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Le NON de la Guinée (1958)

De
211 pages
Le 28 septembre 1958, les Guinéens votent à 94% "NON" au référendum portant sur la Communauté franco-africaine. Etape fondamentale du processus d'émancipation des pays africains vis-à-vis des métropoles, cette date constitue un événement fondateur de la nation et de l'Etat guinéens. Les auteurs ont cherché, en se situant dans le renouvellement actuel des recherches sur la Guinée, à jeter un autre regard sur cet événement et à en explorer les résonances dans l'histoire récente.
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Le NON de la Guinée (1958)
Entre mythe, relecture historique et résonances contemporaines

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-11331-2 EAN : 9782296113312

Ouvrage dirigé par Odile GOERG, Céline PAUTHIER et Abdoulaye DIALLO

Le NON de la Guinée (1958)
Entre mythe, relecture historique et résonances contemporaines
Cahier Afrique n°25

Avec le concours du laboratoire SEDET (CNRS) et de l’université Paris-Diderot

L’Harmattan

Aux morts du 28 septembre 2009 Le NON de la Guinée : entre mythe, relecture historique et résonances contemporaines
Le 28 septembre 2008 devait marquer solennellement le cinquantième anniversaire du NON de la Guinée à la Communauté francoafricaine forgée par le général De Gaulle. Tel ne fut pas le cas. Des cérémonies, prières et festivités furent certes organisées, mais l’atmosphère n’était pas à la fête. L’incertitude politique en cette fin de règne de Lansana Conté, les difficultés économiques accumulées et la dureté du quotidien sans réelle perspective de jours meilleurs ne poussaient guère les Guinéens aux célébrations (Goerg 2006, McGovern 2007). Le 28 septembre 2008, de fait, fut un non-événement pour les Guinéens (McGovern, infra). Un an plus tard, le 28 septembre 2009 est taché de rouge, celui du sang des victimes de la répression militaire. Les grands partis politiques avaient choisi ce jour symbolique pour manifester leur refus du maintien à la tête de l’État du capitaine Moussa Dadis Camara. Le chef de la junte s’était emparé des rênes du pouvoir au lendemain de la mort de Lansana Conté, le 23 décembre 2008, en promettant une transition démocratique. Les « forces vives de la nation », regroupant des partis, syndicats, associations et représentants religieux, voulaient marquer leur opposition à la candidature de Dadis Camara aux élections promises pour 2010. Le meeting, interdit au dernier moment par la junte qui transforma de manière inopinée le 28 septembre en jour férié, rassembla plus de 50 000 personnes dans le vaste stade du même nom, comble des tribunes à la pelouse. Ce stade, situé dans le quartier de Donka, à l’amorce de la banlieue, fut, avec le Palais du Peuple, le lieu de toutes les manifestations politiques et culturelles depuis Sékou Touré. L’armée fit de ce rassemblement populaire un jour de répression féroce entraînant massacres, viols et outrages (Nivet, 2009). Cette journée et sa date éponyme prennent désormais les couleurs du deuil : les morts du NON à Dadis Camara recouvrent la fierté du NON à la France, sur laquelle vivaient les Guinéens depuis un demi-siècle. Le présent ouvrage, élaboré avant cet événement sinistre, propose de renouveler la réflexion sur la signification du 28 septembre 1958 dans l’histoire de la Guinée, ses avatars et ses multiples sens déployés au fil des décennies. Regards sur le NON de la Guinée, 1958 est en partie issu d’une table-ronde organisée le 2 octobre 2008 dans le cadre du groupe Afrique du

Le NON de la Guinée (1958). Entre mythe, relecture historique et résonances contemporaines

laboratoire de recherche SEDET1. Trois axes, définis dans l’appel à contribution, avaient été retenus pour interroger les représentations passées et contemporaines du NON, ainsi que les phénomènes d’instrumentalisation politique dont il fut l’objet, dès le régime de Sékou Touré, autant par ce dernier que par ses opposants et son successeur. Tout d’abord, quelle fut la genèse du refus massif d’entrer dans la Communauté française exprimé lors du référendum du 28 septembre 1958 ? Quels furent les modes de mobilisation qui aboutirent à ce résultat et quelles en furent les formes régionales, notamment la moindre ampleur du Non au Fouta-Djalon ? Par ailleurs, quel rôle ce geste fondateur de la République guinéenne joua-t-il dans l’évolution politique ultérieure et quelles en furent les implications économiques (modalités de coopération avec l’ancienne métropole et recherche de nouveaux partenariats, que ce soit des pays du bloc de l’Est ou les États-Unis ; nationalisations versus place des entreprises étrangères) ? À travers ces thématiques, définies de manière large, il s’agissait de questionner l’ambivalence fondamentale de l’image de la Guinée et de son leader Sékou Touré, aussi bien sur le plan intérieur qu’international, entre héros de l’indépendance et tyran. Toutes ces perspectives ne purent être abordées. De même, Regards sur le NON de la Guinée, 1958, enrichi par de nouvelles contributions ne peut prétendre épuiser toutes les approches possibles. L’ouvrage aborde tour à tour le moment du NON, sa genèse, notamment le contexte précédant immédiatement le vote, les formes de la mobilisation ainsi que le rôle de divers acteurs. Il analyse le regard porté sur cet événement, en Guinée et hors de Guinée, à travers les revendications ultérieures des acteurs, leur interprétation et réinterprétation de cet événement, notamment sa construction en tant que mythe et son instrumentalisation par les régimes successifs. Il scrute les célébrations, porteuses de sens et de symboles, qui se modifient année après année, naviguant entre mémoire et histoire, permettant de multiples variations entre le passé et le présent. Est également étudié l’impact du NON, aussi bien sur le plan des optiques économiques que de la politique culturelle. Les réflexions dépassent la date elle-même, tant il est difficile de séparer le NON du régime de Sékou Touré qui le suivit, autant du fait de son impact que de l’instrumentalisation dont il fit l’objet. Le NON de la Guinée, entre choix décisif et événement construit Il est indéniable que le NON de la Guinée tient une place importante dans l’histoire du continent africain et que la date du 28 septembre 1958
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Sociétés en Développement : Études Transdisciplinaires, université Paris-Diderot.

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constitue une étape dans les rapports entre les métropoles et les pays africains luttant pour leur indépendance. Le débat porte en fait sur la qualification de cette place : une place singulière qui mettrait la Guinée sur un podium à part ? Une place que d’autres précurseurs occupent également et revendiquent : le Ghana en mars 1957, le Togo en avril 1958, pour se limiter à l’Afrique au sud du Sahara ? Une place amplifiée et presque sacralisée par le processus de construction de l’événement a posteriori ? Dans cette perspective, il s’agirait d’une place partiellement usurpée par la Guinée qui minimise les acquis antérieurs d’autres pays, accrédite ainsi l’idée de l’unicité de destin et s’attribue seule l’aura de la rupture finale. En définitive, ce choix, quel qu’en soit le sens, institué en tant que événementcharnière dans la mémoire collective, situe la Guinée comme LE pays d’exception, renforçant et pérennisant la tentation de se définir constamment par rapport à ce moment fondateur (Pauthier, infra). Le renouvellement actuel des recherches sur la Guinée permet de jeter un autre regard sur cette date-clef de l’histoire récente de la Guinée2. Il est rendu possible par le recul historique, les changements politiques après la mort de Sékou Touré, une certaine liberté d’expression, des ondes notamment, et le rôle actif de la diaspora ou des chercheurs étrangers. Le renouvellement historiographique s’applique particulièrement au temps du colonialisme tardif, à partir des années 1940, et à la période post-coloniale. Le NON fracassant fut exprimé par « 94 % des votants, sans contestation possible mais non sans ambiguïté chez bon nombre d’entre eux comme peuvent le laisser entendre certains slogans et les irrégularités commises » (Charles, infra). Une exégèse des résultats, de leur contexte et de leurs conséquences s’impose donc, ce à quoi contribue cet ouvrage offrant réflexions, témoignages (Lewin, infra) et analyses historiques. La contribution d’Ismaël Barry, tirée d’une conférence prononcée dans le cadre des festivités de 2008 devant un parterre d’officiels, rend compte de la difficulté à se départir en Guinée-même de la rhétorique de la fierté d’avoir été les premiers à oser et d’en attribuer le bénéfice au fondateur de la nation3. Une réflexion perce peu à peu sur place, qui aborde ouvertement le passé avec une certaine distance. Il reste cependant difficile de développer un regard introspectif critique, de remettre en cause les mythes qui ont toujours cours localement, et de sortir de postures nationalistes étriquées, sans se rendre compte que le monde a changé tout autour. Depuis longtemps, la Guinée ne fait plus figure d’exception sur bien
Voir la bibliographie en fin de volume. Mamadou Dian Chérif Diallo (professeur, Université de Sonfonia, Conakry) n’a pu nous faire parvenir le texte de son intervention qui portait sur « Regards croisés entre deux générations sur le Non du 28 septembre en Guinée ».
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des plans de l’analyse géopolitique. Même ambiguïté dans le regard rétrospectif du diplomate André Lewin, ancien ambassadeur de France en Guinée (1975-1979), qui revient sur les circonstances du NON, sur l’ambiance lors des discours échangés en août 1958 entre Sékou Touré et De Gaulle, sur les commémorations dont il fut témoin au fil des années. Il confirme le décalage des attentes lors des festivités de 2008 entre les autorités et les populations dans une atmosphère terne. Témoignage riche d’anecdotes de celui qui fut non seulement diplomate mais aussi très proche du dictateur qui le considérait comme son ami. À travers la figure de Jeanne Martin Cissé, Pascale Barthélémy donne également un autre éclairage sur le contexte du référendum et propose une réflexion élargie sur les acteurs de l’époque. Membre de l’élite féminine, J. Martin Cissé devint une personnalité fondamentale du régime de Sékou Touré dont elle fut la ministre des Affaires sociales de 1976 à 1984. Jeune enseignante en poste au Sénégal au moment du référendum, elle vécut donc l’événement de loin, à Dakar, mais ne pouvait, une fois le NON prononcé, que se rallier à cette vague de fond d’enthousiasme et de fierté nationale dont on mesurait encore mal les conséquences. Revenons rapidement sur les événements4. Le 28 septembre, les Guinéens votent à une très large majorité NON au référendum portant sur la Communauté franco-africaine. Le 29 septembre, Émile-Joseph Biasini, haut administrateur au ministère de la France d’Outre-Mer, commente ainsi les résultats : « Guinée : 98 % de NON… la Guinée étant bien évidemment le cas aberrant »5. Paris-Dakar6 titre de même dans son édition spéciale : « LE MOT D’ORDRE DE L’UPS EST LITTERALEMENT PLEBISCITE AU SENEGAL AU NIGER LES « NON » DE DJIBO BAKARY SONT MINORITAIRES. LA GUINEE A CHOISI LA SECESSION. » Le journal met en bandeau les déclarations des deux grands dirigeants du Rassemblement Démocratique Africain aux positions contrastées sur la question de la Communauté : à Félix Houphouët-Boigny qui affirme : « M. Sékou Touré trahit l’idéal de lutte et d’émancipation », Sékou Touré répond : « M. Houphouët-Boigny restera libre d’ignorer
Sur le référendum en général, voir la section « Vers l’indépendance : les partis politiques et la lutte anticoloniale » de la bibliographie en fin de volume. 5 Conférence de presse du 29 sept. 1958, référendum du 28/9/1958 (émission télévisée, document INA : référence : CPF 86650624). Les chiffres définitifs ne seront connus que plus tard. 6 Journal proche du gouvernement dirigé par Charles de Breteuil (numéro du 29 septembre). 8
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Introduction

l’existence de la Guinée indépendante ». Le même jour, le communiqué du gouvernement de la République française adressée à la Guinée est sans équivoque, prenant acte du vote négatif : « L’acte de divorce a été remis ce matin ». À l’inverse bien sûr, le ton est triomphaliste en Guinée, en écho au célèbre discours de Sékou Touré le 25 août 1958 : « nous préférons la liberté dans la misère à l’opulence dans l’esclavage ». Le pays est dans l’euphorie de l’unanimisme qui a emporté les électeurs, dans toutes les régions du pays, même si on peut déceler des tendances locales divergentes (Beaujeu-Garnier, 1958), mais aussi dans une certaine expectative. Le NON de la Guinée frappe comme un coup de tonnerre dans le ciel du colonialisme français et détonne par rapport à l’ensemble des territoires de l’Empire français en Afrique. Cette date constitue dès lors non seulement un événement fondateur de la nation et de l’État guinéens mais aussi une étape fondamentale dans l’histoire de la libération du continent. L’événement fut effectivement exceptionnel dans le contexte de la colonisation française, même si le Togo peut revendiquer le titre de précurseur7, et, par la suite, dans l’imaginaire de la présence coloniale : la Guinée, le pays qui a osé rompre le cercle de la domination par un non solitaire : « It was a bold, solitary ‘no’ that resounded, and continues to resound, throughout the continent and much of the African diaspora » (Straker, 2009 : 6). Cependant, comme l’affirme Mike McGovern (infra), cet événement assume rapidement un double visage, le résultat objectif des urnes et l’investissement de sens postérieur : « …there is little question that Guineans’ ‘No’ vote of 1958 was a historical moment around which a legend was constructed ». Depuis 1958, le NON de la Guinée recouvre toute une gamme de significations et pèse de tout son poids sur le destin du pays qui peine à se définir hors de la perspective du pays victorieux et du peuplehéros. Très vite, le 28 septembre 1958 se voit porteur de multiples messages : dès le vote acquis, la construction du mythe est en route, que ce soit autour de la figure de Sékou Touré ou à propos des implications politiques de cet acte pour la nation guinéenne. Ainsi Abdoulaye Diallo revient sur le rôle effectif de Sékou Touré dans la consigne du PDG, tardive et en partie conjoncturelle, de voter NON. Il questionne : « Et si Sékou Touré n’était que l’homme du 25 août 1958 ? ». Cette interrogation implique d’exhumer d’autres acteurs, ayant pesé pour le
Voir l’intervention de N'buéké Adovi Michel Goeh-Akue (professeur à l’université de Lomé) lors de la table-ronde « La rencontre de deux nationalismes : le Non de la Guinée et le Non du Togo ». Le texte ne nous est pas parvenu. 9
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NON, qu’il s’agisse des associations d’étudiants ou de mouvements politiques radicaux. Eliminés politiquement dans le contexte de l’imposition du parti unique et de la répression des opposants (voir notamment dès 1961 le « complot » des enseignants), ces acteurs furent progressivement occultés dans la lecture officielle de l’événement. Non seulement Sékou Touré est magnifié comme acteur principal du NON mais aussi comme l’héritier d’une lignée de résistants, en combinant ascendance familiale et coïncidence forcée de date : « DEUX DATES : 28 septembre 1898 28 septembre 1958 Deux grandes dates. Deux époques, en moins d’un siècle. […]. L’arbre planté le 28 septembre 1898 a grandi. […]. Vertus de l’oeuvre des ans : 28 septembre 1898. 28 septembre 1958. Une rançon. Oeuvre de l’exemple idéologique. Sans rancoeur, surtout sans effusion de sang. Triomphe de l’Exemple. L’Aurore de la liberté pointe en Guinée le 28 septembre 1958. Une ère nouvelle. L’Afrique nouvelle est née, une Afrique libre. 28 septembre 1958. Un nouveau soleil » […]. Par le parallèlisme opéré entre les deux dates, le NON, symbole du refus de la perpétuation de la domination française, rejoint la résistance acharnée de l’almami Samori aux conquérants : « L’arbre de la résistance à la domination étrangère était planté en terre d’Afrique » proclame Mamadou Fodé Touré, inspecteur de l’éducation primaire (Touré, 1963). Dès le début des années 1960, le NON devient non seulement le point de départ d’un nouveau destin pour la Guinée mais également un jalon dans la fière histoire du pays, Sékou Touré reprenant le flambeau de Samori. En jouant sur la date et la force du symbole, on aboutit au slogan suivant : « Sékou Touré, l’homme que l’Afrique attendait depuis soixante ans » (cité par Lewin, infra). Peu importe en fait que la date effective de l’arrestation de l’almami Samori soit le 29 septembre 1898 – et non le 28 -, l’aubaine est trop belle et le travail de réécriture mémorielle est déjà à l’œuvre dans ses tensions constantes avec la recherche historique. Cette relecture du NON qui fait de Sékou Touré la cheville ouvrière de la rupture avec la France et qui transforme le 28 septembre en l’œuvre d’un seul homme permet de l’inscrire comme mythe dans la perception populaire, porté aux nues comme date fondatrice et lieu de mémoire de la nation, au nom duquel il faudrait accepter tous les égarements du régime et se plier devant toutes les violences. Sans nier bien évidemment l’impact du
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vote et sa force, cet ouvrage analyse le processus de construction du NON, son utilisation par le régime de Sékou Touré et la façon dont il continue à fonctionner. Faisant reposer la responsabilité du massacre du 28 septembre 2009 sur les partis politiques et justifiant a posteriori sa décision d’interdiction, Dadis Camara ne précise-t-il pas, de manière bien rhétorique : « J’avais demandé personnellement aux organisateurs de ne pas prendre en otage une date symbolique de notre histoire »8. Les célébrations et leurs avatars Au-delà des hésitations des débuts, notamment de la sobriété de l’année même de l’accession à la souveraineté nationale, la célébration de l’indépendance fut rapidement entourée du faste imposé par le sens qu’on lui conféra. Dans la panoplie des célébrations du PDG et dans l’art consommé de la mise en scène révélatrice du régime de Sékou Touré, le 28 septembre tint une place de choix, partagée toutefois avec d’autres dates : le 2 octobre, date de la proclamation de l’indépendance, mais aussi le 9 février, date de la mort en 1955 de la militante Mbalia Camara, ou le 22 novembre, en référence à la tentative de débarquement d’opposants en 1970 (Lewin, infra). Dès 1959, un rituel fut mis en place avec discours, défilés et festivités populaires (Alberge, 2008). Cette apothéose de l’idéologie du régime, traduite en termes de politique culturelle, est analysée par Brieuc van de Wiele dans « L’impact du NON sur la politique culturelle guinéenne ». Le régime de Sékou Touré fut en effet très actif, souvent directif, dans la création d’une culture nationale devant exprimer l’unité dans la diversité et affirmer le caractère local (guinéen) tout autant que global (panafricain), prenant le contre-pied du dénigrement colonial des identités africaines. Audelà du nationalisme, il se situe là dans la lignée d’autres régimes totalitaires, utilisant les mêmes pratiques culturelles ou récréatives pour créer et unir la nation, notamment par la biais de la jeunesse. Le rayonnement des productions guinéennes, des Ballets africains aux groupes musicaux dont les plus célèbres furent le Bembeya Jazz et les Amazones de Guinée, assura la visibilité du régime à l’extérieur. Que ce soit dans les productions théâtrales, les poésies ou les chants, le NON véhiculait la fierté nationale et l’opposition affirmée et réaffirmée à l’impérialisme. L’album Regards sur le passé (1969) en est l’archétype (cf. annexes). Au fil des années, « la commémoration du cinquantenaire fait apparaître d’autres enjeux de mémoire que la simple commémoration de l’indépendance », comme le montre Céline Pauthier : sous Sékou Touré, la célébration du régime, et par la suite, implicitement et de manière plus générale, le positionnement par rapport au régime consécutif au NON.
Discours à la nation du chef de l’État, Agence Guinéenne de Presse « La Dépêche », AGP/3/11/09, Conakry. 11
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Le NON de la Guinée (1958). Entre mythe, relecture historique et résonances contemporaines

Bernard Charles situe le référendum dans le contexte politique des années 1950 et explore une des questions centrales du régime qui en est issu, celle de l’unité nationale qu’il qualifie de « désespérance de l’indépendance ». Il propose une analyse très fine des concepts forgés par Sékou Touré. Ainsi, la notion de classe-peuple permet de catégoriser les opposants comme antipeuple et de justifier la répression. De même, la définition de la nation comme entité située en deçà des clivages régionaux aboutit à une équation simplificatrice : ethnie = ethnicisme = régionalisme = racisme (Goerg, à paraître). Ceci permet ensuite d’offrir des boucs émissaires, sacrifiés au nom de l’unité du peuple. Bernard Charles écaille le vernis du discours moderniste du politique, de la nation et de l’unité nationale, pour analyser la manipulation de ces concepts (les anti-peuple) et leur instrumentalisation par le pouvoir depuis 1958. Dans sa démonstration, il met en œuvre un appareil statistique considérable, accumulant les données concernant l’origine des victimes de la répression de 1958 à 1984 et l’affiliation ethno-régionale des hauts fonctionnaires (gouverneurs, préfets, ministres), poussant l’analyse jusqu’à la fin du régime de Lansana Conté en 2008. Dans cette perspective, l’édification de la nation guinéenne autour du NON se fit au prix d’une distorsion du passé et de l’exercice de la violence légitimée par l’État. Le rapport entre mémoire et histoire est complexe en l’occurrence et il s’agit de « faire le lien entre la construction mémorielle du non et la construction de l’identité nationale dans l’État postcolonial » (Pauthier, infra). D’une certaine manière, Regards sur le NON de la Guinée s’inscrit dans la lignée de la magnification du 28 septembre tout en contribuant à en analyser les racines, les développements et les avatars. Ainsi, les contributions de Céline Pauthier (« Le Non de la Guinée : un lieu de mémoire national ») et de Mike McGovern (« The Refusal to celebrate the fiftieth anniversary of the 1958 NO ». se font écho, opposant le surinvestissement de sens du NON sous Sékou Touré et dans les années qui suivirent et le désintérêt manifeste, voire le rejet, des populations vis-à-vis des célébrations prévues pour le cinquantenaire en 2008. D’une part, Céline Pauthier analyse la façon dont le NON fut investi par l’Etat guinéen en tant que « lieu de mémoire », concept avancé par Pierre Nora, moment fondateur de la nation, qu’on invoque et auquel on fait constamment référence : à travers les manifestations célébratives, par son insertion dans une histoire sur la durée mais aussi par sa célébration dans des formes d’expression de la culture populaire, notamment la musique. On assiste à la confiscation du NON, produit d’un acte collectif porteur d’attentes différenciées, au profit à la fois de Sékou Touré, institué en héros, et de son régime. Ceci n’empêche pas le NON fondateur d’être revendiqué par d’autres segments de la société, dans des circonstances précises, comme lors de la révolte des femmes en 1977 qui réclament la liberté et le bien-être
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Introduction

plutôt que l’esclavage et la misère, en plagiant et subvertissant le discours d’août 1958. Après la mort du leader en 1984, la rhétorique du NON est récupérée par le régime de Lansana Conté et reste « au cœur de la légitimité politique ». À cette accumulation de sens, s’oppose le non-événement que fut la célébration du cinquantenaire du NON (McGovern). L’organisation fut déficiente, malgré le programme officiel structuré, marque de l’art de la communication plus que de l’efficacité. L’assistance fut peu nombreuse et le public peu enthousiaste. Les détournements de fonds avérés, dénoncés par la presse, mettaient à jour des dirigeants sans scrupule, dont la clientèle était totalement dénuée de fierté nationale, et qui témoignaient peu de respect aux personnalités invitées. Afin de mettre en exergue la continuité historique, les autorités organisatrices firent appel aux groupes musicaux d’antan, les hérauts du régime de Sékou Touré, même si depuis longtemps les musiciens, artistes auparavant choyés et au service du régime, ne font plus l’objet des sollicitations et de l’aide du gouvernement. Cependant ce retour sur le passé, teinté de nostalgie pour les anciens, ne touche guère les jeunes du début du e XXI s., plus attirés par la prestation, en play back, du rappeur Elie Kamano, qui tient un discours critique vis-à-vis des réalités nationales. L’unanimisme de façade des festivités prévues par l’État ne pouvait cependant occulter les initiatives de l’Association des victimes du Camp Boiro (AVCB) qui commémorait à leur manière les cinquante ans d’indépendance par une cérémonie de recueillement au charnier de Nongo, appelant ainsi à repenser fondamentalement l’histoire nationale. Au-delà de la sphère officielle, les réticences des Guinéens à aborder la période post-coloniale cèdent en effet peu à peu et la parole se libère. Des vives discussions autour de l’opportunité de célébrer le cinquantenaire et du sens à donner à cette manifestation eurent lieu dans les rues, les journaux et sur les ondes. Elles se concentraient sur la nécessité de tirer un bilan, sur tous les plans, du régime de Sékou Touré et de la situation catastrophique de la Guinée. À cet égard, les titres de presse désabusés, insistant sur le marasme économique, la corruption ou la déliquescence de l’État, éclairent de manière crue le refus de fêter. La présence clairsemée de représentants étrangers, parmi lesquels figurait toutefois le président du Sénégal voisin, Abdoulaye Wade, confirme la morosité ambiante tout en posant la question de l’insertion de la Guinée dans les relations internationales et dans l’histoire contenporaine de l’Afrique. Cet événement central dans la vie de la Guinée ne fut pas forcément vécu sur le moment de la même manière par les autres pays ; l’analyse des relations entre la Guinée et le grand prédécesseur dans la libération nationale, le Ghana, est instructive de ce fait : si les deux pays proclament haut et fort leur solidarité dans le panafricanisme et l’anti-impérialisme, ils entrent aussi dans une relation de compétition où point bien vite la peur de l’aîné de voir son leadership ravi. À travers l’analyse des photographies
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publiées dans les principaux journaux ghanéens, Anne Hugon montre la complexité des relations entre les deux pays frères, personnalisés par leurs leaders. Divers gestes marquent le rapprochement entre le Ghana et la Guinée : reconnaissance immédiate de l’indépendance, voyages officiels, aide financière, pacte d’union, échange de représentants à très haut niveau… L’importance des articles consacrés à la Guinée contraste avec le silence antérieur, montrant la distance existant auparavant entre les territoires de colonisation française et britannique. Par leurs échanges, les deux pays affirment leur rôle actif dans la lutte pour l’indépendance du continent ; toutefois, en quelques mois, l’évolution des thématiques et le changement d’atmosphère témoigne de la manière dont les relations entre les deux pays affectent la politique intérieure du Ghana. Au-delà de la diversité des regards portés sur le 28 septembre 2008 à travers les neuf contributions du volume, cet ouvrage veut aussi être un instrument de travail pour une réflexion ultérieure tant, les événements récents l’ont montré, le NON de la Guinée n’a pas fini de susciter des analyses contradictoires. C’est pourquoi une bibliographie, aussi exhaustive que possible, est incluse en fin de volume. Elle dépasse l’acte même du vote et englobe le contexte du référendum ainsi que ses conséquences tout en proposant certaines sources de l’histoire de cette période. Par ailleurs, un échantillon de la richesse documentaire est proposé dans des annexes : poèmes, discours d’hommes politiques, caricatures et photographies de célébrations, des années 1960 à 2009. Odile GOERG Outre la bibliographie en fin de volume, voir : Alberge Marc, Les festivités de 1959 en Guinée : Forger l’unité nationale dans la dignité, mémoire de Master 2 sous la direction de Sophie Dulucq, Université de Toulouse-Le Mirail, 2008. Goerg Odile ,« Fin de règne sans fin en Guinée », Monde diplomatique, n° 625, avril 2006. Goerg Odile, « Couper la Guinée en quatre : entre invention coloniale et perpétuation contemporaine » (à paraître) McGovern Mike, « Janvier 2007: Sékou Touré est mort », Politique Africaine, n° 107, 2007, pp. 125-145. Nivet Gilles, « La Guinée, d’un putsch à l’autre », Monde diplomatique, n° 668, nov. 2009. Straker Jay Youth, Nationalism and the Guinean Revolution, Bloomington, Indiana university press, 2009. Touré Mamadou Fodé, « Philosophie de la résistance de l’Almamy Samory », Revue de l’éducation nationale, de la jeunesse, des arts et de la culture, 1963, p.18-19.
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1 Une indépendance singulière : de 1958 aux résonances contemporaines

« The Refusal to celebrate the fiftieth Anniversary of the 1958 NO »*
Mike MCGOVERN**
The histories of Tiberius, Gaius, Claudius, and Nero, while they were in power, were falsified through terror, and after their death were written under the irritation of a recent hatred.--Tacitus, Annals, Book I

The Annual Ceremony The ceremony was scheduled for 10am. Given my best estimate of when it would actually take place, I arrived at 11:30. The bandstands were already filled with civil servants and a few diplomats and military officers. Although the stands were shielded above, the sun shone in the faces of those seated. I was standing, but at least I had the sun at my back. I stood at the corner of the Place des Martyrs, where a wreath is laid each year on Independence Day, 2 October. It was a prime spot, and though there were not too many others standing there with me, most were journalists. One was a BBC journalist, a tall white man in the obligatory floppy hat protecting his head from the sun, with a local stringer at his side and lots of expensivelooking recording equipment. Most of the Guineans with press badges had notebooks with the cinquantenaire's motto on them: 'Guinée: Ensemble pour bâtir'. One of them wore a faded t-shirt with an image of a woman wearing only a cowboy hat and riding a horse. The text under the image read:

The research on which this paper is based was conducted in September-October 2008 thanks to a research leave from the Department of Anthropology and generous funds from the MacMillan Center for International and Area Studies, both at Yale University. I would like to thank the many Guinean friends who spoke with me around the time of the cinquantenaire and allowed me to participate in the wider conversation that was going on about Guinea's past, its present, and how the two were related. Among the most important were Maimouna Daff, Alamako Onepogui, Aboubacar Kourouma, Jacques Onivogui, Dr. Ahmadou Bano Barry, Sidiki Kobele Keita, Lansana Sakho, Souleymane Diallo, Dr. Cheickh Baba Sylla, and Michel Oulare. Two expatriates conducting research in Conakry--Alexis Arieff and Graeme Counsel--at the same time were also indispensable interlocutors and resources. I also thank Odile Goerg for the invitation to participate in this project, and for several stimulating conversations around the topic of the cinquantenaire. ** Yale University.

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Le NON de la Guinée (1958). Entre mythe, relecture historique et résonances contemporaines

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The day grew hotter, the dignitaries in the stands grew visibly uncomfortable, and vultures circled overhead, perhaps because animals were being sacrificed nearby. The two masters of ceremony, both well-known entertainment personalities in Guinea, asked every few minutes for the owners of vehicles bearing various license plates to please move their vehicles from prohibited spaces. At 12:40, the wife of the deceased head of state, Sékou Touré, arrived. She accompanied the first wife of the living head of state, Lansana Conté. At 50, independent Guinea had known only two presidents. Mme Andrée Touré's arrival was met with very little applause by the audience, Mme Henriette Conté's with even less. As we continued to wait, one of the 'Miss', the beauty queens who stood in a line in front of the grandstand, fainted. Most of the others looked hot, distressed and wobbly in their high heels. At about 1pm, seven heads of state arrived: Ernest Koroma of Sierra Leone; Amadou Toumani Touré of Mali; Laurent Gbagbo of Côte d'Ivoire; Niño Vieira of Guinea Bissau; Ellen Johnson-Sirleaf of Liberia; Yahya Jammeh of The Gambia; Abdoulaye Wade of Senegal. Vice President Mohammed of Ghana also attended. Each arrived in a brand new-looking Chinese limousine. The presidents, some of them alone, others accompanied by small or large delegations, mounted the central grandstand and greeted the two first ladies and one another. President Wade arrived to find that there was no seat for him.1 The other presidents looked around embarrassedly, and there did not seem to be any protocol officials to deal with the confusion. Finally Laurent Gbagbo stood up to give his place to Wade, who was in the process of taking a seat in the second row, behind the other presidents. Eventually, another seat was added to the front row. Aside from the civil servants who had to show up for the ceremony, there were only a few hundred others who came. Most of us were there out of respect for the 50th anniversary of the historic event by which Guinea led the way toward independence for the francophone colonies, the way Ghana had done for the Anglophone ones. We were also there (and this goes for many more Guineans who watched the event on television) to see whether
According to Le Lynx, this was because Andrée Touré, who was meant to be seated in the second row of seats, had taken one of those seats allotted to the heads of state and the current first lady. See S. Diallo 'Cinquantenaire: Fiascoco!' Le Lynx, n° 860, 6 octobre 2008. 18
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President Conté would be physically present. If so, we wondered whether he would in fact lay the wreath at the Place des Martyrs, some 30 metres from the grandstand. Conté's health had been the subject of controversy, rumour, and intense interest amongst Guineans since his 2003 collapse and emergency treatment during a trip to Saudi Arabia. From 2005 onward there were constant rumours that he had only weeks or days to live, and Guineans used public events such as this one to gauge the veracity of the rumours.2 In the event, Conté did not attend the ceremony. His wife Henriette laid the wreath, rather than the Prime Minister or the President of the National Assembly, the two obvious choices to replace him according to républicain logic. This was one of many aspects of the ceremony that drew a great deal of commentary in the following days, as Guineans remarked that the first lady had no business undertaking this solemn duty, and that the fact she did was yet another example of the personalization of power in Guinea, and the systematic weakness of Guinea's 'republican institutions'. Later that day, the television showed the visiting heads of state greeting president Conté at the presidential palace. He remained seated throughout. Presidents Wade, Johnson-Sirleaf, and Touré had arrived that morning and left the same evening. The others left the next day. Both diplomats and the media reported that the heads of state had only been invited ten days before the event, and that Guinea's diplomatic corps had only been invited the day before the ceremony. Following the Money
Nous devons avoir le courage de nous regarder dans la glace pour constater que la célébration du cinquantenaire est le plus grand fiasco qui nous est tombé sur la tête ces dernières années. Le fiasco est avant tout politique et institutionnel.3

The misstep in seating President Wade of Senegal was much commented upon in the following days in Conakry. For he had, it was reported, given the equivalent of $1 million to a representative of the Guinean government to ensure that the celebrations went well. If President Conte's absence from this historic event was one microcosmic representation of what ailed the Guinean body politic in October 2008, the questions surrounding the finances for the cinquantenaire were another. Just as the heads of state arrived in Chinese limousines, much of the infrastructural
As it turned out, President Conté did die on 22 December 2008, less than three months after the cinquantenaire. 3 S. Diallo 2008, op.cit., Le Lynx. 19
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work for the celebrations was done by Chinese workers. They erected tents (rented from a Senegalese company) in the esplanade of the Palais du Peuple for the celebrations, and in the months before October, they had refurbished the Palais, which was originally built by the Chinese more than 30 years earlier. Aside from these works, there was little else to indicate that Guinea was experiencing a historic moment. Former Prime Minister Lansana Kouyaté's wife had her own non-governmental organization construct a series of statues at Conakry's traffic circles. These monuments, which appeared to be inspired by those put up in Bamako during the presidency of Alpha Konaré, depicted animals and people, but drew sharp criticism from many Guineans when one of them at the Bellevue roundabout depicted a huge elephant. Kouyaté was accused of trying to resuscitate the regime of Sékou Touré's Parti Démocratique de Guinée (PDG). The single party's symbol was the elephant, known as the syli in Sosso. Kouyaté insisted that the statue was meant to demonstrate the government's support for the 'Syli Nationale' as the national football team is known, but most Guineans remained unconvinced, even after a tiny football was placed in front of one of the elephant's feet. Under such circumstances, it may not be surprising that the government did little to celebrate the 50th anniversary of independence. Still, tremendous controversy surrounds what happened to the money budgeted for the celebrations and also given by various Guinean businesses and heads of state in support of the cinquantenaire. Accusations and counteraccusations about who stole this money have dominated the first of a series of audits that have accompanied the arrival of the new military junta that took power hours after the announcement of Lansana Conté's death on 22 December 2008. At the time of this writing, the junta's attention has turned to the more explosive issue of the involvement of high-level officials in the international cocaine trade. Yet it is a sign of the unanimity of Guineans' anger that the junta began by targeting those charged with organising the cinquantenaire celebration--Prime Minister Souaré, Minister of Communications Tibou Kamara, and Finance Minister Ousmane Doré--of grand scale theft. Kamara was said to have received $500,000 from his brother-in-law, Gambian President Yahya Jammeh. He and his defenders claimed that it was in fact Alpha Ibrahima Keira, President Conté's brother-in-law and Secretary General of the Présidence, who received the money. The head of the Libyan delegation in Conakry claimed to have given Doré $500,000. Former protocol head Idrissa Thiam admitted receiving 500,000 Euros from Equatorial Guinea's President Teodoro Obiang Nguema. He claimed to have given this money to President Conté, but like the money from Senegal, Gambia, and Libya, the funds could not be accounted for at the end of the
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process.4 Dore was sacked on 14 October. According to him, this was a move by his adversaries to prevent him from exposing those who really stole the money. According to his detractors, it was because the cinquantenaire had rolled out so shabbily. Most Guineans followed the tit-for-tat accusations with minimal interest. The underlying reality was that some of the government's highest functionaries had stolen this money without regard to its deleterious effects for everyone else and without even a minimal degree of pride in the country's prestige and historical legacy. 'La vérité finira toujours par triompher un jour' These words characterize a particular aspect of the talk surrounding the cinquantenaire. Any non-Guinean who has done research in Guinea has probably experienced a degree of reticence from Guineans when talking about the more difficult and ambiguous aspects of the country's postcolonial history. The use of coercive force to repress even indirectly critical voices was part of the reason for this, and the shadow cast by talk about the 'fifth column' and 'counterrevolutionaries' was a long one which extended well into the Conté period. The combination of silences and langue de bois that accompanied this reticence began to diminish over the course of the late 1990s, but they were occasionally reactivated, for instance around the time of the 2000-2001 cross-border attacks from Sierra Leone and Liberia. At this time, the Conté administration's calls to 'vigilance' echoed the rhetoric of an earlier period (McGovern 2002).5 Between 2005 and 2007, the weak president and his increasingly audacious entourage drew more open criticism, and paradoxically, this also opened the way for a more open discussion of the Touré period as well. I have written elsewhere about the ways I think the discussion of these two periods was paired.6 For the present essay, the most interesting aspect is that the battle for the 'true' history of the revolutionary period was waged most openly in the months around the cinquantenaire. There had always been some vocal supporters and detractors of the Touré government, and they remained principle actors. What was most interesting to this author,
'Controverse à Conakry autour des fonds du Cinquantenaire'. Panapress, 8 March 2009. Accessed 18 March. at http://www.afriquejet.com/afrique-de-l%27ouest/guinee/controverse-a-conakryautour-des-fonds-du-cinquantenaire-2009030923411.html 5 M. McGovern 2002 'Conflit régional et rhétorique de la contre-insurgence: Guinéens et réfugiés en septembre 2000.' In Politique Africaine, n° 88:84-102. 6 M. McGovern 2007 'Janvier 2007: Sékou Touré est mort.' In Politique Africaine, n°107:125-145. 21
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