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Le Kaiser Guillaume II, dernier empereur d'Allemagne

De
304 pages
Peu de chefs d’État ont fait l’objet de jugements aussi caricaturaux et injustes que Guillaume II (1859-1941), dernier empereur d’Allemagne. Mais de quel pouvoir disposait-il vraiment ? De sa jeunesse à la cour des Hohenzollern à ses derniers jours en exil, Henry Bogdan brosse un portrait plus nuancé de cette figure majeure et controversée de l’histoire du XXe siècle et montre comment ses trente années de règne ont profondément modifié son pays.
Pour beaucoup d’Allemands, son nom est associé à la Première Guerre mondiale et à la défaite. Du côté des vainqueurs, il est considéré comme l’un des principaux responsables de la guerre et comme celui qui a couvert de son autorité les exactions de l’armée allemande dans les pays occupés.
Henry Bogdan donne un éclairage nouveau sur le rôle de Guillaume II pendant la guerre ; lui que ses généraux ont systématiquement écarté de la gestion militaire et qui le qualifient en même temps d’« empereur absent ». Homme cultivé et intelligent qui croit au progrès, le Kaiser accompagne et encourage le développement économique, met en place une législation sociale avancée qui fait de l’Allemagne d’alors le pays où la condition des travailleurs est la plus favorable. On découvre aussi qu’il n’est pas le monarque absolu que l’image traditionnelle a donné de lui.
Tel était Guillaume II, mal-aimé de l’histoire, que la défaite et la révolution de 1918 forcèrent à l’exil aux Pays-Bas d’où il put observer, non sans crainte, le tragique chemin que Hitler faisait prendre à l’Allemagne.
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… Seul celui qui a connu la clarté et les ténèbres,

la guerre et la paix, la grandeur et la décadence a vraiment vécu.

Stefan Zweig, Le Monde d’hier.

AVANT-PROPOS


Étrange destinée que celle de l’empereur Guillaume II, le dernier des Hohenzollern à avoir régné à Berlin comme roi de Prusse et empereur allemand. Un règne de trente années au cours desquelles l’Allemagne est devenue la première puissance économique de l’Europe continentale avec un système de protection sociale d’avant-garde, tellement efficace que les Alsaciens et les Mosellans, redevenus citoyens français en 1919, ont exigé de le conserver. Un règne aussi qui s’achève sur la défaite militaire de l’Allemagne, entraînant l’abdication du souverain et l’exil, au moment où le pays est aux prises avec une révolution aux facettes multiples. Un exil de vingt-trois ans aux Pays-Bas, un exil doré sans doute sur le plan matériel, mais mal vécu par le souverain qui assiste impuissant aux crises qui secouent son pays et à l’avènement du national-socialisme dont il abhorre l’attitude antichrétienne et à un moindre degré le racisme, tout en ayant conservé pendant longtemps l’espoir de retrouver son trône.

Bref, une longue vie qui a commencé dans l’Europe monarchique du milieu du XIXe siècle, dans une Europe où la révolution industrielle débute et cherche sa place dans une société d’« anciens régimes » politique et économique, mais qui s’achève dans un monde dominé par l’industrie et la finance, dans un monde où les États-Unis s’affirment face à une Europe mal remise de la Première Guerre mondiale et où, à côté des États démocratiques, le totalitarisme triomphe à Berlin, à Rome et à Moscou.

Qui était vraiment celui qu’on appelait le Kaiser ? Dès son avènement, Guillaume a fait l’objet d’attaques personnelles souvent mesquines liées à son handicap physique qui a fait le bonheur des caricaturistes, tant à l’étranger que dans son propre pays. La propagande au cours de la Première Guerre mondiale l’a présenté dans les Pays de l’Entente comme un monstre avide de sang. « Pendons le Kaiser ! » n’hésitait pas à s’écrier le Premier ministre britannique Lloyd George en 1919, lui qui pourtant avait approuvé la politique de répression brutale lors du soulèvement irlandais de Pâques 1916. Sans l’intervention du roi des Belges Albert Ier, de la reine des Pays-Bas Wilhelmine et surtout du roi d’Angleterre George V, Guillaume II aurait été livré aux Alliés pour être jugé.

Pourtant, le climat d’hostilité à son égard qui dominait pendant l’entre-deux-guerres chez les historiens a laissé la place à une vision plus sereine de celui qu’on avait appelé en 1913 le « prince de la paix ». À la haine viscérale du président des États-Unis Wilson et de son entourage pour les monarchies de la Mitteleuropa a succédé un intérêt grandissant non exempt d’admiration. Par expérience, j’ai constaté qu’en Moselle et en Alsace l’image de Guillaume II aujourd’hui est beaucoup moins négative que celle qui nous est donnée encore dans certains manuels scolaires ou dans certaines biographies. Curieusement, dans ces territoires qui furent intégrés au Reich wilhelmien de 1871 à 1918, on a célébré le centième anniversaire de la constitution de 1911 qui octroyait au Reichsland d’Alsace-Lorraine un statut de large autonomie faisant de ce territoire un État avec un statut presque identique à celui des autres composants du Reich. Tout comme il y a quelques années, le centième anniversaire de la restauration du château de Haut-Königsbourg en Alsace dont Guillaume II assura en grande partie le financement sur sa cassette personnelle avait donné l’occasion aux organisateurs des cérémonies commémoratives et à la presse régionale de rappeler le rôle du Kaiser dans cette affaire.

Guillaume II fut-il un monarque absolu, imbu de son droit divin ? Ou un monarque constitutionnel, soucieux des besoins de son peuple et attentif à l’évolution du monde dans lequel il vivait ? A-t-il été un prince ambitieux, avide de conquêtes, toujours prêt à se lancer dans une aventure militaire ou s’est-il attaché à hisser son pays au niveau des grandes puissances coloniales, avec les risques qu’une telle politique impliquait ? « Seigneur suprême de la guerre » ou « prince de la paix » ? Il ne s’agit pas de porter des jugements de valeur sur la personnalité et la politique de l’empereur ; il s’agit d’essayer de comprendre et éventuellement d’expliquer à la fois l’homme et son rôle dans l’histoire de l’Allemagne de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Un travail qui a l’ambition de permettre au lecteur de mieux saisir les méandres de l’histoire de l’Allemagne, un travail qui s’inscrit dans une longue série d’ouvrages récents marquant le renouveau d’intérêt des historiens pour Guillaume II.

CHAPITRE PREMIER

UNE NAISSANCE À LA COUR DE PRUSSE


Le jeudi 27 janvier 1859 au petit matin, la princesse Victoria, plus communément désignée sous son diminutif de Vicky afin d’éviter de la confondre avec sa mère la reine d’Angleterre Victoria, donnait le jour à un garçon. Le nouveau-né reçut immédiatement les prénoms de Frédéric, Guillaume, Victor et Albert. Les deux premiers correspondaient à ceux de son père Frédéric et de son grand-père paternel Guillaume, les deux suivants évoquaient les grands-parents maternels : Victor, c’est-à-dire l’équivalent féminin de Victoria, et Albert, en l’honneur du prince consort Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, mari de la reine d’Angleterre.

La naissance avait eu lieu à Berlin – et non à Potsdam comme l’affirment certains auteurs –, et plus précisément dans le palais du Kronprinz. Ce palais était situé dans le cœur historique de Berlin, au début de l’avenue Unter den Linden, non loin de la porte de Brandebourg. C’était un édifice sobre, de style classique, construit en 1663 pour le secrétaire du cabinet Johann Maritz. Après avoir fait fonction au XVIIIe siècle de logement officiel pour le gouverneur de Berlin, ce palais servit à partir de 1793 de résidence berlinoise pour les princes héritiers. En 1856-1857, des travaux d’aménagement furent réalisés pour le compte du prince Frédéric, neveu du roi Frédéric-Guillaume. Après son mariage, Frédéric s’y installa avec sa femme. Longtemps abandonné, le palais fut la résidence d’hiver du Kronprinz Guillaume de 1905 à 1918. Ce palais qui par chance fut préservé des destructions de la Seconde Guerre mondiale se trouva après 1945 incorporé au secteur d’occupation soviétique de Berlin et servit de 1949 à 1989 de séjour pour les invités officiels du gouvernement de la RDA.

 

En cette fin de matinée du 27 janvier 1859 un pâle soleil d’hiver réchauffait à peine la foule rassemblée devant le palais du Kronprinz dans l’attente de la nouvelle d’un heureux événement. Soudain, le général von Wrangel – « papa Wrangel » –, gouverneur de Berlin, annonça à la foule l’heureuse nouvelle : « Mes enfants, un prince nous est né, c’est une solide recrue. » Vision très optimiste d’une réalité douloureuse. En effet, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’accouchement faillit tourner à la catastrophe. Les raisons en furent multiples. Tout d’abord, malgré les réticences du Kronprinz Guillaume – le futur empereur Guillaume Ier – et de son fils Frédéric – le futur père –, Vicky avait donné sa préférence à des praticiens anglais plutôt que d’utiliser les services des médecins militaires prussiens. Ensuite, on fit venir les accoucheurs trop tardivement et ceux-ci ne purent examiner que partiellement leur patiente habillée d’un épais vêtement de flanelle. Tout de suite, on s’aperçut que le bébé se présentait par le siège. Ceux qui se tenaient à proximité de la chambre pouvaient entendre à travers la porte les hurlements de douleur de la princesse. La mère et l’enfant faillirent mourir. Comme les médecins et les nourrices portèrent toute leur attention sur la jeune mère, on négligea de s’occuper du nouveau-né. Une des sages-femmes présentes s’aperçut que l’enfant ne respirait plus ; elle le secoua vigoureusement jusqu’à ce que la respiration revienne. Mais le bras gauche de l’enfant restait paralysé. On constata rapidement la gravité du handicap ; le bras gauche n’avait presque pas de sensations et sa croissance était moins rapide que celle de son bras droit. On remarqua également que l’enfant avait du mal à se tenir droit. Par la suite, les médecins découvrirent qu’il souffrait d’un torticolis permanent. Le jeune Guillaume fut opéré en mars 1865, ce qui fit disparaître le torticolis et l’inclinaison de la tête.

L’enfant souffrait beaucoup. Les traitements électriques et mécaniques, malgré les effets bénéfiques certains qu’ils lui procurèrent à long terme, étaient extrêmement douloureux. Les médecins diagnostiquèrent une paralysie totale du plexus du bras. Seuls un traitement lourd et des exercices physiques pratiqués sans relâche étaient susceptibles de limiter les effets du mal.

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