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Le Coup d'Etat du 2 décembre 1851

De
354 pages

Ce livre présente une étude originale et complète d'un événement pourtant fréquemment étudié : le coup d'État du 2 décembre 1851, organisé par Louis Napoléon Bonaparte contre les institutions républicaines dont il était le premier président élu au suffrage universel masculin.

Une étude originale parce qu'à la différence de celles qui l'ont précédée, elle ne se limite pas aux organisateurs du coup, le Prince-Président, Morny et Maupas. Elle décrit en effet l'opération et sa contestation dans son ampleur nationale, avec la diversité des situations provinciales. Longtemps ignorés,

les relais locaux sont au cœur du travail de Patrick Lagoueyte qui restitue leur action : préfets, militaires, magistrats, etc.

Une étude complète car elle ne s'intéresse pas seulement aux journées du coup d'État, mais s'étend aux premiers mois qui le suivent. Débordant d'initiatives, le futur Napoléon III jette alors les bases d'une dictature destinée à éradiquer l'opposition républicaine.

Marquée par un recul politique et par une justice d'exception, cette époque est aussi celle d'une accélération de l'entrée de la France dans l'ère de la communication et de la modernité.


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Présentation de l’éditeur
Ce livre présente une étude originale et complète d’un événement pourtantfréquemmentétudié:lecoupdÉtatdu2décembre1851, organisé par Louis Napoléon Bonaparte contre les institutions républicaines dont il était le premier président élu au suffrage universel masculin. Une étude originale parce qu’à la différence de celles qui l’ont précédée, elle ne se limite pas aux organisateurs du coup, le Prince-Président, Morny et Maupas. Elle décrit en effet l’opération et sa contestation dans son ampleur nationale, avec la diversité des situations provinciales. Longtemps ignorés, les relais locaux sont au cœur du travail de Patrick Lagoueyte qui restitue leur action : préfets, militaires, magistrats, etc. Une étude complète car elle ne s’intéresse pas seulement aux journées du coup dÉtat,maissétendauxpremiersmoisquilesuivent.Débordantdinitiatives, le futur Napoléon III jette alors les bases d’une dictature destinée à éradiquer l’opposition républicaine. Marquée par un recul politique et par une justice d’exception, cette époque est aussi celle d’une accélération de l’entrée de la France dans l’ère de la communication et de la modernité.
Professeur agrégé et docteur en histoire, Patrick Lagoueyte est notamment l’auteur e de La vie politique en France auXIXsiècle (1989).
Patrick Lagoueyte
LECOUPDÉTAT DU2DÉCEMBRE1851
CNRS ÉDITIONS 15, rue Malebranche – 75005 Paris
Ouvrage publié sous la direction éditoriale de Guy Stavridès
ÉDRSIOIT,PNSisar2,106NC ISBN : 978-2-271-09392-9
Avant-propos
LecoupdÉtatdu2Décembre1851afaitlobjetdanalysesdèsles 1 lendemains de son accomplissement . La plupart des travaux consacrés à la question se focalisent sur deux points : d’un côté, le coup d’État à Paris ; de l’autre, la résistance républicaine et la répression qui l’a brisée. Les biogra-phies ou les études plus ou moins générales s’attardent sur les péripéties et les dramesducoupdÉtatàParis,nelaissantquuneportioncongrueaurestede la France ; certaines reprennent le thème de la mésentente entre le ministre de l’Intérieur Morny et le préfet de police Maupas, jusqu’à reproduire les uns après les autres les dépêches aigres-douces que les deux hommes ont échan-gées au cœur de l’événement. Mais quelle que soit l’approche adoptée, elle s’accompagne d’une interprétationimpliciteouexpliciteducoupdÉtat,quidépassesouventle strict champ historique. Acte fondateur du second Empire, comme le Dix-huit Brumaire avait été celui du Premier, le Deux Décembre 1851 a longtemps été la marque d’infamie imprimée au régime de Napoléon III par les républi-2 cains , victimes privilégiées de la répression. Mais c’est sans aucun doute le talent de Victor Hugo et sa stature de poète national qui ont achevé de figer l’image double d’un Louis Napoléon Bonaparte à la fois criminel et minable. Pourtant, les philippiques hugoliennes semblent aujourd’hui bien loin-taines. Si depuis plusieurs décennies les historiens avaient modifié leur regard sur Napoléon III et le second Empire, notamment sous l’impulsion de leurs 3 collègues britanniques , le grand public cultivé restait largement ignorant des débats soulevés par un régime qui suscitait peu d’intérêt en comparaison avec le premier Empire. Tout a changé avec la publication du livre d’un homme politique de premier plan, historien de formation, Philippe Séguin ; le titre, 4 Napoléon le Grand, annonc¸ait d’emblée la couleur. Finie la légende noire, il était temps de réhabiliter l’homme et son œuvre, y compris la partie la plus contestable, le Deux décembre 1851. Dans un chapitre intitulé « L’auteur du coupdÉtat»,LouisNapoléonestparadoxalementprésentécommeunauteur auquel son œuvre échappe. D’abord il n’a pas tué la République, «morte depuis longtemps, assassinée lâchement par ceux-là même que Louis Napo-5 léon va quelque peu rudoyer» . Le coup n’est donc pas fait contre la démocratie républicaine, mais contre les adversaires de celle-ci ; d’ailleurs 6 l’opération vise à rétablir le suffrage universel . Et Séguin de plaindre un homme accusé du pire des crimes politiques, alors qu’il a été contraint, et par 7 les institutions et par l’attitude des partis politiques, d’accomplir «ce qu’il
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LecoupdÉtatdu2Décembre1851
chercha désespérément à éviter, ensuite à différer, puis, le fait accompli, à en 8 limiter la portée. » Dans sa brillante plaidoirie, Philippe Séguin s’efforce de minimiserlecoupdÉtat,suivantunevoieentrouvertedès1951parPierre 9 10 Dominique et Adrien Dansette dix ans plus tard . En 2008, à l’occasion du bicentenaire de la naissance du neveu de l’Empereur, une nouvelle revue sobrement intituléeNapoléon IIIest lancée, mêlant réhabilitation et glorifi-11 cation du second Empire ; son onzième numéro consacre un dossier au 2 Décembre 1851, reprenant le thème de la légitime défense avancé par l’ancien président gaulliste de l’assemblée nationale. Ce dossier va même 12 jusqu’à arguer unelégitimité profonde et assuméede Louis Napoléon. Dans un registre pourtant moins thuriféraire, Jean Sagnes, dans un remarquable et 13 novateurNapoléon III, le parcours d’un saint-simonien, renvoie dos à dos son personnage et les républicains, rappelant que ceux-ci étaient aussi peu regardants que celui-là sur la légalité quand il s’agissait d’organiser des 14 journées révolutionnaires. À la suite de Francis Choisel , il propose de reprendre la distinction entrer légalité et légitimité afin de justifier à son tourlecoupdÉtat.LedernierbiographeÉricAnceau,danssonmonumental 15 Napoléon III. Un Saint-Simon à cheval, est beaucoup plus circonspect, tout en faisant porter la plus lourde responsabilité sur les parlementaires ; l’immense œuvre de modernisation du pays, dont on ne retrouvera l’équiva-lent qu’aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, valait bien un maintien par la force au pouvoir de son ardent promoteur, sans pour autant excuser complètement la violence du Deux Décembre et la mise en place d’un 16 régime liberticide . Orcestunequestionsurlaquelle,endehorsdÉricAnceau,lesbio-graphes ne se sont guère étendus. La plupart considèrent la répression qui a suivilesuccèsducoupdÉtat,notammentenprovince,commeundérapage regrettable, échappant à la volonté du futur Empereur et sans conséquence sur la nature désormais édulcorée du régime politique mis en place en 1852. Pourtant, l’homme du Deux décembre a été surpris par la réaction de la province, sur laquelle Maurice Agulhon a le rare mérite d’insister en la ramenantàsavéritableplacedanslhistoireducoupdÉtat:«Elle est le vrai 17 événement de ce mois de décembre. » LecoupdÉtatnestpasseulementlemoyenpourleprésidentdela République élu en 1848 de se maintenir au pouvoir. D’autres ambitions le motivaient, notamment celle d’être un jour en mesure de rétablir l’Empire, mais aussi d’avoir les mains libres pour accélérer la modernisation du pays. Pressé, imbu de sa mission historique, il n’a pas résisté à l’opportunité que lui offraient les conditions difficiles dans lesquelles il a dû s’imposer face au refus d’une partie des républicains. En effet, ces soulèvements, souvent assimilés par beaucoup de contemporains à une jacquerie, ont provoqué le rassemblement de la plupart des notables traditionnels effrayés autour du chef
Avant-propos
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delÉtat.Celui-cisestainsitrouvédujouraulendemainsanslamoindre opposition. Loin de s’en contenter, il a voulu pousser plus loin son avantage et a mis en place le régime autoritaire le plus dur que la France ait connu en temps de paix. Nous nous attarderons sur la manière dont cette dictature annonce celles du siècle à venir, dont elle présente certaines caractéristiques, jusqu’aux plus contradictoires. Anticipatrice par sa volonté de contrôler le moindre espace d’un pays aussi vaste et divers que la France et d’éradiquer toute formedoppositionauchefdelÉtat,quinadecompteàrendrequàson peuple, réactionnaire par son rejet du parlementarisme comme de la démo-cratie républicaine et par son obsession de l’ordre social, elle apporte un soin particulier à diffuser un message économique et social et à développer des modes d’action qui affirment son inscription dans une logique résolument moderniste.
Chapitre 1
La République prise en otage
UTPRÉTENDPRÉSIDENNÀTNAL’EMPIRE
Le10décembre1848lesFran¸caisétaientappeléspourlapremièrefois deleurhistoireàélireeux-mêmesunprésidentdelaRépublique.Àlasurprise de plus d’un observateur politique, un seul tour leur a suffi. Sur un peu moins de dix millions d’inscrits, ils ont été près de cinq millions et demi à donner leur voix à un homme qu’ils ne connaissaient pas vraiment, mais dont le nom leur semblait sans doute une promesse de gloire et de bienfaits populaires, er Louis-Napoléon Bonaparte, neveu et filleul de l’Empereur Napoléon I . Les mauvais perdants soupc¸onnèrent les paysans d’avoir cru élire l’oncle ; c’était oublier que la presse pénètre depuis plusieurs décennies, lentement mais sûrement, le monde des campagnes et favorise son ouverture, encore limitée mais réelle, sur l’extérieur ; c’était négliger aussi l’habileté du candidat qui a su jouer du souvenir napoléonien pour laisser son programme dans un flou consensuel. Face à lui, le général républicain Eugène Cavaignac, honnête homme sans charisme, ne faisait guère le poids, engoncé dans son uniforme et des principes qui l’amenaient au fond à douter des capacités d’un peuple insufsammentémancipéàdésignerlechefdelÉtat.Lesconservateursqui, au départ, faisaient plutôt confiance à cet homme sérieux et rigoureux, peut-être trop rigoureux, ont finalement préféré, pour la majorité d’entre eux, se rallier à Louis-Napoléon, dans lequel ils voyaient, à l’imitation d’un de leurs chefs, Adolphe Thiers, « un crétin » facile à manipuler. Quant aux républi-cains de cœur, ils eurent quelques scrupules à soutenir un officier dont le plus haut fait d’armes fut le massacre de plusieurs milliers de Parisiens et la déportation de milliers d’autres en juin 1848. Mais ces nouveaux électeurs démocrates, désabusés pour les meilleurs d’entre eux et ingrats pour la plupart, furent en réalité moins de quatre cent mille à soutenir celui qui leur avait donné neuf mois plus tôt ce droit de vote, l’ancien ministre de l’Intérieur, Ledru-Rollin.
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LecoupdÉtatdu2Décembre1851
UNEAÉEPAOMINROYARLESÉLIGLBEÉVIDELSTAEMSSSETSIL
Cinq mois plus tard, les Franc¸ais reprenaient le chemin des urnes pour élire une assemblée pléthorique de sept cent cinquante représentants, comme on appelait alors les députés. Cette fois, les résultats furent plus en accord avecceuxquelonpouvaitattendre,mêmesilssannon¸caientinquiétants pour la survie de la République. Sans doute les effectifs bonapartistes sont-ils clairsemés ; l’élection de quatre Bonaparte sans envergure, de quelques grands noms de l’Empire, comme les Ney, Murat et Ornano ou de rares amis de Louis-Napoléon, le colonel Vaudrey et surtout le fidèle entre les fidèles, Fialin de Persigny, ne peuvent faire illusion sur la faiblesse de l’assise parlementaire du président de la République. Àloccasiondeceslégislatives,ilsemblequelalégendeaitcédélepas à la politique. Les monarchistes sont les principaux bénéficiaires de ce retour à la réalité ; ils doivent leur succès à leur longue expérience des pratiques électorales, malgré les nouveautés apportées par le suffrage universel, et à leur influence de notables sur les ruraux qui représentent plus des deux tiers de l’électorat. Les légitimistes, nostalgiques de la Restauration, se retrouvent autour de leur grand orateur, l’avocat marseillais Berryer, avec l’espérance d’offrir, à la première invite de la Providence, le trône au petit-fils de Charles X, le comte de Chambord. Les orléanistes, avides de prendre leur revanche sur la révolution du 24 février 1848, poursuivent le même objectif, mais au profit d’un autre petit-fils, celui de Louis-Philippe, le comte de Paris ; à leur tête siègent trois anciens chefs de gouvernement du roi bourgeois, le comte Molé, le duc de Broglie et Adolphe Thiers, lui aussi Marseillais, bien qu’il soit désormais l’archétype du bourgeois parisien ; son art oratoire est inversement proportionnel à sa taille et en fait un débatteur redoutable. Dans l’immédiat, ces deux camps n’en forment qu’un, unis dans leur mépris pour Louis-Napoléon et leur volonté de faire un sort rapide à la République. Ils sont le passé, et pourtant ils sont une foule : plus de quatre cents dans l’hémicycle du Palais-Bourbon. Face à eux, leurs adversaires les plus déterminés, les démocrates-socia-listes. Personne ne les attendait aussi nombreux. Ils sont près de deux cents, élus en masse dans la moitié sud du pays, aussi bien dans les départements ruraux du Limousin, que dans les zones industrielles du Morvan, du Rhône et des Alpes ; ils tiennent la dragée haute aux légitimistes sur une bonne partie du littoral méditerranéen ; ils concurrencent les orléanistes dans l’extrême Est. Leur impatience d’établir une vraie République démocratique les prive, après une nouvelle journée révolutionnaire très mal organisée, le 13 juin 1849 et facilement réprimée, de quelques-uns de leurs principaux dirigeants, contraints à l’exil, comme Ledru-Rollin et Étienne Arago ; mais les mois
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