Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 21,38 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Le mouvement nationaliste algérien dans le Nord (1947-1957)

De
287 pages
L'auteur étudie le processus de politisation de l'immigration algérienne dans la région du Nord, pendant la phase préparatoire et première de la guerre d'Algérie. Il renouvelle largement l'histoire en circulation sur la confrontation entre FLN et MNA pendant la guerre d'Algérie. C'est une riche contribution à l'histoire sociale, culturelle et politique des Algériens en France.
Voir plus Voir moins

LE MOUVEMENT NATIONALISTE ALGÉRIEN DANS LE NORD (1947-1957)

Fidaou al Djazaïr

PUBLICATIONS
Ouvrages

DE L'AUTEUR

algérienne dans le NordIPas-de-Calais, 1909-1962, Paris, l'Harmattan, 1999. - Des Algériens dans la région du Nord. De la catastrophe de Courrières à l'Indépendance, Paris, L' Harmattan, 2005. Contributions pour I'histoire du nationalisme dans les communautés algériennes du Nord et du Pas-de-Calais », article publié dans La Revue du Nord, Université Charles-de-Gaulle-Lille III, Tome LXXVIII, juillet-septembre 1996. - «Éléments pour une histoire de l'USTA dans le Nord Pas de Calais », communication au colloque de décembre 1999 consacré à «Messali Hadj : nationalisme et internationalisme dans les luttes de libération », CNRSIRESCO, publié dans Le Retour de I 'Histoire, Centre d'Histoire sociale, de Recherches, de Formation de l'UNSA Éducation. - « La Terre, les pierres et les morts. Évolution de l'inhumation des migrants de confession musulmane dans les cimetières du Nord/Pas-de-Calais », contribution publiée dans Regards croisés. L'immigration dans le NordIPas-deCalais (sous la direction de Bruno Laffort), Béthune, 2002, documents d'ethnographie régionale, n012. - « Travail, mosquée et politique », article publié dans Les Cahiers de l'Orient, n071, troisième trimestre 2003. - «Les Algériens dans le bassin minier du Nord/Pas-de-Calais pendant la première guerre mondiale» publié dans Algériens et Français, mélanges d'histoire, Paris, L'Harmattan, 2004. - « L'art du récit de vie. La démarche de l' historien face aux travaux de Sayad », article publié La lettre de O.M.A., dossier consacré à « Abdelmalek Sayad, une grille de lecture », Roubaix, D'un Monde à l'Autre, n09, novembre 2004. - «Les Algériens: une immigration précoce influencée par les événements politiques» contribution publiée dans Tous gueules noires. Histoire de l'immigration dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, Lewarde, Centre Historique Minier, 2004. - « Les débuts de l'immigration algérienne dans la région du Nord, 19091939 », publié dans L'Immigration et les Discriminations en débats (sous la direction de Hedi Saïdi), Lille, Association J.I.S.R. Le Pont, 2005. - «Les Algériens entre guerre d'Algérie et appel de main d'œuvre », intervention au Colloque de Courrières (62), publication de l'Association pour le Développement Interculturel, mai 2005. - « La mémoire et I'histoire: l'exemple de l'immigration algérienne » publié dans Mémoire de l'immigration et histoire coloniale (sous la direction de Hedi Saïdi), Paris, L' Harmattan, 2007.

- L'immigration

- «Repères

Jean-René GENTY

LE MOUVEMENT NATIONALISTE ALGÉRIEN DANS LE NORD (1947-1957)

Fidaou al Djazaïr

Publié avec le concours de l'ACSÉ

L ' Harmattan

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.Iibrairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattan! @wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-05105-8 EAN : 9782296051058

Remerciemen

ts

Ce travail doit beaucoup à l'amicale Danièle Liberge.

insistance de Jacques Simon et de

Il n'aurait pu être mené à terme sans les autorisations accordées par la direction générale des Archives de France et les avis favorables émis par les responsables des services administratifs concernés. L'écriture a été rythmée par des échanges réguliers approfondis avec Fatiha Lovichi- Dahmani et Lakdar Belaïd. La lecture attentive et critique des quotidiens régionaux de l'époque réalisée par Oil bert Protin ill' a été particulièrement précieuse. Je souhaite remercier les personnels des services suivants, Archives municipales de Douai et Archives départementales du Nord, et plus particulièrement Dalila Lounici et Michel Vangheluwe. Merci à Jean-Louis Bouzin, rédacteur en chef de « Liberté-Hebdo » et à Jean-René Lare, rédacteur en chef de «Nord-Éclair}} pour avoir autorisé la reproduction de clichés publiés en leur temps par leur quotidien respectif. Cette attitude libérale mérite d'être soulignée. Enfin, merci à tous, militants connus et inconnus, enfants de militants, pour les précisions fournies.

Centre de Recherche et d'Étude sur l'Algérie Contemporaine
Le CREAC entend: - Promouvoir la publication d'ouvrages anciens, tombés dans le domaine public dont la richesse historique semble utile pour l'écriture de l'histoire. - Présenter et éditer des textes et documents produits par des chercheurs, universitaires et syndicalistes :fTançaiset maghrébins. Déjà parus (avec le concours du Fasild) : La Fédération de France de rUST A (en 4 volumes par Jacques SIMON, - Le premier Congrès juin 1957).- Le deuxième Congrès (novembre 1959).- FLN contre UST A. -Son journal : La Voix du Travailleur Algérien. (2002) - Messali Hadj (1898-1974), Chronologie commentée. - L'immigration algérienne en France de 1962 à nos jours (œuvre collective sous la direction de Jacques Simon) - Les couples mixtes chez les enfants de l'immigration algérienne. B. Lafort. - La Gauche en France et la colonisation de la Tunisie. (1881-1914). Mahmoud Faroua. - L'Étoile Nord-Africaine (1926-1937), Jacques Simon. - Le MTLD (Le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (1947-1954) (Algérie), Jacques Simon - La réglementation de l'immigration algérienne en France. Sylvestre Tchibindat. - Un Combat laïque en milieu colonial. (Fédération de Tunisie de la ligue française de l'enseignement (1891-1955). Chokri Ben Fradj -Novembre 1954, la révolution commence en Algérie. J. Simon - Les socialistes français et la question marocaine (1903-1912) Abdelkrim Mejri - Les Algériens dans le Nord pendant la guerre d'indépendance. J. R. Genty. - Le logement des Algériens en France. Sylvestre Tchibindat. - Les communautés juives de l'Est algérien de 1865 à 1906. Robert Attal. - Le PPA (Le Parti du Peuple Algérien) J. Simon - Crédit et discrédit de la banque d'Algérie (seconde moitié du XIXe siècle) M.L.Gharbi - Militant à 15 ans au Parti du peuple algérien. H. Baghriche - Le massacre de Melouza. Algérie juin 1957. Jacques Simon - Constantine. Le cœur suspendu. Robert Attal - Paroles d'immigrants: Les Maghrébins au Québec. Dounia BenehaâlaI. - « Libre Algérie» Textes choisis et présentés par Jacques Simon. - ALGÉRIE. e passé, l'Algérie française, la révolution (1954-1958). J.Simon L - Messali avant Messali. L'invention de la Nation algérienne. J. Simon

« Des hommes d'acier, forgés par tant de batailles, qui rêvaient comme des enfants ». Juan Marsé, Si te Dicem Que Caf (Adieu la vie, adieu l'amour), Paris, Bourgois, 1992. « The wind, the wind is blowing, Though the graves the wind is blowing Freedom soon will come. Then we'll come from the shadow. E. D'Astier de la Vigerie, A. Marly, L. Cohen, The Partisan, Leonard Cohen greatest hits, Columbia. «La plupart des Algériens, quelle que soit leur situation sociale, approuvent la lutte menée pour la libération de l'Algérie et suivent avec intérêt les événements d'Afrique du Nord. Dans leur conversation, ils ne parlent pas des terroristes ou des hors-la-loi mais des patriotes. Leur attitude est devenue celle adoptée par les Français pendant la guerre à l'égard des résistants et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle il est devenu excessivement difficile d'obtenir le moindre renseignement intéressant ». Commissaire de police, chef du service des Renseignements Valenciennes, 2 février 1956. Généraux de

INTRODUCTION

L'ouvrage proposé ici à la lecture prend la suite de deux publications précédentes parues respectivement en 1999 et 2005. La première se proposait de présenter une histoire de l'immigration algérienne dans la région du Nord, depuis les premières arrivées, un peu avant la Première Guerre Mondiale,

jusqu'en 1962, date de l'indépendance de l'Algérie l, La seconde reprenait des
études ponctuelles, souvent locales, réalisées à partir de fonds d'archives diversifiés. Chacun des chapitres correspondait au dépouillement et à la mise en perspective de documents découverts dans des centres publics, services d'archives municipaux et départementaux2. Dans le premier livre, il s'agissait de présenter une synthèse de l'histoire régionale de l'immigration algérienne, insistant sur les aspects économiques, sociaux et surtout politiques. Ce travail réalisé dans une perspective classique de recherche en histoire contemporaine, avait été alors mené en fonction des sources disponibles à l'époque, presse quotidienne et hebdomadaire régionale, archives privées et témoignages d'acteurs ou de témoins privilégiés. Il n'avait pas été possible de recourir aux archives administratives françaises ainsi que bien entendu aux archives algériennes. Le second ouvrage se plaçait dans une perspective méthodologique et démonstrative plus affirmée. Il s'agissait de prouver que l'on pouvait travailler sur une question historique réputée politiquement difficile en s'extrayant de l'idéologie et des histoires reconstruites. L'objectif recherché était de montrer concrètement que, contrairement à une idée communément répandue, on pouvait parfaitement essayer de traiter ces thématiques réputées sulfureuses selon les méthodes classiques du travail historique. Elaboré principalement à partir d'une documentation à forte dominante administrative, l'ouvrage faisait également appel à des sources relevant de l'histoire industrielle, en l'occurrence, les dossiers des compagnies minières conservées au Centre Historique Minier de Lewarde3, Le recours à des sources nouvelles, comme les archives du cabinet du maire de Douai, ont permis par exemple de préciser les conditions de vie très difficiles de certains migrants au début des années cinquante. Dans un autre registre, les dossiers de police ont apporté des éclairages sur les politiques répressives mises en place par les autorités publiques pour contrôler les migrants puis pour réprimer les militants nationalistes algériens. La lecture des archives des compagnies minières, notamment celles de la Compagnie d'Anzin, entre 1910 et 1939, a révélé les mécanismes présidant aux décisions de recruter des Algériens, les modes de recrutement et l'adaptation au travail des intéressés. Ce troisième livre se propose de revenir sur la question de l'adhésion des migrants au mouvement nationaliste algérien et celle des formes politiques que cette démarche a revêtues. L'exploitation des archives des autorités françaises, d'une grande richesse, des documents et des témoignages recueillis auprès de 9

militants des organisations nationalistes algériennes permet de retracer désormais avec relativement de précision l'évolution du mouvement national dans la région du Nord entre la fin des années quarante et 1957. Il en ressort une vision complexe très éloignée à la fois de l'imagerie officielle algérienne de l'émergence du soulèvement armé et de la vulgate historique française qui contribuent toutes les deux, pour l'essentiel, à présenter l'image d'un peuple en armes organisé de manière unanime dès novembre 1954 autour du Front de Libération National et à estomper voire à gommer toutes les difficultés. Les dates délimitant la période étudiée peuvent paraître étranges. Pourquoi par exemple s'arrêter à la fin de 1957 ? Les années étudiées sont celles au cours desquelles le F.L.N. tenta de s'implanter en métropole et de prendre le contrôle d'une immigration jusque là encadrée par la fédération de France d'un P.P.A.M.T.L.D. demeuré fidèle à un chef charismatique, Messali Had/. Pour arriver à ses fins, le F.L.N. décida de recourir à l'élimination physique des cadres messalistes. Le scénario adopté fut remarquablement classique, assassinats des cadres et ralliement des troupes ,que l'on tint en laisse en leur rappelant sans cesse leur « passé trouble ».Ce scénario mis en œuvre en Algérie et en France connut un certain nombre de débordements notamment en Kabylie où Amirouche pratiqua des massacres de masse comme à Guenzet où cinq cents messalistes furent encerclés et exécutés 5. En métropole, très tôt le F.L.N. s'assigna comme objectif politique la liquidation physique du fondateur du mouvement national, Messali Hadj. Dans sa communication au colloque de l'Institut d'Histoire du Temps Présent intitulée «Le F.L.N. et l'opinion française », Mohamed Harbi indiqua que, lorsque Mohammed Boudiaf créa et fédéra les premiers groupes F.L.N. dans l'immigration, il leur fixa quatre objectifs: liquidation de Messali Hadj et intégration de ses partisans au F.L.N. ; participation financière de la communauté algérienne à la guerre; action armée sur le territoire français; sensibilisation de l'opinion publique française à la guerre d' indépendance6 . Ces décisions prises de manière parallèle en Algérie et en métropole qui traduisaient la volonté d'unifier les différentes forces politiques algériennes dans la lutte de libération sous l'autorité unique du F.L.N., ouvrirent la porte à des pratiques qui déclenchèrent une guerre civile au sein du mouvement de libération nationale. Ces affrontements entre tendances rivales se déroulèrent sur le territoire algérien mais aussi dans l'immigration en métropole. À cet égard, l'étude de la rivalité entre mouvements dans le cadre d'un territoire géographiquement restreint permet de décrire les mécanismes de l'engrenage de la violence interne. À ces pratiques expéditives et brutales, élimination physique, massacres et tortures, des intellectuels algériens ou français n'hésitèrent pas à apporter leur caution. 10

Côté algérien, le théoricien fut évidemment Frantz Fanon qui donna une dimension littéraire à la justification de ces violences. La lecture avec recul de ses principaux ouvrages révèle la faiblesse de la pensée politique pour analyser le combat en cours, quoiqu'en disent ses thuriféraires 7. Dans son œuvre, les autres composantes du combat national sont réduites à néant comme en témoigne ce passage sur les messalistes renvoyés avec les harkis aux marges de 1'histoire à l'aide des catégories marxistes: « Le colonialisme va trouver également dans le lumpenprolétariat une masse de manœuvre considérable... Cette réserve humaine disponible, si elle n'est pas immédiatement organisée par l'insurrection, se retrouvera comme mercenaires aux côtés des troupes colonialistes. En Algérie, c'est le lumpenprolétariat qui afourni les harkis et les messalistes. »8. On pourrait d'ailleurs retourner l'argument en rappelant que le FLN infiltra le milieu d'Alger pour prendre le contrôle de la Kasbah. De son côté, Kateb Yacine écrivit des passages détestables dans « le Polygone étoilé» où il évoquait le messalisme et son fondateur dans des termes violents: « D é}. , à parmi les militants de toute première heure, un dictateur avait jeté le masque. On l'avait adoré, on l'adorait encore, et voilà qu'il s'éliminait de lui-même, vieillard terrible, Raspoutine englouti dans l'encensoir en crue de ses génuflexions ... On n'en finissait pas avec les crimes de Raspoutine. Il avait torpillé l'ancien parti du peuple. Devant l'infiltration de ses agents, puis la ruée de ses tueurs, noyant et menaçant tout ce qui restait d'éléments solides, il avait fallu changer de navire en pleine tempête" »9. Dans le même passage, Kateb Yacine se montre tout aussi dur pour les opposants au chef national dont il stigmatise la lâcheté et le manque d'imagination, « Qui lui succéderait? Question brûlante, à ne jamais poser, débattue en silence et par des virtuoses, dans les coins sombres, à coups de reptation de plus en plus modestes, de formules introuvables, empruntées à Mao Tsé Toung ». Côté intellectuels français, le ralliement massif aux thèses du F.L.N. des milieux anticolonialistes apparaît rétrospectivement irrationnel. Certes, on peut se référer au poids des schémas intellectuels hérités du communisme stalinien, mais cela n'explique pas tout, encore que les témoignages d'un Edgard Morin ou d'un Daniel Guérin apparaissent déterminants à cet égard pour comprendre ce processus d'adhésion de groupes d'intellectuels influents aux thèses du F.L.N. On n'en demeure pas moins étonné de cette adhésion massive dont les raisons apparaissent d'autant plus obscures voire incompréhensibles que les événements en question s'éloignent dans le temps 10. Le cas de la région du Nord apparaît particulièrement intéressant pour plusieurs raisons. La première tient au fait qu'elle héberge à partir de 1948 une importante immigration algérienne regroupée pour l'essentiel dans les principaux centres industriels. Les idées nationalistes se sont implantées au cours des années trente s'incarnant dans l'existence de quelques noyaux organisés dans le bassin minier et la vallée de la Sambre notamment. Le travail en usine a placé les migrants algériens en relation avec le mouvement ouvrier français. Même si ces contacts Il

avec l'univers politique métropolitain sont demeurés relativement limités pour différentes raisons, il n'en demeure pas moins qu'ils ont facilité le développement de formes de socialisation politique qui se sont cristallisées dans l'émergence d'une culture type «vieux P.P.A. » plébéienne diront certains, prolétarienne diront les autres. Par delà les divergences de terminologie, on peut considérer qu'elles désignent la même réalité, un relatif ancrage des immigrés algériens au mouvement ouvrier français. Cela s'est traduit par l'appartenance, j usqu' en 1937 au moins, par la double appartenance à la mouvance communiste via le syndicalisme, à la CGTU puis la CGT, et au mouvement national. Cette double référence continue à fonctionner après 1945 mais dans un cadre très complexe d'attraction-répulsion développé par les deux organisations avec des analyses très divergentes et des conceptions instrumentalisantes développées de part et d'autre. La seconde s'explique par la position géographique. La région constitue une zone frontalière avec la Belgique et de là, la Hollande, l'Allemagne et le Luxembourg. Cette spécificité naturelle joue un rôle important dans les mécanismes de l'emploi. Il existe une porosité de la frontière notamment au niveau du bassin minier entre les zones d'exploitation en France et en Belgique, entre le Valenciennois et le Borinage. On retrouve des travailleurs algériens employés des deux côtés de la frontière. Les uns et les autres n'hésitent pas à changer de pays en changeant d'employeurs. Ce va-et-vient constant se retrouve au niveau politique. Lorsqu'au plus fort de la crise interne du MTLD, les partisans de Messali veulent réunir un congrès en juillet 1954, se heurtant au refus des municipalités communistes de la région parisienne, ils trouvent asile à Hornu, petite ville au cœur du Borinage, à vingt-cinq kilomètres de Valenciennes1l. Lorsque «la guerre dans la guerre}) fera rage dans le département du Nord, les organisations prendront appui sur leurs bases arrière en Belgique. C'est pour cette raison que les affrontements internes à l'immigration revêtirent aussi dans la région l'aspect d'une bataille de la frontière. Le F .L.N. devait absolument prendre le dessus pour assurer les liaisons entre Paris et Bruxelles via Lille. André Pierrard, héros de la résistance communiste, membre du réseau de Francis Jeanson, évoqua cet aspect du combat dans un roman intitulé « La fugue flamande ». Le livre se déroule au cours de soixante-dix heures et raconte la tentative des membres d'un réseau de soutien au F.L.N. d'acheminer en Belgique un cadre de l'organisation grièvement blessé12, Cette bataille des frontières est également présente au cœur du documentaire d'un réalisateur, Hugues Le Paigne intitulé « Le Front du Nord ». Le contrôle des passages entre la France et les pays de l'Europe septentrionale se situait au cœur de la politique répressive des autorités françaises. Les différents services de renseignements s'efforçaient de suivre avec précision les passages de la frontière. Les services de la douane et de la police des frontières avaient pour instruction d'interpeller les Algériens et de démanteler les trafics d'armes. Cette caractéristique de géographie plus politique que physique se situe au cœur de l'affrontement en métropole entre les nationalistes et les forces de l'ordre d'une part et entre les organisations rivales d'autre part. 12

La région du Nord se singularise également par la persistance des affrontements entre nationalistes algériens qui se produisirent jusqu~en juin 1962. C'est une particularité puisque dans la plupart des autres régions de métropole la question de l'existence politique des messalistes avait été réglée militairement par le F.L.N. à la fin de 1957. A contrario, dans le Nord ainsi qu'en Lorraine, le Mouvement National Algérien sembla conserver une capacité militaire et militante qui allait bien au-delà de la simple capacité de nuisance. Sur ces affrontements, il n'est sans doute pas inutile de redonner quelques chiffres. Au total, on estime que la guerre civile algérienne entre messalistes et frontistes aura fait 10 000 morts dont 4 000 en métropole. Dans le Nord et le Pas-de-Calais, les comptages réalisés à partir du dépouillement systématique des quatre organes de presse régionaux aboutissent aux chiffres suivants: 835 attentats faisant 628 tués et 623 blessés entre 1956 et 1962 13.En fait, il est à peu près certain que les données ainsi recueillies aboutissent à une sous estimation comme le montrent des sondages réalisés dans les dossiers du cabinet du préfet du Nord conservés aux archives départementales. Ainsi, les synthèses émanant du service de coordination des informations nord-africaines (S.C.I.N.A.) indiquent un total de 84 incidents (attentats, agressions contre des biens ou des personnes) survenus dans le département au cours de l'année 195614. Ce chiffre est très supérieur au résultat obtenu par le comptage systématique des informations parues dans la presse régionale concernant les deux départements, à savoir 38 attentats. Cette comparaison des données pour une seule année montre combien le phénomène peut être encore sous estimél5. Face à cette réalité régionale, relativement minorée, et qui accentue encore la dimension de guerre civile au sein du soulèvement algérien, il est difficile de ne pas s'interroger sur les raisons de cette violence politique. On peut à tout le moins, dans un premier temps, essayer de décrire les événements qui aboutirent à cette situation et essayer d'éclairer ainsi « la question du comment ». À cet égard, l'étude des premières années du soulèvement peut constituer une approche qui permet de préciser les événements et leur enchaînement. Il apparaît ainsi à la lecture des nombreux documents d'archives que, jusqu'en 1956 au moins, le Front de Libération Nationale ne disposait pas de structure militante organisée dans le Nord. Cette situation reflétait en fait celle de la France où le F.L.N. tentait alors de fédérer différents noyaux militants. Le combat pour l'Indépendance était incarné et mené par les militants fidèles à Messali Hadj regroupés au sein du Mouvement National Algérien (M.N.A.) qui succéda en novembre 1954 au P.P.A.-M.T.L.D. dissout par le gouvernement français. Ce ne fut qu'au milieu de l'année 1956 que les premiers groupes du F.L.N. s'implantèrent dans le bassin minier, d'abord dans le valenciennois puis dans le secteur d'Ostricourt-Libercourt. L'année 1957 apparaît rétrospectivement comme la période charnière au cours de laquelle le F.L.N. réduisit militairement le M.N.A. en métropole, au prix d~un affrontement sanglant. Ce qui se produisit en l'Algérie, survint en France en général et donc dans la région du Nord. Cependant, dans cette zone, les messalistes réussirent à maintenir un appareil militaire suffisant pour 13

préserver en partie l'organisation politique. Le secret de cette résistance réside dans la stratégie adoptée pour contrer l'adversaire, à savoir prendre l'initiative pour bloquer toute tentative d'implantation. Avertis du sort advenu à leurs camarades d'Algérie et des autres régions de métropole, les militants messalistes du Nord prirent l'initiative de l'affrontement. En agissant ainsi, ils apparaissaient localement comme les responsables de la violence terroriste mais cela leur permit de maintenir une organisation relativement opérationnelle jusqu'à l'Indépendance. Ces pages ont été écrites au cours de l'année 2007, ponctuée d'échanges réguliers avec Lakdar Belaïd, lui-même engagé dans un travail d'écriture relatif à cette période, et diverses associations de la région. Cette période a été dominée, rappelons-le, dans les champs politique et historique, par les débats et les affrontements parfois très idéologiques ouverts par la célèbre loi de février 2005 «portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés ». Compte tenu de ce contexte particulier, le livre s'ouvre sur un chapitre méthodologique, l'atelier de l'historien, précisant à la fois la position personnelle de l'auteur par rapport à la démarche entreprise et les sources documentaires et archivistiques utilisées. Un second chapitre, les Algériens dans le Nord au début des années cinquante, se propose de retracer la situation, la condition, des immigrés algériens au début des années cinquante dans cette région. Il s'agit avant tout de décrire le milieu dans lequel le mouvement national s'organise et prend peu à peu le contrôle de secteurs importants de l'immigration. Viennent ensuite une série de chapitres organisés dans une perspective chronologique. Le premier intitulé «Demain la Révolution » retrace la construction du P.P.A.-M.T.L.D. dans le département du Nord entre 1946 et 1954 et son émergence en tant que mouvement de masse à partir de 1950. Le chapitre suivant, « La lutte armée » aborde la question du recours à la lutte armée et développe certains aspects de la préparation de l'appareil militaire dans l'immigration. «L'an I de la Révolution» décrit l'action du Mouvement National Algérien (M.N.A.) entre novembre 1954 et septembre 1955, date à laquelle une opération de police déstructure totalement l'organisation régionale. Le chapitre suivant intitulé « Un automne difficile » décrit les opérations de police de septembre 1955 et les tentatives de réorganisation du Mouvement National Algérien. Les archives policières permettent par ailleurs de dresser un portrait sociologique de l'organisation dans le département à la fin de 1955. L'évolution de la situation au cours de l'année 1956 est évoquée dans « 1956 : le F.L.N. s'implante ». C'est pendant ces mois que le Front de Libération National installa ses premiers groupes. Deux chapitres sont consacrés à l'année 1957 au cours de laquelle le F.L.N. réussit à mettre en difficulté le mouvement messaliste. Le premier, intitulé «Les messalistes se placent sur le terrain social» retrace l'offensive militaire lancée par le Front au cours du premier semestre de l'année 1957. Le second, « La victoire de la terreur » traite de la manière dont l'organisation frontiste s'est efforcée d'enrayer définitivement la stratégie messaliste d'implantation de masse en s'appuyant sur la construction d'une organisation syndicale spécifique, l'Union Syndicale des Travailleurs Algériens (UST A). 14

Le lecteur attentif et fidèle retrouvera évidemment des problématiques, des faits, des interrogations déjà abordés dans les deux livres précédents. Mais ces différentes composantes sont revues et retravaillées à l'aide de matériaux nouveaux découverts notamment dans les Archives départementales du Nord. Les séries d'archives déposées par les différents services de l'État, police, gendarmerie et justice, sont à la fois abondantes et riches et permettent de préciser, de nuancer, bref de renouveler les tentatives d'interprétation.

Notes
1

J.R. Gent y, L'immigration
1999.

algérienne dans le Nord/Pas-de-Calais,

1909-1962, Paris,

L'Harmattan,
2

1.R. Genty, Des Algériens dans la région du Nord. De la catastrophe de Courrières à
Paris, L'Harmattan, 2005.

l'Indépendance,
3

Les fonds dépouillés étaient essentiellement ceux conservés aux Archives municipales de Douai, aux services d'archives départementales du Nord et du Pas-de-Calais et au Centre Historique Minier. 4 .PP.A.-M.TTL.D: Parti du Peuple Algérien - Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques. 5 D. Guérin, Ci-gît le colonialisme. Algérie, Indochine, Madagascar, Maroc, Palestine, Polynésie, Tunisie, La Haye, Mouton, 1975. 6 lP Rioux (sous la direction), La guerre d'Algérie et les Français, Paris, Fayard, 1990. 7 Voir à cet égard le dossier consacré à Frantz Fanon par Les Temps Modernes, n0635636, novembre-décembre 2005/janvier 2006. 8 F. Fanon, Les damnés de la terre, Gallimard, Paris, 1991, P 174 et 175. Le terme de lumpenprolétariat signifie « prolétariat en haillons ». Dans le Manifeste communiste, Marx en donne la définition suivante: « La pègre prolétarienne, ces basses couches de l'ancienne société qui se putréfient sur place, peut se trouver entraînée dans le mouvement grâce à une révolution prolétarienne, alors que tout dans son existence la dispose à se laisser acheter pour des menées réactionnaires»,' in K. Marx, Philosophie, Paris, Gallimard,2005,édition établie par Maximilien Rubel, p 412. 9 K. Yacine, Le polygone étoilé, Paris, Le Seuil, 1994, p 140 et 141. 10 E. Morin, Autocritique, Paris, Le Seuil, 1994; D. Guérin, Ci-gît le colonialisme, opus cité et Quand l'Algérie s'insurgeait, 1954-1962, Paris, La pensée sauvage, 1979. Il M. Harbi, Le FLN, mirage et réalité. Des origines à la prise du pouvoir (1945-1962), Paris, Jeune Afrique, 1980, p 109 : «Le mouvement messaliste devait initialement tenir son congrès à Saint-Denis, dans la banlieue parisienne. Le PCF avait promis de mettre une salle à disposition des congressistes. Ce parti ayant en dernier ressort, renoncé à prêter ses locaux, le Congrès se tient du 14 au i7 juillet à Hornu en Belgique ». 12A. Pierrard, La fugue flamande, Paris, Juillard, 1971. 13 JR Gent y, La guerre d'Algérie et les populations du nord/Pas-de-Calais, Université de Lille III -Charles-de-Gaulle, thèse de troisième cycle en histoire contemporaine, 1983, (sous la direction de Marcel Gillet). 14 Le service de coordination des informations nord-africaine était un organisme créé auprès du ministre de l'Intérieur pour déterminer et coordonner l'application des mesures administratives et policières prises pour lutter contre les nationalistes algériens. Le système est décliné localement par le préfet de région. Le SCINA publie un bulletin mensuel qui propose une synthèse des renseignements communiqués par les différents services de police (DST, Pl, RG, sûretés urbaines), de gendarmerie et de la douane. 15

15

Sur l'utilisation des résultats obtenus par comptage dans la presse, on consultera

l'article de B. Alidières, «La guerre d'Algérie en France métropolitaine: souvenirs « oubliés », publié dans Hérodote, Revue de géographie et de géopolitique, 1er trimestre 2006, n0120, p 149.

16

CHAPITRE

I

L'ATELIER

DE L'HISTORIEN

Pour celui qui s'efforce de travailler dans le champ de 1'histoire scientifique, la controverse ouverte par la loi de février 2005 a été souvent vécue comme une régression. Pratiquement elle a rendu plus difficile le travail de terrain, les acteurs et les témoins contactés acceptant moins aisément de se confier. Elle a aussi ouvert la boite de Pandore des approximations et des anathèmes. Cette agitation qui rendait assez inaudibles les approches nuancées a suscité une double démarche chez l'auteur de ces lignes qui s'est traduite par la volonté de travailler sur les documents écrits, désormais aisément accessibles, et parallèlement de lire ou de relire les auteurs qui ont pensé la pratique historique. Cette démarche s'enracine dans une expérience de recherche historique régionale menée en marge des structures universitaires sur la question spécifique de l'histoire politique et sociale de l'immigration algérienne. Évidemment, il s'agit d'un champ du travail historique dans lequel se sont déployées les variations organisées autour du couple Histoire/Mémoire. N'exagérons pas toutefois l'originalité de la situation. Il s'agit là au demeurant d'une problématique assez classique qui a pris de l'ampleur en France depuis une vingtaine d'années. II faudrait cependant relativiser la nouveauté de ce type de débat au sein du monde des historiens. Ainsi, au cours des années qui suivirent la Première Guerre Mondiale, on discutait beaucoup de ces questions. Il n'est pas surprenant, dans ces conditions, que les historiens qui réfléchirent sur la manière d'écrire l'histoire de ce conflit aient eux-mêmes connu les tranchées1. Plus près de nous, au cours des vingt dernières années, la dualité mémoirehistoire s'est imposée autour des thèmes liés à la seconde guerre mondiale. La participation de l'administration et du pouvoir pétainiste aux persécutions raciales, à la répression, ont été des thèmes mobilisateurs et se sont traduits par une exploration méthodique sur le plan scientifique et parfois également par des procédures judiciaires. Cette place du souvenir des événements difficiles - il s'agissait souvent de questions occultées - est devenue très importante et on a ainsi vu surgir une expression qui s'est imposée partout, « le devoir de mémoire ». Actuellement, et dans les perspectives ouvertes par les débats relatifs aux thèmes de la seconde guerre mondiale, la démarche s'est prolongée avec beaucoup d'ampleur à propos de la question de la colonisation comme le montrent les débats récents sur l'esclavage, le système colonial ainsi que les réflexions sur la manière d'enseigner ces questions2.

17

Tenter d'écrire sur l'histoire de l'immigration algérienne en France suppose d'affronter ces interrogations et d'y répondre au moins pour soi de manière à pouvoir progresser dans la démarche historique, pour éclairer sa propre pratique et pour tenter d'établir un certain nombre de faits. L'immigration algérienne s'est développée dans un cadre géographique, politique et économique très précis, celui d'une colonie - colonie de peuplement - qui allait obtenir son indépendance au terme d'un combat extrêmement féroce, à la fois la dirigé contre le colonisateur, l'occupant, mais aussi d'une lutte interne revêtant des aspects de guerre civile. Quatre thèmes seront successivement traités au cours de ce chapitre: 1234légendes et contre-légendes de l'immigration algérienne Peut-on parler d'une spécificité algérienne; Pistes de travail pour « faire de I'histoire » au -delà du bruit; Le document, rien que le document.

L'IMMIGRATION ALGÉRIENNE: LÉGENDES

ET CONTRE-LÉGENDES

Ce qui marque celui qui travaille sur ces questions d'histoire migratoire, c'est l'importance des légendes, entendons par là des images toutes faites, véhiculées par la mémoire collective que l'on retrouve répétées à satiété dans les médias, les interventions diverses et variées. Cet aspect sera abordé à partir des trois exemples suivants: la condition des migrants; les pratiques religieuses; les événements d'octobre 1961. La condition des migrants Lors des rencontres organisées dans des cadres associatifs avec des groupes composés de personnes âgées et de jeunes gens issus de l'immigration, il est assez fréquent de voir s'installer une surenchère misérabiliste dans le témoignage. Certes, les conditions d'accueil des grandes vagues migratoires des années d'après-guerre, 1920 ou 1948, furent difficiles. Mais face à ce discours unanimiste, l'historien ne peut faire abstraction d'un certain nombre d'éléments qui nuancent et enrichissent la compréhension des situations. Des témoignages insistent sur le fait que la venue en métropole correspondait aussi à l'arrivée dans une société plus libre. Ainsi, Messali Hadj, dans ses mémoires, décrit la société bordelaise en 1918-1919: « Il Y avait entre nous et les habitants du pays de la sympathie et de la curiosité. Certes, à Oran, on avait été gentil avec nous, mais la règle, de l'autre côté de la Méditerranée, c'était encore le tutoiement, les injures, les grossièretés et les racistes »3. 18

II n'est pas questi on de décrire la démarche migratoire sous un aspect riant. Par exemple, l'explosion migratoire qui survint en 1948-1949 s'accompagna d'une marginalisation d'un certain nombre d'individus. Ainsi, les pouvoirs publics considéraient en 1949 que dans le Nord, pour un Nord-Africain recensé comme travailleur, il y avait un chômeur qui allait de ville en ville à la recherche de travail et qui se trouvait en fait réduit à la condition de vagabond. De fait, les conditions de migrants pouvaient être extrêmement variées. Les pratiques religieuses des premiers migrants

L'idée est fortement enracinée que les premiers migrants pratiquaient peu leur religion. Plus curieusement, dans le contexte actuel, les enfants considèrent parfois les pratiques des parents d'un point de vue conformiste et moralisateur: « nos parents étaient éloignés de la religion ». Or, les documents d'époque, les témoignages laissent deviner une réalité beaucoup plus complexe de la pratique religieuse quotidienne des migrants selon les époques et selon les régions A une image traditionnellement admise qui peut s'exprimer de deux manières, la première génération aurait été mieux intégrée (version métropole), on se serait éloigné de la religion (version migrants), se substitue et doit se substituer une perspective beaucoup plus complexe présentant des individus ou des groupes pratiquant plus ou moins les rites religieux dans des conditions parfois difficiles 4. Les événements d'octobre 1961

Le troisième exemple, plus factuel, sera emprunté à un moment particulièrement sanglant de la guerre de libération nationale, la répression de la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris. Longtemps nié et occulté par les autorités françaises, le drame a progressivement émergé dans toute son horreur grâce à un véritable travail de mémoire réalisé par des enfants de victimes ainsi qu'à la pugnacité de Jean-Luc Einaudi5. Mais à un mensonge d'État indéniable s'est substituée une très idéologique, une version minorant ou ignorant un certain qui expliquent, qui éclairent mais qui bien entendu ne justifient forces de police françaises. Deux éléments paraissent importants: image d'Épinal, nombre de faits pas l'action des particulièrement

-

la tension extrême qui règne entre les forces de police à Paris depuis la fin de l'été 1961 et la décision du F.L.N. d'abattre des membres des forces de l'ordre;

- les tensions internes entre GPRA et fédération de France du F.L.N. qui poussent la seconde à affirmer le poids politique qu'elle représente.

19

Si on passe sous silence ou si on minore l~importance de ces éléments, on contribue à construire une version édulcorée voire une contre-légende du 17 octobre 1961 qui n~aide guère à la compréhension des événements. On mettra en regard, sur le plan purement méthodologique, l'impressionnant travail réalisé par Alain Dewerpe sur la manifestation réprimée au métro Charonne en février 19626.

L'IMMIGRATION ALGÉRIENNE: UNE IMMIGRATION PAS COMME LES AUTRES? La spécificité de l'immigration algérienne est un thème qui a été largement développé par les sociologues et par les historiens. Au cœur de cette caractérisation, on trouve naturellement le lien colonial qui a pesé et structuré en grande partie cette immigration. Le rapport colonial éclaire et détermine la condition migratoire

On peut considérer que le rapport métropole-colonie a décapé, purifié le scénario migratoire et ainsi fait de l~immigration algérienne une sorte de paradigme de toutes les immigrations. Dans cette perspective, elle revêtirait une dimension de modèle. Celui-ci a été formulé et analysé par le sociologue Abdelmalek Sayad qui a évoqué une immigration exemplaire. « En parlant d'immigration exemplaire, on ne veut pas suggérer que l'immigration algérienne serait comme un « exemple» à toutes les autres immigrations, passées, présentes et à venir; un modèle par lequel passeraient nécessairement toutes les immigrations. Tout au contraire, ilfaut entendre qu'il s'agit d'une immigration à nulle autre pareille :une immigration exceptionnelle à tous égards, tant globalement par toute son histoire que par chacune de ses caractéristiques détaillées - ces deux aspects n'étant pas sans lien l'un avec l'autre -, une immigration qui, parce qu'elle sort de l'ordinaire, semble contenir la vérité de toutes les autres immigrations et de l'immigration en général, semble parler au plus haut point et à leur plus haut degré d'exemplarité des attributs qu'on retrouve dispersés et diffus dans les autres
immigrations 7,

Le poids du rapport colonial est parfaitement explicite à travers l~ensemble des documents de l'époque. Que ce soit dans les archives d~entreprise, dans les rapports de police, dans les articles de journaux, on trouve l'expression d~un paternalisme colonial pesant. Les entrepreneurs mais aussi les pouvoirs publics empruntèrent les modes d~organisation et de gestion rôdés par les différents pouvoirs coloniaux: pouvoir administratif, pouvoir militaire et pouvoir des colons. On peut ainsi citer dans la région du Nord le mode de gestion mis en place très empiriquement par une entreprise comme la Compagnie Royale Asturienne des Mines8. Dans un texte publié sur le site Clio, Geneviève Massard-Guilbeaud défend la thèse selon laquelle l'immigration algérienne « a 20

été victime, de la part de l'État, de discrimination comme n'en ont connu les immigrés d'aucune autre nationalité, et ceci dès les lendemains de la première Guerre Mondiale »9. L'auteur détaille les dispositifs d'accueil et de gestion des immigrés algériens et montre comment entre les deux guerres tous les mécanismes qui, pour les autres immigrations facilitent l'insertion, la famille, l'école etc., sont fermés aux Algériens. Elle rappelle l'attitude des démographes, discipline alors en expansion et occupant une place prééminente au sein des sciences humaines, qui place systématiquement les Algériens en fin de liste des immigrants souhaitables. Évidemment, ces pratiques très présentes ont laissé des traces marquantes dans les imaginaires, les attitudes voire les manières d'agir. La question de la guerre d'Algérie La guerre de libération nationale, longue et douloureuse, a renforcé, rajeuni et modifié ce rapport complexe. Il faut rappeler que pendant très longtemps, la majorité des décideurs en France étaient des hommes qui avaient été soldats en Algérie puisque, rappelons-le, le contingent a été engagé assez tôt. Il faudrait évidemment travailler plus en finesse cette question pour savoir comment ce rapport très particulier avec un pays colonisé a contribué à forger des opinions, des regards très spécifiques, très divers également sur l'Algérie et sur ses habitants. Il y a par exemple une idée informulée mais très présente en filigrane dans l'opinion publique: pourquoi l'immigration s'est-elle maintenue après l'indépendance?

FAIRE DE L'HISTOIRE Comment dans ce cadre d'une histoire conflictuelle, rendue difficile par des situations spécifiques, l'historien peut-il se positionner pour produire de I'histoire. Malgré les spécificités soulignées, on peut soutenir que la difficulté n'est pas plus ardue que, par exemple, pour les historiens travaillant sur la France de l' occupation. Une première réponse: le refus de l'histoire du temps présent

Une première réponse de l'historien, radicale et définitive, peut être le refus de toute histoire immédiatement contemporaine. Derrière le bruit médiatique notamment, il est incontestable que travailler par exemple sur la période couvrant les trente dernières années n'est guère aisé car on se heurte notamment à l'impossibilité d'accéder aux différents fonds d'archives officiels. On se trouve donc dans l'obligation de recourir à des documents de substitution: articles de presse, documents officiels, témoignages écrits ou oraux. Cela

21

n'empêche pas le travail de l' historien, mais il peut rapidement devenir autre chose si on n'y prend pas garde. Pierre Gaubert avait exprimé avec force et concision son refus de travailler sur I'histoire contemporaine. « Autant je me sens léger, heureux et à l'aise dans le XIIe siècle pourtant si lointain et détaché de mon temps, autant je n'éprouve envers l'époque que j'ai vécue que des sentiments, des ressentiments et des passions: comment parler . ., ca Imement d e ce quz appartzent a sa propre su bstance» JO . Cette position est parfaitement respectable et résume bien les difficultés que l'on peut éprouver à travailler sur l'immédiat contemporain. Un rapide recensement des mémoires de maîtrise, des DEA et des thèses soutenus depuis une quinzaine d'années dans les UFR d'histoire des universités de la région du Nord aboutit à des résultats assez pauvres sur le contemporain proche et sur les thèmes tels que l'histoire des flux migratoiresll. Cela montre, semble-t-il, une certaine frilosité de la recherche historique dans un domaine considéré comme sensible voire dangereux. Une seconde approche: la question du témoignage

Dans le domaine de l'histoire du temps présent, une attention soutenue a été prêtée aux témoins. L'historien dispose ainsi d'une ressource exceptionnelle. Il y a les témoignages «spontanés », une personne qui a occupé une place éminente dans un secteur particulier rédige ses mémoires. Mais ce qui s'est beaucoup développé, c'est le témoignage recueilli, l'interview de l'acteur de base ou de l'acteur caché. Il s'agit d'une technique empruntée à la sociologie où l'on travaille soit sur panel, soit en choisissant des témoins privilégiés et en recueillant des récits de vie. A priori l' ~xploitation de ces témoignages ne pose pas de problème. On peut appliquer le mode analytique préconisé par Marc Bloch dans le texte intitulé « Critique historique et critique du témoignage» 12. « Nous sommes des juges d'instruction, chargés d'une vaste enquête sur le passé. Comme nos confrères du Palais de justice, nous recueillons des témoignages, à l'aide desquels nous cherchons la vérité. Pour dégager des erreurs et des mensonges un peu de vérité et parmi tant d'ivraie mettre de côté un peu de bon grain, comment font donc les historiens? L'art de discerner dans les récits le vrai, le faux et le vraisemblable s'appelle la critique historique ». Et Marc Bloch rappelle ensuite les règles de la critique: énoncer les sources; détailler et analyser très précisément les conditions de recueil du témoignage; - analyser très précisément le discours tenu, les informations; - confronter le résultat aux autres sources.

-

-

22

Une évolution récente qui rend plus difficile le travail de l'historien La forte demande d~histoire, une évolution très particulière de la société française gui s'exprime par des revendications de groupes, la volonté d ~ obtenir réparation sur le plan judiciaire de spoliations et de meurtres ont placé 1'historien dans une position plus difficile. Certes, on reconnaît sa compétence et on lui assigne volontiers une position d~expert. Il s~agit donc là d'un mouvement qui peut être perçue de manière positive mais parallèlement, l'historien a tendance à subir les effets négatifs de l~évolution actuelle de la place de l'expert dans la société à gui on demande volontiers de prendre la décision ou de rendre la sentence. Parallèlement le champ de l'histoire est investi par de nouveaux acteurs, le juge, le témoin et le politique. Pour ce dernier, la tentation a toujours été forte mais elle s~est exprimée assez brutalement avec l'épisode de l'adoption de la loi de février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des français rapatriés13. Le juge, quant à lui, est entré dans le champ de 1~histoire par le biais des procédures pénales et civiles intentées par les victimes aux responsables de la répression et surtout de la déportation des Juifs. Mais, en fait, les juges sont restés dans leur champ de compétence~ ils n~ont pas arrêté une version officielle, juridique, des événements, ils se sont intéressés à la part de responsabilité personnelle. Le témoin a acquis une place plus importante encore auprès du grand public. On assiste à un mouvement général depuis une quinzaine d~années qui sacralise le témoin. Il faut donner la parole au témoin mais souvent, elle est donnée sans précaution méthodologique, sans perspective. Cette sacralisation du témoin se manifeste notamment dans les medias et à l'école. Cette mise en concurrence du juge, du témoin et du politique provoque un malaise certain chez les historiens, plus semble-t-il, chez les diffuseurs que chez les chercheurs parce que leur parole, étayée par des références, un travail spécifique, est mise sur le même plan que celle d'un témoin qui finalement n~a qu~une expérience fragmentaire, individuelle - même si elle revêt valeur exemplaire - des événements historiques qu'il a vécus. Or, tout est souvent présenté sans relief, sans perspective, sans hiérarchie des normes.

LES DOCUMENTS

Pour écrire l'histoire, il faut disposer de documents. Contrairement à une idée communément admise, les sources d'information et de documentation sont particulièrement abondantes et variées pour traiter de l'histoire de l'immigration algérienne. On n'abordera pas ici l~important travail de collecte de documents réalisé par des historiens. La mise à disposition des chercheurs de documents écrits est évidemment très précieuse14. On se contentera d'évoquer la richesse des sources accessibles au niveau régional.

23

L'apport

de la presse régionale

À la Libération, cinq quotidiens de sensibilité politique différente s'installaient dans le paysage nordiste. Les titres étaient, pour quatre d'entre eux, issus de la Résistance. « Liberté » succédait ainsi au quotidien communiste d'avant guerre, « L'Enchaîné ». « La Voix du Nord » récupérait les installations du «Grand Écho» compromis pour son attitude pendant l'occupation et se réclamait directement du mouvement de résistants dont elle portait le nom. Les démocrates chrétiens, si présents dans les mouvements de résistance nordistes, confiaient à « Nord- Éclair» le soin de populariser leurs idées. Pour leur part, les socialistes éditaient «Nord-Matin ». «La Croix du Nord» perpétuait la tradition de la «bonne presse» en consacrant l'essentiel de son contenu éditorial à la vie interne de l'église catholique et de ses œuvres. Bien entendu, les positions évoluèrent au fil des épisodes scandant la vie politique nationale et régionale. Les positionnements changèrent quelque peu entre 1945 et 1950. « Liberté » représentait désormais l'orthodoxie communiste après s'être écarté de positions directement inspirées du Front National en 1945. La prise de conscience de la présence de plus en plus visible de migrants algériens se traduisit par de grandes enquêtes compassionnelles et exotiques publiées dans la presse régionale. Les titres des principales d'entre elles éclairent l'état d'esprit dominant. «Nord-Éclair» inaugura la série avec une remarquable enquête intitulée « La grande détresse des travailleurs nord-africains », signée de Guy Chatilliez,

parue entre le 1er février et le 9 mars 1952. L'auteur proche de la Jeunesse
Ouvrière Chrétienne (J.O.C.), avait eu recours aux contacts de cette organisation dans le monde du travail pour décrire très précisément la condition difficile des ouvriers employés dans l'industrie textile. Presque de manière simultanée, répondant ainsi à une certaine forme de logique commerciale, le contenu de la série publiée par «La Voix du Nord» présentait un intérêt moindre. Le titre même, « Les fils d'Allah dans les brumes du Nord » fleurait bon l'exotisme colonial et indiquait que, dans l'esprit de l'auteur, le quartier du «Vieux Lille» n'était pas très éloigné de la Kasbah d'Alger façon Julien Duvivier. « La Croix du Nord » attendit le soulèvement de novembre 1954 pour publier une enquête fouillée intitulée « Hahdad Chaour, mon ami » qui décrivait avec minutie les réalisations sociales du patronat catholique dans le valenciennois15. «Liberté» couvrait avec régularité les mouvements sociaux auxquels participaient les Nord-Africains à partir de 1952 notamment. L'accent était plus ou moins mis en fonction des aléas des relations entre le M.T.L.D. et le mouvement communiste métropolitain. La couverture fut importante et positive entre 1952 et 1953, puis se modifia ensuite notamment à partir de la crise interne du mouvement national et du soulèvement de novembre. Désormais, le journal communiste mit plutôt l'accent sur la dimension protestataire à l'encontre des formes visibles de la répression, opérations de police massives, mesures administratives, brutalités... 24

Par la suite, au cours de la période 1954-1962, les quotidiens en question rendirent compte de manière assez importante de la question algérienne en général et de l'activité des mouvements nationalistes dans la région en particulier. La diversité des publications quotidiennes régionales dans le Nord constitue un atout précieux pour l'historien. Leurs lectures croisées permettent d'établir des chronologies locales et régionales solides et fournissent des informations extrêmement précieuses sur les opérations de police, le déroulement des manifestations publiques, les affrontements entre nationalistes algériens, les enquêtes de police qui s'ensuivent et les procès. Elles fournissent également des indications sur l'environnement, la vie quotidienne des Algériens. Comme l'a montré Guillaume d'Hoop, ces informations ne sont pas neutres dans leur présentation. Elles contribuent à dresser le portrait d'un groupe qui se caractériserait principalement par sa dangerosité socialel6. L'accent fut mis à partir de 1952 sur les faits divers qui rendent les migrants désormais visibles au sein de la société régionale. Il est évident que, dans le domaine de I'histoire des mentalités, ces éléments constituent surtout des matériaux pour décrire et analyser les positions de la société d'accueil. En revanche, on sait relativement peu de choses sur les sentiments éprouvés par les migrants excepté peut-être dans les enquêtes réalisées par « Nord-Éclair» et par « La Croix du Nord ». La richesse des archives administratives Pour l'auteur qui a commencé à travailler sur ces questions il y a presque trente ans, l'évolution des conditions de la recherche constitue une aventure personnelle exceptionnelle. Entamé en utilisant les trois sources disponibles à l'époque, la presse quotidienne (voir précédemment), les témoignages et les documents recueillis auprès des acteurs du drame, militants et policiers, ce travail constamment recommencé bénéficie depuis quelques années de l'apport des archives officielles. Certes, il est parfois de bon ton de prendre ses distances avec ce type d'archives, officielles, administratives et policières, mais elles n'en demeurent pas moins nécessaires, ne serait-ce que pour les confronter avec les travaux réalisés antérieurement. Deux grandes sources ont été utilisées pour rédiger ce livre. La première est constituée par un fonds conservé aux archives municipales de Douai. Il s'agit des rapports quotidiens adressés par le commissaire central, chef du district de police de Douai au maire de la ville17. La seconde résulte du dépouillement des dossiers du cabinet du préfet du Nord aux archives départementales. Le premier ensemble regroupe les rapports quotidiens structurés selon un plan normalisé que l'on retrouve dans chaque document qui évoque successivement les incidents, les accidents et les délits survenus sur le territoire de la commune. Assez rapidement, le commissaire de police développa une rubrique intitulée «Affaires nord-africaines ». Les incidents firent l'objet d'un résumé concis. Les attentats étaient signalés ainsi que les alertes et les 25

dispositifs de contrôle. La mise en place des services spéciaux de patrouille, le quadrillage du territoire urbain par des escouades du corps urbain, de C.R.S. ou de gendarmes mobiles firent l'objet de comptes rendus. Cette source présente un triple intérêt pour l'historien. Elle permet d'établir une chronologie locale détaillée, précise et fournit des informations qui ne figurent pas toujours dans les articles de presse correspondants. Les éléments quantitatifs (nombre de contrôles, d'arrestations etc.) sont fréquents et précis. Deux particularités limitent quelque peu l'intérêt de cette source. La première réside dans le fait que le rédacteur des notes ne relate que les faits survenus dans le périmètre de la ville. L'observance stricte de la règle administrative laisse l'historien quelque peu insatisfait. On ne dispose d'aucune information sur les incidents survenus dans les communes de banlieue. La seconde s'explique par la nature même du document. Il s'agit d'une simple synthèse destinée à rendre compte au premier magistrat de la principale commune de la circonscription de police de ce qui s'est passé au cours de la journée dans le territoire dont il a la charge. Le sty le est factuel et il n'est pas question de trouver des éclairages et des explications relatifs aux faits rapportés. La seconde source regroupe un ensemble de documents hétérogènes mais dont la très grande maj orité est constituée de notes de synthèses, de rapports rédigés par les principaux responsables des forces de l'ordre, le colonel commandant le groupement départemental de gendarmerie, le directeur départemental des polices urbaines, le directeur départemental des Renseignements Généraux et le responsable du service régional de police judiciaire. Les dossiers ont été dépouillés à partir de 1952, période à partir de laquelle le travail policier est clairement réorienté en direction des « milieux nord-africains ». Le suivi devient désormais prioritaire et le préfet s'efforce de renforcer la coordination des forces de police. Cette réorientation est dictée par la montée en puissance du M.T.L.D. dans la région et l'inquiétude perçue devant le grand nombre de délits commis par les migrants. Comme dans la presse à cette époque, une image de dangerosité sociale s'impose à travers la lecture des rapports. Les Renseignements Généraux notamment accordent beaucoup d'intérêt dans leurs rapports à la question sociale nord-africaine. A partir de septembre 1953, la surveillance se fait de plus en plus soutenue et précise. La production de documents s'intensifie évidemment à partir de novembre 1954. Notes particulières et rapports de synthèse s'accumulent au fil des mois accompagnés souvent de copies de documents saisis lors des arrestations de militants nationalistes. La lecture de ces différents documents révèle un certain déséquilibre au profit du secteur du Douaisis, soit la région comprise entre Libercourt, Ostricourt, Oignies) l'Ouest et Somain à l'Est. L'explication en relativement simple. Assez tôt, vers 1952, le service des Renseignements Généraux de Douai a bénéficié d'une source d'information interne proche de la direction de la kasma MTLD de Douai. Il a donc pu produire de manière très régulière des rapports circonstanciés sur le fonctionnement interne d'une structure locale du parti. Tout naturellement, ces notes d'information précises et très informées ont été communiquées 26

directement au cabinet du préfet voire, semble-t-il, aux services ministériels compétents. Cinquante ans après, ces documents constituent une source très précieuse pour I'historien car elles fournissent nombre de détails sur le fonctionnement des cellules du Douaisis. La richesse de cette source explique que la situation dans l'arrondissement de Douai sera souvent évoquée dans les différents chapitres.

Notes
1

On pense évidemment aux réflexions théoriques de Marc Bloch et aussi aux travaux de

Pierre Renouvin. 2 Depuis que ces lignes ont été écrites (2005), la discussion coloniale a connu l'inflation que l'on sait dans la presse écrite et audiovisuelle, reflet de l'opinion publique. 3 Messali Hadj, Les mémoires de Messali Hadj, Paris, 1982, p 96. 4 On peut ainsi citer le témoignage chaleureux apporté par Augustin Viseux sur l'observance du Ramadan par des mineurs algériens en 1936. Proche de l'action catholique, A. Viseux pouvait être plus sensible à ces questions que d'autres observateurs. A Viseux, Mineur de Fond, Paris, 1991, Plon, 448 p. 5 J.L. Einaudi, La bataille de Paris, 1991 ; A. Tristan, Le silence du fleuve, Paris 1991 ; J.P. Brunet, Police contre FLN Le drame d'octobre 1961, Paris, 1999. 6 A. Dewerpe, Charonne, Gallimard, Folio. Alain Dewerpe réalise une démonstration de méthodologie et d'analyse historique remarquable qui constitue une référence. Le résultat est d'autant plus impressionnant que, rappelons le, l'auteur est très intimement concerné par le fait historique, sa mère ayant été une des victimes des charges de police. 7 A. Sayad, « Une immigration exemplaire », texte publié dans La double absence. Des illusions de l'émigré aux souffrances de l'immigré, Paris, 1999, p 101. 8 La CRAM met en place un système de recrutement directement inspiré des formes de gestion coloniale: recours à des intermédiaires, en l'occurrence les membres d'une confrérie. Les ouvriers algériens sont logés dans une cité gardée. À vrai dire, on peut également trouver dans ce système une influence des modes d'organisation des grandes usines de la région du Nord. 9 G Massard-Guilbaud, « L'immigration algérienne en France, une immigration qui fait problème? Réflexions sur la responsabilité de l'État », texte publié dans Le bon grain et l'ivraie, site Actes de l' histoire de l'immigration. http://barthes .ens. fr/clio/revues/ AMI/index.HTLM 10 P. Gaubert, Paris, 1984, p 10. Il Un rapide examen de l'historiographie régionale au cours des trente dernières années, illustre les analyses développées par Gérard Noiriel, Qu'est-ce que I 'histoire contemporaine? chapitre V « Les métamorphoses de l'histoire économique et sociale », Paris, 1991. 12 M. Bloch, « Critique historique et critique du témoignage », Histoire et historiens, Paris, 1991. 13Article 4 : «Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française d'outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à I 'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ». 14On pense évidemment aux publications suivantes: c. Collot., J R Henry, Le mouvement national algérien par les textes, 1912-1954, Paris, L'Harmattan, 1978,347 P ; 27

M. Harbi., Les archives de la révolution algérienne, M. Harbi, G. Meynier, Le FLN, documents et histoire, 1954-1962, Paris, Fayard, 2004, 898 pages. 15 La Croix du Nord, 5/10/11 et 12 décembre 1954. 16 G. D'Hoop., La représentation sociale des Algériens en France pendant la guerre d'Algérie à travers l'étude des Jaits divers, Paris, mémoire de maîtrise d'histoire
sociale,

17

direction

Michel Pigent

- Université

Paris 1, Panthéon

Sorbonne,

2001, 205 p.

Série J, rapports journaliers du commissaire central, chef de district, IJ153, 11155, IJ165, 1J235, IJ236, 11237, 1J239, 1J241, IJ243.

28