La vie sordide d'Albert Muller

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Albert et Norbert Muller, frères jumeaux, naissent en Allemagne le 19 août 1934. Les idées nazies qui s’y développent de plus en plus obligent leur père à s’exiler en France, pays de ses ancêtres, avec toute sa famille. Dans un village reculé de l’Ardèche, les deux enfants découvriront la Seconde Guerre mondiale.

C’est alors que leurs vies suivront des chemins totalement différents : Albert, le mal aimé comme il le ressent lui-même et Norbert l’enfant sage.

Ce roman historique et scientifique est très bien écrit et facile à lire.


Publié le : mardi 10 décembre 2013
Lecture(s) : 9
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782332652515
Nombre de pages : 142
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ISBN numérique : 978-2-332-65249-2

 

© Edilivre, 2014

Dédicace

 

Aux tolérants,

Et à ceux qui désirent le devenir.

 

Prologue

La neuropsychiatre arriva à 9 heures précises au rendez-vous. Les étudiants étaient déjà présents dans l’immense clairière de la forêt.

– Je vous remercie d’être venu si nombreux pour cette journée de travail non obligatoire, dit-elle. C’est très encourageant.

Les étudiants applaudirent, convaincus par avance de l’excellence de cette initiative.

– Vous vous interrogez sans doute sur la raison d’un cours le samedi en pleine nature par un si beau soleil. Aujourd’hui je voudrais que nous ayons un débat, constructif si possible, sur le manichéisme, plusieurs pathologies psychiatriques étant cousines plus ou moins lointaines de cette philosophie comme la schizophrénie, et la maniaco-dépression aussi appelée bipolarisme. On prête à André Malraux, à tort ou à raison, la célèbre phrase « Le 21ième siècle sera religieux ou ne sera pas ». Finalement peu importe qui l’a prononcée. Les faits sont vérifiables. Notre siècle est religieux. Les fondamentalistes de tous bords ne cachent même plus leur manichéisme, leur dualisme. Ils sont le « Bien », les autres sont le « Mal ». Ils ne sont pas les seuls tant les courants extrémistes se développent rappelant la non moins célèbre phrase de Jean-Paul Sartre « L’enfer, c’est les autres ».

La lecture du petit roman « La vie sordide d’Albert Muller », manichéen à souhait, me semble une bonne introduction.

– Vous pourrez intervenir pendant cette lecture. C’est même conseillé. Ainsi je verrai si certains d’entre vous se sont endormis, ajouta-t-elle avec un léger sourire.

Première partie

 

 

Ce dimanche-là, alors que de nombreux habitants prenaient une journée de repos bien méritée, en plein jour le ciel était d’un noir si profond qu’on devinait à peine les champs, les arbres et les fermes. Même en ville il était difficile de s’orienter. Les éclairs, tels des aigles, plongeaient sur la terre comme sur une proie facile. Le bruit du tonnerre affolait les enfants. Le vent s’engouffrait dans les rues à plus de 170 kilomètres à l’heure avec un bruit infernal. Les portes et les fenêtres claquaient. Les vitres se brisaient. La pluie transformant en torrent la moindre pente envahissait et arrachait tout ce qu’elle trouvait sur son passage. On lisait l’incrédulité et la peur sur les visages. La mer du Nord roulait d’énormes vagues scélérates de plus de dix mètres de haut. Certains cargos durent même affronter des vagues de trente mètres.

Soudain les déchainements s’amplifièrent. Venu de nulle part le tsunami submergea les terres semant avec lui les pleurs, les cris, la souffrance et la mort. Vision dantesque dont le monde aurait pu se prémunir car les signes annonciateurs d’un tel désastre étaient perceptibles depuis de nombreuses années.

La mémoire humaine défilait devant les yeux des plus anciens les images de l’éruption du Krakatoa en août 1883, volcan de Polynésie près du détroit de La Sonde. Ce cataclysme débuta par une explosion qu’on entendit à plus de cinquante kilomètres. Des projections de cendres s’étendirent jusqu’à 160 kilomètres à la ronde installant la nuit totale dans toute la région. D’autres explosions audibles jusqu’à 4.800 kilomètres créèrent un tsunami dont les vagues furent estimées à plus de 40 mètres de haut et ravagèrent tout sur leur passage. Le bilan fut terrible. 165 villages furent engloutis et disparurent. L’île de Krakatoa fut presque totalement détruite. Les pertes humaines se chiffrèrent à plus de trente-six mille morts. Mais il y eu bien d’autres victimes. Un an plus tard, on voyait encore des squelettes flotter sur les vagues de l’océan indien en direction de l’Afrique.

Ceux qui croyaient que l’éruption du Krakatoa et le tsunami qu’elle avait déclenché étaient annonciateur de celui de ce jour se trompaient. Ce sont d’autres événements qui étaient les prémices du tsunami du jour qui allait devenir la plus grande catastrophe que le monde moderne ait connue.

Ce dimanche-là, quelques-uns se rappelaient.

Le 24 février 1920 eut lieu la première vague du tsunami en présence de seulement 2.000 personnes. C’était bien peu pour inquiéter l’opinion. Une simple vaguelette, diront certains. Pourtant, à Munich, Adolf Hitler présentait pour la première fois l’idéologie nazie ayant pour but de créer un état raciste national-socialiste, anti-juif et anti-communiste. Le parti ouvrier allemand qu’il avait renommé parti national-socialiste des travailleurs allemands adhérait aussitôt à ce courant.

Lors des élections législatives du 31 juillet 1932 le parti national-socialiste des travailleurs obtint plus de 37% des voix et devint le premier parti d’Allemagne. C’était une nouvelle vague dont beaucoup se gaussaient.

Le lundi 30 janvier 1933 Hitler fut nommé Chancelier par le maréchal Paul Von Hindenburg, président allemand présenté par ses défenseurs comme un vieillard physiquement et psychologiquement diminué. Cependant de plus récentes recherches ont démontré qu’il aurait été parfaitement conscient de ses actes jusqu’à sa mort le 2 août 19341. Rapidement le nouveau Chancelier obtint la dissolution du parlement. L’armée se rangeait à ses côtés. Le 27 février de la même année l’incendie criminel du Reichstag, siège du parlement allemand, lui donnait le prétexte de supprimer les libertés individuelles. Peu de contemporains s’inquiétèrent de cette vague alors que près de 44% des Allemands allaient donner leurs suffrages au parti d’Hitler lors des élections du 5 mars. Le nouveau parlement lui accordait les pleins pouvoirs pour quatre ans.

La nuit du 29 au 30 juin 1934, appelée Nuit des Longs Couteaux, 85 personnes furent tuées et un millier arrêtées par les milices hitlériennes. Parmi les tués figuraient des partisans devenus gênants comme Karl Ernst et Ernst Röhm et des opposants au nazisme comme Fritz Gerlich, historien et journaliste de la presse d’opposition incarcéré depuis déjà 15 mois et Erich Klausener qui avait dénoncé la politique raciale du gouvernement.

Ce dimanche-là 19 août 1934, Le tsunami atteignit les terres allemandes. 90% des Allemands plébiscitaient Adolf Hitler, accordant au Führer le pouvoir absolu.

Ce même dimanche Albert Muller décida de naître une quinzaine de minutes après Norbert son frère jumeau. L’accouchement fut difficile. L’enfant ne cria pas. Son visage commençait à se cyanoser. Soudain, plus fort que la tempête, on entendit le bruit des bottes des milices hitlériennes. Un souffle puissant envahit la pièce et l’enfant cria enfin. Mais c’était le souffle de Satan.

 

 

Arnaud le père d’Albert et de Norbert était communiste. Obligé de se cacher pour échapper à la Gestapo (police secrète d’état) et aux membres de la Schutzstaffel (SS), il décida d’émigrer en France, le pays de ses ancêtres.

En France la situation avait bien évoluée depuis la prise du pouvoir par les fascistes en Italie et la montée du Nazisme en Allemagne.

*
*       *

Edouard Daladier, député radical, avait été nommé président du Conseil en janvier 1933. Renversé en octobre de la même année, il revint au pouvoir en janvier 1934. En février il muta le préfet de Paris, Jean Chappe, en raison de ses liens suspects avec l’extrême-droite. Le 6 février Daladier présenta son nouveau gouvernement à la chambre des députés.

Ce fut le prétexte et l’origine de la manifestation antiparlementaire du même jour à l’appel des Croix de Feu du lieutenant-colonel de La Roque, de l’Action française, de la ligue des jeunesses patriotes et de Solidarité française, tous orientés à droite ou à l’extrême-droite.

De nombreux manifestants tentèrent de marcher sur le Palais-Bourbon. On dénombra seize morts chez les manifestants, un chez les policiers et un millier de blessés.

Cette tentative de coup d’état fasciste amena la gauche à appeler les forces progressistes à une contre-manifestation trois jours plus tard le 9 février 1934 qui dégénéra elle aussi. On fit état de 9 morts.

La peur gagna alors le pays. Le 14 juillet 1935 une manifestation de près de 500.000 personnes suivit symboliquement le même parcours que celle de 1934. Participaient à ce mouvement les socialistes, les communistes, les syndicats CGT et CGTU, le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes et la ligue des Droits de l’homme. Un comité national pour le rassemblement populaire fut chargé d’élaborer un programme commun.

Au nom du parti radical Edouard Herriot accepta un rapprochement avec la SFIO (socialistes) et le parti communiste. Ils formeront alors le Front populaire dont le programme « Pain, Paix, Liberté » prévoyait le désarmement et la dissolution des ligues d’extrême-droite, la nationalisation des industries, la réforme de la Banque de France pour la soustraire à l’influence des « 200 familles2 », la réduction de la semaine de travail sans baisse de salaire, la création d’un fonds de chômage et d’un régime de retraite pour les vieux travailleurs.

Sur cette base, le Front populaire remporta une large victoire aux élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936 avec 57% des voix au premier tour et 386 des 608 députés au second tour.

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*       *

C’est dans cette ambiance qu’Arnaud Muller émigra en France à Saint Germain, un village reculé de l’Ardèche d’un peu plus de deux cents habitants, avec son épouse Aurora, ses 2 filles ainées Angéla 8 ans et Maria 7 ans ainsi que les frères jumeaux âgés de 2 ans.

Tant qu’ils avaient téter le lait maternel l’enfance d’Albert et de Norbert s’était déroulée sans problème. A peine pleuraient-ils parfois la nuit pour une tétée supplémentaire. Quand ils furent totalement sevrés, le caractère d’Albert changea totalement.

Il était devenu très capricieux. Ses parents devaient se lever plusieurs fois durant la nuit pour le consoler. Il faisait sans doute des cauchemars car il semblait terrorisé. La journée n’était guère mieux. Il n’arrivait jamais à terminer un jeu et se montrait mauvais perdant quand il jouait avec son frère, au point de lui jeter parfois les jouets, les dés ou les cartes à la figure. Il lui arrivait de chiper les poupées en chiffon de ses deux grandes sœurs. Il jouait calmement. Au bout d’un moment il criait :

– J’suis pas une fille.

Il arrachait alors les yeux de la poupée et tentait de déchiqueter les bras et les jambes, mais il n’en avait pas la force.

Les coups de martinet lui faisaient serrer les dents et il soutenait le regard de son père. Il ne fut propre que fort tard, même la journée. Quand il avait envie d’uriner il serrait son zizi avec la main droite et marchait de travers. Ses parents disaient :

– Albert, prend ton pot.

Il continuait à tenir son zizi en dévisageant son père ou sa mère jusqu’au moment de pisser dans sa culotte. Ne sachant que faire, ses parents consultèrent un médecin de la ville la plus proche qui ne trouva rien d’anormal et leur conseilla d’entourer l’enfant de beaucoup d’amour.

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En France le front populaire avec le socialiste Léon Blum président du Conseil signa les accords de Matignon avec la CGT le 7 juin 1936. Le droit syndical fut reconnu et les salaires augmentés d’une moyenne de 12%. Quelques jours plus tard deux semaines de congés payés furent accordés aux salariés et la semaine de travail passa de 48 à 40 heures. Le 29 juillet 1936 fut votée la retraite des mineurs et, le 28 août, les allocations chômage. L’industrie aéronautique, l’armement, les chemins de fer furent peu à peu nationalisés. Dès 1936 la scolarité devint obligatoire jusqu’à 14 ans. Le premier gouvernement Blum présenta sa démission le 21 juin 1937. Camille Chautemps, député radical, lui succéda. En mars et avril 1938, Léon Blum forma un nouveau mais éphémère gouvernement. Il dut rapidement démissionner. Edouard Daladier devint alors président du Conseil décidé à « remettre la France au travail »

La nuit tragique du 9 novembre 1938 qu’Hitler appela « Nuit de Cristal » des milliers de militants nazis, poussés à la haine par Goebbels sous le fallacieux prétexte d’un complot juif, attaquèrent les synagogues, les magasins et les maisons des Juifs dans les plus grandes villes allemandes. Ce furent les premières violences contre les Juifs.

Le 22 mai 1939 Von Ribbentrop et le comte Ciano respectivement ministres des affaires étrangères allemand et italien signèrent un pacte d’assistance militaire. L’Allemagne nazie, qui avait annexé l’Autriche et la Tchécoslovaquie et l’Italie fasciste qui de son côté avait annexé l’Albanie officialisaient ainsi l’union des forces de l’Axe.

Le 1er septembre 1939 l’Allemagne envahissait la Pologne. La France et la Grande-Bretagne exigèrent le retrait des troupes allemandes. Le 3 septembre, sans réponse, la Grande-Bretagne et la France déclarèrent la guerre à l’Allemagne. Le conflit allait durer près de 5 ans.

*
*       *

Une nuit, alors qu’il était enfin devenu propre, Albert se réveilla. Son lit était mouillé. Touchant son pyjama il comprit qu’il avait fait pipi en dormant. Honteux, il se leva et pleura. Il n’eut aucun reproche de la part de ses parents.

Depuis, il faisait régulièrement le même rêve dans lequel il était sur le chemin de l’école en maillot de corps. Après un court instant il s’apercevait qu’il n’avait ni short ni slip et que tous les autres enfants le regardaient et voyaient son zizi. Il se réveillait angoissé.

Norbert n’avait pas du tout les mêmes problèmes. Il grandissait en « âge et en sagesse ». Le premier rêve qu’il fit l’avait laissé perplexe. Il le raconta à sa mère.

– Maman, cette nuit je t’ai vue passer la serpillère dans la cuisine. J’étais dans ma chambre. Comment je pouvais te voir dans la cuisine alors que je n’y étais pas ?

Sa mère répondit :

– Ce n’est rien. Tu as fait un rêve. Tu en as fait d’autres avant mais tu ne t’en rappelais pas. Maintenant tu te souviens parce que tu grandis. Tu en feras d’autre. Ne t’inquiète pas. Tout le monde fait des rêves.

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L’armée française était réputée la meilleure du monde. Pourtant elle céda face aux Allemands en quelques semaines. Certains soldats purent fuir en Grande-Bretagne avec les Anglais lors du rembarquement de Dunkerque entre le 27 mai et le 3 juin 1940.

Suite à ce désastre militaire Philippe Pétain prit le pouvoir en France le 16 juin 1940. Il demanda l’armistice qui fut effectif le 24 et les combats cessèrent dès le lendemain.

Le 10 juillet après le vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain par l’assemblée nationale le gouvernement s’installa à Vichy. La France n’était plus une république mais un état. Elle fut envahie par les Allemands et le 30 octobre Pétain appelait les Français à la collaboration avec l’ennemi.

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*       *

Albert et Norbert intégrèrent l’école publique primaire. Ce n’était plus la même école....

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