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Le Métier de citoyen dans la Rome républicaine

De
556 pages
Ce n'est pas tant sur la classe politique qu'a reposé la grandeur de Rome, cette oligarchie de sénateurs et de magistrats auxquels se sont surtout intéressés les historiens, mais sur l'adhésion morale de la masse civique, légionnaires et contribuables, émigrants, négociants et colons qui ont romanisé le monde. L'entreprise ici tentée par Claude Nicolet est toute neuve : par une relecture attentive de tous les textes historiques, littéraires, épigraphiques, juridiques, ainsi qu'une annalyse savante du décor monumental et du cadre topographique, essayer de faire revivre le contenu quotidien de la citoyenneté romaine aux deux derniers siècles de la République.
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©ÉditionsGallimard,1976.
AVERTISSEMENT
Celivreestcommel'histoired'unétonnementetd'un remords.L'historiendeRome,surtouts'ils'occupedela périoderépublicaine,estavanttoutceluid'uneoligarchie. LagrandeRépublique(«Ah!nemebrouillezpasavecla République»),cettepuissantemachineàdigérerlemonde, risquedeseréduirepourlui,parl'effetd'uneperspective inévitable,àcettemincecouchedemagistrats,degénéraux, desénateurs,d'officiers,depublicainsdontilfautbien, neserait-cequepourobéirànossources,étudierlerecru-tement,définirlespouvoirs,scruterlescomportements et,s'ilsepeut,expliquerl'action.Cesontcespersonnages, dansleur«simplicitéoriginelle»oudansleurdémesure shakespearienne,qu'aprivilégiésetfaitsortirdel'ombre lachroniquereligieuse,militaireoupolitiquequiconstitue l'essentieldel'héritagehistoriographiquedel'Antiquité. Ajoutons-y,pourfairebonnemesure,quelquesclercs (juristes,orateurs,poètesousavants)querévéraitaussi unecivilisationdel'écritlarécolteestmince,etlapièce, malgrélesapparences,compteunnombredérisoirement restreintd'acteurs.Commelaplupartdeshistoriens1, parlaforcedeschoses,c'estàl'analysedesressortsévidents oucachésdecettepiècequej'aiconsacrépendantvingtans
1.Celivren'ettpasàproprementparlerlasuitedeL'ordreéquestredl'époque républicaine(t.I,1966;t.II,1974),parceque,danscedernierouvrage,J'aitraité desproblèmesdedéfinitionetderecrutementd'unordre>,plutôtquedeses activitésciviquesoupolitiques.Maisj'aiabordédéjà,dansplusieursétudesde détail,desquestionsconcernantlaclassepolitiqueromaine(cf.entreautres Reu.él.lat.,1960,pp.236-263;Lalomus,1963,pp.721-732;Reu.et.lat.,1964, pp.212-230;Mél.Carcopino,1966,pp.691-709;Reu.él.lat.,1967,pp.267-304; Mil.Arch.hist.,1967,pp.26-76;Rev.et.lat.,1969,pp.55-64;[J.-P.Brisson,éd.], Problème!defaguerreIiRome,1969,pp.117-156;Latomua,1970,pp.72-103; AnnuaireEc.pr.MaEl.,IVtecl.,1971-1972,pp.251-258).
LemétierdecitoyendanslaRomerépublicaine deseffortsaudemeurantnécessaires.L'étudedel'oligar-chieromaine,danssesstructurescommedanssondevenir, danssescomportementsréguliersounon,estplusquelégi-timeelleestindispensable.Etsurtoutelleestloind'être terminée.Ils'agitaprèstout,commeleditRonaldSyme, deceux«quifontl'histoire1.Pourmettreenplaceles individus,lesfamilles,lesinstitutions,latramechrono-logiquedesévénements,ilfaudraencore,etpendantlong-temps,depatientseffortscollectifs. Cespremiersrôlesnedoiventpasfaireoublierlesfigu-rants,sanslesquelsilsn'auraientjamaispu«absorber dansleursortlesortdugenrehumain».A lafacedumonde, Romes'esttoujoursprésentéesouslaformedutrinôme indissociable«lesmagistrats,leSénatetlePeuple romain2».Cetteoligarchierévéraitsincèrementou nonunemasseciviquequ'elleprétendaitreprésenter etdontelledisaitgérerlesintérêts.Cesgénérauxcomman-daientà desarméesdecitoyens,nonàdesmercenaires passifs.Cesmagistratstenaientenprincipeleurscharges des«bénéficesdupeuple»(mêmesi,danslapratique,ils lesdevaientàleurnom,auxcombinazionidesfactionsou àlafaveurdesleaders),cespublicainsreversaientlepro-duitd'unefiscalitéparfoisdévoranteau«TrésorduPeuple romain».L'hommage,sincèreouhypocrite,renduaux intérêtscollectifsdescivessertdeleitmotivoud'alibi jusqu'aucœurdesguerresciviles.Peut-êtreécraséeou tenueentutelleàl'intérieurdelacité(ceseraprécisément àvérifier),cettemassecivique,àl'extérieur,estsystéma-tiquementexaitéeetdéfendueparsaclassedirigeante.Le simplecitoyenest,vis-à-visdel'étranger,protégéparles loisetlesarmesdeRome,respectécommeunprincesou-verain.Uneloi,instituanten100avantJ.-C.ungrand commandementmilitairecontrelespirates8,leditavec unemagnifiquecandeur Queleconsulenvoieàtouslespeuplesquiontamitiéetalliance aveclepeupleromaindeslettres,parlesquellesilleurordonne 1.R.Syme,RomanRévolution,1939,p.7Atouteslesépoques,quelsque soientlaformeetlenomdugouvernement,monarchie,républiqueoudémocratie, uneoligarchiesedissimulederrièrelafaçade.(Larévolutionromaine,trad.R.Stu-véras,Gallimard,1967,p.21). 2.Surladatedel'apparitiondecetteformuleofficielle,W.Porxlg,Senatus PopulusqueRomanusGymnasium,1956,pp.318-326. 3.LafameuseloideDelphescréantuncommandementcontrelespirates (FouillesdeDelphes,III,37=F.I.R.A.,9);unenouvelleversiondumême textevientd'êtredécouverteàCnide(M.Hassall,M.Crawford,J.Reynoldsdans Journ.Rom.Slud.,1974,pp.195-220).
Avertissement defaireensortequelescitoyensromains,lesLatinsetleursalliés italiens,nonseulementpuissentgérerleursaffairessansdanger danstouteslescitésetlesîlesdel'Orient,maisencorenaviguer partouteslesmersentoutetranquillité. Nuldoute,parconséquent,quelagrandeurdeRomeait reposéenfaitsurl'adhésionrarementdémentie decettebasecivique quifournissaitàl'oligarchiediri-geantenonseulementsonalibi, maissessoldats,sescontri-buables,etlafouledesémigrants,négociantsoucolons, erlel.Unpe quidevaientromanismonde«upledesei-gneurs ». -Choseparadoxale,c'estàl'égarddecepeuplequeles historiens,mesemble-t-il,devraientéprouveràlafois étonnementetremords.Voicilesujetd'étonnement.Dans aucunouvrage,àmaconnaissance,n'existederéponse satisfaisanteàlasimplequestionquelétaitlecontenu quotidien,vécu,existentielenquelquesorte,delacitoyen-netéromaine*?Quesignifiaitconcrètementlestatutde citoyen(et,incidemment,pourquoiexerçait-iluneattrac-tionapparemmentsigrandesurceuxquinelepossédaient pas)?Etvoicilemotifderemordsc'estdes'êtrecontentés, euxhistoriens,delabanaleréférenceàquelquesimages d'Épinal.Celledelagrandeurd'abordGaviusdeCompsa, crucifiéparVerrèssurlerivagedudétroitdeMessine,et s'écriantpathétiquementenvuedecesolitaliensurlequel son supplicen'auraitpasétépossible,«jesuiscitoyen romain».Lefantassinromaind'AfriqueoudesGaules, «muletdeMarius»,portantsestrente-cinqkilosdebarda, creusantentredeuxbatailleslecanaldeFos,bâtissant chaquesoiruncampinexpugnable.LepeupledeRome accompagnantleSénattoutentier,aulendemaindudésas-tredeCannes,pouraccueillirleconsulvaincu,etleremer-cier«den'avoirpasdésespérédelaRépublique».Etpuis lafaced'ombrelecitoyendévirilisémendiantchaque matinsasportulechezsonrichepatron,monnayant sonvoteauplusoffrant,dénonçantsonvoisintropriche lorsdesproscriptions,recevantchaquemoissarationde blégratuit;imagesscolaires,véhiculéesparunetradition répétitive,quiprovientd'abordd'uneinattentioncondes-cendanteauxréalitésquotidiennescollectives.Or,com-mentcomprendreledestincollectifd'unecitécommeRome, 1.Ce«peuplementestétudiéendernierlieuparA.J.Wilson,Emigration tromltalyintheRepublicanage0/Rome,Manchester,1966;cf.cependantF.Cassola, RomanieItaliciinOrientedansDial.Arch.,1970-1971,pp.305-329. 2.SursoncontenuJuridique,ct.ci-dessous,chap.1",n.etn.2. 1
LemétierdecitoyendanslaRomerépublicaine enexpansiongéographiqueetdémographiquecontinue, commentdécrireetexpliquerlesrèglesdelaviepolitique (cette«politischeGrammatik»qu'aesquisséerécemment ChristianMeier1),commenttraiterdesproblèmesessentiels delacohésionsociopolitique,desfilièresetdescommuni-cationsdupouvoir,sil'onsefait,descitoyensàlabase,pris individuellementoucollectivement,unesipauvreidée? Leremordsd'avoirtropnégligél'hommedelaruen'était doncenaucunemanièrepourmoisentimentaloudoctri-nal,maisilrépondaitsimplementaubesoindeprolonger desétudesconsacréesàlaclassepolitique,d'aborder l'autrevoletd'undiptyque.
«Classepolitique»etmassecivique Leprojetunefoisformé,ilconvenaitdedéfinirplus nettementl'objetprécisdelarecherche,etlaméthode appropriée.Jepostulaisaudépartunedifférenceentre cequej'appelais,fautedemieuxetprovisoirement,la «classepolitiqueromaineetlamassecivique,etc'était » cettedernièredontjemeproposaisdedéfinirlacondition etd'apprécierlesrôlesquiendécoulaientdansuncertain nombrededomaines.Encorefaut-il,dèsledépart,rendre comptedecesdeuxdistinctionsquipeuventparaître arbitraires.Ya-t-ilvéritablementàRomeune«classe politique»?Etsioui,commentsedifférencie-t-elle dela masse?La questionestd'autantpluslégitimequedans l'Italieromaine,commedanstoutecitéantique,l'ensemble ducorpsciviquenereprésentequ'uneminoritédelapopu-lationtotaleàsescôtésserencontrentdesdemi-citoyens, desétrangersdomiciliés,maisaussides«alliés»oudes «sujetsqui,toutenétantlibres,neparticipentpasà touteslesactivitéspolitiquesouciviquespropresaux Romains.Ets'yajoutenaturellement,deuxfoisaussi nombreusepeut-êtrequelescitoyens,lamassedesnon-libres8.Dèslorslecorpscivique,assezrestreintrelative-mentàlapopulationtotale,peutapparaîtreenlui-même, d'unecertainefaçon,commeconstituant,danssadiver-sité,«la»classepolitiqueparexcellence,àbiendeségards lalégitimitédel'epolitiquedanslacité privilégiée.D'unaxutprespsiooint«dcelavsuse,npo rraitdouterde antique,detypegrec,leschargesextrêmementdiver-1.ChristianMeier,Bespullkaami8sa,Wiesbaden,1966,pp.116-150et162-206. 2.P.A.Brunt,flalianManpowerU6BC-AD14,Oxford,1971,pp.121-180.