Lascaux

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L'existence de véritables religions au Paléolithique supérieur reste controversée et l'étude de la question se base souvent sur l'observation des populations qui suivaient encore au début du XXème siècle des modes de vie ancestraux. Se fondant plutôt sur l'étude rigoureuse des grandes compositions pariétales de la grotte de Lascaux, l'auteur nous invite à une perception inédite de la pensée symbolique des populations du dernier âge glaciaire. Il parvient à l'idée que les croyances actuelles de l'humanité s'enracinent dans le paléolithique.
Publié le : dimanche 1 novembre 2015
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EAN13 : 9782336395418
Nombre de pages : 294
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Marc Bruet
LASCAUX Quand émergent les dieux
Essai
Lascaux
Quand émergent les dieux
Essai
Marc BRUETLascaux
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06914-2 EAN : 9782343069142
À Véronique, mon épouse Mes fils, Rémi et Bertrand.
Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera et il n’y a rien de nouveau sous le soleil. S’il existe une chose dont on se dise : « Vois, c’est nouveau » cette chose a déjà existé dans les siècles qui nous ont précédés.
L’Ecclésiaste Livre 1, versets 9 et 10
I.
AVANT-PROPOS
La connaissance toujours plus approfondie des sociétés anciennes conduit à une idée plus précise de la trajectoire de l’humanité à travers les âges. Des civilisations nous ont laissé de prestigieux témoignages : celles des Mégalithes, de l’antiquité autour du bassin méditerranéen, des Amérindiens du Nouveau Monde, de l’Asie encore. Il a aussi existé des sociétés qui plongent leurs racines plus profondément dans le temps. On ne les connaît le plus souvent qu’au travers d’artefacts lithiques ou osseux, c’est vrai particulièrement pour celles de « l’âge de pierre ». Toutefois, dans la période la plus récente de cette séquence, il se trouve que l’homme préhistorique s’adonnait à bien d’autres activités que celle de la recherche de sa subsistance. Il produisait en particulier de l’art sur des objets mobiliers, dans les abris-sous-roche, dans les grottes. Ces manifestations ont bouleversé par leur sophistication la conception évolutionniste qui a longtemps prévalu pour rendre compte de comportements humains millénaires. Elles ont réhabilité d’une certaine manière l’image d’hommes et de femmes perçus initialement dans le plus grand dénuement, dont l’existence semblait vouée à la seule lutte pour la survie. L’art pariétal a émergé en Eurasie il y a un peu moins de 40 000 ans. C’est peu à l’échelle géologique, mais immense pour les temps humains. Le lecteur peu ou prou intéressé par l’évolution des sociétés qui en sont à l’origine connaît les noms de Chauvet, Lascaux, Altamira. Ces cavités ornées sont inscrites au patrimoine mondial de l’humanité. La fascination que provoquent toujours sur le spectateur moderne ces productions artistiques venues du fond des âges, œuvres des sociétés de chasseurs-cueilleurs du paléolithique supérieur, n’a d’égale que les interrogations qu’elles ne manquent pas de susciter. Passé le temps de la contemplation, l’observateur, naturellement, cherche à comprendre. Depuis maintenant plus d’un siècle, la recherche des significations de l’art pariétal paléolithique a conduit à l’élaboration de nombreuses théories explicatives. Elles sont devenues au fil du temps, au mieux, de simples références bibliographiques. Par trop généralistes, elles échouent à formaliser des explications convaincantes.
De fait, le champ de l’explication, à de rares exceptions près, a été peu à peu abandonné par les spécialistes de la question. La formulation de nouvelles propositions sur les motivations de l’art des cavernes ne s’inscrit donc pas dans l’esprit du moment. C’est pourtant l’objectif de cet essai. Il ne vise pas à une nouvelle explication univoque, comme la plupart des thèses antérieures. Je suis parti du postulat selon lequel
c’est la diversité qui caractérise les ensembles pariétaux, même s’ils empruntent, outre le fait de se situer sur les parois des cavernes, à des formes symboliques relativement stables (représentation majoritaire de grands mammifères herbivores, signes abstraits) dans le temps et dans l’espace. Cela revenait à considérer les ensembles pariétaux dans leur spécificité. Il fallait autrement dit, pour parvenir à un certain stade de compréhension, aborder un ensemble pariétal donné qui devait répondre aux critères suivants : un corpus d’œuvres considéré comme complet, son homogénéité d’exécution, une bonne lisibilité que le temps peut avoir altérée. Il était aussi nécessaire de disposer d'une densité suffisante d’éléments figuratifs permettant l’établissement de liens significatifs entre les diverses composantes d'un même ensemble. L’art de Lascaux répond à ces exigences, il nous est parvenu presque intact, il est vraisemblablement issu de la même culture, la richesse de son décor reste à ce jour sans égale. J’en avais de plus une bonne connaissance livresque. La recherche qui vise à retrouver du sens dans les grandes compositions de la caverne est un objectif ambitieux, plus ambitieux que celui qui m’avait conduit il y a quelques années à la mise au point d’une nouvelle interprétation de la Scène du Puits (Éditions L’Harmattan 2012). La difficulté principale consistait cette fois à orchestrer entre eux des dizaines d’éléments figuratifs et abstraits sans recours excessif au comparatisme, méthode qui consiste à habiller l’art pariétal avec des concepts empruntés à des sociétés de chasseurs-cueilleurs peu ou prou connues. L’expérience a montré que c’était le maillon faible des formes d’explications du phénomène pariétal. Autant dire que je me suis tenu, dans la mesure du possible, à la seule considération des œuvres telles qu'elles sont imprimées sur les parois : les faire parler de l’intérieur fut un leitmotiv. La méthode nécessite de procéder à des observations précises, j’en ai trouvé d’inédites, à des analyses techniques le plus souvent calquées sur celles des préhistoriens spécialistes de Lascaux. Il faut reconnaître qu’ils sont les mieux à même de délivrer des informations objectives par leur connaissance directe de la caverne. À ce propos, je profite de ces quelques lignes pour rendre hommage aux travaux du préhistorien Norbert Aujoulat. Il lui revient d’avoir publié un ouvrage remarquable à plus d’un titre sur Lascaux (Lascaux, le geste, l’espace et le temps 2004). Cet essai doit beaucoup à ses observations, elles ont soulevé de vraies questions et appelé naturellement à leur résolution. Je ne me suis pas pour autant souvent rangé à ses conclusions, c’est même le contraire. J’ai trouvé cette confrontation d’idées riche d’enseignement. Je crois même pouvoir dire qu’elle a initié certaines de mes explications. Par ailleurs, la contribution de spécialistes d’autres disciplines m’a paru précieuse sur des points particuliers. Outre ceux de l’archéologie
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préhistorique, j’ai consulté les opinions des experts en ethnologie, en anthropologie sociale, en histoire des religions, des géologues, des volcanologues… bien sûr dans la mesure où elles étaient de nature, sinon à conforter mes thèses, du moins à ne pas les invalider. Le texte à suivre est construit de la manière suivante. À la suite d’une présentation générale et de l’inévitable déclinaison des diverses versions interprétatives de l’art des cavernes, il m’a semblé indiqué de faire figurer un exposé critique des plus récentes tentatives d’explication de l’art quaternaire, en substance, le chamanisme et le totémisme. L’essentiel du texte est ensuite évidemment consacré au déchiffrement proprement dit. Sa chronologie est simple. Elle suit les grandes divisions naturelles du souterrain : la salle des Taureaux, le Diverticule axial, enfin la Nef. Ce sont les secteurs qui contiennent les plus grandes compositions du souterrain. L’étude n’est pas exhaustive, elle ne traite pas du Passage, de l’Abside et du Diverticule des Félins. Dans un chapitre suivant, j’ai rapporté certaines de mes hypothèses sur Lascaux à d’autres sources pour en vérifier la pertinence, entre autres avec les thèses de Mircéa Eliade, historien des religions. Aux explications, j’ai associé de nombreuses illustrations. Ce sont pour la plupart des dessins dont j’atteste de la conformité avec les originaux. Une expression par l’image, davantage que le discours, ne se comprend jamais mieux qu’à travers l’image. Le lecteur pourra en juger, des versions présentées dans l’étude, certaines sont mieux argumentées que d’autres. C’est inhérent au système de déchiffrement qui approche un niveau de résolution assez précis. Ces approximations ne brouillent pas pour autant l’essentiel du fantastique récit que propose Lascaux.
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