La télévision française au Maghreb

Publié par

Publié le : lundi 1 janvier 1996
Lecture(s) : 210
Tags :
EAN13 : 9782296313804
Nombre de pages : 272
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

La télévision française au Maghreb
Structures, stratégies et enjeux

Collection
"Histoire et perspectives méditerranéennes" dirigée par Jean-Paul Chagnollaud
Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les éditions L'Hannattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours. Derniers ouvrages parus:
Paul Sebag, Histoire des Juifs de Tunisie, des origines à nos jours. Jean-Claude Zeltner, Tripoli carrefour de l'Europe et des pays du Tchad. Rachid Tridi, L'Algérie en quelques maux, autopsie d'une anomie. SamyaElmechat, Tunisie, les chemins vers l'indépendance (19451956). Abderrahim Larnchichi, L'islamisme en Algérie. Jacques Canteau, Lefeu et lapluie de l'Atlas, vie quotidienne d'une famille de colons français. Roland Mattera, Retour en Tunisie après trente ans d'absence. Marc Baroli, L'Algérie terre d'espérances, colons et immigrants (1830-1914). Andrée Ghillet, Dieu aime celui qui aime les dattes, dialogue judéo-islamo-chrétien. Jean-François Martin, Histoire de la Tunisie contemporaine, de Ferry à Bourguiba (1881-1956). Serge Paulthé, Lettres aux parents, correspondance d'un appelé en Algérie. Nicolas Beranger, Introduction et notes de Paul Sebag, La régence de Tunis à la fin du XVIIe siècle. Joseph Katz. L'honneur d'un général, Oran 1962. Monique Gadant. Parcours d'une intellectuelle en Algérie.

@L'Harmatlan, 1995 ISBN: 2-7384-3950-0

Belkacem MOSTEFAOUI

La télévision française au Maghreb
Structures, stratégies et enjeux

Préface de Francis Balle

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique
75005 Paris

à Zélikha, mon frère Rarndane, et mes fils Yacine et Salem.

PRÉFACE

Cette étude est le fruit d'un long et méticuleux travail de recherche sur les mutations du paysage télévisuel maghrébin depuis le début des années 80. L'auteur s'appuie sur une documentation de première main, sur une observation assidue et incisive de la réalité ainsi que sur l'analyse d'une série d'enquêtes d'audience inédites, ce qui confère à l'ouvrage -le premier à être publié sur ce sujet - une remarquable pertinence. Belkacem Mostefaoui montre avec une grande justesse comment la dynamique de transnationalisation qui ouvre, partout dans le monde, de nouveaux territoires et de nouvelles audiences aux chaînes satellitaires, est à l'origine des mutations des usages de la télévision en Algérie, au Maroc et en Tunisie. n examine son objet d'étude à travers les facteurs endogènes et exogènes qui ont donné naissance à la démonopolisation de la télévision dans cette région. Cette approche originale permet tout d'abord à l'auteur d'explorer en profondeur les mécanismes qui font qu'en ce milieu des années 90, la télévision française fait partie naturellement du temps de loisir et de culture d'un grand nombre de téléspectateurs maghrébins. Elle l'amène ensuite en pionnier, à partir d'une identification des principaux acteurs de ce qu'il définit comme le nouveau système télévisuel maghrébin, à mettre en lumière des jeux divers et conflictyels, qui vont des actes réglementaires de chacun des Etats maghrébins pour édicter et faire respecter le dispositif du monopole, aux actions résolument menées par les responsables de la Francophonie télévisuelle, en passant par les démarches diverses des publics à la recherche d'une variété de programmes. En convoquant les téléspectateurs sur le. devant de la scène, l'auteur resitue les usages sociaux de la télévision à leur juste place: il nous montre que ce sont les usagers, plus encore que l'expansionnisme des télévisions occid~ntales, qui ont contribué à battre en brèche le monopole d'Etat par le choix qu'ils opèrent dans leur consommation de programmes venus du ciel. 9

Belkacem Mostefaoui s'inscrit donc en faux contre la thèse d'une circulation internationale des programmes télévisuels inscrite dans le processus de l'impérialisme culturel, thèse très en vogue depuis les années 70 jusqu'au milieu de la décennie 80 et qui réduisait les téléspectateurs au rôle de cibles ou de simples figurants. De cette concurrence ouverte avec la télévision française naît une grave crise: les vocations (éducative, outil de propagande et de souveraineté nationale) de chacune des chaînes maghrébines sont remises en cause. L'analyse méthodique des effets de cette concurrence prend, comme il se devait, une place cardinale dans l'ouvrage. L'étude donne à voir, d'une part, un panorama d'usages sociaux du média télévision très contrasté: pour l'auteur, ces usages sont mis en œuvre à partir d'un « arc-en-ciel d'attitudes faites d'attraction et de rejet» envers la télévision française. D'autre part, il ne considère nullement l'échec avéré du monopole d'État comme un incident de parcours: les signaux de la télévision étrangère font trop d'ombre - et dans une dimension structurelle - à la chaîne publique nationale, déclarée comme banque d'images irremplaçable pour le patrimoine culturel de la nation. Le livre de Belkacem Mostefaoui s'inscrit nettement dans la lignée des travaux de recherche ouverts au principe de la liberté de communication audiovisuelle: dans son examen de la présence concurrentielle de la télévision française au Maghreb, il prend davantage en compte les attentes significatives de ses nouvelles audiences que les prises de position des idéologues et des politiques qui l'ont décrétée cheval de Troie de l'impérialisme. Avec clarté et courage dans les débats actuels, tant au Maghreb qu'en France, il met en situation l'opposition se réclamant de l'islamisme politique comme l'héritière des attitudes autoritaires des gouvernants qui continuent de réprimer la liberté de communication, avec la variante nouvelle d'une violence aveugle qui risque de freiner durablement l'amorce de démocratisation et le passage vers la modernité. Je souhaite donc à l'auteur de cette remarquable étude tout le succès qu'il mérite.
François BALLE Professeur à l'Université

Cet exergue figurait déjà dans le manuscrit, avant que nous apprenions la disparition tragique dans l'exil, le 12 février 1995, de Rachid Mimouni, l' Algérienjusqu'à la moelle de l'os, comme il aimait à se dire, et aimons le lire. Ce fils de paysan a été parmi les premiers romanciers maghrébins, dans le digne héritage de Kateb Yacine, à peindre les réalités de son peuple et résister par ses écrits, courageusement et simultanément, contre le marteau du régime autoritaire au pouvoir, corrompu et corrupteur depuis l'indépendance, et l'enclume de l'islamisme politique - qui crée un mirage d'alternative et une vraie impasse sur le chemin de la modernité. Il nous lègue une œuvre à (re) lire d'urgence. Pour sa mémoire et son intelligence à nous dire le pays comme il est, au moment où le doute est le plus fort, cette étude en modeste hommage.
Le fondamentalisme est la forme première de réaction contre les politiques modernistes mises en œuvre par certains régimes arabes. Il faut souligner que ce mouvement a épargné les pays les plus conservateurs. Ce n'est pas dans ses produits que les traditionalistes récusent la modernité. Ils utilisent sans rechigner la voiture, l'avion, le téléphone, etc. Enfait, ce sont les mœurs occidentales qu'elle donne à voir et à imiter qui les agressent. Le plus grand coupable est sans aucun doute la télévision. Le diabolique appareil entre dans les foyers avant la cuisinière et le réfrigérateur. Rachid Mimouni: De la barbarie en général et de l'intégrisme en particulier. Paris, Pocket, 1993, p.132.

Il

Au sujet de la présence grandissante de la télévision française au Maghreb ou des vifs débats suscités à l'automne 1993 par les négociations internationales du Gatt I singulièrement le bras de fer France/États-Unis - sur l'exception culturelle, dont devraient bénéficier les programmes audiovisuels dans le commerce international, une phrase d'Yves Lacoste est éclairante: "La géopolitique est l'étude des rivalités de pouvoir sur des territoires (pas seulement pour des territoires) et de leurs répercussions dans l'opinion publique" 2. La diffusion transnationale de programmes télévisuels détermine, en cette fin du XXème siècle, où l'aire géostationnaire est balisée de satellites, un triple enjeu: économique, politique et culturel. Cependant, le parallèle entre les rapports France/États-Unis et Maghreb/France masque des différences de nature et de degré dans les rapports de force entre les partenaires. Dans le premier cas, la France, grande puissance, "locomotive" de la communauté économique européenne et du mouvement de la Francophonie, parvient à faire admettre aux dirigeants des États-Unis, du moins dans le texte final du Gatt, que" les créations de l'esprit ne peuvent être assimilées à de

simples marchandises"

3.

Dès lors, tout État, au nom de cette

"exception culturelle ", a le droit de protéger son espace audiovisuel national par un dispositif de quotas limitant les flux d'images venues d'ailleurs. Dans le second cas, les accords

I. 2. 3.

Gatt: General agreementfor trade and tarifs. Accords internationaux sur le commerce et les tarifs. Cf. Télérama, n° 2228, novembre 1993. Déclaration du Président F. Mitterrand au sommet de la Francophonie de l'île Maurice. Cf. Le Monde, 19-10-93. l3

signés entre les États ne régulent qu'une partie des programmes télévisuels français reçus en Algérie, au Maroc et en Tunisie. Un commun dénominateur marque cependant les deux situations: les innovations technologiques du secteur contribuent, à terme, à rendre aléatoire toute réglementation sur la circulation des programmes. Avec ou sans l'adoption de la clause de " l'exception culturelle ", les États-Unis s'imposent comme le centre nodal du nouvel ordre mondial de la communication dont les puissances européennes constituent des relais et, en même temps, dans le cas de la France face au Maghreb, des concurrents sur une zone d'influence. Les enjeux de la transnationalisation de l'audiovisuel sont mondiaux mais dans chacune des régions du globe ils se présentent sous des caractéristiques spécifiques. Nous avons choisi d'identifier dans cet ouvrage celles qui singularisent la situation du Maghreb. Consolidés par la présence coloniale française en Algérie (1830-1962) ou le protectorat en Tunisie (1881-1956) et au Maroc (1912-1956), les flux de circulation de personnes, de langue (française essentiellement), d'œuvres de l'esprit, de biens et de services, continuent de façonner, au lendemain des indépendances politiques, des relations économiques et culturelles marquées par une forte extraversion à l'égard de l'ancienne métropole. Ces relations, anciennes et nouvelles, confèrent à l'Algérie, au Maroc et à la Tunisie une homogénéité et une charge de réalités qui les fondent à constituer un objet d'étude télévision au Maghreb J. Cet objet d'étude prend substance dans six séries d'indicateurs recensés au cours de la recherche. 1 - Le Maghreb est entré, depuis le milieu de la décennie 80, dans l'aire de diffusion directe de plusieurs chaînes satellitaires, par la conjonction de deux facteurs: la région est " arrosée" par les satellites mis sur orbite, et diverses formules d'équipement de réception de leurs signaux y sont mises en fonctionnement. 2 - L'articulation à cette transnationalisation se fait essentiellement par le biais de l'expansion du système télévisuel français dans la région; même si, à une échelle moindre, les
I.
La Libye et la Mauritanie, membres par ailleurs de l'Union du Maghreb arabe, Uma (cf.I.!.), n'ont pas avec les pays du Maghreb central les caractéristiques de cet objet d'étude. 14

télévisions italiennes et espagnoles, et les chaînes commerciales anglo-saoudiennes Middle East broadcasting center (Mbc, diffusant de Londres) ou Dubaï Tv y sont reçues. Dans le dispositif de l'action télévisuelle extérieure de l'État français, entrent en œuvre des opérateurs publics et privés. 3 - Dans chacun des pays, la télévision nationale éducative, propagandiste et outil de souveraineté nationale par son modèle des années 60 et 70 - est mise en concurrence, laquelle, de fait ou de droit, brise le dispositif du monopole d'Etat sur l'audiovisuel en vigueur jusque-là. 4 - La concurrence entre les chaînes maghrébines et les chaînes françaises intervient dans une conjoncture de grave crise économique telle que, pour les premières, le financement par la subvention d'État tend à s'essouffler sans que, dans l'immédiat, les ressources de la redevance et de la publicité constituent de réelles solutions de rechange. Leurs programmations, dépendant essentiellement de leurs faibles capacités d'achat sur les marchés étrangers, portent les marques de cette pénurie de moyens financiers et de l'organisation bureaucratique des relations de travail dans les structures. 5 - Pour les publics maghrébins l'offre télévisuelle actuellement disponible, mais bien plus celle à venir avec la multiplication probable des équipements de réception satellitaires (dont les coûts accusent une remarquable tendance à la baisse) et l'éventuelle entrée sur le réseau hertzien d'autres diffuseurs français et franco-maghrébins, contribuent à produire des conditions de choix face à une diversité de grilles. Déjà les usages de la télécommande et la publicité que fait naturellement la presse locale à tous les programmes avec force photos suggestives, tendent à indiquer des formes" d'acclimatation" de la télévision française. Les premières enquêtes de terrain effectuées dans les grandes villes du Maghreb dessinent des caractéristiques de ces nouvelles audiences. 6 - Les indicateurs des précédentes séries d'observations déterminent la dernière, qui est relative aux effets de la présence de la télévision française au Maghreb. De formation relativement récente, les nouveaux usages sociaux du média, ne peuvent permettre encore de tirer des conclusions sur cette question. Cependant, là aussi, une série d'observations apporte des éléments à la construction de l'objet d'étude. Ces éléments ont trait à trois catégories d'effets: 15

a) Les différents aspects d'une forme de résistance active à la pénétration des modèles culturels occidentaux qui s'exprime, violemment en Algérie depuis 1989, à travers le mouvement politico-religieux de l'intégrisme islamiste; b) Les nouveaux enjeux que déterminent les interférences des programmes d'information de la télévision française dans la formation des opinions publiques maghrébines; c) Enfin, la tendance au mimétisme observable dans les télévisions maghrébines ou franco-maghrébines, qui tentent d'adopter des recettes de programmation des diffuseurs français. Cependant que dans le secteur de la production de programmes - marqué ces dernières années par plus de liberté d'entreprise et une grave pénurie de ressources - divers opérateurs hexagonaux interviennent pour formater la création d'œuvres exportables. Présence, pénétration, impérialisme, action extérieure du système télévisuel français au Maghreb ou coopération audiovisuelle franco-maghrébine: la diversité des énoncés rend mal compte des réalités observables. Nous situons l'objet d'étude télévision au Maghreb dans une problématique qui postule la formation, depuis la fin de la décennie 80, d'un nouveau système télévisuel en œuvre dans la région. Ce système est représenté par des acteurs institutionnels maghrébins, français et franco-maghrébins. Il est la résultante des actions de chacun des systèmes nationaux maghrébins et de celles de ces nouveaux opérateurs présents dans la région (France 2, TV5, Sofirad, Canal Horizons, etc.). L'analyse consistera donc essentiellement dans un premier temps à identifier les structures intervenant dans le système télévisuel en formation et les jeux qu'elles mettent en œuvre. A ces mouvements en cours participent, toujours comme acteurs du système, les publics qui choisissent leurs programmes. La mise en situation des diverses interférences est examinée à travers l'idée de M. Crozier et E. Friedberg que" l'acteur n'existe pas en dehors du système qui définit la liberté qui est la sienne et la rationalisation qu'il peut utiliser dans son action. Mais le système n'existe que par l'acteur qui, seul, peut le changer" 1. Nous opérons une extrapolation puisque les auteurs mettent en question centrale de leur analyse l'action organisée des hommes
1. Crozier (M.), Friedberg (E.), L'acteur et le système. Paris, Le Seuil, 1977, p. 9. ]6

dans une structure donnée, alors que notre problématique met en situation des actions de divers acteurs institutionnels (et humains) dans la détermination d'un nouveau système télévisuel supranational. C'est à travers l'évolution des modalités du contrôle des chaînes nationales adoptées par les pouvoirs publics à Tunis, Alger et Rabat que seront analysées les contraintes générées par la pression internationale. Une autre série de contraintes pour les télévisions maghrébines vient des démarches des publics à choisir les programmes télévisuels français. Ces démarches - qui représentent pour les individus des actes de liberté - confortent les jeux des diffuseurs français et réduisent en même temps, en la relativisant, l'importance de chacune des chaînes nationales publiques. Dans ce même contexte, les programmateurs de ces stations ont tendance - pour tenter de satisfaire les publics - à proposer toujours plus de programmes importés, dont les lourdes dépenses réduisent leurs capacités en matière de production nationale. En postulant l'émergence au Maghreb d'un système télévisuel supranational, produit d'interactions entre structures endogènes et structures exogènes, une problématique peut être énoncée autour de quatre axes principaux. I - Sous diverses formes, la démonopolisation de la télévision au Maghreb est le produit de facteurs endogènes et exogènes. 2 ~ Dans chacun des pays, la pression internationale - à présent essentiellement d'origine française - tend à modeler le système national de télévision mis en place au lendemain de l'indépendance. Le système est entendu ici au sens large: le dispositif d'organisation du monopole, la production de programmes, la conception de la grille, les auditoires, etc., en sont influencés. 3 - Le processus de démonopolisation augmente la marge de liberté de choix des publics, en même temps qu'il modèle de nouvelles audiences ouvertes à la télévision étrangère. 4 - Enfin, en devenant vecteur aussi des programmes des chaînes françaises, le média télévision élargit le rayon d'action de la Francophonie dans la région. C'est à travers le mode d'exposition à ces programmes - fait d'attraction et de rejetque sont déterminés de nouveaux usages sociaux du média et des effets politiques et culturels, particulièrement ceux relatifs à 17

la mise en confrontation du modèle de modernité occidentale et de la résistance active des militants de l'idéologie islamiste. Domination du centre producteur d'images sur la périphérie, fenêtres ouvertes sur le monde: les thèses en débat sur la transnationalisation de la télévision sont nombreuses et souvent exclusives les unes des autres: des indicateurs matériels d'enquête et des indices d'observation, à partir des situations des sociétés maghrébines, expriment le caractère contrasté des réalités. Mode d'usage ambivalent et effets contrastés puisque, par exemple, le discours identitaire du nationalo-islamisme, pour reprendre l'expression d'Olivier Roy, tend à se médiatiser de plus en plus fortement via la télévision française aussi. Dans chacun des pays de réception, la concurrence imposée par la télévision étrangère modèle l'évolution de la télévision nationale. Mais, à partir de ces effets de démonstration, et du mode même d'appropriation du média par ses usagers, pourrat-on encore parler, à terme, en deux catégories si distinctes, de télévision nationale et de télévision étrangère?

I. LA , DÉMONOPOLISATION ,
DE LA TELEVISION AU

MAGHREB:

UNE CONJONCTION DE ,
TURBULENCESENDOGENES , ET EXOGENES

Chapitre 1
, LA TRANSNATIONALISATION , DE LA TELEVISION AU CARREFOUR DES DÉCENNIES 80 ET 90 ET SES FLUX AU MAGHREB

Ce qu'il est désormais convenu d'appeler déréglementation de l'audiovisuel - et dont la lame de fond s'est renforcée au tout début de la décennie 80 dans l'Amérique reaganienne détermine d'importantes mutations dans l'espace télévisuel maghrébin. Au carrefour des années 80 et 90, un processus de démonopolisation de la programmation est, de facto, enclenché dans l'aire géographique que représentent le Maroc, l'Algérie et la Tunisie. L'examen de ce processus s'inspire des enseignements que formule F. Balle, quand il identifie les étapes du retrait de la puissance publique du secteur des médias audiovisuels en Europe occidentale. L'auteur note que dans les

premières années de la décennie 80 " le nombre des diffuseurs
n'a pas cessé de s'accroître. Ces organismes tiennent leur autorité de sources toujours plus nombreuses et plus diverses. C'est là que réside cette démonopolisation, caractéristique de l'évolution récente des radiotélévisions ouest-européennes. Elle est marquée simultanément par le recours de plus en plus fréquent aux financements privés, de préférence aux ressources publiques, et par l'ouverture toujours plus large à la concurrence pour les organismes de radio et de télévision" I. A la suite de l'Europe occidentale, le Maghreb est entré - dans des formes et des modalités spécifiques - dans la spirale de la transnationalisation de la télévision.
Balle (F.), Médias et sociétés. Paris, Ed. Montchrestien, 1988, p. 336, 7ème édition, 1994. 21

Après avoir défini les principaux mécanismes du processus, nous relèverons les caractéristiques à partir desquelles la région, baignant dans la rive sud de la Méditerranée, a été modelée historiquement par une succession séculaire de conflits et d'échanges entretenus avec la rive nord, et singulièrement la France. Unité régionale homogène, façonnée par l'histoire et la ~éographie, credo d'union politique et économique entre les Etats dans le projet de l'Union du Maghreb Arabe (UMA), le Maghreb demeure inexistant sur le plan de la coopération en matière de télévision.

La lame de fond et ses mécanismes: déréglementation, montée en puissance du free flow of information et déclin du credo du nouvel ordre international de l'information

Le free flow of information ou liberté de circulation des informations et des opinions entre les pays du monde, défendu par les États-Unis depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, s'est heurté de plein fouet à la revendication, exprimée par l'ex-Urss et les pays du Tiers Monde, lors de la Conférence générale de l'Unesco (Organisation des Nations Unies pour la culture, l'éducation et la science) de Nairobi, en novembre 1976, pour un rééquilibrage des flux entre le Nord et le Sud du globe. Le credo de l'organisation internationale proclamant la nécessité d'instaurer un nouvel ordre mondial de l'information et de la communication eut un succès retentissant dans les rencontres internationales entre experts et diplomates. En 1978, le concept humaniste a suscité l'adhésion non seulement des pays du Sud et de ceux de l'Europe de l'Est mais aussi celle de la quasi-totalité des pays de régime politique libéral. Ce large consensus fut exprimé solennellement à la faveur de la présentation du rapport de Sean Mc Bride, intitulé Voix multiples, un seul monde, à l'occasion de la XXIème Session de la Conférence générale de l'Unesco, en février 1980 à Paris. L'auteur, prix Lénine et prix Nobel, a dressé dans ce rapport l'état des lieux des inégalités de développement des 22

médias entre les pays riches et les pays pauvres, et énoncé des propositions pour un rééquilibrage des flux de circulation d'informations entre eux. Des quatre-vingts recommandations du document résulta la mise en place du Fonds d'aide au développement des médias du Sud (Pidc) piloté par l'organisation. En 1985, le départ des États-Unis (principal bailleur de fonds) de l'organisation fut suivi par un désengagement de l'ex-Urss. Dès lors, l'essoufflement du nouvel ordre international de l'information se précipita. J. Barrat observe ainsi le fléchissement des activités du Pidc : "En 1991 un total de 47 projets, pour un financement de 12,4 millions de dollars, avaient été proposés au Conseil intergouvernemental du programme. Sur ces 47 projets, le Conseil n'en a finalement retenu que 24, pour un coût global de 1,9 million de dollars" 1. Le plaidoyer pour le nouvel ordre international de l'information dont l'esprit tentait de préserver la souveraineté de chaque État et la communication entre les cultures du monde - dut faire face à une double turbulence: celle du processus de déréglementation, qui a rapidement fragilisé les règles du monopole d'État, et celle induite par les innovations technologiques (satellite et équipement de réception) qui a rendu les frontières de plus en plus poreuses pour les signaux télévisuels. En 1988, B. Guillou et J.-G. Padioleau dressent le constat de l'échec en Europe des dispositifs législatifs et réglementaires du monopole 2. Pour A. Mattelart, deux maîtres mots caractérisent Ie free flow of information depuis le début de la décennie 80, sous l'impulsion des firmes multinationales de la communication: globalisation et dérégulation. La raison en est, pour l'auteur, que de plus en plus" ces firmes caressent le projet de sortir de leurs frontières et en font même une condition de leur survie" 3. Dans ce processus, la construction de "réseaux de communication à vocation planétaire accélère le branchement des territoires nationaux, régionaux, locaux, sur l'espace de l'économie I. 2. 3. Barrat (J.), Géographie économique des médias. Médias et développement. Paris: Litec, 1992, p. 474. Guillou (B.) et Padioleau (J -G.), La régulation de la télévision. Paris, Cncl, La Documentation française, 1988, pp. 21-22. Mattelart (A.), Dérégulation, globalisation des systèmes médiatiques. État des médias, Charon (J.- M.), Paris, La Découverte, 1991, p. 23. 23

monde et la communication-monde en cassant les monopoles publics de l'Etat-nation" '. Dans le processus de déréglementation, B. Miège identifie un faisceau de phénomènes politiques, technologiques et industriels ayant concouru à " la modification sinon à l'assouplissement des règles de fonctionnement des différents systèmes nationaux de communication ". L'auteur estime que la déréglementation" est en quelque sorte une version améliorée du free flow of information, mais une version plus habile et autrement efficace, car elle ne met pas l'accent sur le côté politico-idéologique de la stratégie ainsi engagée" 2. En géographe, H. Bakis met l'accent sur les aspects des stratégies d'occupation des territoires nouveaux que les diffuseurs adoptent à la faveur du mouvement de déréglementation. Pour l'auteur, les implications géopolitiques de la circulation de l'information sont décisives puisque le contrôle des réseaux est devenu un enjeu majeur traversé par des rivalités entre États d'abord, mais ce qui est plus nouveau, par d'autres types de rivalités: entre les plus grandes firmes mondiales se battant pour la conquête des marchés et l'exploitation de réseaux à l'échelle planétaire; entre ces firmes d'une part et les États d'autre part, où des convergences ou des divergences d'intérêt apparaissent et tissent des situations géopolitiques complexes" 3. Dans cette nou velIe configuration, explique l'auteur, les firmes s'intéressent aux marchés présentant déjà des assurances de rentabilité mais aussi à des marchés en formation, à l'instar de ceux des pays de l'Europe de l'Est ou du Maghreb car, selon l'auteur, les premiers opérateurs arrivés se donnent plus de ressources pour mieux connaître les nouveaux territoires". En économiste, A. Lange identifie les enjeux financiers que représentent les marchés européens issus de la démonopolisation - pour les firmes américaines. Alors qu'elle représentait traditionnellement un marché secondaire, simple plus-value commerciale, "l'Europe est devenue, écrit l'auteur, nécessaire à l'amortissement des productions américaines et sa consommation audiovisuelle contribue à amoindrir de deux à trois milliards de dollars le déficit de la balance des paiements
I. 2
3. Ibid., p. 24. Miège (B.), La société conquise par la communication. Grenoble, Pug, 1989, p. 201. Bakis (H.), La géographie de l'information. Paris, Puf, 1989, p. 19. 24

des États-Unis. L'américanisation (des systèmes audiovisuels européens) s'est doublée d'un recours croissant aux programmes américains" I. La Convention sur la Télévision transfrontières du Conseil de l'Europe, ouverte à la signature des États depuis le 5 mai 1989, tente cependant, tout en réaffirmant le principe de la libre circulation, de favoriser le développement et l'intégration du marché commun - y compris dans le domaine de la télévision. G. Cohen-Jonathan voit dans ce texte l'instrument juridique par lequel la Communauté tente, face aux États-Unis, de garantir une place substantielle aux œuvres européennes sur les antennes des pays membres. Deux conceptions, à ses yeux, marquent les attitudes des pays membres. D'une part, une optique ultralibérale visant à démanteler le système des quotas pour faciliter le lancement de nouvelles télévisions européennes alimentées largement par des programmes européens moins coûteux. L'argument juridique invoqué est la liberté d'expression qui serait atteinte par ces restrictions rigides et élevées. A l'opposé, on trouve une optique culturelle et militante pour favoriser la production audiovisuelle européenne, c'est celle de la France et de l'ensemble des organisations de créateurs qui souhaiteraient imposer des quotas contraignants pour susciter automatiquement une demande importante de productions au sein de la Communauté et pour lutter contre l'invasion des programmes d'Outre-Atlantique" 2. La proximité de l'Europe, d'où la transnationalisation de la télévision propage ses ondes de choc, accélère l'entrée du Maghreb dans la dynamique.

Les relations Maghreb-France: conflits, dépendance et échanges intenses
Trois grands facteurs déterminent fondamentalement les conditions de pénétration de la télévision française au Maghreb: l'histoire, nourrie d'échanges et de conflits
I.
2 Lange (A.),« L'audiovisuel face à la récession ». Le Débat, n071, sept.oct. 1992, p. 134. Cohen-Jonathan (G.), « Télévision sans frontière et droits de l'homme en Europe ». Revue de droit des affaires, n06, 1992, p. 650. 25

millénaires entre les deux rives de la Méditerranée, la géographie physique qui offre des conditions favorables à la communication, et la géographie économique et humaine, post indépendances, dont les caractéristiques continuent de marquer d'une forte extraversion les anciennes colonies envers l'exmétropole. Dans ce substrat, la démonopolisation et " l'explosion" du marché de la télévision en France, avec les lois du 29 juillet 1982 et du 30 septembre 1986, qui organisent la naissance d'organismes commerciaux, mettent en œuvre des interférences dont il s'agit ici de faire ressortir les principales caractéristiques I. La matrice de l'extraversion des trois pays du Maghreb à l'égard de la France est l'occupation coloniale (de peuplement) de l'Algérie (1830-1962), et sous forme de régime de protectorat en Tunisie (1881-1956) et au Maroc (1912-1957). Cette longue présence, qui a façonné des relations denses d'échanges économiques et culturels, mais aussi déclenché des conflits violents (la guerre d'Algérie, le soulèvement d'Abdelkrim dans le RiO, continue de modeler, plus de trois décennies après les indépendances, une situation de dépendance multiforme du Maghreb vis-à-vis de l'ancienne métropole. Cette dépendance est renforcée par plusieurs vecteurs, dont des indicateurs donnent une mesure. Les échanges économiques constituent le premier de ces vecteurs: la France est le partenaire privilégié des pays du Maghreb. Elle continue, écrit A. Chevallier, d'occuper dans bien des domaines la première place: premier investisseur, premier créancier, premier pourvoyeur d'aides et de crédits. Les positions commerciales françaises au Maghreb ne se seraient pas maintenues à ce niveau sans soutien financier. Ces pays, qui connaissent depuis des années des difficultés de paiement extérieur, conditionnent leurs achats aux facilités de crédit. De ce point de vue, les exportateurs français bénéficient d'un soutien public massif. Plus qu'aucun autre pays, la France a, en
I. Nous laissons hors champ de notre étude les effets sur le Maghreb générés par les bouleversements des paysages audiovisuels italien (où des diffuseurs privés concurrencent la Radio Audition Italienne (Rai), dès 1976) et espagnol où la loi du 3 mai 1988 ouvre le secteur aux entrepreneurs privés. On notera cependant des indicateurs d'audience de Rai Uno diffusée sur le réseau hertzien tunisien (I. 3.). 26

effet, un double souci à l'égard du Maghreb: y conserver une place et une influence dominantes et y favoriser, tant pour des raisons politiques qu'économiques, le développement" I. Plus que l'importance des volumes financiers des échanges (dont ceux de l'Algérie représentent 2 milliards de dollars en 1991), on peut constater que la même année, les pays du Maghreb viennent largement en tête par rapport aux autres partenaires africains de la France. De même que, pour la Tunisie, par exemple, le partenaire français est de loin le premier par rapport aux autres. L'extraversion économique s'est renforcée dans la décennie 80. Les États du Maghreb sont tous trois aujourd'hui des relais relativement" sages" des principes édictés par le Fonds monétaire international (FMI) - Y compris l'Algérie qui, dans la décennie 70, a activement milité pour l'instauration d'un nouvel ordre économique international. Dès lors, pour J.-R. Henry, l'homogénéisation de l'espace économique induit une hiérarchisation des acteurs étatiques dans le nouveau système international. Cela a notamment un effet sur la perméabilité des États à la dynamique globale, et sur leur capacité d'y répondre: "plus un État est périphérique dans cette hiérarchie, plus ses capacités de réagir aux impulsions extérieures paraissent faibles" 2. L'auteur observe par ailleurs que les effets culturels induits par la puissance du processus de mondialisation économique apparaissent au Maghreb sans alternative, ni ne pouvant être combattus par les acteurs sociaux" . Effet du sous-développement et de l'extraversion économique: les pays du Maghreb ont constitué une réserve de main-d'œuvre fortement recherchée par les entreprises françaises jusqu'à la crise de 1974. Les premières colonies d'immigrés arrivèrent de Kabylie en 1910-12. Ce phénomène a donné naissance au second vecteur déterminant la densité des relations entre les deux rives par l'implantation d'une importante communauté maghrébine en France, depuis trois générations. La présence de cette communauté a tissé des relations entre les deux rives de la Méditerranée telles que des échanges multiformes s'y sont greffés, dont ceux de transfert, à vaste échelle, aux pays d'origine, de biens de consommation et
I. 2 ChevallierCA.),Le Maghreb,prioritéfrançaise.Le Monde, 7 - 09 - 93. Henry (J.-R.), Les États maghrébins à l'épreuve de la mondialisation. Annuaire de l'Afrique du Nord, Paris,CNRS, 1987.p. 33.
27

de leurs usages (dont particulièrement l'automobile et l'équipement audiovisuel). Le même phénomène a aussi permis l'accueil en France de parents et amis qui renforce les flux migratoires ou/et touristiques. Au Maroc et en Tunisie, dont l'infrastructure touristique est plus développée qu'en Algérie et dès l'indépendance ouverte à l'arrivée des Européens, les séjours des étrangers ont aussi consolidé ces échanges et les transferts des modèles culturels qu'ils véhiculent. L'autre ciment de la densité des rapports réside dans l'usage élargi de la langue française au Maghreb. Même si 7 Algériens sur 10, 6 Marocains et 6 Tunisiens sur 10, sont nés après l'indépendance, et que dans chacun des pays a été entreprise une politique volontariste d'arabisation du système scolaire, l'usage de la langue française - tout en subissant une érosion dans ses quotas de volumes horaires enseignés - a élargi ses cercles d'audience. Dans chacun des pays, le cycle secondaire, qui constitue la charnière de la formation, montre bien l'importance du nombre d'élèves inscrits en sections bilingues (arabe-français). La croissance démographique et la volonté politique de démocratiser l'école ont contribué à un plus grand rayonnement de la langue française dans la région. Une étude prospective de C. Sauvageot indique que 51,9 % de Marocains, 72,2 % de Tunisiens et 74,6 % d'Algériens seront francophones en l'an 2000 (cf. tableau nOl)o Comparativement aux autres régions du monde, la proportion de francophones est, de loin, la plus forte au Maghreb (cf. graph. n°l). C'est dans ce contexte global (historique, géographique, économique et culturel) des relations franco-maghrébines que la télévision devient un puissant vecteur de renforcement de l'extraversion.

Les limites de la coopération maghrébine en matière de télévision: les échecs de Maghrebvision et d'Arabsat
Si l'Algérie, le Maroc et la Tunisie forment indéniablement un ensemble homogène sur les plans géographique, historique et culturel, aucune action commune digne d'intérêt n'a été enregistrée à l'échelle de l'ensemble en matière de télévision. Maghrébvision, initiative heureuse d'amorce de mise en place 28

Tableau nOl a, b, c Perspectives de diffusion de la langue française dans les pays du Maghreb. Source: C. Sauvageot, cité par J. P. Bras.
Ripartition d. la papulatio" ~"coplton. âgi. th 10 ~ plru ,,, 1980. 1990., ZOOO './0" .on "iwau th connaia.a..c. du """'ai.. (E",.mbl. th. 'U.'. .f/..,j{s ... /lÛ1/ù,. ., pou"",,,,..) du f,"-is 1980 3123.1
3087.0 1006.0

, Si..... do.............
I

1990
Hy_A 32...0
.871.3 1727.7 558,3

H_B 2724.1
5 723.0 '127.7

H_A
8"'.1 2783.8

- H,.,..- B
11188.8 2783.8

E""'w' N'_.I.._................

- N'....2.._................ - Ni_3....................

-

80iS1.2

3or..5 ....3

.

OJ

'9 < I <

I I

T_............

-

- Ni_..............._.... N......5....................

--........-..........
do I. .....Iation ......

Populotion francophone.

-...,...., I - Ni....2.................... - Ni......................_. ;
Ni....

"..U5 T_

- 253.2 8378.1 lU.t '0 .4N.O7....8
11188.3

284.0 ".5

558.5 253.2

-

....3 33U

181188.5

188IU 107.... 54 25.0

333.' - 18_7

. ....
31.8
'5.7

17 \8f.8

ru

If ....1 12.7

- Ni.... 3 ...................
. ..:.................

25.0 0.8
2.3

lU

8.2

28.0

18.7

...

N......5.._................ Tota'_'.'ion

3.2

...

28.' ...

Populob... f_. -,

r......ho..

....................
......

-

1.5

3.2

11.' 2.9

.U

11.' 2.t
...

-

'.5

51.'

.'.3
.... 100.0

83.J
.7.5 100.8

....
.... 100.0

-

74.8
".I 100.0

n... 2 . 5 .......~_...............

Totaid. 10.....,.....

38.3 100.0

C.SAUvAGlOr. E,... .,e",;q.. .w I..IH..p
.1190 HA H.B 31'7.. 2210.3 8$4.8 108t.. 34U 7873.8

.. 10 /onp._..

e. M
2000

d.

.."'<I. 2/100.Pari.. .RAY. m.i .904. ... 34. 39. .. et ...

N'.....

do f~is

1990

........
2822.0 2210.3 8$4.8 108t.' 34'.9 7398.2

HA . 278.. 33'0.8 2181.. 1302.1 410.7 12541.5 283.4,3 20.0 '2.8 8.3 ... 1.8 47.5
100

H.8 3282,8 5870.0 3825.2 1509.0 410.7

_n..
42'''' ....... 300U "01.6 410.7

~ < :il I cà

Eff"'w 'an milüero' - Ni.... 1...._.. - N......2........ - Ni.... 3........ - N'...... ......... - Ni.... 5........ T_......J...... f........phone...... T_'dolo
popuiobon

, 874.1 $4'" 782.5
508.0

....

28.... 2210.3 83<.8 108t.. 34U 7 .22,8 18....7 .4.0 .1.1 ... 3.7 1.8 37.5
100

3908.5 '3639.9 5.0

. ........

18119'.7 18....7 .8,9 11.. u 5.7 '.8 <G.'
100

13111.3 '''".5 28384.3 283.4.3 12.5 22.2 lU 5.7 1.5 58.'
100

T_' doI.
popuIo-

Po........... - Ni....I........ - N..... 2........ 3........ - Ni.... ......... - Ni.... - Ni.... ......... ToW ........i... --.....
..........

11.'
5.8 3.7 0.7

IS.' .1.1 U 5.7 1.8 31.9
100

lU 17.5 ,... 5.3 1.5 5U
100

28,8
100

Niveaux de connaiuanee d. françai. Effoctif. (en milliers) .. z '" ç. I U

2000 1980 1990 Hn'.A Hyp. B

- Ni..l Niv.2
- Niv.3 - Niv.4

- Niv.5
TQW p<>p.francophQne TI>talde la p<>pwa'iQft

.98.1 872.6 .64.1 207.5 66.6 2108.9 4612.0 10.8 18.9 10.1 '.5 1.<
'5.7 .00

1121.9 1253.3 615.8 31'.3 185.5 3470.8 6012.2 18.' 20.8 10.2 5.2 2.B
57.7 100

1823.5 1827.5 1263.' 459.5 163.3 5137.2 7 530.9 21.5 21.6 16.8 6.1 2.2
68.2 100

I 208.1 2388.9 1263.' 459,5 163.3 5481.2 7530.9 16.0' 31.' lU 8.1 2.2
72.5 100

Po."'.n..... - Niv.1 - Niv.2 -

- Niv.3 Niv.4
- Ni..S

I

TQ/a1 p<>p. francophQne

TQ/a1de la p<>p.latiQn

r
I

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.