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Le monde carolingien et l'Islam

De
115 pages
Cet ouvrage concerne les relations entre l'espace soumis aux souverains carolingiens et le monde musulman. Il s'inscrit dans le cadre plus général d'une enquête consacrée aux rapports entre l'Occident chrétien et l'Islam avant les croisades. Avec l'apparition de nouvelles puissances politiques au milieu du VIIIè siècle, et dans un monde méditerranéen jusque-là dominé par Byzance, débute une nouvelle période qui n'appartient déjà plus à l'Antiquité et pas encore au Moyen Age.
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LE MONDE CAROLINGIEN ET L'ISLAM

Histoire et Perspectives Méditerranéennes Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud
Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les éditions L'Harmattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours. Déjà parus Isabelle SAINE, Le mouvement Goush Emounim et la colonisation de la Cisjordanie, 2006. Colette JUILLIARD, Le Coran au féminin, 2006. René DOMERGUE, L'intégration des Pieds-Noirs dans les villages du Midi, 2005. Kamel KA TEB, Ecole, population et société en Algérie, 2005. Ahmed B. BERKANI, Le Maroc à la croisée des chemins, 2005. Melica OUENNOUGHI, Les déportés algériens en NouvelleCalédonie et la culture du palmier dattier, 2005. Anne SAVERY, Amos Oz, écrire Israël, 2005. R. CLAISSE et B. de FOUCAULT, Essai sur les cultes féminins au Maroc, 2005. Nordine BOULHAIS, Histoire des Harkis du Nord de la France, 2005. Jean-François BRUNEAUD, Chroniques de l'ethnicité quotidienne
chez les Maghrébinsfrançais, 2005. Ali HAROUN, Algérie 1962 - La grande dérive, 2005. Yoann KASSIANIDES, La politique étrangère américaine à Chypre (1960-1967),2005. Abdelaziz RIZIKI, La diplomatie en terre d'Islam, 2005. Jean-Pierre CÔMES, La guerre d'Algérie et ses fantômes, 2005. Louis Saïd KERGOAT, Frères contemplatifs en zone de combats. Algérie 1954-1962, 2005. Ji1ali CHABIH, Les finances des collectivités locales au Maroc, 2005. Yves SUDRY, Guerre d'Algérie: les prisonniers des djounoud, 2005. Samya El MECHAT, Les relations franco-tunisiennes. Histoire d'une souveraineté arrachée. 1955-1964, 2005. M. FAIVRE, Conflits d'autorités durant la guerre d'Algérie, 2004. A. BENDJELID, J.e. BRULE, J. FONTAINE, (sous la dir.),

Philippe Sénac

LE MONDE CAROLINGIEN ET L'ISLAM

Contribution à l'étude des relations diplomatiques pendant le haut Moyen Age
(Vme -Xe siècles)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace Fac..des L'Harmattan Sc. Sociales, BP243, Université Kinshasa Pol et Adm. ,

Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-]6

L'Harmattan Italia ] Via Degli Artisti, 5 10124 Torino ITALIE

L'Hannattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou] 2

K]N XI

1053 Budapest

de Kinshasa - RDC

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr

~ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00571-3 EAN : 9782296005716

Introduction
Les articles que regroupe cet ouvrage s'inscrivent dans le cadre plus général d'une recherche consacrée aux relations entre l'Occident chrétien et le monde musulman pendant le haut Moyen Age. La préparation d'une récente question d'agrégation d'histoire consacrée aux rapports entre le monde latin et les pays d'islam entre le milieu du Xe et le milieu du XIIIe siècle m'avait conduit à observer qu'avant cette date, les rapports entre l'Occident et l'islam étaient encore mal connus et qu'un nouvel examen s'imposait. L'essentiel de la bibliographie était constitué par de multiples travaux suscités par le livre d'Henri Pirenne, Mahomet et Charlemagne, dont mon collègue et ami Christophe Picard vient de consacrer une riche et stimulante préface à l'occasion d'une reédition de l'ouvragel. La tache était d'autant plus délicate que la pauvreté documentaire était manifeste et que, face à l'Occident carolingien, en théorie homogène jusqu'au partage de Verdun, le monde musulman était soumis à un phénomène croissant de fragmentation après la naissance du califat abbasside (750), en particulier à l'ouest avec l'apparition des émirats omeyyade (756), idrisside (788) et aghlabide (801). De la sorte, il apparut très vite que l'examen des rapports entre l'Occident chrétien et l'islam ne pouvait être abordé de manière globale et qu'il convenait de fragmenter la question sans oublier d'autres acteurs méditerranéens, à commencer par Byzance et la papauté. Les premiers temps de cette enquête ont fait l'objet d'un séminaire d'histoire médiévale au Centre d'Etudes Supérieures de Civilisation Médiévale de l'université de Poitiers, de 1998 à

I

H. PIRENNE, Mahomet

et Charlemagne,

Paris, 2005, préface de Ch. PICARD,

p. 5-45.

2002, et de diverses publications. Ce fut d'abord la question des liens entre l'empire carolingien et les souverains omeyyades qui fut abordée dans un ouvrage intitulé Les Carolingiens et alAndalus (VIIr-IXe siècles) et par quelques études ponctuelles (*? Dans un deuxième temps, à l'occasion d'une table ronde organisée à Beyrouth en collaboration avec l'Université saintJoseph, l'attention fut portée sur les rapports entretenus par les souverains francs avec le califat abbasside (**)3. Dans un dernier temps, lors d'un colloque organisé à Fès avec l'université Sidi Mohamed ben Abdellah Dhar el-Mahraz, ce furent les liens, plus réduits et souvent anecdotiques, entre le monde franc et le Maghreb al-Aqsâ qui furent examinés (***)4. Aux confins de la période choisie figure encore dans ce recueil un article concernant les relations entre les comtes de Barcelone et le califat omeyyade de Cordoue, ceux-ci étant demeurés vassaux des souverains carolingiens (****)5. * II ne s'agit naturellement là que d'une première approche mais, une fois regroupées, les enquêtes menées justifient d'ores et déjà quelques observations. La première, presque habituelle, réside dans le fait qu'il reste difficile de considérer, comme le soutenait Henri Pirenne, que la Méditerranée du haut Moyen Age constituait alors un espace
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Ph. SÉNAC,Les Carolingiens et al-Andalus (VIII'-IX' siècles), Paris, 2002 ;

"Note sur les premiers comtes aragonais", Hommage à Pierre Bonnassie, Les sociétés méridionales à l'âge féodal (Espagne, Italie et sud de la France X'Xlii' siècle), Toulouse, 1999, p. 349-354 ; "Chrétiens et musulmans dans les Pyrénées à la fin du VIII' siècle", Tolérance et solidarités dans les Pyrénées, Saint-Girons, 2000, p. 99-109 ; "Charlemagne et al-Andalus", AquitaineEspagne (VlII'-XlII' siècle), Poitiers, 2001, p. 1-18. 3 Ph. SÉNAC, "Les Carolingiens et le califat abbasside aux VIII' et IXe siècles", Chrétiens et musulmans en Méditerranée médiévale (Ville-XIII' siècles), contacts et échanges, Poitiers, 2003, p. 3-19. 4 Ph. SÉNAC, "L'Occident chrétien et le Maghreb al-Aqsâ (vme_Ixe siècles)", Studia Islamica (à paraître, 2005). 5 Ph. SÉNAC, "Note sur les relations diplomatiques entre les comtes de Barcelone et le califat de Cordoue au Xe siècle", Histoire et archéologie des terres catalanes au Moyen Age, Perpignan, 1995, p. 87-101.

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clos, peu propice au commerce depuis l'émergence et l'expansion de l'islam6. Sans doute les échanges évoqués dans ce volume ne remettent- ils pas en cause de manière radicale l'idée d'un ralentissement des activités, mais il est clair que ce ralentissement fut antérieur à l'arrivée de l'islam et que des échanges, même réduits et limités à un certain type de produits, continuèrent de se produire au cours des VIII" et IXe siècles, avant une renaissance du négoce en Méditerranée qu'il convient de placer vers le milieu du Xe siècle, conformément à ce que l'on a pu observer avec Pierre Guichard7. Une deuxième observation réside dans le fait qu'il semble impossible de considérer les relations diplomatiques en Méditerranée pendant le haut Moyen Age sans tenir compte de l'ensemble des puissances de ce temps, et que l'échiquier méditerranéen, mouvant, instable, mit rarement en cause des relations exclusivement bilatérales. Le rapprochement entre Aixla-Chapelle et Bagdad n'a de sens que si on le met en relation avec Byzance, l'ennemi commun, et ce n'est certes pas l'effet du hasard si les tentatives de rapprochement entre Byzantins et Omeyyades se nouèrent face aux Abbassides. Des communautés d'intérêts constituaient les ferments d'une alliance objective entre États et on pourrait presque considérer que la Méditerranée était alors traversée par deux axes sécants qui relièrent un moment Aix-la-Chapelle à Bagdad et Byzance à Cordoue.

6 Sur ce point, à la suite des multiples travaux relatifs aux objections formulées par M. LOMBARDà la thèse d'Ho PIRENNE("L'or musulman au Moyen Age", Annales ESC, 1947, Les textiles dans le monde musulman, Paris-La Haye, 1978, L'Islam dans sa première grandeur, Paris, 1969, on consultera avec profit l'ouvrage de M. Mc CORMICK, Origins of the European 's Economy. Communications and Commerce, ad 300-900, Cambridge, 2001. 7 P. GUICHARD Ph. SÉNAC,Les relations des pays d'Islam avec le monde latin et (milieu Xe-milieu XIIIe siècle), Paris, 2000. Cette opinion rejoint l'idée défendue par Ch. PICARD dans sa préface à la nouvelle édition de Mahomet et Charlemagne qui précise justement: "Si le Xcsiècle fut sans nul doute le siècle d'un redémarrage sensible du commerce et des échanges, il ne faut pas trop vite conclure à l'existence d'un désert maritime total aux siècles précédents" (p. 34). Un peu plus loin, l'auteur ajoute que "la lecture des textes laisse à penser que le IX' siècle fut un moment très net d'un redémarrage maritime dans certaines régions de la Méditerranée" (p. 41). 7

On retiendra enfin que dans ce concert méditerranéen, le clivage religieux ne constituait pas un obstacle majeur à des rapprochements (la paix avec l'infidèle étant inconcevable, il ne pouvait s'agir que de trêves ou d'alliances momentanées). Des arguments économiques (esclaves, produits orientaux...) et politiques (la paix aux frontières) pouvaient aisément transcender les différences culturelles. Comme l'avait relevé Muhammad TaIbi, "La guerre ne fut pas l'unique règle du jeu. En marge il resta assez de place pour les manœuvres de la diplomatie et la souplesse des marchands"s, et à l'échelle des rebelles de la vallée de l'Ebre et de la Marca Hispanica, tout comme à celle des Etats, l'entente, même provisoire, pouvait s'installer. * Ces remarques faites, le champ de recherche reste immense, d'autant que l'archéologie, essentielle dans le débat comme l'ont montré Richard Hodges et David Whitehouse9, n'a guère été consultée pour les secteurs occidentaux de la Méditerranée, tout comme la numismatique dont on reste en droit d'attendre de précieux apports. Plusieurs secteurs importants ont été laissé de côté, comme l'Italie méridionale et la Sicile, où s'affrontèrent souvent, mais collaborèrent aussi, chrétiens et musulmans. Faut-il rappeler que nombre de princes chrétiens nouèrent des alliances avec les musulmans de Bari et du Garigliano et que c'est au milieu de la communauté sarrasine du Fraxinet, en Provence, que le prétendant à la couronne des Lombards, Audibert, se réfugia en 961 avant que le pape, deux ans plus tard, l'invite à regagner RomeJO. La question mériterait d'être reprise à la suite des pages écrites sur ce thème par Muhammad TaIbi dans son étude sur l'émirat aghlabide, même si la Sicile, récemment éclairée par les
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M. TALBI,L'émirat aghlabide l84-296/800-909, Histoire politique. Paris,

1966, p. 529. 9 R. HODGES et D. WHITEHOUSE, Mahomet, Charlemagne et les origines de l'Europe, Paris, 1996. 10 Ph. SÉNAC, "Le califat de Cordoue et la Méditerranée occidentale au Xe siècle: le Fraxinet des Maures", Castrum 7. Zones côtières littorales dans le monde méditerranéen au Moyen Âge: défense, peuplement, mise en valeur, Rome-Madrid, 2001, p. 113-126.

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travaux d'Henri Bresc, la thèse d'Annliese Nef et par une publication de l'Ecole française de Rome", attire aujourd'hui davantage l'attention i2. En définitive, que retenir donc de ces premières enquêtes derrière lesquelles se profilent toujours, en arrière-plan, les travaux d'Henri Pirenne et de Maurice Lombard? D'abord, à l'échelle de la Méditerranée, que les comportements politiques des puissances du haut Moyen Age n'échappent pas à des préoccupations économiques et que l'on aurait tort de faire de ces États des systèmes clos, refermés sur eux-mêmes, vivant de manière autarcique. Tout comme dans l'Antiquité, guerre, diplomatie et négoce étaient étroitement liés. Un détail significatif vient à l'esprit: selon le chroniqueur Ibn Abd al-Hakam, ce fut parce que des navires marchands fréquentaient habituellement les eaux séparant l'Afrique de l'Espagne que les bateaux transportant les troupes de Târiq ibn Ziyâd purent franchir sans difficulté le détroit en 711 pour mener la conquête de l' hispania wisigothique. Par ailleurs, s'il est vrai que "le moment carolingien" vit bien l'émergence des rivages septentrionaux de l'Occident, il n'empêche que la Méditerranée demeura au centre des relations et des échanges. Sans doute Eginhard, comme tant d'autres annalistes francs, met-il sur le même plan les relations entretenues par Charlemagne avec les musulmans, les Saxons ou les Avars, mais il s'agit là d'un moyen d'assimiler l'activité du souverain avec celle de l'empereur romain dont la diplomatie était déjà tournée vers de nombreuses puissances barbares. Dans la réalité, la Méditerranée demeura bien un espace privilégié et l'on ne peut s'empêcher de penser aux lignes de Georges Duby dans un ouvrage co-dirigé par Fernand Braudel: "Charles Martel ne songeait pas uniquement au butin lorsqu'il s'avançait du côté
A. NEF, L'élément islamique dans la Sicile normande,' identités culturelles et construction d'une nouvelle royauté (2001) ; La Sicile à l'époque islamique, Rome, 2004. 12 Une bibliographie partielle figure dans J'ouvrage de G. JEHEL, L'Italie et le Maghreb au Moyen Age, conflits et échanges du VIr au XV" siècle, Paris, 2001.
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de la Narbonnaise, ni Pépin le Bref lorsqu'il s'en emparait, ni Charlemagne lorsqu'il passait les Pyrénées, lorsqu'il venait dans Rome s'entendre acclamer du nom d'Auguste"13. La Méditerranée demeurait un foyer culturel de référence, mais aussi une source de richesses.

* Dans le contexte d'une mondialisation sans cesse grandissante, quelles pistes de recherche peut-on proposer pour progresser dans la question des échanges, forme dérivée du problème de la transition Antiquité tardive-Moyen Age? Observons d'abord que si la magistrale synthèse d'Henri Pirenne a souvent été admirée parce qu'elle fut l'œuvre d'un seul homme, la capacité de ce chercheur à brasser plusieurs civilisations et d'immenses espaces géographiques témoigne d'une ouverture d'esprit qui incite à croiser plus souvent qu'on ne le fait des sources distinctes, qu'elles soient arabes, grecques, latines ou autres, et qu'il y a là un enseignement à suivre. Relevons encore, malgré la pauvreté de I'histoire économique des IXe_Xesiècles dans l'historiographie française évoquée par Pierre Toubert'4, que l'essor de la recherche depuis un demisiècle, la diversité des approches et les progrès réalisés dans chacun des domaines concernés (Occident chrétien, Byzance et monde musulman) imposent aujourd'hui de travailler en équipe. En multipliant les enquêtes régionales, en éclairant des secteurs parfois délaissés par Mahomet et Charlemagne, comme le Maghreb et l'Afrique du nord, en admettant que les notions de croissance ou de déclin sont des phénomènes d'intensité variable en fonction des régions et que la Méditerranée, si elle est bien un trait d'union, peut présenter des différences marquées suivant les secteurs, y compris au sein d'une même strate chronologique.

F. BRAUDEL et G. DUBY, La Méditerranée. Les hommes et l'héritage, 1986, p. 196. 14 P. TOUBERT, L'Europe dans sa première croissance. De Charlemagne mil, Paris, 2004, p. 7.

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Paris, à l'an

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Délaissant momentanément l'or, les textiles, les épices ou les aromates, peut-être conviendrait-il surtout de revenir sur la question chère à Charles Verlinden, à savoir les esclaves et leur négoce, ce "bétail à visage humain" comme écrivait Pierre Bonnassie. Les sources, arabes, grecques et latines, les signalent partout, y compris la littérature juive. Le chantier est immense mais difficile car, à la différence des autres marchandises, ce qui assura le maintien des systèmes esclavagistes de ce temps n'a guère laissé de traces pour I'historien, ni de vestiges pour l'archéologue.

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