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La Sorbonne en guerre (1940-1944)

De
278 pages
Les souvenirs de Georges Mathieu sur la Sorbonne en guerre sont un document primaire. Ce témoignage oculaire, écrit avec vivacité, et souvent ironie, complète et peut rectifier le document officiel. L'attitude de Georges Mathieu est celle d'un patriote né au 19e siècle. Sans appartenir à une organisation de résistance active, il manifeste, dès les débuts de l'Occupation, son opposition aux mesures vichystes.
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La Sorbonne en guerre (1940-1944)
suivi de
Journal de la Libération de Versailles
Acteurs de la Science
Collection dirigée par Richard Moreau, professeur honoraire
à l’Université de Paris XII
et Claude Brezinski, professeur émérite à l’Université de Lille


La collection Acteurs de la Science est consacrée à des études sur les
acteurs de l’épopée scientifique moderne ; à des inédits et à des
réimpressions de mémoires scientifiques anciens ; à des textes consacrés
en leur temps à de grands savants par leurs pairs ; à des évaluations sur les
découvertes les plus marquantes et la pratique de la Science.

Dernières parutions

Norbert Gualde, L’épidémie et la démorésilience, 2011.
Jean-Pierre Aymard, Karl Landsteiner. L’homme des groupes sanguins,
2011.
Pierre PAGEOT, La santé des Limousins et des Périgourdins au XIXe
siècle, 2011.
Yves Delange, Conversation au bord de la Sorgue : Jean-Henri Fabre et
Louis Pasteur, 2011.
André Audoyneau, D’un pays à l’autre. Chroniques d’un médecin
colonial, 2011.
Roger Teyssou, L’Aigle et le Caducée. Médecins et chirurgiens de la
Révolution et de l’Empire, 2011.
Henri Delorna, Les Tribulations d'Henri en Pologne occupée (1941-
1945). Témoignage, 2010.
J. Boulaine, R. Moreau, P. Zert, Éléments d'histoire agricole et forestière,
2010.
Jean Céa, Une vie de mathématicien. Mes émerveillements, 2010.
Bernard Faidutti, Copernic, Kepler, Galilée face aux pouvoirs, 2010.
David Hanni, Rencontres avec des guérisseurs. Magnétiseurs,
radiesthésistes et rebouteux en Champagne-Ardenne, 2010.
Richard Moreau, Pasteur et Besançon. Naissance d’un génie, 2009.
Jean Dominique Bourzat, Une dynastie de jardiniers et de botanistes : les
Richard. De Louis XV à Napoléon III, 2009.
Thomas de Vittori, Les notions d’espace en géométrie, 2009.
René Vallery-Radot, La Vie de Pasteur, 2009.
Roger Teyssou, Une histoire de l’ulcère gastro-duodénal, 2009.
Nausica Zaballos, Le système de santé navajo. Savoirs rituels et
scientifiques de 1950 à nos jours, 2009.
Georges Mathieu







La Sorbonne en guerre (1940-1944)
suivi de
Journal de la Libération de Versailles






Préface de Jean-Marie Mathieu



















































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56567-8
EAN : 9782296565678

Préface
A ceux qui sont morts ou ont souffert
pour la France.

Georges Mathieu, dont je suis l’enfant unique, était à sa mort
Professeur d’Eloquence grecque - c’est-à-dire qu’il était
titulaire d’une chaire de grec ancien orientée spécialement vers
la prose, l’éloquence étant opposée à la poésie – à la Faculté des
Lettres de l’Université de Paris. Il est mort brutalement le 20
avril 1948 d’une embolie pulmonaire qui l’a frappé dans le
bâtiment même de la Sorbonne où il venait pour reprendre ses
cours, interrompus une dizaine de jours à la suite d’un accident.
Il avait 58 ans et il enseignait là le grec avec des titres divers
depuis 1933.
J’avais alors presque 16 ans et, en classant ses papiers avec
des élèves et des collègues à lui pour retrouver ce qui concernait
des travaux scientifiques en cours de publication ou des
fonctions administratives et sociales qu’il occupait, nous avons
trouvé aussi dans les tiroirs de son bureau deux cahiers de
souvenirs sur la seconde guerre mondiale ; le premier contenait
d’abord la retranscription d’un journal tenu par lui aux alentours
de la Libération de Versailles pendant l’été 1944 et était suivi
immédiatement dans le même cahier de souvenirs,
essentiellement universitaires, sur la débâcle, l’occupation, la
Libération et l’épuration. Ce second texte, intitulé par Georges
Mathieu dans son manuscrit Souvenirs sur la Sorbonne en
guerre, remplit les deux derniers tiers du premier cahier et
continue, sans conclusion mais en finissant par des épisodes
épars, sur plus de la moitié du second cahier.
L’un des moyens pour moi en 1948 de réagir à mon deuil a
été de me souvenir d’avoir entendu mon père dire à un ami il
n’est pas donné à tout le monde de mourir comme Mathiez en
5 faisant un cours d’Agrégation ; un autre moyen a été pour ma
mère et pour moi la lecture en commun de ces cahiers ; mais
nous n’avons pas pensé alors à la publication. Quand plus tard
j’ai considéré l’intérêt général des textes – surtout du second, le
premier, bien qu’encore plus document primaire, étant d’intérêt
plus local puisqu’il concerne essentiellement Versailles où
habitait Georges Mathieu – la franchise de ton de mon père m’a,
non moins que mes autres travaux (travaux de patristique et de
préparation d’édition patristique), fait reculer devant la
publication. Il me semble qu’actuellement, plus de soixante ans
après la mort de Georges Mathieu et parfois soixante-dix ans
après les faits rapportés, l’éventuelle polémique ne devrait pas
dépasser le niveau de la polémique scientifique normale ; elle
devrait donc concerner plutôt ma réalisation de mon travail
d’éditeur scientifique et de présentateur de texte. Si une
polémique devait porter sur le contenu du texte et les opinions
exprimées, ma signature (parfois par initiales) précise ce dont je
me déclare expressément responsable.
Un deuil récent m’ayant reporté à ce deuil ancien, j’ai été
encouragé à la publication. Les témoins de l’époque sont vieux
1ou morts et le côté intéressant des cahiers de Georges Mathieu
est qu’ils constituent un document privé contemporain ou
presque des faits rapportés. D’ailleurs l’encre commençant à
s’effacer, la publication ici de ce second texte sous le titre de La
Sorbonne en guerre (1940-1944). Souvenirs de Georges
Mathieu, Professeur à la Faculté des Lettres de Paris paraît
nécessaire, cependant que le premier (sous le titre Journal de la
Libération de Versailles) le suit, surtout pour montrer l’origine
du texte principal et pour montrer aussi que le souci d’user de
critique – correcte ou non - sur ses premières impressions,
2travail auquel savait procéder Georges Mathieu. Le texte est
accompagné d’un avant-propos nécessaire à notre époque, de
notes s’ajoutant à celles de Georges Mathieu et bien distinguées
de siennes, de certaines illustrations, d’appendices et d’un index
des noms propres. A la fin de cette publication, on peut voir

1 Mot d’historien, selon l’expression de Paul Veyne dans son Comment on écrit l’histoire
de 1971
2 Texte dont les conventions orthographiques sont parfois modernisées.
6 dans les remerciements quelle est la façon dont chacun a pu y
contribuer.
Espérons que cette publication pourra aider l’historien
(l’historien au sens moderne du mot, celui qui veut reconstituer
ou faire ressusciter ce qui s’est passé avant sa naissance, opposé
alors au mémorialiste ou au journaliste) à mieux interpréter dans
3sa critique le document officiel .



Jean-Marie Mathieu
(2009-2011)


3 Dans le petit livret publié en 1945 à l’occasion de la fête des quatre-vingts ans
d’Edouard Driault, fête à laquelle Georges Mathieu fait allusion plus loin, on trouve sous
la plume du commandant breveté d’état-major Dufestre (Henri d’Estre) une charge à
fond contre une confiance trop aveugle accordée au document officiel, méfiance
partagée par tous ceux, je crois, qui en ont fabriqué, ne serait-ce que moi pour ma part
modeste pendant la guerre d’Algérie.
7


PREMIERE PAGE DU MANUSCRIT DE LA SORBONNE EN GUERRE.
(Archive Georges Mathieu)
8 Première Partie
Avant Propos
par Jean-Marie Mathieu




èmeAu cours d’un XXI siècle, déjà bien entamé, le lecteur a
besoin d’un rappel de l’histoire générale, et des institutions et de
èmela vie en France dans cette fin de la première moitié du XX
siècle que concernent les textes de Georges Mathieu, ceci après
une présentation rapide de la carrière et des publications
scientifiques de l’auteur, présentation qui forme le chapitre 1 de
cet avant propos.

Les chapitres 2, 3 et 4 sont plus extérieurs à l’œuvre éditée
ici ou à son auteur, mais faits pour être parcourus rapidement
avant lecture de l’œuvre ou consultés en cours de lecture en cas
de besoin.
Le chapitre 2 rappelle la situation mondiale aux origines de
la seconde guerre et dans ses premiers mois, événements encore
très présents à la mémoire lors de la rédaction par Georges
Mathieu de ses souvenirs, mais maintenant bien oubliés ou bien
confus pour la plupart. Espérons que ces quelques pages,
obligatoirement très schématiques, ne sont pas trop partiales et
déformantes.
Le chapitre 3 se présente sous forme de chronologie des
événements de la guerre : les dates permettront, on l’espère, au
lecteur de La Sorbonne en guerre comme du Journal de la
Libération de Versailles de se reporter facilement en cas de
besoin à cette chronologie d’ensemble un peu commentée. C’est
en effet comme aide au lecteur qu’elle a été conçue. Cette
orientation a conduit à multiplier parfois les datations et les
9 développements. Mais il ne s’agit pas d’une chronologie
historique à visée générale.
Le chapitre 4 sur l’enseignement est rédigé dans la même
perspective. Bien des choses ont changé dans ce domaine. Qui
sait ce qu’était une Faculté, un Assesseur de Doyen ? Qui se
souvient de la distinction entre le Cadre de Paris et le Cadre de
province ? La complexité de ce que l’on nomme maintenant –
presque par antiphrase – le système éducatif français a contraint
à sortir de la stricte perspective de l’enseignement supérieur et à
ne pas donner non plus un tableau d’un système qui aurait été
celui de la fin des années 30 du dernier siècle mais à remonter
parfois loin. Espérons que les titres des paragraphes permettront
au lecteur des souvenirs de Georges Mathieu de s’y retrouver
s’il veut trouver là des éclaircissements précis. Quant à celui qui
s’intéresse à l’histoire de l’enseignement, on ne peut que le
renvoyer à des travaux de mon camarade Antoine Prost ou des
historiens qui ont suivi après lui cet axe de recherche.

101
Georges Mathieu
123 février1890 – 20 avril 1948
Carrière

1909 -1912 : Ecole normale supérieure.
1912 : Agrégé des Lettres.
Réformé (réforme maintenue pendant la guerre).
1912 – 1919 : Professeur aux Lycées de Saint-Omer, Belfort,
Grenoble, Aix-en-Provence.
1919 – 1926 : Professeur au Lycée de Nancy.
1925 : Docteur ès Lettres.
1926 – 1933 : Faculté des Lettres de Nancy (1933 Titulaire à
titre personnel).
1933 – 1948 : Faculté des Lettres de Paris (à sa mort titulaire
de la chaire d’Eloquence grecque et directeur des études de
grec).

Livres et autres publications
(1) Etudes
Aristote, Constitution d’Athènes. Etude sur la méthode suivie
par Aristote dans la discussion des textes. Paris, Champion
(Bibliothèque de l’Ecole pratique des Hautes Etudes, sciences
historiques et philologiques, fasc. 216), 1915.
Les Idées politiques d’Isocrate, Paris, Les Belles Lettres,
1925 (thèse). Deuxième tirage 1966.
Démosthène, l’homme et l’œuvre, Paris, Boivin (Le livre de
l’étudiant 24) 1948.

1 Pour une présentation plus détaillée de la vie et de la famille de Georges Mathieu, voir
appendice IV.
11
(2) Editions et traductions
Aristote, Constitution d’Athènes (en collaboration avec B.
Haussoulier), Paris, Les Belles Lettres (CUF = Collection des
Universités de France publiée sous le patronage de l’Association
Guillaume Budé) 1922.
Isocrate, Philippe et Lettres à Philippe, Alexandre et
Antipatros Paris, De Boccard, 1925 (thèse complémentaire).
Isocrate, Discours, t. I (en collaboration avec E. Brémond)
Paris, Les Belles Lettres (CUF) 1929.
Flavius Josèphe, Antiquités judaïques XVI – XX (en
collaboration avec L. Herrmann), Paris, E. Leroux (en Œuvres
complètes de F. J., traduites sous la direction de Th. Reinach),
1929.
Isocrate, Discours, t. II (en collaboration avec E. Brémond),
Paris, Les Belles Lettres (CUF) 1938.
Isocrate, Discours, t. III, Paris, Les Belles Lettres (CUF),
1942.
Démosthène, Plaidoyers politiques, t. III, Paris, Les Belles
Lettres (CUF) 1945. Plaidoyers politiques, t. IV,
Lettres (CUF), 1947.
Isocrate, Discours, t. IV (en collaboration avec E. Brémond),
Paris, Les Belles Lettres (CUF) 1962.

(3)Articles
Publiés surtout dans la Revue de Philologie, la Revue des
Etudes Grecques et la Revue des Etudes Anciennes et portant
principalement sur la littérature politique et l’histoire politique
d’Athènes.

122
La situation générale dans le proche
avant-guerre et au début de la seconde
guerre mondiale
L’héritage de la Première Guerre Mondiale
A la fin de la Première Guerre Mondiale (début en 1914 ;
armistices en 1918, principaux traités en 1919), au prix pour les
Français d’ 1 400 000 morts, la victoire de la France et de ses
alliés (les plus puissants furent la Grande-Bretagne, puis l’Italie
et les Etats-Unis – mais non finalement la Russie qui, battue,
signa une paix séparée et ne figura pas parmi les vainqueurs)
rendit à la France l’Alsace-Lorraine et lui conserva son empire
colonial augmenté de territoires administrés avec mandat de la
Société des Nations (l’ancêtre, alors créé, de l’ONU) de les
mener, dans un délai indéterminé, à l’indépendance. Le
règlement territorial reposa, dans les traités, sur des compromis
entre le principe des nationalités (éclatement de l’Autriche-
Hongrie) et les préoccupations réalistes (qui créèrent des
minorités nationales dans les nouveaux états) ; dans les quelques
années qui suivirent, des conflits armés modifièrent les choses
ou réglèrent des problèmes en suspens (guerre russo-polonaise).
Depuis le règlement, assez lent, de la Première Guerre
Mondiale, la politique étrangère et militaire de la République
Française était dominée par l’exigence de réparations à verser
par l’Allemagne, qui avait dû se reconnaître dans le traité de
Versailles responsable de la guerre, et la crainte du relèvement
de l’Allemagne. En ce qui concerne les réparations, une fois leur
montant fixé, leur paiement sera pratiquement annulé quelques
années après le début de la crise de 1929. Militairement et
diplomatiquement, la République Française développa à la fois
13une stratégie militaire défensive de construction de fortifications
à la frontière de l’est (ligne Maginot, du nom du ministre qui en
fit décider la construction) et une stratégie diplomatique de
multiplication des alliances à l’est de l’Allemagne.

Les institutions chargées de la politique étrangère en
France et en Allemagne
En France, les trois lois connues sous le nom de constitution
de 1875 donnaient l’ensemble du pouvoir exécutif au Président
de la République, élu pour sept ans par les deux Chambres
réunies ; le président de la République étant irresponsable mais
nommant les ministres responsables devant les Chambres,
l’usage avait voulu que l’un des ministres - auquel on donnait le
nom de Président du Conseil, fonction non prévue par la loi -
puisse réunir fréquemment les ministres en l’absence du
président de la République et les diriger ; l’importance effective
du rôle reconnu au président de la République en matière de
politique étrangère dépendait de son caractère et de son autorité :
à l’époque de la fin de la Troisième République, ce furent plutôt
les principaux ministres qui définirent la politique étrangère de
la République Française. En Allemagne, la constitution de la
république qui succéda en 1919 à l’Empire Allemand
(république dite République de Weimar) donne le pouvoir
exécutif au Président, élu pour sept ans au suffrage universel ;
le président choisit les ministres et le Chancelier ; le chancelier
est chargé de diriger le gouvernement ; le Reichstag, élu au
suffrage universel pour une durée moindre, dispose du pouvoir
législatif : bien qu’il fût élu au suffrage universel direct, le rôle
effectif du président en matière de politique étrangère dans les
années qui précédent la Seconde Guerre Mondiale ne fut
pourtant, semble-t-il, pas plus important qu’en France.

Vers la Seconde Guerre Mondiale
La marche vers la liquidation des traités ayant réglé la
Première Guerre Mondiale, puis la marche vers la Seconde
Guerre Mondiale sont marquées par la prise du pouvoir en
Allemagne du parti socialiste national des travailleurs
14allemands (NSDAP ou, par contraction des deux premiers mots,
Nazi). Après des législatives où le NSDAP est le parti qui
obtient le plus de sièges et le plus de voix, le vieux président,
réélu l’année précédente (le maréchal Hindenburg, héros de la
Première Guerre Mondiale, plus de 85 ans à l’époque), se résout
finalement le 30 janvier 1933 à nommer chancelier d’un cabinet
de coalition le leader (ou guide, en allemand Führer) du
NSDAP, Adolf Hitler. Hitler assume rapidement tous pouvoirs
et, à la mort d’Hindenburg, un référendum lui assure les pleins
pouvoirs en unissant en lui les fonctions de président et de
chancelier (38 millions de voix pour, 4 millions contre, 2
millions d’abstentions). Cependant qu’il applique à l’intérieur
son programme autoritaire, raciste et antisémite, Hitler remporte
une série de succès mettant fin à des limitations imposées à
l’Allemagne par les traités concluant la Première Guerre
Mondiale : référendum sarrois de janvier 1935 qui redonne la
Sarre à l’Allemagne, remilitarisation de la Rhénanie (la rive
gauche du Rhin) qui devait, selon le traité de Versailles rester
démilitarisée (mars 1936), union avec le second état germanique
(l’Autriche) interdite par les traités (Anschluss : mars 1938),
soutien aux populations germaniques majoritaires dans les
régions frontalières de la Tchécoslovaquie et qui réclament, au
nom du principe des nationalités, de n’être plus soumises aux
Tchèques : après que le jeu des alliances et des garanties
(garantie de la France et de la Russie à la Tchécoslovaquie) ait
failli entraîner la guerre, la conférence de Munich, réunissant les
principales puissances européennes à l’exclusion de la Russie
(Monsieur le Chancelier Adolf Hitler, le Premier ministre du roi
d’Italie, c’est-à-dire le chef [Duce] du parti des faisceaux
d’anciens combattants [=parti fasciste] Il cavaliere Benito
Mussolini , le Premier ministre britannique Neville
Chamberlain, le président du conseil français Edouard Daladier)
décide d’appliquer le principe des nationalités en échange de la
déclaration selon laquelle l’Allemagne n’avait plus de
revendications territoriales (30 septembre 1938 – la Pologne et
la Hongrie profitent de l’occasion pour récupérer leurs propres
minorités sur la Tchécoslovaquie). En Angleterre, un seul
opposant de marque (Winston Churchill). En France, l’opinion
publique est soulagée d’avoir évité la guerre, mais certains
15députés qui approuvent les accords déclarent cependant que
c’est la dernière fois que l’on doit céder. Ce ne sera pourtant pas
la dernière fois : lors de la crise du printemps 1939 déclenchée
par la séparation de la Slovaquie d’avec la partie Tchèque
restante, celle-ci devenant le protectorat allemand de Bohème-
Moravie, la mobilisation française ne sera pas la guerre. Mais à
la fin de l’été la revendication, par les Allemands habitant la
ville libre de Dantzig (= l’actuelle ville de Gdansk), de l’union
de leur ville avec l’Allemagne, revendication assortie d’une
demande allemande de continuité territoriale avec la Prusse-
Orientale (maintenant elle aussi polonaise), conduira à
l’invasion de la Pologne par l’Allemagne et à la déclaration de
guerre de la France et de l’Angleterre à l’Allemagne le 3
septembre 1939.

La drôle de guerre
La période de la fin de 1939 et des trois ou quatre premiers
mois de 1940 est pour la France celle de la drôle de guerre,
c’est-à-dire d’une guerre sans combats autres que quelques
activités de patrouille. La guerre éclair allemande contre la
Pologne a vu la victoire allemande avant la fin du mois de
septembre, sans offensive occidentale contre l’Allemagne, non
prévue dans la doctrine d’emploi des forces militaires.
Officiellement, et du point de vue des affiches de propagande,
on compte sur la supériorité économique sur l’Allemagne de ce
qu’on appelle les Empires français et britannique, selon l’affiche
du début de 1940 Nous vaincrons parce que nous sommes les
plus forts - prophétie vraie, mais qui a besoin de temps pour se
réaliser. Tout au plus a-t-on envisagé un moment d’intervenir
contre la Russie (URSS = Union des Républiques Socialistes
Soviétiques) lors de la guerre finno-soviétique (décembre 1939 à
avril 1940, avec victoire finale aux points de la Russie). La
Russie est en effet considérée, depuis le traité de non-agression
germano-soviétique du 23 août 1939 et ses clauses secrètes
concernant les zones d’influence (clauses secrètes , mais dont on
voit la réalisation pratique) comme une alliée prudente et
hypocrite de l’Allemagne. Car la Russie a poursuivi au mois
d’août 1939 des négociations parallèles, d’une part militaires
16avec une mission militaire anglo-française, pour faire intervenir
l’armée russe contre l’Allemagne, ce qui supposait la présence
de l’armée russe en Pologne, et d’autre part des négociations
politiques avec l’Allemagne, garantissant la non-intervention
russe en échange d’une zone d’influence. L’Allemagne ayant
gagné à ce jeu, les gouvernements et la presse des Occidentaux
ont crié à la fourberie. Toujours est-il qu’au milieu de septembre
les troupes russes ont pénétré en Pologne pour récupérer les
terres cédées à la Pologne après la guerre russo-polonaise qui a
suivi la guerre de 1914-1918 ; les pays baltes deviendront
ensuite courant 1940 des républiques soviétiques et les résultats
de la guerre finno-soviétique (hiver 39/40) accorderont à la
Russie quelques territoires et surtout des bases.
En avril 1940, les problèmes de guerre économique et de
minerais de fer suédois (la Suède est neutre, d’une neutralité
économiquement favorable à l’Allemagne) entraînent une
rivalité des Alliés et de l’Allemagne dans les pays nordiques
voisins (Danemark, Norvège) : l’Allemagne, frappant la
première, gagne encore. Mais on attend le coup décisif contre la
France. Cependant l’Espagne, où Franco a gagné depuis
quelques mois la guerre civile, où chacun soutenait – sans
s’engager officiellement - ceux qui bénéficiaient de ses
sympathies (pour la France et l’Angleterre, les Républicains ;
pour l’Allemagne et l’Italie, les putchistes de Franco) pourrait
bien s’occuper à panser ses plaies ; enfin l’Italie, bien qu’amie
de l’Allemagne est encore neutre.
Telle est la situation générale en Europe au moment où
commence le récit de Georges Mathieu. Je présente ensuite une
chronologie jusqu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
17









LES FRONTIERES DE L’ETE 1939
(Maps courtesy of the Department of History, United States Military Academy.)

183
Chronologie
La situation en France et dans le monde de mai 1940 à la
fin de la Seconde Guerre Mondiale
10 mai 1940 : Attaque allemande à l’ouest contre la
Hollande, la Belgique et le Luxembourg. Les troupes françaises
et anglaises se portent le plus au Nord possible pour assurer là
une défensive.
13 mai 1940 : Franchissement de la Meuse de part et d’autre
de Sedan par les blindés allemands qui atteignent la Mer du
Nord à l’embouchure de la Somme le 21 mai.
18 mai 1940 : Le président du conseil français prend comme
vice-président du conseil le maréchal Pétain (84 ans environ,
héros de la Première Guerre Mondiale).
28 mai 1940 : Capitulation de l’armée belge commandée par
le Roi des Belges cependant que le gouvernement belge part en
exil en Angleterre.
29 mai - 4 juin 1940 : Evacuation vers l’Angleterre des
troupes françaises et anglaises rassemblées et encerclées autour
de Dunkerque, au prix de la perte d’un matériel important.
6 juin 1940 : Le général de brigade De Gaulle devient sous-
secrétaire d’Etat à la Guerre.
10 juin 1940 : Entrée en guerre de l’Italie contre la France et
l’Angleterre. Dans la nuit, départ du gouvernement français vers
la Loire.
15 juin 1940 : Arrivée du président de la République et des
ministres à Bordeaux.
17 juin 1940 : Nouveau gouvernement où le président du
1conseil est le Maréchal Pétain. L’Amiral de la Flotte . Darlan,

1 C’est un de ces grades, ou rangs et appellations, (quelle que soit la titulature officielle
employée) créés peu avant la Seconde Guerre Mondiale pour établir parmi les (ou au
19tout en conservant son poste de commandant en chef maritime,
devient ministre de la Marine. Allocution radiodiffusée de
Pétain, à midi, qui contient la phrase C’est le cœur serré que je
vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat et annonce
qu’il s’est adressé à l’adversaire pour lui demander s’il est prêt
à rechercher … les moyens de mettre fin aux hostilités.
18 juin 1940 : Appel radiodiffusé du général De Gaulle
depuis Londres où il invite les Français à se mettre en rapport
avec lui pour continuer la lutte. Les jours suivants, des lettres
seront envoyées par lui aux principaux responsables des
colonies, en particulier au général Noguès, commandant en
Afrique du Nord auquel il déclarera que tous ici (sc. à Londres),
vous considèrent comme devant être le grand chef de la
résistance française.
Nuit du 19 au 20 juin 1940 : Le gouvernement français est
avisé que le gouvernement allemand accepte de recevoir des
plénipotentiaires français auxquels il fera connaître ses
conditions.
22 juin 1940 : Signature de l’armistice (entrant officiellement
en vigueur le 25 juin à 0h 35 après signature de l’armistice avec
l’Italie). Voir Appendice I. Le 25 juin, il y aura environ 1 500
000 prisonniers français, dont environ 1 100 000 auront été faits
prisonniers entre le 17 et le 25 juin.
23 juin 1940 : Déclarations du gouvernement anglais ne
reconnaissant pas au gouvernement français de Bordeaux le
caractère de l’indépendance et prenant acte du projet de
formation d’un Comité national français avec qui il traiterait de
la poursuite de la guerre. Ce comité n’ayant pu être aussitôt
formé, De Gaulle est quelques jours après reconnu par
l’Angleterre comme chef des Français Libres. Le 7 août un
accord officiel et public sera passé entre Churchill et De Gaulle.
23 juin 1940 : Entrée de Pierre Laval (comme ministre
d’Etat, puis vice-président du conseil) dans le gouvernement où
le président du conseil est Pétain.

dessus des) officiers généraux du grade auparavant le plus élevé (dans l’armée de terre
général de division ; dans l’armée de mer vice-amiral) une hiérarchie permanente. Dans
l’armée de mer, le rang le plus élevé créé est celui d’Amiral de la Flotte, attribué au seul
Darlan. Marc Bloch a vu dans cette façon de figer les hauts rangs une des causes de
l’étrange défaite de 1940 (pages 155 à 157 de l’édition de 1990).

203 juillet 1940 : Opération Catapult décidée par Winston
Churchill, qui était depuis le printemps Premier ministre anglais,
pour s’assurer que la flotte française ne court pas le risque de
tomber aux mains de l’Allemagne. Si ailleurs (les ports
d’Angleterre, Alexandrie, … ), on arrive au moins à une solution
de désarmement et de contrôle, à Mers-el-Kébir, port militaire
d’Oran, la chose tourne au drame.
10 juillet 1940 : Pétain se fait donner les pleins pouvoirs
constitutionnels par le parlement réuni en Congrès dans la ville
d’eaux de Vichy, en zone non occupée (ou Zone Sud) mais à
peu de distance de la ligne de démarcation. Le lendemain et le
surlendemain, par des actes constitutionnels, il prend la totalité
des pouvoirs législatif et exécutif (remplaçant, avec le titre qu’il
se donne de Chef de l’Etat Français, le président de la
République), supprime le parlement et désigne Pierre Laval
comme son successeur éventuel. Il signera ses lois. Nous,
Maréchal de France, Chef de l’Etat Français.
Eté et automne 1940 : Ralliement à De Gaulle de l’ensemble
des colonies (et du territoire sous mandat français qu’est le
Cameroun) formant l’AEF (Afrique Equatoriale Française ; elle
comprend les régions qui forment actuellement les états
indépendants, que j’énumère ici approximativement du Sud au
Nord : Congo [Brazzaville], Gabon, Cameroun, République
Centrafricaine, Tchad) mais échec devant Dakar et l’AOF
(Afrique Occidentale Française ; elle comprend les régions
formant actuellement les états indépendants, que j’énumère ici
approximativement d’Ouest en Est, Sénégal, Mauritanie,
Guinée, Mali, Côte d’Ivoire, Burkina, Togo, Bénin, Niger). A
partir de l’hiver 1940-41, l’un de ceux qui ont rallié l’AEF à De
Gaulle, Leclerc, mène depuis le Tchad des opérations militaires
contre les troupes italiennes du sud de la Libye (Mourzouk,
etc.), cependant que la lutte se poursuit dans le nord de cette
colonie italienne entre les troupes italiennes et les troupes
anglaises d’Egypte.
24 octobre 1940 : Entrevue de Montoire entre Hitler et
Pétain, suivie, le 30 octobre, d’un discours de Pétain annonçant
qu’il entre dans la voie de la collaboration.
28 octobre 1940 : L’Italie, depuis sa colonie d’Albanie,
attaque la Grèce, opération qui ne tourne pas bien pour les
21troupes italiennes. Au printemps de l’année suivante,
l’Allemagne devra intervenir pour soutenir l’Italie.
13 décembre 1940 : Renvoi par Pétain de Laval, remplacé,
après une période d’incertitude, par Darlan, qui restera à occuper
les anciennes fonctions de Laval jusqu’au retour de Laval en
avril 1942 pour diriger à nouveau le gouvernement de Pétain.
Au retour de Laval, Darlan reste cependant Commandant en
Chef des Armées (pas seulement de la Marine) et successeur
désigné du Maréchal.
Février à mai 1941 : Intervention, et succès, de l’Allemagne
sur les pourtours de la Méditerranée, principalement pour venir
au secours de l’Italie. Afrikakorps en Libye (février), campagne
éclair en Yougoslavie (dépecée) et en Grèce (avril), se terminant
par le désastre britannique de Crète en mai, cependant qu’un
coup d’état proallemand, finalement écrasé par l’Angleterre, a
lieu en Irak. A cette occasion Darlan a donné (trop tard pour les
Allemands) l’autorisation à l’aviation allemande d’utiliser les
aéroports français des mandats français de Syrie et du Liban. Un
peu plus tard, en juillet, pour éviter des dangers de ce genre, une
rapide campagne des troupes anglaises assistées des gaullistes
contre les troupes du gouvernement de Vichy retirera ces
territoires de l’obédience vichyssoise, les troupes françaises de
Syrie, vaincues, étant rapatriées en métropole.
22 juin 1941 : Les Allemands, appuyés au Nord par les
Finlandais, au Sud par les Hongrois et les Roumains, attaquent
la Russie soviétique. L’Allemagne ne réussira pas à gagner une
guerre éclair avant l’hiver et la situation se retournera par la
suite.
7 décembre 1941 : Attaque par les Japonais - qui depuis 1937
luttent contre la Chine dont ils occupent une vaste partie du
territoire et qui sont depuis quelques années officiellement amis
de l’Allemagne - de la base américaine de Pearl Harbour à
Hawaii, déjà terre américaine. Succès japonais initiaux contre
les Américains et les Anglais. Dans cette guerre d’Extrême-
Orient et du Pacifique, la Russie restera neutre jusqu’à la
victoire à l’Ouest.
Début 1942 : Sauf certaines modifications en 1942-43, les
alliances entre belligérants sont fixées : il y a, d’une part,
l’Allemagne (comprenant l’Autriche), l’Italie, les états
22balkaniques, et, en Extrême-Orient, le Japon ; d’autre part,
l’Angleterre, la Russie (sauf en Extrême-Orient), les USA, et, en
Extrême-Orient, la Chine. Un certain nombre d’états européens
sont occupés par l’Allemagne et ont parfois un gouvernement de
collaboration. La position de la France est peu claire ; il y a
d’un côté la France de Vichy et des territoires qui en dépendent :
reconnaissance de l’Armistice et de l’Occupation et absence de
protestation contre l’annexion, sans traité, des trois
départements d’Alsace-Lorraine, rupture des relations
diplomatiques avec l’Angleterre et la Russie sans déclaration de
guerre, maintien de certaines relations avec les USA, lutte contre
les dissidents (ceux qui continuent, ont repris ou veulent
reprendre la guerre) ; d’un autre côté il y a la France de Londres
et des territoires qui se sont ralliés à De Gaulle : lutte, par tous
les moyens, contre l’Allemagne jusqu’à la victoire – noter que
ces derniers jouissent d’une certaine reconnaissance anglaise,
mais surtout pas américaine.
8 novembre 1942 : Date du débarquement américain en
Afrique du Nord (de Casablanca à Alger). Les jours qui suivent
se déroulent d’abord dans la plus grande confusion. Le
débarquement, a été préparé par divers contacts américains (en
particulier avec le général Giraud, prisonnier évadé d’Allemagne
et ayant déjeuné ensuite à Vichy avec Pétain et en qui les
conspirateurs français d’Alger voient le futur grand chef de
l’armée française reprenant le combat en Afrique). Les troupes
de Vichy résistent aux Américains à Casablanca et à Oran, mais
l’opération réussit sans casse à Alger. Et l’opération portera ses
fruits. Darlan, qui se trouve à Alger pour des raisons privées,
finit (le 10 novembre) par donner l’ordre général de ne plus
résister aux Américains, puis (le 13 novembre) l’ordre de
reprendre la lutte contre les Allemands qui ont débarqué en
Tunisie. Il invite (le 10 novembre) la flotte de Toulon à
rejoindre Alger – ordres donnés par Darlan au nom du Maréchal,
qui d’ailleurs désavoue Darlan immédiatement et de plus en
plus durement : et la flotte ne rallie pas Alger. L’organisation de
l’Algérie, établie entre le 13 et le 15 novembre, est étendue dans
les journées suivantes à toute l’Afrique française vichyssoise (le
gouverneur vichyssois de l’AOF s’y étant rallié) ; elle comprend
un Haut-Commissaire, Darlan, et un subordonné commandant
23des troupes terrestres et aériennes, Giraud. Tout ce qu’ils font
est toujours présenté par Darlan et Giraud comme fait au nom
d’un Pétain, désormais non libre. Le recours à Darlan, qualifié
par Roosevelt, dont Giraud était le poulain, d’expédient
provisoire, se terminera à la mort de Darlan le 24 décembre
1942. Le débarquement en Afrique du Nord a entraîné la rupture
des relations diplomatiques entre les USA et Vichy (=
Pétain/Laval).
11 novembre 1942 : Invasion de la Zone Sud par les troupes
allemandes.
27 novembre 1942 : Sabordage de la flotte de Toulon. Saisie,
de plus et partout, par les Allemands du matériel de l’armée de
l’armistice (armée de terre) et dissolution de cette armée. Seul
le général Jean de Lattre de Tassigny refuse l’ordre de Vichy de
ne pas combattre ; arrêté et condamné par un tribunal militaire
de Vichy, il pourra ensuite s’évader et rejoindre Londres, puis
Alger. D’autres responsables de l’armée de l’armistice préparent
la reprise du combat pour plus tard dans ce qu’ils nomment
l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA) ; certains
mourront en déportation. Le gouvernement de Pétain à Vichy,
dirigé par Laval, reste en fonction et le restera jusqu’à la
Libération.
24 décembre 1942 : A Alger assassinat de Darlan par un
jeune patriote Fernand Bonnier de La Chapelle, aussitôt fusillé.
Giraud succède à Darlan en prenant le titre de Commandant civil
et militaire.
17 novembre 1942 : Début de la campagne de Tunisie. Elle
est menée au Nord, par les troupes françaises du général Barré
(qui a initialement laissé, sans réaction, pénétrer les Allemands
en Tunisie - conformément aux ordres du gouvernement de
Vichy) puis du général Juin, subordonné de Darlan et de Giraud,
et par les troupes américaines. Elle est menée au Sud par les
Anglais qui ont battu les Allemands et les Italiens début
novembre à El-Alamein, à l’ouest de l’Egypte et par quelques
Français (dont ceux de Leclerc). La campagne se termine en mai
1943 par la capitulation, au cap Bon, de ceux des Allemands qui
n’ont pu quitter la Tunisie.
2431 janvier 1943 : Après une dure bataille, victoire de
Stalingrad où une armée allemande capitule entre les mains des
Russes.
16 février 1943 : Après le rendement insuffisant pour
l’Allemagne de la Relève (en principe trois ouvriers volontaires
français partant travailler en Allemagne contre la libération d’un
prisonnier), une loi vichyssoise crée le Service du Travail
Obligatoire (STO). Sauf exemptions (mineurs de fond,
fonctionnaires indispensables … ), les jeunes français de l’âge
du service militaire doivent partir travailler comme ouvriers en
Allemagne.
27 mai 1943 : Préparée par la mission, commencée dès
janvier 1942, du délégué du général De Gaulle, Jean Moulin,
chargé de fédérer les mouvements de Résistance en France,
création d’un organisme clandestin réunissant les représentants
de tous ces mouvements et première réunion du Conseil
National de la Résistance, dont Jean Moulin est en même temps
le Président, Après l’arrestation et la mort de Jean Moulin, les
fonctions de délégué du général De Gaulle et celles de président
du CNR seront exercées par deux personnes différentes.
3 juin 1943 : A la suite, de la conférence de Casablanca de
janvier organisée par Churchill et Roosevelt, se forme à Alger le
3 juin un Comité Français de Libération Nationale avec deux
co-présidents, De Gaulle et Giraud. Par la suite De Gaulle
deviendra seul Président et le comité prendra, les 2-3 juin 1944,
le nom de Gouvernement Provisoire de la République
Française (GPRF).
Juillet 1943 : Débarquement américain en Sicile, conquête de
cette île italienne. La campagne d’Italie, à laquelle prendra part
un corps expéditionnaire français venu d’Afrique du Nord, va se
poursuivre en Italie continentale jusqu’à la fin de la guerre.
24 juillet 1943 : Le Roi d’Italie remplace Mussolini par le
maréchal Badoglio.
3 septembre 1943 : L’Italie du Roi et de Badoglio signe un
armistice. Cet armistice aura moins d’influence que prévu sur les
opérations, l’armée allemande remplaçant simplement
totalement dans la Botte l’armée italienne. En Italie du Nord,
Mussolini crée une République sociale Italienne (= fasciste)
25cependant que, à l’opposé, des activités de Résistance se
développent.
Février 1944 : Organisation officielle des Forces Françaises
de l’Intérieur (FFI) commandées officiellement depuis Londres
par le général Koenig, nommé à ce poste par De Gaulle.
6 juin 1944 : Débarquement allié en Normandie. Une
offensive russe simultanée fera une pause à la mi-août aux
portes de Varsovie où la bataille fait rage entre les troupes
allemandes et l’insurrection polonaise (liée au gouvernement
polonais en exil à Londres). Sans appui des Russes (qui refusent
même l’usage de leurs aéroports par les troupes alliées pour
ravitailler les insurgés) le soulèvement de Varsovie finira par
être écrasé. L’offensive russe se déplacera à l’automne vers les
Balkans.
20 juillet 1944 : Attentat de militaires allemands haut placés
contre Hitler, suivi d’une forte répression.
27 juillet 1944 : Prise de Cherbourg par les Alliés.
30 juillet 1944 : Percée d’Avranches. Tout en réduisant la
poche de Falaise, les Américains exploitent la percée vers l’Est
(Paris n’est pas un objectif militaire). La ville de Troyes sera
atteinte le 25 août 1944.
15 août 1944 : Grève (insurrectionnelle par nature) de la
police parisienne qui retourne ainsi sa veste. : Débarquement américano-français en
Provence. Les Français sont commandés par le général de Lattre
de Tassigny.
19-25 août 1944 : Insurrection parisienne. Elle est menée
avec des forces dérisoires : les documents officiels de l’état-
major officiel des Forces Françaises de l’Intérieur du
département de la Seine fixent les moyens dont elles disposent à
la veille de l’insurrection à 4 mitrailleuses, 83 fusils mitrailleurs,
83 mitraillettes, 562 fusils (y compris les fusils de chasse), et
2825 révolvers . Mais elle agit contre une garnison allemande
démoralisée par la débâcle. En fait l’action provient de petits

2 Chiffres donnés d’après ces documents par Raymond Massiet (Raymond Massiet, ex-
commandant Dufresne, La Préparation de l’insurrection et la bataille de Paris, avec les
documents officiels de l’état-major clandestin des FFI, Paris, Payot [Collection de
mémoires, études et documents pour servir à l’histoire de la guerre] 1945. – Voir p. 85)
qui fut et demeura violemment hostile à la trêve des 20 et 21 août.
26groupes autonomes avec les armes dont ils disposent ou qu’ils
peuvent récupérer. D’où les débats autour de la trêve (partielle)
des 20 et 21 août, débats qui sont à cette époque des débats entre
insurgés, mais qui reproduisent en somme les oppositions
d’attitude de juin 1940 ; il y a, d’un côté, les gens qui ont peur
du manque de moyens et, du côté opposé, ceux qui pensent que
la Nation demande des sacrifices matériels et humains et qu’il y
aura un effet d’entraînement. Les accords de trêve en cause
(accords plus ou moins tacites, plus ou moins précis et plus ou
moins respectés par les deux ennemis) furent négociés par le
consul général de Suède (auto-émissaire comme on dira plus
3tard lors de la guerre d’Algérie) ; ils peuvent être considérés
soit comme une capitulation allemande de la garnison de Paris
avec les honneurs de la guerre (puisqu’ils prévoient l’évacuation
allemande selon certains itinéraires), soit comme un armistice
conclu par les insurgés français vaincus ou impuissants
(puisqu’ils prévoient des itinéraires allemands de repli à travers
Paris, seul intérêt militaire de Paris pour l’armée allemande en
retraite).
ème22 août 1944 : Leclerc, commandant la 2 division blindée
française, division qui fait partie d’un corps d’armée américain
relevant du groupe d’armées américain du général Bradley, a
pris l’initiative d’envoyer dès le 21 des troupes au plus près en
direction de Paris ; il a reçu l’ordre, auquel il n’obéit pas, de
rappeler ces troupes ; lui et ses hommes craignent en effet le
développement d’une situation qui fasse de Paris un autre
4Varsovie . Finalement Leclerc obtient du commandant en chef
Eisenhower, difficilement mais rapidement avec l’appui
politique du général De Gaulle, de faire mouvement immédiat
vers Paris au début de la nuit du 22 au 23 août.

3 On a publié seulement au début du vingt et unième siècle et en français les mémoires
de cet homme d’affaires suédois très parisien, texte rédigé sans doute en 1945 : Raoul
Nordling, Sauver Paris. Mémoires du consul de Suède (1905-1944). Édition établie par
Fabrice Virgili, Paris, Editions complexe/IHTP CNRS (Collection Histoire du temps
présent), 2002.
4 Sur les opérations de la division Leclerc vers Paris et dans Paris, voir les pages les
concernant (p. 43-74) de La Deuxième DB, Général Leclerc, combattants et combats en
France, présentés par un groupe d’officiers et d’hommes de la division, Paris, Copyright
1945 Général Leclerc. L’expression citée ici figure page 50 à la note 6 (dans la
réimpression de juillet 1946).
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