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Le mouvement national palestinien

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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296169494
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COMPRENDRE LE MOYEN-ORIENT Collection dirigée par lean-Paul Chagnollaud

Collection « Comprendre le Moyen-Orient»

.

De la Méditerranée orientale à l'ancienne Perse, lieu d'émergence de prestigieuses civilisations et berceau des trois grandes religions monothéistes, le Moyen-Orient est une région unique par l'importance extraordinaire

de ce qu'elle a donné au monde.
Aujourd'hui il est le théâtre de tant de drames enchevêtrés que les origines des conflits comme les enjeux en présence se perdent souvent dans le tumulte des combats: vu de l'Occident, il paraît plus« compliqué» que jamais au point que beaucoup renoncent à y voir clair. Il est pourtant indispensable de chercher à comprendre ce qui s'y passe car le destin de cette région nous concerne directement: outre les liens religieux, culturels et politiques que l'histoire a tissés entre nous, les bouleversements constants qui la secouent affectent gravement nos ressources énergétiques, nos équilibres économiques et même notre sécurité. Loin des rigidités idéologiques et des conceptions a priori, cette collection entend contribuer à rendre plus intelligibles ces réalités apparemment insaisissables en publiant des ouvrages capables de susciter une véritable réflexion critique sur les mouvements profonds qui animent ces sociétés aussi bien que sur le jeu complexe des relations internationales. Elle est ouverte à tous ceux qui partagent cette nécessaire ambition intellectuelle.
Jean-Paul CHAGNOLLAUD

« Comprendre

le Moyen-Orient»

Nadine

Picaudou

LE MOUVEMENT NATIONAL PALESTINIEN
GENÈSE ET STRUCTURES

Préface de Maxime Rodinson

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Parus dans la même collection
NAHAVANDI (Firouzeh), Aux sources de la Révolution iranienne, étude socio-politique, 1988, 278 p. SEGUIN (Jacques), Le Liban-Sud, espace périphérique, espace convoité, 1989, 212 p.

@ L'Harmattan, 1989 ISBN: 2-7384-0295- X

A MON PÈRE

Préface

Le livre qu'on me demande de présenter est, je te crois, important. Il apporte beaucoup d'informations rarement connues et chichement diffusées sur le détail d'événements aux conséquences considérables. Ce faisant, il doit servir à combattre des idées fausses extrêmement répandues. Je sais mieux que personne combien il est difficile de les déraciner. Mais on doit faire son possible. Très, très lentement, les perceptions se modifient. Et la publication de cet ouvrage devrait contribuer fortement à cette tâche, aussi difficile soit-elle. On ne cherchera pas là une vue d'ensemble, globale du conflit israélo-arabe et israélo-palestinien comme a cherché à en présenter une, entre autres, le /ivre de lucidité Benjelloun-

Ollivier que j'ai également préfacé]

,.

dont la lucidité dépouil-

lée peut décevoir les passionnés, mais dont l'impeccable analyse devrait compenser des tonnes de pathos qui peuvent aisément fourvoyer. Nadine Picaudou n'a pas un objectif aussi global. Mais celui qu'elle s'est fixé est assez vaste et assez capital pour éclairer vivement l'ensemble du problème en question. Ce dont elle traite, c'est, en bref, l'émergence, le surgissement d'un pouvoir palestinien. Elle le fait de façon très intéressante, détaillée, approfondie, munie d'une information qui ne semble omettre rien d'essentiel. Dans un conflit, il y a au moins deux acteurs. Nadine Picau-

dou se concentre sur l'un d'entre eux. L'autre, le mouvement sioniste, a créé les conditions du conflit par des proclamations, puis des initiatives qui ne purent d'abord que provoquer la stupeur sur le théâtre futur de la lutte. Imaginez qu'en ouvrant votre quotidien, vous appreniez, un beau matin, qu'un Con7

grès de Tsiganes réuni à Hong-Kong proclame la nécessité de transformer la Provence en État tsigane. Un acteur historique donc, nouveau sous cette forme, a entrepris, depuis la fin du XIx" siècle, d'agir sur un territoire qu'il a lui-même délimité. Il s'agissait bien d'un territoire et non de la population qui l'habitait dont il négligeait la présence. S'il pouvait faire croire à un vaste public, ignorant profondément de l'histoire et des conditions présentes du territoire en question, que cette population n'existait pratiquement pas, un nombre croissant de ses membres devait se convaincre peu à peu que le pays revendiqué n'était pas un désert, que des gens vivaient là, y succédaient à des parents et des ancêtres aussi loin que leur mémoire pouvait remonter, bref dans les mêmes conditions que les populations de tous les pays du monde. Il était possible de les persuader qu'une autre population, venue de loin et résidant encore en majorité fort loin, avait des droits supérieurs aux siens par la grâce d'ancêtres encore plus lointains dans le temps. L'action historique du mouvement sioniste se faisait sentir sur la population du pays - la population autochtone selon toutes les définitions de ce terme - par des procédures de plus en plus généralement frustrantes et hautement traumatisantes. Elle s'insérait dans un ensemble, une vague d'actions historiques de même type à l'échelle mondiale, la vague d'expansion de populations d'origine européo-américaine auxquelles on assurait des lieux de résidence, des terres et des autochtones à dominer et à cantonner dans des districts limités pour ne pas parler des cas extrêmes où l'on passait à l'extermination. Ces entreprises expansionnistes, circonstance aggravante, touchaient très largement des populations étroitement apparentées à celles qui peuplaient la Palestine, qu'on pouvait même considérer comme leur étant identiques. Les délimitations ethniques sont toujours sujettes à de multiples décalages et recoupements en Orient comme en Occident. Une entreprise de ce type pouvait se concevoir sans trop graves obstacles dans beaucoup de cas pour les époques antérieures au XIx" siècle. Et encore! En tous cas, il y aurait eu en général bien moins de mises en forme idéologiques du refus. Et on sait bien que l'élaboration idéologique est un très puissant adjuvant de toute attitude spontanée. Sur les territoires visés aussi bien par les volontés d'emprise

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ou d'expansion impérialistes en général que plus particulièrement par le projet d'implantation sioniste plus ou moins avancé sur la voie des réalisations, il était inévitable que des idéologies de résistance se constituent au xr siècle. C'était une époque où le sentiment que l'on peut appeler nationaliste au sens le plus large se développait sans cesse, recevant ses lettres de noblesse théoriques et aussi une aide pratique de membres éminents des peuples mêmes qui blessaient ce sentiment. Ces idéologies de résistance se constituaient avec des délimitations, des colorations, des cadrages multiples qui souvent s'additionnaient. Elles mobilisaient des masses atteintes par les politiques d'expansion en question. Elles avaient souvent pour leur résistance d'autres motivations s'ajoutant à la simple lutte pour sauvegarder leur existence sur une terre qu'on pouvait appeler leur. Mais, à ce stade de la lutte, il était normal de ramener toutes ces motivations à la revendication la plus fondamentale, celle qui touchait à l'existence même, à laquelle chacun pouvait adhérer au premier abord, qui pouvait paraître entraîner avec elle toutes les autres. La mobilisation, dans le cas palestinien notamment, provoquée par cette revendication élémentaire, fut prise en charge d'abord par les structures politiques existantes qu'on pouvait ressentir comme désignées pour ce rôle. On commence toujours par couler tout mouvement historique dans les structures existantes. De façon analogue, les premières automobiles imitaient les voitures à chevaux. Mais il fut vite clair que, comme dans un assez grand nombre d'autres cas, ces structures ne recouvraient pas exactement, totalement, les aspirations de la population attaquée. ' Le besoin crée l'organe. L'indignation, la colère, la frustration, le désir de liberté et de revanche forment le soubassement permanent d'un mouvement et de conceptions spontanés qui cherchent des cadres d'action et de représentations adéquats où s'investir. Le passage de la réaction spontanée - conceptuelle et active -, provoquée par une situation traumatisante, à des élaborations théoriques et à des organisations structurées est toujours un processus lent, difficile et douloureux. Il prend parfois des siècles, il se fait à travers des tâtonnements, des tentatives et des erreurs, des échecs et de nouveaux départs. Il y a de multiples croisées. de chemin. Un choix erroné ne se démontre tel qu'après des épreuves et des chocs, lentement, du

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moins avant que son caractère d'impasse ne frappe des masses assez larges. Des équipes dirigeantes se forment dont chacune adopte une théorisation et une stratégie, mobilise des recrues autour de l'une ou de l'autre. Il ne suffit pas qu'on s'aperçoive de l'erreur faite, il faut qu'une majorité décisive s'en convainque. Il y a concurrence entre les équipes, une concurrence souvent féroce. Chacune défend non seulement ses choix stratégiques et tactiques, mais son existence, la survie des réseaux qu'elle a créés, les avantages dont ils jouissent. Car une équipe dirigeante bénéficie toujours d' avantages, même si ceux-ci sônt relatifs, précaires, limités. Même s'il s'agit de mourir un peu moins de faim que d'autres. Même dans les camps d'extermination, les déportés choisis pour un rôle de bureaucrates avaient des privilèges par rapport aux autres. Il est rare qu'on veuille sacrifier ce genre d'avantages, si précaires fussent-ils. Il est rare qu'un dirigeant qui a engagé des équipes, des appareils à le suivre, ait l'audace dangereuse de leur donner congé, de leur crier haut et fort: nous nous sommes trompés,. il faut recommencer d'une autre façon, avec d'autres plans. Honneur à ceux qui ont ce courage. Aux meilleurs et aux plus lucides, il faut du temps pour une révision même limitée, il faut ménager des étapes. C'est un processus de ce genre, par essais et erreurs, par tâtonnements successifs que Nadine Picaudou tente de retracer. Ajoutons aux difficultés inhérentes aux changements de cap, aux redressements tactiques que la situation ne reste jamais la même. L'adversaire évolue lui aussi, change aussi (plus ou moins) ses tactiques et ses stratégies. Le contexte lui aussi change. Dans la région concernée, dans la situation internationale, dans la situation économique et la structure sociologique des masses mobilisées et mobilisables. On a du mal à trouver des paramètres permanents si ce n'est la frustration initiale qui se perpétue fondamentalement et l'obstination du frustrateur à refuser d'y remédier. Il me semble que Nadine Picaudou s'est bien tirée des difficu/(és inhérentes à son projet. Elle a su se documenter aux bonnes sources et le tableau qu'elle dresse, même si je n'ai pas le moyen d'en vérifier tous les détails, me paraît substantiellement juste car il met en lumière tous les facteurs décisifs de ce drame.

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On est loin de la vision d'un ethnocentrisme élémentaire qui n'a pas cessé de dominer les esprits européens et américains, réduisant tout à des configurations qu'ils connaissent bien dans leur univers. Vision spontanée aussi à l'origine, mais sans cesse alimentée, revivifiée à l'occasion par des intérêts aussi bien que par des passions, par des dévouements mal dirigés, par des délires d'écrivains, de journalistes, de philosophes, souvent savants et subtils, mais incapables de comprendre qu'un autre environnement, une autre histoire, un autre contexte culturel posent autrement, à 10 000 kilomètres de chez eux, les problèmes auxquels ils sont affrontés. Je ne crois pas assez à la capacité des humains de revenir sur leurs points de vue pour penser qu'un livre comme celui-ci suffira à faire comprendre assez largement qu'il ne s'agit pas fondamentalement au Moyen-Orient de la lutte à laquelle nous sommes habitués ici, des antisémites européens et américains contre les juifs. Même si des fanatiques parfois croient stupidement servir leur cause en plaçant le problème précisément sur ce terrain, empruntant telle quelle une problématique qu'ils croient pouvoir être utile à cette cause. Mais l'aveuglement idéologique est une des constantes les plus assurées de l'histoire universelle. Ce livre contribuera pourtant fortement à élargir les brèches dans le mur épais des certitudes bornées de l'Occident. Il faut continuer. «Sonnez, sonnez toujours, clairons de la pen,

see.... »

,

Nadine Picaudou nous montre donc bien, dans le détail, l'évolution du mouvement palestinien, les configurations institutionnelles dans lesquelles il s'est concrétisé, les options stratégiques et tactiques qu'il a adoptées et leurs raisons ainsi que leurs conséquences, notamment dans la formulation des programmes, des perspectives. Elle me semble avoir très bien rempli sa tâche. Elle ne pouvait dans ce livre traiter de tout le contexte politique et idéologique qui entourait ce mouvement et conditionnait, ne partie, ses attitudes. Elle a eu raison de limiter son propos à une analyse qui est déjà d'une ampleur considérable. Je me bornerai, ici, à évoqùer quelques facteurs importants qui structurent ce complexe, quelques problèmes qu'il faut avoir présents à l'esprit. Naturellement, d'abord, une compréhension globale du phénomène doit prendre en compte l'évolution de la menace sio-

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niste sur la terre de Palestine, puis celle de la société juive établie sur cette terre à partir du moment (vers 1880) où un projet sioniste commence à s'y incarner, puis celle de la société israélienne après 1948. Cette évolution se traduit dans la politique des représentants et des dirigeants de cette société. Bien évidemment, l'attitude et la politique des Palestiniens doivent s'analyser aussi, en partie, comme réaction aux attitudes et aux actes de cet univers juif de Palestine, puis israélien. Il ne manque pas d'études qui permettent d'aborder la question de ce point de vue. De même, évidemment pour le contexte politique international. Tout cela est banal, mais je cherchais à !'l0ntrer les lignes directrices d'un tableau idéal complet. Il faut tenir aussi grand compte (bien plus peut-être que des idéologies proprement arabes) de l'ambiance idéologique mondiale où le mouvement palestinien a dû se former, s'insérer, qui l'a influencé. Nous vivons dans un monde où de très vastes secteurs de la société au moins ont sacralisé l'idée même de Révolution. Les contenus des mouvements peuvent être différents et même opposés, la tendance à identifier leur visée au type idéal de la Révolution est très forte. On le voit bien même au niveau du vocabulaire. L'idée de révolution, sa caractérisation comme positive au degré suprême, supposent un envers négatif, une vision des structures établies comme néfastes en elles-mêmes, nocives, malfaisantes, pour tout dire diaboliques. Or, le pôle hégémonique dans cet univers établi, c'est le pouvoir américain. Il est donc au centre d'une vision purement manichéenne de l'univers politique contemporain chez tous les types de contestataires. Or, il se trouve que l'ennemi sioniste, qui s'attaque à la société palestinienne et contre lequel le mouvement palestinien se dresse, dispose d'une présence importante aux États-Unis et pèse d'un poids certain sur les décisions des dirigeants de cet État. Cela ne peut évidemment que renforcer la vision manichéenne en question. Mais, d'autre part, un mouvement de ce type doit tenir compte, au moins à partir d'un certain stade de développement, des réalités extérieures. Il doit prévoir des options où les forces majeures du jeu politique mondial pourraient intervenir quelque peu en sa faveur. D'où des sollicitations adressées au même pouvoir américain ou plutôt à ses différentes instances qui peuvent avoir des stratégies en partie opposées. Il en résulte des complexités qui désorientent aisément

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l'observateur, des contradictions inévitables qu'il faut aussi essayer de comprendre. De l'ambiance idéologique mondiale et régionale comme des orientations stratégiques majeures des groupes dirigeants reconnus naissent des obnubilations, des identifications, des mythes qui organisent les visions. On a ainsi identifié le mouvement palestinien aussi bien à une révolution sociale qu'à diverses variantes du mouvement nationaliste. C'est que, dans le cadre des tendances courantes dans la région, il fallait prendre position à l'égard d'une conception idéologique nationaliste arabe et d'une élaboration plus spécifiquement palestinienne. L'avancée du mouvement mettait aussi en jeu la problématique fondamentale, universelle de tout mouvement se fixant un objectif politique à atteindre par une certaine mobilisation de masse, la tension perpétuelle, fatale, entre « utopie» nécessaire et réalisme non moins indispensable. Tension que les dirigeants ont à gérer. C'est là besogne éminemment difficile dont ils se tirent plus ou moins habilement, avec plus ou moins de dégâts. Il me semble que certains dirigeants palestiniens ont montré une certaine virtuosité dans cette tâche. Nadine Picaudou n'a pu traiter de la dernière phase du conflit et du mouvement que nous vivons actuellement, celle que rythme et que structure le soulèvement spontané des masses des territoires occupés depuis 1967 par Israël. Le monde entier a appris à le désigner par sa désignation arabe, intifâda. On pourra, dans peu de temps sans doute, mieux situer ce développement nouveau dans un tableau général du conflit. Ellemême ou d'autres s'acquitteront de cette nouvelle tâche. De toutes façons, le rôle historique de l'intifâda ne pourra être apprécié justement que par rapport aux péripéties antérieures du même problème. A cela le livre qu'on va lire contribuera puissamment et je ne puis qu'encourager vivement à prendre en compte son apport essentiel. Maxime RODINSON NOTES 1. N. Benjelloun-Ollivier, La Palestine, un enjeu, des stratégies, un destin. Paris, Presses de la Fondation des sciences politiques, 1984. 13

Prologue

Il y a peu, les observateurs les plus avertis des réalités moyen-orientales s'accordaient à noter un glissement vers l'est du centre de gravité des intérêts occidentaux dans cette région. La vigilance des grandes puissances aurait quelque peu délaissé les côtes de la Méditerranée orientale au profit des rivages du golfe arabo-persique, négligeant le vieux conflit israélo-arabe pour accorder toute leur attention à la sanglante guerre irano-irakienne dans une zone où les enjeux économiques et géostratégiques apparaissent plus cruciaux pour l'Occident. S'il est vrai que les impératifs de l'approvisionnement pétrolier dictent dans une large mesure leur politique aux grandes puissances, les événements récents ont néanmoins prouvé que le conflit israélo-arabe restait le facteur essentiel de la destabilisation régionale. Les groupes activistes chiites, armés au Liban par l'Iran khomeiniste, agissent volontiers au nom de la libération de Jérusalem de l'emprise du« sionisme et de l'impérialisme» et aussi longtemps que la question palestinienne n'aura pas trouvé sa solution, aucune renaissan-

ce ne sera possible à Beyrouth. .
Un élément nouveau se dessine au regard des évolutions récentes, c'est le recentrage du conflit israélo-arabe sur l'affrontement israélo-palestinien qui en est le cœur. L'idée reste difficile à admettre tant pour les Etats arabes qui longtemps monopolisèrent le combat pour la Palestine que pour Israël, acharné à nier le nationalisme palestinien. Une déclaration récente de Shimon Pérès, le ministre israélien des Affaires étrangères, à propos du soulèvement dans les territoires occupés en témoigne parfaitement: «L'idée selon 15

laquelle il Y a un conflit entre Israël et le peuple palestinien est une invention récente et l'agitation actuelle est une phase additionnelle de la lutte arabe contre Israël! ». Comme s'il fallait à tout prix exorciser l'inéluctable en niant l'évidence. Car les deux événements majeurs intervenus ces dernières années dans le champ du conflit israélo-arabe ont directement opposé Tsahal 2 aux Palestiniens, que ce soit au Liban au cours de l'été 1982 ou en territoires occupés depuis décembre 1987 ; à défaut d'une reconnaissance mutuelle en droit, les deux belligérants sont désormais face à face sur le terrain. Beyrouth 1982 c'est pour l'Organisation de libération de la Palestine, incarnation du mouvement national, la fin d'une époque. A l'aube du 6 juin, Israël lance l'opération Paix en Galilée. La formidable machine de guerre de l'Etat hébreu avance jusqu'à Beyrouth sans rencontrer de très grands obstacles. La Syrie accepte un cessez-le-feu dès le 11 juin. La capitale libanaise est alors soumise à un terrible siège où les fedayin palestiniens et leurs alliés libanais mènent une résistance acharnée dans l'indifférence arabe. Leur détermination n'a d'égale que leur infériorité militaire et se nourrit de l'exaltation d'être, pour la première fois, directement confrontés à l'ennemi. Ce Liban où la résistance palestinienne risquait chaque jour davantage l'enlisement politique était enfin devenu un réel champ de bataille contre le véritable adversaire. Faute de pouvoir remporter une impossible victoire, la résistance réussit à Beyrouth un baroud d'honneur qui lui vaut une évacuation sans honte sous la protection internationale au début de septembre 1982. Sous couvert de protéger la Galilée des Katioucha palestiniennes, le principal objectif d'Israël était la destruction militaire et politique de l'oLP. Ce qu'aucun régime arabe n'avait pu ni voulu réaliser complètement, ni la Jordanie en 1970, ni la Syrie en 1976, l'État d'Israël l'entreprenait dirctement au prix de la violation de la souveraineté libanaise. Les massacres de Sabra et Chatila, qu'il cautionna, allaient plus loin encore: en semant la terreur parmi les civils, ils cherchaient à provoquer un nouvel exode de la population palestinienne, toujours plus loin des frontières d'Israël 3. L'année 1982, qui s'achève avec l'éparpillement géographique des combattants palestiniens aux quatre coins du 16

monde arabe 4 et l'installation à Tunis de l'état-major de l'OLP,restera une année noire dans l'histoire de la résistance, prélude à ce que Yasser Arafat appelait dans une interview

récente

«

les années de braise» 5. L'expulsion de Beyrouth

de quelque 12 000 combattants marquait la fin d'une présence palestinienne armée aux frontières d'Israël 6. Mais ce qui était réellement en cause dans l'adieu à Beyrouth, ce n'était pas tant la perte d'une base de départ pour les opérations militaires dirigées contre Israël, ni celle du support territorial d'une infrastructure socio-politique, que la fin d'un certain rapport de la résistance palestinienne à son propre peuple. La distance nouvelle mise entre l'état-major de l'oLP et le peuple des réfugiés risquait d'enlever au mouvement palestinien ce qui avait fait sa force: cette capacité de mobilisation qui s'était appuyée sur la lutte armée dans la phase de construction du mouvement national. Dans la logique de la politique israélienne, la volonté de détruire l'infrastructure palestinienne au Liban n'était pas séparable de l'ambition d'annexer à terme la Cisjordanie et Gaza. Cinq ans plus tard, ces territoires se soulevaient après vingt ans d'occupation militaire. Sur le devant de la scène, une jeunesse déterminée, organisée en comités locaux qui veillent à conserver au mouvement sa structure décentralisée et sa souplesse d'action. Les revendications mêlent le rejet des contraintes et des vexations inhérentes à l'occupation

avec l'appel à la reconnaissance des « aspirations nationales
palestiniennes ». On demande la suppression de la TVA,la levée des restrictions sur les permis de construire ou sur le creusement de puits artésiens, mais on n'en affirme pas

moins « le droit à l'autodétermination et à l'établissement
d'un Etat indépendant sur le sol national sous le leadership de l'OLPseul représentant légitime du peuple palestinien 7 ». L'apparente spontanéité du mouvement mais aussi son succès dans la durée, son retentissement international mais aussi ses limites politiques, tout incite à se poser la question des rapports entre un mouvement national centré à l'extérieur des frontières de la Palestine historique et les territoires de Cisjordanie et de Gaza. Initiative de l'oLPou récupération à posteriori? Recentrage de la lutte sur « l'intérieur» au moment où l'OLPà « l'extérieur» se trouve dispersée, affaiblie et menacée d'éclatement interne? Victoire du pragma17

tisme et de la modération sur l'extrémisme voire l'aventurisme des leaders de l'organisation palestinienne? Posé en ces termes, le débat a peu de chances d'aboutir. Loin des diagnostics politiques au jour le jour et des analyses de la géostratégie mondiale, le recours à l'histoire s'impose pour rendre compte des « singularités» palestiniennes et replacer les événements récents dans un contexte signifiant. Non pas une histoire-ornement, chargée de planter un décor ou de dessiner un arrière-plan, ni même une histoire-genèse, cramponnée au déterminisme des origines, mais une perspective dans laquelle la dimension historique, constamment présente au cœur des phénomènes en train de se faire, apparaît constitutive de leur avènement. L'objet propre de cette réflexion pourrait se définir ainsi: penser historiquement le politique sur le terrain particulier de la société palestinienne ou mieux, s'attacher à l'étude d'une communauté pour qui l'accès au politique est la forme privilégiée de l'accès à l'historicité. Aussi bien ne s'agit-il ni de l'histoire de la Palestine, ni de celle du peuple palestinien, ni même d'une histoire politique exhaustive de l'oLP. Pour autant, aucun de ses éléments, un territoire, un peuple, une organisation, ne sera absent de notre réflexion. Un territoire se définit aujourd'hui par des frontières et pose d'emblée la question de la souveraineté. La souveraineté crée le territoire dans l'exacte mesure où elle le délimite en le contrôlant et l'identifie en légitimant son contrôle. Or en un siècle d'histoire - des années 1880 aux années 1980 - ce morceau de Proche-Orient arabe entre mer et Jourdain fut tour à tour province de Syrie du Sud dans le cadre de la souveraineté impériale ottomane avant 1918 ; Palestine sous mandat britannique de 1922 à 1948 ; territoire partagé entre les dominations israélienne, jordanienne et égyptienne jusqu'à juin 1967 ; terre d'Eretz Israël pour le sionisme triomphant; territoires arabes occupés pour l'ensemble des Etats arabes; patrie palestinienne à libérer pour la résistance armée. Mais la question de la Palestine comme territoire disputé porte en elle le problème du peuple. L'affirmer n'est pas aussi tautologique qu'il y paraît. La relation d'évidence entre une terre et ses habitants n'est pas ici exclusive de leur dissociation. En 1948, sur une population estimée. à environ 18

900 000 personnes, plus de 700 000 se voient contraintes à l'exil. En 1980, 1 715000 Palestiniens, soit près de 43 % de la population totale, se trouvent dans les frontières de l'ancienne Palestine du mandat (aujourd'hui Israël et les territoires occupés en 1967) ; le reste vit en exil 8. Par ailleurs, l'Etat d'Israël persiste à séparer la terre de Judée-Samarie, qu'il souhaite annexer, de ses habitants, dont il aimerait pouvoir neutraliser le risque démographique qu'ils représentent en les poussant à l'exil ou en leur accordant une autonomie administrative. Territoire disputé pour un peuple lui-même contesté. Que les Palestiniens soient un peuple n'est pas encore admis par tous aujourd'hui. L'histoire de ce peuple pourrait s'écrire comme un drame collectif de

l'arrachement qui ouvrirait sur une « résurrection dans la
mort 9 ». Le peuple palestinien s'est éveillé à sa propre histoire en luttant pour la réappropriation de sa terre ou plus exactement pour l'appropriation d'une souveraineté nationale sur cette terre. L'arrachement géographique d'une population a permis son avènement à l'histoire, dans un mouvement inverse de celui des sionistes pour qui la longue histoire juive se résout dans un ancrage territorial. Ainsi dans la conscience des réfugiés de la diaspora, la terre de Palestine comme espace de l'identification apparaît faiblement territorialisée - au sens spatial du terme - mais fortement structurée dans l'imaginaire par le temps de la rupture et de la réappropriation, le temps de l'exil subi .et celui

du retour rêvé. Les Palestiniens « de l'intérieur» en revanche éprouvent aujourd'hui la dimension spatiale de la Cisjordanie et de la bande de Gaza contre les stratégies colonialistes d'Israël sans doute mais aussi grâce à l'action symbolique menée depuis vingt ans par un mouvement national qui a fait de la Palestine, jusque-là territoire vécu des groupes, le territoire construit d'une communauté politique. La lutte palestinienne pour une souveraineté étatique au Proche-Orient a transformé la question de Palestine en cause palestinienne et c'est au cœur de cette mutation que s'inscrit le phénomène de l'OLP.Pour la première fois dans l'histoire contemporaine des Palestiniens se construisait un centre politique organisé et représentatif qui ne tardait pas à poser la question de l'État. Dans ces conditions, sans doute faut-il aller au-delà des bilans conjoncturels, des évaluations de 19

stratégies ou des jugements portés sur les idéologies pour s'attacher à l'analyse de cette longue dynamique historique. Les Palestiniens, un moment nourris de l'exaltation des combats nationalistes et anti-impérialistes des années soixante, semblent étrangement isolés dans le Proche-Orient des années quatre-vingts. Seraient-ils le dernier avatar d'un projet de construction nationale déjà marginalisé par les évolutions en cours? S'il est vrai que l'histoire du Proche-Orient arabe au xxe siècle fut celle de la construction des États, beaucoup en font aujourd'hui le constat d'échec. Échec d'un État-nation importé d'Occident dans les pays du Croissant Fertile traversés de multiples clivages confessionnels; résurgence d'une loyauté islamique fondamentale qui menacerait les fragiles appartenances nationales. Si l'organisation confessionnelle est bien l'une des formes dominantes sinon déterminantes - de la structuration sociale au ProcheOrient, l'exode palestinien a subverti ces critères. Dans la diaspora, le rapport à la terre absente a transcendé le rapport à la confession comme forme d'insertion d'un individu dans une société. En Cisjordanie et plus encore à Gaza, l'incontestable renouveau islamiste actuel s'enracine dans les frustrations nationales et Gaza qui fut le bastion de la gauche radicale dans les années soixante-dix est aujourd'hui celui de la revendication islamiste. Le Jihad islamique local doit proba-

blement son succès à l'idée selon laquelle « il faut allier le
Coran au nationalisme pour pouvoir mener à bien la lutte de libération 10». Au centre de la question de l'Etat telle que la pose aujourd'hui le mouvement national palestinien se tient l'échec historique de la Palestine à se constituer en Etatnation. Entre 1917 et 1922, entre la déclaration Balfour et l'entrée en vigueur officielle du mandat britannique, la Palestine, comme toutes les régions arabes issues du démembrement de l'Empire ottoman, échoue dans le procès d'accession à l'indépendance; les impérialismes français et britannique brisent l'émergence du nationalisme arabe et se répartissent les sphères d'influence. Mais alors qu'un à un les territoires arabes sous mandat parviennent à l'indépendance au tournant de la Seconde Guerre mondiale, la Palestine manque une deuxième fois le « virage» entre 1936, année de la grande révolte, et 1948, date de l'avènement d'Israël. Pendant 20

toutes ces années, la confrontation des Palestiniens à une colonisation sioniste de peuplement appuyée sur une incontestable volonté nationale, a eu des conséquences ambivalentes: elle a empêché la construction d'un Etat palestinien mais contribué à modeler a contrario les aspirations nationales palestiniennes. L'échec de 1948 a marqué une nouvelle étape: il a fait de la question palestinienne une question arabe, elle l'est restée. Si la question de Palestine n'a pu s'imposer comme telle qu'au travers de sa prise en charge par les Etats arabes, la cause palestinienne devra se dégager de l'emprise des régimes tout en continuant de s'insérer dans un contexte interarabe. A l'heure de la consolidation initiale des Etats du Proche-Orient, la cause palestinienne fut tout à la fois un instrument de la guerre froide interarabe et un moyen mis au service de la légitimation interne des élites au pouvoir. Depuis le tournant de 1973, s'est ébauchée une manière de système interarabe fondé sur une redistribution régionale de la rente pétrolière. La semi-victoire de la guerre d'octobre l'a confronté au défi de la paix avec Israël, introduisant une nouvelle ligne de partage entre «durs» et «modérés». Mais au-delà de ce clivage, tous les Etats arabes doivent compter avec un mouvement national palestinien qui s'est progressivement imposé depuis 1967 et qui se montre inquiet des conséquences d'une éventuelle paix négociée sans lui. Dans le concert interarabe, chaque Etat joue sa partition propre face à Israël et face à une résistance palestinienne qui représente tour à tour un atout à manipuler ou un obstacle à éliminer mais qui reste dans tous les cas un enjeu à maîtriser. A l'inverse, si l'histoire du mouvement national palestinien est celle d'un combat pour l'autonomie à l'égard des pouvoirs régionaux, elle témoigne aussi de la capacité de l'OLPà utiliser au mieux les ressources politiques, financières et territoriales arabes dans sa lutte contre Israël. La seconde partie de cette étude envisagera les dynamiques internes à l'oLP. L'organisation palestinienne est formée on le sait d'une coalition de groupes armés constitués comme tels avant leur intégration dans cette structure commune. Les plus importants sont le Fatah (Mouvement de libération nationale palestinienne) le FPLP (Front populaire pour la libération de la Palestine) et le FDLP Front démocratique de (ou 21

libération de la Palestine, eX-FDPLP) auxquels s'ajoutent des mouvements directement patronnés par certains régimes arabes : la Sa'iqa pro-syrienne et le FLA (Front de libération arabe) pro~irakien. Les autres groupes, plus restreints, sont pour la plupart issus de scissions des précédents. En réalité, seuls les trois premiers disposent d'une base significative dans la société palestinienne. Tous se sont organisés dans les années soixante, à l'initiative de petits noyaux d'activistes issus de la diaspora palestinienne. Ces militants apparaissent comme de nouveaux acteurs politiques en rupture totale avec les vieux notables de la période précédente et qui ont pu imposer dans la diaspora un modèle efficace de mobilisation. Ils seront étudiés ici dans les modalités de leur formation et la fonction socio-poIitique qui fut la leur à l'étape de la mobilisation. La dernière partie de cette étude analysera la structuration de l'OLPcomme pouvoir sans pour autant présenter une nouvelle version de l'histoire de l'OLP.Parler de structuration de l'OLPcomme pouvoir c'est avant tout déterminer clairement les enjeux de ce pouvoir en acte. Car la question cruciale des modalités de la prise de décision dans l'oLP ne saurait être explicitée seulement par la juxtaposition ou même la combinaison d'un nombre variable de facteurs tels que la manipulation des ressources politiques par les groupes dirigeants palestiniens, les interférences arabes ou les pressions internationales. Ce n'est qu'à partir de la connaissance des enjeux que l'on peut analyser les pratiques de l'oLP autrement que sous la forme d'un catalogue de ses incohérences stratégiques et de ses faiblesses politiques. Les jugements portés sur l'action de l'organisation palestinienne le sont assez souvent par rapport à on ne sait quelle norme idéale ou par référence à un modèle historique: la résistance est alors comparée aux grands mouvements de libération de la deuxième moitié du xxe siècle, vietnamien et algérien. Les études comparatives sont sans doute fructueuses en sciences politiques, mais elles comportent toujours le risque d'isoler les structures d'organisation et les stratégies d'un mouvement de leur contexte d'ensemble, de les réifier et d'évacuer les conflits internes dont elles sont la résultante. Dans le cas palestinien, les comparaisons avec les fronts de libération vietnamien et algérien ont conduit à analyser l'histoire de l'oLP au pire comme une 22

succession d'incohérences sur les objectifs même de la lutte, au mieux comme une évolution de l'idealisme au pragma-

tisme sous la pression des contraintes extérieures.

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L'étude des pratiques politiques du mouvement national palestinien entre 1964-1965 et 1982-1983 fera apparaître deux types d'enjeu: la structuration progressive du mouvement de libération lui-même et les projets de pouvoir national palestinien. Tous les autres problèmes régulièrement débattus au sein des instances dirigeantes de l'oLP, parmi lesquels celui des relations avec les Etats arabes, viennent se greffer sur eux. C'est à la lumière de ces deux enjeux fondamentaux que seront analysés les temps forts et les respirations plus lentes de la construction de l'oLP comme organisation et comme conscience.

NOTES

1. Interview à El Pais, 7 février 1988, cité dans les Cahiers de l'Orient, n° 10, 2e trimestre 1988, p. 146. 2. Abréviation de Tsa-Haganah-Ie-Israël (les Forces de Défense d'Israël). 3. Sur les massacres de Sabra et Chatila, voir notamment A. Kapeliouk, Sabra et Chatila, enquête sur un massacre, Paris, Le seuil, 1982 et 1. Halevi, Israël de la terreur au massacre d'Etat, Paris, Papyrus, 1984. 4. La Syrie en aurait accueilli 5 600 ; la Tunisie, 1100 ; l'Algérie, 500 ; les deux Yemen, environ 1 200 chacun; la Jordanie pour sa part n'aurait accepté que les Palestiniens détenteurs de passeports jordaniens.

Cf. A. Roussillon et G. Michaud, « Crise du Fath, crise de l'OLP,
crise syro-palestinienne. Les enjeux de la présence armée palestinienne au Liban », in Maghreb-Machrek, n° 102, octobre-novembre-décembre 1983, p. 92. 5. Revue d'Études Palestiniennes (REP), n027, printemps 1988, p. 3. 6. Toutefois quelque 10 000 combattants palestiniens restaient stationnés dans la plaine de la Beqa et dans la région de Tripoli. Après l'évacuation de 4 000 nouveaux fedayin, le 20 décembre 1983 à Tripoli, il en subsistait encore sUr le territoire libanais, 23

pour la plupart intégrés à l'armée syrienne. Depuis lors, un certain nombre de combattants évacués auraient pu rejoindre le Liban. 7. Cf. Conférence de presse tenue en janvier 1988 au National Palace Hotel de Jérusalem par les institutions et personnalités nationales de Cisjordanie et de la bande de Gaza, citée par Walid Khalidi, « Toward peace in the Holy Land », in Foreign Affairs, vol. 66, n° 4, printemps 1988, p. 771-789. 8. Pour le détail de ces estimations voir chapitre 2 de la IVe partie. 9. L'expression est de O. Carré, in L'idéologie palestinienne de résistance, Paris, A. Colin, 1973, p. 35. 10. Cité in Cahiers de l'Orient, n° 10, 2ème trimestre 1988, p.69.

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Première

partie

La question palestinienne comme question arabe: une donnée historique

L'échec de 1948 se tient au cœur de toute chronologie palestinienne, comme un point d'éclatement à partir duquel s'éparpilleraient les fils entremêlés d'une histoire. Ils remonteront ici, tout au long de la première moitié de ce xxe siècle, vers les racines du « désastre» (al-nakba), avant d'en dérouler les conséquences jusqu'aux ultimes développements des années quatre-vingts. Le retour vers les sources de l'échec de 1948 privilégie les causes sodo-politiques internes à la société palestinienne. Il souligne la faillite historique des groupes dominants, impuissants à forger un appareil de pouvoir capable de prendre en charge la construction de l'Etat. A rechercher les raisons de cette impuissance, on est conduit à analyser le type de domination exercée par ces groupes, un type de domination qui remonte en fait aux dernières décennies de l'Empire ottoman. Son effritement progressif au cours du mandat britannique a d'autant plus facilement débouché sur la sclérose politique que les progrès de la colonisation sioniste entre 1920 et 1948 ont contribué à bloquer l'évolution socio-économique des classes dirigeantes palestiniennes et à figer les pratiques politiques des groupes dominants. La tutelle britannique et le défi de l'implantation sioniste, les appartenances de classe et les rivalités de clans sont autant de facteurs dont les interactions complexes contribuent à rendre compte du désastre de 1948. L'inertie historique des groupes palestiniens dominants s'est enfin conjuguée aux ambitions politiques des Etats arabes pour déposséder la Palestine de sa propre cause à l'orée des années cinquante. 27