Le combat d’André ALIKER

De
Publié par

Il s’agit de l’édition électronique de 88 pages de la brochure de Armand NICOLAS paru en 1974 sur le combat d’André ALIKER, journaliste et gérant du journal communiste JUSTICE dénonçant les méfaits de M. Eugene AUBERY, gros propriétaire usinier de Martinique en 1933. Il fut assassiné en étant ligoté et jeté à la mer, meurtre commandité. On connait les assassins, on connait le commanditaire du meutre, mais au procès de cette affaire ALIKER, il a été dit au sortir du tribunal qu’il s’agissait d’un suicide alors que les preuves montrent le contraire. Son frère Pierre ALIKER (ami proche et premier adjoint de CESAIRE, mort très récemment, le même jour que MANDELA, a toujours porté le deuil en étant habillé de blanc. En Introduction, Joslen JONAZ faite le parallèle avec l’apartheid des afrikaners vu que cette caste béké, dont AUBERY a fait partie, vit toujours à part de la société martiniquaise depuis la période de l’esclavage alors que l’on nous parle de faire résilience.


Publié le : mardi 1 janvier 1974
Lecture(s) : 18
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782954346366
Nombre de pages : 109
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
img
img

 

 

 

LE COMBAT

D’ANDRE ALIKER

 

 

 

 

Par Armand NICOLAS

Professeur d’histoire et historien

 

 

 

 

Version par Joslen JONAZ

Editions Nécessité / Janvier 2014 Martinique

 

 

 

 

www.editionsnecessite.com

 

email : necessite@orange.fr

 

 

 

Du même auteur

 

Brochure ‘La Révolution antiesclavagiste de mai 1848 à la Martinique’

Parution en 1962, 1967 et 1982, Editions Justice

 

---------------------

 

Brochure ‘L’insurrection du Sud de la Martinique’

Parution en1971, Editions Justice

 

---------------------

 

Brochure ‘Le combat d’André ALIKER’

Parution en1974, Editions Justice

 

---------------------

 

Les 3 tomes de ‘l’histoire de la Martinique’

Parution en 1996 et 1998 Edition L’harmattan

 

---------------------

 

Livre ‘Chez les arawaks de la Martinique au 5° siècle’ avec Joslen JONAZ

Parution en 2013 Editions Nécessité

 

 

 

TABLE DES MATIÈRES

 

Mot de l’Editeur

 

I. La Martinique en 1933

 

II. Le scandale Aubéry-Lareinty

 

III. La lutte de «Justice» et d'André Aliker contre les tares du régime colonial

 

IV. L'assassinat d'André Aliker

 

V. Une semence féconde. L'éveil de la conscience prolétarienne

 

ANNEXES

 

La plainte d'Emmanuel de Lacoste

 

Poèmes

 

La Chanson populaire

 

Protestation des étudiants martiniquais

 

REMERCIEMENTS

 

 

MOT DE L’EDITEUR

 

Je crois qu’il est juste, bon et nécessaire de se rappeler la mort (l’assassinat) d’André ALIKER qui remonte à 80 ans, c’est à dire en 1934.

 

On nous parle de résilience1 depuis quelques temps. Il faudrait faire résilience, c’est-à-dire rebondir, mais rebondir sur quoi ? Sur quoi faire résilience puisqu’il n’y a pas eu reconnaissance du crime ou des crimes perpétrés ou agissements établis dans cet apartheid2 économique qu’est la Martinique.

 

Le courbaril planté, qui était une main tendue vers l’autre, n’éliminait en aucune mesure ces crimes commis et connus de tous. Qu’on nous parle d’abord de connaissance puis de reconnaissance afin qu’il puisse avoir une réparation qui amènera surement à une réconciliation et là nous pourrons parler de résilience et de fraternité générée !

 

En cette période de souvenir ou Nelson MANDELA et Pierre ALIKER sont partis en même temps il est bon de se rappeler ce qu’est la vérité historique sur la mort d’André ALIKER afin de bâtir notre présent et notre futur sur des bases saines de vérités et de transparence. Trop Longtemps l’omerta et le silence ont primé sur des devoirs de mémoires et de vérité qui pouvaient nous libérer mentalement. Car si nos ancêtres ont brisé physiquement le 22 mai 1848 les chaines de la captivité nous n’avons toujours pas à ce jour su briser les chaines mentales de ce singulier pays dans lequel nous vivons, la Martinique, terre de souffrances.

 

Parler d’André ALIKER en est un exemple, un exemple de délivrance de nous-mêmes car lui a, en toute intégrité, voulu apporter à son peuple prolétaire, la vérité journalistique sur des faits délictueux, impactant une population subissant encore le joug de cet apartheid économique institué et perpétré par une caste, vivant à part, et pourtant si peu nombreuse.

 

Quand j’ai proposé à cet influent journaliste compétent et président du club presse de Martinique d‘honorer la mémoire d’André ALIKER journaliste intègre ayant payé de sa vie en 1934 son engagement je savais que cette demande aboutirait.

 

Et elle ne doit pas être la seule initiative car tous les partis politiques, fils, descendants de cette ligne instituée par les MONNEROT, ALIKER et GRATIANT devraient être présent tous les 11 janvier sur la tombe d’André ALIKER, ceci au-delà de toute divergence idéologique c’est cela aussi faire résilience, mais on n’en est point encore là. Tous les petits martiniquais devraient sur les bancs de l’école publique apprendre l’épopée de ce brillant journaliste de leur pays.

 

Pierre ALIKER,(ancien premier adjoint du maire de Fort de France , Aimé CESAIRE) petit frère d’André, me rappelait très souvent le drame de son ainé, pour lui parti trop tôt. Pierre ALIKER qui jouissait d’une excellente mémoire et était tout aussi bon nageur que son frère André m’expliqua que la première tentative de noyade d’André qui eut lieu en début janvier 1934 échoua grâce à cette aptitude.

 

De ce fait, pour être sûr de le noyer, quelques jours après, le 11 janvier 1934, ses assassins ligotèrent André et l’attachèrent à une lourde pierre.

 

Alors parler de suicide était pour Pierre la chose la plus inconcevable que l’on puisse lui dire au sujet de la disparition de son frère André.

 

Durant toute sa vie Pierre ALIKER a porté le deuil d’André en sortant toujours vêtu de blanc en mémoire de son frère André assassiné le 11 janvier 1934.

 

Armand NICOLAS le premier historien martiniquais (qui nous a apporté en 1960 la vérité historique sur le 22 mai 1848) a publié en 1974 avec les Editions ‘Justice’ une excellente brochure intitulée ‘le combat d’André ALIKER’ sur ce que l’on peut appeler l’affaire ALIKER.

 

Je veux publiquement le remercier d’avoir publié cela à cette époque difficile ou lui-même subissait les foudres gouvernementales.

 

Nous avons voulu (en 2014) quarante ans après sa brochure de 1974 réaliser cet ebook international à l’ère du numérique pour ne point oublier cette affaire ALIKER qui est un parfait exemple de la main mise oligarchique sur notre pays et sur notre peuple martiniquais.

 

 

 En la mémoire d’ANDRE et de  PIERRE ALIKER,  et en toute humilité

 

Le 01 janvier 2014, JONAZ Joslen, (Jocelyn CATAN)

 

Association Nécessité, Martinique.

 

img

I. - LA MARTINIQUE EN 1933

 

1933. L'année du scandale de Lareinty. A terme, le 11 janvier 1934 l'assassinat d'André Aliker, gérant du journal communiste « Justice ». Deux événements qui ont marqué l'histoire politique martiniquaise. Evénements fortuits, imprévus ? Non. Les produits d'un système, le reflet d'une société : boue et sang du régime colonial dans la Martinique des trois familles, des gouverneurs proconsuls, des «petites bandes» et des coupeurs de canne traîne-la-faim, de la fraude électorale et de la corruption institutionnalisées, à l'heure où en Europe les forces de démocratie et de paix livrent un gigantesque combat contre les forces du fascisme et de la guerre.

La Martinique de 1933 n'est pas un îlot de tranquillité où la vie se déroule en vase clos loin des tumultes de l'Europe et des centres où se joue le destin de l'humanité. Colonie française depuis trois siècles, «vieille» colonie au statut particulier, elle est, par sa situation de dépendance, sensible à toutes les péripéties de la métropole qui y ont leur prolongement et leurs échos. Sensible aussi aux tourmentes qui secouent le monde capitaliste, comme la grande crise économique de 1929. C'est dire que la vie économique, sociale et politique de la Martinique de 1933 est étroitement liée au contexte métropolitain et international.

 

La crise du monde capitaliste et la montée du fascisme

 

La crise économique de 1929 est l'un des phénomènes majeurs du monde capitaliste au début des années 30. Elle aura des effets profonds dans tous les domaines, y compris dans l'évolution politique des Etats capitalistes. La surproduction amène les pays capitalistes à détruire des quantités énormes de marchandises, à freiner la production. Le commerce s'effondre. Des dizaines de millions d'hommes sont réduits à l'indigence ou au chômage. La crise atteindra la France à partir de la deuxième moitié de l'année 1930 et se prolongera jusqu'en 1935.

Pour conjurer la crise, le patronat aggrave l'exploitation de la classe ouvrière, intensifie le travail, s'en prend aux salaires et aux libertés ouvrières. La paysannerie et une partie importante des couches moyennes sont durement touchées.

La grande bourgeoisie et ses gouvernements réactionnaires renforcent les mesures tendant à briser les résistances et le mécontentement des travailleurs. De juin 1932 à février 1934, des gouvernements radicaux, soutenus par le Parti socialiste SFIO, lancent la police contre les travailleurs, s'associent aux forces réactionnaires dans leur campagne anticommuniste et antisoviétique. Ils tolèrent l'activité de plus en plus insolente des bandes fascistes qui ont leurs complices jusqu'au sein de l'appareil d'Etat.

L'antisoviétisme de la bourgeoisie occidentale est d'autant plus virulent que l'Union soviétique, loin d'être touchée par la crise, se consolide et connaît un impétueux développement du socialisme avec le succès des plans quinquennaux. Exemple « dangereux » qui, face à l'anarchie et à la barbarie du régime capitaliste, accroît l'influence du communisme.

En janvier 1933, Hitler a accédé au pouvoir. C'est le triomphe du fascisme dans une Allemagne revancharde où s'installe la dictature ouverte des éléments les plus réactionnaires. En quelques mois Hitler frappe les forces démocratiques, interdit les organisations communistes, instaure une terreur sanguinaire et raciste et accélère la préparation d'une nouvelle guerre. En Italie un régime fasciste est en place sous la férule de Mussolini. Le Japon, l'Allemagne et l'Italie s'associent dans le pacte anti-Komintern, dirigé contre l'URSS et le mouvement ouvrier international. Et presque partout dans les pays d'Europe occidentale et centrale, à des degrés divers, s'agitent les émules d'Hitler et de Mussolini, et la bourgeoisie songe au fascisme comme moyen de salut contre l'effondrement du capitalisme.

«Dans la plupart des pays capitalistes, la grande bourgeoisie organise des formations fascistes de guerre civile, érige en système le banditisme politique, la terreur blanche, la fusillade des grévistes et des manifestants, la dissolution et la destruction des organisations ouvrières.» 1

En France, les ligues fascistes, comme la «Ligue des patriotes», «l'Action Française », «les Croix de Feu» constituent des groupes armés dont les violences sont dirigées contre le mouvement ouvrier, ses organisations et sa presse.

Ce climat de violence anticommuniste et anti ouvrière, cette poussée du fascisme, la politique gouvernementale de soutien au patronat capitaliste ne peuvent qu'encourager à la Martinique les forces les plus réactionnaires : l'insolence d'un Aubéry, les abus de pouvoir des gouverneurs, la virulence de la campagne anticommuniste de certains journaux, comme « la Paix», les menaces physiques exercées sur le journaliste communiste André Aliker jusqu'à son assassinat ne peuvent se comprendre pleinement si on ne tient pas compte du «climat français et européen.

 

Comme un vol de gerfauts...

 

La Martinique de 1933 c'est d'abord un vaste champ de cannes couvrant presque toute l'île, avec ça et là des taches d'un vert plus sombre qui gagnent d'année en année avec l'extension de la banane.

Pays de quasi-monoculture où la canne occupe près de 20 000 hectares. Sucre (50 000 tonnes) et rhum (180 000 hectolitres d'alcool pur) fournissent 88 % des exportations. Mais déjà la culture du bananier se développe rapidement, ainsi que celle de l'ananas. En 1933, la Martinique exportera 9 300 tonnes de bananes, contre 4 500 en 1932.

Pays où l'agriculture et l'industrie liée aux productions agricoles constituent les principales ressources qui assurent l'existence de ses 232 000 habitants, dont 46 000 concentrés dans la capitale Fort-de-France.

L'industrie, c'est surtout 19 usines centrales produisant sucre et rhum et 148 distilleries fabriquant du rhum agricole.

A côté, depuis la destruction de Saint-Pierre en 1902, les autres secteurs industriels sont très secondaires, représentés par de petites entreprises concentrées surtout à Fort-de-France. Un recensement officiel indique : 1 chocolaterie, 1 fabrique de beurre de cacao, 1 fabrique de pâtes alimentaires, 1 fabrique d'extrait de bois de campêche, 4 de glace, 1 brosserie, 1 vinaigrerie, 1 tannerie, 2 forges et fonderies, 8 fours à chaux, 10 imprimeries, 2 usines de conserves de fruits, 2 tonnelleries, 1 brasserie, 2 poteries, 1 fabrique de sandales, 1 usine électrique, 11 fabriques de boissons gazeuses, quelques scieries et garages.

C'est dire que la Martinique dépend étroitement de son commerce extérieur, au premier chef de sa métropole. Prix du sucre et du rhum sont fixés à Paris et il suffit d'une chute conjoncturelle (et cela arrive souvent) pour provoquer une catastrophe. Les usiniers s'en tirent notamment en décrétant une baisse des salaires. Le budget de la colonie dont les recettes sont liées aux échanges commerciaux prend des trous difficiles à combler.

Dépendance aussi à l'importation puisque l'essentiel des articles industriels et des produits nécessaires à la nourriture de la population provient de l'extérieur.

Depuis trois siècles, le système est bien rodé. C'est le Pacte Colonial qui assure à la métropole un véritable monopole du commerce. Une petite fenêtre ouverte en 1866 avec la politique libre-échangiste de Napoléon III permit alors à la Martinique de diversifier à son avantage ses sources d'approvisionnement et son marché d'écoulement. Elle s'est vite refermée dès 1892 avec le protectionnisme le plus rigoureux.

Economie fragile, instable, sensible à toutes les fluctuations extérieures, donc sérieusement secouée par la terrible crise de 1930.

Un exemple : le prix de l'hectolitre de rhum est passé de 1 100 F en 1930 à 600 F en 1933 (il tombera à 300 F en 1935).

La crise de 1930 a obligé les milieux dirigeants français à ajuster leur politique coloniale. Les exportations françaises sont tombées de 50 milliards en 1929 à 18 milliards et demi en 1933. Accroître les échanges avec l'Empire pour compenser en partie les pertes sur le marché mondial, telle fut la nouvelle orientation.

« Dans cette phase critique, les colonies ont apporté à la métropole un secours précieux et pris une part de plus en plus importante dans l'ensemble de nos échanges commerciaux », écrit un rapport sur les relations entre la France et ses colonies présenté devant le Conseil National Economique.

Et cet organisme, expression des intérêts de la bourgeoisie capitaliste, recommande : « la production coloniale doit être orientée dans le sens d'une économie complémentaire et non concurrente de celle de la métropole ». Perfectionner les productions « susceptibles de conquérir certains marchés mondiaux et de servir par suite de monnaie d'échange pour les marchandises que la France est à son tour contrainte d'importer».

C'est le Pacte Colonial renforcé, l'Empire chasse gardée. Les encouragements apportés à la culture de la banane et de l'ananas à la Martinique s'inscrivent dans ce cadre. Le programme de production de la banane, envisagé dans le rapport cité ci-dessus, prévoyait qu'en 1938 l'Empire satisferait les 3/4 des besoins français.

La crise provoqua à la Martinique une forte poussée des prix et une aggravation du chômage. Pour y faire face le Conseil général avait lancé un programme de grands travaux. Le pouvoir central l'appuya, parce que cela correspondait aux vues des milieux industriels français qui préconisaient : « des améliorations pourraient être apportées en vue de mieux adapter l'outillage économique aux échanges commerciaux dont l'accroissement sera la conséquence de la politique envisagée ».

Effectivement le programme mettait l'accent sur les routes, le port de Fort-de-France, l'électrification. Le lycée Schœlcher, l'hôpital Colonial (Clarac) furent mis en construction. La question de l'électrification de l'île illustre bien la politique recommandée par les milieux d'affaires. Elle fut l'objet d'un débat passionné aussi bien dans la presse locale qu'au Conseil général. Le gouverneur Gerbinis avait engagé à ce sujet des pourparlers avec la Société métropolitaine Munich, liée au Groupe de Suez. Le Conseil général faisait des réserves sur le contrat proposé par Munich, parce que trop désavantageux pour la colonie. Il demandait, par exemple, que le minimum de garantie de la colonie soit ramené de 19 millions de kilowatts-heure à 15 millions, ce qui représentait pour la Martinique une économie annuelle de 1300 000 F, somme importante à l'époque.

Mais le gouverneur, poussé par le ministère, était pressé de conclure. Il signa le contrat avec Munich sans en avertir le Conseil général. L'assemblée locale n'avait même pas été informée des modifications apportées au contrat primitif. M. Gerbinis se justifia en expliquant que le contrat avait été approuvé par le Comité technique du ministère des Colonies et était exécutoire.

Précipitation d'autant plus suspecte que la Chambre des députés et le Sénat avaient voté une autorisation d'emprunt de 150 millions pour l'électrification, alors que le Conseil général de la Martinique n'avait pas fait de demande d'emprunt. Dans cette affaire il s'agissait bien de favoriser les organismes financiers et les sociétés de la métropole.

Ces méthodes autoritaires que l'on retrouvera dans bien d'autres domaines provoquèrent de vives réactions. Le journal communiste «Justice» accorda une large place à ce petit scandale, et dénonça les faveurs accordées à la société au détriment des contribuables martiniquais.

La majorité du Conseil général s'éleva contre les abus du gouverneur. Au cours d'une session extraordinaire, le 9 juin 1933, elle décida par 16 voix contre 15 que l'électrification serait retirée du programme des travaux à exécuter sur fonds d'emprunt. M. Gerbinis ne cacha pas son mécontentement.

Cette présence des sociétés métropolitaines dans l'économie martiniquaise était un phénomène nouveau, récent, car jusqu'alors la bourgeoisie locale contrôlait l'essentiel des différents secteurs économiques.

Déjà sous le couvert de ces grands travaux, des capitalistes métropolitains avaient créé dès 1929 une «Société générale pour le développement de la Martinique», dite Société Giraudon (du nom de son fondateur) au capital de 500 000 F. Mais cette société, qui fit beaucoup parler d'elle à l'occasion d'un scandale politico-financier en novembre 1930, fut liquidée judiciairement en janvier 1931, car elle était contrôlée par la fameuse banque Oustric qui sombra dans l'un des plus gros scandales politico-financiers de la IIIe République. Comme on le voit cette banque, qui avait les faveurs de certaines personnalités gouvernementales, avait ses antennes jusqu'à la Martinique. Ce qui explique sans doute le fait que la Société Giraudon avait raflé l'exécution du programme des grands travaux, non pas à la suite d'un appel à la concurrence par adjudication, mais à l'aide de contrats passés de gré à gré.

Le scandale, qui éclaboussa cette société et plusieurs dirigeants socialistes locaux dont le leader Lagrosillière, illustre bien l'appétit des milieux d'affaires métropolitains poussés par la crise...

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi