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Le camion à cabine jaune de Hissène Habre

De
164 pages
Mahamat Ali Youssouf a voulu contribuer, par son témoignage, à une meilleure connaissance de son pays, de son histoire, de la richesse de sa diversité et des espoirs qui l'animent. Il nous rappelle ses souvenirs d'enfance dans le Sahel et raconte le malheureux épisode du camion à cabine jaune, où 73 personnes ont été exécutées à bout portant par les hommes de Hissène Habré. Un récit empreint de la culture diversifiée et composite du Tchad, ainsi que de l'espérance de sa population.
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Mahamat Ali Youssouf
Le camion à cabine jaune de Hissène Habré
Pour mieux comprendre les espoirs du peuple tchadien
Le camion à cabine jaune de Hissène Habré
Mahamat Ali YoussoufLe camion à cabine jaune de Hissène Habré Pour mieux comprendre les espoirs du peuple tchadien Préface de Chantal Gamache
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02842-2 EAN : 9782343028422
REMERCIEMENTS
Je remercie tous ceux qui m’ont aidé par les renseignements qu’ils m’ont donnés, notamment, Youssouf Nour Faki et Hissen Ahmat. Leur lecture commentée durant la rédaction a été précieuse. Je dois beaucoup aussi aux gens qui ont connu les troubles et aux survivants du Camion à cabine jaune que j’ai interviewés, soit par téléphone ou par courriel. Ils m’ont fourni des témoignages importants. Je suis reconnaissant aussi à ceux qui m’ont soutenu dans la rédaction sur le plan linguistique, particulièrement à Chantal Gamache. Enfin, je remercie toutes les personnes qui, par leurs conseils, m’ont aidé à la publication de ce témoignage.
PréfaceJ’ai connu Mahamat Ali Youssouf lorsqu’il faisait ses études de maîtrise en génie électrique, à l’École de technologie supérieure de Montréal, où je travaillais. Il avait, déjà à ce moment-là, le désir de faire connaître ce qu’il avait vécu dans son pays, le Tchad. Il m’en a fait part et j’ai trouvé le projet passionnant parce qu’il était riche de points de vue, de culture et qu’il émergeait de la sensibilité de Mahamat Ali. Ce récit, sur plusieurs tons, mêle les événements du massacre des prisonniers du Camion à la cabine jaune et les autres horreurs vécues sous Hissène Habré, ce tortionnaire de son peuple, aux souvenirs d’enfance d’un petit garçon dans sa famille, dans les campements du désert, avec son père en Égypte, à Moussoro, à N’Djamena, à ses souvenirs d’étudiant et de travailleur en télécommunications au Tchad ainsi qu’à une description de son pays et à ses réflexions sur les troubles ethniques qui ont divisé dans la souffrance la population du Tchad. Le récit se termine par le tracé de ses débuts au Canada, remplis d’espoir, ses difficultés à s’adapter, à trouver du travail et à faire reconnaître ses compétences. Cette histoire vécue est touchante, imprégnée d’humanité, de culture, d’ouverture et d’espoir. Elle soulève, pour l’auteur, un certain nombre de questions. Pourquoi les gens qui habitent ce pays s’entretuent-ils à la recherche d’un pouvoir? Pourquoi ceux qui sont à la gouverne du pays éliminent-ils leurs propres concitoyens à leur profit? Pourquoi mêle-t-on les enfants aux troubles politiques, desquels ils ne comprennent pas grand-chose ? Les enfants sont l’espoir d’un peuple. On doit les protéger et les éduquer. Le père de l’auteur, enseignant à Moussoro pendant plusieurs années, croyait au changement par l’éducation et non par les armes.
La lecture de cet ouvrage touchera certainement plusieurs lecteurs. Ces derniers y apprendront beaucoup sur la culture arabo-africaine du désert: les élevages, la nourriture, la médecine
traditionnelle, les jeux d’enfants, l’organisation familiale et l’intervention précieuse des femmes dans le règlement des conflits. Chantal Gamache
8
Le récit du massacre du Camion à cabine jaune en 1982
Nous étions en 1982. Nous nous hâtions, apeurés, sous les coups de feu des Forces armées du nord (FAN). Le chef des rebelles, Hissène Habré, vient d’entrer dans la ville de Moussoro. De nombreux rebelles pénétraient, par toutes les rues, dans la ville, dans des voitures militaires, armés de canons. Ces convois soulevaient des tourbillons d’une poussière étouffante dans le bruit assourdissant des moteurs et des armes, dans les cris des fuyards. Les tirs sifflaient à nos oreilles de toute part. Leur fumée sentait le soufre, brûlait les yeux et formait des nuages semblables à ceux qui annoncent l’orage. Nous comprenions que les rebelles de Hisséne Habré menaient une insurrection contre le Gouvernement d’union nationale de transition du Tchad, le GUNT. On voyait des militaires armés et agressifs et des personnes fuir sur le sentier étroit d’Amdjamena-Bilala, la route qui mène vers la ville d’Ati, pour se réfugier dans les villages environnants.
En 1982, mon père était professeur et membre de la FAP (Force armée populaire). La nuit précédant l’entrée dans la ville des troupes de Hissène, quand mon père et d’autres membres du parti ont appris que les troupes de Hissène Habré, après avoir campé pendant environ trois semaines à 5 kilomètres de la ville et pris les villes du nord, envahiraient Moussoro, ils ne savaient plus quoi faire. Ils ont passé plusieurs nuits blanches. Les hommes qui avaient étudié dans les pays arabes étaient les plus en danger. La veille de l’entrée des rebelles dans Moussoro, ma ville natale, mon père a fui en compagnie de plusieurs autres commerçants et cadres en direction de la capitale, N’Djamena, qui se trouvait sous le contrôle des forces loyales du GUNT. Ce sont 75 personnes, à bord de plusieurs camions ouverts et d’une automobile Toyota, qui ont pris la direction de N’Djamena. Il était dix heures du soir. La nuit était tombée. Dans la ville, il ne restait pas un seul partisan adulte de la Force armée populaire (FAP). Chacun craignait pour son sort.
Ce soir-là, le silence était écrasant. Tout ce qui donne vie à une ville :la présence des gens, leurs activités, leurs échanges, avait