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La vallée du Vançon

De
314 pages
La vallée du Vançon recèle une grande diversité de paysages. Pourtant, à bien y voir, une réelle unité s'en dégage. Cet ouvrage s'attache à faire revivre une terre hier très peuplée, aujourd'hui parsemée de villages oubliés. Il permettra de mieux étudier l'imbrication de différents niveaux : la Provence, la France, l'international. Enfin, cette première partie reviendra sur les épisodes les plus cruciaux de l'histoire de la vallée. Un second volume abordera la période de la Révolution à nos jours.
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La vallée du Vançon
CONNAISSANCE
DES RÉGIONS
La vallée du Vançon recèle une grande diversité de paysages. Philippe Nucho-Troplent
Provence Alpes
Côte d’Azur Cette diversité des milieux ne doit pas faire oublier l’unité bien
enracinée de la vallée.
Cet ouvrage s’attache à faire revivre une terre hier très
peuplée, aujourd’hui parsemée de villages oubliés, mais
n’ayant rien perdu de leur âme. Il met les évènements locaux en La vallée du Vançon
perspective avec l’histoire de la Provence, l’histoire nationale et
parfois même internationale lorsque des évènements extérieurs Ce pays silencieux qui bruisse
conduisent à mobiliser les ressources de la vallée au bénéfi ce
des galères du roi, de la citadelle de Sisteron ou de la défense
Tome 1nationale. Il faut parfois aller jusqu’à Aix ou Naples pour mieux
Tome comprendre le fonctionnement de la noblesse locale. Des origines à la n de l’Ancien Régime
Il permettra à chacun de mieux saisir les épisodes les plus 1
cruciaux de l’histoire de la vallée : l’importance des ordres religieux
dans le développement de l’élevage et la surexploitation des
sols, la tentative d’unité de la vallée conduite par les seigneurs au
Moyen Âge, les raisons qui ont conduit les troupes de Raymond
Roger de Turenne à faire de Saint-Symphorien un village
martyr, les conditions du repeuplement de la vallée après une
longue période de quasi-désertion, le caractère querelleur des
populations qui a pu parfois les conduire au bord du gouff re,
ele renouveau amorcé au 17 siècle où les villages s’étendent,
les campagnes se peuplent, où fl eurissent des chapelles et des
églises, où se multiplient confréries et processions.
Un second volume abordera la période de la Révolution à
nos jours.
Parsemé de portraits, le livre de Philippe Nucho-Troplent
ravive la mémoire de ceux qui ont fait la vallée.
Philippe Nucho-Troplent, né en 1964, Chevalier des Palmes académiques,
membre de plusieurs sociétés d’histoire régionales, a publié plusieurs
ouvrages sur l’histoire de la Haute-Provence ainsi que sur les Antilles qui sont
ses centres d’intérêt depuis de nombreuses années.
Illustration de couverture : Le pont de la reine Jeanne
sur le Vançon par Patricia Jean-Gilles CONNAISSANCE
DES RÉGIONS
Provence AlpesISBN : 978-2-343-09810-4
Côte d’Azur
34 €
CONN_REG_GF_PACA_TROPLENT_18_VALLEE-VANCON_T1.indd 1 22/09/16 21:51:41
Philippe Nucho-Troplent
La vallée du Vançon





La vallée du Vançon
Ce pays silencieux qui bruisse

Tome 1
Des origines à la fin de l’Ancien Régime
Collection « Connaissance des Régions »
Cette collection accueille
des monographies régionales


Christian Ferault, Ermite en forêt mayennaise, 2016.

Claude Cretin, Deux siècles d’additions et de
soustractions. Une histoire financière de Saint-Étienne
1790-2012, 2015.

Franck Buleux, L’unité normande. Réalité historique et
incertitude politique, 2015.

Éric Fabre, Laine et drap en haut Verdon. Une haute
e eProvence textile (fin XVII – milieu XX siècle), 2015.

Guy Penaud, Dictionnaire des sénateurs de la Dordogne,
2015.

Christine Belcikowski, Les chemins de Jean Dabail ou la
dissidence d’un fils du petit peuple de Mirepoix au temps
de la Révolution française, 2014.

Cédric Carré, 1805, Napoléon revoit l’Aube, 2014.
Raoul H. Steimlé, Francs-Comtois célèbres et moins
connus, 2014.
Philippe NUCHO-TROPLENT








LA VALLEE DU VANÇON
Ce pays silencieux qui bruisse


Tome 1
Des origines à la fin de l’Ancien Régime










L’Harmattan

































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-09810-4
EAN : 9782343098104















À mes filles Magali et Aurélie,

À ma petite-fille Zoé,


En mémoire de mon père, Edmond,
ce poète, cet inconnu,
qui m’a légué le plus sublime des horizons,
le Vançon.






Ce pays qui m’aimante…





Dans mes jeunes années, la Haute-Provence n’avait qu’été. C’était un
pays posé sous un bleu dur où la chaleur joyeuse contrastait avec la
fraîcheur limpide du Vançon. L’hiver n’existait pas. Cette vision
m’est restée à jamais. Ce n’est que bien plus tard que j’ai su que ce
pays pouvait connaître d’autres saisons et d’autres couleurs.

Ce pays m’aimante. J’en ai besoin. J’ai besoin de me plonger dans sa
solitude, dans ses paysages vertigineux, dans le mystère de ses
villages que l’homme a déserté. Ce pays est inondé de silence et de
lumière. L’homme y a laissé une trace douce, évanescente. La pierre
et l’eau y font jaillir une parole infime. C’est le langage qu’il me faut,
exactement. Il est la pureté et l’absolu.

Cette terre, c’est celle d’instants d’enfance entièrement heureux, à
courir derrière les chats de ma grand-mère, parfois jusqu’au lavoir de
Vilhosc où les couleuvres me chatouillaient, des baignades
insouciantes, des ambitions de barrages et de moulins éphémères
construits avec mon père, des nuits chaudes, noires ou étoilées, avec
les grillons chantants et les vieux du village, englouti que j’étais dans
la fascination. Ils racontaient l’avant et je les questionnais. Je vivais
avec eux les temps anciens où le facteur traçait à pied dans les robines
et les collets, où la jeunesse collectait la lavande sauvage pour se faire
quatre sous, où les enfants étaient encore poursuivis par des loups en
courant à l’école, lors d’un hiver extrême, entre Mens et Mouneaux,
où l’on se levait à quatre heures du matin pour enjamber charrettes
jusqu’à Sisteron, où l’eau s’économisait en été, où l’électricité encore
timide s’éclairait au robinet de faïence, où les cabinets trônaient au
milieu de l’écurie, où l’on ramassait le petit pont de bois du Davi pour
le remettre en place après la grande crue, où le galetas était mon
univers, le monde des fantômes et des secrets. À midi, la salade
7
d’auriges et le civet longuement mijoté sur le poêle m’appelaient. Et
puis il y avait la vieille horloge, la très vieille horloge. C’était un
temps où le temps ne s’était pas encore emballé. Son cœur battait
lentement et la vie avait le goût de la plénitude.

Je vous parle d’un temps où le goudron s’arrêtait à l’école
d’Entrepierres. À dix ans, c’était une piste en terre de Marguery
jusqu’au pont de la reine Jeanne. Après, c’était un espace sauvage et
indomptable où l’on était sûr de ne croiser personne. Quand j’avais
douze ans, je rassemblais tous ceux qui le voulaient bien. Mme Lagier
me racontait son combat pour le regain de Vilhosc, M clément, le
facteur, me racontait les derniers de Saint-Symphorien ; je tirais même
quelques mots à Mme Gervais, la vieille bergère muette à la peau
tannée par un trop de soleil. Il y avait aussi cette vieille fermière
énigmatique qui logeait dans les catacombes du château de Briasc et
que nous allions voir de temps en temps pour lui acheter un poulet.
Selon l’humeur, tantôt elle voulait bien, tantôt elle nous envoyait
courir. Je crois que nous n’y allions ni pour son accueil ni pour son
poulet, mais parce que ce vieux château décrépi était chargé de
mystères.

Mon oncle, Marcel Nevière, qui connaissait chaque colline, chaque
ruine, chaque source, chaque secret, avait compris que j’étais l’un des
leurs. Il m’a tout montré. Papa était mon compagnon de marche. Je lui
ai fait arpenter toutes les vieilles drailles à moutons, tous les chemins
pierreux, descendre le torrent en des endroits impossibles. Dans cette
aventure, nous étions frères. Nous emportions toujours un antidote
depuis qu’une vipère avait failli nous mordre du côté des Vigoureux.

Ce texte a jailli à sa disparition et je me suis laissé porter. C’est une
écriture vraie. Ce pays ne supporte que le cru. Ma seule référence,
c’est l’amour qui m’anime. Rien de savant, juste le retour exact d’un
témoignage, d’un après-midi de luxure passé dans le confort douillet
de l’archive, un petit moment de plaisir et de partage pour qui aime les
bouts du monde.

Ce que les anciens ne m’ont pas dit, je l’ai cherché dans le calme
feutré des salles d’archives. Je ne suis pas historien. Je suis seulement
passionné d’histoire. Bien souvent, j’ai choisi de laisser parler
l’archive brute qui recèle la saveur des siècles autrement plus
8
vigoureusement que tous les commentaires. Cet ouvrage n’est qu’un
début et ma faim reste intacte.

Je n’aurais jamais fini avec toi, Vançon, si je m’éloigne, tu viens et
nous nous cherchons. Si, parcourant Saint-Symphorien ravagé, je
quitte ce lieu que j’ai tant aimé, meurtri, avec l’impression que l’on
m’a volé quelque chose, j’y retourne et retourne encore.

Vançon, tu es le havre des meilleurs jours. Tu es le lieu où je veux
chercher la vie et le repos. À travers toi, c’est l’histoire de Provence et
de France, c’est l’histoire universelle que nous redécouvrons. Ton
prisme est une ouverture au monde.
9




Un territoire contrasté, chahuté, mais formant unité





Le pays du Vançon est un espace homogène, mais contrasté. Sa rivière
emblématique est d’abord un torrent. Elle court sur plus de trente
kilomètres du pied des Monges (2115 m) à la vallée de la Durance où
2elle se jette, à Volonne. Son bassin, de plus de 185 km , recueille les
quelques eaux du Verdachon prenant sa source au col de Fontbelle,
mais aussi les eaux du Riou d’Authon, du sublime torrent de la Bastié
1courant dans les alpages, du David , des ravines de Saint-Symphorien
et de Maurel, du vallon de la Grande Combe qui rassemblent les
maigres eaux de la colline Saint-Joseph, de la Limace enfin, sans
2jamais recevoir les eaux plus généreuses du Riou de Jabron qui se
réunit à la Durance presque au même endroit. Son régime nival
conduit à une diminution de moitié de son débit pendant la période
3d’été, de l’ordre de 150 l/s’en août au pont de la Reine Jeanne . Les
pluies peuvent provoquer des crues importantes et les crues
4centennales atteindre jusqu’à 430 m³/s . Entre 1667 et 1686, le
Vançon a si régulièrement et si violemment emporté les terres de la
communauté de Beaudument, qu’elle fut contrainte de revoir
profondément son terrier : « … il est survenu quantité de déluges

1 Prononcer Dàvi.
2 D’une longueur de 20 km environ, il prend sa source à Saint-Geniez et se jette dans
la Durance à Salignac. Le terme Jabron vient de la base préceltique gava, qui sert à
nommer les torrents de montagne. bron, pour brun, qualifie la couleur des eaux.
Bénédicte et Jean-Jacques Fénié, Toponymie provençale, Éditions Sud-Ouest, 2002
– p. 33.
3 En août 2009, 89 l/s au pont d’Authon, 158 l/s au pont de la reine Jeanne, 113 l/s
au pont de Sourribes, mais seulement 29 l/s à la confluence avec la Durance. Les
principaux prélèvements ont évidemment lieu à Sourribes et Volonne. Étude
SOGREA pour l’Agence de l’eau – mars 2010.
4 Syndicat mixte d'aménagement de la vallée de la Durance (S.M.A.V.D), Étude
générale de la Durance entre Serre-Ponçon et L'Escale, volet hydraulique et
sédimentologie. Bilan de l'état actuel – S.M.A.V.D – p. 18, 47, 60, 66.
11
d’eau et parce que le terroir est presque tout ardent et penchant la
rapidité des eaux a presque emporté la plus grande partie du
5terroir… » .

Ayant abreuvé nos peuples pastoraux et leurs animaux, fait tourné de
nombreux moulins, arrosé quelques petits jardins sans subir trop
d’outrages pendant des siècles, le Vançon a connu des attaques à son
intégrité par les deux bouts au cours du siècle dernier. Cette situation
préoccupante a atteint son apogée dans les années 1990. Le Vançon a
souffert alors certains étés ardents où l’œil nu ne décelait plus même
une goutte d’eau à l’aval du canal de la plaine du vivier, à deux pas de
sa confluence…


Carte physique du pays de Vançon

C’est en effet sur le parcours final surtout que ça se gâte… À
Sourribes, les enjeux sont multiples. Le Vançon est fort convoité tant
par la consommation humaine que par les besoins des cultures
fruitières du plan de Saint-Roman et de la plaine de Volonne. Au
cours des siècles, on y détournait une part du débit grâce à un réseau
de canaux inscrits dans la tradition provençale. Tout au long de la
rivière, on devine un réseau hydraulique dense. N’oublions pas non

5 À.D Alpes-de-Haute-Provence – E 247/2.
12
plus que notre Vançon a toujours été important pour le plan de
Volonne. Le long et historique canal de la plaine de Volonne manque
parfois de ressource dès sa prise d’eau lorsque le niveau du Vançon
est à l’étiage. L’irrigation est alors plus longue et la fréquence des
sacro-saints tours d’eau qui ont tant occupé nos ancêtres, est ralentie.
Ce mode d’irrigation gravitaire, doux, aux faibles débits, s’est révélé
parfois insuffisant.

C’est la raison pour laquelle on est allé chercher plus de ressources,
plus profondes, plus loin, plus rapide, jusqu’à rompre l’équilibre
séculaire en allant chercher du côté de la nappe.

À l’autre extrémité, les enjeux ne sont pas minces non plus pour toute
la vallée. Située à Authon, la source de la Pinole est un apport
important à notre Vançon puisque son débit représente environ le
6cinquième de celui de la rivière dans son cours moyen. Le
prélèvement par la communauté de communes du Sisteronais dans
cette source a fait discussion en son temps. Certains riverains de l’aval
7ont ressenti un sentiment d’injustice.

Tout ceci n’est pas sans effet sur la qualité des eaux, jugée de bonne
qualité jusqu’à Sourribes où la situation se dégrade.

Le contour du bassin du Vançon est marqué par des limites naturelles
plus ou moins franchissables ; au nord : la montagne de Gache (1356
m), la Crête du Clôt des Martres (1803 m) et la Crête des RAU ; au
sudouest par la Crête de Gueruen et le Sommet de Vaumuse (1435 m).


6 De l’ordre de 24 l/s en juillet 1991- Jaugeage des sous-bassins – B.R.G.M -
Rapport R 34 658.
7 Ce captage dessert Authon, Saint-Geniez, Valernes (autre bassin) et une partie de
Sisteron.
13

Les coulées de Salignac

Sur le plan géologique, l’anticlinal des Naux structure magistralement
le paysage. Il est coupé par la Durance, formant la Clue de la Baume,
et par le Riou de Jabron, formant la clue d’Entrepierres qu’on nomme
le détroit. La haute vallée appartient largement au jurassique et
comprend de nombreuses traces de vie fossilisée. C’est la raison pour
laquelle Saint-Geniez et Authon sont incluses dans la réserve
géologique de Haute-Provence. Entre Sorine et Dromon, là où le
synclinal de Naux s’inverse et entreprend un virage en direction de la
pointe de Gache, c’est un joyeux charivari qui donne naissance à de
multiples mines de marbres de différentes couleurs, de plomb et autres
minerais. Le moyen et le bas Vançon, depuis les gorges de
Gourgoumel jusqu’à la confluence avec la Durance, appartiennent à
l’oligocène ; on y trouve des molasses rouges dont on s’est longtemps
servi pour colorer les façades de Saint-Symphorien comme de
Beaudument. Très différente, la haute terrasse de Briasc est une
épaisse couche de cailloux charriés par la Durance et fixés au cours de
la seconde grande période de glaciation.
Les marmites du diable de Chardavon, situées au pied d’Aigues
Champs, sont le résultat d’une érosion dans la masse calcaire qui a
formé d’étranges dépressions cylindriques sur un ruisseau affluent du
Riou de Jabron.

14
Si l’on croise les critères
géographiques et historiques,
on peut distinguer quatre
zones :

• Au-delà du rocher de
Dromon, le haut
Vançon - Authon,
8Brianson -quasi alpin,
mais sous influence
méditerranéenne au
sein duquel les alpages
de Feissal se
distinguent nettement,
presque comme une
cinquième entité,

• Le moyen Vançon
formé de « Saint-Geniez,
Dromon et sa vallée » selon
une formule ancrée dans

Les marmites du diable de Chardavon

les mémoires,

• l’histoire qu’on explicitera, où l’on trouve le village d’Abros et
l’ouverture de la vallée du Davi vers le col de Mounis

• La zone de Préalpes, incluant la vallée du Riou de Jabron
depuis Saint-Geniez et Entrepierres, qualifiée aussi de moyen
Vançon, et incluant aussi la vallée de Saint-Symphorien
jusqu’à Beaudument,

• La riche zone des plans et plateaux de Saint-Puy (Briasc,
Grand-Pièce, Champs-Genis, Setouiran), à laquelle s’ajoute la

8 Tout au long de cet ouvrage, nous respecterons l’orthographe Brianson pour
évoquer le hameau de la commune d’Authon. Le toponyme est notamment cité dès
1190 (Guigo de Brienso est témoin d’une donation faite à Saint-Geniez-de-Dromon)
puis en 1309 (Briansono dans un hommage au roi Robert) …
15
vallée fruitière de Sourribes avec le plan de Saint-Romain ou
Saint-Roman et une partie du plan de Volonne.


Curiosité géologique : la dalle de lapiaz de l’Adrech de Gache

Ces zones sont entrecoupées d’espaces chaotiques : les clues de
9Feissal, les impressionnantes gorges et cascades de Gourgoumont et
les superbes - et heureusement encore assez méconnues - gorges des
10Charenches que commencent à investir quelques amateurs d’eaux
vives.

11 12Le territoire s’entend aujourd’hui sur six communes : Authon ,
13 14Saint-Geniez, Entrepierres , Salignac et Sourribes et la partie nord
de la commune de Volonne. L’étendue des anciennes paroisses est très
inégale et cache une histoire et des enjeux qui sont la clé de bien des
conflits au cours des siècles. À espace limité, nécessité de
compascuité avec les territoires voisins. Qui a peu d’eau doit
s’arranger avec son voisin : sujet entre Vilhosc et Entrepierres… Mais
aussi entre Sourribes et Volonne qui ne manquent pourtant pas d’eau

9 Authon.
10 Saint-Symphorien-Beaudument.
11 En excluant les Hautes-Duyes et Le Castellard-Mélan dont le degré de couverture
du bassin versant par rapport à la surface de la commune est respectivement de 13%
et 28%.
12 Comprenant l’ancienne commune de Feissal.
13 Comprenant les anciennes communes de Vilhosc et Saint-Symphorien.
14 Comprenant l’ancienne commune de Beaudument.
16
ni l’une ni l’autre… Chacun a les problématiques inhérentes à son
territoire, mais il existe aussi une destinée commune et des sujets
récurrents et inépuisables : les impôts et la taille en particulier, l’eau,
la divagation des chèvres, les vieux droits accordés par la reine Jeanne
et autres souverains…

Situé en rive gauche de la Durance, Outre-Durance comme on l’a
longtemps dit, le pays du Vançon est tout entier sous la domination
comtale de Provence.

De même, ce territoire est entièrement inclus dans le diocèse de Gap
eet non dans celui de Sisteron créé au 6 siècle et perdurant jusqu’à la
Révolution. Feissal, aux portes des Duyes par le col Saint-Antoine,
n’est pas rattaché à l’évêché de Digne.

Malgré une succession d’organisations diverses et des temps
chaotiques, le pays du Vançon a connu une administration assez
homogène.

La répartition de l’espace par communes (en hectares)


Authon 2 719 4 016
Feissal 1 297
Saint-Geniez 3 894
Saint-Symphorien 1 484
Vilhosc 994 4 779
Entrepierres 2 301
Salignac 1 442
Beaudument 1 425 1 975
Sourribes 550
Volonne 2 461
2Total 18 567 hectares (185 km )


Si la répartition spatiale de la population a radicalement changé,
l’emplacement des villages a évolué aussi. Bien des villages perchés
e 15descendent d’un cran dès le 15 siècle , après la grande dépression du

15 Raymond Collier - La Haute-Provence monumentale et artistique – Digne -
Imprimerie Louis Jean - 1986 – p. 73.
17
siècle précédent. On a du mal à imaginer la physionomie d’un pays
émaillé de villages fixés comme des nids d’aigle entre le rocher de
Dromon et le Dromonet, la tour de Saint-Symphorien ou la citadelle
de Beaudument.

En 1304, Saint-Symphorien est la communauté la plus importante de
la vallée devant Volonne et la haute vallée est très peuplée. La grande
peste de 1348 et la surcharge des troupeaux conduisent Entrepierres,
Saint-Symphorien ou Beaudument à la quasi-désertion. Après ce
terrible épisode, les bourgs médiévaux sont abandonnés et les
populations descendent de leurs perchoirs pour constituer de nouveaux
bourgs, mais aussi se disséminer dans la campagne. La population
reste ensuite bien présente dans tous les recoins de la vallée, y compris
dans des espaces assez improbables. Ce n’est qu’à partir de 1820 que
la population diminue régulièrement avant d’atteindre son niveau le
plus bas dans les années 1950-60. Quand la croissance reprendra, les
populations s’installeront d’abord à proximité de la vallée de la
Durance et de ses activités économiques et industrielles. Une grande
partie du territoire est alors complètement déserté. Il suffit de
parcourir les chemins et anciennes drailles à moutons pour découvrir,
dans des endroits qui nous semblent aujourd’hui totalement isolés,
d’anciennes fermes, bastides ou bergeries où les hommes ont vécu et
travaillé.


Des changements radicaux dans la répartition des populations

1304 2012
Authon 330
50
Feissal 130
Saint-Geniez 110 89
Saint-Symphorien 500
Vilhosc 150 396
Entrepierres 130
Salignac 400 598
Beaudument 170
177
Sourribes 110
Volonne 365 1676
Total 2 395 2 986

18

eTout cet espace est désormais couvert d’une forêt plantée au 19 siècle
afin de fixer les sols totalement érodés par la surexploitation humaine.
Il faut une petite dose d’imagination pour entrevoir les paysages des
temps anciens : tours médiévales, montagnes pelées à perte de vue,
vastes troupeaux, chèvres qui divaguent, processions appelant la pluie
et la fécondité de la terre...
19





En temps longtemps…





Après qu’une force invisible ait pétri notre terre émergèrent les
sommets de Chine et de Vaumuse. Les montagnes de Saint-Michel et
de Saint-Joseph. Cluchette, la Corombe aussi, couronnée.


Les gorges de Gourgoumon sur le Vançon

La vallée ne garde aucune trace humaine du paléolithique inférieur.
Elle se trouve alors trop proche du glacier rissien pour être viable.

À la fonte des glaces, le Vançon entame son travail lent et obstiné,
rongeant tranquillement la montagne. Il creuse la clue de Feissal et les
21
hautes gorges, s’engouffre dans des escarpements qui devinrent
l’Ourtigas et la cascade de Gourgoumon, taille les gorges des
Charenches dont la beauté est restée secrète. Tant mieux.

À leur issue, deux cavernes mystérieuses ont nourri les songes de
générations d’enfants vigoureux, de Beaudument jusqu’à
SaintSymphorien. D’abord Lou grand stable, perchée et difficile, pouvant
accueillir une soixantaine d’âmes en peine, en cas de coup très dur.
Pas loin, Lou trou de l’auto d’où s’extrait continuellement un petit
16vent sensible . Et puis, plus haut, le roc Eyglié, le domaine des
aigles…


Les gorges des Charenches creusées par le Vançon

Le Riou de Jabron, que les vieux appelaient simplement le Rieu, scia
patiemment la montagne de la Baume, créant une coupe vertigineuse
au Détroit qui sépara longtemps Mézien d’Entrepierres, justifiant
même un projet de divorce entre les deux territoires. La clue coupait
l’amitié.


16 Sur les flancs du Grépon.
22
C’est au pied de ce spectaculaire Détroit que quelques brebis apeurées
choisirent de se réfugier. Ce mur de calcaire immense, entamé
violemment d’une brèche verticale, prit le nom qui lui sied : Inter
Pétris. Entrepierres. Aller au plus simple, c’est bien souvent aller au
plus beau. Ce nom est une réussite totale.


Autre aspect des Charenches qui s’étendent sur plusieurs kilomètres

Tout autour d’Entrepierres, ou au pied de Vilhosc, on trouve encore de
belles géodes qui ne payent pas de mine jusqu’à ce qu’un coup bien
senti fasse paraître leurs cristaux étincelants. Devrais-je dire cela ?

Plus haut, entre Saint-Geniez et Authon, il y a ce balcon géant à la fois
sinistre et grandiose. Sinistres aux premières brumes d’automne, les
mauvaises terres offrent ce spectacle unique qui impressionne
l’homme et lui délivre le plein sentiment de sa vulnérabilité, de son
caractère négligeable. Minus. C’est le Malpas, tout un programme.

Puisqu’il fallait bien cependant donner un peu de richesses à ce pauvre
pays, un vaste plateau aux origines glacières se sédimenta, offrant la
23
vaste terrasse de Saint Puy ou de Briasc, comme on voudra. Cette terre
ensoleillée, dominant la Durance, d’abord peuplée de beaucoup de
cailloux et d’un peu de lavande, fut l’objet de mille convoitises qui
alimentèrent bien des conflits entre Entrepierrais et Salignacain. Dès
qu’on leur met un peu de gras, les hommes entrent en bataille.



Entrepierres avant les hommes…



La même main invisible éparpilla quelques richesses en sous-sol,
aussi. Des grès, du gypse, du cuivre, du marbre blanc, du plomb et de
l’antimoine, de l’argent même, aux abords des hautes terres de Sorines
et Naux ou encore aux Bellets de la Forest. Moins connues, en bas
Vançon, les mines de Sourribes offrirent un peu de lignite en ces
périodes napoléoniennes où l’on faisait feu de toutes richesses, du côté
de l’Adrech de Saint-Martin et du Grippon.




24
Mais où sont les hommes ?

En temps longtemps, l’homme s’installe dans les recoins de la vallée.
Tard. Plus tard qu’ailleurs. On estime sa venue quelques milliers
d’années avant notre ère. À cette distance, il est futile de compter.

L’homme peuplait alors modestement les baumes les mieux exposés.
Ces endroits-là se méritent, mais l’on n’est jamais déçu. On grimpe,
on s’accroche, on a un peu le vertige, mais quand on a un pied dans le
baume du Trou de l’argent, on est soudain un autre. On a la vue large
et lumineuse sur la Durance. On se sent des temps premiers aux
Baumes de Gargas. D’autres hommes fascinés sont certes déjà venus,
ils ont découvert des traces de tous les temps. Chasseurs-cueilleurs du
néolithique, cachette de trésors romains, protestants persécutés,
brigands, braconniers poursuivis par les gendarmes…
La grotte du trou de l’argent garde pourtant la trace des hommes.
Découverte fortuitement, elle attire tous les notables amateurs
d’antiquité et d’archéologie de la région dans les années 1877-78. Les
matériels laissés par les hommes du paléolithique supérieur jusqu’à
l’ère chrétienne sont très divers : des restes de repas d’abord, dont les
os brûlés sont les témoins : deux ours et de nombreux petits cervidés.
Des objets essentiellement en pierre et en os : haches, burins, lames,
grattoirs, couteaux, pointes de flèches, poinçons, épingles… Des
céramiques - dont une anse assez rare en flûte de Pan - et des objets de
parure aussi… Certains scientifiques ont émis l’hypothèse selon
laquelle la grotte aurait abrité dans l’une de ces deux grandes salles un
17atelier de taille.


17 Atlas préhistorique du midi méditerranéen – CNRS – Centre régional de Marseille
– Feuille de Sisteron – 1984 - p. 48-49.
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L’entrée de la grotte Saint-Vincent




Il y a aussi la grotte Saint-Vincent qui hébergea, peut-être
ponctuellement, au paléolithique des hommes préhistoriques avant
d’accueillir son ermite mythique. Un habitat prolongé dans cette
cavité froide et humide semble bien improbable. N’empêche, nous
sommes toujours là en découvreur, premiers. À l’entrée, on observe
quelques ruines qui pourraient avoir été l’ermitage, la grotte servant
de réserve d’eau. Un petit sanctuaire y sera entretenu jusqu’à la fin du
e19 siècle.









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Saint-Vincent

D’origine berbère, Saint-Vincent est envoyé au côté de
SaintDomnin pour évangéliser la Haute-Provence. Il fut le second
évêque de Digne de 380 à 394.
La légende raconte qu’il se retira dans la grotte dont chaque
concrétion est sujette à interprétation.
Le saint exaspérait le diable qui tenta de l’enfermer dans la grotte
pour le faire mourir de faim. Mais Saint-Vincent terrassa le
diable et le transforma en serpent de pierre…




La caverne de Beaudument, d’accès très difficile, est plus énigmatique
encore. Située en dessous de la Citadelle, soixante mètres au-dessus
du Vançon, elle comprend un autel naturel et aurait pu contenir
jusqu’à 60 personnes, mais aucune fouille ne nous dit si elle a hébergé
18qui que ce soit.

La basse vallée du Vançon garde trace de l’homme à l’âge de bronze
(2 000 à 800 av. J.-C.) : une hache à Salignac et un fragment de hache
sur la rive droite de la rivière en amont du village de Sourribes. Ces
outils en bronze laissent supposer des échanges ou migrations avec
19une zone correspondant au nord de l’Italie, le Jura et la Suisse.

Les objets trouvés dans le secteur permettent de constater que
l’homme du Vançon de cette époque était petit, trapu, très vigoureux,
marchant légèrement fléchi, crâne allongé, front bas et fuyant, les
arcades sourcilières très prononcées. Outre des outils et quelques
fragments de poterie, on a aussi retrouvé quelques ossements humains
calcinés. Rite funéraire ou anthropophagie ?



18 M Achard – Description historique, géographique, topographique des villes,
bourgs et villages de Provence – Aix – 1787 – p. 315. J.J.M Feraud – Histoire,
géographie et statistique des Basses-Alpes – Laffitte Marseille – 1861 – p.233, 706.
19 Atlas préhistorique du midi méditerranéen – CNRS – Centre régional de Marseille
– Feuille de Sisteron – 1984 - p. 52.
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1880 : Quand Paul Arène visite la grotte du trou de l’argent

« La grotte est superbe, comme toutes les grottes : c'est pourquoi
je ne la décrirai point. D'ailleurs, notre ami l'anthropologue ne
nous laisse guère le loisir de regarder. Dans la chambre
principale, toute reluisante de blanches cristallisations et
pareille à l'intérieur d'une gigantesque géode, les ouvriers ont
déjà allumé leurs lampes. On commence par déblayer un
important dépôt d'os de lapin, débris de cuisine laissés par
Rascasse, et trop récents pour nous intéresser. Puis, on attaque
avec le pic la dure couche des stalagmites au-dessous desquelles,
presque à fleur de sol, apparaissent dans la terre, aussitôt passée
et tamisée, des médailles d'empereurs et d'impératrices : un
Probus, un Gordien, un Claude le Gothique, une Julia Pia,
femme de Septime-Sévère, d'un profil admirable sous sa lourde
chevelure ondée que décore une sorte de demi-croissant. De qui
peuvent venir ces reliques ? Sans doute de quelques malheureux
Gallo-Romains réfugiés là, au temps des invasions barbares.
Mais ceci est encore l'histoire, et nous voulons fouiller plus bas
que l'histoire. Patience ! Voici le gisement préhistorique : la
tranchée poussée à deux mètres met à jour une série de sols et de
foyers superposés marquant visiblement l'étiage des siècles ; et
là-dedans, au milieu des charbons et des os brisés, mille
fragments de poterie, les silex taillés en pointe ou en lame de
couteau, les pierres servant d'amulettes, les coquilles apportées
de loin, tous les muets témoins, depuis tant de siècles ensevelis,
20de l'humanité à ces jours d'enfance. »







20 Paul Arène – Au bon soleil – Charpentier Editeur – Paris – 1881.
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La région aux périodes glaciaires, paléolithique,
Néolithique et âge de bronze


Authon, capitale gauloise des Avantiques ?

Puis, des échanges naquirent un peuple gaulois, à la culture celtique,
que les romains identifièrent sous le vocable d’Avantici. Vanticus :
Vançon ? Le territoire de ce peuple est mal défini, mais se situe sur la
rive gauche de la Durance et le Vançon pourrait en être la frontière
sud. Les échanges, les alliances, les traditions, tout nous prouve une
communauté de vie sur l’ensemble de la vallée.

On sait aussi que le peuple avantique a construit quelques menhirs et
oppida notamment à Abros et Authon qui auraient bien pu être leur
capitale. Juste au-dessus du village actuel d’Authon, le site du Serre
où se trouve la chapelle Sainte-Marthe réunit toutes les
caractéristiques d’un vaste oppidum dominant le Vançon et offrant
29
21une vue exceptionnelle sur les points d’accès à la vallée. D’autres
érudits positionnent le siège des Avantici plus au nord, à Avançon,
22près de Tallard. On a trouvé, dans la vallée de l’Avance, plusieurs
poignards, haches, vases et nécropole celtes.

Il apparaît dès lors plus logique d’envisager le Vançon comme limite
sud du territoire des Avantiques avec quelques oppida matérialisant
une frontière.

Les Avantici avaient la tête dure et résistèrent à l’envahisseur romain
un peu plus longtemps que les autres… Leur territoire n’est soumis
qu’en 68, soit deux cents ans après Sisteron et la rive droite de la
Durance.





23Toponymes parlant

Origine pré-gauloise : Authon, Brianson,
Beaudument, Chardavon, Dromon, La Pène

Origine gauloise : Abros

Origine gallo-romaine : Vilhosc, Salignac.


21 Georgel, Fabien – Authon, histoire ancienne et contemporaine – 1989 – p. 18-19.
Plusieurs traces visibles sur photographies aériennes auxquelles s’ajoute un pavage
circulaire.
22 Notamment, Histoire de l’académie royale des inscriptions et belles lettres –
Volume 33 – 1770 – p. 71.
23 Baratier, Edouard - Atlas Historique de Provence – Edition Armand Colin – 1969
– cartes n° 11 et 22.
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