La résistance juive : entre gloire et tragédie

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Publié le : vendredi 1 janvier 1993
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EAN13 : 9782296281110
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LA RÉSISTANCE

JUIVE

Entre la gloire et la tragédie

DU MÊME AUTEUR
1) Pages de gloire des vingt-trois. préface Justin Godard, postface Charles Tillon. Ed. C.F.D.I. 1951, Illustr. 2) Exposition: Les Juifs dans la Résistance, catalogue illustré. Ed. Renouveau. 1947. (Épuisé). 3) Héros juifs de la Résistance fran~aise. préface de Charles Ledermann. Ed. Renouveau. 1962. Illustr. (Epuisé). 4) Ce fut le commencement: Pithiviers et Beaune-la-Rolande. album illustré, édité par l'Amicale des Anciens Déportés juifs de France. Paris, 1951. (En français et en yiddish). (En collaboration avec H. Bulawko). 5) Juifs dans la guerre d'Espagne 1936-1939. Ed. Renouveau et ldiszbuch. Varsovie. 6) Vingt années de la Presse Nouvelle. album illustré en français et en yiddish. Édité par la Presse Nouvelle. 1954. 7) Les Juifs dans la Résistance française (avec armes ou sans armes). Ed. Le Pavillon. 1971. (Prix Maurice Vanikov 1967-8). Par les anciens combattants et engagés volontaires juifs. 8) Le Billet Vert (La vie et la résistance à Pithiviers et Beaune-laRolande, camp pour chrétiens, camp pour patriotes non juifs). Préface de Marcel Paul et de Olga Wormser Migot. Postface de Henry Bulawko. Ed. Renouveau. 1977. 9) Combattants juifs dans l'Armée républicaine espagnole 1936-1939. Ed. Renouveau 1979. 10) Combattants. héros et martyrs de la Résistance. 1984. Il) Par-delà les barbelés; 1986. Préfaces de Jean-Laurain et de Me Henri Noguères, postface de Henry Bulawko. 12) Juifs révolutionnaires (en collectif). Ed. Messidor. 13) Nathan. l'ouvrier juif. Les Nouvelles. Ed. du Pavillon et L'Harmattan.
14) 40 ans au service de la classe ouvrière de la France et de la paix. (A

l'occasion de l'exposition organisée par David Diamant), 1960.
15) Catalogue
monographique de la Commune de Paris.

A l'occasion de

16) 17) 18) 19) 20)

l'exposition organisée par D. Diamant. Ed. Institut Maurice Thorez), Paris 1971. Catalogue iconographique de la commune de Paris. Paris 1971. La presse antiraciste sous l'occupation hitlérienne. Introduction générale D. Diamant. Préface A. Rayski et Ch. Lederman, 1950. La parole de la Résistance et de la victoire (en yiddish 1940-1944). Introduction générale D. Diamant. Préface A. Rayski 1949. Lettre de Romain Rolland à un combattant de la Résistance 1947. 250 combattants de Résistance témoignent. Édition L'Harmattan 1991.
Combat. La Jeunesse juive dans la Résistance.

21) Jeune

1993 ISBN: 2-7384-2095-8

@ L'Hannattan,

David DIAMANT

LA RÉSISTANCE

JUIVE

Entre la gloire et la tragédie

Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Collection ((Mémoires du XXème siècle» SOlISla direction d'Alain Forest

- Michel

Bloit, Moi, Maurice, bottier à Belleville,

1993.

- Maurice Schiff, Histoire d'un bambinjuifsollS l'occupation nazie. Préface d'Henri Bulawko, 1993. - David Diamant, La résistance juive. Entre gloire et tragédie, 1993.

Illustration de couverture: aide matérielle et morale apportée par tous les Français aux Juifs exécutés. ¥anifestation organisée par David Diamant. .
@ Centre de documentation (V.J.R.E.)

Introduction

Cher lecteur, Ce volume regroupe des articles que j'ai publiés pour la "Revue de Paris", cette publication trimestrielle éditée par des écrivains yiddish regroupés autour de l'Vnion des juifs pour la Résistance et l'Entraide (V.J.R.E.). Chacun de ces articles a été publié en son temps à l'occasion d'un événement historique, parfois à l'occasion d'une manifestation publique au cours de laquelle une personnalité a pris la parole. J'ai voulu les restituer en respectant un ordre chronologique. Le présent volume s'ouvre sur un article intitulé "Derrière les barbelés". Ce texte renvoie aux efforts fournis par des organisations progressistes de Paris et de Toulon en vue de soutenir, tant matériellement que moralement, les anciens volontaires de l'Espagne Républicaine qui se sont retrouvés du jour au lendemain internés dans les camps à Gurs, Saint-Cyprien et autres. Dès septembre 1939, toute la presse progressiste est frappée d'interdiction. La "Presse Nouvelle" met en place des structures pour poursuivre sa parution - clandestine. Cette volonté de poursuivre le travail d'information, plusieurs rédacteurs et diffuseurs l'ont payée de leur vie!.

1. Nous avons publié deux volumes de la presse clandestine en yiddish (la Parole de la Résistance et de la victoire) et en français (La presse clandestine sous l',Jccupation hitlérienne"). 5

Puis vient le triste chapitre de l'internement des juifs polonais, autrichiens et tchécoslovaques à Pithiviers et à Beaune-laRolande. Ces hommes, femmes et enfants, au nombre de 16 000, dont la ,destination finale fut Auschwitz et les chambres à gaz, ont accompli un immense travail social et culturel par la publication de journaux clandestins que nous avons cru utile de reproduire ici. Un chapitre entier est consacré au courage, à l'esprit d'abnégation et de sacrifice dont a fait preuve la jeunesse juive au cours de la Résistance. Parmi les missions périlleuses qui étaient accomplies par ces jeunes, (dont des jeunes filles), nous avons retenu le travail en direction des Allemands (surnommé T.A.). Il consistait à prendre contact avec des militaires allemands, que ce soit dans le but de leur soutirer des renseignements sur la Wehrmacht ou pour les entraîner dans la Résistance. Faisaient partie du T.A.2 les tentatives de s'introduire dans les casernes pour déposer de la littérature anti-nazie dans les poches des uniformes des soldats allemands et autrichiens. Un chapitre est consacré à la façon glorieuse dont le Parti Communiste français a pris fait et cause pour les Juifs. Dès 1924 déjà, celui-ci fonde la M.O.E. (Main-d'Œuvre Étrangère). En créant cette organisation, le Parti visait à la fois à éviter que les ouvriers étrangers ne soient victimes d'un patronat trop rapace et, de plus, éviter que cette main-d'œuvre ne fasse concurrence aux travailleurs français3. La solidarité du Parti vis-à-vis des travailleurs juifs s'est exprimée régulièrement, notamment à l'occasion des anniversaires de "Presse Nouvelle" (paraissant depuis 1934) où l'on pouvait rencontrer et écouter Marcel Cachin, le secrétaire Maurice Thorez, Étienne Fajon, Jacques Duclos et bien d'autres. Je voudrais d'ailleurs rappeler une anecdote personnelle. Lors de la parution de mon ouvrage "Héros Juifs de la Résistance française", j'ai reçu un message chaleureux de la part de Maurice Thorez; Jacques Duclos nous a honorés de sa présence en faisant un long discours à la gloire des héros juifs de la Résistance. En reproduisantJe discours du Dr Berman, (l'un des dirigeants de l'insurrection du ghetto de Varsovie aujourd'hui député de la gauche à la Knesset), en Israël, qui retrace toute la période précédant le déclenchement de l'insurrection, il s'agit de rappeler
2. Cf "V olk und Vaterland" ainsi que de nombreux tracts appelant les militaires à ne pas tirer sur les Français. L'un d'entre eux titrait "le Français aspire, comme toi, à la paix". D'autres appelaient à la rébellion. 3. En 1934, la M.O.E. ou Main-d'Œuvre Immigrée. 6

la portée que cet événement a eu sur le mouvement de la Résistance des juifs en France4. L'insurrection du ghetto a bouleversé les idées préconçues concernant la "passivité" des juifs et ridiculisé les clichés sur ces "Juifs qui vont à la mort comme des moutons à l'abattoir" . J'ai aussi tenu à présenter l'exposition Sholem Alaichem, puisque je fus chargé d'organiser l'exposition du centième anniversaire de l'illustre écrivain dans les salons de l'UNESCO à Paris (1959), en présence du directeur général de l'organisation. Ce fut, - je le dis sans vanité - un succès de renommée internationale. A l'époque, j'étais employé à l'Institut Maurice Thorez où je dirigeais le centre de Documentation du Mouvement Ouvrier. Pendant vingt-deux ans. Parmi les autres épisodes personnels, j'ai aussi voulu mentionner ma rencontre avec Mounie (Samuel) Nadler. Après un passage au séminaire religieux de Varsovie, il s'était inscrit à l'université de Caen. De passage à Paris, il fait connaissance avec "La Presse Nouvelle". Il décide alors de s'établir dans la capitale et devient le rédacteur en chef de la revue. Ce journaliste talentueux, capable de rédiger à la fois des chroniques politiques, des reportages, des articles scientifiques, a malheureusement été fauché par les balles nazies un jour de 1942. En achevant cet ouvrage sur un article relatant la semaine glorieuse de la Libération, nous espérons présenter au lecteur une vue d'ensemble de cette période qui fut à la fois tragique et glorieuse.

4. Cf les deux recueils de la presse clandestine

- on

y retrouve de très 7

nombreux articles de dirigeantsjuifs de France et des appels des insurgés.

Derrière

les barbelés

(Organe des internés en France de combattants juifs de l'Espagne Républicaine)

Plus d'un demi-siècle s'est écoulé depuis la fondation des Brigades Internationales au sein de l'Armée Populaire Espagnole. Des combattants de cinquante-quatre nations sont venus en Espagne, et sans aucune revendications, sans garanties, sans conditions, ils se sont mis à la disposition du gouvernement légal républicain. Leur unique volonté était de lutter contre le fascisme, pour la démocratie. Ainsi furent fondées les brigades suivantes, comprenant chacune une majorité dominante nationale: llème Brigade: 12ème Brigade: 13ème Brigade: 14ème Brigade: 15ème Brigade: 129ème Brigade: 150ème Brigade: des Allemands des Italiens des Polonais des Français des Anglo-américains des Balkaniques de toutes nations,

combattants juifs en Espagne depuis les premiers jours, aussi bien ceux qui militaient en Espagne en tant qu'immigrés politiques jouissant du droit d'asile, que les sportifs et militants culturels arrivés pour participer à l'Olympiade Internationale du Sport et de 9

la Culture qui devait commencer le 18 juin 1936. Le même jour fut déclenché le putsch fasciste, qui se transfonna rapidement en guerre nationale-révolutionnaire contre le fascisme international dirigé par Hitler et Mussolini. Les Juifs ont lutté dans presque toutes les Brigades Internationales, mais c'est dans la brigade DOMBROVSKI (polonaise), dans la brigade LINCOLN (AMÉRICAINE) et dans la Brigade DIMITROV (balkanique) que se trouvait le plus grand nombre d'entre eux, avec des volontaires juifs de Palestine et de Roumanie. Le nombre de Juifs est estimé au minimum à 7 000 et au maximum à 10 000 ; les combattants juifs se présentent en tout cas comme le deuxième groupe par son importance, panni les dizaines de nations représentées dans les Brigades Internationales. Les volontaires Ladino-Cubains et ceux des pays de l'Europe au sud qui parlaient le ladino furent vers le détachement dans l'année espagnole. L'héroïsme indescriptible, la conscience élevée des Juifs qui ont participé à la lutte dramatique contre le fascisme, resteront pour toujours dans l'histoire de l'humanité progressiste. Ces combattants ont pris les annes au milieu de la bataille, claIrement conscients qu'en combattant le fascisme, ils luttaient pour l'existence même du peuple juif, menacé en première ligne par l'hitlérisme et d'autres fonnes de fascisme. L'héritage intellectuel des combattants juifs est lui aussi très riche: dans les tranchées ou au repos, dans les bases d'instruction ou les hôpitaux, leurs créations culturelles, en yiddish, ont valeur universelle. La fonne la plus remarquable était certainement la presse: d'abord le journal mural, puis l'organe de presse "Le combattant de la liberté", et enfin le beau journal imprimé "Botvine", qui est paru sept fois en Catalogne (les deux derniers exemplaires portaient le numéro 6). Après la chute de la République, des centaines de milliers de réfugiés ont franchi la frontière franco-espagnole. Nombre de soldats et d'officiers de l'Année Populaire, dont les Brigades Internationales, ne pouvaient plus retourner dans leur pays d'origine, en raison du régime fasciste qui y régnait: panni eux se trouvaient cinq cents Juifs. L'accueil à la frontière française était loin d'être hospitalier: les militaires furent brutalement désannés ; tous sans exception, soldats, civils, vieillards, femmes et enfants, furent parqués dans le camp de concentration de Saint-Cyprien au bord de la Méditerranée. Il n'y avait même pas de baraques: on donnait à 10

même la plage; il soufflait la nuit un vent violent, déchirant, accompagné de l'ange de la mort. Chaque matin, on nettoyait la plage pour retirer les morts, par dizaines. Plus tard on a installé des baraques, plus convenables, mais pleines de saleté et de famine, gardées par des soldats sénégalais. Les internés ont peu à peu commencé à s'organiser. Ils étaient soutenus par leur haut moral anti-fasciste et la vaste solidarité des communes; les secours commençaient à s'organiser, depuis la France, avec ses organisations progressistes, ainsi que d'autres pays - la Belgique, l'Angleterre, le Danemark, -, dont les cotisations arrivaient dans les camps par Paris. Les combattants juifs menaient ainsi une activité intense dans l'esprit de l'idéal pour lequel ils avaient rejoint l'Espagne. L'un des aspects de leur action culturelle et politique est le journal qui paraissait tous les quinze jours pour faire connaissance avec la vie des internés dans les camps. La source la plus riche est justement la presse des anciens combattants juifs en Espagne. On y trouve des témoignages vivants de leur foi inébranlable en la cause de la démocratie et de la justice. Les extraits des articles, récits, reportages que nous reproduisons plus loin contribuent à donner une image fidèle non seulement du contenu du journal, mais aussi, ce qui est essentiel, de la vie intime des internés, de leur état d'esprit, de leur idéologie et de' leurs lien~ avec le monde extérieur.

Le titre du journal
Avant de passer à son contenu, faisons d'abord connaissance avec son titre, son aspect extérieur et la durée de sa parution. Vingt ans de recherches dans les lieux les plus divers et les fonds d'archives des différentes capitales nous ont permis de réunir une collection des numéros suivants: 1, 2, 3, 5, 6 et 7, originaux ou photocopies. Les persécutés des armées franquistes ont traversé la frontière en février 1939. Le premier numéro a paru le 7 avril, le numéro 2 le 16 avril, le numéro 3 le 1er mai, le numéro 5 le 22 juin, le numéro 6 le 14 juillet et le numéro 7 le 19 juillet. Les deux premiers numéros ont paru au camp de Saint-Cyprien, les autres au camp de Gurs. Réalisé dans des conditions illégales, le journal est d'aspect très modeste; fait sur du papier simple au format 21 x 27 centi11

mètres - format le plus répandu en France -, il comprend de 10 à 14 pages, attachées avec une agrafe métallique. L'original est écrit à la main, il est polycopié en quelques dizaines d'exemplaires, à l'encre violette. Très souvent le journal est illustré par des portraits (toujours à la plume) ou par des dessins qui correspondent au sujet traité. Le titre du journal? Cela n'allait pas si simplement.,. Le premier numéro représente le camp, avec un gardien armé d'un fusil, et se nomme: "Hinter Shtachel Drot numéro 1", Hinter Shtachel Drot numéro 1 (camp de concentration de Saint-Cyprien, organe des anciens volontaires juifs en Espagne) Les difficultés ne se situaient pas au niveau du titre du journal qui correspondait bien à la situation et, comme on peut le supposer, convenait à tous, mais au niveau... de l'orthographe. Mais laissons la parole au rédacteur du journal: voilà ce que nous lisons dans un feuilleton humoristique du numéro 2 :
"Eh bien, va être malin o Sht(Jchl drot. o Pas shtachl rot mais Shtochl
o

drot. que l'ont dit ShtQchl.

Pas shtachl, ni shtochl, mais Shtf.chl drot. Et moi zé vous dis qu'il faut dire Shtachl drouet.
o

o Moi zé vous dis camarades
o

Vous avez raison dans vos langues, mais en yiddish
Certainement pas ça, toi tu parles le turc.

correct, on dit Sht£.chl drot. o Tu entends en yiddish, et qu'est-ce que je parle?
o

oEt toi tu parles tatare I..." Voilà la discussion qui avait lieu entre nous pour choisir le titre de notre publication, Elle avait lieu non pas entre un Juif, un Turc et un Tatar, mais, Dieu merci, entre trois Juifs que l'on disait "jogt" , c'est-à-dire originaire de Lettonie, ou "zoug!" pour le deuxième, un Gallicien, et un Lituanien.,. Va être malin 1 Chacun jouait et faisait tout pour persuader les autres qu'il était le seul à parler le yiddish correct. Le Letton, qui se fera tuer, confirme que c'est lui qui parle bien le yiddish, et que le Lithuanien le parle comme un assassin de sang-froid, que l'on dit "Shtechl drot". Le Galicien est morose: il vaut "Shtachl Drouet",

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Cela sonne bien, pourtant, mais va croire le Lithuanien, "tête croisée". Par laforce de sa voix, le Galicien aurait triomphé, mais iI y a des moments où iIfaut s'incliner: c'est alors que le Galicien et le Lithuanien se sont unis au nom de la "h.ortographe", et iI en est sorti "Hinter Shtachl Drot" . Eh bien, cela piquait .. tOus les trois se grattaient la nuque. Maintenant c'est la "tête croisée" qui se promène, triomphant: je vous dis ça, et va être malin. . ."

La tâche du journal
.

Il va de soi que le titre du journal n'était pas tout: l'essentiel était le contenu. Voici ce que nous lisons sous le titre "Unis comme en Espagne" (7 avri11939) : "V oiIà que deux mois se sont écoulés depuis notre passage de lafrontière franco-espagnole. Deux mois derrière les barbelés. On peut dire avec fierté qu'ont échoué toutes les tentatives pour nous isoler et nous éloigner du monde extérieur, de tous les problèmes, de toutes les tâches que nous nous sommes fixées en quittant l'Espagne. Nous n'avons pas perdu de temps. Sous le mot d'ordre "Uniscomme en Espagne" , nous avons utilisé le temps pour mener une action politique et culturelle. Nous nous préparons pour continuer notre lutte avec d'autres armes et d'autres moyens, mais avec le même dé1touement pour notre idéal, pour la liberté des opprimés. Nous étions et nous restons des soldats de la liberté! Avec la parution du Bulletin "Derrière les barbelés" (Hinter Shtachl Drot), nous nous fixons le devoir d'assurer une liaison étroite avec les masses populaires juives, qui ne manquent pas de nous prouver leur attachement. Ce bulletin sera l'expressionjuste de notre unité et confirmera les traditions du journal 'Botvine', l'organe des volontaires juifs en Espagne."

Sevek1

1. Sevck est vraisemblablement F.T.P. Juifs à Paris, assassiné.

Kirszenbaum, plus tard fondateur des 13

Images de la vie dans le camp
Dans un article paru sous le titre "De l'autre côté des barbelés" (imprimé dans les numéros 1 et 2), l'auteur, Isaak SH., raconte comment on les a amenés au camp de Saint-Cyprien, en évitant les villages pour que la population française ne leur manifeste pas sa sympathie, mais ({la solidarité de la libertéfranchit tous les barbelés, barres et barrières". L'auteur raconte une série de faits des soldats français et sénégalais. Voici un extrait de l'article: De notre vie ({A nos difficiles conditions face à l'ennemi, nous opposons nos efforts pour améliorer notre situation. L'hygiène occupe une place d'honneur: on lave le linge, on lutte par tous les moyens contre les insectes... Lorsque les vents se sont un peu calmés, on a commencé des jeux sportifs divers: gymnastique, football, volley-ball. On a organisé des cours: cours de langues, de mathématiques, de mécanique, de chimie, d'économie politique. Ensemble nous discutons les événements du monde extérieur. Ainsi se passe la journée.. le soir, on est invité dans d'autres baraques. Là, sous un pauvre éclairage, on écrit des lettres, on lit, on joue aux échecs. . . Un rôle important dans notre langue joue ({la commune" : elle prouve la conscience et la compréhension des intérêts communs antijascistes. Notre discipline volontairement acceptée nous permet de repqusser ceux qui veulent nous compromettre. Nous pouvons affirmer fièrement que les camarades de notre baraque ne pourront

être brisés ni par une pression physique ni par une pression morale. Nous sommes toujours des antijascistes prêts au combat."
Zevi (baraque 8) Denière les barbelés, numéro 2, Saint-Cyprien

Après deux mois de peines à Saint-Cyprien, les miliciens sont séparés: on les envoie dans les camps de Gurs, d'Argelès ou de Vemeil. Au début avril, la majorité des miliciens juifs se trouve à Gurs. 14

Ils sont pour la plupart Polonais, quelques-uns Roumains. Le responsable politique du groupe polonais était Sevek (Schapsé Kirszenbaum, ancien militant progressiste du quartier de Belleville. En Espagne, il est devenu un officier supérieur et s'est distingué dans de nombreuses batailles). A Gurs, où fut envoyée la majorité des Juifs et des Polonais, on fit construire des baraques par nationalité, c'est-à-dire suivant la conception française. Ainsi se trouvaient dans le groupe polonais tous les originaires de Pologne: des Polonais, des Juifs, des Ukrainiens et des Biélorusses. Sevek Kirszenbaum est devenu le responsable du groupe polonais, c'est-à-dire en fait des Juifs. Son travail était facilité par les contacts directs qu'il pouvait entretenir avec les organisations progressistes dont il était issu, ainsi qu'avec la Presse Nouvelle. Le numéro 3 nous offre les premiers reportages sur le passage dans un nouveau camp. Sous le titre commun "D'un camp à l'autre", deux articles relatent les sentiments des internés: nous en donnons ici quelques extraits.
D'un camp à l'autre "C'est l'après-midi, nous sommes déjà debout entre nos valises et nos baluchons, prêts à partir. La journée est chaude. Comme pour prendre congé de nous, les vents cessent de souffler. Nous sommes tous envahis d'une joie: on dirait que voilà, nous sommes libérés... Nous marchons en rang vers la porte ouverte. Une solide garde de police nous attend, perquisitionne: ils cherchent chez nous des armes et de l'or. . . mais ne trouvent que des chiffons. Un incident vaut la peine d'être rapporté: un officier supérieur demande au camarade G. s'il a de l'or ou des armes. -Non. . - Vous dites la vérité?

- Un Internationaliste

ne ment pas, répond fièrement le

camarade G. L'officier sourit, salue le camarade et part sans fouiller sa valise. . . Voilà, nous sommes sur des camions en route vers la gare. Au bout de quelques kilomètres, nous avons aperçu des arbres verts..., les champs sont verts..., des jardins et des fleurs... Nos yeux n'ont vu pendant deux mois que deux couleurs: du gris et du bleu. Grise la salle, bleue la mer. Le sable gris est encore sur

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nos visages. Le vert nous impressionne. Le camarade REIN commence à chanter une chanson de printemps, et tous chantent avec lui. Dans la chanson on sent l'espoir. Si on pouvait lire dans les pensées, on aurait peut-être lu chez nous tous le même espoir: peut-être qu'on sera libéré? . . Après notre chant, nous traversons des petites villes où la population nous salue, poing fermé. Puis, après une dure nuit de voyage en train, nous arrivons à Oléron.

En arrivant dans notre nouvelle (résidence', toutes les illusions s'envolent: bien que l'on voie ici aussi des champs verts, des arbres et des collines, ici aussi les baraques sont en bois. Et notre meilleur ami, ulefil defer barbelé piquant."

La vie dans le camp de Gurs
La vie sociale dans le camp de Gurs est très active: réuruons, conférences, élections de dirigeants. En voici un compte rendu, sous le titre:
Les miliciens juifs organisent une réunion ((Lajournée est magnifique. La pluie a manqué aujourd'hui au rendez-vous. Les gars font des mots d'esprit. Le 27 juin à 7 heures du soir. Le soleil a envoyé ses derniers rayons. Sur un espace entre deux baraques, protégées de chaque côté par des couvertures, les volontaires juifs de tous les pays se sont rassemblés. Les gars se sentent pleins d'entrain: ils ne manquent pas d'humour, on ne dirait pas qu'on se trouve dans un camp de concentration, malgré le dîner que l'on vient de manger, des lentilles sablonneuses, et bien que les fils barbelés piquants nous entourent, avec les gardiens. Le camarade S-K ouvre la réunion. Dans un style condensé, il fait le bilan, après cinq mois de camp de concentration, de l'action menée par les forces sociales juives pour notre libération, et propose d'adresser un appel auxforees sociales juives, d'envoyer une série de lettres à des personnalités, par exemple au célèbre écrivain et dirigeant populaire M. Olgin, au grand poète H. Leivik et à bien d'autres aux U.S.A. Trois cents volontaires juifs écoutent attentivement et avec intérêt l'appel et les lettres. Après une discussion animée, conduite

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de manière toute militaire, l'appel et les lettres sont confirmés par tous, avec une série de corrections et de propositions pratiques. Les militants réagissent aussi contre les calomnies que leur adresse un petit groupe de renégats, qui ont malheureusement trouvé une place pour leurs ignominies dans le "Forward" de New York, et dans 'Notre Voix' de Paris. Enfin, on a voté le texte d'un télégramme-résolution pour les réfugiés juifs du navire 'Saint-Louis', et cette réunion exemplaire se termine avec l'hymne de Botvine, dans un esprit détendu."

La réunion a eu lieu le 27 juin; le compte rendu se trouve dans le numéro 6 du 14 juillet. Le problème de la juste distribution des colis reçus d'organisations sociales ou d'initiatives privées, était un aspect primordial de la vie. Beaucoup d'internés n'ont aucun parent en France; les "Communes" dans diverses baraques ont joué un rôle important. Voici ce qu'écrit à ce sujet Sevek Kirszenbaum.
Nos communes "L'un des aspects les plus importants de notre vie, entre différentes populations, est sans aucun doute les communes. Elles jouent un rôle important, comme dans la vie militaire, maintenant l'unité et les responsabilités au plan individuel comme au plan collectif. Nous ne sommes plus des soldats, pour "exercer aveuglément les ordres d'en haut". C'est pourquoi seules peuvent nous guider notre conscience et notre confiance envers nos dirigeants militaires et.politiques ,. notre lutte en Espagne a prouvé que nous pouvions servir d'exemple de discipline et d'unité, par notre capacité à accepter la discipline, notre volonté à combattre lefasdsme. Les communes viennent à notre aide, actuellement, dans de difficiles conditions, et la discipline et l'unité ne sont pas moins nécessaires qu'en Espagne. Malgré leur brève existence, les communes ont prouvé qu'elles étaient un facteur important de la vie commune des camarades. Ilfaut reconnaître qu'avec l'organisation des communes de groupe, les comportements entre camarades se sont beaucoup améliorés, les petits incidents se sont raréfiés. Elles ont beaucoup contribué à calmer ceux qui avaient intérêt à les provoquer. Les communes des baraques dernièrement créées ont permis le développement d'initiatives et sont devenues de petits centres de

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partage égal et juste des colis et de l'argent reçus, organisant et contrôlant les activités sportives et culturelles. A la conférence des délégués du groupe polonais qui a eu lieu le 11 de ce mois ont été soulignés les résultats que nous avons obtenus dans tous les domaines de notre vie au camp. Quarantequatre élus par tous les groupes ont discuté des expériences déjà effectuées et ont constaté qu'il existe déjà une base pour une vaste commune générale. La conférence a également porté 'un coup mortel' au petit groupe des mécontents qui écrivaient à leurs parents (mais dans le camp ils ne disent rien, par lâcheté) au sujet du soi-disant 'monque de ponctualité" dans la distribution des secours reçus .. leur but est de briser notre unité et de semer la méfiance vis-à-vis de nous. Ils aident nos amis de l'extérieur à détruire la solidarité des masses populaires envers nous. La résolution de la conférence fut acceptée par toutes les
baraques."

L'image complète des communes, et en particulier du rôle et des tâches des responsables élus, nous la trouvons dans un article du numéro 5 sous le titre "Les communes et leurs dirigeants". Sur l'état de santé dans le camp sont parus deux articles, de deux médecins, dans le numéro 5 et le numéro 7. Dans le premier article, le Docteur S. indique que le nombre des malades est toujours de dix pour cent des internés. C'est beaucoup trop, quand on sait que ces hommes sont jeunes. Il y a parmi eux quelques centaines de blessés, dont cinquante-six dans un état grave. Une partie de ces malades nécessite des interventions urgentes, mais les organes du pouvoir ne tiennent pas à le faire. Ils manquent cruellement de vitamines; certains sont atteints de tuberculose. La maladie la plus répandue est le rhumatisme: presque tous
.

souffrent de douleurs rhumatismales, ce qui n'est pas étonnant quand on sait que dans les baraques ouvertes le vent souffle de tous côtés, et la pluie est fréquente en cette région. Après avoir décrit d'autres maladies, le Docteur S. indique: "Malgré notre effort constant et soutenu, nous n'avons pas réussi jusqu'à présent à supprimer la gale. Nous avons toujours cinquante malades atteints de maladies de la peau, en raison de la promiscuité dans laquelle nous vivons, comme des harengs dans

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un tonneau. De plus il n'y a pas toujours suffisamment qui empêche de supprimer radicalement la maladie."

d'eau, ce

Après s'être arrêté sur une série d'autres maladies comme la fièvre, les maladies nerveuses, le Docteur S. conclut: "La situation est mauvaise. Quelle issue y a-t-il? Rien qu'une seule: sortir d'ici 1" Le deuxième article, signé du Docteur L., se termine aussi par les mêmes paroles: la seule et unique solution est de sortir d'ici.

"La Presse Nouvelle" internés en France

de Paris, solidaire

des

L'internement en France de plus de 400 000 réfugiés d'Espagne a provoqué un grand mouvement qui non seulement exprime l'amour des masses populaires en France envers nous, miliciens, mais également aide à organiser et à renforcer une action puissante pour notre libération. Si nous citons ici les échos de "La Presse Nouvelle", c'est en raison de l'impossibilité d'apporter dans cet article les très nombreux matériaux qui existent; c'est également parce que nous sommes tellement habitués à ce que "La Presse Nouvelle" nous défende, que chez nous, c'est devenue une chose normale, dont on ne parle pas, car tout ce que nous pourrions dire serait insuffisant et faible; c'est grâce à "La Pr~sse Nouvelle" que nous pouvons aujourd'hui profiter d'un si large discours de la part des masses populaires juives en France, en Belgique, en Hollande et au Danemark. Nous pouvons dire que toutes les couches de la population, en France, ont pris notre sort en mains. "Le petit commerçant juif' de Paris a publié dans son numéro de juin-juillet un appel dans lequel il s'adresse à tous les petits commerçants et marchands juifs, pour aider les volontaires internés juifs. Un appel identique a été publié dans "L'ouvrier maroquinier juif', un bulletin de la commission de propagande du syndicat de la maroquinerie à Paris. On utilise tous les moyens de propagande pour populariser et soutenir l'action de notre libération. Dans des dizaines de notes, la solidarité des masses populaires juives pour notre libération est popularisée. Citons seulement quelques "titres" : 19

"L'action en Argentine pour notre libération" "Une lettre de miliciens juifs de Belgique" "Nous recevons des centaines de lettres" "Un comité d'aide à Johannesburg" "Un camarade du comité de secours en Hollande écrit" "Les masses juives sont avec nous" "Des femmes juives de Paris nous écrivent" "De l'Amérique aussi nous recevons de nombreuses lettres" "Le journal "FOLKS ZEINTUNG" (Journal du peuple) de Varsovie écrit", mentionnant les expressions de solidarité dans les mouvements juifs du monde (ainsi que des organisations progressistes non juives). La publication constate "Mais le fort intérêt pour nous vient des masses juives de France et de Belgique." De toutes les expressions de solidarité publiées dans le Bulletin, nous voudrions en reproduire deux, seulement. La première est le début d'une résolution des combattants volontaires d'Espagne à Paris: "Chers camarades de combat du camp de concentration de Gurs, la réunion générale des combattants juifs d'Espagne qui a eu lieu le lundi 10 juillet envoie ses salutations distinguées enflammées. Chers camarades, c'est avec la plus grande admiration que nous recevons les exemples sans nombre de lutte inébranlable et de .votre vigilance anti-fascise, qui stimulent les ouvriers juifs et les. masses populaires dans la lutte contre le fascisme et l'antisémitisme. "

La deuxième est une lettre en provenance d'Amérique de l'écrivain progressiste et combattante Gina Medem, qui a vécu plusieurs années avec les volontaires d'Espagne. Voici son texte: "Notre chère camarade Gina Medem. Dans votre difficile situation, je voudrais seulement vous dire que nous travaillons à améliorer rapidement votre sort; sachez que vous n'êtes pas seuls, que nous écrivons quotidiennement au sujet de votre vje de camps. Nous avons commencé une action dans les pays d'Amérique du Sud pour placer cent ouvriers miliciens au Chili et 20

à Cuba. Sachez

que la meilleure

partie de la société américaine

est

avec vous. J'ai envoyé à Paris 100 dollars Aujourd'hui j'expédie encore 100 dollars."

pour

vous.

(Denière les barbelés, n° 5)

La solidarité

des masses juives

Les internés, soldats endurcis de l'année de la liberté, ont connu la force de la solidarité. La pensée profonde qui les a dominés était d'être unis comme en Espagne, et que la solidarité soit non seulement égale et juste, mais aussi contrôlée démocratiquement. Sous le titre "Solidarité" nous trouvons dans quelques numéros des comptes rendus précis au sujet des colis et de l'argent qui sont anivés et ont été distribués. Ainsi lisons-nous dans la rubrique "entrée de l'argent" : . De la camarade Hania2.. . . Du Comité juir : 500 francs.

. Du camarade

.

Lederman4... Du Comité juif de Belgique:

620 francs.

A la rubrique des produits reçus: tabac, cigarettes, sucre, thé, riz, graisse d'oie, café, saucisson, pâte de dentifrice, chocolat, citrons, papier à lettres, cahiers, plumes, savon, bougies... A la rubrique dépenses, occupent la première place : ~les timbres poste, qui ont permis aux internés d'expédier des lettres à leurs parents, puis aux "soutiens individuels". . l'hecto graphe et du papier pour publier le journal, des cahiers, des blocs et enveloppes, des ballons pour jouer.

2, Hania Schwartz était secrétaire du Comité d'Aide Juif en faveur des combattants. Son mari Schwartz fut gravement blessé en Espagne et envoyé en Union Soviétique où il est décédé après quelques années. Son deuxième mari, un ancien volontaire d'Espagne, fut fusillé par les Allemands en 1942 Hania, malade et épuisée par des années de souffrance, est décédée d'une crise cardiaque (D.D,). 3. Comité d'Aide de Paris. 4. Jacques Lederman, Secrétaire de la Commission intersyndicale, a réussi à pénétrer dans le camp de Gurs pour apporter des secours, encourager les internés et connaître leur situation. 21

Il est intéressant de noter que panni ces dépenses on trouve "Soirée Sholem Aleichem", 191 francs et 85 centimes. Pour revenir à la signification qu'ont donnée les internés à la solidarité, il faut souligner que dans le Bulletin se trouve un dessin représentant un camion devant le portail du camp, avec des gardiens des deux côtés, qui porte l'inscription en yiddish "SOLIDARITÉ", où l'on voit les internés qui courent saluer le camion.

La vie culturelle

juive

En Espagne les volontaires juifs, entre deux combats, se livraient à des activités culturelles. Dans les camps, cette activité occupait une place importante. Bien que nous n'en connaissions que les témoignages des internés survivants, il nous semble très intéressant de faire connaissance avec ces activités, d'après les articles et comptes rendus publiés dans le Bulletin. On y trouve une série d'infonnations sur la bibliothèque qui avait été organisée: il est demandé aux camarades parisiens d'envoyer des livres. Le cercle dramatique appelle tous les camarades qui veulent participer à prendre contact avec F. Reichman, de la baraque 7. La chorale se prépare pour se présenter à la Fête de Thaelmann ; les répétitions ont lieu dans la baraque de la Croix Rouge. Nous trouvons dans le Bulletin un article pour le 80ème anniversaire de naissance de Sholem Aleichem (signé John, probablement Jonah Geduldig, de mon "pays", que je connaissais bien, plus tard combattant du 2ème Détachement TFP Juif, fusillé par les nazis le 21 février 1944 avec le groupe Manouchian). Sous le titre "Nous nous amusons" est décrite une série de spectacles dans le camp. D'une autre note nous apprenons que "Dès les premiers jours de notre internement, on a créé un grand réseau de cours de langues: polonais, yiddish, russe,jrançais, anglais, ainsi que cours de mathématiques et autres. Le camp s'est transformé en une sorte d'université populaire où tout le monde apprend." On a également organisé des expositions de dessins, peintures et sculptures.

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L'esprit d'internationalisme peuples

et d'amitié entre les

Les combattants juifs en Espagne se sont sentis égaux, dans l'arène internationale, dans l'affrontement entre la démocratie et le fascisme. Non seulement le gouvernement espagnol et les masses populaires d'Espagne ont tenu leur courage en haute estime, mais également tous les autres combattants internationaux. L'Espagne était une brillante école de l'internationalisme et de la fraternité entre les peuples. Allemands et Juifs ont combattu dans la première Centaine international; des Polonais et des Juifs venus d'un pays où l'antisémitisme était enraciné depuis des générations,se sont battus fraternellement contre l'ennemi commun. Il en était de même pour les Américains juifs et nègres, issus d'un pays où le racisme est encore si fort. De même, Juifs et Arabes de Palestine, où la puissance coloniale anglaise excitait les deux peuples l'un contre l'autre. Tous se sont unis comme des frères. Après la dissolution des Brigades Internationales, beaucoup de volontaires étrangers ont eu la possibilité de retourner dans leur pays, dans la mesure où il n'était pas sous le joug fasciste. C'était le cas des Français, Américains, Hollandais. Il en allait différemment pour ceux qui étaient menacés d'arrestation et d'internement en camp de concentration dans leur patrie. Ils étaient obligés de choisir les camps dans la France "démocratique". Ils s'y retrouvaient, Juifs, Polonais, Ukrainiens des pays de l'ouest, Biélorussiens de l'ouest, Roumains, Allemands, Autrichiens et autres. Si, comme nous l'avons dit plus haut, le responsable de tous les originaires de Pologne était Sevek Kirszenbaum, le responsable du groupe roumain était Éli Rappoport. Dans "Derrière les barbelés", nous lisons l'amitié qui liait ces combattants de diverses nationalités, internés dans les camps français. On trouve ainsi la description de soirées chez les Roumains, les Portugais ou d'autres. Le 53ème anniversaire d'Ernst Thaelmann fut fêté par toutes les nationalités. Le journal polonais écrivit un rappolt sur la soirée consacrée à Scholem Aleichem. Les combattants internationaux d'Espagne qui ont réussi à s'arracher du camp, et ceux qui avaient réussi à ne pas être internés, se sont à nouveau lancés dans le combat, avec la déclaration de la Seconde Guerre mondiale. Parmi ces courageux combattants se trouvaient beaucoup de Juifs. Panni eux, le fondateur des francs Tireurs Partisans (FTP) 23

Juifs. En Union soviétique, les Juifs rapatriés du camp de Djelfa se sont de nouveau engagés dans le combat. Des combattants juifs d'Espagne, de Pologne figurent parmi les fondateurs de l'Armée Populaire Polonaise, participant à la libération de leur pays aux côtés de l'Armée soviétique. Le nombre des anciens combattants d'Espagne est très réduit, mais ils continuent toujours dans la tradition de leurs camarades, qui ont élevé l'héroïsme au rang suprême. Leur héroïsme est entré dans l'histoire des luttes pour les libertés des peuples.s

5. Au moment où nous traitons ces textes, en 1992, nous n'avons plus de nouvelles de ces héros de l'Espagne républicaine, hélas. A Paris il n'y a que trois ou quatre survivants.
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Sur les traces de la Presse Nouvelle à la fin de 1940 au début 1941

L'un des chapitres les plus glorieux du livre héroïque du Mouvement Progressiste Juif pendant l'occupation nazie est la presse clandestine éditée de 1940 à 1944, c'est-à-dire jusqu'à la Libération. Dans les conditions de l'hitlérisme et de Vichy, ce que signifiait éditer la littérature de la Résistance illégale, en yiddish de surcroît, est bien connu. Chaque numéro est écrit non pas avec de l'encre, mais avec du sang. Combien de courage, d'idéalisme, d'esprit de sacrifice, de foi en la victoire devaient posséder les rédacteurs, techniciens, diffuseurs, et même les lecteurs de ces publications! Longue est la liste des combattants qui furent arrêtés, déportés, fusillés pour la publication et la diffusion de ces tracts et journaux. Pour se faire une idée de cette littérature clandestine éditée par le Mouvement Progressiste Juif au cours de ces années, il suffit de dire qu'en plus de "undzer Wort" (Notre Parole), "La Presse Nouvelle" clandestine qui atteignit le numéro 89, et la publication en français "Notre voix", les imprimeries clandestines, au nombre de vingt et quelque à Paris, Lyon, Nice, Marseille, Grenoble, Toulouse, Limoges, Saint-Étienne et autres villes, éditèrent "Solidarité", "Ouvrier Juif', "Jeune Combat", "La voix de la femme juive", "Droit et Liberté", "En avant", "La voix juive", "Notre politique", "Notre combat", ainsi que des dizaines d'appels, de tracts, de proclamations, de brochures, à de millions 25

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