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Le déclin et la chute du Nouvel Empire hittite

De
363 pages
La disparition de l'empire hittite, qui avait joué un rôle dans le monde proche-oriental du XVIIe au XVIIIe siècle avant notre ère, est difficile à expliquer, d'autant plus que la crise qui a frappé les pays du Levant à la même époque n'a pas entraîné l'anéantissement des autres grandes puissances, Egypte, Assur et Babylone. Il existe un cas comparable à celui du royaume hittite, celui du monde mycénien.
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LE DÉCLIN ET LA CHUTE DU NOUVEL EMPIRE HITTITE Les Hittites et leur histoire ****

Rcproductions dc la couverture: la déesse KUB,1B/1 de Vladimir Tehernvehev Archéologie -4 de Jean-Michel Lartigaud

Directeur de publication: Michel Mazoyer Directeur scientifique: Jorge Pérez Rey

Comité de rédaction
Trésorière: Christine Colloques: JesÙs Martinez Relations publiques: Annie Directrice du Comité de lecture: CJaulme Dorronsorro Tehernychev Annick Touchard

Comité scientifique Sydney Aufrère, Pierrc BordreuiL Nathalie 13osson, Dominique Brique!' Gérard Capdevillc, Jacques Freu, René Lebrun, Michel Mazoyer, Dennis Pardee, Eric Pirart. Jean-Michel Rcnaud, Nicolas Richer, Rernard Sergent, Claude Sterckx, Paul Wathelet Ingénieur informatique Patrick Ilahersaek (macPaddv(ih.:hcllo.II')

Avec la collaboration artistique de .Jean-Michcll.artigaud, et de Vladimir Tchernvchev

Cc volume a été imprimé par

cc Association Kt:BABA. Paris L'Harmaltan, Paris ISBN: 978-2-296-10529-4 EN\ : 9782296105294

Jacques FREU et Michel MAZOYER

LE DÉCLIN ET LA CHUTE DU NOUVEL EMPIRE HITTITE Les Hittites et leur histoire ****

Association

KU BABA, Université de Paris I,

Panthéon

-

Sorbonne,

12 Place du Panthéon 75231 Paris CEDEX 05

L'Harmattan

Bibliothèque Kubaba Sélection d'ouvrages publiés

Bibliothèque Kubaba Collection Kubaba Série Antiquité Télipinu, le dieu au marécage, Michel Mazoyer, 2003. Histoire du Mitanni, Jacques Freu, 2003. Suppiluliuma et la veuve du pharaon, Jacques Freu, 2004. Studia Anatolica et varia.. Antiquus Griens. Mélanges René Lebrun, éd. Mazoyer et Casabonne, 2004. Histoire politique du royaume d'Ugarit, Jacques Freu, 2006. Des origines à lafin de l'ancien royaume hittite, Jacques Freu et Michel Mazoyer, 2006. Les débuts du nouvel empire hittite: Les hittites et leur histoire, Jacques 2007. L'apogée du nouvel empire hittite,2008. Homère et l'Anatolie, éd. Michel Mazoyer, 2008. Le/orum brûle, Dominique Briquel, 2002. Eloge mazdéen de l'ivresse, Eric Piralt, 2004. Guerriers d'Iran, 2006. Georges Dumézil/ace aux démons Iraniens, 2007. L'Aphrodite iranienne, 2006. Thot Hermès l'Égyptien - De l'infiniment grand à l'infiniment petit, Sydney Aufrère, 2007.
Les Mutilations Sterckx,2005. des ennemis chez les Celtes préchrétiens, Claude

L'Atlantide et la mythologie grecque, Bernard Sergent, 2006.

JACQUES FREU Les derniers Grands Rois de Uatti (c.1240-1185 avo J.c.) Sommaire
Sommaire Introduction Le monde oriental à l'avènement de Tutbaliya IV (c.1240 avo J.c.) Chapitre 1. Les débuts du règne de Tutbaliya IV : les problèmes intérieurs et les relations avec l'Egypte 1) Le prince et le futur roi 2) La question de la légitimité et l'hypothèse de la co régence 3) Le système de gouvernement a) Les Instructions b) L'édit organ isant la succession de Saburunuwa c) La « réforme rcligicusc» ct YaZlllkaya 4) Le traité avec Kurunta (Bo 86/299) a) Le « préambule et « l'introduction historique» b) La dél imitation des frontièrcs c) Les anciennes enclaves hittites d Droits et obligations de Kurunta e) Le règlement de la succession f) Les obligations militaires et cultuelles g) Les dieux témoins, malédictions et bénédictions h) Les témoins et la déposition du traité 5) Tutbaliya, Kurunta et l'Egypte Chapitre Il. Les relations assyro-hittites et la crise politiq ue 1) Tutbaliya IV et Salmanasar I 2) Tutbaliya IV et Tukulti-Ninurta a) L'avèncment de Tukulti-N inurta b) La lettre RS 34.165 et la bataille de Nibriya-Sura c) Le développement de la crise: Ugarit et l'Amurru 3) KBo IV 14 (CTH 123) et la crise politique a)KBoIV 14 pages

9 13
19 19 24 29 29 32 37 42 42 43 53 55 58 59 60 60 72

77 77 82 82 85 89 93 93

9

b) La conspiration de Ijesni et le supposé « coup d'Etat» de Kurunta 96 c) La reine et la « princesse royale» 102 4) Les relations avec Tarbuntassa : Kurunta Grand Roi 104 5) La réconciliation des rois d'Assur et de Uatti. 107 Chapitre III. Tutbaliya IV, Alasiya et les pays dc l'Ouest. 1) La soumission du royaume d'Alasiya (Chypre) 2) Le pays dc Lukka et l'inscription dc Yalburt 3) Les inscriptions hiéroglyphiques d'EmÏl'gazi et de Koylütolu Yayla 4) Tutbaliya et le pays de la rivière Seba ( '?) 5) Tutbaliya, Milawatta, Wilusa et Mira ( ?) a) La lettre de Milawatta et le pays de Wilusa b) Le Wilusa (2) et MAS-buitta/Parbuitta c) Tarkasnawa et le pays de Mira Chapitt.c IV. Tutbaliya IV ct les pays syriens 1) Karkemis 2) Ugarit a) Tutbaliya, Ini-Tesub et Ammistamru III b) Tutbaliya, , Ini-Tesub et Ibiranu VI c) Tutbaliya, Pudul]epa et Niqmaddu IV 3) L'Amurru et Sausgamuwa 4) Emar Chapitre V. Arnuwanda rn et Suppiluliyama (Il) 1) Arnuwanda III 2) Le règne dc Suppiluliyama (c.1210-1185 avo J.c.) a) L'avènement de Suppiluliyama (II) b) Les relations avec Talmi-Tesub de Karkemis c) Ugarit et le roi Al11l11urapi Il d) Emar et Kuzi Tesub e) L'expédition ÙAlasiya 1)L' inscription du « SÜdburg » g) Les relations assyro-hittites

117 117 120 126 129 132 132 137 138 141 143 148 148 157 159 164 167 177 177 178 178 180 184 196 199 201 209

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Chapitre VI. L'effondrement du Nouvel Empire hittite 1) Les «Peuples de la Mer» 2) Disettes et famines à la tin de l'Age du Bronze 3) La chronologie de la crise et son approfondissement a) La lettre de Beya b) Les textes d'Ugarit en prélude à la catastrophe c) Les textes intéressant le Ijatti 4) La ruine du .ijatti et de ses vassaux Conclusion

215 217 226 237 237 242 250 254 265

Il

Introduction Le monde oriental à l'avènement avo J.e.)

de Tutbaliya IV (c.1240

A la mort du Grand Roi de Ijatti, ijattusili III (c.1240 avo.I.e.), les grandes puissances de l'Orient, Egypte, ijatti, Assur, royaume kassite de Kardunias (Babylone) et Elam, sans parler du lointain pays d'Abbiyawa, n'étaient engagées dans aucun conflit d'envergure même si les relations entre le roi hittite et le monarque assyrien restaient tendues depuis la conquête du Mitanni/lJanigalbat par Salmanasar I versl260 avant notre ère. Ce grave événement a précédé de peu, semble-t-il, la conclusion de la paix et d'une «alliance éternelle» entre le pharaon Ramsès Il et le roi hittite (125911258 avo .I.e.). Malgré la crise provoquée par la fuite d'Urbi-Tesub (Mursili III), l'ancien roi de IJatti renversé par son oncle IJattusili III, celle-ci a été suivie d'un remarquable développement des relations entre les deux pays, marqué par des échanges épistolaires fréquents et le mariage de deux filles du couple royal hittite avec le pharaon. Cette situation a perduré au cours du règne de Tutbaliya IV et le second mariage égyptien a probablement été conclu après la mort de Ijattusifi mais alors que sa veuve, Pudubepa, jouait un rôle de premier plan auprès de son fils. 1\ est certain que les lettres échangées entre les deux cours qui donnent au pharaon le titre de «Roi de Haute et Basse Egypte, Maître des Deux Terres» (insibja, c'est-à-dire '?i-.S\t'(t)-~j(t)nbw t3H:i), absent jusqu'alors, l'ont été après l'avènement de Tutbaliya IVI. Les relations avec les rois kassites, scellées elles aussi par des mariages entre les deux familles royales, sont restées bonnes tout au moins jusqu'à ce que des troubles dynastiques graves survicnnent à Babylone lors de la mort (brutale 7) du roi Sagarakti-Surias (1233-1221 avoJ.cf
I

E.Edel, Die âgyptisch-hethitische Korrespondenz aus l3oghazkl)i in

bahy/onischer und hethitischer Sprache (AHK), Berlin 1994, I, NI'. 6974, pp.168-177; II. ~*129-140, pp.257-268.
2

cr. H.Freydank, AoF 18,1991,23-31 (KBo XXY11161-64).

13

Le grand problème pour le fils de Ijattusili III était de régler le contentieux qui opposait depuis une vingtaine d'années Hittites et Assyriens à propos du I:lanigalbat. Il est certain, au témoignage des lettres qu'il a adressées après son avènement à Salmanasar I, que Tutbaliya IV a cherché et réussi, au prix de concessions, à rétablir de bonnes et même d'excellentes relations avec le roi d'Assur. Le texte d'une tablette cunéiforme, lM 5\928, retrouvée dans l'une des résidences des rois kassites de Babylone, DurKurigalzu, la moderne' Aqar QUf, intércsse au premier chef la question des relations assyro-hittitcs au cours d'unc phase avancée du treizième siècle avant notre ère et apporte peut-être la preuve d'un rétablissement des échanges diplomatiques entre les deux cours lors de l'avènement de Tutbaliya IV ou peu après'. Un « scrviteur» du roi kassite, sans doute son « ambassadeur» auprès de la cour assyrienne, écrivait ceci à son souverall1 : « A mon seigncur (dis) : ton serviteur Zikir-ilisu (parle ainsi) : Je donnerai ma vic pour mon seigneur afin quc l'âme de mon seigneur soit satist~'lite ('1) I\. mon seigneur (dis) : 500 guerriers birana se sont retirés ('1) auprès des gucrriers basmu et Kipî-I\.ssur les a poursuivis avec 100 chars... Il se retirera ct le rapport à propos de ceux-ci... je ne rai pas (encore) cnvoyé... Le messager (mâr .sipri) du roi d'Assur qu'il avait envoyé à ... (avec...et un convoi de) 70 ânes ... (est passé) avec lui à Dûr-Adad... Il a traversé (la cité/le pays) et s'en est allé. [Le messager] du roi d'Assur qui [était allé] au pays de Ijatti et avait été rctcnu pendant trois ans, ils (les Hittites) l'ont relâché et il est retourné à Assur et un [messager] du pays detlatti est
3

O.R.Gurney,

« Texts from Dur-Kurigalzu
; M.C.Astour,

», Iraq II, 1949,131-142,
Troops

pp.139-141

« Who was the King of the Hurrian

at the Siege of Emar? », in M.W.Chavalas, éd., The History, Religion. and Culture ()j' a SYrian Town in the Late Bronze Age, Bethesda 1996, 25-56, pp.26-31 (1M 51928 et Qibi-Assur) ; B.Faist, Der Fernhandel des assvrischen Reiches zwischen dem 14. und Il.Jh.v.Chr., Miinster, 2001, 234-236.

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venu avec lui... J'enverrai à mon seigneur [un rapport] un [jour]

prochain... A mon seigneur (dis): les bandes armées des ijirana, -[une moitiéJ est présente dans le pays de Subaru autour des villes [que le roi] d'Assur a conquises, [une (autre) moitié] est présente dans le pays de Subi et le pays de ... , [face au pays de] mon [seigneur] Jusqu'à maintenant... je n'ai pas (encore) envoyé (de rapport) à mon seigneur (à ce sujet) ». Le dénommé Zikir-ilisu, agent du roi kassite de Babylone au pays d'Assur, a donc fait à son souverain, sans doute KudurEllil (1243-1234 avo J.c.) un compte rendu préliminaire des derniers événements survenus au nord de son royaume et de la lutte entreprise par un dignitaire assyrien, Kipi-Assur, contre deux tribus de semi-nomades Ablamu (les ancêtres des Araméens) dont l'une, celle des Ijirana menace à la fois les positions assyriennes au pays de Subaru, que le roi d'Assur (c'est-à-dire Salmanasar I) avait conquises, et les frontières du royaume kassitc. II lui annonce qu'un envoyé assyrien est en route, certainement pour le rencontrer, et est déjà passé, avec une caravanc, à Dûr-Adad, en pays kassite, alors qu'un « diplomate» assyrien, accompagné d'un messager hittite, est rentré à Assur après avoir été retenu trois ans au pays de ijatti. Il y a peu de doute, comme l'a montré M.C.Astour, que le dit Kipi-Assur cité par le message n'est autre que le haut dignitaire assyrien Qibi-Assur, SlJKKAL GAI. MAN KUR Ija-ni-gal-bat (sukallu rahi 'u .\:ar (janiga/hat), « grand-vizir, (vice- )roi de fjanigalbat », cousin du roi d'Assur et /imu (magistrat éponyme) au cours du règne de Salmanasar et l'année suivant celle dont le roi Tukulti-N inurta avait été lui-même le limu. la première ou la seconde année de son règne (1233/1232 avo J.cf' Il a été le père d'Assur-iddin, qui a occupé les mêmes hautes fonctions plus tardivement au cours du règne de ce dernier souverain.
4

M.C.Astour, ibid., 27-29; E. Cancik-Kirschbaulll, Diemitte/-

as.syrischen Briere alls Tall ,~eb lIamad, BA ISH 4, Berlin 1996, 1925 : Qibi-Assur était le petit-fils du roi Adadnirari et le cousin germain de Tukulti-Ninurta, table généalogique p.22 (Abb.5).

15

Comme le grand vizir Bâbu-aba-iddin a prolongé sa longue carrière jusqu'au début du règne de Tukulti-Ninurta, il est probable que Qibi-Assur a d'abord été le «gouverneur» du Ijanigalbat, au cours du règne de Salmanasar I (1263-1234 avo J.c.), avec le titre royal. Les autorités assyriennes entretenaient la fiction que l'ancien Mitanni/ljanigalbat poursuivait son existence, à côté du royaume d'Assur, mais sous l'autorité d'un proche parent du roi assyrien. M.C.Astour a développé l'hypothèse que la lettre de Zikir-ilisu était le témoin de la fin d'une guerre de trois ans entre Hittites et Assyriens, guerre qui avait été marquée par une lourde défaite du roi de Hatti. Allusion est ainsi faite à la bataille de Nibriya, désastreuse pour Tutbaliya IV et victoire attribuée à Salmanasar I par cet auteur, sans la désigner plus précisément. Le traité de paix entre les rois de ijatti et d'Assur qui, selon lui, avait terminé ce conflit aurait entériné la fin du ijanigalbat et restauré le statu quo ante entre les Hittites et les Assyriens. Une seconde guerre aurait cependant éclaté des années plus tard entre le roi d'Assur, Tukulti-Ninurta, fils de Salmanasar, et Arnuwanda III, le fils de Tutbaliya IV. Ce dernier aurait voulu répondre à la conquête de Babylone, son alliée présumée, par le roi d'Assur, événement daté par M.C.J\stour de 1227 av.J.C, en attaquant l'Assyrie5. J\ la fin du premier conflit et alors que les négociations de paix étaient en cours, le vice-roi assyrien du ijanigalbat, Qibi-Assur, aurait poursuivi les bandes d'Ablamu (lJirana et Uasmu) qui infestaient la région. Ce même personnage, ou plutôt son successeur, devrait être identifié au «roi des guerriers hourrites» qui a assiégé Emar, ville du «coude de l'Euphrate» placée sous le protectorat hittite, au témoignage des textes retrouvés au tell Meskéné (I?mar) qui K fiurdatent l'agression de la cité par le « LUGAL ERiNMF.S UR ri » (<< des guerriers hourrites ») du règne de Pilsu-Dagan roi (c.1245-1225 avoJ.c.), le sire d'Emar à cette époque6.
5 M.e.Astour, ibid., 48-49. (, e.Zaccagnini, « War and Famine at Emar », OR 59, 1995, 92-109 ; A.Skaist, « The Chronology of the Legal Texts from Emar », ZA 88, 1998,45-71, pp.64-67, date l'événement de 1268 avo J.e. au plus tard

16

Selon M.C.Astour cette attaque aurait été, comme on l'a vu, la réponse du roi d'Assyrie à l'offensive d'Arnuwanda III désireux de venger son allié, le roi de Babylone (Kastilias IV), après la conquête du royaume kassite par le roi d'Assur7. La publication des textes de Dur-Katlimmu a rendu caduque cette reconstitution des événements. Lors de la conquête de Babylone par Tukulti-Ninurta (c.1215/]214 avo J.e.) Hittites et Assyriens étaient réconciliés depuis des années après s'être durement affronté entre Nibriya et Sura vers ]230 avo J.e. Marchands et diplomates circulaicnt librement entre le tlatti et les centres administratifs assyriens du tlanigalbat, pays gouverné alors par un cousin du roi d'Assur, Assur-iddin, le proprc fils de Qibi-Assur, qui portait vraiscmblablement les ,. , memes titres que son pere 8 . Deux hypothèses peuvent êtrc avancées à propos du texte de Dur-Kurigalzu, lM 51928, qui mentionne le làit qu'un envoyé assvrien avait été retenu trois ans à la cour hittite avant de rentrer à Assur en compagnie d'un diplomate du tlatti. Ou bien il apporterait la preuve que la rupture entre Tutbaliya ]V ct Tukulti-Ninurta après la bataille dc Nibriya n'a duré que trois ans ou bien, ce qui est plus probable, il serait le témoin de la reprise des relations assyro-hittites au cours du règne de Salmanasar I~, le roi qui, comme l'indique le texte, avait conquis les cités du « Subaru » menacées ensuite par des bandes d'Ablamu. II faut supposer dans ce cas que le vieil tlattusili III avait reçu un envoyé de Salmanasar à la fin de son règne mais l'avait retenu pendant trois ans en pays hittite, procédé habituel de « prcssion diplomatiquc » utilisé dans les relations entre les souverains, souvent pratiqué bien que déploré par divers correspondants du pharaon à l'époque amarnienne. Les

.

et t~lit du «roi de Banigalbat» installé à Turinl selon la lettre de ijattusili à Adadnirari, KI30 , 14, l'agresseur d'Emar, ee qui est très "' improbable; cf. J.Freu, lIistoire du Mitanni, Paris 2003, 184-J88. 7 M.C.Astour, ibid., 54-56. 8 E.Cancik-Kirschbaum, BA T.SH4, Berlin] 996, 19-25. 9 B.FaisL op.CiL, 236 (<< del' Brief dürfte in die Regierungszeit Salmanassars I. zu datieren sein»).

17

premières

lettres de Tutbaliya IV qui ont été adressées au

monarque assyrien apportent la preuve de la volonté du roi hittite de se réconcilier avec l'adversaire de son pèrelO. Le message de Zikir-ilisu serait dans ce cas le probable témoin du rétablissement des relations diplomatiques entre Assur et le Hatti vers 1240 avant notre ère. L'évolution favorable de la situation internationale semblait donc promettre un règne pacifique à Tutbaliya IV. Les problèmes intérieurs étaient sans doute plus préoccupants aux yeux du nouveau souvcrain. La pacification des principautés anatol iennes avait été menée à bien par son grand-père et son père et les Gasgas eux-mêmes qu'il avait combattus dans sa jeunesse, ne semblent pas avoir fait beaucoup parler d'eux au cours de son règne et dc ceux de ses successeurs. Les petits royaumes louvitcs de l'Ouest et du Sud-ouest de la péninsule, Mira, pays de la rivière Seba et Wilusa étaient des vassaux fidèles du Grand Roi bien que des troubles se soient sans doute produits dans ces deux derniers pays au cours du règne de Tutbaliya. Le Ijaballa, le plus modeste des «royaumes» louvites et le plus proche du IJatti central, n'est plus mentionné par nos sources à cette époque. Il est probable qu'il avait été anncxé au « domaine royal» hittite. Dans l'Ouest lointain les entreprises du « Grand Roi» d'Abbiyawa restaient une menace éventuelle mais ne pouvaient concerner que les marges occidentales de l'empire. Le déclin de la puissance mycénienne semble d'ailleurs débuter à cette époque entraînant l'abandon, tout au moins sur le plan politique, de l'avant-poste de Milawatta (Milet) Il. Mais d'autres difficultés, liées en partie au problème de légitimité posé par l'usurpation de son père, ne pouvaient manquer de mettre en cause le pouvoir de Tutbaliya IV, surtout si un désastre extérieur venait affaiblir la situation intérieure du royaume.
10

J.Freu. « De la conti'ontation à l'entente cordiale: Les relations
Studies,

assyro-hittites à la fin de l'âge du Bronze », Hillite Fs H.A. Hofj'ner, Winona Lake 2003, 101-118, pp.1 03-1 04. Il lFreu.« . Hittites et Achéens »... LAMA XI. 1990.39-44. .

18

Chapitre I Les débuts du règne de Tutbaliya intérieurs et les relations avec l'E~ypte 1) Le prince et le futur roi

IV:

les problèmes

Tutbaliya était de façon certaine le fils du roiijattusili III et de la reine Pudubepa bien que le fait ait été mis en doute par Th. van den Hout, qui a préféré voir dans le « DUMU.LUGAL » Nerikkaili, qui a été le « prince héritier» (tuljkanti) dans la première partie du règne de son père, le fils du couple royal et le demi-frère de Tutbaliyal2. Cette conclusion paradoxale est réfutée sans appel par l'inscription cunéiforme du sceau de Tutbaliya IV imprimée sur une tablette retrouvée à Ras Shamra (Ugarit), RS 17.15913. Le Grand Roi intervenait alors dans ce royaume syrien pour régler une affaire grave qui opposait deux de ses vassaux, le divorce entre le roi d'Ugarit, Ammistamru III, et la fille du roi d'Amurru, Bentesina, une petite fille de ijattusili III par sa mère Gassulawiya"I. L'empreinte n'a pas conservé le cercle extérieur du sceau mais la restauration de l'ensemble est assurée: LUGAL.GALLUGAL KUR ija« [NA4KISIB II\Tu-ud-ba-li-ya
at-ti UR.SAG DU MU I1llja-at-tu-si-li LUGJAL.GAL UR.SAG Il (; fPu-du-blé-pa MUNUS.LUGAL GAL] KUR Ija-at-ti DUMU.DUMU-.5:U .5:AII\Mur-si-li LUGAL.GAL QAR-RA-ADDI» « [Sceau de Tutbaliya, Grand Roi, roi de ijatti, Héros, fils de Uattusili, Gr]and Roi, Héros et de Pudub[epa, Grande Reine] de ijatti, petit-fils de Mursili, Grand Roi, Héros ».

Th.van den Hout, « Nerikkaili », Der Ulmi-Te.\:uh-Vertrag. Eine prosopographische Untersuchung, SIBoT 38, 1995, 96-105; cf. A.Hagenbuchncr, « War del' I.l"'ubkanti Neriqqaili ein Sohn Hattusilis III.? », SMI:A 29, 1992, 111-]26.

12

C.F.A Schaeffer, Ugaritica III, 1956, 14-20, fig.24-26 ; E.Laroche, ibid..lI1-119. 1.1 lNougayrol, PRU IV, 115 (Je sceau) et pp.126-127 (RS 17.159).

13

19

comme F.Imparati l'a démontré, que :ijattusili et Pudubepa ont fait tous leurs efforts pour assurer la succession au trône à leur fils commun en écartant l'héritier désigné en premier lieu, sÜrement le tubkanti Nerikkaili, issu d'une union antérieure du Grand Roils. La date de la naissance du prince Tutbaliya peut être déduite du fàit que le mariage de ses parents a été célébré à la fin de la campagne de Qades menée contre le pharaon Ramsès II (127511274 avo J.e.) et que vers 1260 avo J.e. son père le présentait comme un « jeune [guerrier] de 12 ou 13 ans» 16. Il semble raisonnable d'admettre qu'il était né en ]273 avo.I.e. ou peu après. Diverses empreintes des sceaux de Tutbaliya IV comportent, en

Tout prouve,

plus des hiéroglyphes
tu »), encadrés par

traditionnels

qui

le nomment

(( MONS

les symboles

signifiant

« Grand

Roi,

tabarna », l'ensemble étant surmonté par le (double)

soleil ai lé,

un second nom formé par les signes hiéroglyphiques L ] 18111i L 801110 et ("Sarruma). E.Laroche proposait de lire *:ijismi-Sarruma, ce qui est douteux, et d'y voir le nom hourrite

(de naissance) du roi, ce qui est certain
formulées par S.Heinhold-KrahmerI7.

malgré

les

réserves

Des sceaux inscrits sur

les bulles retrouvées en 1991 donnent représentation des signes hiéroglyphiques

parfois une double qu'il faut plutôt lire

15

F.lmparati, « Apology of Hattusili III or Designation of his Succes-

sor? », in SllIdio Hi.\'/oriae Arden.\', h. Ph.HolllFink len Cate. 1995, /43-157; contra Ph.Houwink ten Cate, J£OL, 23, 1983/1984,37 et n.17 ; ZA 82, 1992,239-249 et 259-268 ; AoF 23, ] 996,45-47, qui fàit de Nerikkaili un fils de Pudubepa, très jeune à l'avènement de son père, et de Kurunta le premier tu[1kan/i remplacé par Tutbaliya.

O.R.Gurney, « The AllIlals of Hattusilis III », AnSt 47, 1997, 127139, pp.128-129. 17E.Laroche. Ug III, 1956, 118-119; H.Otten, « lu einigen Neufunden hethitischer Konigssiegel », A IVUAGsK Mainz Nr 13, 1993,5-43, pp.35-40 (Tutbalija IV), Abb.29-35; contra S.Heinhold-Krahmer, « Zur Diskussionum einen zweiten Namen Tutbalijas IV», SIBoT 45, 2001,180-198 (il s'agirait d'une {(devise »).

16

20

Tasmi-Sarruma, comme le soutient S.Alp, que ijismi-Sarruma comme le préconisait E.Larochc (Bo 91/560 et 91/1781)18. Dans un court article consacré à la datation du traité UlmiTesub, qu'il attribue àjuste titre au roi Ijattusili III, S.Alp a, en effet, montré qu'il fallait très vraisemblablement lire le second nom du roi Tut\}aliya IV Tasmi-Sarruma, patronyme qui était celui d'un prince avec lequel Ramsès Il avait échangé une correspondance, sûrement un fils du Grand Roi I;Jat1usili III et le second témoin, après le lubkanti Nerikkaili, du traité conclu par son père avec son neveu, Ulmi-Tesub/Kurunta, qu'il avait fait roi de Tar\}untassa, (KBo IV 10+ vo 28). Il est plus que probable que ce nom hourrite était celui qu'avait porté leur ancêtre commun, le Grand Roi Tut\}aliya III/Tasmi-Sarri, le père de Suppiluliumal9. Le jeune prince a d'abord vécu avec ses frères et ses sœurs à ijakpis, ville du nord dont son père et sa mère avaient été 1àits roi et reine par Muwatalli II. Kurunta, un fils de Muwatalli et le futur roi de 'farhuntassa avait été élevé avec eux. Sans doute un peu plus âgé que Tut\}aliya il avait noué des liens d'amitié avec ce dernier. La tablette de bronze qui a conservé le texte du traité conclu par le Grand Roi Tut\}aliya IV avec son . . . 20 . COUSIllpeu apres son avenement , montre que Ies re Iatlons personnelles entre les deux princes avaient pris, sans doute après leur retour àljattusa, un tour nettement politique: « Alors que Moi, Tut\}aliya, Grand Roi, je n'étais pas encore devenu roi, le dieu nous engagea, Kurunta et moi-même dans un pacte d'amitié et, dès lors, nous nous sommes estimés et aimés l'un l'autre. Nous sommes devenus alliés par serment:
!-I.Otten, ibid., 1993,36-38 (Abb.30-33). S.Alp, « 7ur Datierung des Ulmitesup-Vertrags », AoF 25, 1998, 54-60, Abb.1-5 (RS ]7.]59, Bo 91/2304, 9]/900, Ba 91/560, Ba 91/1781); lettre de Ramsès KBo XXVII] 44, pp. 58-59; E.Edel, AHK ], NI' 17,46-47; Il S27, 72-73 ; cf. Th.van den!-lout, « Tasmi-LUGAL
19 IH

-ma/Tasmisarruma », S/BoT38, 1995, 197-199. 20 l-tOtten, Die Bronze/aIel aus Bo,~azk()y: ein S/aalsvertrag TUlbalijas IV.. S/BoTBeihe.fi J, Wiesbaden 1988,10-1] (SS 2-3 et 1314); G.Beckman, HDTno18c, 108-117, pp.]08-109 et 112.

21

« Que chacun protège l'autre! » A cette époque mon père avait installé mon frère aîné dans la charge de tu!:Jkantiet je n'avais pas encore été désigné pour la royauté... Et quand mon père déposa mon frère qu'il avait installé dans la charge de tuokanti et quc mon père eut constaté le respect et l'affection (qui existaient) entre Kurunta et moi-même mon père nous réunit ensemble et nous fit prêter un serment: « Que chacun protège l'autre! » Ce texte exclut absolument que Kurunta ait été le tuokanti installé puis déposé par Ijattusili III comme le voudrait Ph.Houwink ten Cate21. Seul le « fils royal» Nerikkaili a pu jouer ce rôle. Tutbaliya IV au début de son règne lui rendra d'ailleurs son titre et son rang. Sur la tablette de bronze il est le premier témoin, preuve de l'éminence de sa position, sans autre titre cependant que cclui de DUMU.LUGAL alors qu'il est désigné comme tu!:Jkantiet DUMLJ.LUGAL dans l'édit, à peu près contemporain du traité Kurunta, organisant la succession du Grand Berger Saburunuwa (CTH 225) n. Le Grand Roi ct la rcinc Pudubepa ont eu soin de fàire occuper à leur fils toutes les charges sacerdotales et militaires que son père avait remplies: prêtre du dieu de l'Orage de Nerik21,prêtre de la déesse Sauska (IStar) de Samuba24et GAL.MESEDI, c'està-dire « chef de la garde »25,un poste de confiance attribué en général à un frère du roi. Un sceau inscrit sur une bulle du N i~antepe encadre le nom du prince de deux lances, à Iire

11
11

Ph.Houwink

ten Cate, ZA 82, 1992,259-268.

BT/Bo 86/299 IV 3011((UB XXVI 43 vo 2811XXYI50 vo 21. n ((UB XXXVI 90 ro 15'-I7'(CTH 386.1): I.Singer, Hittite Prayers, SBL II, Atlanta 2002, 106 «((UB XXV 21 III 13-16 =CTH 524): Lvon Schuler, Die Kaskiier, Berlin 1965, 186-187. 14 CTH 81 IV 76-79 ; cf. A.Taggar-Cohen, Hittite Priesthood, TdH 26, 2006. 225-226. 15 F.Pecchioli Daddi, Mestieri, Professioni e dignità nefl'Anato/ia !llita, Roma 1982, 548-555 ; R.Beal, lhe Organisation of the Hittite Military, TdfI 20, Heidelberg 1992,327-342.

22

MAGNUS HASTARIUS, équivalent
GAL.MESEDP.

hiéroglyphique

de

Ce qui étonne est la jeunesse de celui-ci quand il a reçu ce titre et cette responsabilité. Tutgaliya l'assumait déjà quand son père, partant pour une expédition contre des envahisseurs surgis
du Sud-oucst, avait laissé derrière lui « un [guerrier] de douze ou treize ans »27. La restitution de la lacune est certaine car le GAL.ME,~EDJ Tutgaliya est mentionné dans plusieurs fragments « historiques» rédigés sur ordre du couple royal qui lui attribuent le même âge. Les passages «épiques» de CTH 83, ont été composés sur ordre de Uattusili IIIet de Pudugepa dans l'intention avouée de magnifier les exploits de leur fils Tutgaliya. Le fragment KBo XVI 36 décrit une dure bataille livrée par le jeune prince sur les bords du fleuve Zuliya (le Çekerek) aux Gasgas des monts Sakudunuwa, Sispinuwa et Sarpunwa qui s'étendaient entre Tapikka (Ma~at HÜyÜk) et Karagna (Cat'ana Sebastopolis)28, Bombardé par l'ennemi de flèches et de pierres le prince avait été protégé par la déesse Istar de Samuba qui «tint son bouclier au dessus de lui »29. Or ce texte est un quasi-duplicat de fragments qui donnent à Tutbaliya le titre de GAL.MESED13o. Ce dernier, âgé de 12 ans (mDu-ut-ba-li-a-an ,~A MU.12.KAM), avait combattu victorieusement d'autres Gasgas à ijatenzuwa

26S.Herbordt, IllICH Çarum, Ankara 1998, 318, fig.S (Ba 91/940). 270.R.Gurney, AnS, 47,1997, 127-139, p.128 (CTH 82=KUI3 XXI 6+
2H

1'0I 4'-S') ; cf. CTH 83.

S.Alp, « Remarquessur la Géographiede la Région du Haut Ye~il-

Irmak d'après les tablettes hittites de Ma~at HüyÜk », Flarilegium Anaro/iclIl71.Fs E.Laroche 1979, 29-3S ; G.F. del Monte, J.Tischler, RGTC.6 1978,331, G.F. del Monte, RGTC 6/2, 1992, 133-134 (utRS\GSak(u)tunuwa); RGTC 6, 3S4 (IJURS.\OSarpunwa); 361 tll;RS\GSispinuwa) ; RGTC 6, 177-180,6/2,66 (Karabna). 29 K.K.Riemschneider, « Hethitische Fragmente historischen Inhalts aus del' Zeit I)atlllsilis Il1.», .lCS 16, 1962, III-IlS (fr.A). 30 KUB XIX 8 IV S-IS et KUB XIX 9 IV 2-16; K.K.Riemschneider, ibid., IIS-117 (fr.B-C-D).

23

alors que son père avait échoué à les vaincre". \I avait ainsi «exalté le roi et la reine ». Le but apologétique du texte est évident et il est impossible de savoir quelle a été la réalité des exploits guerriers attribués à un fils royal qui n'était pas encore reconnu comme le prince héritier. Une lettre de Ramsès cite le passage d'un mcssage que lui avait adressé le roi hittite mentionnant le làit que Tutbaliya et Nerikk(a)ili, deux fils de celui-ci bien évidemment, avaient mené ensemble une expédition dans le lointain Sud-ouest contre Iyalanda (localité proche de Milawanda) au pays de Lukka32. Une seconde «usurpation» a donc suivi le coup d'Etat de ijattusili III. Après avoir pendant des années tàit d'un fils aîné, issu d'un premier mariage, Nerikkaili, le tubkana, le Grand Roi et la reine lui ont substitué le prince Tutbaliya, ce qui a certainement posé de nouveaux problèmes de conscience aux dignitaires et aux «Grands» qui formaient l'élite politique et sociale du « peuple hittite ». 2) La question de la légitimité et l'hypothèse de la corégence Le roi Tutbaliya IV, plus encore que son prédécesseur devra sans cesse réaffirmer sa légitimité Ülce à des prétendants éventuels, frères ou cousins, susceptibles de se déclarer. Des complots ont menacé son trône, tel celui de son frère (ou demifrère) IjcSn i", sans doute après la lourde détàite de NibriyaSura tàce au roi d'Assur (c.1230 avo J.e). Le problème de la « pureté », c'est-à-dire de la légitimité du pouvoir royal est devenu un thème obsédant au cours de son règne34. Aussi ne
3)
32

KUS XIX 811127;
KRa XXVIII 28:

K.K.Riemschneidcr,
E.Edel, ;t"HK I, Nr.80,

ibid., 117-121.

]88-]89; Il ~ 147,285286. 33 R.Stetànini, « La Scongiura di Ilesni (XXXI 68) », Athenaeum 40, ] 962, 22-36 ; A.Tani, « More about the 'Uesni Conspiracy' », AuF

28.2001.154-164. 34 Th.van den Haut, The Purity a/Kingship. The Edition ofCTH 569 and Related Hillite Oracle Inquiries of Tutbaliya IV, DMOA 25, Leiden, Bonn, Koln 1998, passim.

24

cessera-t-il de revenir sur les événements qui avaient bouleversé les règles de la succession au trône établies par le roi Télipinu dans son édit fondateur. Il est caractéristique de cette préoccupation du roi qu'il ait évoqué les affaires passées non seulement dans des édits ou des textes oraculaires mais aussi dans des traités. Dans le préambule de celui conclu avec le roi d'Amurru, Sausgamuwa, son beau-frère (c.1230 avo J.c.), Tutbaliya n'hésitait pas à accuser de déloyauté le roi vassal (décédé) du pays de la rivière Seba, Masduri, parce que celui-ci, lors du coup d'Etat perpétré par ijattusili (III), avait rallié l'usurpateur au lieu de défendre Urbi-Tesub (Mursili III) : « Parce que j'ai fait de toi, Sausgamuwa, mon beau-frère, protège Mon Soleil comme (ton) seigneur. Et plus tard protège les fils, petits-fils et descendants de Mon Soleil comme (tes) seigneurs. Ne désire personne d'autre comme (ton) seigneur parmi ceux qui sont les frères légitimes de Mon Soleil, les fils des concubines du père de Mon Soleil, ou même d'autres descendants de roi (y compris ceux) considérés par toi comme des bâtards. Tu ne dois pas agir comme Masduri. Muwatalli avait pris Masduri qui était le roi du pays de la rivière Seba et il avait fait de lui son beau-frère, lui donnant sa sœur Massanauzi en mariage. Et il avait f~lit de lui le roi du pays de la rivière Seba. Et quand Muwatalli mourut, alors Urbi-Tesub, fils de Muwatalli devint roi. [Puis mon père] enleva la royauté à UrbiTesub. Masduri commit (alors) une traîtrise. Bien que ce fOt Muwatalli qui l'avait distingué et avait fait de lui son beaufrère, alors Masduri ne protégea pas son Iils Urbi-Tesub mais all.a vers mon père, pensant: Protégerai-je même un bâtard (UJpabbursi)? Pourquoi agirais-je pour aller en aide à un fils bâtard? Toi agiras-tu peut-être comme Masduri '? »(CTH 105 ; KUB XXIII 1+ ro Il 20_30):15.
35 C.Kühne. ] I.Oltcn, Der Sau{gamuwa-Vertrag, SIBoT ]6, Wiesbaden 1971, 10-11 ; G.Beckman, HDTnol7, 98-103, p. 100; H.Klengel, « Historischer Kommentar zum Sausgamuwa-Vertrag », Fs. Ph.HOllwink len C'ale, 1995, 159-172, pp.166-167; cf Th.van den Haut, « luI' Gcschichte des jüngeren hethitischen Reiches », IV IKH, S'BoT 45,200 1,213-223, pp.220-223. 25

L'auteur de ce texte reconnaissait ainsi que son père avait été un usurpateur mais recommandait à son vassal d'Amurru de ne pas imiter Masduri et de soutenir loyalement le successeur qu'il désignerait, sous-entendant même s'il s'agissait d'un bâtard! Le texte fragmentaire d'un protocole, KUB XXVI 18 (CTH 275.i.6), insiste sur le fait que seuls les descendants de Tutbaliya pourront prétendre à sa succession, à l'exclusion de ceux de Nerikkaili, de IJuzziya, le frère du roi dont celui-ci avait pourtant fait son GAL.MESEDJ, et de Kurunta36. Plus remarquable encore est la mise en garde du roi insérée dans une «instruction» destinée à des hauts dignitaires du royaume, Ics LU.MES SAG (akkadien .\:Gre.\:i, «eeux de la tête/de la personne du roi») au service direct de ce dernier (dont des eunuques sans doute mais pas exclusivement37) : « Mon Soleil a beaucoup de frères car les fils de son père sont nombreux. Le pays de IJatti est plein de la lignée royale. En Ijatti les descendants de Suppiluliuma, les descendants de Mursili. les descendants de Muwatalli. les descendants de Ijatlusill sont nombreux. En ce qui concerne la royauté vous ne devez reconnaître personne d'autre et protéger seulement [le fils], le petit-fils, l'arrière-petit-fils et les descendants dc Tutbaliya. Et si quelquc malheur survient à Mon Soleil, -car Mon Soleil a beaucoup de frères-, et que quelqu'un approche une autre personne et (lui) parle ainsi:« Celui que nOllS choisirons pour nous-mêmes ne doit pas même être un fiIs de notre seigneur », ces paroles ne doivent pas être (dites) ! En ce qui concerne la royauté, VallS devez seulement protéger Mon Solei I et les descendants de Mon Solei I. Vous ne devez

36 D.Easton, JCS 33, 1981,24-30; Th.van den Hout, StBoT 38, 1995, 100-103. 37 J.D.Hawkins, « Eunuchs among the Hittites », Sex and Gender in the Ancient New" East, CRRAI 47, 2002, 217-233 (tous sont des eunuques); contra r.Pecchioli Daddi, «The System of Government at the Time of Tutbaliya IV», The L{le and Times (~l{jattllJili 11/ and Tllt[zaliya IV, Fs.J.de Roos (L7Hf), 2006, 117-130, pp.I22-125.

26

approcher

personne d'autre!» (KUB XXVI I I 9-29, CTH

255.2)38. Des expressions comparables se retrouvent dans les instructions de Tutbaliya IV destinées, en plus des LÙMES SAG, aux chefs de troupes (BELlJ~JL/\ ARASULA), ux Grands (BELU_IIA), aux K a « seigneurs» (ENULA) aux princes (DUMU.LUGAL MES). et De nouveau est mentionnée la progéniture des rois précédents (à partir de Mursili Il) et les mêmes obligations de ne reconnaître que le Grand Roi et ses descendants directs sont renouvelées (KUB XXVI 12 I 11-20 et //)39. Les textes oraculaires regroupés sous la rubrique CTH 569, qu'on peut dater de Tutbaliya IV, reviennent non seulement sur « l'affaire (lNIM) Urbi-Tesub» mais aussi sur les crises antérieures provoquées par la condamnation et « l'exil» des reines Tawananna (sous Mursili Il) et Danubepa (sous Muwatalli II) ainsi que sur la disgrâce de divers membres de la famillc royale, compromis pour ccrtains avec Urbi-Tesub, Ualpaziti, Arma-Tarbunda/Sausgatti, Katapaili et d'autres4o. En KUB XVI 32 Il 27'-28' le serment du père du roi (Ijattusili III) prêté à Urbi-Tesub, qu'il avait violé, est évoqué alors que le souci affirmé par son fils est de mettre fin à toutes les crises provoquées par ses prédécesseurs en accomplissant les rituels man/alii et les rituels de purification propres à apaiser l'âme des morts et les souffrances des vivants. Des compensations étaient offertes aux fils des exilés, en particulier aux enfants d'UrbiTesub, qui recevraient un domaine dans la région de Niya, l' anc ien « fief syrien» de leur père, sans doute décédé à cette époque (XVI 32 Il 29'-30,)-11. Certains passages de ces textes sembleraient a priori conforter l'hypothèse de Th.van den Hout concernant une corégenee entre Ijattusili III et son successeur. Par exemple:

38

E.van Schuler, I-fe/hi/ische Dientsanweisungen fiir hÔhere Hq/:und 12 et II). Th. van den Ilout, The Purity {dXingship. DMOA 25, 1998,41-71.
Th.van den Haut, ibid., 180-181.

Slaa/sheam/e, 1'110Beihe./i 10, 1957, 8-21. 39 E.von Schuler, ibid.. 22-31 (KUB XXVI
-10

.JI

27

« Concernant le fait qu'il ne fut pas loisible à Mon Soleil (i.e. Tutbaliya IY) d'accomplir le rituelmantalli pour les fils d'UrbiTesub parce que Moi, Mon Soleil, je n'avais pas persécuté celui-ci et que celui qui l'avait persécuté (i.e ijattusili lll) était encore en vie et que (son) âme n'était pas encore apaisée, il ne fut pas loisible d'accomplir le rituelmantalli» (IjUL-abtas kuis UN-as nuwa kuit TI-za nu apel kuit ZI-za VL warsiyanza nu SISKUR mantalli arba BAL-wanzi apez VL SlxSÂ-at)42. La même phraséologie est employée en ce qui concerne les fils d' Arma- Tarbunda, un autre ennemi de son père, et il est certain que l'auteur dénonce dans ces deux cas la responsabilité de ce dernier en renvoyant ainsi au passé. Les rituels de purification qu'il n'avait pu accomplir du vivant de celui-ci il les a effectués après son avènement comme le montrent divers paragraphes de CTH 569 (~~ 16'-19') consacrés à «l'affaire (lNIM) UrbiTesub» qui dénoncent l'action du père du Grand Roi et reviennent sur la situation des fils du roi détrôné43. Comme dans le traité conclu avec Kurunta (B9 86/299), Tutbaliya se désigne ici comme Mon Soleil (dUTU'~1 même quand il relate des ) événements antérieurs à son avènement. CTH 569 n'apporte donc pas la preuve d'une corégence entre ijattusili III et son fils Tutbaliya IV bien que Th.van den Haut ait cru trouver une confirmation de cette supposée corégence dans des textes oraculaires parlant de l'inauguration retardée d'un Grand Roi qui est sans doute Tutbaliya IV~~.Ainsi K£30 XVI 98 montre «Mon Soleil» venant de Kummani pour être intronisé alors qu'un oracle au moyen d'oiseaux est interrogé à propos d'une eampagne éventuelle à entreprendre en direction de Nerik45. CTH 582 (KUB XYllI 36 Il KUB YI 9+XVIII 59) précise que «l'accession de Mon Soleil à la royauté a été difTérée »,
~2

KUB XVI 32 Il 14-18; Th.van den Haut, ibid., 178-]81; cf. ibid.,

36-37. 43 Th.van den Haut, ibid., 186-189. 4,1 Th. van dcn Haut, «Hethitischc Thronbesteigungsorakel und die Inauguration Tudbalijas IV. », ZA 81, 1991, 274-300 (CTII 577-578, 582). 45 Th.van den Haut, ibid., 292-294.

28

apparemment jusqu'au

huitième mois de l'année nouvelle et donne les résultats (favorables) des consultations de l'oracle opérées par une « vieille femme» au sujet de la santé du roi46. L'installation de celui-ci et les festivités auxquelles il est fait allusion dans ce texte renvoient certainement à une cérémonie solennelle d'intronisation au cours de laquelle tous les dignitaires et Grands du Ijatti devaient prêter serment à leur nouveau souverain. II lui était évidemment impossible de prévoir que son prédécesseur et corégent supposé mourrait le hu itièmc mois de l'année nouvelle. De même l'empreinte partiellement conservéc du grand sceau de Tutbaliya (IV) figurant sur une tablcttc d'Ugarit, RSL 2, ne confirme pas la réalité d'une corégence de ce roi et de son père47. Il vaut donc micux admettre jusqu'à preuve du contraire que Tutbaliya IV est monté sur Ic trône lors du décès de son prédécesseur et a gouverné par la suite avec sa mère, la reine Pudubepa48.

3) Le système de gouvernemcnt49 a) Les « instructions» Lc roi Tutbaliya IV était conscient de la situation précaire résultant de la double usurpation qui lui avait donné le pouvoir.

4(,

47

Th. van den Hout, ibid., 279-282 ; DAmA 25, ] 998, 108-113. J.Nougayrol, l'RU VI, 1970, n0179, pp.129-130; C.Mora, «Une probabile testimonianza di coreggenza tra due sovrani ittiti »,
Ist.Lomh.Sc.Le/.(Rendicon/i) Siegel Tuthalijas 1957, 8-2] (SAG 121, 97-108; contra I-lintergrund H.Ouen, « Ein IV. und sein dynasticher I). Geschich/e des o.lthe He/hi/ischen Hiltites, Reiches, 2005, 296-297

», Is/Mil

43, Fs

P. Neve, 1993, 107-112, pp.1 07 -110 ; cf E. von Schuler, AfO Beih. 10,
48

Cf

H.Klengel,

1999, 287et nn.1 0-

288 ; T.Bryce, 12, pp.472-473. 49 Cf. M.Giorgeri,

The Kingdom

C.Mora, Aspe/ti delle rega/ita il/i/a nel XlII secolo a.c., Como 1996; H.Klengel, Geschichte 1999,274-297; T.R.Bryce, The Kingdom, 2005, 295-326; BJ.Collins, The Hil/ites and their World, SBL 7. Atlanta, 2007, 66-72.

29

Dès son avènement il a convoqué à Ussa50, cité proche des frontièrcs du pays de"Tarbuntassa, toute une catégorie de hauts dignitaires, les LÛMES SAG (akkadien sa re.\:i),« ceux de la tête/ de la personne (du roi) » qui avaient des fonctions les mettant en contact direct avec le souverain et pour certains, leur donnant accès à la chambre du roi5l. Pour D. Hawkins il s'agissait d'eunuques qui, comme dans d'autres pays, pouvaient parvenir aux plus hautes charges52. Certains étaient des chefs scribes comme Anuwanza, LU.SAG et seigneur de Nerik, dont le nom figure dans les nombreux colophons des tablettes dont il avait rédigé le texte, qui a joué le rôle d'un véritable chancelier, et qui a été l'un des témoins, au début du règne de Tutbaliya IV, de l'édit organisant la succession du chef des scribes sur bois et Grand Berger, Sal]urunuwa (KUB XXVI 43 vo 34= XXVI 50 vo 28)51. Lc cas du chef scribe Palla, seigneur de IJurma est comparable5-1; de même celu id' EN-tarwa, scribe et surintendant du palais (DUB.SAR UGULA É.GAL)55. Des doutes subsistent sur le fait que ces personnages et les autres « seigneurs» qualifiés d'hommes SAG aient tous été des « castrats »'('. Comme déjà vu, le serment demandé à ces hauts dignitaires leur imposait en premier lieu de ne reconnaître qu'aux sculs descendants du Grand Roi le droit d'accéder au trône, à l'exclusion des princes (DUMU.LUGAL.MES), rejetons d'un autrc mcmbre de la famillc royale (XXVI 1+ I 116, ~~ 1-2), serment valable, en particulier en cas de rébellion,le fait que le roi a de nombreux frères est rappelé à cette ocea50
51

RGTC 6,464-465 (Usa). E.von Schuler, Helhilische Dienstanweisungen, ,1/0 Beih. 10, 1957,
CRRA/47, Helsinki 2002, 217-233.

8-21 (SAG I). 52 lD.Hawkins.
;:;

E.Laroche, Nil n092, p.54.

54 Th. van den I-lout, SlfloT 38, 1995,216-225. 55 Th.van den Hout ibid" 235. 56 J.Klinger, « Zur 'Regierung' des hethitischen Staates », ZABR 2, 1996, 140-182, p.162, rejette l'équation LU SAG= sa resi ; SAG est pOlir lui un terme général désignant les hauts dignitaires à la fin de l'empire; cf. F. Pecchioli Daddi, LTfjT. Fs..J. de Roos, 2006,117-130.

30

sion- (ibid., I 17-29, ~3). Les parents par alliance du souverain sont visés par le ~7 de ces instructions (ibid., 110-14). Toutes les injonctions et interdictions formulées par le roi sont l'occasion de la prestation d'un serment solennel. Les « hommes SAG» devront protéger Tutbaliya et ses descendants légitimes, ne pas reconnaître un autre souverain, ne pas falsifier ses messages (~16), en pal1iculier ceux adressés à un souverain étranger (~22), ne pas s'abstenir de dénoncer ceux qui préparent de « mauvaises choses» contre le roi. Les dignitaires présents devront respecter les engagements pris à Ussa qui seront imposés à eeux qui étaient absents lors de la tenue de cette assemblée (~~24-25). Un secret absolu est prescrit à l'égard des souverains étrangers comme à l'égard des parents du roi (~26). Les deux derniers paragraphes avant le colophon prescrivent aux membres de la « congrégation» de ne pas briser leurs serments et de respecter la volonté royale (~~ 35-36). Le tcxte parallèle, KUB XXVI 12+(SAG 2)5i,est plus général. Il s'adresse aux commandants des troupes (BELU)!A KARASU!':) (~2), aux« seigncurs » (BEU))I"), aux « princes» (DUMU~'1Ls.LUGAL), aux gouverneurs de provi,nce;; (~l 0), aux collecteurs des taxes (~17) aussi bien qu'aux WMEsSAG ct reprcnd les objurgations et les interdictions formulées dans le texte précédent. De nouveau l'anathème est lancé par le monarque contre tout « Grand» qui reconnaîtrait un droit quelconque à la royauté aux représentants des lignécs dc Mursili (II), de Muwatalli (II) ou de Ijattusili (III) autres que ses propres descendants (XXVI 12+ ] 1-2], ~7) et se rallierait à un fils légitimc ou au fils d'une « femme secondaire» (sA!NA P'lA Rn) de son père. Les gouverneurs des provinces faisant fàce aux pays d'Azzi, de Gasga et de Lukka devraient fàire preuve de vigi lance envers les criminels cherchant à franch ir la frontière. Les trois noms symbol isaient les trois grandes directions, vers l'est (Azzi), le nord (Gasga) et l'ouest (Lukka) permettant de fuir le territoire hittite. Le roi a donc voulu s'adrcsser avant tout dans cette seconde instruction à l'ensemble de l'aristocratie hittite qui formait une
5i

E.von Schuler, litO /Jeih. 10,22-3 I (SAG 2).

31

fam i lie royale élargie incluant frères, cousins et parents par alliance du souverain. L'interdiction faite, semble-t-il, aux LU.MES SAG d'avoir des relations (sexuelles) avec les femmes du harem royal, servantes (MlJNlJSSUijUR.LAL) ou «femmes libres» (SAG l, 9932-34; SAG 2, 931 '), semble interdire de

. . , sx vOir en eux des eunuques. D .H aw k illS a propose une traduction de ces passages lacunaires confirmant son interprétation mais elle ne parvient pas à convaincres9. Les paragraphes 22-28 de SAG 2 sont adressés à une catégorie pal1iculière, celle des seigneurs et princes qui vivent à la cour, les « hommes SAG qui tiennent le roi entre leurs mains» (SAG 2, ~2). Ils formaient le «cercle intérieur du pouvoir », avaient accès à la résidence et à la chambre royale (É.SÀ SA LUGAL) et étaient les protecteurs de la personne du souverain dont ils garantissaient la sauvegarde et l'intégrité (<< corps et de l'âme du roi », du SAG L ~20). Ces derniers pourraient avoir été, plus probablement que les autres hommes SAG, des eunuques. Il est précisé qu'ils pouvaient être chargés de missions diplomatiques. Après la défaite de N iuriya le roi reviendra en termes impératifs sur les obligations ainsi imposées aux Grands60. b) L'édit organisant la succession de Saburunuwa (CTH 225) L'absence presque complète à l'époque du Nouvel Empire de tablettes raisant état de « donations royales» comparables aux divers Landschenkungsurkunden (LSU) publiés par les rois du Moven Rovaume61 a été sans doute le résultat des nouvelles , , formes juridiques adoptées par les bureaux de la capitale, en particulier de l'usage de tablettes de bois (et de l'écriture hiéroglyphique?) scellées au moyen de «bulles ». Seule la donation (fragmentaire) de I:Iattusili III à IIIGAL-dIM/UraTarbunda, fils d'un Kantuzzili (CTH 224, KUB XXVI 58), datant du « Nouvel Empire », est connue.
F.Pecchioli Daddi, Ul-fl: Fs. J.de R(JOs, 2006, 122. 59 D.Hawkins, 47RAI, Helsinki 2002, 223-224.
(,0 R.Stet~lI1illi,
58

« KBo IV 14=VAT 13049 », Ac.Uncei, SI11.~f; 20,1965,
MJ() 6, \ 958,321-38 \.

39-79. (,1 K.K.Riemschneider,

32

Un document peut nous donner une idéc de l'importance des domaincs tenus par les «Grands» du Ijatti au XlIIèmesiècle avant notrc ère et de leur richesse en terres et en hommes, l'édit publié par le roi Tutbaliya IV peu avant ou peu après la rédaction de la tablette de bronze afin d'entériner les décisions prises par le «Chef des scribes sur bois et Grand Berger» Saburunuwa, pour régler sa succession62. Il ne s'agit donc pas d'une donation royale à proprement parler, mais il est certain qu'une partie au moins des biens fonciers détenus par ce personnage avait pour origine plus ou moins lointaine la faveur des souverains. Sabllrllnuwa, dignitaire qu'il faut absolument distinguer du roi de Karkcmis homonymé3, a été à la fois ou successivement « chef des scribcs sur bois (GAL DUB.SAR.GIS) », «Grand Berger (GAL NA.GAD)>> et «commandant des hoplites de l'aile gauche (GAL 'l!UKU.US GÙB) ». Les empreintes de son sceau, retrouvées à Tarse et à Bogazkoy (SOo 2.9, 2.78), en font un fils royal et un chef scribe (INFANS+REX MAGNUS SCRIBA)64. Il a été l'un des témoins du traité Ulmi-Tesub (KBo IV 10+ va 30) ct de la tablette de bronze (Ba 86/299 IV 37). Unc grande partie de sa carrière s'est déroulée sous le règne de Ijattusili III ct son fils Tattamaru a épousé une nièce de Pudubepa. Il est donc très représentatif de l'aristocratie hittite de son temps. La mention des « déportés» (NAM.RAI)IA) qu'il avait pris« par la force des armes» montre qu'il a bien été un chef de guerre actif(CTH 225 ro 6). L'édit du roi et de la reine n'a fait que donner force légale aux dispositions prises par SaburunU\va pour régler sa succession. Il a été publié aux noms de «Tutbaliya, Grand Roi, roi du pays de IJatti et de Pudubepa, Grande Reine, reine du pays de Ijatti » et
62 F.lmparati,
6}

« Una Concessione RHA XXXII, 1974.

di Terre da Parte di Tudhaliya

IV»,

Confusion chez F.Sommer, AU, 34 ; T.Bryce, The Kingdom, 2005, p.302, suit d'abord Sommer mais distingue ensuite les deux personnages homonymes. Il.33, p.464. 64 E.Laroche. NH n01076, 153-154; Th.van den Hout, SlBoT 38. 1995.151-154.

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nous assure que la reine-mère avait gardé tout son pouvoir après l'avènement de son fils. Lc Grand Berger attribuait à ses fils, Tattamaru et Duwattannani, « sa maison (ÉZU) », c'est-à-dire ses domaines et tous les déportés qu'il avait capturés. Mais les biens en question, sans doute les plus importants, ne sont pas énumérés par la tablette. L'intervention des souverains dans eette affaire privée s'explique avant tout par le fait que ce sont les terres et les biens légués par Saburunuwa à ses petits-fils, issus de sa fille (ou peut-être à des enfants d'une seconde épouse ?),dU-manawa/Tarbu(nta)manawa, Tulpi-Tesup, Kuwalanaziti et leurs frères, sans doute mineurs à cette date, qui ont fait l'objet de l'acte juridique authentifié par les souverains (CTH 225 ro 4-8). Le gendre de Saburunuwa, Alibesni, a été lui aussi un bénéficiaire des dispositions adoptées pour une part minime de I'héritage, semblc-t-il, distincte des biens attribuées à ses (probables) fils. La longue liste des domaines légués débute par la mention de biens fonciers ayant appartenu à divers personnages auxquels Suppiluliuma et Mursili (II) les avait attribués et dont Saburunuwa avait hérité, pâturage pour chevaux et champs situés dans diverses cités dont une Wiyana\-vanda et dans le pays de Jjarziuna. Saburunuwa avait apparemment obtenu que ses terres soient exemptées de l'ELKU, redevance due par les propriétaires fonciers à trois hauts personnages, l'EN.KUR (seigneur du pays), l'EN MADGALTI (le gouverneur provincial) et le MASKIM URU (l'inspecteur de la cité). Parmi les localités du pays de Ijarziuna (ibid., ro 21-23) qui sont mentionnées les noms de Parminassa et d'Appala peuvent être rapprochés de ceux des villes hellénistiques de Prymnessos et d'Appola au centre de la péninsule('5. L'édit passe alors à des domaines situés plus à l'est, dont « l'ensemble des champs de la cité de Lusna »66 (Lystre, turc )-Iatm Seray), les champs de Saliya et de Paduwanda (PodandoslBozantit avec respectivement 7 et 6 enclos pour le bétail dans la« grande montagne »,
65 J.Freu, Lllwiya, LAMA 6, 1980,24] -242.
66

67

RGTC 6, 252, 6/2, 97 (Lusna).
RGTC' 6,311 ; 6/2, 123 (Patuwanta).

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c'est-à-dire le Taurus. Les domaines du Grand Berger étaient proches dans cette région des portes ciliciennes et des limites du Kizzuwatna (ibid., 25-27). Etaient cités ensuite parmi de nombreux noms de villages non identifiables le mont ijuwat/lanuwanda, un relief dominant une frontière du pays de la rivière Ijulaya, et Parduwata68 (ibid., 28-34). Certains domaines de Saburunuwa semblent avoir longé la frontière du pays de Tarbuntassa/Uulaya sans jamais la franchir. Des noms . . 69 .' connus reapparalssent ensuIte comme W asvalllya h et un domaine situé près de Kizzuwatna (Kummani) est mentionné avant un retour vers le nord du Ijatti et les cités proches du pays gasga, IJanbana et I,Jattena70(ibid., 35-48). Les paragraphes suivants (997-9, ibid., 49-67) reviennent sur les biens légués aux fils de Tarbumanawa, des domaines avec leurs déportés, leurs artisans, l'argent, l'or, le bois, \es vêtements, les chars de combat qui leur étaient joints et mentionnent l'existence de fils et de tilles d'Arummura, une concubine, dont les lacunes du texte ne permettent pas de savoir s'ils étaient exclus de la succession ou s'ils se vovaient reconnaître certains droits en cc domaine. Les prestations (.iiabban) à fournir à la déesse d'Arinna sc composaient de 4 bovins, une « motte» de beurre, 5 fromages, 5 (unités) de présure, 10 ke.iiri de laine, prestations à livrer au temple de la déesse. Aucune autre charge (.iiabban) pesant sur le domaine ne devait être ajoutée à l'avenir. La propriété de ces biens était garantie aux /ils, petits-fils, arrière-pelit-fils et descendants lointains de Tarbumanawa. Le verso de l'édit traitait d'abord des dispositions prises par Ijattusili et Pudubepa et inscrites sur une tablette déposée devant la déesse d'Arinna et une autre devant le dieu de l'Orage. Les fils d'Arummura avaient, semble-t-il, émis des prétentions au sujet des « déportés» qui servaient de main d' œuvre dans les domaines de Sahurunuwa. II était alors rappelé que le roi Muwatalli avait exempté ceux-ci de
V

68

(,')
70

RGTC 6, 309 : 6/2, 122 (Partuwata).
RG7C 6,477-478 ; 6/2, 187 (Wasbanija).

RGTC 6, 76-77 ; 6/2, 25 (ljanbana) ; RGTC 6, 10I-I 02 ; 6/2, 36 matina).

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redevances UahlJan), de corvées (luzzi) et d'autres prestations. Le « seigneur du pays », le « gouverneur », l'inspecteur, garants de l'intégrité du domaine et « l'homme de l'ELKU>> ne devaient pas élever de revendications à ce propos. Etaient alors invoqués le dieu de l'Orage, la déesse d'Arinna, les mille dieux de ijatti, les dieux du serment, le dieu Lune (Arma) « seigneur du serment », ISbara du palais de la souveraine, reine du serment, qui étaient les garants de l'intégrité de la tablette (ibid., vo] -21). Un couli paragraphe mentionnait les quelques domaines attribués à Alibesni, le gendre de Saburunuwa (~13, ibid., 2227), eux aussi apparemment exemptés du .'l:abIJant du luzzi. e L'édit se terminait par une liste de témoins, à l'instar d'un traité:

-

Nerikkaili,

DUMU.LUGAL

tubkanti,

le prince royal auquel

son (demi-)frère, le roi TutlJaliya, avait rendu sa place d'héritier présomptif: la plus haute après celles du roi et dc la reine

- [Kuruntal, roi du pays de Tarbuntassa
- Ini-Tesub, roi du pays de Karkemis - Angurli - LJpparamuwa, DLJMU.LUGAL, commandant des écuyers GUSKIN) d'or (lJGULA L(JMI.sKUS7 - LLJGAL-dKAL/LAMMA. commandant des hoplites de gauche (GAL LJKU.US GÙB)71 - Gassu, commandant des écuyers

-

Mizramuwa,

chef berger de gauche

(GAL NA.KAD

GÙB)

- GAL-dLJ(Ura-Tarbunda?, E.Laroche, NHno1441, 198) - Tuttu, seigneur de la maison apuzzi - EN-tarwa, scribe, surintendant du palais (UGULA É.GAL), homme SAG - Palla, seigneur de Ijurma, scribe, homme SAG

-

Walwaziti

(UR.MAIj-LÛ-i),

chef scribe72

71Le nom est à lire Ijassawas-In(n)ara: E.Laroche, NH 1966, n01751, p.224; Cf M.Marizza, « La Carrica di GAL DUMU\IIS É.GAL nel Regno Ittita (MAGNUS DOMUS FILIUS) », SMEA 48,2006, 151175, p.163.

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