Le fondouk al-ghalla de Tunis

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Le "fondouk al ghalla" de Tunis, ou ce qui s'appelle aujourd'hui "le marché central", comptait, à l'époque coloniale, parmi les plus importantes institutions urbaines de la capitale. Espace commerçant à la fois "ancien" et "moderne", "tunisien" et "européen", le fondouk est en vérité le produit d'un long processus de cohabitation et d'acculturation. L'ouvrage analyse les mutations totales ou partielles que ce haut lieu de Tunis a connues sur les plans juridique, institutionnel et surtout humain.
Publié le : mercredi 1 juin 2016
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EAN13 : 9782140010347
Nombre de pages : 180
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Karim B YLe fondouk al-ghalla de Tunis
Marché central (1891-1956)
Le « fondouk al ghalla » de Tunis, ou ce qui s’appelle aujourd’hui
« le marché central », comptait, à l’époque coloniale, parmi les plus Le fondouk
importantes institutions urbaines de la capitale. Non seulement
parce qu’il faisait partie des infrastructures dont dépendait la vie
de cette cité en plein essor, mais parce que les mutations qu’il a al-ghalla de Tunis
connues sous le Protectorat français, lui ont permis d’être valorisé et
intégré dans l’économie moderne, tout en conservant ses spéci cités
Marché central (1891-1956)d’institution locale « en chair et en os ».
Espace commerçant à la fois « ancien » et « moderne »,
« tunisien » et « européen », le fondouk est en vérité le produit d’un
long processus de cohabitation et d’acculturation qui s’est accompli
avec plus ou moins de heurs et de malheurs sur les plans juridique,
institutionnel, et surtout humain.
Le présent ouvrage tente de retracer le parcours complexe d’un
haut-lieu de Tunis et de raconter, avec les mots de l’historien, l’âme
d’une cité rompue aux dures épreuves mais toujours habile dans la
conduite de son destin. L’auteur y rend hommage également à un
pays, le sien, et aux valeurs grati antes dont s’enorgueillit son riche
patrimoine. A travers le récit des mutations qu’a subies « fondouk al
ghalla» pendant la colonisation française, le lecteur suit les méandres
d’une histoire qui s’écrit, aujourd’hui encore, dans le même esprit
d’authenticité et d’ouverture.
Karim BEN YEDDER est chercheur aux Archives Nationales de Tunisie.
Ses travaux de recherches portent sur l’histoire économique et sociale de la
Tunisie contemporaine notamment sur celle des artisans et de l’artisanat.
Illustration de couverture : Tarek Souissi, Une des portes du marché central de Tunis.
ISBN : 978-2-343-08934-8
19 €
Histoire et Perspectives MéditerranéennesHistoire et Perspectives Méditerranéennes
Le fondouk al-ghalla de Tunis
Karim B Y
Marché central (1891-1956)




Le fondouk al-ghalla de Tunis

Marché central (1891-1956)

















Histoire et Perspectives méditerranéennes
Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud

Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les Éditions L’Harmattan
se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde
méditerranéen des origines à nos jours.


Déjà parus

Association Déméter-Coré (coord.), Travail et maternité dans l’aire
méditerranéenne, 2016.
Zakaria FATIH, Le Maghreb à la croisée des chemins : l’enjeu de la
tradition et le défi de la modernité, 2016.
Hassan BANHAKEIA, Histoire de la pensée nord-africaine, 2016.
Saïd CHIBANE, L’Algérie entre totalitarisme & populisme, La fausse
ouverture ou l’heure des illusions/désillusions, tome 2, 2016
Saïd CHIBANE, L’Algérie entre totalitarisme & populisme, Le temps du
parti unique, tome1, 2016.
Johara BERRIANE, Ahmad al-Tijâni de Fès : un sanctuaire soufi aux
connexions transnationales, 2016.
Pascal CYR, Égypte, la guerre de Bonaparte, 2015
Philippe GAILLARD, Génération Algérie : Mémoire d'un quidam, 2015
Mustapha ARIHIR, Les relations extérieures franco-algériennes à
l’épreuve de la reconnaissance, de 1962 à nos jours, 2015.
Chadia CHAMBERS-SAMADI, Répression de manifestants algériens,
2015.
Mohammed Anouar MOGHIRA, L’Égypte en marche ?. Les atouts, les
espoirs et les défis (1952-2015), 2015
Mohamed HARAKAT, Les paradoxes de la gouvernance de l’État dans
les pays arabes, 2015.
Mohammed GERMOUNI, Le protectorat français au Maroc. Un nouveau
regard, 2015.
Guillaume DENGLOS, La revue Maghreb (1932 - 1936). Une publication
franco-marocaine engagée, 2015.
Michel CORNATON, Nelly FORGET et François MARQUIS, Guerre
d’Algérie, ethnologues de l’ombre et de la lumière, 2015.
Saïd MOURABIT, L’économie politique de la production législative au
Maroc, 2015.
Raymond NART, Histoire intérieure de la rébellion dans les Aurès,
Adjoul-Adjoul, 2015.
Fawzi ROUZEIK, Le Groupe d’Oujda revisité par Chérif Belkacem,
2015. Karim BEN YEDDER



Le fondouk al-ghalla de Tunis

Marché central (1891-1956)










































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www. harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-08934-8
EAN : 9782343089348 Remerciements


Mes vifs remerciements s’adressent à tous ceux qui
m’ont apporté de l’aide, et grâce à qui ce travail a vu le
jour.
Je pense en particulier à :
Badreddine BEN HENDA, pour son soutien
inconditionnel, ses lectures attentives, et sa correction
rigoureuse du texte.
Tarek SOUISSI qui m’a gracieusement offert l’illustration
de la couverture.
Walid BEN MANSOUR, pour son aide précieuse en
matière de traitement, de conception et de mise en page
des annexes.
Mabrouk JBAHI, pour son dévouement infaillible.

Abréviations



AMT: Archives de la Municipalité de Tunis
ANT: Archives Nationales de Tunisie
art : Article
C: Carton
D: Dossier
DMC: Dossier du Marché Central
IBLA: Institut des belles lettres arabes
JO: Journal Officiel
p: Pièce
RHM : Revue d’histoire maghrébine
RTS : Revue tunisienne de sociologie
S: Série
STD : Société tunisienne de diffusion








Translittération de l’arabe





















INTRODUCTION

A partir de 1860, la juxtaposition, dans le site de Tunis,
d’une ville ancienne (la Médina et ses faubourgs) et d’une autre
nouvellement fondée et en pleine extension autour de l’axe de
la Marine, a fini par priver la Médina de son rôle de centre de la
cité et par créer une nouvelle centralité.
L’établissement, en 1881, du Protectorat français
renforcera cet état de fait et, tout en s'identifiant au centre
1colonial , le nouveau « cœur » de Tunis prendra une dimension
caractéristique suite à la mise en place des instruments de la
gestion urbaine, notamment des grandes infrastructures et des
équipements nécessaires au fonctionnement de la cité nouvelle,
et leur répartition en fonction de l’axe central que représentait la
promenade de la Marine.
Le fondouk al-ghalla, appelé aussi (et de manière
2officielle) Marché central dès 1926 , était au cœur de ces
mutations, vu qu’il représentait l’une des infrastructures dont
dépendait la vie de la capitale. C’est pourquoi d’ailleurs,
aussitôt qu’ils prirent le contrôle du pays, les Français se
3mirent, dès 1884 , à construire un nouveau local pour le
fondouk dans la partie alors fraîchement aménagée de la ville
européenne, là où le marché s’installera jusqu’à nos jours.
Ce transfert de local initie une ère nouvelle pour le
Fondouk. En plus du nouvel espace conçu selon le modèle des
grandes Halles françaises de l’époque, l’institution connaîtra
une réorganisation qui touchera l’ensemble de ses constituantes
et qui, en réalité, se poursuivra tout au long de la période

1 Abdelakafi (J), la Médina de Tunis, Paris 1989, p 10.
2 A.M.T, D.M.C décret du 21 Thi ‘H’ajja 1344 H/ 2 Juillet 1926
3 A.N.T .S.H, C 93, D 105, p 1.









coloniale sans réussir, toutefois, à priver le fondouk de
son " âme" car il conservera toujours son cachet d’institution
locale, « en chair et en os », et plusieurs aspects de son
archaïsme. La dénomination "fondouk al-ghalla" l’emportera
longtemps sur la nouvelle appellation française ("Marché
central"), bien qu’une partie importante des opérateurs exerçant
sur les lieux fût recrutée parmi les Européens et que la majeure
partie de la clientèle du nouveau marché appartînt à la
population européenne de la ville.
L’objet principal de ce livre est d’étudier l’évolution de
cette institution à la fois "ancienne" et "moderne", de rendre
compte et d’analyser les mutations totales ou partielles qu’elle a
connues au niveau de ses structures, de son fonctionnement et
de ses opérateurs.


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Chapitre Premier

LE NOUVEAU FONDOUK AL-GHALLA DE
TUNIS:
SITE ET DESCRIPTION




















I. L’emplacement du Fondouk: De la marge de la
Médina vers le centre de la ville européenne
1. Les Fondouks de Tunis à l’époque précoloniale
A Tunis, la majorité des fondouks se situaient depuis toujours
4hors de la ville, à proximité de ses principales portes . Sans
grand confort, ces constructions s’adaptaient aux besoins
élémentaires de leurs visiteurs qui étaient souvent accompagnés
de leurs montures et de leurs bêtes de somme (mulets, ânes,
chevaux, chameaux).
Les fondouks étaient, en général, formés d’un ou de deux
étages: un rez-de-chaussée réservé aux bêtes, aux carrosses, et à
la marchandise ; et un étage pour accueillir les visiteurs. Les
pièces étaient généralement très étroites sans autre éclairage ou
aération que l’ouverture de la porte. Elles donnaient toutes sur
5la cour ou sur la galerie qui dominait celle-ci .
A l’époque précoloniale, les fondouks de Tunis étaient
répartis soit par nationalité (fondouk des Français, des Maltais,
des Tripolitains) ou par appartenance régionale pour les
autochtones (Zghawnia, Binzartia, Tsetria, etc.), soit par type
de commerce: biadh (charbon), ‘H’arir (soie), etc. Le fondouk
al-ghalla, qui faisait partie de cette dernière catégorie était
réservé au commerce des diverses denrées alimentaires
6(Ghalla) . Vers 1860, ses échoppes (H’anût) ainsi que ses
chambres (Bayt) étaient louées contre deux carroubes par jour
7ouvrable.
Le marché se situait juste près des remparts de la Médina,
du côté de la Porte de France. En témoigne le plan d’une
portion de la promenade de la Marine et des rues avoisinantes

4 Callens (M), « L’hébergement à Tunis, fondouk et oukalas », in I.B.L.A, n° 69, 1955,
p 259.
5 A.N.T, S.H, C 56, D 619, p 12.
6 Initialement, le terme « GHALLA » désigne le produit de la terre en légumes et fruits.
7 Bachrouch (T), La Médina de Tunis avant le Protectorat, Tunis, 2008, p. 283.

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