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Le golfe de Guinée, 1700-1750

240 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296163263
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LE GOLFE DE GUINÉE 1700-1750

@

L'Harmattan,

1989

ISBN:

2-7384-0236-4

LE GOLFE DE GUINÉE 1700-1750
Récit de L.F. Romer, marchand d'esclaves sur la côte ouest-africaine

Traduction, introduction et notes par Mette Dige-Hess
Préface de Emmanuel Terray

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

50 miles

... .

i

Axi

Carte I
.J"--.. Frontières du Ghana d'aujourd'hui. ~ Partie occupée par les Etats d'Akim, d'Ashanti en 1720. 11m Partie figurant sur la carte d'Anville 1729.

1720

et d'Akwamu

Préface

Il faut remercier Mette Dige-Hess de mettre à la disposition du public francophone la relation de L.F. Romer. Il s'agit en effet d'un document de première importance, non seulement pour l'histoire de la Côte de l'Or, mais, plus généralement, pour celle de l'Afrique de l'Ouest. Négociant danois installé à Accra, Romer est un esprit attentif et curieux, et il nous livre sur le monde qui l'entoure et les événements dont il est témoin une ample moisson d'informations. Grâce à lui, nous voyons fonctionner « au quotidien» la traite des esclaves telle qu'elle se pratique au milieu du XVIIIe siècle sur le littoral africain; nous assistons aux transactions qui se nouent entre souverains africains et commerçants européens dans une étrange atmosphère de bonhomie, mais aussi de dédain et de méfiance réciproques. Par ailleurs Romer séjourne dans la région à une époque décisive de son histoire. Durant la première moitié du XVIIIe siècle, sous les règnes d'Osei Tutu et d'Oppoku Ware, l'empire asante connaît une période d'expansion accélérée, et au terme de celle-ci, il s'étend sur la quasi-totalité du territoire qui constitue aujourd'hui l'actuel Ghana. Or les Danois sont des spectateurs privilégiés de cette ascension: tandis que les Britanniques se lient aux Fanti, ennemis et rivaux des Asante, les sujets de la Couronne danoise s'efforcent de nouer des relations amicales avec la Cour de Kumasi et, 7

dans une certaine mesure, ils y parviennent. C'est ainsi que nous devons à Romer un étonnant portrait du roi Oppoku Ware et des renseignements de première main sur l'expédition lancée par l'Asante en direction du Dagomba, pour ne citer que cet épisode. La relation de Romer présente un autre avantage. Au XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle, nous disposons, pour connaître la situation et l'histoire de la Côte de l'Or, de très nombreux récits émanant d'auteurs hollandais, allemands, français, anglais et danois; mais les travaux d'Adam Jones, entre autres, ont montré à quel point ces récits se recopiaient les uns les autres; à partir d'informations initiales recueillies au début du XVIIe siècle, les additifs originaux sont relativement peu nombreux; certains ouvrages n'en contiennent aucun; . d'autres - ceux de Muller et de Bosman, au premier chef - sont plus riches, mais le « stock» se renouvelle sur un rythme assez lent. Or pour des raisons qui tiennent sans doute à la fois à ses origines et à sa formation, Ramer ne s'inscrit pas dans cette tradition; du même coup, il nous apporte quantité d'éléments neufs, qui modifient et élargissent considérablement nos connaissances sur cette période. Mette Dige-Ress travaille depuis longtemps sur l'histoire de la région, et les documents qui la retracent n'ont plus de secrets pour elle. Elle était donc particulièrement bien placée pour traduire et présenter le texte de Romer. Les spécialistes et les étudiants lui seront reconnaissants de son effort; mais la relation du commerçant danois devrait intéresser un public étendu, par les lumières qu'elle jette sur un moment important de l'expansion européenne en Afrique, et sur les rapports entre Blancs et Noirs tels qu'ils s'établissent en un temps qui est, paraît-il, celui de la Raison triomphante...

E. Terray, Directeur d'études à l'ERESS
8

INTRODUCTION

Le Danemark est aujourd'hui un pays d'une superficie de 43.043 km2 peuplé de cinq millions d'habitants, et pourtant, il y a moins de deux siècles, lès Danois possédaient des comptoirs aux Indes et des îles aux Antilles, et occupaient une partie de la Côte de l'Or pendant plus longtemps que les Portugais. Les Portugais s'y étaient maintenus 155 ans à partir de 1482, alors que les Danois réussirent à s'y établir pendant 192 ans, de 1658 à 1850, année où ils vendirent leurs possessions aux Anglais. La place occupée par le Danemark à côté des grands Etats maritimes devient compréhensible à la lumière de l'histoire de ce pays. En effet, le Danemark était déjà au VIe siècle un royaume avec des velléités expansionnistes qui aboutirent à des occupations successives, d'une durée plus ou moins longue, de la Norvège, de l'Angleterre, de la Suède et des pays voisins de la Baltique. Au milieu du XVIIe siècle le Danemark comprenait encore la Norvège et le Slesvig-Holstein jusqu'à l'Elbe où le roi Christian IV décida en 1616 de construire une ville marchande et navale, Glückstadt, afin d'y attirer des grands commerçants hollandais et hambourgeois. Les Danois étaient par tradition un peuple de marins et la situation du royaume en fit une puissance baltique et atlantique, ce qui lui permit de prétendre à un rôle dans le jeu international de l'époque. Déjà en 1624 le roi Christian IV prit l'initiative de créer une première compagnie marchande avec un droit de commerce et de navigation sur l'Afrique, les Amériques, l'Asie et l'Australie. Cette première tentative 9

fut suivie d'autres et le Danemark réussit dans les années 1650 à s'établir sur la Côte de l'Or puis, dans les décennies suivantes, à en éliminer les Suédois et les Brandebourgeois. En 1659 fut constituée la Compagnie de Glückstadt à qui fut attribué le monopole du commerce de la Côte de l'Or à l'instar des compagnies hollandaises et anglaises. Cette compagnie réussit à négocier des contrats avec les autorités africaines et obtint ainsi, en 1659, du roi fetu le droit de construire le fort Frederiksborg sur une colline surplombant Cape Coast et, en 1661, du roi accra un terrain à Osu pour y ériger le fort Christiansborg. Les Danois s'emparèrent en 1671 de Saint Thomas aux Antilles et établirent la même année une compagnie des Indes occidentales qui, en 1674, sous le nom de la Compagnie des Indes occidentales et de la Guinée, reçut l'octroi royal lui donnant la possibilité d'entrer en possession des concessions accordées à la Compagnie de Glückstadt. Elle obtint ainsi l'exclusivité de la navigation et du commerce de la Côte de l'Or. En contrepartie, elle dut supporter le coût de l'entretien des forts et comptoirs royaux établis sur cette côte. Pendant vingt ans l'activité de la Compagnie resta cependant limitée et fut, par conséquent, souvent concédée aux particuliers. La situation économique de la Compagnie devint si précaire qu'elle fut forcée d'abandonner fort Frederiksborg aux Anglais pour s'acquitter des dettes contractées auprès de cette nation. De 1689 à 1697 le roi Christian V loua la navigation guinéenne et les établissements de la Côte à un armateur indépendant danois, Nic. Jansen Arf, et en 169q les possessions des Indes occidentales, Saint Thomas et Saint Jean, acquises en 1684, furent cédées pour une période de dix ans à un autre particulier danois. Pendant toute cette première période, le commerce de la Côte de l'Or concerna presque exclusivement l'or qui fut troqué contre des articles européens, notamment des textiles, des objets semi-fabriqués en fer, cuivre ou laiton, des armes à feu et de l'eau-de-vie. Cependant, à la fin du siècle, la demande en esclaves pour les Indes occidentales, et le profit des négriers-interlopes (1) provoquèrent un renouveau de l'intérêt des cercles fmanciers danois. La compagnie put augmenter son capital et reprendre possession des deux « colonies» des Indes occidentales en 1694 et de la Guinée en 1697.
1) cf. note 16, chapitre II.

10

Une période de navigation régulière suivit qui apporta surtout des esclaves aux plantations des Antilles, mais l'engagement du Danemark dans la Grande Guerre nordique (1709-1720) l'interrompit presque totalement. Ainsi la Compagnie n'envoya que deux navires à la Côte de l'Or entre 1710 et 1721. La traite n'était cependant plus une affaire aussi lucrative car le prix d'achat avait augmenté soit parce que les marchands africains réclamaient plus, soit parce que les interlopes, qui n'avaient pas à supporter les frais d'entretlén des forts, proposaient un prix plus élevé afin de s'assuri le marché. La Compagnie ne pouvait pas compenser le manque à gagner par un développement du commerce de l'or, car ce métal en provenance d'Akim, seul pays à mines d'or à proximité d'Accra, se raréfiait. La théorie officielle explique cette pénurie par la situation politique empêchant les Akim d'arriver jusqu'au fort danois. Comme la demande en esclaves ne cesse d'augmenter, surtout après l'achat de Sainte Croix en 1737, il fut permis aux particuliers de participer à la traite contre le versement d'une taxe à la Compagnie en reconnaissance de son monopole. Malgré ses difficultés financières, la Compagnie essaya de réactiver le commerce en élargissant sa zone d'influence à l'est d'Accra et réussit en 1735 à obtenir l'accord de l'autorité akim sur place pour la construction du fort Fredensborg à Nungo. Pourtant le nombre d'esclaves exportés sur les navires danois resta limité - le chiffre officiel de 1736 à 1742 est de 259 esclaves - probablement parce que la taxe à acquitter a découragé les armateurs particuliers. Cependant, la quantité d'or exportée des forts danois pendant la même période - or reçu en paiement des esclaves - laisse supposer que les Danois avaient bien fourni les interlopes en esclaves. L.F. Romer déplore ainsi le fait que la Compagnie ne dispose pendant plusieurs années que d'un seul et même navire pour effectuer le voyage triangulaire, en même temps qu'il explique comment les esclaves affluent aux forts européens. Les faits semblent confirmer que la traite ne fonctionne pas de manière efficace en raison de la défection des navires et non du manque d'esclaves. En effet, quand, en 1747, une augmentation du capital de la Compagnie permit l'envoi de plusieurs navires, le chiffre officiel danois de l'exportation d'esclaves à partir de la côte atteignit 800 par an. Cependant la conjoncture économique et les pressions poli11

tiques poussent la Compagnie à céder ses droits et responsabilités à la Couronne en 1754. L.F. Ramer séjourne justement à Christiansborg sur la Côte de l'Or pendant cette dernière période de l'existence du monopole de la Compagnie des Indes Occidentales et de la Guinée. L.F. Ramer est d'origine allemande, probablement né le 9 janvier 1714 à Elsfleth sur la Weser, de parents inconnus. Il fut élevé au Danemark et engagé à l'âge de 25 ans au Fort Christiansborg avec le titre d'assistant. Il se fit en peu d'années nommer marchand mais, à la suite d'un désaccord avec le gouverneur en place, J. Billsen, il partit de la Côte en 1744. L'année suivante il y retourna en tant que négociant en chef des établissements danois. Il quitta définitivement, pour des raisons de santé, la Côte de l'Or en 1749 et établit une raffinerie de sucre de canne à Copenhague où il resta jusqu'à sa mort en 1776. Il se maria en 1751 avec une femme de la bonne société danoise. En 1756 il publia Tilforladelig Efterretning om Negotien paa Kysten Guinea (un récit fidèle du commerce sur la Côte guinéenne), avec comme sous-titre, « de quelles nations il est fait et de quelle manière, ainsi que la manière dont notre négoce vers la Côte et vers les Indes occidentales pourrait être amélioré selon mon humble opinion ». Il s'agit ici plutôt d'une recommandation aux commerçants que d'un récit. En 1760 parut Tilforladelig Efterretning om Kysten Guinea que nous présentons ici. Il ressort du récit de L.F. Ramer qu'il adopte très vite un style de vie à l'africaine et qu'il s'entendit bien avec la population. Ses descriptions de la vie et des croyances des Africains sont surtout fondées sur ses propres observations, qu'il a soumises aux explications de son informateur principal, le cabuceer Kpoti (Puttj) de Labadi, marié à une femme « noble» akwamu. Il précise qu'il a lui-même consulté les archives danoises à Christiansborg ainsi que les archives anglaises de Fort James à Accra. Il a certainement eu connaissance des œuvres contemporaines traitant de la Côte de l'Or, mais il ne mentionne que William Bosman nommément. Il se réfère en outre à un certain Père Bahourd qui s'avère être N. Villault de Bellefond, car les faits rapportés par L.F. Ramer en relation au Père Bahourd correspondent exactement au dire de N. Villault de Bellefond (2). Il cite égale2) cf. note 6, chapitre 1. 12

ment un Anglais sans le nommer, mais d'après la période et le sujet, il semble ne pouvoir s'agir que de William Smith. Les événements relatés par L.F. Ramer ont lieu pendant la période allant de 1680 à 1750 environ. La carte politique de la Côte de l'Or comprenait alors, d'après son texte et les sources contemporaines, les Etats d'Akwamu, d'Ashanti et d'Akim (divisé en Akim Kotoku à la frontière d'Ashanti et Akim Abuakwa). Denkyira ne jouait plus aucun rôle, et sur le littoral il n'y avait que les Fanti et les Accra qui jouissaient d'une certaine importance (supra carte I). Une bonne partie du récit de L.F. Ramer est consacrée aux Européens. Ce thème, qui comprend l'histoire des forts, la rivalité entre Européens, leurs vie et mœurs sur la Côte, a été traité de façon exhaustive par les auteurs des pays concernés (3). L.F. Ramer nous transmet d'amples renseignements sur les croyances africaines de l'époque. Il avait lui-même « épousé» une femme africaine et préférait la nourriture indigène à celle des Européens (infra p. 224). Il semble bien ressortir de son récit qu'il éprouvait un réel respect pour certains de ses interlocuteurs et une grande curiosité envers leurs croyances. Nous pensons pouvoir nous permettre d'affirmer que les informations rapportées par L.F. Ramer à ce sujet correspondent à ce qu'il a entendu dire ou vu, puisque les éléments que nous avons pu vérifier concordent avec d'autres sources fiables. Il s'agit des contes d'Anansi (infra pp. 57-60 et notes 5 et 6 : III) et des serments connus aujourd'hui sous le nom d'ordalies (infra pp. 77-79 et note 25 : III). Ses appels à Dieu et ses harangues pieuses sont certainement surtout des hommages à son préfacier, E. Pontoppidan, évêque à Bergen (Norvège) et vice-recteur à l'Université de Copenhague. Le grand intérêt du texte de L.F. Ramer réside cependant dans la partie qui traite des problèmes politiques et économiques de la société africaine. Ces problèmes touchaient de près ses préoccupations professionnelles, car L.F. Romer, en tant que commerçant - et il était un très bon commerçant - était particulièrement attentif à tout ce qui pouvait influencer de façon négative ou positive le négoce. A l'époque de L.F. Ramer, étaient présents sur la Côte de l'Or les Hollandais, les Anglais et les Danois. Les
3) W.W. Claridge (1915), l.W. Blake (1941-1942), W.E. Ward (1958), K.Y. Daaku (1970), G. Norregaard (1966) et A. van Dantzig (1980). 13

Hollandais et les Anglais se partageaient la région à l'ouest d'Accra, tandis que les Danois ne possédaient plus que le fort Christiansborg à Accra. Au cours du séjour de L.F. Romer ils étendirent leur domination jusqu'à la rivière Volta et y construisirent en 1734 le fort Fredensborg. Les observations de L.F. Romer ont ainsi été faites à partir d'Accra et de la côte à l'est de cet endroit. Sa connaissance des pays plus lointains, même à quelque 50 km de la côte, n'était guère plus grande que celle de ses prédécesseurs, les routes étant toujours aussi impraticables (infra pp. 27, 87-88), et le pouvoir des nations européennes n'étant toujours pas plus grand « que ne le permettent les Nègres et pas audelà de la portée des canons des forteresses ». (infra pp. 27 et 49) Il confirme ainsi ce que signalait déjà William Bosman en 1700 que « though the English, Danish and we have forts here, yet our authority is very small and confined within our own walls; so that the forts only serve to defend ourselves» (4). W. Bosman se réfère à la situation à Accra où, en effet, se trouvaient côte à côte les forts des trois nations européennes. Cette situation n'était pas unique, mais se répétait tout au long de la Côte car, comme l'indique bien L.F.Romer, elle résultait d'une politique délibérée de la part des Africains (infra p. 187). Ils pouvaient ainsi jouer sur la rivalité entre les Européens afin d'obtenir de meilleures marchandises à de meilleurs prix et surtout de s'approvisionner en poudre et en fusils (infra p. 160). L.F. Ramer n'est pas seul à attirer l'attention sur la contradiction et le danger que représentait le commerce d'armes à feu, car W. Bosman comme J. Barbot s'en inquiétaient déjà cinquante ans auparavant, quand J. Barbot constatait laconiquement que « la meilleure excuse que nous ayons de pratiquer cette vente, c'est que si nous ne le faisions pas, il y en aurait toujours d'autres pour le faire» (S). L.F. Romer apporte un autre élément intéressant pour expliquer cette dépendance des Européens à la volonté africaine. Afin d'obtenir l'accord pour construire leur fort à Elmine, les Portugais avaient les premiers offert de verser régulièrement aux autorités africaines en place une somme
4) w. Bosman 1721, 64
14
; 61. 5) Barbot 1732: 264, Bosman 1967 ; 184.

qui, sous le nom de « coutume », sera considérée par les Européens comme un loyer du terrain sur lequel était construit leur fort. Cependant, L.F. Rômer cite trois cas où les Européens au nom de cette redevance, exigèrent la protection de l'Etat receveur (infra p. 114, 118 et 120). Par cette relation de protégé-protecteur les Européens ne se sont-ils pas mis à leur propre insu au rang de vassaux ? Cette taxe comportait également selon L.F. Romer une sorte d'exclusivité commerciale, qui cependant n'avait probablement pas la même signification pour les deux parties. Ainsi L.F. Romer nous fait savoir que les Européens d'Accra étaient obligés de rappeler aux Ashanti qu'en contrepartie de cette redevance, ils devaient apporter tout leur commerce aux forts (infra p. 138). Cette mise au point au moment de la ratification de l'accord en 1742, semble bien indiquer que les Akim, et peut-être également les Akwamu, n'avaient déjà pas rempli cette partie du « contrat », peut-être tout simplement parce qu'aux yeux des Africains, seuls les Européens étaient tenus de commercer exclusivement avec eux, tandis qu'eux pouvaient apporter leur commerce où bon leur semblait. Presque tous les conflits et toutes les guerres peuvent être ramenés à une lutte pour l'obtention de cette « coutume» et ses droits 'Consécutifs.Ainsi les Akwamu percevaient, depuis la défaite des Accra en 1680, la redevance des forts européens à Accra (infra p. 110), mais l'or se trouvait en pays akim (infra pp. 43 et 120) et, sans or, qui à l'époque constituait la principale monnaie d'échange avec les Européens, ils ne pouvaient profiter de leur droit. Il semble par conséquent logique de supposer que le tribut annuel que le roi akwamu versait au même titre que ses ancêtres aux Akim, selon L.F. Romer (infra pp. 109), n'impliquait pas un rapport de vassal-maître comme l'indique J. Rask en 1710 (6), et qu'il ne s'agissait pas davantage du remboursement d'un grand emprunt comme le veut van Dantzig (7), mais représente le pouvoir d'exercer librement leur droit d'exclusivité sur le commerce européen. Le fait que les Akwamu étaient prêts à payer cher pour préserver cette exclusivité, ressort d'une lettre du commandant danois Thrane en 1699 qui signalait que « le Prince Adde (Ado d'Akwamu) (oo.)est en accord
6) J. Rask 1754: IS0-5H 7} Van Dantzig 1980: 194. 15

avec les Nègres Achimistes d'où vient l'or et il va leur payer 3000 Bendas (1 Benda = 2 onces d'or) ; quand ils seront payés, le commerce pourra fleurir» (8). La somme annuelle qu'Akonno dut verser selon L.F. Romer - à partir de 1717 constitue, par contre, très certainement le tribut que purent réclamer les Akim en raison de leur force politique nouvellement acquise (infra p. 99). Afin d'ôter toute envie aux Akim de venir eux-mêmes avec leur or jusqu'au littoral, les Akwamu donnaient « une image épouvantable» des fabricants de marchandises européennes tout en dissimulant leur origine (infra pp. 99-100 et 121-22). Akim devint au cours de la première moitié du XVIIIe siècle une puissance politique et militaire importante en battant d'abord Ashanti en 1717 et ensuite Akwamu en 1730. Les habitants de ce pays s'enfuirent et s'établirent à l'est de la rivière Volta (infra p. 119) (9). Les Akim obtinrent ainsi les redevances des forts d'Accra et l'accès au littoral (infra p. 120). Le roi ashanti, après sa victoire sur les Akim en 1742, n'exigea pas de tribut, mais réclama la redevance des forts européens et le libre accès à Accra (infra pp. 137-38). Cependant, le bénéficiaire des redevances, qu'il soit Akwamu, Akim ou Ashanti, n'avait pas pour autant obtenu le commerce direct avec les forts. Jusqu'à 1680, les Accra contrôlaient le commerce avec les Européens à Accra. « C'est une bonne politique de ce prince (d'Accra) de ne pas permettre à ses voisins d'Aquambo (...) de traverser ses États pour venir trafiquer sur la côte. Ainsi tout le profit est pour ses sujets qui vont revendre les marchandises dans le marché d'Abonce et y gagnent le vingt et le trente pour cent» (10). Les Accra semblent bien avoir conservé ce contrôle après leur défaite en 1680. D'après L.F. Romer ils profitèrent du fait que les Akwamu les contraignirent à rester sous contrôle des forts pour conserver leur rôle d'intermédiaires (infra p. 98). Cette situation est confirmée par le fait que les Akwamu, bien qu'ils aient apporté le commerce des Akim jusqu'au littoral, devaient passer par les courtiers accra pour la vente (infra pp. 101-103). Ils avaient tellement besoin d'eux qu'ils ne raptèrent jamais d'Accra pour les vendre (infra

8) V.O.K. Lettres et documents 9) Van Dantzig 1980: 247. 10) Dapper 1668 : 287. 16

1683-1705.

p. 110). De la même manière, les Akim après leur victoire sur les Akwamu en 1730, firent appel aux services des Accra (infra pp. 127-28). Cependant, ce qui est très intéressant, les Akim ne semblent amener que des esclaves aux Accra, tandis qu'ils apportaient l'or directement aux forts (infra p. 122). De toute façon 1'« Accra n'obtenait rien sur l'or» (infra p. 128). Avec l'avènement des Ashanti après 1742, les Accra disparurent de la scène au profit des Akwamu, qui ne s'établirent pourtant pas sur le littoral. Ceux-ci ne furent que des vassaux des Ashanti, car ces derniers installèrent sur le trône d'Akwamu un héritier choisi par eux qu'ils nommèrent Oppoku Akoa ce qui signifie sujet (vassal) d'Oppoku (infra p. 153). Ce geste servit cependant plus à manifester aux Akwamu leur suprématie politique qu'à les écarter du commerce ; bien au contraire, car les Akwamu réussirent à asseoir leur position d'intermédiaires. Dans ce même but ils firent aux Ashanti une description aussi épouvantable des Européens qu'aux Akim (infra pp. 158-159). J .K. Fynn confirme cet état des choses en notant que les Ashanti étaient obligés d'utiliser des courtiers akwamu, qui percevaient une commission pouvant atteindre 40070,pour le commerce avec les Européens (11). Les Akwamu servirent même d'escorte aux marchands ashanti qui se rendirent au fort Fredensborg en 1748 (12). En dehors de l'arme psychologique de la crainte, les communautés côtières employèrent surtout deux moyens pour empêcher les marchands de l'intérieur de parvenir jusqu'au littoral. Ils avaient recours au vol et à la capture des caravanes (infra pp. 154 et 158) - ce qui obligeait les marchands à voyager par grands groupes (infra pp. 122 et 158) - ou ils fermaient les routes (infra pp. 93, 157, 158 et 181). Il était très important pour les Ashanti - après leur victoire sur les Akim (infra pp. 134-135) - d'obtenir le libre accès aux forts européens afin de pouvoir ouvrir une route vers Accra, car l'accès aux forts situés à l'ouest de cette ville devenait très dangereux à cause des embuscades fanti (infra p. 154), ou impraticable en raison de la fermeture des routes. Quelques années plus tard, en 1745 (1747 selon Fynn), les Fanti établirent même une alliance avec les Akim, les
11) J .K. Fynn 1971 :80-81, et infra p. 158. 12) J.K. Fynn 1971 : 80. 17

Twifo, les Denkyira et les Wassa afin d'empêcher toute tentative ashanti de parvenir jusqu'au littoral (infra pp. 157-158) (13). Le « blocus» fut si efficace qu'aucun Ashanti n'arriva aux forts européens (à l'exception de ceux d'Accra) après 1740 (14). Nous avons ainsi constaté que ce n'est jamais l'Etat bénéficiaire de la redevance qui traite directement avec les Européens. Les Akwamu, après leur victoire en 1680, passent par les courtiers accra, les Akim après leur victoire en 1730 par ces mêmes courtiers accra - pour ce qui concerne la traite, - et les Ashanti après 1742 par les Akwamu. Il est certain que l'exclusivité du commerce des courtiers fut très convoitée, car elle procurait réellement de grands profits à ceux qui la détenaient (infra pp. 100-101). Par contre, la redevance, en raison du caractère modique de la somme versée (infra pp. 110, 120 et 200) ne pouvait avoir qu'une valeur symbolique - et ne conférait certainement aucun droit aux Européens. Cependant, l'enjeu pour les Africains fut bien plus politique qu'économique, dans la mesure où ils jouissaient d'un droit exclusif de commercer avec les Européens - à l'exclusion des autres Etats africains et du statut de protecteur, rôle qui incombait justement à l'Etat maître face aux vassaux. L'importance de ce rapport ressort de la politique suivie par les Ashanti. Ainsi ils traitèrent Bang, roi d'Akim Abuakwa, de vassal parce qu'il avait été capturé enfant par eux - pendant la guerre de 1701 (?) - et rendu aux Akim (infra p. 125). Après 1742, ils installèrent deux héritiers, captifs de guerre, sur les trônes d'Akim Abuakwa et d'Akim Kotoku, sans demander de rançon (p. 137). Oppuccu Akoa (Oppoccu Kuma), captif de guerre lui aussi, fut installé sur le trône d'Akwamu dans ce même dessein (p. 153). Contrairement aux auteurs du siècle précédent, L.F. Romer ne distingue pas expressément les marchands-courtiers des cabuceers. Les cabuceers étaient les chefs de village désignés à cette fonction en raison de leur âge (15). Les courtiersmarchands, par contre, s'imposaient par leur richesse. Bar-

13) J.K. Fynn 1971 : 80, 86 et 87. 14) J.K. Fynn 1971 : 92. 15) Rask 1754 : 234-35, Müller 1673 : 280, Barbot 1967 : 133.

1732: 249, Bosman

18

bot et Dapper ainsi que Hemmersarn et de Marees décrivent une cérémonie célébrée avec l'accord des cabuceers pour « anoblir» ces riches marchands. Ce titre de noblesse conférait entre autre le droit, jusque-là réservé aux rois et aux cabuceers, de vendre et d'acheter des esclaves (16). L'instauration de ce titre est certainement liée à une volonté de limiter le nombre de ces marchands et de les intégrer dans le système traditionnel en place. Cependant au cours du XVIIe siècle on voit s'installer sur le littoral à l'ouest d'Accra des marchands akan qui donc sont des étrangers et qui pourtant arrivent à monopoliser le commerce avec les Européens. Les Akan étaient originaires des pays à mines d'or, très certainement d' Akim - également appelé Grand Acanie

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monopole a dû être lié au commerce de ce métal. Il semble bien que les pouvoirs en place sur la côte aient essayé de limiter l'influence de cette classe de «parvenus» en leur déniant toute position de pouvoir. Ainsi ils exerçaient leur profession sans titre de « noblesse », ce qui les excluait de la communauté locale, et ils ne purent s'installer que de façon provisoire sur la côte dans des maisons louées avec l'accord du conseil du village concerné. « (oo.) leurs cultures, leur bétail, leurs maisons, leurs cours et la plupart de leurs épouses, de leurs enfants et de leurs esclaves (se trouvaient) à cinq jours de voyage de Cabo Corso» (17). Dans le texte de L.F. Ramer il est souvent question des courtiers accra (infra pp. 99, 100, 102, 127), qui arrivèrent même à conserver leur monopole du commerce, soixante ans après la défaite d'Accra en 1680. Les exemples rapportés ne sont cependant pas assez précis pour savoir s'ils constituaient une classe à part ou l'avaient été auparavant, et dans ce cas, si sa désintégration était due aux changements politiques et économiques qu'avait entraînés le remplacement du commerce de l'or par la traite. L'exercice de celle-ci restait le privilège des rois, des cabuceers et des « nobles », ce qui expliquerait que les marchands-courtiers de L.F. Ramer sont parfois nommés marchands ou intermédiaires, parfois cabuceers. Ainsi L.F. Romer signale qu'un cabuceer akwamu arriva avec 50 commerçants ashanti pour le negoce (infra p. 158). Néan16) Barbot 1732 : 250-51 ; Dapper De Marees 1605 : 70-71. 17) Müller 1673 : 271. 1668 : 303 ; Hemmersam 1674: 43 ;

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moins le conflit entre Daaku et Okante en 1739 (infra p. 83) a peut-être pour origine l'opposition entre la société traditionnelle représentée par Daaku et la société des marchands dont le chef fut Okante, fils d'Amu, comme le prétend van Dantzig (18). Amu pourtant était, lui, issu de cette société traditionnelle, car il fut le neveu du roi akwamu qui l'avait installé à Accra en tant que courtier. A la mort d'Akonno, il aurait dû succéder à son oncle maternel, mais cela ne fut pas le cas. D'après Kwamena Poh il fut écarté du trône parce qu'il était courtier et résident à Accra (19). Il y aurait donc incompatibilité entre la fonction de roi et celle de marchand, ce qui est contredit par le cas du fils et héritier d'Ansah Sasraku envoyé par son père à Grand Accra « pour y apprendre l'art du commerce» (20). L.F. Ramer cite également l'exemple du conflit qui depuis quinze ans opposait Ursa, le cabuceer, à Adoui, le courtier, et dont la cause était peut-être cette même rivalité entre les deux formes de sociétés. Cependant d'après L.F. Ramer, il ne s'agissait que d'une querelle entre deux clans (infra p. 147). Contrairement à ce qu'affirme van DantZîg, nous pensons donc à partir du texte que L.F. Ramer pouvait constater que l'opposition entre une société traditionnelle et une société de marchands n'existait plus guère à son époque. En tant que marchand, L.F. Ramer ne nous aurait certainement pas passé sous silence l'existence d'une classe spécifique de courtiers. La puissante classe des marchands akan au XVIIe siècle était liée au commerce de l'or qui jusqu'à la fin du siècle représentait la partie la plus importante du commerce avec les Européens - à partir de la Côte de l'Or. L'or venait des pays akan, à une centaine de kilomètres du littoral, mais les Européens n'avaient jamais vu de mines ni au XVIIe siècle ni à l'époque de L.F. Ramer (infra p. 120). Cette ignorance n'était pas due au hasard, mais fut sciemment entretenue par les Africains (21). Que les pays possesseurs de mines ne se méfiaient pas uniquement des Européens, mais également des populations côtières ressort de la réflexion de J. Rask en 1710

18) Van Dantzig 1980: 250. 19) Kwamena-Poh 1973 : 28. 20) Van Dantzig 1980: 190; note infra 23, chapitre IV. 21) De Marees 1605 : 78; Rask 1754: 82; Barbot 1732: 229; Bellefond 1669: 396-97.

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selon laquelle les Akim n'admettaient leurs voisins les Akwamu chez eux qu'à condition qu'ils n'aient pas d'armes à feu et ne viennent qu'en petit nombre (22). Il existait donc une politique délibérée de protection des mines et du savoirfaire pour extraire l'or, dont le corollaire fut le monopole du commerce de l'or. Les marchands akan installés sur la Côte arrivèrent ainsi à conserver ce monopole parce qu'ils étaient seuls à pouvoir obtenir de l'or. Pendant ce même siècle les esclaves étaient achetés ailleurs (23) et tout spécialement à Ardra, Ouidah et Popo sur la Côte des Esclaves (24). La Côte des Esclaves reste encore à l'époque de L.F. Romer l'endroit privilégié de la traite, mais pour quelles raisons cette activité supplante-t-elle le commerce de l'or sur la Côte de l'Or? L.F. Romer confirme que cela est bien le cas, car « il y a cinquante à soixante ans on pouvait dire de la Côte de l'Or qu'elle était une véritable mine d'or », tandis qu'aujourd'hui « le commerce guinéen des esclaves est devenu la roue motrice de tout le commerce» (infra pp. 43 et 42). L.F. Romer apporte quelques réponses. Il laisse bien entendre que toutes les guerres ont leur origine dans la rivalité entre les Etats pour l'obtention des redevances des forts et l'accès au littoral (infra pp. 103-06, 120 et 138). Les guerres provoquèrent un arrêt presque complet du commerce, car les routes furent coupées et les marchands n'arrivaient plus à la Côte. Par contre, à chaque fin de guerre, l'offre d'esclaves devint si importante qu'on pouvait en acheter « pour un pot d'eau-de-vie » (infra pp. 117 et 183). Il y a donc incompatibilité entre le commerce de l'or et les guerres, tandis que celles-ci permirent de répondre à la demande de plus en plus pressante d'esclaves. , L.F. Romer mentionne en un seul endroit les esclaves domestiques (infra p. 91) qui, bien entendu, n'entrent pas dans ses préoccupations, tandis que les esclaves-marchandises figurent tout au long de son récit. Devenaient esclaves traditionnellement des gens qui n'arrivaient pas à payer une amende ou à rembourser une dette, et des captifs de guerre, et l'offre fut pendant longtemps régularisée par la demande en esclaves domestiques (25). L.F. Romer décrit bien ces
22) 23) 24) 25) Rask 1754: 84. Bellefond 1669: 298. Tilleman 1697: 128; Bosman 1721 : 84. De Marees 1605: 172-73; Rask 1754: 69. 21

manières « classiques» d'esclavage (infra pp. 173-74 et 281), mais ces sources d'approvisionnement n'arrivaient qu'à satisfaire de façon irrégulière les besoins des Européens. Les guerres, il est vrai, en apportèrent de plus en plus, mais par àcoups (infra pp. 86, 129 et 236), ce qui explique l'apparition du rapt. Seul E. Tilleman fait mention d'une forme organisée (26) avant L.F. Romer qui, par contre, nous donne une description détaillée de cette manière de mise en esclavage qui devint une véritable institution (infra pp. 102-03, 106 et 141). L.F. Romer nous fait en même temps comprendre j}Ue nous nous trouvons en face d'une pénurie en or, si l-"onen croit le fait que les Européens venant du Brésil n'amenaient pas de marchandises, mais de l'or pour acheter des esclaves. Est-ce que cette pénurie est liée à la suprématie de la traite dans l'échange avec les Européens et à la perte consécutive du monopole commercial des Akan (Akim)? L.F. Romer attire l'attention sur le fait que les Akim n'apportaient de l'or qu'en faibles quantités (infra pp. 134 et 159) et que, par ailleurs, chaque fois qu'ils coururent le risque de perdre le contrôle de leurs mines, ils les délaissèrent en abandonnant leur pays pour unè--cluréeplus ou moins longue (infra p. 104). D'autres détails semblent indiquer que les Akim ont relâché la surveillance de leurs mines. Ainsi permirent-ils aux Akwamu de venir chez eux avec des marchandises (infra p. 105) et à L.F. Romer d'apprendre comment l'or était extrait des mines (infra pp. 148-151). Il est bien le premier à fournir des renseignements aussi précis à ce sujet. Il est impossible de préciser si l'avènement de la traite sur la Côte de l'Or est dû à l'accroissement de la demande en esclaves de la part des Européens ou au meilleur profit que présentait la traite pour les Africains. Le résultat est en tout cas une perte de prestige de l'or et son changement de destination. Il ne prend plus la route vers la Côte, mais est amené vers le nord pour être échangé contre des esclaves. Ce point est important, car les chercheurs modernes comme Akinjogbin, Daaku et van Dantzig prétendent qu'à l'est d'Accra comme au nord d'Ashanti, le cauri fut exigé en échange d'esclaves (27).
26) Tilleman 1697: 130. 27) Akinjogbin 1967: 55-56 ; Daaku 1970: 39 ; van Dantzig 1980 : 204-205.
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Ce récit de L.F. Romer fournit beaucoup d'informations inédites lorsqu'il nous propose la description vivante d'un entretien avec le roi ashanti Oppoku Ware (infra pp. 139-143) et nous donne ailleurs une idée de la façon dont un Africain de l'intérieur pouvait se représenter le Blanc (infra pp. 121-122). Il nous transmet également un récit de première main de l'invasion de Dagomba par Ashanti en 1744-45(infra pp. 155-157) (28). Beaucoup de détails sur la traite, y compris les atrocités commises en son nom, sont rapportés avec franchise (infra pp. 166-167) ; en revanche il reste étonnamment vague quand il s'agit du commerce à partir des forts danois, probablement parce que les Danois de la Côte, simplement pour survivre, ont dû passer outre les consignes de la Compagnie et vendre directement aux interlopes. Beaucoup de chiffres, d'indications de distance et de dates historiques sont erronés, certainement en grande partie à cause du décalage dans le temps. En effet, L.F. Romer ne rédige ses observations que dix ans après son retour au Danemark et déplore lui-même de ne pas avoir pris de notes sur place. Il fut, en outre, plus préoccupé par les effets d'un événement sur le commerce que par l'événement lui-même. Dans un souci d'authenticité nous avons essayé de conserver son style au texte original et avons également maintenu la transcription danoise des noms des personnes, des Etats et des lieux. Dans l'index sont mentionnées à la fois cette transcription ancienne et la forme actuelle des noms propres. Les indications de pages figurent sous la version danoise. La Côte avec majuscule signifie dans la traduction la Côte de l'Or, tandis que la côte avec minuscule est synonyme de littoral. Je tiens tout d'abord à remercier Dominique Rolland, ethnologue et sociologue, pour l'aide qu'elle a apportée à la mise en forme du texte de L.F. Romer et pour ses précieux conseils. Je veux aussi exprimer ma reconnaissance au personnel de la Det Kongelique Bibliotek à Copenhague, au personnel de Rigsarkivet, également à Copenhague ainsi qu'au personnel de la Bibliothèque du Musée de l'Homme à Paris, et à Monsieur Per Hernas, chercheur à l'Institut des Etudes Africaines à Copenhague. Il me faut encore mentionner
28) D'après d'autres sources il s'agit de Gonja. Cf. infra notes 119 et 120, chapitre IV.

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l'encouragement que j'ai reçu de la Commission danoise de l'UNESCO sous la forme d'une aide financière. Ce travail n'aurait jamais vu le jour sans le concours de Monsieur E. Terray, Directeur du Centre d'Etudes africaines de l'EHESS, qui pendant mes années d'études m'a toujours apporté son assistance et son soutien.
Paris, janvier 1988 Mette Dige-Hess

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