pas favorisé non plus cette émergence.
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La réconciliation nationale à Madagascar Anaclet Imbiki
Une perspective complexe et diffi cile
La population de Madagascar n’était pas constituée en nation au sens
classique du terme, malgré l’existence d’une base de culture et de racine La réconciliation nationale
de langue communes incontestables. Elle est composée o ciellement de
18ethnies, ayant eu chacune, avant la colonisation, un royaume indépendant. à Madagascar
Les guerres intestines et la guerre d’uni cation menées par les souverains
Merina successifs contre les autres royaumes, depuis le règne du roi RadamaI
ejusqu’au début du XVIII siècle, ont été si cruelles qu’elles ont laissé, jusqu’à Une perspective complexe et diffi cile
l’époque contemporaine, de graves séquelles. L’introduction du christianisme
pendant cette période constituait aussi un facteur de rivalité entre, d’une part,
les chrétiens et les pratiquants de la religion des ancêtres, d’autre part, les
protestants et les catholiques.
La barbarie des violences coloniales et la politique « diviser pour régner»
ne font qu’aggraver l’adversité entre les communautés malgaches, déjà
profondément marquées par les séquelles de l’esclavage, les relations
discriminatoires interethniques et envers les femmes. Les conséquences des
graves crises politiques cycliques de 1972, 1991, 2002 et 2009, pour lesquelles
l’auteur propose des solutions originales et audacieuses, a n de conjurer
toute guerre civile, sont certes provoquées par un grave dé cit chronique de
démocratie et par la mauvaise gouvernance, mais elles s’expliquent aussi par
l’absence de règlement des situations con ictuelles du passé.
Anaclet Imbiki, magistrat à la retraite, ancien auditeur
de l’Institut des hautes études de défense nationale
de Paris, expert gouvernemental pour l’application
de la Convention des Nations Unies de lutte contre
la corruption, est un observateur averti des réalités
sociopolitiques malgaches, car élu trois fois député
et Garde des sceaux ministre de la Justice. Il a écrit notamment les ouvrages
Le Fokonolona et le Dina (Jurid’ika) et Déontologie et responsabilité des
magistrats à Madagascar (Créons).
Préface de Jean Omer BerizikyIllustration de couverture : photomontage avec une image de Handshake © Web Buttons Inc
ISBN : 978-2-343-04147-6
49 €
Anaclet Imbiki
La réconciliation nationale à Madagascar













La réconciliation nationale
à Madagascar




















Anaclet Imbiki


























La réconciliation nationale
à Madagascar

Une perspective complexe et difficile







Préface de Jean Omer Beriziky

































































































Du même auteur

Déontologie et responsabilité des magistrats à Madagascar, Créons, 2013.

Le « Fokonolona » et le « Dina ». Institutions traditionnelles modernisées au
service de la Sécurité publique et de la Justice populaire à Madagascar,
Jurid’ika, 2011.






































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04147-6
EAN : 9782343041476
Pour faire la paix, il faut du courage,
bien plus que pour faire la guerre
Invocation pour la paix en Terre sainte du pape François,
en présence de M. Shimon PERES, Président de la République
d’Israël, et M. Mahmoud ABBAS, président de l’Autorité
palestinienne, le 8 juin 2014 dans les jardins du VATICAN.
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 5 01/12/2014 10:28:31RECONCILIATION_CS6 ok.indd 6 01/12/2014 10:28:31À tous les Malgaches, mes compatriotes
Unis sur la base d’égalité effective des chances,
nous serons toujours plus forts
pour affronter le combat de l’avenir
avec un succès plus assuré.
Anaclet IMBIKI
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 7 01/12/2014 10:28:31RECONCILIATION_CS6 ok.indd 8 01/12/2014 10:28:31Remerciements
Je remercie mon épouse Pascaline et nos enfants Avisoa, Herinosy, Zarasoa,
Herilaza et Maheritsiresy pour m’avoir constamment encouragé à effectuer des
publications et écrire des ouvrages utiles pour le progrès de la société malgache. Le
présent livre sur la réconciliation nationale ayant nécessité de longues recherches
et impliqué en conséquence de fréquentes absences du cercle familial, j’avais
besoin de leur compréhension, et leur soutien a été particulièrement précieux.
Je remercie également tous ceux qui ont apporté à divers titres (recherches
documentaires, enquêtes sur terrain, travaux de correction, mise en forme…)
leur contribution à la réalisation de ce livre.
Je tiens à citer nommément M. Jean Omer Beriziky, ancien Premier ministre
du Gouvernement de Transition d’Union Nationale qui a bien voulu accepter
de préfacer cet ouvrage. Ses observations élogieuses me réconfortent assurément,
le thème étant si sensible et délicat, compte tenu des profondes controverses
que la réconciliation nationale suscite dans les milieux politiques et de la société
civile, tant au niveau de la révélation des évènements majeurs qui divisaient
profondément les Malgaches, c’est-à-dire, des situations conflictuelles du passé ou
contemporaines à prendre en considération, qu’au niveau des mesures proposées
pour parvenir à la cohésion nationale véritable. En effet, les démarches
méthodologiques à emprunter exigent que soient discutées au grand jour, sans état
d’âme, toutes les réalités historiques et sociopolitiques, et même questions les «
qui fâchent », considérées par certains comme tabous. Ce qui n’est pas du goût
de tout le monde. D’aucuns répugnent que des questions susceptibles de porter
atteinte à leurs intérêts vitaux ou ceux de leurs communautés soient exposées.
L’admirable synthèse faite par M. Jean Omer Beriziky aide amplement et
rapidement à la bonne compréhension de l’ouvrage.
L’analyse objective de l’ensemble de l’œuvre est très précieuse pour
l’appréciation des difficultés de mise en œuvre des solutions préconisées pour lever les
obstacles à la réconciliation nationale à Madagascar.
Je remercie enfin et vivement L’HARMATTAN pour avoir facilité
l’achèvement de mes travaux grâce à ses précieux conseils et accepté de les éditer dans
un délai raisonnable.
9
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 9 01/12/2014 10:28:31RECONCILIATION_CS6 ok.indd 10 01/12/2014 10:28:31Préface
Consécutivement aux proclamations des résultats des élections présidentielles
et législatives du 20 décembre 2013, Madagascar est retourné à l’ordre
constitutionnel et a retrouvé sa place dans les enceintes internationales. Aussi, en cette
année 2014, est-on en droit de supposer qu’il est enfin sorti de la longue crise
politique qui l’avait frappé depuis 2009.
L’appel à la réconciliation nationale est de nouveau sur toutes les lèvres et
alimente toutes les discussions politiques, aux fins, justement, d’éviter le retour
cyclique à ces crises dont les conséquences ont toujours été, hélas, préjudiciables
au développement du pays.
L’ouvrage de M. Anaclet IMBIKI sur « La réconciliation nationale  : une
entreprise longue et difficile» tombe alors à point nommé. En effet, à ma
connaissance, il s’agit du premier livre consacré à ce thème à Madagascar. Son
auteur qui a déjà effectué d’autres publications sur ce sujet délicat, souvent
esquivé, parfois tabouisé mais combien important, fait donc une œuvre de
pionnier en la matière.
Je connais suffisamment Anaclet IMBIKI, homme de Droit rigoureux, affable
et d’esprit ouvert, attentif aux idées contradictoires, doué d’une grande capacité
de synthèse et d’une grande curiosité intellectuelle. C’est un ami de longue date
certes, mais j’ai surtout eu l’occasion de l’apprécier sur le plan professionnel alors
qu’il était conseiller technique pendant la période extrêmement difficile où j’ai été
à la tête du Gouvernement de la Transition formé après la signature de la Feuille
de Route du 17 septembre 2011, dont la mise en œuvre a posé de multiples
problèmes aussi bien politiques que judiciaires. Anaclet IMBIKI, était
constamment disponible afin d’apporter ses compétences et expériences pour la résolution
des difficultés souvent ardues, au besoin avec une équipe multidisciplinaire de
conseillers. Grand travailleur, il propose souvent de pertinentes initiatives avec
une méthodologie d’approche remarquable pour des problématiques compliquées.
Outre sa spécialité : «le Droit », l’homme s’intéresse aussi aux domaines
extrajuridiques touchant les différents aspects de la vie de la nation ; ses autres
publications en témoignent amplement. Son présent ouvrage atteste d’ailleurs
son goût pour différentes disciplines se rapportant aux sciences de la société
dont l’histoire qui me semble être fondamentale pour la compréhension de la
réconciliation nationale à Madagascar, tant les situations conflictuelles du passé
y occupent une place cruciale.
11
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 11 01/12/2014 10:28:31Il faut saluer l’auteur pour son courage à décortiquer à fond un sujet si peu
étudié, si sensible, complexe et controversé qu’est la réconciliation nationale dans
un pays composé de 18 ethnies et de sous-ethnies, ayant appartenu à l’époque
précoloniale à différents royaumes ou autres formations sociales et qui se sont
livrés à des guerres intestines. Il faut se rappeler que ces dernières ont laissé entre
les descendants des groupes ethniques belligérants d’alors des séquelles de méfiance
réciproque et quelquefois de haine, voire de velléités de vengeance perceptibles
jusqu’à nos jours. De plus, la société malgache a connu, des siècles durant,
l’esclavage quasi généralisé, lequel a non seulement laissé des traces mais surtout
resurgit à l’époque contemporaine, particulièrement dans les Hauts-Plateaux où
le système est étudié et les maux mis en exergue par de grands auteurs comme
Ignace RAKOTO, François RAJAOSON, Juliette RATSIMANDRAVA, cités
d’ailleurs dans cet ouvrage.
Ce livre de plus de 400 pages est un véritable chef-d’œuvre de par son
originalité méthodologique, sa bibliographie abondante, la profondeur de l’analyse ;
la largeur des champs d’études impliquant l’histoire, l’anthropologie, la science
politique, la défense nationale, le droit…
Dans la première partie de l’ouvrage, l’auteur fonde sa démarche en vue de
la réconciliation nationale sur les références aux situations conflictuelles qui ont
laissé de profondes séquelles portant gravement atteinte à la cohésion nationale
aujourd’hui. Tous les évènements majeurs des époques monarchique, coloniale
et depuis l’indépendance, dans les domaines politique, économique, social,
culturel, sécuritaire et religieux, ayant affecté la formation ou le renforcement
de la nation malgache, sont recensés et objectivement analysés dans le but de
pouvoir proposer des solutions crédibles, adaptées aux réalités actuelles.
A ce titre, les traditions orales sont largement mises à contribution pour
étayer la réflexion, et l’auteur, dans cette démarche, n’a pas manqué d’évoquer
les proverbes, les dictons populaires et les lieux sacrés tabous dans presque tout
le pays pour justifier la perpétuation de ces conflits latents.
Je partage entièrement l’approche méthodologique de l’auteur quand il écrit :
« les combats pour l’unité doit exclure tout comportement dépourvu de sincérité des
acteurs potentiels de la réconciliation nationale. Toute hypocrisie politique dans
l’approche de la problématique de la réconciliation nationale comme condition d’un
“vouloir-vivre collectif” et du développement équilibré doit donc être écartée et
même combattue ». Raison pour laquelle l’auteur martèle par ailleurs  j’ai opté : «
pour la stratégie de la franchise, pour rédiger mon ouvrage… En effet, pour des motifs
inavoués, d’aucuns, parmi les partisans de la réconciliation nationale, répugnent à
mettre sur la table pour être discutée les situations conflictuelles antérieures à
l’indépendance, même s’ils savent qu’elles constituent justement les racines profondes des
inégalités contemporaines minant la société malgache et opposant périlleusement les
diverses couches sociales malgaches. A quoi servira alors d’entreprendre une soi-disant
réconciliation dont on refuse à l’avance d’extirper les racines du mal qui
empêcheraient d’atteindre le résultat recherché ? ».
12
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 12 01/12/2014 10:28:31Je comprends parfaitement que si les connaissances historiques auxquelles je
reste évidemment très attaché en tant qu’enseignant de la matière sont importantes
pour la maîtrise de l’évolution de tous les faits sociaux, elle l’est certainement
pour l’analyse objective des situations conflictuelles malgaches contemporaines
requérant la réconciliation nationale, dont les causes remontent incontestablement
aux époques précoloniale, coloniale et postcoloniale.
Beaucoup de personnes estiment que pour expliquer les causes constitutives
de menaces graves à la cohésion nationale d’aujourd’hui, la connaissance des
événements socio-économico-politiques depuis l’indépendance suffit et que nul
n’est besoin de remonter plus loin, surtout à l’époque monarchique.
Cette manière étriquée d’aborder ce sujet épineux ne peut conduire qu’à des
conclusions tronquées.
A l’analyse, les situations conflictuelles constitutives de forces centrifuges à
la cohésion nationale, comme l’a très bien exposé Anaclet IMBIKI, sont
essentiellement les guerres de conquêtes et intestines entre les divers royaumes
précoloniaux, l’esclavage, le tribalisme et d’autres formes d’exclusion discriminatoire
entre groupes sociaux dont les sources remontent parfois au passé lointain.
La colonisation, bien qu’ayant unifié l’île et aboli l’esclavage, introduit
l’enseignement, un système de santé et d’autres formes de progrès social dont
généralement ont pu enfin profiter les anciens exclus, n’est pas en somme plus
heureuse pour les Malgaches. En effet, comme pour la période monarchique, elle
était marquée par des violences inhumaines dont l’exploitation colonialiste des
richesses de Madagascar et de la main-d’œuvre locale au profit de la métropole
et des colons ainsi que toutes sortes de discrimination, sociales au détriment
des « indigènes». Parmi toutes ces violences, on peut rappeler les répressions
barbares appliquées à toute forme de réaction contre le système (Menalamba,
VVS, Ralaimongo, MDRM,…). Malheureusement, des Malgaches, supplétifs
des colons ou animés de vergences pour les mauvais traitements dont ils étaient
victimes pendant l’époque précoloniale, se sont rendus, consciemment ou non,
complices de ces actes odieux et en ont tiré profit.
La haine réciproque provoquée par ces cruautés persistent jusqu’à nos jours.
Depuis l’indépendance, comme Anaclet IMBIKI l’a justement relevé, les
violences génocidaires et les profondes injustices précoloniales et coloniales conti -
nuent à laisser de graves conséquences à notre époque, se traduisant notamment
par le monopole du pouvoir, de l’avoir et du savoir au profit d’un petit nombre
de Malgaches privilégiés, souvent des rejetons des auteurs et complices de ces
cruautés du passé.
L’idée de l’auteur est de démontrer dans son ouvrage que les crises politiques
cycliques de 1972, 1991, 2002 et 2009 qui n’avaient cessé de diviser
profondément les Malgaches, et qui se trouvent d’ailleurs à l’origine de ressentiments
difficilement maîtrisés, de l’appauvrissement des populations et de l’insécurité
généralisée, surtout dans les zones rurales, sont les conséquences directes ou
indirectes des séquelles de situations conflictuelles historiques non réglées. Elles
13
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 13 01/12/2014 10:28:31placent souvent les citoyens au bord de la guerre civile. Elles sont en réalité
les sources et les conséquences de la mauvaise gouvernance, du non-respect de
l’état de droit, du déficit démocratique, de la carence d’éthique politique et du
manquement aux engagements des dirigeants.
Les crises localisées comme celles du soulèvement du MONIMA dans le Sud en
avril 1971, des mouvements proches du Parti Social Démocrate (PSD) à Tamatave,
Majunga, Antsohihy, Anahidrano, Antalaha et Diégo-Suarez à la fin de 1972 et
au début de 1973, de la tuerie des Comoriens par des Antesaka à Majunga en
décembre 1976, de l’affaire Kung-Fu de 1984-1985 et des affrontements meurtriers
Zafisoro-Antefasy de 1990, ont des liens évidents avec le passé et avec la mauvaise
gouvernance de l’ère postcoloniale.
Toutes ces situations conflictuelles du passé ou contemporaines menacent de
provoquer des velléités de vengeance si des solutions en profondeur et durables
pour extirper la racine du mal ne seront pas prises convenablement et à temps,
sur la base des réalités sociologiques et de l’aspiration de la population. Elles
sont en outre génératrices de profondes injustices intolérables et exclusives de
certains groupes sociaux du processus de développement.
Cette solution passe nécessairement par réconciliation nationalela pour
que les Malgaches acceptent de cicatriser les blessures du passé, par le « Grand
Pardon », grâce aux réparations sous divers aspects, pour pouvoir se consacrer
désormais aux tâches de développement du pays. Je rappelle que selon Anaclet
IMBIKI, suivant qu’il s’agisse de préjudice individuel ou collectif provoqué
par les crises politiques cycliques et localisées, ou des situations conflictuelles
historiques, les réparations qui doivent être en général intégrales, sauf faute
partielle de la victime, peuvent être en nature ou par équivalent. Elles peuvent
constituer aussi en reconstitution de carrière avec rappel de soldes, des mesures
de discrimination positive, de pardon, de reconnaissance publique des fautes
commises, d’érection de monuments commémoratifs, de développement des
localités les moins avancées…
Ne prendre en considération que les seules crises cycliques depuis
l’indépendance est évidemment insuffisant pour parvenir à la véritable réconciliation
nationale. Malheureusement après chaque crise, les acteurs politiques n’ont pas
su en tirer les leçons.
Une originalité peu commune et rarement entreprise mérite d’être notée dans
la méthodologie de l’auteur de vouloir asseoir ses propositions de solutions sur
des réalités objectives. Anaclet IMBIKI, en effet, met en relief dans le chapitre
premier de la deuxième partie portant sur « le type de réconciliation nationale
adaptée pour Madagascar » les caractéristiques comportementales des différents
groupes ethniques malgaches, dans leur localités d’origine ou dans les lieux de
leur migration, telles qu’elles ont été révélées et analysée, par les voyageurs,
missionnaires, chercheurs étrangers et administrateurs coloniaux, confirmées
éventuellement par les nombreux proverbes et dictons populaires. L’appréciation
de ces «spécificités » est cruciale afin que, lors des négociations dans le cadre
14
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 14 01/12/2014 10:28:31du processus de la réconciliation nationale, les protagonistes réels ou potentiels
se connaissent mieux, et évitant ainsi que ceux de bonne foi ne soient bernés et
floués par les rusés ou les hypocrites, habitués à ne pas respecter leurs engagements.
Le grand mérite de l’auteur est avant tout son audace et son honnêteté
intellectuelle. Il expose en effet sans état d’âme dans le chapitre deux de la
première partie de l’ouvrage la justification des positions respectives des opposants
acharnés et des thuriféraires convaincus de la réconciliation nationale. Ce qui
est très important pour la recherche de solutions appropriées à l’entreprise qui
nécessite, en tout état de cause, des débats contradictoires.
La plupart des discours politiques prononcés jusqu’ici se contentent de
réclamer la réconciliation nationale, tout au plus, en précisant l’objectif visé ou en
la justifiant de bonne foi ou non, mais sans en donner le contenu réel. Dans
l’ouvrage d’Anaclet IMBIKI, le thème est un concept global mais reflète une
vision bien claire puisque, d’après lui, la réconciliation nationale comprend
cinq (5) composantes bien distinctes : la réconciliation nationale historique, la
réconciliation nationale sociale, la réconciliation nationale économique, la
réconciliation nationale militaire et la réconciliation nationale politique. Le prin cipal
avantage de cette distinction est, d’abord, de mettre en évidence la réalité de ces
composantes, ensuite de privilégier l’efficacité de l’évaluation de l’impact de la
mise en œuvre des solutions retenues dans la mesure où à chaque type de menace
à la cohésion nationale est prévue une parade spécifique.
Justement, l’objectif et la crédibilité des solutions que l’auteur propose pour
obtenir les résultats escomptés pour la réconciliation nationale apparaissent
comme leurs caractéristiques dominantes et innovantes. Pour parvenir à
pardonner les situations conflictuelles du passé ou leurs séquelles, l’auteur privilégie les
réparations comme mesures prioritaires, mais aussi la fin de l’impunité, grâce
au système «vérité et réconciliation » par la voie de la justice transitionnelle.
Ma mission en tant que Premier ministre de consensus de la transition, chef
de Gouvernement d’Union nationale, d’octobre 2011 à avril 2014, s’inscrivait
normalement dans le cadre du processus de réconciliation nationale. J’ai essayé
dans cette perspective de mettre à profit les ressources dont j’ai pu disposer pour
la concrétisation de cet objectif.
La classe politique malgache et la Communauté internationale connaissaient
parfaitement la complexité de ma tâche pour la mise en œuvre de la Feuille de
Route du 17 septembre 2014 afin de mener le pays à des élections sérieuses et
crédibles pour la sortie de crise et le retour à la normalité constitutionnelle. En
vérité, la persistance de controverses sur la loi fondamentale applicable pendant
la Transition (la Constitution du 11 décembre 2010 pour les uns, la Feuille de
Route du 17 septembre 2011 pour les autres), le non-respect de leurs
engagements par des acteurs politiques de haut niveau, la versatilité de la position de
certains d’entre eux due à l’absence d’éthique et au gré de leurs intérêts
personnels ou partisans ; et parfois, le décalage entre leur vision par rapport à celle de
la Communauté internationale sur des questions politiques majeures relatives
15
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 15 01/12/2014 10:28:32à la gestion de la période de la Transition, ont rendu extrêmement difficile la
recherche du consensus censé guider toutes mes démarches et mes actions. C’est
ainsi par exemple que la demande de la tenue d’un référendum constitutionnel
formulée au mois de mars 2013 avant tout processus électoral de sortie de crise
(élections présidentielle et législative) n’a pu être satisfaite, malgré qu’elle soit
parfaitement logique et de bon sens. Ce qui a d’ailleurs retardé les élections.
Je suis convaincu de la pertinence de la méthodologie empruntée par Anaclet
IMBIKI, et généralement du bien-fondé des solutions globales qu’il avance pour
la concrétisation de réconciliation nationale à Madagascarla sur la base de
la connaissance des réalités sociopolitiques nationales et locales ainsi que des
expériences étrangères. Mais je suis profondément inquiet pour l’effectivité de
la mise en œuvre de l’entreprise dans un délai raisonnable et conformément à
la stratégie déjà proposée, compte tenu, d’une part, des arguments respectifs des
opposants et des partisans de la politique de réconciliation nati déjà exposésonale
par l’auteur, et, d’autre part, des faiblesses de la société civile censée interpeller
les pouvoirs publics et guider les citoyens pour sa concrétisation.
Cependant, je reste confiant en la réussite de la réconciliation nationale à
Madagascar en dépit de toutes les difficultés connues et éventuelles, car elle est
devenue une exigence incontournable.
Dans le cadre de la recherche de solutions pour le succès de la réconciliation
des Malgaches, qu’il me soit permis d’inviter tous les acteurs concernés à
méditer l’«Invocation pour la paix en Terre sainte » du pape François, en présence
de M. Shimon PERES, Président de la République d’Israël, et M. Mahmoud
ABBAS, président de l’Autorité palestinienne, le 8 juin 2014 dans les jardins
du VATICAN, citée par Anaclet IMBIKI : Pour faire la paix, il faut du «
courage, bien plus que pour faire la guerre. »
Certes l’auteur, tirant la leçon des expériences étrangères et fort de ses propres
expériences en la matière, avec un talent remarquable, avance déjà dans son
ouvrage, dans le chapitre deux de la deuxième partie consacré à la « Stratégie de
mise en œuvre de la réconciliation de la nation », le pilotage et le financement
de la réconciliation nationale ainsi que la sauvegarde de la souveraineté nationale.
Mais par souci de l’effectivité de cette longue et difficile entreprise, et compte
tenu d’une part des difficultés financières du pays sortant de crise et d’autre part
de l’enjeu géopolitique et géostratégique de Madagascar dans l’océan Indien, en
Afrique et dans le monde, je ne peux m’empêcher de mettre l’accent sur des
questions qui semblent encore être en suspens. Sachant l’importance déterminante
de la nécessité de la neutralité politique et du charisme aux médiateurs, qui va
piloter la réconciliation nationale ? Qui va financer les réparations ? Comment
concilier l’exigence du respect de la souveraineté nationale et la nécessité de
faire appel à la Communauté internationale pour alimenter le Fonds National
de Solidarité destiné à réparer les victimes ?
Je formule cependant le souhait à ce que la bonne lecture de l’ouvrage
d’Anaclet IMBIKI conduise tous les acteurs malgaches de la vie politique et de
16
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 16 01/12/2014 10:28:32la société civile à prendre conscience sans retard de l’exigence et de l’urgence
de la réconciliation nationale, pour qu’enfin, ensemble, nous œuvrions tous
au développement harmonieux et équilibré de notre pays.
Jean Omer BERIZIKY
Enseignant chercheur à l’université de Toamasina
Ancien Premier ministre de consensus
de Gouvernement de Transition d’Union nationale
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 17 01/12/2014 10:28:32RECONCILIATION_CS6 ok.indd 18 01/12/2014 10:28:32Principales abréviations
ACM Aviation Civile de Madagascar
ADEMA Aéroport de Madagascar
AKFM Antokon’ny Fahaleovantena
AMDNR Acteur Majeur du Dialogue National
APDN Acteur Partenaire du Dialogue National
AREMA Andry sy Rihana Entina Manavotra an’i Madagasikara
ASNDR Acteur Stratégique du Dialogue National
AVI Asa Vita no Ifampitsarana
BANI Base Aéronavale d’Ivato
BIANCO Bureau Indépendant Anti-Corruption
CAPSAT Corps des Personnels et des Services Administratifs et
Techniques
CCC Comité Consultatif Constitutionnel
CEMGAM Chef d’Etat-Major Général de l’Armée Malgache
CENIT Commission Electorale Nationale Indépendante pour la
Transition
CES Conseil Electoral Spécial
CFA Franc des Communautés Financières d’Afrique
CHU Centre Hospitalier Universitaire
CMDN Conseil Militaire de Défense Nationale
CMS Cercle Mess Soanierana
CNEF Conférence Nationale des Entités Fédéralistes
CNOSC Comité National des Organisations de la Société Civile
CNUR Commission Nationale pour l’Unité et la Réconciliation
COI Commission de l’Océan Indien
CP Code Pénal
19
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 19 01/12/2014 10:28:32CPS Conseil de Paix et de Sécurité
eCPIIC Centre Pédagogique du II Cycle
CPDNR Comité Préparatoire du Dialogue National de Réconciliation
CRES Conseil pour le Redressement Economique et Social
CRM Conseil de la Réconciliation Malagasy
CSB Comité de Santé de Base
CSC Comité de Suivi et de Contrôle
CSR Conseil Supérieur de la Révolution
CST Conseil Supérieur de la Transition
CT Congrès de la Transition
CTD Collectivité Territoriale Décentralisée
CUR Centre Universitaire Régional
DCA Défense Contre les Aéronefs
DCAN Direction des Constructions et Armes Navales
DGDIE Direction Générale des Investigations des Documentations
Intérieures et Extérieures
DM Directoire Militaire
DNR Dialogue National de Réconciliation
ECAR Eglise Catholique Romaine
EEM Eau et Electricité de Madagascar
EEM Eklesia Episkopaly Malagasy
EMMO-REG Etat-Major Mixte Opérationnel-Régional
ENAM Ecole Nationale d’Administration
ENSOA Ecole Nationale des Sous-Officiers de l’Armée
FFKM Fiombonan’ny Fiangonana Kristianina eto Madagasikara
FFM Filankevitry ny Fampihavanana Malagasy
FINONA Fiombonan’ny Vondron’olom-pirenena
FJKM Fiangonan’i Jesosy Kristy eto Madagasikara
FLM Fiangonana Loteriana Malagasy
FNDR Front National pour la Défense de la Révolution
FRAM Fikambanan’ny Ray Amandrenin’ny Mpianatra
FRS Forces Républicaines de Sécurité
GIC-M Groupe International de Contact
20
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 20 01/12/2014 10:28:32HAT Haute Autorité de la Transition
HCC Haute Cour Constitutionnelle
HIMO Haute Intensité de Main-d’Œuvre
IPC Indice de Perception de la Corruption
JiRaMa Jiro sy Rano Malagasy
KMF-CNOE Komity Manara-maso ny Fifidianana-Comité d’Observation
des Elections
KMMR Komity Miaraka amin’i Marc Ravalomanana
KMSB Komity Miaro ny Safidim-Bahoaka
LTGO Loi sur la Théorie Générale des Obligations
MAPAR Miaraka Amin’I Président Andry Rajoelina
MDRM Mouvement pour la Démocratie et de la Rénovation Malgache
MFM Mpitolona ho an’ny Fanjakan’ny Madinika
MMSM Mouvement Militant pour le Socialisme Malgache
MODNR Maître d’œuvre du Dialogue National de Réconciliation
MODDNR Maître d’œuvre Délégué du Dialogue National de
Réconciliation
MONIMA Madagasikara Otronin’ny Malagasy
NOTAM Notice To Air Men
ODEMO Opération pour le Développement du Moyen Ouest
OMD Objectifs du Millénaire pour le Développement
ONU Organisation des Nations Unies
OPK Opération Karana
OUA Organisation de l’Unité Africaine
PADESM Parti des Déshérités de Madagascar
PANAGED Plan d’Action Nationale pour la Promotion de la Femme
PANAMA Parti National Malgache
PANEF Plan National pour l’Education des Filles
PHAT Président de la Haute Autorité de l’Etat
PNUD Programme des Nations Unies pour le Développement
PRM Parti Républicain de Madagascar
PDS Président de la Délégation Spéciale
PSD Parti Social Démocrate
21
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 21 01/12/2014 10:28:32RAM Rassemblement pour l’Avenir de Madagascar
RDC République Démocratique du Congo
RFI Régiment des Forces d’Intervention
RNM Radio Nationale Malgache
ROP Rétablissement de l’Ordre Public
SADC Southern African Development Community
SAMIFIN Sampan-draharaha Malagasy Iadiana amin’ny
Famotsiambola…
SEG Secrétaire d’Etat chargé de la Gendarmerie
SEM Société Eau de Madagascar
SMIG Salaire Minimum Garanti
SMOTIG Service de la Main-d’Œuvre d’Intérêt Général
SOMALAC Société Malgache du Lac Alaotra
SONACO Société Nationale Malgache du Commerce
TGV Tanora Gasy Vonona
TIM Tiako I Madagasikara
TVM Télévision Malgache
UDCMA Union des Démocrates Chrétiens de Madagascar
UNDD Union pour la Démocratie et le Développement
VITM Vonjy Iray Tsy Mivaky
VVS Vy Vato Sakelika
ZOAM Zatovo Orin’Asa Malagasy
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 22 01/12/2014 10:28:32Avant-propos
D’aucuns estiment que les démarches en vue de la réconciliation nationale
à Madagascar ne connaîtront un succès que si elles sont menées comme un
véritable combat, tant les embûches vers la voie de sa concrétisation sont rudes,
au mieux, son acceptation sur le bout des lèvres étant si large du fait de la
culture de l’hypocrisie. Mais fort heureusement, la détermination de ses partisans
inconditionnels est inébranlable, et leur foi pour la réconciliation durable des
Malgaches est si profonde, irréversible et engagée, que j’ai estimé de mon devoir
de mettre à leur disposition, par le présent ouvrage, un outil de travail pour les
conforter et guider, mais aussi pour éveiller et sensibiliser les opposants à cette
politique et convaincre les indécis.
Cette publication sur la réconciliation nationale fait œuvre de pionnier, car
il n’y a pas de véritables travaux édités connus jusqu’à ce jour. Je pense que
la disponibilité d’un tel document est fondamentalement utile pour mûrir les
réflexions, éclairer les débats et catalyser les actions sur la mise en œuvre de
la politique de réconciliation nationale après tant d’années de supputation et
d’hésitation.
Les Malgaches doivent être éclairés sur le péril suicidaire que constitue le refus
de regarder les réalités en face. Il s’agit des rancœurs et de velléités de vengeance
de la part des victimes des situations conflictuelles du passé, et dont les séquelles
ne cessent de hanter notre société contemporaine et menacer la cohésion nationale.
L’objectif est de convaincre les Malgaches d’aujourd’hui qu’unis, nous
arriverons à surmonter les difficultés et à vaincre les obstacles sur le chemin de
développement, pour le bien-être commun.
Mais le combat pour l’unité doit exclure tout comportement dépourvu de
sincérité des acteurs potentiels de la réconciliation nationale. Toute hypocrisie
politique dans l’approche de la problématique de la réconciliation nationale
comme condition d’un « vouloir-vivre collectif » et du développement équilibré
doit donc être écartée et même combattue.
C’est la raison pour laquelle j’ai opté pour la stratégie de la franchise, pour
rédiger mon ouvrage sur « La Réconciliation Nationale  : une entreprise complexe
et difficile ».
En effet, pour des motifs inavoués, d’aucuns, parmi les partisans de la
réconciliation nationale, répugnent à mettre sur la table, pour être discutées, les situations
conflictuelles antérieures à l’indépendance, même s’ils savent qu’elles constituent
23
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 23 01/12/2014 10:28:32justement les racines profondes des inégalités contemporaines minant la société
malgache et opposant périlleusement les diverses couches sociales malgaches. A
quoi servira alors d’entreprendre une soi-disant réconciliation dont on refuse à
l’avance d’extirper les racines du mal qui empêcheraient d’atteindre le résultat
recherché ?
Convaincu de la justesse d’une telle argumentation et dans un souci
d’efficacité et d’effectivité des mesures avancées pour solutionner la
problématique de la réconciliation nationale, la stratégie que j’ai choisie repose
sur la connaissance objective des réalités politiques, économiques, sociales
et culturelles des périodes précoloniale, coloniale et postcoloniale devant
servir de base d’étude pour une proposition, sans hypocrisie ni faiblesse, de
solution efficiente.
Pour ce faire, concernant les situations conflictuelles du passé à l’origine des
blessures collectives et individuelles qu’il faut guérir en vue de la réconciliation
nationale, des recherches documentaires, mais aussi des enquêtes auprès des
populations de nombreuses régions du territoire national sur leur connaissance
ou leur perception des réalités sociologiques ont été entreprises. Les résultats de
ces recherches sont exposés et exploités dans l’ouvrage, de manière à en tirer
sans état d’âme les conséquences inévitables et évidentes.
Pour les crises politiques cycliques de 1972, 1991, 2002 et 2009, les
évènements les plus significatifs devant permettre une analyse objective et une
proposition de solutions appropriées sont relevés chronologiquement, parfois avec des
détails quand ceux-ci sont jugés nécessaires, particulièrement pour déterminer la
responsabilité des protagonistes, par rapport aux faits considérés, mais aussi par
rapport à leurs séquelles ayant des relations avec la crise suivante.
Les évènements ayant rendu le règlement d’une crise, et surtout concernant
celle de 2009-2014, la plus longue et la plus complexe que Madagascar
indépendant ait connue, sont nettement mis en exergue, pour pouvoir démontrer qu’ils
l’ont allongée ou ont provoqué sa complexification, au point d’hypothéquer la
confiance réciproque entre les acteurs politiques, de retarder la tenue des élections
ou d’aggraver l’atteinte à la souveraineté nationale.
L’idée est de conduire les protagonistes de chaque crise répétitive ainsi que les
thuriféraires convaincus et farouches adversaires de la réconciliation nationale à
discuter sur des faits exposés objectivement, et non sur des suppositions
contestables. C’est aussi pour répondre à la même préoccupation que des proverbes et
expressions populaires ainsi que des lieux sacrés supposés tabous à telle catégorie
sociale sont cités, pour illustrer la nature des rapports sociaux contemporains
ayant survécu aux situations conflictuelles du passé, requérant incontestablement
la réconciliation nationale historique ou politique.
Tenant compte des expériences étrangères et malgaches passées en matière de
réconciliation nationale, le rôle de l’Etat est clairement exposé dans la
proposition de solutions, de manière à disposer des moyens adéquats et à assortir les
résolutions adoptées de force exécutoire.
24
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 24 01/12/2014 10:28:32Aussi, les objectifs, la stratégie et les moyens de mise en œuvre étant étudiés
et clairement précisés, serais-je légitimement en mesure d’espérer que les résultats
escomptés quant à l’effectivité de la tenue des dialogues locaux, régionaux et
national dans un temps raisonnable et dans les meilleures conditions permettant
d’aboutir à des engagements sérieux et respectés par les divers acteurs concernés
seront pleinement atteints.
On sait par avance que la mise en œuvre d’une politique de réconciliation
nationale est une entreprise longue et difficile, surtout à Madagascar, un pays
multiethnique, historiquement déchiré par des guerres intestines entre les divers
royaumes, ayant en plus connu l’esclavage pluriséculaire ainsi que d’autres
formes de discrimination et d’exclusion sociales, et dont les séquelles
contemporaines complexifient et aggravent le règlement des crises politiques cycliques.
Il appartient aux Malgaches de comprendre que cette ingérence, quand elle est
inévitable, peut être utile, et la positiver, pour qu’elle serve nos intérêts. Ceci
dans un contexte géopolitique et géostratégique complexe où s’entremêlent les
jeux d’influences politiques et les concurrences économiques pour la maîtrise
des ressources économiques stratégiques dont regorgent le sous-sol, d’immixtion
étrangère dans la gestion des affaires nationales comme la mer territoriale et la
zone économique exclusive malgaches.
Toutes ces difficultés prévisibles devront pouvoir être levées dans les meilleures
conditions, lorsque les Malgaches seront conscients que leur union pour la récon -
ciliation nationale fera leur force. Ce que je ne cesse de prôner dans cet ouvrage.
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 25 01/12/2014 10:28:32RECONCILIATION_CS6 ok.indd 26 01/12/2014 10:28:32Introduction
Depuis la grave crise politique de 2002 ayant entraîné le pays au bord de la
guerre civile et aux menaces de balkanisation, et plus particulièrement à
l’occasion de celle de 2009, la plus longue et la plus complexe de toutes les crises que
Madagascar indépendant ait connues, l’expression « réconciliation nationale »
alimente toutes les discussions politiques.
Les controverses sur la pertinence ou non de la mise en œuvre de la
réconciliation nationale, préalablement à la tenue des élections de sortie de crise,
divisaient profondément la classe politique et la société civile en 2013. Mais la
Communauté internationale pesait de toute sa force pour qu’enfin elles aient
pu être organisées en dehors de toute décision relative à un dialogue national de
réconciliation, duquel, normalement, devraient résulter une nouvelle Constitution
et des lois relatives au processus électoral de retour à la normalité constitutionnelle.
Le discours d’investiture du 28 janvier 2014 du nouveau Président de la
République Hery RAJAONARIMAMPIANINA issu de la première élection de
sortie de crise, affichant sa volonté de mettre en œuvre la réconciliation
nationale, a profondément encouragé les partisans de cette politique qui ont attendu
depuis trop longtemps sa concrétisation par les pouvoirs publics.
Mais les premières nominations à la présidence de la République (le Directeur
de Cabinet, 11 Conseillers spéciaux sur 12, le Secrétaire Général de la Présidence
et autres Directeurs), des trois Hauts Conseillers du quota présidentiel à la
Haute Cour Constitutionnelle et dans d’autres secteurs publics stratégiques, de
personnalités issues d’une seule ethnie sur 18, face à la profonde aspiration de
l’opinion publique à l’équilibre régional, ont consterné ces combattants pour la
réconciliation des Malgaches. Cette réaction est parfaitement compréhensible et
prévisible, puisque le Président de la République n’a été élu que grâce aux seules
voix des électeurs des provinces côtières. De tels actes pourraient être interprétés
par ses électeurs comme un manque de confiance, une marque de mépris ou
d’ingratitude, incompatibles en tout cas avec toute volonté de recherche effective
de réconciliation nationale.
Il faut constamment se rappeler que, selon les Constitutions successives, le Président
de la République est le symbole de l’unité nationale. Tous ses actes et paroles doivent
donc concourir à concrétiser ce principe aux yeux de l’opinion publique.
Quand le Gouvernement de M. KOLO Roger est connu et que les ministères
stratégiques (Finances et Budget, Défense, Affaires étrangères, Infrastructures et
27
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 27 01/12/2014 10:28:32Aménagement du territoire, Education nationale employant plus de la moitié
des fonctionnaires, Agriculture dans un pays où plus de 80 % de la population
sont des paysans…) sont attribués à des originaires de l’Imerina, la déception des
Côtiers est à la hauteur de leur attente de concrétisation de l’annonce du discours
du Président. L’amertume est d’autant plus profonde que certains ministres censés
provenir du quota d’une province n’y sont même pas originaires. L’évènement ne
fait qu’attiser les dissensions relatives aux pratiques de la discrimination ethnique
dans la gestion des affaires nationales. Dans le contexte politique qui prévalait, il
faut se rappeler que le candidat Hery RAJAONARIMAMPIANINA a été battu
dans les quatre régions de la province d’Antananarivo dont il est originaire, et
même à plate couture dans trois de ces régions.
Il faut surtout avoir présent à l’esprit que s’il y a un thème politique sur lequel
les Malgaches sont les plus attentionnés, sinon les plus intransigeants, surtout
à la sortie de crise 2009-2014, c’est l’équilibre ethnique ou régional dans les
nominations aux postes de responsabilité étatique. C’est ce qu’explique d’ailleurs
le paragraphe 5 de la Feuille de Route du 17 septembre 2011, signée par les
Acteurs politiques Malgaches sous l’auspice de la Communauté internationale :
« Le Premier ministre sera nommé par le Président de la Transition sur une liste
de personnalités proposées par les Acteurs politiques Malgaches parties signataires
de la Feuille de Route. Il est entendu que le Premier ministre de consensus ne
peut être originaire ni de la même province ni de la plateforme politique qui
soutient le Président de la Transition. » Cette disposition a été exigée justement
parce que le Président de la Transition est un Merina. Le Premier ministre
devrait donc être d’une autre ethnie.
Pour les nominations des personnalités au sein des autres Institutions et
Organes de la Transition (Gouvernement, Congrès de la Transition, Conseil
Supérieur de la Transition et Commission Electorale Nationale Indépendante),
la Feuille de Route dans les paragraphes 6 et 7 exige également ce respect de
l’équilibre régional.
Il est crucial de préciser que l’importance du respect de l’équilibre régional ou
ethnique pour les nominations aux postes de haute responsabilité tient au fait
que, d’abord, il est incontestable qu’à l’époque de la monarchie, l’exclusion de la
gestion des affaires nationales et locales des autochtones des royaumes conquis,
dominés par l’Administration merina oppressive, reste un mauvais souvenir.
Ensuite, de nos jours, les hautes personnalités de l’Etat ont une propension à
ne choisir et favoriser que leurs Corégionaires, et à ne s’occuper en priorité que
de leurs régions d’origine. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à énumérer les chefs
des institutions, organes et ministères, puis inventorier les titulaires des hauts
emplois en leur sein. Ainsi, les localités n’ayant pas de hauts responsables dans
les hautes sphères publiques sont généralement vouées à l’abandon.
La réconciliation nationale a ses thuriféraires convaincus, mais aussi ses
adversaires irréductibles, bien que, pour les premiers et les seconds entre eux,
les raisons divergent parfois profondément.
28
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 28 01/12/2014 10:28:32Consécutivement au coup d’Etat de 2002 de M. Marc RAVALOMANANA,
manifesté par l’autoproclamation du 21 février 2002 comme vainqueur de
l’élection présidentielle du 16 décembre 2001, et son investiture insurrectionnelle
du 22 février 2002 en qualité de Président de la République autoproclamé,
ses partisans déclenchèrent contre ceux du Président de la République Didier
RATSIRAKA à Antananarivo et dans les provinces autonomes des tueries et autres
exactions, telles des incendies volontaires des maisons d’habitation. Le pouvoir
insurrectionnel déclenchait un conflit armé traduit par des attaques meurtrières
généralisées des Zana-dambo (réservistes pacificateurs). Il s’agit d’éléments armés
composés essentiellement des militaires insoumis à l’autorité de l’Etat-major
Général légal des Armées, des réservistes, des milices et des prisonniers libérés
ralliant la cause du Président autoproclamé Marc RAVALOMANANA.
Le pays étant au bord d’une guerre civile intertribale, les personnalités politiques,
essentiellement d’origine côtière, réclamèrent alors la cessation des hostilités et
la réconciliation nationale,
Les partisans de Marc RAVALOMANANA refusèrent cette demande de - récon
ciliation nationale, motifs pris de ce que le peuple malgache est un et indivisible
et que de toutes les façons, il n’y avait pas eu de guerre entre Malgaches, mais
plutôt une chasse aux sorcières et des punitions contre les ennemis de la nation,
c’est-à-dire contre les partisans de l’ancien régime déchu.
Mais depuis le renversement du régime de Marc RAVALOMANANA par
M. Andry Nirina RAJOELINA le 17 mars 2009, la classe politique et la société
civile à l’unanimité, soutenues par la Communauté internationale, exigeaient la
réconciliation nationale comme condition de sortie de la crise et de non-retour
de toute autre crise politique entraînant une alternance extraconstitutionnelle
au pouvoir.
L’exigence de réconciliation nationale figurait déjà dans divers documents
pour des sorties de crises de 2002 et 2009. Ce sont : l’Accord d’Application
« DAKAR-II » suite au plan de sortie de crise proposé par « DAKAR-II » du
9 juin 2002, la Charte de Maputo (Mozambique) de résolution de la crise
ermalgache du 9 août 2009, les résolutions des Assises nationales des 1  et 2 avril
2009, les conférences régionales du 30 juin au 3 juillet 2009, les Dinika Santatra
(Discussions préliminaires) des 119 districts de fin août 2010, de la Conférence
nationale de recherche de sortie de crise et de retour à l’ordre constitutionnel
de septembre 2010, l’Accord politique du 14 août 2010, l’article 168 de la
Constitution du 11 décembre 2010, la Feuille de Route du 10 mars 2011 signée
par les acteurs politiques et la Feuille de Route du 17 septembre 2011 insérée dans
l’ordonnancement juridique interne par la loi n° 2011-14 du 28 décembre 2011.
D’emblée, il est particulièrement important de noter qu’aborder la question de
la réconciliation nationale apparaît toujours fondamentalement délicate, d’abord
à cause de la pudeur politique, sinon de l’hypocrisie politique des Malgaches.
Ensuite, parce que les dérives éventuelles sur les discussions la concernant
pourraient conduire à des dissensions et polémiques entre les interlocuteurs,
29
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 29 01/12/2014 10:28:33les protagonistes ou les participants à une conférence, et même à des tensions
sociopolitiques au niveau local, régional ou national.
Mais la complexité du cas malgache, due principalement à la disparité des
périodes d’où la réconciliation nationale tire ses sources, à la variété de sa
justification, à la diversité et peut-être, à la rivalité entre les groupes sociaux concernés,
invite à plus de prudence pour son inévitable traitement en public ou officiel.
En effet, si depuis la recherche de solution de sortie de crise de 2009, les
acteurs politiques s’accordent de parvenir à la réconciliation nationale sur la base
des conflits politiques nés depuis 2002, l’unanimité s’estompe lorsqu’il s’agit de
remonter au-delà. La consensualité s’éloigne davantage de manière très
prononcée concernant les situations conflictuelles précoloniales, c’est-à-dire pendant la
période monarchique marquée particulièrement par deux phénomènes majeurs
laissant des séquelles encore indélébiles de nature politique et socio-économique
à l’époque contemporaine : l’esclavage et les guerres intestines interethniques ou
tribales entre les différents souverains malgaches.
Mais on ne peut pas parler de réconciliation nationale sans qu’au préalable
l’idée de nation soit précisée.
Il faut rappeler que les origines diverses des Malgaches, essentiellement
1indonésienne, africaine bantoue et arabe, se traduisant par des différenciations
morphologiques évidentes, mais aussi généralement par le parler quotidien et les
noms, se répercutent indiscutablement sur les comportements relationnels des
différents groupes sociaux, illustrés par des discriminations sous diverses formes.
Non seulement chacun des différents groupes raciaux arrivés à Madagascar par
cascade à diverses périodes avait des cultures de niveaux et même peut-être de
nature différente, ainsi que des intérêts hétérogènes, mais en plus, ces
communautés se sont installées dans diverses régions, isolées les unes des autres, et ne
se sont souvent communiquées qu’à l’occasion des guerres intestines.
Il importe également de noter qu’en dépit des discours politiques simplistes et
réducteurs des réalités historiques, pendant la période monarchique, même si à
partir de RADAMA I, les Grandes Puissances, par les conventions internationales
de 1817 et 1820, reconnaissaient le « Royaume de Madagascar », les populations
de l’île n’étaient pas constituées en Nation au sens classique du terme, malgré
2l’existence d’une base de culture et de racine de langue communes incontestables .
Il faut préciser que Madagascar est composé officiellement de 18 ethnies ou
tribus, et même de sous-ethnies ou ethnies dérivées, ayant chacune un royaume
1. RANDRIAMAMONJY Frédéric, “Histoire des Régions de Madagascar des
oriegines à la fin du xix  siècle”. Trano Printy Fiangonana Loterana Malagasy. 2008. P. 7 :
« La langue et la culture semblent d’origine austronésienne, alors que la majorité des
Malgaches ont des traits apparemment africains. »
2. Pierre BOITEAU, “Contribution à l’histoire de la nation malgache”. Editions
Sociales, 1982. P. 16 : « L’unité ethnique et linguistique et l’influence malaise ». P. 26  :
« La société vazimba ».
30
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 30 01/12/2014 10:28:331« indépendant » avant l’unification d’ailleurs inachevée, effectuée à partir du
edébut du xviii siècle par des souverains sakalava d’abord. Par la suite, elle était
menée par des rois et reines merina, généralement au moyen de guerres sanglantes
et dont la cruelle pacification ou toute velléité de résistance des populations
soumises à l’occupation et à l’asservissement sous diverses formes a été effectuée
ou très sévèrement réprimée par une armée de conquête et une Administration
perçue comme de colonisation.
Cette perception de colonisation est due au fait que, d’une part, la plupart
des royaumes vaincus par les Merina n’ont jamais accepté leur annexion par les
armes, et l’étude historique révèle que leur résistance était quasi permanente et
2rude malgré les répressions barbares et meurtrières.
RADAMA I était particulièrement cruel envers les populations côtières
vaincues, comme l’attestait le témoignage de Carayon à propos de ses agissements
inhumains : «Elevé dans le carnage, il est sûr que le sang ne lui coûtait rien à
répandr e; plusieurs fois même il ordonna froidement de massacrer des prisonniers
3qui étaient trouvés trop vieux pour être vendus avec profit . »
D’autre part, ni le Gouvernement central, ni la haute Administration
monarchique civile, diplomatique et militaire, ni les commandements des Armées
expéditionnaires ou les chefs de l’Administration locale dominatrice, composés
RANDRIAMAMONJY Frédéric, “Histoire des Régions de Madagascar des origines
eà la fin du xix siècle”. 2008, p. 7 : «Il existe une langue et une culture communes
aux Malgaches. »
1. Edouard RALAIMIHOATRA, “Histoire de Madagascar”, p. 155 L’Ile com: « -
prenait alors une multitude de pays indépendants. »
2. RANDRIAMAMONJY Frédéric. Op. cit.. P. 114 : La résistance du Menabe.
« RADAMA croyait que son mariage avec la princesse RASALIMO marquait la
soumission de RAMITRAHO et du Menabe… Les Sakalava refusèrent énergiquement
d’être désarmés et entrèrent en résistance. Ils attaquèrent toutes les garnisons merina…
et massacrèrent les soldats qui les tenaient. »
– Lors de l’attaque de Tuléar en 1890, le prRinAcMe AHATRA commandant l’Armée
merina « invita le roi Tompoemana à venir signer un accord de paix. Mais, Tompoemana
n’a pas daigné venir. La guerre commença tout de suite et Ramahatra bombarda Toliara…
Mais comme RAZAFITSALAMA (successeur de RAMAHATRA) n’a pas respecté les
termes de l’accord en ce qu’il n’a pas versé à Tompoemana sa part de recettes douanières
du port de Toliara, Tompoemana attaqua les garnisons merina de Sarodrano, Anatsono,
Soalara et Nosive causant la mort de nombreux soldats merina… ». P. 98.
– Edouard RALAIMIHOATRA, “Histoire de Madagascar”, p. 155 Ce pays (le : «
Boina) et le Menabe restèrent foncièrement hostiles à RADAMA I. »
« Les Tanala d’Ikongo opposèrent une résistance farouche à tous les sièges menés contre
eux » par l’armée de RANAVALONA I conduite par RAINIHARO de 1829 à 1832.
3. Jean VALETTE, “Etude sur le règne de RADAMA I”. P. 82. Imprimerie Nationale.
1962.
31
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 31 01/12/2014 10:28:33presque uniquement de Merina et utilisant des méthodes d’asservissement et
spoliatrices, ne comprenaient d’autochtones.
Cette période monarchique laisse encore à l’époque contemporaine de vives
séquelles parmi les populations, que certaines opinions réprouvent à voir être
discutées publiquement, même pour la recherche de réconciliation nationale.
Comme l’écrivait Bien Aimé JAOLAZA dans un article du 3 octobre 2006
publié sur Internet : «A Madagascar, avant la colonisation française, les menées
expansionnistes et les guerres de conquête des rois merina, ou la volonté
d’unification et de pacification du pays de la part du royaume du centre, ont créé des
sentiments de frustration et de rancœur chez les roitelets vaincus et leurs sujets,
et même chez leurs descendants. L’existence de nombreux lieux et doany dont
l’accès est strictement interdit aux Merina en témoigne de nos jours. »
En effet, il est communément admis qu’une Nation est formée, selon
l’historien Ernest RENAN, par une « communauté humaine qui a la conscience
diffuse d’appartenir à un même passé et d’être pareillement engagée dans un
même avenir », ou encore, « une population ayant vécu une longue cohabitation
et ayant une volonté de vivre dans une même communauté pour un destin
commun ». L’auteur expliquait lors de sa conférence du 11 mars 1882, à la
question «Qu’est-ce qu’une Nation », « Le culte des ancêtres est de tous le plus
légitime, les ancêtres nous ont fait ce que nous sommes… Avoir des gloires
communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de
grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles
pour être un peuple ».
Tel n’était pas cependant le cas de notre pays à l’époque monarchique. Il n’y
avait aucune gloire commune entre les divers royaumes.
Les guerres franco-malgaches de 1883-1885 et de 1895 n’avaient pas
constitué des évènements du passé de nature à être considérés comme une souffrance
ou une gloire commune puisqu’une partie importante de la population, les
Côtiers en majorité, ainsi que les Noirs de l’Imerina, descendants d’esclaves, les
considéraient au contraire comme une délivrance de la tyrannie de l’oligarchie
merina esclavagiste.
On comprend alors aisément qu’aucune Nation malgache n’a pu être formée
à l’époque ancienne et c’est pourquoi de nombreux royaumes se sont constitués.
Mais, même si les critères constitutifs d’une nation selon Renan ne sont
remplis qu’à une époque plus récente, on ne peut nier l’existence de la Nation
malgache, quelle qu’en soit la fragilité. Mais depuis quand ?
Pour certains, la formation de la Nation malgache peut être située à l’époque
où la monarchie merina a pu conquérir les deux tiers du territoire avant la
colonisation. Les adversaires de cette position soutiennent cependant qu’une Nation
ne se constitue et ne se maintient pas par la force des armes et d’oppression d’un
gouvernement d’une seule ethnie, d’autant plus que les populations vaincues se
sont constamment révoltées ou, à tout le moins, ont sans relâche manifesté leur
aspiration à se détacher de l’autorité de la monarchie merina.
32
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 32 01/12/2014 10:28:33Pour d’autres, la Nation malgache s’est constituée au cours de la colonisation
qui a parachevé l’unité et grâce à la constance et la longévité de son autorité
ainsi qu’au progrès dont a bénéficié l’ensemble de la population, contrairement
à l’époque monarchique où les habitants des royaumes vaincus ont été privés
de toute évolution positive. Cette position est cependant critiquée par ceux qui
estiment qu’une autorité coloniale qui a conçu et appliqué une politique de
« diviser pour régner » n’a pu que fragiliser l’unité du peuple malgache.
On peut affirmer qu’en dépit de la pesanteur historique constituée par les
souffrances causées par l’esclavage, les guerres intestines, l’oppression et les
origines différentes, même si elle est encore fragile, la Nation malgache existe, dans
la mesure où, outre la langue et la culture communes, les Malgaches ont une
volonté de dépasser leurs différences et de construire un avenir commun. En effet,
comme l’écrivait Jean Claude de L’Estrac à propos de la Nation mauricienne,
« La Nation existe bel et bien, en revanche, quand les convergences et les
filia1tions dominent les différences ».
1. Jean Claude de L’Estrac, “Une idée de la Nation”. Editoriaux choisis 1995-2010.
La Sentinelle. P. 358.
– RANDRIAMAMONJY Frédéric “Histoire des Régions de Madagascar des origines
eà la fin du xix siècle”. 2008, p. 59. “L’expédition de RAKITROKA Ratsileondrafy
contre les Masikoro” R: « AKITROKA Ratsileondrafy était roi des Bara et régnait à
Ranotsara. Il attaqua les Masikoro Tsienimbalala et les vainquit. Il ramena comme butin
de guerre des gens, des boeufs, des richesses de toutes sortes. Après cette défaite, de
nombreux Masikoro émigrèrent vers Makiboka, à l’ouest de la chaîne d’Analavelona. »
– RANDRIAMAMONJY Frédéric, ibid., p. 63. Le roi ANDRIAKIRINDRO
(17011717) de Manambovo (Androy), après avoir noué une alliance avec Andriamahavariana, roi
antandroy, avec RAVOVONANA, roi du Fiherenana, et l’appui Rde ATROMOLAHY
roi du Menabe, livra bataille en 1710 contre Andriankosintany, roi mahafaly, qui perdit
175 hommes. 250 prisonniers et 2 000 bœufs furent pris par les Atandroy comme butin
de guerre. A son tour, Andriankosintany « attaqua Fenoarivo, la capitale d’A
NDRIAKIRINDRO, et la brûla entièrement… Finalement ANDRIAKIRINDRO fut tué et
il y eut beaucoup de morts antandroy ».
– RANDRIAMAMONJY Frédéric, ibid. p. 80. Des guerres ont eu lieu également
entre les Mahafaly et Fiherenana, entre le Menabe et le Fiherenana faisant de nombreux
morts parmi les sujets de ce dernier.
–  R Frédéric, ibid. p. 123. Dans le BOINA, on sait que
de 1680 à 1710, le roi ANDRIMANDISOARIVO avait soumis les Antanandro, les
Mananandabo, les Antiboina et les Ambohilava, puis les Antiboina et les Ambohilava,
ensuite, les Antalaotra du Bombetoka, pour fonder un vaste royaume qui s’étendait de
Arnobe dans le Sud à Sambirano dans le Nord.
– RANDRIAMAMONJY Frédéric, ibid. p. 155. Une Armée Sakalava commandée
par Tsiranana avait attaqué le roi ANDRIAMANAMPELO, roi des Antakarana qui
mourut à Bejofo, au nord d’Ambanja. Tsiranana « a coupé sa tête et l’a jetée dans la
rivière Ankazokoniny. Depuis ce temps, il était tabou aux Antakarana de boire l’eau de
cette rivière ou de s’y baigner. »
33
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 33 01/12/2014 10:28:33Il faut bien aujourd’hui admettre, écrivait le même auteur, Nulle que « part
n’existe cette nation mythique qui aurait résolu les conflits éternels entre groupes
ethniques, classes sociales ou communautés religieuses ».
Mais cette Nation malgache est fragilisée par les séquelles historiques et les
crises politiques cycliques depuis l’Indépendance.
Les faits socio-économico-politiques des périodes coloniales et de
l’Indépendance complexifient donc la question de la réconciliation nationale dans notre
pays. En effet, la période coloniale était généralement marquée par l’oppression
et les exactions des habitants ainsi que la politique de « diviser pour régner »,
pour mieux les affaiblir au profit de l’Administration coloniale et des nationaux
complices. La période depuis l’indépendance cependant fut traversée par
l’agitation permanente du spectre de la division héritée de la période monarchique,
l’ethnocentrisme, le déficit chronique de la démocratie et la mauvaise gouvernance
économique et financière. Elle se soldait alors par des crises politiques récurrentes
et la pauvreté d’une grande partie de la population, tandis qu’une infime partie
confisquait avec les étrangers les richesses du pays.
Tous ces évènements et situations d’injustices insupportables des périodes
monarchique, coloniale et d’indépendance sont à l’origine de velléités de vengeance
et de mécontentement entre les populations, sources de tensions et de menaces
graves et chroniques à la cohésion nationale. Ce qui justifie incontestablement
l’exigence de la politique de réconciliation nationale.
Pour une meilleure compréhension de la question de la réconciliation nationale
dans notre pays, la connaissance des principales menaces sur l’unité nationale
constituées par les séquelles majeures des situations conflictuelles marquant
l’histoire de Madagascar s’impose (Première Partie), avant de proposer des solutions
de réconciliation nationale adaptées au cas malgache (Deuxième Partie).
– RANDRIAMAMONJY Frédéric, ibid. p. 77-178-188. Les guerres et massacres entre
Antefasy et Antemoro d’une part, entre les Zafisoro et les Antefasy de clans Zafinandroy
eet Zanasirana d’autre part, dans les temps anciens jusqu’à la fin du  siècle, sont bien xx
connus. Mais il y avait eu d’autres guerres entre les ethnies de cette région.
– RANDRIAMAMONJY Frédéric, ibid. p. 285-321. On connaît parfaitement les
guerres intestines entre les divers clans dans le Betsileo, mais également celles qui ont
eu lieu entre les Bara et les Betsileo de Manandriana en 1889-1893
–  R Frédéric, ibid. p. 380-415. Les guerres intestines entre
royaumes de l’Imerina jusqu’aux guerres de réunifications entreprises par le roi
Andrianampoinimerina sont traitées par de nombreux ouvrages.
–  RANDRIAMAMONJY Frédéric, ibid., op. cit.. p. 373. Enfin, il est significatif
de signaler que « Les Sakalava vinrent attaquer l’Imerina jusqu’à Ambohimanga et à
Ambohitraza mais furent repoussés ».
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 34 01/12/2014 10:28:33Première Partie
La connaissance des principales menaces
sur l’unité nationale constituées par les séquelles
majeures des situations conflictuelles
marquant l’histoire de Madagascar
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 35 01/12/2014 10:28:33RECONCILIATION_CS6 ok.indd 36 01/12/2014 10:28:33Il sera incontestablement vain d’examiner le thème de réconciliation
nationale en dehors de la connaissance, ne serait-ce que dans leurs généralités, des
évènements majeurs marquant les étapes essentielles de l’histoire de Madagascar
et constitutifs des séquelles des situations conflictuelles du passé, mais
empêchant à l’époque contemporaine la réalisation effective de l’unité de la Nation
malgache.
L’approche méthodologique n’est pas aisée en dépit de l’existence de documents
utiles intéressant le sujet. En effet, elle présente des risques réels dans la mesure
où certains compatriotes, plus particulièrement des politiques et intellectuels
dominés par la culture de l’obscurantisme, de calculs politiques, de l’hypocrisie
et même du mensonge, sont habitués ou ont un intérêt certain à occulter les
réalités du passé qui ne les arrangent pas. De cette manière, ils espèrent
pouvoir, dans leurs actions politiques et économiques, berner les citoyens crédules
ou peu instruits, afin de persuader ces derniers à se rallier à leur thèse, laquelle
leur profiterait personnellement ou à leur clan.
Pour repousser l’étude des situations conflictuelles du passé, ces faiseurs
d’opinions invoquent qu’une telle entreprise revient à remuer le couteau dans la plaie,
et est de nature à remémorer inutilement la haine entre les descendants des auteurs
et des victimes des évènements conflictuels ayant jalonné l’histoire de Madagascar,
rendant ainsi plus difficile et complexe la réconciliation des Malgaches. Pour les
tenants de cette opinion, il faut éviter de parler des « questions qui fâchent »,
des sujets tabous. En effet, pour eux, descendants des auteurs de ces atrocités
et oppressions commises pendant l’époque précoloniale, en parler, c’est faire de
l’autoflagellation, l’autoculpabilisation.
Nous ne partageons pas évidemment une telle approche. En effet, on sait que
la cohésion et la solidarité du peuple malgache dans sa diversité, sont le gage du
développement harmonieux et durable du pays. La recherche par tous les moyens
légitimes, avec sincérité et sans aucune hypocrisie, de l’éradication de la pesanteur
constitutive d’obstacles à ce noble objectif, notamment par l’oubli conscient et
volontaire des causes objectives lointaines et proches des séquelles des situations
conflictuelles, est un devoir d’Etat et celui de toute la Nation malgache.
Il est incontestable que la crise politique 2009-2014 recèle des conséquences
de situations conflictuelles antérieures non vidées ou mal réglées, dont la plus
proche est celle de 2002, elle-même héritée de celles plus lointaines liées à la
37
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 37 01/12/2014 10:28:33lutte pour la maîtrise du pouvoir par les plus importants groupes sociopolitiques
concurrents.
Il est donc important de faire la photographie de l’état des lieux des situations
conflictuelles antérieures non réglées pour pouvoir lever les obstacles à la cohésion
nationale d’une part, pour atteindre l’objectif de sortie de la crise contemporaine
d’une manière irréversible, afin de faire face au défi de la concurrence multiforme,
dans le cadre d’une mondialisation sans pitié, et songer à un avenir meilleur
pour les générations futures d’autre part.
En effet, tant qu’on n’aborde pas les véritables problèmes sociopolitiques
susceptibles de nous diviser, on ne découvrira jamais de solutions appropriées,
et de nouvelles crises politiques, peut-être toujours de plus en plus graves,
seront imminentes. Il est si vrai qu’il ne faut pas remettre à demain ce qu’on
peut régler aujourd’hui. Il importe donc, à l’occasion de retour à la normalité
constitutionnelle, de faire l’état des lieux des menaces sur la cohésion nationale
objectivement et sans complaisance (chapitre Premier) en vue d’argumenter
l’exigence de la réconciliation nationale (Chapitre II).
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 38 01/12/2014 10:28:33Chapitre Premier
L’état des lieux des menaces
sur la cohésion nationale
Les menaces sur la cohésion nationale à travers les époques à Madagascar
peuvent être classées sur le plan du conflit politico-économique (Section I), de
conflit religieux (Section II) et du conflit relatif à la stratification de couches
sociales et de relations interethniques (Section III).
Section I- Les menaces politico-économiques
à la cohésion nationale
Ces crises antérieures s’analysant en menaces sur la cohésion nationale ayant
entraîné des répercussions sur la crise actuelle remontent les unes à l’époque
monarchique (Paragraphe 1), les autres pendant la colonisation (Paragraphe 2)
et depuis l’indépendance (paragraphe 3).
Paragraphe 1 – Les menaces politico-économiques pendant
l’époque monarchique sur la cohésion nationale.
On sait que cette période précoloniale est essentiellement marquée par les
guerres de conquête de la monarchie merina contre les royaumes betsileo et
ceux des régions côtières.
De nombreux actes inhumains particulièrement graves et odieux ont été
perpétrés par les envahisseurs pendant les guerres de la période monarchique entre
différents royaumes malgaches.
Des royaumes voisins se sont livrés des guerres souvent atroces dont voici
1quelques illustrations portées dans la note de bas de page .
1. L’Express de Madagascar du 28 avril 2011. Note du Passé. P. 20. Des rois coincés
dans le Nord-Ouest de l’île De : « guerre intestine en guerre intestine (ady longo), des
Zafinifotsy et des Zafinimena se retrouvent coincés à l’intérieur d’un cul-de-sac que
forme la région Nord-Ouest de Madagascar. »
–  du 13 septembre 2009. Note du Passé. Jean René, un
mulâtre roi de Tamatave et Dépendances. « Selon ses dires, Jean René s’arroge le titre
de “Roi de Tamatave et ses Dépendances” vers 1815. Les Zana-Malata (enfants mulâtres
39
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 39 01/12/2014 10:28:33Il est cependant incontestable que parmi toutes ces guerres intestines, celles
1d’annexion et de pacification menées par les souverains de l’Imerina, RADAMA  I
et la reine RANAVALONA  I ont le plus marqué les esprits des populations
2vaincues, par leurs violences meurtrières et leurs barbaries . Mais
l’Administration de leurs successeurs s’est aussi particulièrement illustrée par les répressions
cruelles des velléités de résistance des royaumes ou des populations soumises et
les dures pratiques du fanompoana.
Selon des opinions généralement partagées par des chercheurs nationaux et
étrangers, ces actes, restés encore gravés dans les mémoires collectives à l’époque
contemporaine, sont constamment rappelés et commentés dans les cercles
politiques, religieux, associatifs et familiaux à l’occasion des crises politiques
récurrentes depuis l’indépendance, notamment lorsqu’un Président de la République
d’origine côtière est renversé par des politiciens merina.
On soutient que ces actes, pouvant être de nos jours qualifiés de génocides,
de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, continuent à hypothéquer
la vie politique, économique et socioculturelle des populations malgaches, et
sont constamment invoqués par les descendants des présumées victimes pour
réclamer l’instauration d’une forme d’Etat qui leur serait favorable (Etat fédéral
ou Etat monarchique), des réparations sous diverses formes ou une
réconciliation nationale.
Ces actes foncièrement répréhensibles sont généralement : une gouvernance
politique, économique et militaire oppressive et exclusive, des exterminations,
l’esclavage et autres formes d’asservissement, des déplacements forcés des
populations vaincues, des destructions et accaparements des terres et pillages d’autres
biens tels que les bovidés…, des travaux forcés (fanompoana) et autres actes de
3barbarie, de la privation d’instruction des populations soumises . En effet, à
edescendants des pirates) réussissent à s’organiser au début du  siècle et à conquérir xviii
les clans voisins des Tsikoa (ou RAMAROMANOMPO), s’emparent de l’autorité à
Fenoarivo puis à Toamasina. Les habitants vaincus de la région sont alors nommés
Betanimena et le Zana-Malata RATSIMOLAHO appelle Betsimisaraka l’ensemble des
populations qui le suivent du Nord au Sud). »
1. Baron de Mackau (1818), « R ADAMA ne m’a paru être qu’un sanguinaire despote ».
2. RANDRIAMAMONJY Frédéric, “Histoire des Régions de Madagascar des origines
eà la fin du xix siècle.” 2008.
3. Cf. également pour les guerres d’annexion des autres royaumes ethniques et
l’esclavage à Madagascar :
–  Pierre BOITEAU, “Contribution à l’histoire de la nation malgache”. Editions
Sociales, 1982.
– Edouard Ralaimihoatra, “Histoire de Madagascar ”.
–  Ignace Rakoto, Fred RAMIANDRASOA, Razoharinoro-Randriamboavonjy,
Histoire des Institutions. 1995, L’esclavage à Madagascar. Aspects historiques et
résurgences contemporaines, Actes du Colloque International sur l’Esclavage. Antananarivo,
24-28 septembre 1996.
40
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 40 01/12/2014 10:28:33l’époque monarchique, « Ces écoles étaient implantées essentiellement en Imerina
et accessoirement en pays betsileo… Ce qui était parfaitement conforme aux
intérêts et à la stratégie de l’oligarchie prédatrice déterminée à garder le privilège
du savoir pour l’Imerina, sinon pour la capitale : l’alphabétisation a d’abord été
1pensée pour les Merina seuls, comme facteurs de domination ».
Il importe de préciser que les guerres menées par RADAMA I contre les
autres royaumes périphériques avaient été précédées de la totale réorganisation de
l’Armée merina par les instructeurs anglais Brady et Hastie ainsi que le Français
Robin, et des fournitures d’armements et de munitions, grâce aux traités
anglomerina du 23 octobre 1817 signés à Tamatave et ceux du 11 octobre 1820. Ce
qui permettait notamment la création d’un corps d’élite 000 de hommes 14 et
l’implantation de postes militaires dans les provinces extérieures (500 hommes à
Mahabo, 500à Marovoay, 1 500 à Fort-Dauphin, 2 000 à Tamatave…, suivies de
migrations de nombreux borizano pour l’occupation des terres par l’entreprise des
2cultures vivrières et industrielles, les corvées ou fanompoana et razzias d’esclaves.
Pour mieux saisir l’aide militaire apportée par les Anglais à l’Armée de
RADAMA I, il importe de rappeler que dès la conclusion du Traité de Paris
en 1815, sir Farquhar, considérant Madagascar comme une dépendance de l’île
Maurice, avait déclaré en prendre possession au nom de la Grande-Bretagne.
Dès lors, le gouverneur anglais ne reconnaît plus que RADAMA I comme roi
de Madagascar, ignorant la souveraineté des autres royaumes.
Voici quelques récits illustrant ces actes inhumains commis par la monarchie
merina dans les régions du Sud (A), Sakalava Menabe (B), Tanala (C), du
Sud-Est (D), Betsileo (E), chez les Bemihimpa et les Kelilohalika (F), en pays
Betsimisaraka (G), Tsimihety (H), Sakalava du Boina et Antakarana (I).
Selon RANDRIAMAMONJY Frédéric dans « Histoire des Régions de
eMadagascar, des origines à la fin du  siècle.xix » :
1. Jean Roland Randriamaro, “PADESM et luttes politiques à Madagascar, De la
fin de la Deuxième Guerre mondiale à la naissance du DSD. Karthala”, 1997, p. 154.
– P. Galdi. Notes sur l’Histoire de l’Enseignement à Madagascar. Extraits du Bulletin
de Madagascar de mars, avril, juin, août et décembre 1960, p. 4 : en 1872, il a été
promulgué des édits rendant l’instruction obligatoire pour les enfants libres.
2. A titre d’exemple, selon Pierre BOITEAU, op. cit., pour la construction du Palais
de la Reine de Tananarive, « l’énorme pièce de bois de 39 mètres de haut sur laquelle
repose l’édifice ne demanda pas moins de 5 000 porteurs pour être traînée de la forêt
à la capitale ».
41
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 41 01/12/2014 10:28:33A. La région du Sud
1. Dans l’Anosy
Pour la conquête de l’Anosy, en 1845, suite à de nombreuses attaques de
l’Armée merina repoussées vaillamment par les Antanosy, « Après l’anéantissement
de leur garnison d’Iavibola, les soldats merina se livrèrent à une contre-attaque
et massacrèrent de nombreux Antanosy… La vie devint intenable dans le pays
et un grand nombre d’Antanosy se résignèrent à quitter leur pays, soit pour aller
1vers l’Androy ou le pays Mahafaly, soit pour La Réunion … ».
Selon Jean Michel Hoerner dans « Géographie Régionale du Sud-Ouest de
Madagascar », 1986, page  33 : « Les Antanosy, fuyant la répression du gouverneur
merina de Fort-Dauphin à partir de 1840, s’installent dans l’Est Mahafale… »
Fuyant donc les féroces répressions des Merina, surtout en 1852, les Antanosy
avaient fondé des royaumes en exil en Androy du Nord (Beraketa et Tsivory),
et en pays Mahafaly du Nord (Ankinosy et au bord de l’Onilahy (Bezaha,
2Tongombory).
2. Dans l’Androy
A partir de 1830, les troupes merina attaquèrent l’Androy en divers
points, mais furent constamment repoussées respectivement par les
rois ANDRIAMANELIARIVO, ANDRIAMANAFOTSIARIVO et
ANDRIAMAHAVELONARIVO. A la fin, «Les soldats merina furent repous -
sés vers l’est de Tsihombe. Repoussés encore de là, ils se dirigèrent vers Berato
Andondo, mais n’ont pu y rester longtemps à cause des attaques quotidiennes
3perpétrées par les Sahivohitra ».
B. En pays Sakalava Menabe
Dix ans après la mort d’ANDRIANAMPOINIMERINA, RADAMA reprit
la politique de son père en vue de soumettre le Menabe. Il fit en vain quatre
expéditions à cette fin.
1. Première expédition : 1820
L’armée merina arriva au Menabe, sans rencontrer personne et dut rentrer
sans avoir rien fait.
1. RANDRIAMAMONJY Frédéric, op. cit.. P. 46.
2. R Frédéric, Bulletin de l’Académie Nationale des Arts, des
Lettres et des Sciences. Nouvelles série – tome LXXVII/-2, 1999, p. 86.
3. R Frédéric, op. cit.. P. 71.
42
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 42 01/12/2014 10:28:332. Deuxième expédition : 1821
L’armée merina n’a pas rencontré Ramitraho. Mais un détachement de soldats
sakalava résistait vaillamment aux attaquants.
3. Troisième expédition : 1822
RADAMA conduisit son armée jusqu’à MAHARIVO et RANOMAINTY,
encore sans rencontrer RAMITRAHO. Il y eut beaucoup de morts parmi les
Merina à cause de la fièvre et de la famine.
4. Quatrième expédition : 1822
Cette même année, l’armée merina fut réorganisée par BRANDY.
RAMITRAHO accepte de donner sa fille RASALIMO en mariage à 0, mais
refusa énergiquement de se soumettre à lui. RASALIMO, captive de RADAMA
à Manja, fut amenée à Antananarivo.
SelonR ANDRIAMAMONJY Frédéric, «RADAMA croyait que son mariage
avec la princesse RASALIMO marquait la soumission de RAMITRAHO et du
Menabe. Pour asseoir son autorité, il installa des garnisons dans le Menabe, à
Midongy, Malaimbandy, Bondrony, Mahabo, Tsiroanomandidy. Il entreprit de
désarmer le royaume du Menabe, mais les Sakalava refusèrent énergiquement
et entrèrent en résistance. Ils attaquèrent toutes les garnisons merina » et mas-
sacrèrent les soldats qui les tenaient.
L’année suivante RADAMA confirma sa décision de désarmer le Menabe et
RAMITRAHO s’y était résigné avec amertume, si le désarmement est fait par
un civil et non par un officier.
Dès que RAMITRAHO apprit la mort de RADAMA, il expulsa les Merina.
Il ouvrit un nouveau front et attaqua le Vonizongo.
Le Menabe n’a jamais reconnu l’autorité d’Antananarivo sur son sol, mais
tolérait la présence des garnisons merina.
Peu de temps après l’accession au trône de RAIHASY, successeur de
RAMITRAHO, l’armée merina attaquait le Menabe, alors que la population
était en train de célébrer les funérailles de RAMITRAHO.
RAKELISAMBAY sacré roi des Sakalava, successeur de RAIHASY, dès qu’il
a appris que ce dernier fut fait prisonnier par les Merina, réorganisa l’armée et
reprit la lutte contre l’armée merina.
Après des pourparlers infructueux entre messagers sakalava et merina,
RAKELISAMBAY fit arrêter les colons merina envoyés par Ranavalona I et la
guerre reprit jusqu’à la défaite du premier.
En 1846, RANAVALONA envoya encore une armée pour vaincre le nouveau
roi du Menabe TARANE VINANY, successeur de RAKELISAMBAY.
43
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 43 01/12/2014 10:28:34C. Dans le Sud-Est : chez les Antemoro
Après l’assassinat à Antananarivo de RATSARAHAVANA, SAMBO et
ANDRIAMBITA, collaborateurs d’ NADRIAMAHAZONORO, conseillers
Antaimoro du roi merina ANDRIANAMPOINIMERINA, de RADAMA I et
de RANAVALONA I, le roi antaimoro ANDRIAMANDANONARIVO envoya
la lettre suivante à ANDRIAMAHAZONORO et à RATSILIKANA: « Dites au
roi RADAMA qu’à partir d’aujourd’hui, tout le pays antaimoro est interdit aux
Ambaniandro. Quant à vous deux, vous ne pouvez rentrer à Matitanana qu’à la
condition de ramener avec vous les dépouilles mortelles de nos trois compatriotes ».
Mais le 2 septembre 1828, ANDRIAMAHAZONORO et à RATSILIKANA
1sont assassinés au Palais .
D. En pays betsileo
Lors de la conquête du pays betsileo, après l’échec des premières attaques,
l’Armée de RADAMA I entreprend le siège de Fandana (dans l’Arindrano). « Il
(RADAMA I) fit garder toutes les sources et après deux mois, la soif et la faim
devenaient critiques et les défenseurs commençaient à en mourir. Il y eut trois
mille hommes qui ont préféré se jeter dans les précipices plutôt que d’être faits
prisonniers. Ils moururent écrasés en bas. Il restait trois cents femmes et enfants
2qui furent arrêtés et emmenés en captivité . »
E. En pays bezanozano
Selon Pierre BOITEAU, la campagne de RADAMA dirigée contre les
Bezanozano avait comme « prétexte qu’ils avaient refusé de s’associer au deuil
3d’ANDRIANAMPOINIMERINA ».
Pour la conquête des Bezanozano, selon Jean VALETTE, « Les Bezanozano
ne veulent pas reconnaître le roi des Merina, encore moins se soumettre à lui.
D’autant que même son père, Andrianampoinimerina, avant lui, n’y est pas
arrivé. Ils déclarent même qu’ils n’avaient pas peur de RADAMA et qu’ils le
regardaient comme un enfant et un petit polisson. »
Le jeune roi est si « cruellement » irrité d’une pareille insulte et d’un tel mépris
qu’il ordonne sur-le-champ de leur déclarer la guerre et de tous les détruire. « Ce
fut là ses premières armes. Il marcha pour la première fois à la tête de son armée
et, en peu de jours, il détruisit entièrement cette peuplade qui pouvait se monter
1. RANDRIAMAMONJY Frédéric, op. cit. P. 213-214.
2. R Frédéric, ibid. P. 322.
3. Pierre BOITEAU, “Contribution à l’histoire de la nation malgache”. Éditions
Sociales. Ministère de la Culture et de l’Art révolutionnaires de la République
démocratique de Madagascar, p. 91.
44
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 44 01/12/2014 10:28:34à 6 000 âmes environ.» Seuls ceux qui occupent les villages des Betanimena ont
1le temps de s’échapper sur l’île située « au milieu d’Alaotra ».
F. En pays betsimisaraka
2D’une manière générale, on sait que, selon Manassé ESOAVELOMANDRO, SO
« les Betsimisaraka, divisés, affaiblis par les luttes intestines, mal soutenus par les
Français, n’offraient pas de résistance efficace à la conquête merina ».
Pour la conquête du pays Betsimisaraka, RADAMA envoie des troupes vers
le nord pour réduire les chefs militaires ralliés à la France et piller leurs terres.
Les villages de Fandraraze et de Tintingue sont ainsi incendiés et un troupeau
de bœufs est saisi.
Dès 1825 éclate dans les environs de Foulpointe une révolte des Zana-Malata.
La répression merina est rapide et violente, grâce à un navire anglais qui y
transporte rapidement à Foulpointe les renforts nécessaires. Les Betsimisaraka
de Maroantsetra, de la baie d’Antongil et du Nord-Est refusent de livrer leurs
armes aux Merina. Vaincus, ils ont été condamnés à fortifier Foulpointe et
à remettre leurs armes aux autorités merina. L’auteur précise que « Les chefs
malata montent à Tananarive en compagnie du général qui les a vaincus. Mais
là RADAMA leur refuse la grâce promise par ce dernier et les retient prisonniers.
3Après la mort du roi en 1828, ils seront tous exécutés ».
Dès 1828, l’administration militaire, omniprésente, s’alourdit et provoque le res -
sentiment, la fuite ou la rébellion des Betsimisaraka. Les gouverneurs ou comm- an
dants merina des forts accaparent le pouvoir civil comme le pouvoir militaire au
détriment des chefs betsimisaraka. D’après Manassé ESOAVELOMANDROSO,
« la population betsimisaraka n’est plus ménagée. Redevances et impôts
prolifèrent… De plus, ils sont à tout moment réquisitionnés pour transporter vers
Tananarive les marchandises destinées à la Cour ou les armes et munitions
commandées par le pouvoir central, ou encore pour travailler à la construction
des batteries ». L’on peut sans exagération considérer ces Betsimisaraka comme
« taillables et corvéables à merci ». D’autres mesures qu’ils ne comprennent pas
visent même à changer leur genre de vie. « Ainsi, ils sont tenus de rester groupés
4dans un certain nombre de villages pour faciliter les réquisitions . »
Toujours selon Manassé ESOAVELOMANDROSO, les colons merina
s’emparent et spolient les terres des Betsimisaraka. RAMANASINA, gouverneur
1. L’Express de Madagascar de novembre 2011, Rafanala, à l’origine de l’Ankay.
Note du Passé.
2. Manassé ESOAVELOMANDROSO, « La province maritime orientale du
e“Royaume de Madagascar” à la fin du xix Siècle (1882-1895) ». 1979. P. 51.
3. Manassé ESOAVELOMANDROSO ibid. P. 53-54.
4. E, ibid. P. 59.
45
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 45 01/12/2014 10:28:34de Tamatave de 1835 à 1843, oblige les producteurs betsimisaraka à ne vendre
leur riz qu’aux officiers merina.
Décrivant la province de Tamatave vers 1882, Manassé
ESOAVELOMANDROSO précisait que les Merina, formant un groupe à part, « se voient
1supérieurs aux non-Merina en général, aux Betsimisaraka en particulier ».
Concernant l’Administration du pays betsimisaraka, dans leurs tâches civiles,
les commandants des troupes d’occupation merina chargés d’assurer l’ordre
intérieur et la défense « sont secondés par les officiers de garnisons, tous merina ».
Mais la population betsimisaraka, soumise à la dure exploitation de
l’administration merina, réprouve les Betsimisaraka auxiliaires du pouvoir, constitués
souvent par les anciennes familles régnantes ou du groupe des notables de villages,
privilégiés tant par leur naissance que par leur fortune et adhérant à la cause des
Merina, par intérêt ou par crainte.
G. En pays sihanaka
Selon le témoignage du Baron de MACKAU (1818), « Il (RADAMA) vient
de ravager la paisible tribu des Anta-Tsihanac qui, tout en reconnaissant sa
puissance, voulait cependant conserver son indépendance. De 7 000 prisonniers
que la victoire mit dans ses mains, il en a fait détruire 4 000 par le fer et en a
2réservé 3000 pour l’esclavage ».
H. En pays tsimihety
Pour les relations entre les Tsimihety et le Gouvernement de RADAMA, après
quelque temps de soumission des Tsimihety, « il y eut une révolte conduite par
les nobles tsimihety. Les rebelles furent vaincus. Un certain nombre d’entre
eux se sont suicidés… », cf. RANDRIAMAMONJY Frédéric, op. cit. Page 491.
I. En pays Sakalava du Boina et Antakarana
Pour la conquête contre les Sakalava du Boina, les guerres successives
3menées par les Armées merina contre le roi ANDRIANTSOLY : 1822-1832
1. Manassé ESOAVELOMANDROSO ibid. P. 61.
2. Jean VALETTE, “Etude sur le règne de RADAMA I”, p. 80. Imprimerie Nationale. 1962.
3. L’Express de Madagascar du 21 août 2012, p. 16 : Note du Passé. Des cessions à la
France pour bloquer l’expansion hova  En mai : « 1824, RADAMA I, dans le dessein d’uni -
fier l’île, envoie le sergent Hastie pour négocier pacifiquement avec ANDRIANTSOLY
(arrière petit-fils de RAVAHINY).
Sur le refus de ce DERNIER, le roi merina décide de mener l’expédition du Boeny.
Après une bataille très chaude, les Sakalava sont battus. Le chef de Mahajanga, Houssen qui
a opposé une vive résistance, est décapité, mais ANDRIANTSOLY demeure insaisissable. »
46
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 46 01/12/2014 10:28:341et ses successeurs (OANTITSY : 1832-1836, TSIOMEKO : 1836-1864 , Safy
MOZONGO : 1864-1880 et BINAO : 1880-1920) jusqu’aux rois Antankarana
2TSIMIHARO et TSIMANDROHO, au début commandées par RADAMA
secondé par l’Anglais James Hastie et le Français Robin à partir de 1824, étaient
si fréquentes et meurtrières que les rois sakalava successifs ont demandé le
pro3tectorat du sultan de Zanzibar et de la France .
Concernant la conquête du Boina en particulier, fort du soutien des Anglais, ne
voulant pas voir ce royaume sous l’influence des Français ou une autre puissance,
fin 1823, RADAMA envoie un ultimatum de six mois au roi Andriantsoly pour
que celui-ci se soumette à son gouvernement, sinon, il le soumettrait par la force.
ANDRIANTSOLY s’y étant refusé, RADAMA, à la tête de deux Corps d’Armée,
accompagné des généraux RAMANETAKA et RAMINO ainsi que de l’Anglais
J. HASTIE et du Français ROBIN, envahit et soumet le Boina, après que ses
troupes ont mis à mort le gouverneur de Mahajanga Houssen-Ben-ABDALLAH
Le document souligne : «Aussitôt capturé, ANDRIANTSOLY est amené devant
RADAMA. Il le place en résidence à Marovoay, RAMANETAKA devenant gouverneur
de Mahajanga… Mais RADAMA n’est pas plutôt parvenu dans sa capitale que les
Sakalava se révoltent à nouveau (début 1825). Ils écrasent sous le nombre le gouverneur
et sa petite garnison qui quittent Mahajanga après avoir mis le feu à Mahabibo.
ANDRIANTSOLY lève aussitôt une troupe, mais RADAMA lui oppose 2000  hommes
envoyés d’Antananarivo. A la vue de ce renfort, ANDRIANTSOLY s’enfuit à
Anorotsangana (juillet 1825). »
1. L’Express de Madagascar du 21 août 2012, p. 16 : Note du Passé. « Des cessions
à la France pour bloquer l’expansion hova ». Peu après l’accession de TSIOMEKO le
5 avril 1836 au pouvoir ,s «ur son refus de livrer aux Merina certains réfugiés, un corps de
2 000 hommes vient envahir son pays et elle doit quitter son village résidentiel
d’Ambataokony. En 1837, les Merina reviennent à l’improviste et TSIOMEKO est sauvée de
justesse en se réfugiant aussi à Anorotsangana. Elle doit pourtant en partir encore et,
après d’autres arrêts sur la côte, notamment à Kikamba et Ambararata, la reine errante
se réfugie avec une partie importante de Sakalava à Nosy Komba ».
Devant l’invasion merina, TSIOMEKO demande aide et protection au sultan de Zanzibar.
Le 14 juillet 1840, T et ses chefs de clan signent un acte de cession au
roi des Français, Louis Philippe, des îles Nosy Be et Nosy Komba. « Ils abandonnent à
la France tous leurs droits de souveraineté sur la côte occidentale de Madagascar, depuis
la baie de Pasandava jusqu’au cap Saint-Vincent. »
2. L’Express de Madagascar du 21 août 2012, p. 16 : Note du Passé. Des cessions à
la France pour bloquer l’expansion hova  Tsimiaro, roi des Antakarana qui s’est allié à : «
la reine TSIOMEKO pour obtenir du sultan Seyeid Saïd une protection efficace contre
leur ennemi commun, les Merina, est contraint de se réfugier en 1840 au Nosy Mitsio.
Là, il profite du passage du capitaine Passot pour céder, sur l’exemple de TSIOMEKO,
ses droits sur l’Ankarana à la France. »
3. Noël J. GUENIER, Une copie de la lettre de TSIOMEKO, Reine des Sakalava, à
Louis Philippe, Roi des Français (1840). Omaly sy Anio. N° 33-36, 1991-1992. Pouvoirs
et Etats dans l’histoire de Madagascar et du Sud-Ouest de l’océan Indien. P. 515.
47
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 47 01/12/2014 10:28:34et le chef TSOARA (commandant la région du nord de Betsiboka) qui résistèrent
au nom d’Andriantsoly auquel tous deux sont restés fidèles. Andriantsoly
luimême fut capturé et gardé au camp de l’Armée et les Sakalava furent sommés
de remettre aux vainqueurs tous leurs fusils.
Cependant, les Sakalava soumis durement à l’oppression merina n’ont jamais
accepté cette colonisation par la force et, aidés par les Antalaotra, se sont constam -
ment révoltés en attaquant les garnisons des envahisseurs et les massacrèrent en
plusieurs occasions.
Mais attaqué sans relâche par l’Armée merina, ANDRIANTSOLY finit par s’enfuir
à Mayotte tandis que ses successeurs furent contraints de capituler et se soumettre.
« Quand les gens apprirent la mort de RANAVALONA I, il y eut beaucoup
de réjouissances dans le pays sakalava du nord. » Cf. RANDRIAMAMONJY
Frédéric, op. cit. Page 139.
Paragraphe 2 – Les menaces pendant l’époque coloniale
sur la cohésion nationale
1Il importe d’emblée de souligner que selon Joseph FOLLIET , trois titres
sont allégués indûment pour justifier la colonisation : le droit de la force, le
droit conféré par la supériorité de race convenance et la « économique, sur quoi
s’édifie un impérialisme ».
Pour une meilleure compréhension des menaces pesant sur la cohésion des
Malgaches durant l’époque coloniale, il importe de maîtriser au préalable la
conception de l’Etat colonial chez GALLIENI, l’artisan déterminant de la
politique coloniale française à Madagascar. Selon Marc MARCEL, « La construction
de l’Etat colonial fut dès le départ, et de façon conjointe à la “pacification”, une
préoccupation majeure du proconsul français à Madagascar ». Il précise  : « Trois
conditions fondamentales nous semblent caractériser cette entreprise : dans l’ordre
politique, la disparition de la monarchie ; dans l’ordre culturel, l’imposition de la
culture française ; dans l’ordre économique, la modernisation de l’infrastructure.
Toutes trois comportant des contradictions qui ne furent pas seulement le fruit
des circonstances, mais s’enracinaient tout autant dans la formation intellectuelle
2et l’expérience passée de GALLIENI que dans sa conception de la colonisation . »
Il faut comprendre, comme l’écrivait Jean FREMIGACCI, que toute situation
coloniale, supposant la prise de pouvoir par une minorité étrangère, privilégie
« l’interdiction de toute vie politique dans la colonie », laquelle « permet à la
machine administrative de s’ériger en pouvoir autocratique, qui va jusqu’à utiliser
1. Joseph FOLLIET, Le droit de la colonisation. Etude de Morale sociale et
Internationale. Librairie Bloud et Gay, p. 90.
2. Marc Michel, La conception de l’Etat colonial chez GALLIENI, Omaly sy Anio
N° 33-36. 1991-1992 (Université d’Antananarivo), p. 586.
48
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 48 01/12/2014 10:28:34les services rendus (santé, enseignement) pour développer une idéologie de couver -
1ture qui veut faire oublier l’absence de liberté et justifier la présence étrangère ».
Aimé CESAIRE est particulièrement explicite sur la théorisation de la
colonisation quand il écrivait  On peut tuer en Indochine, torturer à Madagascar,: «
emprisonner en Afrique Noire, sévir aux Antilles. Les colonisés savent désormais
qu’ils ont sur les colonialistes un avantage. Ils savent que leurs maîtres provisoires
mentent. Donc que leurs maîtres sont faibles. » L’auteur ajoute  : «Cela revient à
dire que l’essentiel est ici de voir clair, de penser clair, entendre dangereusement,
de répondre clair à l’innocente question initiale : qu’est-ce en son principe que
la colonisation ? » A cette question, il répond lui-même qu’elle n’est « ni évan -
gélisation, ni entreprise philanthropique, ni volonté de reculer les frontières de
l’ignorance, de la maladie, de la tyrannie, ni élargissement de Dieu ». Il précise
qu’elle n’est ni extension du « droit ; d’admettre une fois pour toutes, sans volonté
de broncher aux conséquences, que le geste décisif est ici de l’aventurier et du
pirate, de l’épicier en grand et de l’armateur, du chercheur d’or et du marchand,
de l’appétit et de la force, avec, derrière, l’ombre portée, maléfique, d’une forme de
civilisation qui, à un moment de son histoire, se constate obligée, de façon interne,
2d’étendre à l’échelle mondiale la concurrence de ses économies antagonistes ».
Cette période coloniale est caractérisée fondamentalement par la résistance des
nationalistes contre les colonisateurs d’une part, et les rivalités entre les membres
du MDRM et les autorités coloniales avec les partisans du PaDesM d’autre part.
Ces menaces sont nombreuses et inhumaines. Certaines sont de nature politico-
militaires, d’autres de nature économico-sociales, mais toutes ont provoqué
d’énormes souffrances des populations malgaches en général : des massacres,
travaux forcés, déplacements forcés des populations, arrestations arbitraires,
des3tructions de biens, accaparement des terres au profit des colons, discriminations
raciales et entre Malgaches citoyens français et indigènes pour l’attribution de
diverses faveurs (attribution des terres, compétence de juridiction, inscription dans
les écoles européennes et pour les études supérieures, carrières civile et militaire…).
A. Les menaces d’origine socio-économique
On connaît la théorie de guerre et de légitime conquête, l’évidente infériorité
des races, l’action civilisatrice ainsi que celle de la nécessité économique vitale
1. Jean FREMIGACCI, L’Administration coloniale : les aspects oppressifs. Omaly sy
Anio N° 7-8. Janvier – juin – juillet – décembre 1978 (Université d’Antananarivo), p. 209.
2. Aimé CÉSAIRE, Discours sur le colonialisme. Suivi de Discours sur la Négritude.
Présence Africaine. P. 8-9.
3. Pierre BOITEAU, Contribution à l’histoire de la nation malgache. Editions
Sociales, 1982. P. 231 : Le vol des terres. « A la faveur de la conquête, les colonialistes
s’appropriaient purement et simplement les richesses du pays. Ils mettent la main sans
bourse délier sur les terres et les ressources naturelles. »
49
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 49 01/12/2014 10:28:341pour justifier la colonisat e iot lne décalage sur les réalités coloniales quand Joseph
FOLLIET écrivait : «Pour nous, le colonisateur se plie aux prescriptions du
droit naturel, aux commandements de la justice et de la charité, aux impératifs
de la morale. Pour l’impérialisme, il ne connaît d’autre loi que son intérêt bien
ou mal entendu. »
Pierre BOITEAU met en exergue le pillage des richesses naturelles de
2Madagascar par la colonisation .
1. Expropriation des terres des Malgaches
et accaparement des terres par les colons
Le décret du 28 septembre 1926 considère que l’Etat français est présumé
propriétaire de tous les terrains non bâtis, ni enclos, ni immatriculés ou concédés.
Ce qui avait entraîné de nombreuses expropriations complètes évaluées en
1951 à 3 millions d’hectares, comme celles en faveur de la Sucrerie SOSUMAV
(10 000 ha) dans le district d’Ambilobe.
Dans le district d’Ambanja, les sociétés et trois colons se partagent 30 360 ha,
tandis qu’à Nosy Be, 6 sociétés et 26 colons détiennent 10 883 ha.
De très importantes superficies ont été concédées au lac Alaotra. Le seul
domaine de Marovitsika, par exemple, occupe 5 400  ha.
Dans le Sud, la vallée de Mandrare est presque entièrement entre les mains
des sociétés coloniales qui se consacrent à la culture du sisal. 6 concessions y
occupent 20 502 ha.
Selon Pierre BOITEAU (op. cit.), depuis 1951, ce mouvement s’est encore
accéléré comme suit : 581,849 ha en 1951, 1 690 489 ha en 1952, 2249 256 ha
en 1953 et 2271 177 ha en 1954.
L’Etat français s’est arrogé la possession définitive des forêts, des réserves
naturelles, des eaux et de leurs berges, des terrains militaires… Au bas mot,
10 millions d’hectares de terres ont été expropriées.
Selon Pierre BOITEAU, « Les grosses sociétés coloniales sont seules à profiter
de la prétendue mise en valeur.
Il est évidemment très difficile d’apprécier leurs profits réels qui sont
camouflés par toute une série de jeux d’écritures, avec la complicité de dispositions
3réglementaires destinées à leur permettre d’échapper au fisc ».
Il est incontestable que des séquelles de ces spoliations continuent de s’abattre
sur les successeurs ou ayants droit des bénéficiaires de ces expropriations et
concessions.
1. Joseph FOLLIET, op. cit., p. 250, 251, 283.
2. Pierre BOITEAU, op. cit., p. 235.
3. B, ibid., p. 259.
50
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 50 01/12/2014 10:28:342. Exploitation de main-d’œuvre indigène à bon marché
et organisation de travail forcé
Il était évident, comme l’écrivait Pierre BOITEAU, « En vue du pillage
colonial et pour réaliser des profits sans cesse croissants, les monopoles exigent
la construction de routes, canaux, chemins de fer, ports, aérogares, etc.,
indispensables à la circulation des marchandises importées et des matières premières
qu’ils prélèvent sur le territoire. Pour y parvenir, le colonisateur a eu recours à
deux moyens principaux : le travail forcé et l’impôt. »
C’est ainsi qu’à titre de travail forcé, dès le début de la colonisation en 1896,
tout Malgache de sexe masculin, entre 16 et 60 ans, est astreint à fournir à
l’administration cinquante journées de neuf heures de travail dans l’année, au
titre de prestation en nature (arrêtés des 21 octobre 1896 et 19 janvier 1997).
D’après Pierre BOITEAU, Le révérend « père Suau estime à 70% de ces pionniers
1le nombre de ceux qui succombèrent, tout au moins dans certaines unités ».
GALLIENI avait assorti cette mesure de la création d’offices de main-d’œuvre
qui étaient source d’abus criants, aggravés encore par les colons, notamment dans
les exploitations forestières, par le non-paiement de salaires pendant plus de six
mois constaté par les inspecteurs de travail jusqu’en 1954.
Non seulement les salaires des indigènes sont très bas pour permettre de gros
bénéfices aux sociétés coloniales, mais le décret du 22 septembre 1925 qui
permet de jeter en prison un salarié pour « rupture brusque et injustifié du contrat
de travail » a accompagné l’organisation d’une autre forme de travaux forcés.
Initiée par le gouverneur général Marcel OLIVIER en 1925, il s’agit du Service
de la main-d’œuvre des travaux d’intérêt général, le fameux SMOTIG, « que
2d’éminents juristes compareront à l’Arbeitdienst hitlérien ».
3. Organisation d’injustice fscale pour les paysans malgaches
Alors que les sociétés coloniales sont faiblement taxées et généreusement
ménagées, l’Autorité coloniale avait créé un système d’impôt, considéré comme
un moyen de contraindre les paysans malgaches à louer leurs services chez les
colons : l’impôt de capitation dit de minimum fiscal, frappant lourdement les
contribuables malgaches les plus pauvres, et l’impôt sur les bovidés, les deux en
augmentation vertigineuse (passant, le premier de 125 francs avant la guerre à
2 000 francs en 1955, soit un coefficient de 16, le second de 1,05 francs avant
la guerre à 100 francs en 1955, soit un coefficient de 75).
Le recouvrement de ces impôts a donné lieu à des abus odieux et des injustices
détestables de la part des chefs de village et autres notables malgaches,
collabo1. Pierre BOITEAU, ibid., p. 262.
2. B, ibid., p. 265.
51
RECONCILIATION_CS6 ok.indd 51 01/12/2014 10:28:34rateurs des autorités coloniales, envers lesquels, ainsi qu’à leurs descendants et
parents, les populations avaient gardé de profondes rancunes jusqu’à nos jours.
4. Les discriminations raciales
Dans la fonction publique, pour des employés de même catégorie
professionnelle avec le même diplôme ou même sans diplôme pour les Européens,
non seulement les discriminations sur la disparité des salaires au détriment des
indigènes sont énormes, mais plus choquante encore est la discrimination entre
fonctionnaires européens et malgaches en matière d’allocations familiales pour les
enfants (pour les Malgaches, entre le tiers et le cinquième de celles des Européens).
5. L’aggravation des conditions de vie du peuple malgache
Le développement des cultures d’exportation avait entraîné la réduction des
cultures vivrières, d’où des pénuries des denrées alimentaires.
Mais la situation était pire dans l’extrême sud de Madagascar où la famine
était la conséquence d’actes délibérés organisés par l’Administration coloniale.
En effet, cette partie de Madagascar était couverte de vastes peuplements de
raquettes, variété couverte d’épines. Elles servaient d’alimentation aux
populations et au bétail, en même temps qu’elles rendaient les villages inaccessibles et
permettaient aux villageois de se dissimuler.
Selon Pierre BOITEAU, « L’administration civile de Madagascar jugea que
la raquette armée s’opposait à une bonne administration et aussi à la rentrée
des impôts. C’est pourquoi, en 1924, la cochenille fut introduite à Tuléar et de
là se propagea rapidement dans le pays Mahafaly d’abord, dans tout l’Androy
ensuite (1928-1929) faisant disparaître complètement cette raquette indigène
sur un territoire représentant près du septième de l’île ».
Les bœufs moururent de soif et de faim, et la famine régnait de manière
extrêmement grave dans le pays, décimant la population.
Cette situation n’a pas manqué de perpétuer des séquelles de même nature
jusqu’à nos jours, et on comprend les rancœurs d’une partie des populations
envers le système colonial et les métis franco-malgaches ainsi que des descendants
des Malgaches qui en avaient tiré profit.
6. L’oppression culturelle
Selon Pierre BOITEAU, Pour « interdire au peuple malgache de prendre
1conscience de son unité, il importe de détruire sa culture nationale ».
En matière d’enseignement, l’auteur cite le passage de l’écrit de GALLIENI
suivant lequel « Les programmes seront remaniés et établis d’une manière simple,
1. Pierre BOITEAU, ibid., p. 301.
52
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