Le Duc Albert de Broglie 1821-1901

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Albert de Broglie est l’un des pères de la Troisième République. Descendant par son père d'une longue lignée d'aristocrates, et par sa mère de Germaine de Staël, la diversité de ses origines a fait de lui un conservateur libéral et un chrétien affirmé. Très tôt attiré par la politique, ce n'est qu'après la chute du Second Empire en 1870, à l'âge de cinquante ans, qu'il peut accomplir ce qui fut son rêve d'enfant et son vœu constant d'adulte : servir son pays au plus haut niveau de responsabilités. Il combat pour la création d'un Sénat en vue de s'opposer aux excès des démagogues de toutes origines. C’est en faisant voter une constitution contenant ces garanties qu’Albert de Broglie s’affirme homme d’Etat.  
Publié le : lundi 28 septembre 2015
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EAN13 : 9791026202806
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François Leblond

Le Duc Albert de Broglie

1821-1901

L'héritier, le chrétien, l'homme d'Etat

 


 

© François Leblond, 2015

ISBN numérique : 979-10-262-0280-6

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Avant-propos

 

Ayant écrit avec mon fils Renaud une biographie de celui qui a créé Sciences Po au lendemain de la guerre de 70, Emile Boutmy, j'ai voulu poursuivre ce travail en faisant mieux connaissance de ce qu'était à cette époque la vie politique française. J'ai relu pour cela les deux ouvrages qui nous étaient recommandés quand nous étions sur les bancs de l'Ecole : » La fin de notables » et « la République des Ducs » de Daniel Halévy.

 

Celui-ci consacre une bonne partie de son étude au Duc Albert de Broglie, en faisant de lui un des auteurs essentiels de la Constitution de la III° République et en mêlant éloges et critiques à son égard. J'ai donc souhaité revenir sur sa personnalité, sur la vie qu'il a menée et les rôles qu'il a joués avec l'espoir de contribuer à donner de lui une image juste.

 

J'ai eu la chance de pouvoir me procurer les mémoires qu'il a écrits et qui furent publiés par son petit fils longtemps après sa mort, en 1938 et en 1942. Albert de Broglie, en les écrivant, pensait que ces textes ne seraient jamais livrés au public, d'où l'accent de sincérité qui manque souvent à ce type de livre. Daniel Halévy en avait eu connaissance et ses observations sur l'époque du début de la troisième République sont très concordantes avec ce qu'a écrit Broglie dans le tome II de ses mémoires. Mais pour bien comprendre cet homme, il fallait lire attentivement le premier tome consacré à la vie qu'il a menée avant la guerre de 70.

 

Naturellement, cette lecture en appelait beaucoup d'autres et l'image d'Albert de Broglie apparaissait ainsi progressivement à mes yeux dans sa richesse : un homme de convictions, une belle intelligence, un politique engagé, une volonté de fer chez un être sensible mais un homme qui avait été marqué par une enfance de château qui en faisait un être à part. Le rôle diplomatique qu'on lui confia très jeune dans la défense des Etats pontificaux a modifié son comportement de jeune noble. Il prit tellement à cœur cette fonction qu'il devint pour le restant de sa vie un catholique engagé. Il n'est pas possible de bien comprendre son comportement après la guerre de 70 dans les luttes politiques qui ont suivi la fin du Second Empire, si on n'a pas présent à l'esprit la diversité des expériences qu'il a vécues antérieurement.

 

Celles-ci lui ont donné une indépendance d'esprit qui ne pouvait que le classer parmi les libéraux. Ses convictions chrétiennes furent toujours accompagnées du respect de ses adversaires

 

J'aimerais contribuer, avec ce livre, à faire connaître cet homme inclassable. Il voulait que la République soit armée pour combattre les excès démagogiques. Il a largement réussi.

 

 

Le contexte historique

 

Ce sont 50 ans de la vie d'Albert de Broglie que nous évoquons : 1827 1877. Il paraît préalablement utile pour expliquer pour partie le cours de son existence de rappeler les événements qui se sont passés en France et dans le monde pendant cette période.

Il naquit sous le régime de la Restauration qui avait succédé en 1815 à l'Empire et qui fut renversé en 1830. Le souvenir de la Révolution était à cette époque encore présent dans toutes les couches de la société. Il y avait ceux qui se réclamaient de l'idéal de liberté de 1789 et dénonçaient la période sanguinaire de 1793, ceux qui leur répondaient que des massacres étaient inévitables au moment où étaient renversées les bases mêmes de la société, il y avait enfin ceux qui n'avaient « rien appris et rien oublié » et voulaient revenir à l'Ancien Régime, trois tendances de l'opinion qui se maintinrent pendant de longues années.

Napoléon avait été vaincu mais comme l'a écrit le grand observateur politique qu'était Adolphe Thiers, dans son livre sur Saint Hélène, il n'était pas possible de le méconnaître ou de l'oublier : » Il a perdu notre grandeur mais il nous a laissé la gloire qui est la grandeur morale … étudions ses hauts faits qui sont les nôtres, apprenons à son école, si nous sommes militaires l'art de conduite les soldat, si nous sommes hommes d'Etat l'art d'administrer les empires, instruisons-nous surtout par ses fautes, apprenons la modération auprès de cet homme le plus immodéré des hommes » L'Empire avait laissé des traces dans toutes les classes de la société et le retour des cendres de Napoléon, mort dans l'île lointaine de Sainte Hélène en 1821, qui fut ordonné en 1840 par le Roi Louis-Philippe, répondait au vœu d'une bonne partie de la population. La classe politique ne mesura pas alors, à sa juste valeur, l'importance de ce souvenir, elle était plus sensible à la défaite de Waterloo qu'au soleil d'Austerlitz. Pour les soldats de l'Empire désormais placés en demi-solde, c'était l'inverse et ils avaient beaucoup de choses à raconter devant le feu de la chaumière qu'ils avaient rejointe.

La révolution de 1830 qui fit partir le roi Charles X au pouvoir depuis 1824 après la mort de son frère Louis XVIII, désigna le duc d'Orléans, cousin éloigné du Roi, comme « Roi des Français ». Il était fils de Philippe Egalité qui avait voté la mort de Louis XVI. Il avait lui-même servi comme général dans les armées de la Révolution en tant qu'adjoint de Dumouriez, le vainqueur de Valmy en 1792. Ce dernier ayant trahi, le futur Louis-Philippe avait dû fuir à l'étranger et donner des leçons de mathématiques pour vivre. Il n'avait en rien le comportement des Bourbon de l'Ancien Régime, ses fils allaient au lycée, il se déplaçait à pied, il dormait avec son épouse dans le même lit. Pour lui, il était capital de défendre les principes de sagesse exprimés au début de la Révolution par quelques grands seigneurs d'alors qui se démarquaient d'une petite noblesse défendant bec et ongle ses privilèges, il détestait la Convention et avait en son temps essayé d'empêcher son père sans succès de voter la mort de son cousin. Autour de lui, se regroupaient les libéraux attachés à la liberté de la presse, à la liberté religieuse, à la liberté de l'enseignement. Lui-même ajoutait que le maintien de la paix en Europe supposait le respect des traités de 1815 qui avaient suivi la fin de l'Empire, quelque soient leurs faiblesses.

Il resta au pouvoir dix-huit ans. Trop âgé en 1848 pour accepter les réformes qui lui étaient demandées, l'élargissement des bases du système électoral, il fut renversé en février par des révolutionnaires pour la plupart héritiers des conventionnels de 1793. Ils avaient toujours combattu le régime né de la rue en 1830, notamment pour son libéralisme économique, ils considéraient que l'Etat devait diriger l'économie avec comme point d'orgue les ateliers nationaux dont ils décidèrent la création dès leur arrivée au pouvoir. Ils proclamèrent la République. La grave dépression qu'entraîna leur arrivée au pouvoir, les faillites des entreprises, amenèrent lors des élections législatives du printemps une majorité conservatrice violemment opposée à leurs initiatives. C'est cette majorité qui laissa, à son corps défendant, Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, se faire élire à la Présidence de la République au suffrage universel selon la règle qu'elle avait créée. Elle ne put empêcher ensuite celui-ci de se faire proclamer Empereur à l'issue du coup d'Etat du 2 décembre 1851. Il avait été considéré très généralement par elle comme un aventurier, il avait en 1836 voulu soulever la garnison de Strasbourg et avait récidivé quatre ans après à Boulogne, à l'issue de quoi il avait été enfermé au fort de Ham dans l'Aisne, il s' en était évadé et avait vécu, depuis, en Angleterre. Quand les Français l'ont élu à une très grande majorité, les politiques ont compris leur erreur : ils avaient profondément sous-estimé le souvenir napoléonien dans l'opinion.

Napoléon III garda le pouvoir aussi longtemps que Louis-Philippe – dix-huit ans. Il n'eut guère plus d'égard pour la démocratie que son oncle en son temps et s'aliéna immédiatement les libéraux qui avaient soutenu la Monarchie de Juillet. Il n'en avait cure pendant une dizaine d'années, l'opinion soutenait un régime qui avait entraîné un développement économique sans précédent, les difficultés vinrent d'une politique internationale brouillonne, notamment à l'égard du pape qui entraîna des critiques dans des milieux jusque-là acquis au régime : les catholiques. Il dut chercher des alliés parmi les libéraux et donner, quelques mois avant sa chute, à l'un d'entre eux, Emile Ollivier, le poste de Premier Ministre.

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