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Le Moïse de Freud au-delà des religions et des nations.

De
270 pages
Cette enquête part des indices montrant que le fondateur de la psychanalyse a résolu, il y a plus d'un siècle déjà, une énigme qui le fascinait depuis sa jeunesse : reconstituant l'écriture de l'histoire biblique de Moïse, il en a déduit que l'origine égyptienne du monothéisme exclut logiquement l'exode et l'élection d'Israël.
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Thomas GINDELE
LEMOÏSEDE FREUD
AU-DELÀ DES RELIGIONS ET DES NATIONS
DÉCHIFFRAGE D’UNE ÉNIGME
Études psychanalytiques
LeMoïsede Freud au-delà des religions et des nations
Études Psychanalytiques Collection dirigée par Alain Brun et Joël Bernat La collectionEtudes Psychanalytiques veutproposer un pas de côté et non de plus, en invitant tout ceux que la praxis (théorie et pratique) pousse à écrire, ce, « hors chapelle », « hors école », dans la psychanalyse. Dernières parutions Touria MIGNOTTE,La cruauté. Le corps du vide, 2013. Pierre POISSON,Traitement actuel de la souffrance psychique et atteinte à la dignité. « Bien n’être » et déshumanisation, 2013. Gérard GASQUET,Lacanpoètedu réel, 2012. Audrey LAVEST-BONNARD,L’acte créateur. Schönberg et Picasso. Essai de psychanalyse appliquée, 2012. Gabrielle RUBIN,Ces fantasmes qui mènent le monde, 2012.Michel CONSTANTOPOULOS,?Qu’est-ce qu’être un père, 2012. Marie-Claude THOMAS,L’autisme et les langues, 2011. Paul MARCIANO,L'accession de l'enfant à la connaissance. Compréhension et prise en charge des difficultés scolaires,2010. Valérie BLANCO,Dits de divan, 2010. Dominique KLOPFERT,Inceste maternel, incestuel meurtrier. À corps et sans cris, 2010. Roseline BONNELLIER,Sous le soleil de Hölderlin: Œdipe en question, 2010. Claudine VACHERET,Le groupe, l’affect et le temps, 2010. Marie-Laure PERETTI,Le transsexualisme, une manière d’être au monde, 2009. Jean-Tristan RICHARD,Nouveaux regards sur le handicap, 2009. Philippe CORVAL,Violence, psychopathie et socioculture, 2009. Stéphane LELONG,L’inceste en question. Secret et signalement, 2009. Paul DUCROS, Ontologie de la psychanalyse, 2008. Pierre FOSSION, Mari-Carmen REJAS, Siegi HIRSCH,La Trans-Parentalité. La psychothérapie à l’épreuve des nouvelles familles, 2008. Bruno de FLORENCE,Musique, sémiotique et pulsion, 2008.
Thomas Gindele LeMoïsede Freud au-delà des religions et des nations Déchiffrage d’une énigme Préface deJean-Michel Hirt
Du même auteur : Traduction et postface du livre de Ines Rieder et Diana Voigt:Sidonie Csillag – jeune homosexuelle chez Freud, lesbienne dans le siecle, Paris, 2003 (titre original :Heimliches Begehren, Wien, 2000). © L’HARMATTAN, 2013 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01283-4 EAN : 9782343012834
Préface
De l'origine du monothéisme
Voici un livre qui a toutes les raisons de surprendre son public. Il estinactuelson intérêt laïc pour Moïse. Il concerne par l’ultime ouvrage de Freud,L’homme Moïse et la religion monothéiste, que les psychanalystes eux-mêmes souhaiteraient oublier, tant il leur semble difficile à articuler avec l’ensemble du corpus freudien. Il prétend résoudre l’énigme de la composition cryptée de cet ouvrage. Et surtout il y parvient, sans pour autant épuiser les significations du geste de Freud érigeant dans ce livre-testament, selon ses propres mots,un colosse auxpieds d’argilen’importe quel fou pourra que renverser. Tout lecteur deL’homme Moïsedonc d’emblée est placé par Freud dans la position de quelqu’un animé par la tentation de se révolter contre sa construction ; c’est à ce défi que Thomas Gindele ne se dérobe pas. Qu’est-ce qui est donc si dérangeant, dans cet intérêt constant de l’inventeur de la psychanalyse pour le fondateur de la religion juive et, plus largement, le fondateur du monothéisme, ses occurrences chrétienne ou musulmane ne manquant pas de se référer à Moïse? Mais quel est aussi le ressort de cette œuvre à part de Freud, tout à la fois roman, morceau d’analyse de son auteur, ultime manifeste de la révolution psychanalytique, et surtout inépuisable labyrinthe du sens ?
La passion de Freud pour Moïse est de longue date, consubstantielle à la personne du psychanalyste qui s’est toujours défini comme unJuif infidèle. Juif, soit l’héritier d’une
culture liée à la décision de Moïse, dans la Bible, de faire sortir son peuple d’Egypte et de le rassembler dans le culte de ce dieu unique qui ne se voit pas, ne se nomme pas et ne se touche pas. Infidèle, dans la mesure où de cet héritage, Freud refuse les conséquences religieuses, au premier rang desquelles la croyance ;il se réclame seulement des autres conséquences culturelles :la constitution d’un peuple du Livre qui va privilégier les opérations de l’esprit pour affronter la réalité.
Déjà dans son étude sur la statue de Michel-Ange à l’église Saint-Pierre-aux-Liens, Freud avait relaté les nombreuses fois où il s’était arrêté devant cet imposant Moïse de pierre ornant le tombeau du pape Jules II. Face à la posture du porteur de la Loi voulue par le sculpteur, Freud s’était interrogé sur une telle représentation et en avait résolu l’énigme : Michel-Ange avait décidé de montrer un homme capable de résister à l’empire de la colère et – contrairement au récit biblique – capable de ne pas céder à ses passions en brisant les Tables de la Loi. Bien entendu, il s’agissait là d’une interprétation freudienne à partir des indices discrets – Freud parle durebutl’observation de ordinaire – qui dans l’aspect de la statue l’orientait vers celle-ci. Avec cette étude, le psychanalyste faisait la preuve de sa capacité à lire autrement les œuvres d’art que les historiens, mais surtout il révélait cette relation identificatoire avec le grand homme et le fils préféré du peuple juif qu’il entretiendra jusqu’au soir de sa vie, comme sa correspondance l’atteste explicitement.
En effet, l’essentiel du rapport entre Freud et Moïse tient à l’humanité de ce dernier que volontairement il réaffirme dans le titre du livre qui va faire l’objet de l’investigation de Thomas Gindele. Humanité sur laquelle l’auteur va particulièrement insister en dépliant les méandres des réponses de Freud aux mystères de son héros. Or, de cette humanité de Moïse, tout le mérite revient à Freud qui dans ce "roman secret" non seulementarrache àson peuple le meilleur de ses fils en décidant d’en faire un Égyptien de naissance, mais encore le fait assassiner par les siens. C’est cette opération qui retient
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l’attention de Thomas Gindele qui, tel le Dupin d’Edgar Poe dans "La lettre volée", va nous entraîner dans une incroyable reconstitution de l’intentionsecrètede Freud. Moïse, à le suivre comme on suit l’analyse d’un rêve, devient ici un prête-nom pour nommer dans un temps de détresse, le triomphe du nazisme, la conquête anthropologique que "la religion monothéiste" constitue avec ses valeurs universalistes et ses exigences éthiques. "Le monothéisme, écrit-il, induit logiquement l’idée d’une égalité et donc d’une solidarité nouvelle parmi les hommes, instituant une conscience morale sans précédent."
Mais afin de ne pas accabler les Juifs désormais en proie à l’antisémitisme immonde des nazis, ni de décourager les Chrétiens eux-mêmes menacés par l’hégémonie idéologique du surhomme aryen, il aurait été nécessaire pour Freud de maintenir la fable d’un Moïse qui va élire le peuple juif comme digne de transmettre le message civilisateur du monothéisme, et qui, à l’instar de Jésus, aurait été tué, après l’Exode, par ceux qu’il avait élu.
De fait, en détachant "la religion monothéiste", par une lecture décomposant le grand homme biblique, de l’illusion vénéneuse d’une pureté originaire, Freud interdit de fondre l’identité de ce dernier dans une croyance nationaliste ou religieuse, souvent les deux ensemble, confusion à laquelle les masses aspirent en vue des explosions pulsionnelles qu’elle autorise. Lui-même est "devenu", cet homme singulier, ceJuif autre, "totalement étranger à la religion de ses pères – comme à toute autre" et ne pouvant "partager des idéaux nationalistes", ce qu’il précise dans l’avant-propos deTotem et taboupour l’édition en hébreu de 1930. Dès cette date, il sait quelles menaces pèsent alors sur l’altérité et qu’il devra échapper lui-même à l’antisémitisme des nazis. Ainsi ce livre sur l’étrangeté de Moïse se transforme en une réfutation des prétentions du IIIe Reich à répéter la fondation d’un nouveau monothéisme ancré dans la terre et le sang,Blut undBoden, ces mots d’ordre de toutes les puretés exterminatrices. Personne ne peut occuper, sinon par
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