Le prince et le marchand

De
Publié par

Cet ouvrage retrace l'émergence au cours du règne de Louis XIV de la spécialité du commerce des meubles et des objets d'art dans le corps des marchands merciers. L'étude de ce dernier, replacé dans son contexte humain, social, économique et politique, permet d'en saisir la richesse et la variété. Les merciers surent inventer des objets inédits et des modes nouvelles pour répondre aux attentes voire susciter des besoins nouveaux chez leur clientèle.
Publié le : mardi 1 avril 2014
Lecture(s) : 15
Tags :
EAN13 : 9782336344461
Nombre de pages : 882
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

couv_M. mercier 18/03/14 17:09 Page 1
LEPRINCEETLEMARCHAND Stéphane StéphaneCastelluccio
Castelluccio
Cet ouvrage retrace l’émergence au coursdu règne de LouisXIV de
laspécialitéducommercedesmeublesetdesobjetsd’artdanslecorps
desmarchandsmerciers.L’étudedecedernier,replacédanssoncontexte Leprinceetlemarchandhumain,social,économiqueetpolitique,permetd’ensaisirlarichesseet
lavariété,depuislaformationdesmaîtresjusqu’àl’organisationd’untel Lecommercedeluxe
commerceavecsesdiversessourcesd’approvisionnement,depuisl’arti-
chezlesmarchandsmerciersparisienssanlocaljusqu’àlaCompagniedesIndes.Elleexposesonfonctionnement
complexe, l’étendue de ses compétences et les stratégies choisies pour pendantlerègnedeLouisXIV
s’adapter aux circonstances économiques et politiques contemporaines
(guerres,difficultéséconomiques,disettedenuméraire…).L’identification
delaclientèlepermetdecomprendrelerôledumercierdanslecommerce
de luxe, intermédiaire désormais indispensable entre le monde artisa-
naletlemondearistocratique,etdontlaboutiquedevintsynonymede
luxeetderaffinement
L’étudedequatrefamillesillustreladiversitédumétierdemarchand
mercier, depuis la boutique au Palais de Justice jusqu’aux investisse-
mentsdanslecommerceinternationaldespierreries.Parleuraudaceet
leur esprit d’entreprise, les merciers spécialisés dans le commerce du
mobilieretdesobjetsd’artontprisunepartcroissantedanslacréation,
donc dans l’histoire du goût. Les merciers surent inventer des objets
inéditsetdesmodesnouvellespourrépondreauxattentes,voiresusci-
terdesbesoinsnouveauxchezleurclientèlearistocratiqueexigeanteet
avide de nouveautés pour exprimer son rang social. Ils posèrent les
bases d’une activité complexe par ses implications économique, artis-
tiqueetsocialequiconnutsonapogéeausièclesuivant.
StéphaneCASTELLUCCIOestchargéderechercheauCNRSHDRaucentreAndré
Chastel à Paris. Spécialiste reconnu de l’histoire des résidences royales, des
décors intérieurs, du mobilier, des collections d’objets d’art et du commerce
e edu luxe en France aux XVII et XVIII siècles, il est l’auteur de plusieurs articles
eret livres, dont Les Collections royales d’objets d’art de François I à la Révolution,
e eLe Garde-Meuble de la Couronne et ses intendants du XVI au XVIII siècle ou Les
MeublesdepierresduresdeLouisXIVetl’atelierdesGobelins.Cetouvrageestissu
de sa thèse d’habilitation à diriger des recherches. Il publiera prochainement
deuxouvragessurLeGoûtpourlesporcelainesdeChineetduJaponenFranceaux
e eXVII et XVIII siècles et sur L’Eclairage, le chauffage et l’eau à usages domestiques
e eenFranceauxXVII etXVIII siècles.Ilestégalementmembredelacommission
desacquisitionsdesmusées-châteaux.
Kronos73
ISSN:1148-7933
SPMISBN:978-2-917232-16-3 Prix:80€ ÉditionsS.P.M.9 782917 232163
Leprinceetlemarchand
Lecommercedeluxe
chezlesmarchandsmerciersparisiens
pendantlerègnedeLouisXIVmarchand.indb 1 14/03/14 12:40:36marchand.indb 2 14/03/14 12:40:36LE PRINCE ET LE MARCHAND
Le commerce de luxe
chez les marchands merciers parisiens
pendant le règne de Louis XIV
marchand.indb 3 14/03/14 12:40:37Illustration de couverture :
Vue de l’intérieur d’une boutique spécialisée dans les produits des Indes.
Détail. Probablement hollandais.
Gouache sur papier collé sur panneau de bois. Vers 1680-1700.
Londres, Victoria and Albert museum, p. 35-1926.
marchand.indb 4 14/03/14 12:40:37Stéphane CASTELLUCCIO
Chargé de recherche au CnRS hDR
Le pRInCe et Le MaRChanD
Le commerce de luxe
chez les marchands merciers parisiens
pendant le règne de Louis XIV
Cet ouvrage est publié avec le concours
du CNRS, du Centre André Chastel
et de l’Université Paris-Sorbonne
Ce volume est le soixante-treizième de la collection Kronos
fondée et dirigée par eric Ledru
SpM
2014
01_marchand.indd 5 17/03/14 15:56:28© SpM, 2014
Kronos n° 73
ISSn : 1148-7933
ISBn : 978-2-917232-16-3
editions SpM 34, rue Jacques-Louvel-t essier 75010 paris
tél. : 01 44 52 54 80 - télécopie : 01 44 52 54 82
– courriel : Lettrage@free.fr - site : www.editions-spm.fr
DIFFUSIOn – DIStRIBUtIOn : L’harmattan
5-7 rue de l’ecole-polytechnique 75005 paris
tél. : 01 40 46 79 20 – télécopie : 01 43 25 82 03
– site : www.harmattan.fr
01_marchand.indd 6 17/03/14 15:56:28« Le superfu, chose très nécessaire »
Voltaire, Le Mondain
marchand.indb 7 14/03/14 12:40:37marchand.indb 8 14/03/14 12:40:37REMERCIEMENTS
Je tiens à exprimer toute ma gratitude à Monsieur Alain Mérot,
professeur d’histoire de l’art à l’université Paris IV-Sorbonne, d’avoir
accepté de diriger cette thèse d’habilitation et dont les remarques, les
critiques et les conseils m’ont été très précieux.
Je tiens à exprimer toute ma reconnaissance à Madame Michèle
Bimbenet-Privat, conservateur au musée national de la Renaissance
à Ecouen pour ses remarques, ses suggestions et nos passionnantes et
enrichissantes conversations.
Il m’est agréable de remercier Madame Catherine Cardinal, professeur
d’histoire de l’art moderne à l’université Blaise Pascal de Clermont-
Ferrand, à Monsieur Philippe Haudrère, professeur d’histoire moderne
à l’université d’Angers et à Monsieur Amaury Lefébure, conservateur
général du patrimoine, pour avoir accepté d’être membres du jury de
cette thèse.
Je suis redevable pour leur aide au cours de ce travail à Mesdames
et Messieurs : Hélène Bayou, conservateur au musée Guimet ; David
Brouzet ; Yves Carlier, conservateur au musée national du château de
Fontainebleau ; Gilda Charmel ; Laurent Condamy ; Vincent David ;
Ivan Dorciak ; Anne Forray-Carlier, conservateur au musée Carnavalet ;
Elizabeth Foubert ; Marion François-Veyssière, conservateur des archives
des Affaires étrangères ; Pascale Gorguet-Ballesteros, conservateur en
chef du patrimoine au musée Galliéra ; Philippe Henrat,
en chef aux Archives nationales ; Ralph Jacob ; Jørgen Hein, museum-
sinspektor des collections royales danoises et des châteaux de Rosenborg
et d’Amalienborg ; Marie-Thérèse Lalagu-Guillemsens, conservateur
en chef aux Archives nationales ; Monique Leblois-Péchon, conserva-
teur aux Archives nationales ; Christian Lemzaouda, photographe au
CNRS ; Joséphine Pech ; Richard Rénia, de la collection Edmond de
Rothschild au musée du Louvre ; Anne-Marie Réol, de la collection
Edmond de Rothschild au musée du Louvre ; Marie-Françoise Rose,
conservateur en chef de la Bibliothèque municipale de Versailles ; Dr
marchand.indb 9 14/03/14 12:40:3710 Le Prince et le Marchand
Liesbeth Strasser, archiviste aux Rijksarchief des Pays-Bas ; Mickaël
Szanto, maître de conférence à l’université Paris-Sorbonne ; Dr Max
Tillmann, Kunsthistoriker Museumsabteilung au Bayerische Verwaltung
des staatlichen Schlösser ; Pascal Torres-Guardiola, conservateur de la
collection Edmond de Rothschild au musée du Louvre ; Mr Vayssière,
conservateur aux Archives nationales ; Christel Winling, de la collection
Edmond de Rothschild au musée du Louvre.
J’ai grand plaisir à remercier Philippe Grille pour son aide techni-
que, informatique et photographique, ainsi que Véronique Bourgogne,
Anne-Lise Desmas, Christian Baulez, Laurent Condamy et Charles-
Henri Lerch (†) pour leur relecture attentive. Leurs corrections, leurs
critiques et leurs conseils m’ont été des plus proftables.
Il m’est agréable de remercier Monsieur Dany Sandron, directeur du
centre André Chastel, Mme Catherine Limousin, secrétaire générale et
Mlle Clélia Simon, secrétaire à l’université Paris-Sorbonne, pour leur
soutien et leur aide.
Ma reconnaissance va également au CNRS et à l’université Paris-
Sorbonne pour leur soutien financier pour la publication de ce
manuscrit.
Merci également à M. Eric Ledru, éditeur, qui a accepté l’aventure
de la publication d’un tel manuscrit.
marchand.indb 10 14/03/14 12:40:37AVERTISSEMENT
Conversion dans le système métrique des unités utilisées pendant
1l’Ancien Régime :
1 ligne : 0,229 centimètre.
1 pouce (12 lignes) : 2,707 centimètres.
1 pied (12 pouces) : 32,4 centimètres.
1 toise (6 pieds) : 1,944 mètre.
1 aune : 1,18844 mètre (15/16 d’aune : 1,14 mètre).
L’orthographe originale des textes cités a été conservée, seules la
ponctuation et l’accentuation ont été modernisées.
LA O AIE ET LE CO T E LA IE
Une livre se divisait en 20 sols et un sol en 12 deniers.
eDans la seconde moitié du XVII siècle, un domestique, un emploi
2non qualifé  était payé 1 livre par jour . Un charpentier touchait 1 livre
310 sols, un brodeur 1 livre 15 sols et une brodeuse 1 livre 5 sols par jour .
Le domestique travaillait tous les jours et était généralement logé et
nourri. En revanche, les jours chômés, les dimanches et les nombreuses
fêtes religieuses, diminuaient le salaire d’un ouvrier qui recevait un
salaire d’environ 270 livres. Au milieu du siècle suivant, Voltaire fxait 
4à 240 livres le « nécessaire annuel aux besoins physiques de l’homme » . Une
maladie, un accident du travail qui empêchait toute reprise de l’acti-
vité professionnelle et la personne tombait dans l’indigence, voire la
5mendicité .
1. Coural, 1980, p. 30 à 34.
2. Arch. mun. Lyon. HH 334.
3. CBR, III, col. 491, 575, 612.
4. Cité par Mauzy (Robert), L’Idée du bonheur dans la littérature et la pensée française au
eXVIII siècle, Paris, Armand Colin, 1960, p. 177.
5. Fontaine, 2008, p. 25-26.
marchand.indb 11 14/03/14 12:40:37
mdnûnv12 Le Prince et le Marchand
En 1685, pour ses gages de premier architecte du roi, Jules Hardouin-
Mansart touchait 10 000 livres, plus 2 500 livres de gratifcation  par 
an, soit 35 livres 4 sols par jour. Augustin Charles Daviler, dessinateur
de l’agence de Mansart, recevait 1 200 livres de gages annuels, plus
1300 livres de gratifcation par an, soit 4 livres 10 sols par jour .
Dans une auberge, pour 1 livre était servi une assiette de soupe,
ou du jambon et du pain, ou une bouteille de vin rouge de qualité
2moyenne .
En 1708, Louis XIV régla 3 000 livres les deux commodes livrées par
3André-Charles Boulle pour sa chambre à Trianon .
LISTE ES A IA TIO S E LO ES A S LES OTES :
A.A.E. : Archives des Affaires étrangères.
A.g.r.B., not. gal. Brabant : Archives générales du royaume de Belgique,
notariat général de Brabant.
A.m.L. : Archives municipales de Lyon.
A.m.N. : Archives municipales de Nantes.
A.N. : Archives nationales.
A.N., col. : Archives nationales, fonds colonies.
A.N., mar. : Archives nationales, fonds marine.
A.N., min. cen. : Archives nationales, minutier central.
A.P. : Archives de la ville de Paris.
A.P.P. : Archives de la préfecture de police.
A.S.m. : Archives départementales de Seine maritime.
A.Y. : Archives départementales des Yvelines.
B.m.V. : Bibliothèque municipale de Versailles.
B.n.F., ms. fr. : Bibliothèque nationale de France, manuscrits français.
B.n.F., mél. Colbert : Bibliothèque nationale de France, mélanges
Colbert.
B.n.F., Cab. des Est. : Bibliothèque nationale de France, Cabinet des
Estampes.
CBR : Guiffrey (Jules), Comptes des Bâtiments du roi sous le règne de Louis
XIV (1664-1715), Paris, Imprimerie nationale, 1881-1901, 5 volu-
mes.
Inventaire 1689 : Agates, Cristaux, Porcelaines, Bronzes, et autres Curiositez
Qui sont dans le Cabinet de Monseigneur le Dauphin à Versailles, Inventoriez
en M.DC.LXXXIX. L’inventaire original du Grand Dauphin fut
1. CBR, II, col. 720.
2. Arch. mun. de Lyon, HH 212.26.
3. CBR, V, col. 241.
marchand.indb 12 14/03/14 12:40:37
dbyndrménvénpAvertissement 13
vendu par Sotheby’s à Londres lors de la vente Jaime Ortiz-Patino, le
2 décembre 1998 (art. 11). Une copie manuscrite du début du siècle est
conservée à la Bibliothèque d’art et d’archéologie, fondation Jacques
Doucet, Ms. 1046.
Inventaire 1791 : Inventaire des diamans de la Couronne, perles, pierreries,
tableaux, pierres gravées, Et autres Monuments des Arts et des Sciences
existans au Garde-Meuble, imprimé par ordre de l’Assemblée nationale,
à Paris, de l’Imprimerie nationale, 1791.
R.P.B. : Rijksarchief des Pays Bas.
marchand.indb 13 14/03/14 12:40:37marchand.indb 14 14/03/14 12:40:38AVANT-PROPOS
Le projet de travailler sur les marchands merciers du règne de
Louis XIV naquit au cours de mes recherches sur les collections d’ob-
1jets d’art de Louis XIV et du Grand Dauphin . Alors placé du côté des
collectionneurs, le monde des marchands me parut aussi important
qu’inconnu car peu étudié pour cette période.
eDès le XIX siècle, les merciers du siècle précédent avaient suscité
l’intérêt des historiens. En 1873, Louis Courajod édita le livre journal
de Lazare Duvaux et, vingt ans plus tard, Edmond Bonnaffé publia
2son ouvrage sur le commerce de la curiosité . A partir de la fn  des 
années 1950, les historiens d’art comme Pierre Verlet ou Francis Watson
e 3étudièrent de nouveau les marchands merciers du XVIII siècle . Les
recherches récentes privilégient également cette période, pour s’atta-
cher à un point particulier ou à un homme. John Whitehead étudia
les rapports entre les merciers et la manufacture de Sèvres et Thibault
4Wolvesperges le commerce des laques . Patricia Lemonnier travailla
sur les Julliot, Alexandre Pradère présenta les merciers parisiens dans
l’introduction de son ouvrage sur les ébénistes et Guillaume Glorieux
5rédigea la biographie d’Edmée-François Gersaint . Les rares synthèses,
tels les articles de Krzysztof Pomian et l’ouvrage de Carolyn Sargentson,
e 6portent toutes sur le XVIII siècle .
eLe XVII siècle a surtout attiré la curiosité des historiens de la pein-
ture. Michaël Szanto a étudié le commerce des tableaux dans la première
moitié de ce siècle, tandis que la seconde moitié nous est bien connue
grâce aux nombreuses études d’Antoine Schnapper, et particulièrement
7ses deux ouvrages sur les collectionneurs et le métier de peintre . Les
marchands d’objets d’art apparaissent indirectement dans l’étude de
1. Castelluccio, 2002 (1).
2. Courajod, 1873 ; Bonnaffé, 1895.
3. Verlet, 1958 ; Watson, 1965 et 1967 (1) et (2).
4. Whitehead, 1993 ; Wolvesperges, 1998 et 2000.
5. Lemonnier, 1989 ; Pradère, 1989 et 2006 ; Glorieux, 2002.
6. Pomian, 1979 et 1987 ; Sargentson, 1996.
7. Szanto, 2001 et 2002 ; Schnapper, 1994 et 2004.
marchand.indb 15 14/03/14 12:40:3816 Le Prince et le Marchand
Patrick Michel sur le cardinal Mazarin, tandis que Carolyn Sargentson
e 1traite rapidement du XVII siècle dans son introduction .
Les marchands merciers spécialisés en meubles et en objets d’art du
règne de Louis XIV ont donc été très peu étudiés, alors que la seconde
emoitié du XVII siècle constitua une période charnière capitale pour
comprendre l’essor de cette profession et son importance croissante
dans le commerce de luxe. Cette étude se propose de combler cette
lacune.
1. Michel, 1999 ; Sargentson, 1996.
marchand.indb 16 14/03/14 12:40:38INTRODUCTION
Devant la diversité et l’ampleur du corps des marchands merciers,
conséquences de l’étendue de ses compétences commerciales, du très
grand nombre de maîtres faute de numerus clausus limitant l’accession à
la maîtrise, l’étude de tout le corps de la mercerie se révéla impossible.
Un choix s’imposa et seuls les merciers spécialisés dans le commerce
des meubles et des objets d’art pendant le règne de Louis XIV furent
retenus. Malgré cela, leur nombre était si important que cette recherche
dut se limiter à quelques familles.
Cette étude se propose de déterminer la place des merciers spécialisés
dans les meubles et les objets d’art dans le corps des marchands merciers
et d’en comprendre l’organisation, la diversité, les réalités pratiques et
quotidiennes de ce métier. Il s’agit également de replacer ces merciers
dans le contexte économique et social contemporain, afn  de défnir  leur 
rôle dans la chaîne des relations commerciales et découvrir comment
ils sont, peu à peu, devenus des intermédiaires incontournables. Cette
recherche s’articule en trois parties.
La première présente le corps de la mercerie avec son histoire, son
organisation et sa place dans la société, ainsi que l’apparition des merciers
spécialisés en meubles et en objets d’art et leur évolution au sein de ce
corps. Ensuite, les réalités pratiques du métier sont développées : la
durée de l’apprentissage, son organisation, son contenu et les relations
entre l’apprenti et le maître précèdent le passage de la maîtrise, avec les
conditions requises, la nature de l’examen, la réception et les privilèges
attachés à la possession des lettres de maîtrise. Enfn,  la présentation 
des différents lieux de vente possibles termine cette partie.
La deuxième porte sur l’exercice du métier. L’aspect humain était très
important car les merciers travaillaient très souvent avec des membres de
leur propre famille ou de leur belle-famille, parfois sur plusieurs généra-
tions, ainsi qu’avec des confrères, selon divers modes d’association. Ces
différentes conditions défnies,  les nombreuses sources d’approvision-
nement sont ensuite exposées, puis la vente des marchandises. Après
avoir appréhendé la clientèle des merciers, suivent les détails pratiques
de l’emballage et les différents moyens de payements.
marchand.indb 17 14/03/14 12:40:3818 Le Prince et le Marchand
La troisième partie présente l’histoire de quatre familles de merciers,
choisies afn  d’illustrer la diversité de cette spécialité. Laurent Danet 
représente le marchand d’objets, de tableaux et de bijoux de grand luxe.
Les Daustel se consacraient exclusivement au mobilier et aux objets d’art
tant anciens que modernes, spécialité appelée à un essor important au
eXVIII siècle. Les La Fresnaye permettent de connaître les marchands
du Palais, spécialisés dans les petits objets à la dernière mode. Enfn,  les 
Le Brun, par la variété de leur commerce et son étendue, grâce à leurs
investissements dans le négoce au long cours vers l’Inde et la Chine,
illustrent les grands marchands audacieux sur plusieurs générations.
La conclusion expose les différents facteurs économiques et sociaux
qui permirent le développement et la multiplication des merciers spécia-
lisés dans le commerce des meubles et des objets d’art pendant le règne
de Louis XIV, lesquels posèrent les bases du succès de cette profession
tout au long du siècle suivant.
Cette recherche a été essentiellement effectuée à partir de documents
d’archives inédits. Les documents administratifs et les textes juridi-
ques, tant du pouvoir royal que du corps des merciers, permettent de
comprendre dans quels cadres s’exerçait ce type de commerce. Les
correspondances du ministère de la marine, du Conseil du commerce,
du contrôle général des fnances  et les archives des Compagnies fran-
çaise et hollandaise des Indes orientales en exposent toute la variété
et la complexité selon les circonstances politiques et économiques du
moment. Les comptes royaux et privés subsistants apportent d’im-
portants compléments pour la connaissance des relations entre les
marchands et les clients. Toutefois, la source la plus importante pour
l’étude des merciers reste les actes notariés et les inventaires après décès
de marchands et de collectionneurs.
Les publications contemporaines se révèlent particulièrement riches
en renseignements sur le métier de mercier, et particulièrement Le Parfait
Négociant de Jacques Savary, ancien marchand auquel Colbert confa  la 
rédaction de l’ordonnance sur le commerce promulguée en mars 1673.
Ce dernier en décrit de manière pratique toutes les étapes, depuis l’ap-
prentissage jusqu’à la rédaction des livres de compte, en passant par des
conseils pour contracter le mariage le plus intéressant professionnelle-
ment. Rédigée par un ancien commerçant, la première édition, publiée en
1675, témoignait de l’état du commerce au début du règne de Louis XIV.
Son fls,  Jacques Savary des Bruslons, publia un Dictionnaire du commerce,
dont le premier volume paru en 1723. Toutefois, préparé et rédigé bien
avant, il refétait  l’évolution du commerce et des mentalités à la fn  du 
eXVII siècle. Son contenu est capital pour comprendre le fonctionne-
ment des corporations, pour la connaissance des circuits commerciaux,
marchand.indb 18 14/03/14 12:40:38Introduction 19
pour identifer  certains termes tombés dans l’oubli… Issus tous deux 
du monde marchands, Jacques Savary et son fls  ne présentent pas dans 
leurs ouvrages une approche très objective du métier de négociant. Ils
y défendent la dignité de cette profession contre les nombreux préjugés
sociaux et culturels de la société contemporaine. Enfn,  les statuts des 
autres corporations, et particulièrement ceux des orfèvres, apportent
un point de vue extérieur à celui de la mercerie, lequel s’avère très
enrichissant et complémentaire.
Malgré des archives et une documentation relativement abondante,
l’étude de l’activité commerciale proprement dite se révèle ardue. En effet,
une grande part de celle-ci laissait peu de traces écrites, comme la consti-
tution de société informelle, les commandes régulières à des artisans… 
eDe plus, les archives du XVII siècle sont moins nombreuses que celles
du siècle suivant. Les mémoires de marchandises vendues restent rares,
tout comme les pièces comptables, à l’exception des comptes royaux.
Un seul livre journal semble avoir survécu, or ces registres consignaient
toutes les transactions commerciales. Leur disparition quasi-totale prive
le chercheur de précieux renseignements, car les inventaires après décès
ne compensent que légèrement de telles pertes en ne mentionnant que
les documents indispensables au règlement de la succession. Ainsi, le
notaire dressait la liste des créanciers et des débiteurs et indiquait les
montants dus mais pas la nature des échanges. Il citait les livres journaux
du mercier décédé ou les contrats d’association conclus sous seing privé,
sans jamais en détailler le contenu. Ces inventaires dressaient l’état du
commerce du défunt à un instant précis et ne refétaient  pas son évolution 
tout au long de sa vie. Parfois, un inventaire intermédiaire, rédigé lors de
la disparition d’une épouse, apporte des éléments complémentaires.
Si les réseaux familiaux demeurent aisés à connaître grâce aux divers
actes notariés, la reconstitution des équipes d’artisans travaillant pour
un mercier ou des réseaux commerciaux internationaux reste délicate,
faute d’éléments. Contrairement au siècle suivant, aucun meuble du
eXVII siècle ne porte la carte adresse du marchand qui l’avait vendu. Le
suivi d’un objet depuis sa création par l’artisan jusqu’à son achat par
l’amateur s’avère quasiment impossible pour le règne de Louis XIV.
Ainsi, à de rares exceptions près, les meubles et objets reproduits dans
cet ouvrage sont des équivalents des pièces décrites dans les inventaires
afn  d’évoquer la variété et la qualité des marchandises vendues. Ils ne 
peuvent être assurément associés à tel ou tel marchand.
Cette étude ne prétend être ni exhaustive ni défnitive  sur un sujet si 
vaste et si complexe. Il s’agit d’un premier travail, point de départ pour
différentes et nombreuses recherches à effectuer sur un corps mal connu
qui réservera d’heureuses découvertes aux futurs chercheurs.
marchand.indb 19 14/03/14 12:40:38marchand.indb 20 14/03/14 12:40:38LE CORPS DE LA MERCERIE
marchand.indb 21 14/03/14 12:40:38marchand.indb 22 14/03/14 12:40:38LA MERCERIE
d I ITIO ET ISTOI E U CO S
L’organisation en corps, ou en métiers jurés, remontait au Moyen
Age. Elle palliait l’absence d’organisation étatique et de services publics
généraux. Ces corps regroupaient des professionnels spécialisés dans la
même activité et possédaient une personnalité juridique. Chaque corps,
autonome, se voyait doté de ses statuts propres qui en défnissaient  la 
spécifcité  et organisaient les conditions d’apprentissage, la réception à 
la maîtrise, la police du métier, les modes de fabrication, les monopoles
et précisait ses privilèges. Ces statuts maintenaient une stricte discipline
sur les maîtres du corps qui prêtaient serment lors de leur réception à
la maîtrise. Ces corps apportaient une protection sociale et protégeaient
ela liberté de leurs membres. Puis, à partir du XVII siècle, ils impo-
sèrent de plus en plus lourdement leur monopole, défendirent leurs
privilèges avec une hargne croissante et refusèrent toute évolution et
1innovation . Furetière se faisait l’écho de leur réputation, guère fatteuse 
eau XVII siècle : « les maistrises et jurandes estaient une belle invention de
erpolice, quand elles ont esté establies par l’ordonnance de François I , mainte-
2nant, ce n’est que cabale, yvrognerie et monopole » .
Les merciers spécialisés dans le commerce des meubles et des objets
d’art dépendaient du puissant corps de la mercerie, un des six premiers
3corps de marchands de la ville de Paris . Sa puissance et sa dignité
edans la seconde moitié du XVII siècle résultaient d’efforts constants
poursuivis depuis la fn  du Moyen Age pour étendre ses domaines de 
compétences commerciales et augmenter sa puissance fnancière  et son 
prestige. La première mention du corps des marchands merciers apparaît
en 1137, avec ceux des marchands drapiers et des marchands d’eau. Dès
ele XIII siècle, les merciers se distinguaient entre les marchands en gros
et les détaillants. En 1268, le prévôt de Paris Etienne Boileau publia les
1. Sueur, 1994, I, p. 59 et II, p. 117, 120.
2. Furetière, art. Maistrise. Les lettres patentes du 12 juin 1543 étaient peut-être l’acte le
plus ancien connu de Furetière relatif aux marchands merciers, ce qui expliquerait
son erreur chronologique.
3. Sauval citait, dans l’ordre décroissant de préséance, les drapiers, les épiciers, les
merciers, les pelletiers, les bonnetiers et les orfèvres (Sauval, 1724, II, p. 471-479).
marchand.indb 23 14/03/14 12:40:38
prénhdfrn24 Le Prince et le Marchand
quatorze articles des premiers statuts règlementant le commerce de la
1mercerie, lequel portait alors sur les étoffes et les articles de costume . Les
débiteurs de soieries et d’étoffes d’or et d’argent constituaient l’aristocra-
tie du corps, en raison du prestige de ces marchandises, très estimées des
econtemporains jusqu’à la fn  du XVIII siècle. La complexité croissante
du commerce, l’augmentation du nombre des merciers, l’extension de
leurs compétences, et enfn  le manque de surveillance du métier, porte 
ouverte aux fraudes, abus et malfaçons diverses, entraînèrent la publi-
cation de textes, lettres patentes, statuts ou arrêts du Conseil du roi pour
edéfnir,  structurer et défendre la profession à partir du XIV siècle. Au
cours des siècles, les merciers, comme toutes les corporations, n’eurent
de cesse de confrmer  et de renforcer leurs privilèges et d’étendre leur 
champ d’action.
Les statuts du 7 mars 1324 : le texte fondateur
Les lettres de Jehan Loncle, prévôt de Paris, publiées le 7 mars 1324,
homologuaient les premiers statuts connus des merciers. Ces statuts
défendaient l’intérêt public, protégeaient le consommateur des malfaçons
et surveillaient l’exercice du métier. Les articles portaient principalement
sur les soies, depuis la qualité du fl,  de sa teinture…, jusqu’à la pièce 
façonnée, et sur le contrôle de la qualité des étoffes, particulièrement
celles d’or et d’argent. Les étoffes de soie et de brocart composaient
alors l’essentiel du commerce des merciers. Ces règles s’appliquaient
2d’ailleurs tant aux marchands qu’aux fleuses  de soie et aux fabricants .
Certains articles mentionnaient des éléments précis du costume, comme
les chapeaux, ceintures, bourses, attaches, aloyères (sorte de gibeciè-
3res) et tourets . Ainsi, outre les coupons d’étoffe, les merciers vendaient
également des produits fnis et des accessoires de mode.
L’exercice même du métier n’était pas abordé. Il était seulement
interdit aux merciers d’être courtier, c’est-à-dire de vendre des marchan-
dises ne leur appartenant pas, au risque de payer une forte amende de
420 livres .
Ces statuts mentionnaient pour la première fois le commerce inter-
national, et plus particulièrement les activités des Italiens, principaux
pourvoyeurs de soieries. Ainsi, les « transmontains », bénéfciaires  de la 
« franchise de bourgeoisie en la ville de Paris », ne devaient recevoir, stocker 
1. Lespinasse, 1892, II, p. 232 ; Sargentson, 1996, p. 10.
2. 242-245, art. 1-17, 19-23.
3.  Lespinasse, 1892, II, p. 245-246, art. 19, 24-29. Larousse défnit  ainsi un touret : coiffure 
ede femme en forme de diadème à bourrelet, à la mode au XIII siècle ; bandeau de
elingerie porté horizontalement sur le front par les femmes au XIV siècle.
4. Lespinasse, 1892, II, p. 245, art. 18.
marchand.indb 24 14/03/14 12:40:38Le corps de la mercerie 25
et faire stocker aucune marchandise. Ils ne pouvaient s’associer qu’avec
des compatriotes jouissant de la même franchise, sous peine de 40 sols
d’amende à verser au corps et de se retrouver « en la volonté et merci du
1Roy, de corps et d’avoir » . A la méfance  vis-à-vis des commerçants italiens 
s’ajoutait probablement la volonté de la part des marchands français de
protéger leur commerce.
Pour remédier aux malfaçons, « malices, faussetez et décevances », 
rendues possibles « par deffaut de gardes convenables qui n’estaient pas
dudit mestier », et surveiller l’application de ces nouveaux statuts, quatre 
hommes, choisis parmi les marchands, étaient élus comme gardes. Les
personnes ainsi distinguées ne pouvaient refuser, sous peine de 10 livres
d’amende. Avant d’entrer en fonction, ces gardes devaient prêter serment
devant le prévôt de Paris. Elus pour une année, ils ne pouvaient être
réélus avant cinq ans. Ces gardes vérifaient  le respect des statuts, la 
conformité des balances, poids et mesures, ainsi que la qualité des
marchandises. Pour ce faire, ils visitaient les boutiques en compagnie
d’un ou de plusieurs sergents du Châtelet, tant pour impressionner le
visité que pour assurer leur sécurité face à certaines personnalités iras-
cibles. Le marchand ainsi contrôlé devait présenter sans diffculté  ses 
marchandises, sous peine d’une amende de 20 livres. En cas de faute,
les gardes rapportaient au prévôt des marchands le nom du contreve-
nant et les circonstances avec le maximum d’objectivité, « sans nul luy
espargner ne grever pour amour, pour hayne, pour don ne pour promesse ». En 
fonction du rapport, le prévôt prononçait ensuite la peine, généralement
une amende, partagée moitié pour le roi et moitié pour le corps des
marchands « pour leur peinne, pour le travail et pour leur marchandises qui
ils en délairont à faire, et pour les frais qui pourroient estre faiz, pour soustenir
2et garder lesdictes ordenances » . A l’exception des délinquants, chacun y
trouvait son compte : le Trésor royal gagnait un revenu supplémentaire
et la caisse du corps de la mercerie se voyait régulièrement alimentée.
Les statuts du 18 février 1408 : l’extension des domaines de compétence
Quatre-vingt-quatre ans plus tard, le 18 février 1408 puis en mars
suivant, Charles VI, par des lettres patentes, et le prévôt des marchands,
par une sentence, homologuèrent de nouveaux statuts, témoins de
l’importante évolution du métier et des ambitions des marchands. Les
trente-deux articles encadraient bien plus précisément le commerce
de mercerie qui avait connu un grand développement, tant national
qu’international.
1. Lespinasse, 1892, II, p. 246, art. 30, 32.
2. 247-248, art. 33-38.
marchand.indb 25 14/03/14 12:40:3826 Le Prince et le Marchand
L’exercice même du métier ne ft  toujours pas l’objet d’une grande 
attention. L’interdiction renouvelée d’être courtier exceptait les merciers
1reçus maîtres, après seulement le règlement d’une taxe de 100 livres .
Dorénavant, les merciers se réservaient cette activité.
Les conditions d’élection des gardes, désormais au nombre de cinq,
restaient identiques. Une réélection comme garde ne pouvait intervenir
que quatre ans après la fn  du précédent exercice. Les gardes visitaient 
les boutiques, mais il n’était plus précisé qu’un sergent du Châtelet les
2accompagnait . Il y eut quelques abus car, désormais, après l’élection
des nouveaux gardes, deux des anciens les accompagnaient pendant
une année, afn  « que, mieux et plus loyalement, lesdits jurez puissent faire
3leur devoir et visiter » . Les anciens tempéraient sans doute le zèle, ou les
rancœurs, des nouveaux. Comme au siècle précédent, entre la moitié et
les deux tiers des amendes infigées revenait au Trésor royal.
Les étoffes constituaient toujours l’élément principal des échanges
et leur qualité restait le souci premier du corps. Certains articles des
statuts de 1324 se retrouvent presque mot pour mot, particulièrement
4ceux portant sur la soie . Désormais, aucun marchand italien ne pouvait
vendre de la soie teinte, quelle que fût son origine, ni même de la soie
noire de Lucques, de Venise ou d’ailleurs, si elle ne présentait pas une
aussi belle qualité que les autres soies. Comme en 1324, il leur était
interdit de s’associer avec un de leur compatriote s’ils ne bénéfciaient 
5pas tous deux de la franchise de bourgeoisie de Paris . Ces restrictions
témoignaient de la ténacité des marchands merciers à se réserver le plus
possible le trafc des soies et des soieries en France.
La nouvelle extension du commerce, étendu aux provinces françai-
ses, à l’Italie, l’Allemagne, l’Angleterre et l’Irlande, pays explicitement
cités, entraîna des inquiétudes devant la diversité des provenances. Pour
y remédier, les statuts imposaient de préciser le lieu de fabrication des
marchandises. Les marchands de Paris et ceux demeurant hors de la capi-
tale, français ou étrangers, devaient se plier à cette obligation. Avant de
pouvoir les vendre, les marchands étrangers étaient tenus de montrer
leurs marchandises aux gardes de la corporation afn  de vérifer  leur 
qualité pour obtenir l’autorisation de leur mise en vente. Tous les produits
1. Lespinasse, 1892, II, p. 253, art. 17 (art. 18 des statuts de 1324), 18.
2. Sergent : « huissier, le plus bas offcier de justice, qui sert à exécuter ses ordres. Les sentences
et arrests en forme, les lettres de chancellerie portent commission ou mandement au premier
huissier ou sergent de les mettre à exécution, de faire tous exploits, assignations et contraintes
à ce nécessaires » (Furetière).
3. Lespinasse, 1892, II, p. 254, art. 29-32.
4. Lespinasse, 1892, II, p. 249, 250, 252-254, art. 1, 5, 6, 12, 14, 19-28 ; les articles 21-28
correspondent respectivement à ceux n° 2, 3, 5-7, 9, 10, 14 des statuts de 1324.
5. Lespinasse, p. 252, 253, art. 13, 14, 16 (art. 32 des statuts de 1324).
marchand.indb 26 14/03/14 12:40:39Le corps de la mercerie 27
devaient être débités dans leur conditionnement d’origine, ainsi, tels types
d’étoffes « sous cordes en balles », c’est-à-dire en gros. Les dimensions des 
1pièces de certains tissus étaient précisément et strictement défnies .
Ces statuts empiétaient pour la première fois sur les domaines de
compétence d’autres corporations. Ainsi, l’article 12 déterminait la
taille exacte des toiles « ardives », c’est-à-dire dont le fl  était brûlé à la 
teinture, vendues par les marchands, et surtout par les teinturiers de
2Paris . De même, les hôteliers qui se livraient également au commerce,
ne pouvaient désormais plus vendre au détail les produits de marchands
étrangers touchant la mercerie. Ils devaient alors les céder dans leur
3emballage d’origine .
L’extension croissante du commerce des marchands merciers hors du
domaine des soies et des étoffes nourrit l’hostilité grandissante des autres
corporations. Les lettres de 1408 mentionnaient d’ailleurs les premières
tensions qui empoisonnèrent les relations entre les merciers et les autres
corporations jusqu’à la Révolution. Outre les éléments de toilette, les
merciers vendaient désormais des petits objets d’usage courant comme
les aiguilles, épingles, couteaux, rasoirs, ciseaux, lancettes, sonnettes
et « œuvres de forge », en gros uniquement. En effet, ils étaient tenus de 
débiter les premières par paquets de six mille au minimum et les derniers
4par douzaines . A cela s’ajoutaient les gants et la « peintrerie », c’est-à-dire 
le matériel nécessaire pour peindre. C’est le plus ancien témoignage de
l’extension du commerce des merciers hors du domaine des étoffes et
des objets utilitaires ou de mode.
Les rivalités avec les autres corporations prirent une telle importance
eau début du XV siècle, qu’en janvier 1413, soit cinq ans après l’homo-
logation des statuts des merciers, Charles VI confrma  leurs privilèges 
et leur liberté de vendre les marchandises dépendantes de leur corps,
après vérifcation  par leurs gardes. Surtout, le Roi interdit désormais 
aux gardes et jurés des autres corporations toutes visites « et à proprement
parler vexations », effectuées par eux dans les boutiques des merciers et 
jusqu’alors tolérées « par la simplesse et ignorance d’iceux ». De leur côté, 
les merciers n’hésitaient pas à exercer un contrôle pointilleux pour véri-
fer  l’application de leurs statuts, au point que les marchands forains, 
5dégoûtés, délaissèrent Paris . L’obtention de la part du pouvoir royal
1. Lespinasse, 1892, II, p. 249-253, art. 2, 3, 6-8, 10, 19.
2. 252.
3. 252, art. 11.
4. 250, 251, art. 4, 9.
e5. Lespinasse, 1892, II, p. 255-256. Au XVII siècle, Furetière définissait ainsi les
marchands forains : « celuy qui fréquente les foires et les marchés, mais encore tout
marchand estranger qui vient apporter dans la ville ses marchandises, pour les vendre aux
maistres qui tiennent boutique ». Outre ceux qui débitaient leurs marchandises pendant 
marchand.indb 27 14/03/14 12:40:3928 Le Prince et le Marchand
de telles lettres par les merciers de Paris en leur faveur, au détriment
1d’autres corporations, témoignait de leur puissance .
Les textes de 1408 et 1413 témoignaient de l’augmentation de la
puissance du corps de la mercerie. Celui-ci s’immiscait de plus en plus
dans les domaines d’autres corporations, non plus seulement d’un point
de vue strictement commercial, mais également dès la fabrication en
imposant une taille précise pour les toiles « ardives », par exemple. Les 
merciers limitaient le commerce des autres corps, tels les hôteliers, et
contrôlaient de plus en plus étroitement le négoce des marchandises
étrangères. Enfn,  et surtout, pour la première fois apparaît, d’une 
part, la diversifcation  du commerce de la mercerie avec, parallèlement 
aux étoffes, les petites merceries vendues en gros ou en détail par les
petits merciers et, d’autre part, la spécialisation des activités au sein
même du corps. En effet, les marchands d’étoffes ne débitaient pas de
petites merceries. Ces prémices annonçaient l’évolution de la mercerie
au cours des siècles suivants avec un domaine commercial de plus en
plus vaste qui entraîna parallèlement la division du corps en différentes
spécialités.
La sentence du 4 octobre 1470 : premier témoin d’une structure corpo-
ratiste
La sentence du prévôt du 4 octobre 1470 autorisa la levée de taxes
sur les futurs membres de la mercerie, preuve de la puissance fnancière 
2croissante de ce corps . L’introduction mentionne comme raison offcielle 
le coût de la lutte contre les fraudes et malfaçons, commises « tant par
les marchans forains et oultremontains que autres ». Diplomate, ce texte 
incluait les merciers parisiens, sans les citer explicitement, contraire-
ment aux marchands ambulants et étrangers. Ces vérifcations  et autres 
visites coûtaient également cher au corps, placé sous la protection de
3Saint Louis en l’église des Saints-Innocents, à Paris . La raison offcieuse 
les foires franches, certains marchands forains fournissaient les merciers en produits
étrangers.
1. Lespinasse, 1892, II, p. 255-256. Les lettres patentes de janvier 1413 ne mentionnaient
que quatre gardes dans le corps des merciers, ce qui semble être une erreur. En effet,
les statuts du 18 février 1408 et ceux du 16 mars 1558 faisaient bien état de cinq
gardes (Lespinasse, 1892, II, p. 261, art. 1).
2. Lespinasse, 1892, II, p. 257-258.
3. Selon Sauval, le corps des merciers avait tout d’abord choisi une chapelle aux Quinze-
Vingts. Après la transformation de celle-ci en infrmerie,  Charles VI, en 1403, leur 
céda la Salle alors nommée Monseigneur Saint Louis au Palais. Cet emplacement
egêna les procès au début du XVI siècle. Ainsi, la Salle Saint Louis était occupée le
jour de la fête de leur protecteur, le Parlement laissait aux merciers la jouissance de
la Grande Salle du Palais. (Sauval, 1724, II, p. 476).
marchand.indb 28 14/03/14 12:40:39Le corps de la mercerie 29
était sans doute la demande de liquidités de la Monarchie, qui rete-
nait un sixième de ces taxes. Ce texte évoquait donc pour la première
1fois une structure corporatiste chez les merciers . Désormais, les futurs
marchands se voyaient astreints à suivre un apprentissage, dont la durée
n’est pas précisée, sanctionné par l’examen de leurs compétences pour
accéder à la maîtrise.
L’introduction de la sentence de 1470 n’indiquait pas si l’apprentis-
sage et la maîtrise existaient avant ce texte qui soit ne ft  que les taxer, 
soit les mit en place pour des raisons fscales.  L’apprentissage coûtait 
24 sols, dont quatre pour le Trésor royal. Cependant, comme dans les
autres corporations, les fls  de maîtres, privilégiés, ne payaient rien. 
Si, à la fn  de son apprentissage, le jeune homme ne voulait, ou ne 
pouvait accéder à la maîtrise et souhaitait encore servir un maître, il
devait 24 autres sols au corps, qui en cédait quatre au roi. Pour accéder
à la maîtrise, l’aspirant devait débourser 6 livres, sur lesquelles le Trésor
royal prélevait un sixième. Les fls  de maître ne réglaient que la moitié 
de la somme, soit 3 livres, dont 10 sols revenaient au roi. Les gardes
étaient tenus de déclarer au procureur du roi au Châtelet toute nouvelle
mise en apprentissage et réception à la maîtrise pour enregistrement.
Cette déclaration entraînait le versement au receveur de la part prélevée
2par le roi .
Une telle organisation présentait de nombreux avantages : le pouvoir
royal y trouva une source de revenus fscaux  et les merciers un moyen de 
donner une bonne formation aux futurs maîtres et surtout d’exercer une
surveillance plus effcace  de la profession, de la qualité des marchandises 
et de l’honnêteté des marchands, dont le nombre augmentait régulière-
ment. Leur réunion en corps leur donnait plus de force et de cohérence
pour défendre leurs intérêts contre les autres corporations. Inspiré de
celui des corporations des arts et métiers, le cursus des merciers n’offrait
rien d’original et privilégiait également les fls  de maîtres. Malgré cela, 
les merciers n’eurent de cesse, jusqu’à la Révolution, de marquer leur
distinction à l’égard des métiers manuels avec deux arguments, à leurs
yeux indiscutables, qui apparurent pour la première fois en 1543.
1.  Les statuts du 18 février 1408 qualifaient  occasionnellement les gardes du corps de 
« maistres et jurez ». Faute de détails, il est impossible de préciser s’il s’agissait d’un 
titre simplement honorifque  appliqué aux seuls gardes, ou bien s’il sanctionnait 
effectivement déjà une formation et le passage d’un examen. L’article 4 commençait
par « que tous les marchands merciers qui vouldront doresnavant vendre », mais n’em-
ployait pas le terme de maître. Enfn,  l’article 29 ne mentionnait pas l’obligation 
d’être maître pour être élu garde (Lespinasse, 1892, II, p. 249-55, art. 3, 5, 6, 10-13,
16-20, 23, 27, 29).
2. Lespinasse, 1892, II, p. 257, art. 2, 3, 1.
marchand.indb 29 14/03/14 12:40:3930 Le Prince et le Marchand
Les lettres patentes du 12 juin 1543 : la reconnaissance de la dignité
du corps des merciers
erAlors que François I avait supprimé en août 1539 les confréries
1des artisans et gens de métier de Paris , les merciers réagirent pour le
maintien de leur corps. Ils avancèrent en premier lieu le caractère indis-
pensable de leur profession car « l’estat de leur marchandise de mercerye
estait l’un des estats les plus requis et nécessaires de nostre ville de Paris, pour
le faict de la trafcque de la marchandise ».  Surtout, en second lieu, que la 
suppression portait sur les confréries des artisans or ils s’en distinguaient
par l’absence de tout travail manuel dans leur activité et de chef-d’œu-
vre lors de la réception à la maîtrise, contrairement aux artisans. Cette
dernière comprenait un examen oral pour vérifer  que les apprentis 
« feussent expérimentez et trouvez suffsans, et pour estre receu maistre audit
état payaient seullement six livres parisis », dont une revenait toujours 
au roi. Les merciers n’oublièrent pas de rappeler que la suppression
de la confrérie diminuerait les revenus royaux. Le Souverain reconnut
« que lesdits marchans merciers supplians ne feussaient et ne soient artizans
ni ouvrans, mais seullement marchans vendans et acheptans marchandises
sans aucune magnifacture, et partant ne soient et ne puissent estre compris
en l’ordonnance par nous faicte sur l’abolition des confrairies des artizans ». 
Les merciers ne fabriquaient pas, et s’en vantaient, or aucun de leurs
erstatuts ne le leur interdisaient encore explicitement. François I se rendit
à leurs raisons et ne supprima pas leur corps, à condition qu’ils ne fssent 
2aucun banquet .
L’absence de travail manuel et de chef-d’œuvre apparut comme la
principale caractéristique du métier de marchand mercier, ainsi élevé
au-dessus de celui des artisans. De plus en plus conscients de la spécif-
cité et des privilèges de leur profession, les merciers prirent bien garde
désormais de préciser dans les textes ce qui les distinguait des autres
corporations.
Les statuts du 16 mars 1558 : la reconnaissance de la diversité du
corps
Henri II constata que les anciennes ordonnances étaient devenues
« en partie défectueuses et ne satisfaisant à plusieurs choses qui sont requises
en aulcuns poincts, sont si obscures et mal intelligibles que l’obscurité oste le
3proufft que l’on peut tirer ou donne quelque coulleur d’en abuser » . Aussi, le
1. Lespinasse, 1892, II, p. 258, note 2.
2. 258-260.
3. 265.
marchand.indb 30 14/03/14 12:40:39Le corps de la mercerie 31
16 mars 1558, le Souverain promulgua-t-il de nouveaux statuts compo-
sés de trente-deux articles adaptés à l’évolution du commerce et de la
profession. Grâce à leur défnition  précise des compétences des merciers 
et de l’organisation du métier, ces statuts constituèrent les fondements
du corps. Tous les textes postérieurs en reprirent le contenu, à quelques
modifcations de détail près.
Devant la grande variété de leur commerce, les merciers s’étaient
spécialisés en fonction du type de marchandises vendues. Les statuts de
1558 mentionnaient six domaines offciellement  reconnus par le corps, 
avec « le marchand grossier qui débite en gros ; marchand de draps de soye ;
marchand de demyes ostades, sarges et toilles ; marchand de toutes menues
merceries ; marchand joyalier vendant orphèvrerie, pierres précieuses, perles
1et autres joyaulx ; et marchand tapicier » . Il est impossible de préciser si
cette division se retrouvait au niveau des boutiques, ou bien si elle restait
théorique et qu’en réalité un mercier faisait parallèlement commerce
d’orfèvrerie et de meubles d’étoffes, par exemple. Le commerce des étof-
fes ne représentait plus que la moitié des spécialités, tandis que celui de
la petite mercerie (peignes, ciseaux…) avait pris son indépendance.
Deux autres domaines avaient fait leur apparition : le premier compre-
nait les marchands joailliers, spécialisés dans le commerce de l’orfèvrerie,
des pierreries brutes ou taillées, des perles et des bijoux. Cependant,
conformément aux derniers statuts, il ne leur était pas permis de les
mettre en œuvre, ni de fabriquer des objets d’or ou d’argent, activités
réservées aux seuls orfèvres. En revanche, les merciers pouvaient faire
tailler des pierres précieuses et faire appel à des orfèvres pour réali-
ser ou enjoliver des pièces qu’ils revendaient ensuite. Ces marchands
ejoailliers connurent un bel avenir dans la seconde moitié du XVII siècle.
Les tapissiers représentaient le second nouveau domaine. Ils se consa-
craient au commerce des tapisseries, si appréciés des contemporains
eet éléments essentiels de l’ameublement jusqu’au XVIII siècle, et des
meubles d’étoffes. Ces derniers ne comptaient que par leur couverture
de tissus. Une fois usée, la structure de menuiserie recevait une autre
2garniture d’étoffe ou terminait en bois à brûler .
Devant la variété de la profession, et afn  d’éviter toute tension et 
jalousie, le nombre des gardes fut porté de cinq à six, soit un par spécia-
lité. L’impossibilité de refuser cette charge annuelle, sous peine d’une
1. Lespinasse, 1892, II, p. 260. Selon Furetière, une ostade était une « espèce d’étoffe
ancienne ». Le Littré ignore ce terme. A propos de sarge, Furetière précise que 
« Vaugelas veut qu’on dise sarge, mais l’usage est contraire [c’est-à-dire serge]. C’est une
étoffe commune et légère de laine croisée ».
2. De même, les robustes armoires et coffres de menuiserie ne faisaient probablement
pas l’objet d’un commerce de seconde main. Ils étaient conservés le plus longtemps
possible avant d’alimenter probablement la cheminée.
marchand.indb 31 14/03/14 12:40:3932 Le Prince et le Marchand
amende de 40 livres, était maintenue, à l’exception d’un état de santé
contraire à son exercice. Les conditions pour y entrer et la nature de
la charge n’avaient pas changé, avec ses visites, ses vérifcations  des 
marchandises, des poids et des mesures, éventuellement en compagnie
d’un sergent du Châtelet. Les jurés des autres corps ne participaient
pas à ces contrôles. Enfn,  les gardes sortants rendaient compte de leur 
1gestion à leurs successeurs .
Pour l’exercice du métier lui-même, l’article 13 précisait pour la
première fois, offciellement  et explicitement, que les merciers, « ne
pourront rien ouvrer de leurs mains, ne faire ouvrer en leurs maisons, synon
2enjoliver et enrichir leurs marchandises de mercerie » . Le corps présenta
cette interdiction de fabriquer comme la preuve de sa dignité. L’usage
du terme « enjoliver » permit toutes les interprétations et tous les abus 
possibles, tant de la part des merciers que de celle des autres corpora-
tions, et entraîna tensions et procès. Les statuts avancèrent d’ailleurs
le coût croissant de ces derniers, ainsi que des visites des gardes pour
augmenter les prix de la maîtrise et de l’emploi d’un compagnon, afn 
de donner au corps les moyens fnanciers  de défendre ses intérêts. Il en 
coûtait désormais 18 livres pour acquérir la maîtrise, et la moitié pour le
fls  d’un maître. Les compagnons entrés au service d’un maître devaient 
acquitter 25 sols dans les quinze jours suivant leur embauche, dont cinq
3revenaient au roi. Les fls de maître s’en voyaient exemptés .
Dorénavant, les titulaires de la maîtrise étaient seuls autorisés à tenir
une boutique ouverte avec « tapis sur l’estably », et une seule chacun, dans 
Paris, au Palais ou dans les faubourgs, sous peine de 30 livres d’amende.
Cette contrainte nouvelle cherchait sans doute à faciliter les contrôles
par les gardes afn  de garantir la qualité des marchandises et l’exercice 
du métier. Pour alimenter la caisse du corps, chaque maître était tenu de
verser aux gardes, le jour de la Saint Louis, une symbolique redevance
annuelle de 10 sols. Ce jour, les merciers devaient fermer leur boutique,
4afn  « que l’honneur de Dieu et des saints ne soit obmis » . Pour éviter toute
fraude, vente de marchandises en secret…, tout commerce en lieu fermé, 
5comme magasin ou chambre, donc diffcile  à contrôler, restait prohibé .
Parallèlement, pour lutter contre les vols, il était interdit à quiconque
de prendre en gage aucun objet relevant de la mercerie proposé par un
serviteur ou un inconnu, sauf s’il était courtier en mercerie. Par précau-
tion, un certifcat  des propriétaires des objets déposés devait être réclamé 
1. Lespinasse, 1892, II, p. 260-261, 265, art. 1-7, 31.
2. 261.
3. 264-265, art. 26-29.
4. 265, art. 30, 32.
5. 261, art. 10-12.
marchand.indb 32 14/03/14 12:40:39Le corps de la mercerie 33
au serviteur qui l’apportait, certifcat  conservé ensuite par l’acheteur 
1qui les rachetait .
Le fou  juridique existant entre les hôteliers et les merciers disparut : 
les premiers disposaient désormais de trois mois, après la publication
de ces statuts, pour décider entre l’hôtellerie ou la mercerie. Passé
cette période, ceux qui n’auraient pas choisi resteraient hôteliers et les
marchandises présentes dans leurs établissements seraient confsquées 
avec 24 livres d’amende. Les hôteliers ne pouvaient plus également
vendre pour le compte de marchands forains ou étrangers, sous peine
2de 20 livres d’amende . Les merciers se réservaient ainsi toute l’activité
marchande des objets de mercerie.
Les marchands étrangers se voyaient tenus de débiter leurs marchan-
dises dans leur conditionnement d’origine, sans doute pour éviter des
fraudes, et toujours après les avoir fait vérifer  par les gardes de la 
mercerie. Ces derniers avaient vingt-quatre heures pour effectuer ces
examens et marquer les produits, afn  que les marchands étrangers puis-
sent les vendre rapidement. Ils disposaient pour cela de seulement huit
jours ouvrables. Passé ce temps, les gardes des merciers les obligeaient à
écouler leurs marchandises restantes au rabais fxé  par eux, sous peine 
de confscation  et d’une amende de 20 livres. Si ce surplus n’avait pas 
été vendu dans les huit jours ouvrables suivants, les gardes imposaient
un autre rabais, et ainsi de suite jusqu’à la vente de la totalité du stock.
Sans doute pour éviter le contournement de ces sévères mesures, ainsi
que les monopoles, il était interdit aux merciers de Paris d’être cour-
tier d’un marchand étranger, en revanche, ils pouvaient l’être pour des
3marchands français .
Ces statuts de 1558 apparaissaient comme un texte règlementaire bien
plus précis et contraignant que les précédents. Ils cadraient étroitement
les différents aspects de l’activité des merciers, depuis l’apprentissage
jusqu’au nombre de boutiques par maître. Cette sévérité allait de pair
avec l’ampleur et la complexité croissante du commerce de la mercerie
et certainement une augmentation du nombre de maîtres. Ces statuts
témoignaient de la puissance acquise par le corps de la mercerie au
emilieu du XVI siècle, qui obtint l’exclusivité de tout le commerce de
la mercerie, au détriment des hôteliers, et le droit de contrôle sur les
marchandises étrangères et les marchands étrangers et forains. Les
merciers n’eurent de cesse de faire confrmer  par le pouvoir tous ces 
avantages acquis et de les étendre.
1. Lespinasse, 1892, II, p. 264, art. 24.
2. 261, 262, 263, art. 14, 15, 21, 22.
3. 264, art. 23.
marchand.indb 33 14/03/14 12:40:3934 Le Prince et le Marchand
Les lettres patentes de février 1567 et du 9 octobre 1570 : la confrma-
tion des textes antérieurs
Par des lettres patentes en treize articles de février 1567, Charles IX
approuva les statuts de 1558 et en précisa certains détails. Ainsi, la
période de l’apprentissage fut offciellement  fxée  à trois ans et seuls les 
1titulaires de la maîtrise pouvaient se livrer au commerce . Les marchands
forains n’étaient plus désormais autorisés à vendre que lors des foires de
Saint-Denis, de Saint-Germain et du Landy, à condition d’avoir fait véri-
fer  auparavant leurs marchandises par les gardes du corps des merciers, 
2selon l’usage. Enfn,  aucun étranger ne pouvait servir de courtier à Paris .
Le Roi confrma  l’interdiction du courtage pour d’autres que des maîtres, 
afn  d’éviter « aux abbus et monopolles qu’ils pourront faire et commectre avec
3les estrangers » . Le corps entendait ainsi protéger ses activités ; toutefois,
le zèle de ses membres avait besoin de quelques stimulations. Ainsi,
l’article 11 rappelait que tout absent à une assemblée serait contraint de
payer une amende de 20 sols, à moins d’excuses légitimes. De plus, les
décisions prises lors de ces réunions devaient être respectées par tous
les marchands. Charles IX faisait souvenir aux marchands du Palais
4l’obligation de verser au corps la redevance annuelle de 10 sols . Ces
mises au point laissent à penser que l’application des statuts et des
décisions des assemblées du corps rencontrait des résistances plus ou
moins passives.
En revanche, la défense des privilèges mobilisait toutes les énergies.
Le 9 octobre 1570, Charles IX défendit une fois de plus aux gardes des
autres corporations de visiter les boutiques et les marchandises des
merciers et rappelait l’ancienneté de ce corps, donc la considération
5qu’il méritait à ce titre . Principaux acteurs du commerce international,
les merciers obtinrent une totale liberté en ce domaine, à condition d’y
« faire gains raisonnables ». En une société qui condamnait l’accumula-
tion d’argent, l’acceptation d’un « gain raisonnable », essence du métier 
de marchand, marquait un début de reconnaissance de la profession,
reconnaissance qui n’excluait pas le mépris.
Le Souverain renouvela l’interdiction imposée aux merciers « de faire
manufacture quelconque, mais seulement de vendre, achepter, estaller, parer et
6enjolliver de toutes espèces de marchandises » . Le corps présenta peut-être
1. Lespinasse, 1892, II, p. 266, art. 1, 2.
2. 266, art. 3-9.
3. 266, art. 10.
4. 267, art. 11, 12, 13.
5. Statuts, ordonnances…, 1727, p. 32-38. Lespinasse ne publia que partiellement ce 
document (Lespinasse, 1892, II, p. 267-268).
6. Statuts, ordonnances…, 1727, p. 33.
marchand.indb 34 14/03/14 12:40:39Le corps de la mercerie 35
au Roi l’activité d’enjoliver comme très limitée, donc ne méritant pas la
vérifcation  des gardes des autres corporations. Dans la liste ouverte de 
ces dernières, outre les métiers cités en 1413, apparaissaient les chape-
liers, bonnetiers, mitainiers, fourbisseurs, cordiers, épiciers, apothicaires,
cloutiers, selliers, taillandiers et imagiers. Son allongement témoignait
autant de la variété croissante du commerce des merciers que de la
méfance,  voire de l’opposition, manifestée par les corporations concer-
nées. Celles-ci s’estimaient menacées dans leurs métiers et voyaient dans
les merciers une concurrence d’autant plus déloyale que ces derniers
1vendaient « ordinairement à trop meilleur prix que les autres » . Les confits 
continuèrent de plus belle, et seuls les apothicaires réussirent à garder un
2contrôle sur les drogues . Les mentions des « imagiers » et des peintres 
laissent supposer la vente de tableaux par les merciers.
Les statuts de juillet 1601 et de janvier 1613 : le texte de référence
Les statuts de juillet 1601. Le rétablissement de la paix par Henri IV
entraîna le retour de la Cour à Paris et, avec elle, « la grande affuance des
princes, seigneurs, ambassadeurs et autres personnes de toutes qualitez, [où]
il se fait un grand débit et consommation des marchandises ». Pour répon-
dre à la demande avec effcacité  et dignité, les merciers demandèrent 
au Souverain la confrmation  de leurs statuts, « afn de remettre le trafc
en son premier lustre, et réformer les abus qui se sont glissez en la manu-
facture et débit pendant les troubles et guerres civiles qui ont eu cours en ce
royaume ». Le Roi accueillit leur requête d’autant plus favorablement 
qu’il désirait « l’augmentation et accroissement de nostre bonne ville de Paris,
et que les estats et marchandises soient bien réglez ». Par ses lettres patentes 
de juillet et septembre 1601, le Souverain renouvela, en quatorze articles,
les statuts du corps en faisant référence aux différents textes relatifs au
corps des merciers publiés depuis 1407. Il en confrma  les privilèges et 
reconnut sa puissance et son importance dans le commerce de la capitale.
Outre les six spécialités déjà mentionnées, le domaine d’action de la
mercerie s’était étendu à la maroquinerie, la fourrure, la passementerie
et les rubans.
Quelques modifcations  mineures apparurent. Les articles 1 et 2 
mettaient en place l’élection annuelle d’un grand garde et le renou-
vellement des deux plus anciens des six gardes, charge devenue ainsi
triennale. L’article 9 défendait désormais à un maître de garder un
1. Statuts, ordonnances…, 1727, p. 35.
2. Lespinasse, 1892, II, p. 268, note 2.
marchand.indb 35 14/03/14 12:40:3936 Le Prince et le Marchand
1compagnon marié . Alors qu’ils confrmaient  les règlements antérieurs, 
les statuts de 1601 n’ont pas satisfait les merciers qui réclamèrent, douze
ans plus tard un nouveau texte.
Les statuts de janvier 1613. Les lettres patentes obtenues du jeune
Louis XIII, en janvier 1613, constituèrent le dernier grand règlement du
2corps des marchands merciers jusqu’à la Révolution  (voir pièce justif-
cative I). Comme en 1601, les merciers eux-mêmes l’avaient réclamé afn 
que leur corps fût de nouveau « bien réglé et pollicé ». Cela suppose que 
l’application des lettres patentes de 1601 laissait à désirer. Les merciers
reprenaient l’argument du « grand débit et consommation de marchandises » 
qu’entraînait à Paris la résidence ordinaire du souverain et de la Cour,
et arguaient l’utilité publique de ces nouveaux statuts pour combattre
3les fraudes . L’exercice même du métier y est encore plus détaillé et
ses compétences plus précisément délimitées qu’en 1558. Les merciers
obtinrent un texte leur permettant de lutter contre les autres corporations
4dont l’hostilité allait jusqu’à la violence physique .
Ces lettres patentes reprenaient l’essence des précédents textes. Pour
défendre leurs intérêts, les merciers limitèrent toujours le commerce
des forains et des étrangers aux périodes des trois grandes foires de
Saint-Denis, de Saint-Germain et du Landy, après la visite de leurs
marchandises par les gardes de la mercerie. Quant aux forains et étran-
gers non reçus maîtres, seule la vente en gros leur était permise pendant
ces mêmes foires uniquement. Tous devaient débiter leurs marchandises
5dans l’emballage du pays d’origine . L’élection d’un grand garde, assisté
de six gardes, les échéances électorales, l’apprentissage, le nombre de
boutique autorisé par maître, l’interdiction d’être courtier, d’exercer
parallèlement un autre métier, de fabriquer mais pas d’enjoliver, de
mettre en gage des marchandises… se retrouvaient en 1613 sans aucune 
6modifcation .
1. Statuts, ordonnances…, 1727, p. 43-53. Lespinasse résuma rapidement les articles de 
ce document (Lespinasse, 1892, II, p. 269). L’introduction rappelait la division du
corps en six états, mentionnée dés 1558. Les deux premiers réglaient l’élection des
gardes ; les deux suivants portaient sur les visites ; les articles 5 à 7 traitaient des
rapports avec les marchands forains et étrangers.
1A2. A.N., X 8647, f°376-382. Lespinasse ne publia pas le texte in-extenso et résuma
les articles 3 à 9 et 24 à 32 (Lespinasse, 1892, II, p. 272, 276) ; Sargentson publie en
son appendice 1 la citation incomplète donnée par Savary des Bruslons de l’article
12 de ces mêmes statuts (Savary des Bruslons, 1741, III, col. 353-354, art. Mercerie ;
Sargentson, 1996, p. 148).
3. Lespinasse, 1892, II, p. 269-270.
4. 270.
5. 274-275, art. 18-23.
1A6. A.N., X 8647, f°376-382. Lespinasse, 1892, II, p. 271-276, art. 1-12, 14, 24-26, 28-32.
marchand.indb 36 14/03/14 12:40:40Le corps de la mercerie 37
Après deux siècles d’efforts, les merciers avaient obtenu la reconnais-
sance de la puissance économique et de la dignité de leur corps. Par deux
fois en douze ans, le pouvoir royal a confrmé  leurs statuts et reconnu la 
variété et l’étendue de leur activité ainsi que l’importance économique
de leur commerce. Il a conforté les merciers dans leurs droits et leurs
privilèges et défendu leur corps contre les autres corporations. Aucun
garde de ces dernières n’était, une fois de plus, autorisé à visiter les
boutiques des merciers, alors qu’eux-mêmes devinrent très intrusifs. Les
statuts de 1613 leur accordaient la permission de visiter les boutiques
et marchandises des marchands privilégiés suivant la Cour, jusqu’alors
1protégés . Un arrêt du Conseil du Roi, du 13 octobre 1667, confrma  cette 
2prérogative et l’étendit aux boutiques présentes dans les foires .
Les marchands privilégiés
Les marchands privilégiés suivant la Cour, dont l’origine remontait
eà la première moitié du XV siècle, constituaient une entité distincte
indépendante des corporations malgré une pratique commerciale iden-
tique. Pour pallier les diffcultés  d’approvisionnement d’une Cour alors 
nomade, le souverain s’attacha des marchands parisiens en leur conférant
des privilèges suffsamment  attractifs pour qu’ils acceptassent de quitter 
leur boutique parisienne, donc une clientèle assurée, et de payer les frais
3des déplacements . En compensation de cette contrainte, les marchands
étaient exemptés de tous droits de passages, de pont, de péages, entrées,
4gabelles et autres impôts , privilèges qui leur permettaient de suivre la
Cour sans augmenter le prix de leurs marchandises.
Le roi décidait seul du nombre de marchands nécessaires à sa Cour,
tandis que leur nomination revenait au prévôt de l’Hôtel ou grand prévôt
5de France . Marchands et artisans suivant la Cour ne jouissaient de leurs
privilèges qu’au jour de l’enregistrement de leurs lettres de provisions
6au greffe de la prévôté de l’Hôtel , afn  de prévenir les abus commis 
7par des particuliers sans privilège . Le nombre de ces marchands ne
cessa d’augmenter afn  de répondre aux besoins d’une Cour de plus 
en plus importante. Au nombre de 97 pendant le règne de Louis XII,
erFrançois I les porta à 169. Henri IV les doubla en 1606, et ils étaient
1. Lespinasse, 1892, II, p. 270.
2. Statuts, ordonnances…, 1727, p. 86-90 ; Recueil d’ordonnances…, 1752, p. 86-90.
3. Delpeuch, juillet-septembre 1974, p. 380, 381.
4. B.n.F., ms. fr. 21596, f°127. Etat de la France, 1687, I, p. 579 ; Delpeuch, juillet-septembre
1974, p. 409-410.
5. Delpeuch, e 1974, p. 383, 389.
6. Etat de la France, 1687, I, p. 579, 581.
7. juillet-septembre 1974, p. 394.
marchand.indb 37 14/03/14 12:40:4038 Le Prince et le Marchand
386 en 1640. Louis XIV en créa 208 supplémentaires en 1658 et 1659,
1soit un total de 594 .
Par un arrêt du Conseil du 30 janvier 1625, Louis XIII mit fn  à une 
longue tradition et réserva les places de marchands merciers joailliers
suivant la Cour aux seuls ressortissants français. Les étrangers pourvus
de telles places devaient rapporter leurs lettres de provision, même
ceux ayant obtenu des lettres de naturalité. Ainsi, Charles Morisse, natif
d’Anvers, dut rendre ses lettres, malgré sa naturalisation. Le grand
prévôt, dont les étrangers dépendaient, avait trois mois pour redistri-
buer ces lettres aux seuls régnicoles. Parallèlement, le Roi interdisait aux
marchands français devenus privilégiés de servir de prête-nom à des
marchands étrangers, de leur servir de facteur ou de commissionnaire, et
encore moins de s’associer avec eux. L’arrivée au pouvoir de Richelieu,
en 1624, et sa méfance  vis-à-vis des Espagnols expliquent peut-être, en 
2partie, ce soudain ostracisme .
Il n’était pas nécessaire d’être maître pour devenir marchand privi-
légié, ce que combattaient les corporations parisiennes qui eurent gain
de cause. L’arrêt du Conseil du 30 janvier 1625 imposa aux marchands
privilégiés de faire leur apprentissage conformément aux statuts de leur
3spécialité, toutefois cette exigence resta théorique . En contrepartie, ces
derniers ne pouvaient former d’apprenti, ni prétendre à aucune charge
4dans le corps de la mercerie . Ce même arrêt autorisait les marchands
privilégiés à « tenir boutique et magazins ouverts dans laditte ville [de Paris],
le Roy estant en icelle, à Saint-Germain, Monceaux, Fontainebleau ou autres
lieux d’esgalle ou plus proche distance, et les fermeront dans trois jours après
que Sadite Majesté sera partie pour aller en lieu plus esloigné, à peine de
confscation de leur marchandise s’ils ne suivent actuellement en personne et
5ne tiennent aultres boutiques bien fournyes à la suite de la Cour » . Attachés
à la Cour, ces marchands devaient en suivre les déplacements, quitte
à fermer leur boutique lorsqu’elle s’éloignait au-delà des principales
résidences royales, ce qui arrivait de moins en moins souvent depuis le
règne de Louis XIII. L’arrêt de 1625 confrmait  aux corporations l’autori-
sation de contrôler les marchands privilégiés : « Sadite Majesté estant dans
ladite ville de Paris, les marchands et artisans d’icelle feront leurs visittes sur
lesdits privilégiez, l’un des archers ou autre offcier de ladite prévosté de l’Hostel
présent en la manière accoustumée. Et en estant absente, seront lesdites visites
faites de l’autorité du prévost de Paris, comme sur les autres marchandises et
1. Delpeuch, juillet-septembre 1974, p. 384-385.
2. B.n.F., ms. fr. 21596, f°117v°, 120-120v°.
3. . 21596, f°121. Delpeuch, juillet-septembre 1974, p. 389-391.
4. Delamare, 1705-1738, I, p. 158, 161-162 ; Savary des Bruslons, 1741, III, col. 361, art.
Mercier, Mercière.
5. B.n.F., ms. fr. 21596, f°121.
marchand.indb 38 14/03/14 12:40:40Le corps de la mercerie 39
1artisans de ladite ville » . En réalité, les conditions de leur application
étaient telles que les marchands privilégiés échappaient de fait à ces
visites. Le prévôt de l’Hôtel les défendait d’autant plus ardemment que
2les visites des corporations portaient atteinte à ses prérogatives . Un
arrêt du Conseil, du 29 avril 1673, confrma  fnalement  le privilège des 
marchands privilégiés suivant la Cour « de tenir boutique ouverte à Paris ;
fait défenses de les y troubler, nonobstant les arrêts contraires qui avaient esté
3obtenus jusqu’à ce jour » .
Dix-neuf ans plus tard, le brevet royal du 15 avril 1644, autorisait le
maître de la Garde-robe du roi à choisir dans chaque corps de métier
« deux des artisans qui seraient jugez les plus experts pour estre employez au
4service de Sa Majesté par préférence à tous les autres » . Cette distinction
n’accordait pas la maîtrise, pouvoir réservé aux seules corporations. Le
pouvoir royal changea souvent d’avis quant au nombre des marchands
privilégiés. Par une déclaration du 30 mai 1664, Louis XIV supprima
« plusieurs offciers inutiles de sa Maison »  et limita le nombre de marchands 
et artisans à vingt-six, dont deux merciers. Puis, neuf ans plus tard, à la
requête du prince de Marsillac, grand-maître de la Garde-robe, un arrêt
du Conseil du 25 juillet 1673 rétablissait les marchands supprimés en
e1664. Finalement, au milieu du XVII siècle, les marchands privilégiés
comprenaient vingt-six merciers, ensuite diminués à vingt-quatre, soit
5parmi les plus nombreux avec les tailleurs et les cabaretiers .
eAu XVII siècle, les merciers réussirent donc, du moins théoriquement,
à contenir les professions artisanales dans leur domaine particulier, à
éviter leur intrusion dans leur propre commerce et à obtenir un mini-
mum de contrôle sur les marchands privilégiés suivant la Cour. La
multiplication des vexations, procès et arrêts du Conseil durant les
deux siècles suivants, témoigne de la forte combativité des artisans et
des gens de métiers.
1. B.n.F., ms. fr. 21596, f°121. Delpeuch, juillet-septembre 1974, p. 401.
2. Delpeuch, juillet-septembre 1974, p. 401-403.
3. Delamare, 1705-1738, I, p. 162.
4. 161.
5. B.n.F., ms. fr. 21596, f°126-126v°. Une liste de 1657 mentionnait comme marchands
privilégiés suivant la Cour 26 merciers « jouailliers » grossiers, 25 cabaretiers, 
26 tailleurs, 16 volaillers et poissonniers, 14 cordonniers, 12 bouchers, autant de
marchands de vin et de pourvoyeurs de foin, 10 boulangers et autant de « verduriers-
fruitiers » et de selliers, 9 « carleurs » de souliers, 8 charcutiers, 8 pâtissiers, 8 lingers, 
8 fourbisseurs, 8 pelletiers, 8 chandeliers, 6 apothicaires, 6 gantiers parfumeurs,
6 corroyeurs, 6 brodeurs, 3 « esperonniers » et 2 libraires. L’Etat de la France de 1687
mentionnait toujours 26 marchands merciers, tandis que le nombre de certaines
professions avait changé, et d’autres étaient apparues, tels les 2 vendeurs de pains
d’épices et d’amidon ou les 2 plumassiers (Etat de la France, 1687, p. 578).
marchand.indb 39 14/03/14 12:40:4040 Le Prince et le Marchand
eLe corps de la mercerie au XVII siècle
Le nombre de merciers
Le nombre exact de maîtres merciers exerçant à Paris est diffcile 
à connaître. Les archives de la communauté ont presque totalement
disparu, quant aux « registres des jurandes et maîtrises pour la réception des
maîtres », ils sont trop lacunaires pour évaluer l’ampleur du corps. Pour 
eSauval, au milieu du XVII siècle, Paris comptait 2 400 à 2 500 chefs de
1familles merciers . Un mémoire rédigé en 1690, mentionné par Antoine
2Schnapper, dénombrait alors 4 112 merciers . Dans les deux cas, les chif-
fres sont considérables, cependant la proportion de merciers spécialisés
dans le commerce des meubles et des objets d’art reste impossible à
déterminer.
Les compétences du corps
Alors que les maîtres des corporations des arts et métiers se voyaient
3cantonné à la vente de ce qu’ils produisaient , les merciers avaient
la faculté d’exercer un commerce très varié, à l’échelle nationale et
internationale, détaillé par l’article 12 des statuts de 1613 (voir pièce
justifcative  I). Un mémoire des « prix de la plus grande et saine partie
des marchandises deppendantes du négoce de la marchandise de grosserie,
mercerie et jouaillerye de ceste ville de Paris », rédigé à la demande du 
chancelier Séguier, et à lui apporté le 23 avril 1636, dressait une liste
identique.
Les spécialités. Les étoffes en constituaient la plus ancienne et la plus
grande part de l’activité de la mercerie. Suivaient les bas de soie, l’or et
argent fn  flé  de Paris et de Lyon, les passementeries d’or et d’argent, 
les boutons d’or, d’argent et de soie, les dentelles de soie. Cependant,
l’activité de la mercerie couvrait un éventail très large. Ce mémoire
citait le cuivre, l’étain, le plomb et le fer blanc non ouvré, ainsi que,
plus surprenant, du jambon de Mayence, de la cire jaune, du mercure,
des soies de porc, des tapis de Turquie, de Rhodes et de Perse, des
cuirs et maroquins, des tapisseries de Rouen, de Beauvais, de Tournay,
de Bergame et d’Angleterre, des plumes d’autruche et des aigrettes,
des cochenilles, des graines d’écarlate et de garance. Des perles et des
1. Sauval, 1724, II, p. 475.
2. Schnapper, 2004, p. 65.
3. Lespinasse, 1892, II, p. 273, art. 13-17.
marchand.indb 40 14/03/14 12:40:40Le corps de la mercerie 41
diamants précédaient les marchands de fer en barres et de clous, d’acier,
1de fer de fonte, de chanvre et même de charbon de terre .
eAu XVIII siècle, Savary des Bruslons citait les vingt spécialités les
plus importantes, depuis le marchand grossier d’étoffes jusqu’aux petits
merciers, vendeurs de menus objets. Les grossistes en étoffes, puis les
marchands de drap d’or, d’argent et de soie, et ceux de passementeries,
boutons et autres dorures apparaissaient comme les plus estimés. Les
vendeurs d’étoffes diverses précédaient les marchands joailliers, suivis
des marchands de linge, de dentelles et de mousselines, de fls  de soie et 
de peausserie. Malgré la richesse des objets vendus, les merciers joailliers
ne bénéfciaient  pas du prestige de ceux spécialisés dans les étoffes d’or 
et d’argent.
Les marchands tapissiers tenaient la dixième place, avant les grossis-
tes en métaux et les quincailliers. En treizième position apparaissaient
les vendeurs de meubles et d’objets d’art. Suivaient les débiteurs de
miroirs, de vitres et d’objets de toilette. Ils précédaient les marchands
de rubans et autres éléments de parures vestimentaires. Les papetiers
fournisseurs de tout le matériel nécessaire à l’écriture précédaient les
chaudronniers, les vendeurs de toiles cirées, parapluies, capes…, et les 
2vendeurs de menues merceries .
Si la spécialisation semble avoir été effective dans des domaines
particuliers comme les papetiers, les chaudronniers ou les marchands
de draps d’or, d’argent et de soie, celle-ci restait moins stricte pour
les étoffes de simple soie, les cotonnades, l’orfèvrerie, les pierreries,
le mobilier et les objets d’art. Durant tout le règne de Louis XIV, des
marchands comme les Le Brun, les Morisse ou les La Fresnaye faisaient
négoce de deux voire trois de ces spécialités, sans aucune réserve de la
part du corps.
Les merciers spécialisés en meubles et objets d’art. Cette spécialité se déve-
loppa lentement et très tardivement. Les statuts de 1558 citaient, parmi
les six états du corps susceptibles de vendre des meubles et des objets
d’art, les marchands orfèvres et les tapissiers. La notion d’objets d’art
et de meubles se réduisait à ce qui existait de plus précieux, les pièces
d’orfèvrerie et les tapisseries. Les statuts de 1601 n’apportaient aucune
nouveauté et ceux de 1613 mentionnaient seulement le commerce des
miroirs, objets également très coûteux.
L’arrêt du 29 avril 1670, qui résolut un différend entre les maîtres
menuisiers et les merciers, témoignait indirectement de la vente de
1. Du Pradel, 1692, p. 93 ; Lespinasse, 1892, II, p. 272-273. B.n.F., ms. fr. 18594, f°35-
56v°.
2. Savary des Bruslons, 1741, III, col. 357-358, art. Mercerie.
marchand.indb 41 14/03/14 12:40:4042 Le Prince et le Marchand
1mobilier de menuiserie, et sans doute d’ébénisterie, par ces derniers .
Les merciers commencèrent probablement à vendre de tels meubles au
ecours de la première moitié du XVII siècle, car les tables et surtout les
cabinets apparurent pendant le règne de Louis XIII. L’inventaire après
décès de Vincent Le Blond, dressé en 1662, spécialisé dans les porcelai-
nes et autres produits d’Orient, ou celui de François Lescot, rédigé deux
ans plus tard, prouvent l’existence de marchands d’objets d’art à Paris
2au milieu du siècle . Malgré cela, dans son dictionnaire paru en 1690,
Furetière reprenait les six domaines des merciers cités par leurs statuts,
sans mentionner ceux spécialisés en meubles. Plus proche de la réalité,
Du Pradel, dans son ouvrage Le Livre commode contenant les adresses de
la ville de Paris et le trésor des almanachs pour l’année Bissextile, édité en
1692, donnait la liste et les adresses de merciers qui se consacraient au
commerce des meubles et des objets d’art, sous les termes « commerce
3de curiositez et de bijouterie » . Leur grand nombre attestait une activité
forissante  et établie depuis plusieurs années, ce que confrmait  Liger 
4 edans son guide publié en 1716 . Au XVIII siècle seulement, Savary des
Bruslons détailla « ceux qui vendent des tableaux, des estampes, des candéla-
bres, des bras, des girandoles de cuivre doré et de bronze, des lustres de cristal,
des fgures de bronze, de marbre, de bois et d’autre matière, des pendules, horlo-
ges et montres, des cabinets, coffres, armoires, tables, tablettes et guéridons de
bois de rapport et doré, des tables de marbre et autres marchandises et curiosités
5propres pour l’ornement des appartements » . Le commerce de meubles et
d’objets d’art par les merciers se voyait enfn  reconnu après plusieurs 
décennies d’existence.
Leur dénomination. Les registres de réception à la maîtrise du corps des
merciers désignaient comme « marchand mercier grossier joaillier » l’aspi-
6rant ayant été reçu à la maîtrise . Cette appellation recouvrait toutes les
activités du corps. Les merciers spécialisés dans les meubles et les objets
7d’art ne l’employait que rarement , tout comme la simple dénomina-
8tion mercier, plutôt utilisée par les actes offciels . Ils préféraient soit le
terme de « mercier joaillier », soit celui de « marchand bourgeois de Paris », 
le plus souvent cité par les actes notariés, sans plus de détail sur la
1. Recueil d’ordonnances, statuts…, 1752, p. 129 ; Lespinasse, 1892, II, p. 278.
2. A.N., min. cen., XVI, 125, 2 mai 1662 (je remercie Mickaël Szanto de m’avoir commu-
niqué la cote de cet inventaire) ; XLVI, 90, 12 mars 1664.
3. Du Pradel, 1692, p. 68-70.
4. Liger, 1716, p. 358-361, 367, 369-371.
5. Savary des Bruslons, 1741, III, col. 358, art. Mercerie.
6. A.N., Y 9317, 9320-9322.
er7. A.N., min. cen., LXXXI, 99, 1 mai et 3 juin 1671.
78. A.N., G 1728.59 ; min. cen., XXXIX, 222, 22 septembre 1701. Delamare, 1705-1738,
I, p. 416 ; Recueil d’ordonnances…, 1752, p. 98.
marchand.indb 42 14/03/14 12:40:40Le corps de la mercerie 43
1nature de leur commerce . Exceptionnellement, un même maître pouvait
être indifféremment qualifé  de « marchand lapidaire » et de « marchand
2joaillier » . La désignation de « marchand joaillier bijoutier », très répandue 
e 3au XVIII siècle, apparaît dans quelques actes postérieurs à 1710 .
Les personnes extérieures au monde du commerce, auteurs de guides
ou clients, employaient rarement les termes de merciers ou de joailliers,
pour se contenter de celui, plus vague, de marchands. Ils désignaient
les meubles et objets d’art de leurs boutiques comme des « curiosités
et bijouteries », et les marchands eux-mêmes comme des « brocanteurs
en curiosités », des « marchands de curiosités », voire même comme des 
4« curieux » . L’emploi de ce dernier terme, également donné aux collec-
tionneurs, effaçait la frontière entre les vendeurs et les acheteurs, entre
les commerçants et les amateurs. La présentation des objets chez les
merciers souvent proche de celle des cabinets des amateurs expliquait
peut-être cette confusion.
Le bureau de la mercerie
Le bureau du corps de la mercerie, siège des réunions et des élections
des gardes, se trouvait rue Quincampoix, « dans une maison attachée à
d’autres qui en dépendent, plus spacieuse de beaucoup et non moins superbe
5que celle des drapiers » . Selon le Terrier du roi, dressé à la suite de l’arrêt
du Conseil du 14 décembre 1700, il occupait trois maisons dont deux
6à porte cochère . Sa taille et sa splendeur n’avaient rien de fortuit. Les
merciers y exprimaient ainsi leur volonté de rivaliser avec les drapiers,
le premier des six corps de marchands parisiens.
1. Certains, tels Laurent Danet et Charles Le Brun, ne donnaient qu’un titre honori-
fque,  avec lieutenant de la fauconnerie du roi pour le premier et conseiller du roi 
en l’Hôtel de ville ou ancien échevin ou encore ancien consul pour le second, sans
préciser qu’ils étaient marchands.
2. A.N., min. cen., LXVI, 178, 2 mai 1663 ; LXXXV, 252, 20 juin 1691 ; CXV, 249, 5 avril
1685 ; Y 12 872.
3. A.N., min. cen., XXXIX, 268, 16 novembre 1712 ; XXXIX, 271, 26 septembre 1713 ;
XXXIV, 434, 25 mai 1725.
4. Du Pradel, 1692, p. 68 ; Liger, 1716, p. 370 ; Regnard, 1810, VI, p. 214 ; Dangeau,
1854-1860, IV, p. 12, 203, 270 et VII, p. 269. Furetière défnissait  ainsi le curieux : « Se
dit aussy de celui qui a ramassé les choses les plus rares, les plus belles et les plus extraor-
dinaires qu’il a pu trouver, tant dans les arts que dans la nature. C’est un curieux de livres,
de médailles, d’estampes, de tableaux, de feurs, de coquilles, d’antiquitez, de choses natu-
relles ». Faute de réelle précision sur le but de cette accumulation, plaisir esthétique 
ou but commercial, cette défnition  s’appliquait autant à un collectionneur qu’à un 
marchand.
5. Sauval, 1724, II, p. 476 ; Du Pradel, 1692, p. 93 ; Liger, 1716, p. 358-359.
1 96. A.N., *Q 1099 , f°76v°, 78v°-79, n°65-67.
marchand.indb 43 14/03/14 12:40:4044 Le Prince et le Marchand
eLes gardes. Au XVII siècle, un grand garde et six petits gardes repré-
sentaient, surveillaient et défendaient les intérêts du corps. Furetière
précisait que les jurés n’existaient que chez les artisans, les marchands
employant le terme de gardes, estimé plus noble, toujours pour s’en
1distinguer . Les élections avaient lieu tous les ans, en juillet, en présence
du procureur du roi du Châtelet et de son greffer.  Les électeurs, compre-
naient tous les anciens gardes et, à tour de rôle, quatre-vingt maîtres qui
ne l’avaient jamais été, choisis parmi les « notables marchans ». Le jour 
dit, l’agent du bureau faisait l’appel des convoqués, lesquels signaient
la feuille, contresignée par les gardes. Toute absence devait être justifée, 
sous peine d’une amende de 3 livres par tête au bénéfce  des pauvres 
2dudit corps .
Chacune de ces élections renouvelait le grand garde et les deux plus
anciens des six gardes. La fonction de grand garde n’était accessible
qu’aux petits gardes. Cette dernière était ouverte à tous les maîtres ayant
au moins dix ans d’exercice et âgés de moins de soixante-dix ans. Le
greffer  recueillait les votes. Après dépouillement, les noms des élus 
étaient annoncés. Ceux-ci ne pouvaient se soustraire à la fonction de
grand garde ou de garde, à moins d’une « excuse légitime ». Les nouveaux 
élus recevaient les comptes des gardes sortants, « en la présence et par
3devant Monsieur le procureur du Roy » .
Les noms des nouveaux gardes prenaient place dans le « tableau
mouvant », accroché dans la plupart des bureaux des corporations, lequel 
présentait, « par ordre de réception, les noms et surnoms de tous ceux de la
communauté qui ont passé les charges de gardes ou de jurés ». A la mort de 
l’un d’eux, le concierge retirait son nom et remontait les patronymes de
ceux qui le suivaient. Cela libérait les dernières places, en bas du tableau,
4destinées à recevoir les prochains gardes élus . Cette disposition suggère
une hiérarchie fondée sur l’ancienneté. Généralement, ces élections ne
soulevaient pas de contestations.
Les visites. Deux sortes de visites coexistaient : lors de celles d’obliga-
tion, à date fxe,  les gardes percevaient les droits levés sur les marchands, 
telle la taxe sur la boutique. Des lettres patentes du 20 novembre 1708
fxa  un droit de 12 livres pour les visites réglées et de 9 livres pour 
1. Furetière, art. Garde, Maistre.
2.  Statuts de 1613, art. 2 (voir pièce justifcative  I). Savary des Bruslons, 1741, III, 
ecol. 359-360, art. Mercerie ; Lespinasse, 1892, II, p. 271. A la fn  du XVII siècle, le
corps entretenait cent pauvres, qui recevaient 40 sols par mois (Franklin, 1987, II,
p. 478).
3.  Statuts de 1613, art. 1 (voir pièce justifcative  I). Savary des Bruslons, 1741, III, col. 
359-360, art. Mercerie, p. 233, art. Maîtres ; Lespinasse, 1892, II, p. 271. B.n.F., ms. fr.
21 796, f°251.
4. Savary des Bruslons, 1741, III, col. 511, art. Mouvant.
marchand.indb 44 14/03/14 12:40:40Le corps de la mercerie 45
1celles destinées à la vérifcation  des poids et mesures . Lors des visites
impromptues, ils cherchaient à débusquer les maîtres en contravention
avec les statuts. Le marchand contrôlé ne payait alors aucun droit mais
devait ouvrir, sans résistance, sa boutique, ses magasins et présenter ses
marchandises, ses poids et mesures. En effet, pour éviter toute fraude,
l’ordonnance de mars 1673 imposait aux marchands l’usage « des aunes
ferrées par les deux bouts et marquées, et des poids et mesures étalonnées. Leur
défendons de s’en servir d’autres, à peine de faux, et de cent cinquante livres
2d’amende » . Les gardes effectuaient également des descentes dans les
chambres pour lutter contre les chambrelans (ou chamberlans). Ces
derniers comprenaient des apprentis, des compagnons « ou même [des]
gens sans aucune de ces qualités qui travaillent secrettement dans des lieux
cachés et détournés aux ouvrages de quelques métiers », donc hors de tout 
contrôle. La confscation  des marchandises et une forte amende, quand 
3ce n’était pas la prison, sanctionnaient ces activités illégales .
Selon l’usage établi, les gardes en fonction n’étaient pas soumis aux
visites et se voyaient exemptés des droits. Des commissaires ou des
sergents du Châtelet les accompagnaient en visite, et une autorisation
de cette juridiction était indispensable pour tout contrôle dans un lieu
privilégié comme les prieurés du Temple et de Saint-Jean-de-Latran,
4dépendant de l’ordre de Malte .
Gardes et jurés exerçaient rarement leur droit de visite sur les maîtres
des autres communautés, sauf si ces derniers outrepassaient les compé-
tences de leur corporation. Mal acceptées, ces visites réciproques se
terminaient généralement par un arrêt du Parlement qui tranchait le
litige.
Les gardes assuraient la police du corps et la défense de ses intérêts.
Cette charge, qui n’avait rien d’une sinécure, paraît avoir été moins
diffcile  que chez les orfèvres, dans laquelle les gardes subirent hostilité 
5ou rancœur de la part des apprentis ou des maîtres visités . Les quatre
derniers petits gardes élus avaient l’obligation d’assister aux obsèques
d’un maître ancien garde ou d’un garde décédé en exercice. Chacun
d’eux tenait un des coins du poêle, fourni par la mercerie avec douze
fambeaux  de poing de cire blanche aux armoiries du corps, pour un 
6grand garde, huit seulement pour petit .
1. Lespinasse, 1892, II, p. 282, note du 20 novembre 1708.
2. Isambert-Décrusy-Taillandier, 1821-1833, XIX, p. 94, n°728, titre I, art. 11.
3. Savary des Bruslons, 1741, II, col. 165.
4. Lespinasse, 1892, II, p. 273-274, art. 13-15 ; Savary des Bruslons, 1741, III, p. 652, art.
Visite.
5. Bimbenet-Privat, 2002, I, p. 28-31.
6. Savary des Bruslons, 1741, III, col. 360, art. Mercerie.
marchand.indb 45 14/03/14 12:40:4146 Le Prince et le Marchand
A l’égal des autres corps, celui de la mercerie fonctionnait de manière
très communautaire, avec un noyau de votants choisis selon des critères
précis, être maître, avoir exercé depuis un certain nombre d’années… Le 
grand garde et les petits ne prenaient eux-mêmes aucune décision en cas
d’affaire importante. Ils convoquaient alors une assemblée d’au moins
soixante marchands, lesquels n’y pouvaient s’y soustraire sous peine
d’une livre d’amende applicable aux pauvres. Le grand garde présidait
cette réunion, entouré des gardes considérés comme ses conseillers.
L’accord de quarante à cinquante des marchands présents, soit au moins
les deux tiers, était requis pour valider la ou les décisions prises. Elles
s’appliquaient ensuite à tous les marchands du corps, « à peine d’amande
1arbitraire » . Les charges de grand garde et garde du corps de la merce-
rie comportaient de nombreuses contraintes mais, en compensation,
apportaient prestige et considération. En 1692, Du Pradel citait les sept
titulaires et leurs adresses, avec « Messieurs Arlot, grand garde, rue Saint-
Germain ; Périchon, rue Saint-Honoré ; l’Evesque, rue des Bourdonnais ; le
2Doux, Baroy, Testart et Sautereau, rue Saint-Denis » . Outre l’administration
de leur propre corps, les maîtres merciers participaient également à la
juridiction des juges consuls en raison de la nature commerciale de leur
activité professionnelle.
Les juges consuls
Même si le lieutenant civil était compétent pour juger les causes rela-
3tives aux corporations pour des différends ayant trait au commerce ,
les parties en référaient de préférence au tribunal consulaire, ancêtre de
l’actuel tribunal de commerce. Créé en novembre 1563, il se composait
de « juges élus entre les marchands et négocians, pour vuider gratuitement, sur
le champ et sans procédure, suivant les privilèges qui leur ont été accordés, leurs
différens et demandes sur le fait de la marchandise, du négoce des lettres et billets
4de change, et autres matières concernant le commerce » . Chaque grande ville
marchande de province en possédait un, parfois composé d’un juge et de
seulement deux consuls, au lieu de quatre ordinairement. L’appartenance
à l’un des six corps donnait droit aux gardes en exercice et aux anciens
jurés de participer à l’élection du juge et des quatre consuls.
1A1. Statuts de 1613, art. 28, 29 (A.N., X 8647, f°381v°, art. 28, 29) ; Lespinasse, 1892, II,
p. 276.
2. Du Pradel, 1692, p. 93.
3. Sueur, 1993, I, p. 409.
4. Savary des Bruslons, 1741, II, col. 599, art. Consuls. Pour la juridiction consulaire,
voir Toubeau, 1682 et 1700.
marchand.indb 46 14/03/14 12:40:41Le corps de la mercerie 47
Les élections
Pour être élu, il fallait être marchand ou l’avoir été, être natif du
royaume, habiter en la ville du consulat et être « de bonnes mœurs et sans
reproche » vis-à-vis de la justice. Les quatre consuls devaient être âgés 
d’au moins vingt-sept ans et le juge quarante et avoir été consul. L’âge
de ce dernier garantissait expérience, sagesse et modération. Juge et
consuls ne restaient en poste qu’un an, autant pour éviter clientélisme
et infuences  que pour libérer les titulaires de ces lourdes fonctions et 
leur permettre de vaquer à leur commerce. Comme toutes les autres
charges de ville et des corps, l’élu ne pouvait s’y dérober sans une raison
« légitime ». Traditionnellement, les trois premiers corps des marchands 
élisaient chacun un consul. Le quatrième consul était élu par les trois
derniers corps, ainsi représentés à tour de rôle tous les trois ans.
Une fois en poste, seules « des causes très essentielles » pouvaient entraî-
ner une déchéance, cependant, « pour infamie, la destitution se fait sans
diffculté ».  Etaient concernés « les marchands, négocians et banquiers qui
ont fait faillite, banqueroute et cessions de biens à leurs créanciers, ou qui ont
obtenu des lettres de répy, ou des arrêts de surséance, ou de défenses générales,
sont notés d’infamie et comme tels, sont exclus de tous emplois et fonctions
publiques, à moins qu’ils n’obtiennent en la Grande Chancellerie des lettres
de réhabilitation, qui se signent en commandement. Mais ces sortes de lettres
ne leurs sont accordées qu’en justifant qu’ils ont entièrement payés leurs
créanciers, tant en principaux qu’intérêts », précisait Savary des Bruslons. 
En cas d’obligation absolue de s’absenter, il fallait prévenir le consulat
et demander congé. Pour éviter toute vacation, un des anciens consuls
remplaçait l’absent. En cas de décès d’un des membres en exercice, un
remplaçant était immédiatement élu. L’hôtel des consuls, ou maison
consulaire, se trouvait derrière l’église Saint-Médéric, également
nommée Saint-Merri. Les audiences se déroulaient les lundi, mercredi
1et vendredi, toute la journée . La simplicité, la rapidité et le faible coût
des jugements du consulat expliquaient son succès.
Le fonctionnement
La grande ordonnance d’avril 1667 réformant la justice inclut égale-
ment le tribunal consulaire et en précisa les procédures. Parmi les
1. Sauval, 1724, I, p. 361 ; Savary des Bruslons, 1741, II, col. 600, art. Consuls et III, col.
1212-1213, art. Réhabilitation ; Isambert-Décrusy-Taillandier, 1821-1833, XIX, p. 103,
titre XI, art. 5 ; Hilaire, art. Juridiction consulaire, dans Dictionnaire du Grand Siècle,
1990. Au-dessus de la porte d’entrée de l’hôtel des Consuls se voyait « une statue du
Roy en marbre blanc de Simon Guillain, sculpteur habile », estimait Brice (Brice, 1706, I, 
p. 319).
marchand.indb 47 14/03/14 12:40:4148 Le Prince et le Marchand
principales, les parties étaient tenues de comparaître en personne lors de
la première audience. En cas de maladie ou d’absence justifée  unique-
ment, elles pouvaient envoyer un parent, un voisin ou un ami lire un
mémoire rédigé par elles, contenant leurs demandes ou leurs défenses.
Un ancien consul ou un autre marchand, non suspect de subjectivité,
pouvait être nommé pour examiner les pièces. Si les témoins d’une des
parties ne se présentaient pas, celles-ci ne pouvaient les faire revenir.
Le dernier article interdisait à tout juge et consuls d’accepter « aucunes
épices, salaires, droits de rapport et du conseil » ou autre pot de vin, « à peine
de concussion et de restitution du quadruple », ce qui laisserait entendre 
1que de tels usages n’avaient rien d’exceptionnel .
Six ans plus tard, l’ordonnance du commerce de mars 1673 fxa 
2également les compétences de la juridiction des consuls (voir pièce
justifcative  III). Les juges consuls étaient habilités à statuer sur tous 
les différends liés au commerce. Les lettres ou les billets de change faits
entre marchands, mais non pas entre particuliers, relevaient de leur juri-
diction, comme les litiges à propos de ventes faites par des marchands,
des artisans et autres gens de métiers et concernant leur profession, ceux
concernant les gages, salaires et pensions des commissionnaires, facteurs
ou serviteurs de marchands, mais toujours dans le cadre professionnel.
Les contestations concernant le commerce de la mer, le fret et le naufrage
des vaisseaux, assurances, grosses aventures, promesses…, dépendaient 
également du consulat, ainsi que les ventes de bestiaux et de denrées
entre particuliers et marchands. En l’absence de juges conservateurs
du privilège des foires, la police de ces dernières appartenait aux juges
consuls. Le règlement des successions entre les veuves, les héritiers
et les créanciers pouvait être porté devant le tribunal consulaire. Le
consulat veillait également à l’application des lettres et édits ayant trait
au commerce. En revanche, les désaccords portant sur la nourriture,
l’entretien et l’ameublement, même entre marchands, « si ce n’est qu’ils
3en fasse profession », se réglaient en justice ordinaire et civile . Par une
1. Isambert-Décrusy-Taillandier, 1821-1833, XVIII, p. 128-129, n°503, titre XVI,
art. 1-11.
2. Cette ordonnance, promulguée en mars 1673, soit au début de la guerre de Hollande,
précisait le cadre juridique de toute activité commerciale, en gros et en détail, depuis
la formation des apprentis jusqu’aux compétences des juges consuls. Cette ordon-
nance capitale fut également qualifée  de « code marchand », comme l’indiquent les 
renvois de Ferrière en 1735 (Ferrière, 1735, I, p. 664- 665).
3. Isambert-Décrusy-Taillandier, 1821-1833, XIX, p. 105-107, n°728, titre XII, art. 1-18.
Pour plus de simplicité, un édit d’août 1669 avait réuni la juridiction des juges conser-
vateurs des foires de Lyon au corps consulaire de cette même ville, refet  du prestige 
de ce dernier (Isambert-Décrusy-Taillandier, 1821-1833, XVIII, p. 319-325, n°573). Les
jugements consulaires apparaissent rarement dans les inventaires après décès. Celui
de Guillaume Morisse en mentionne deux : le premier obtenu le 11 mai 1678 à propos
marchand.indb 48 14/03/14 12:40:41Le corps de la mercerie 49
déclaration du 10 juin 1715, Louis XIV élargit la compétence du tribunal
consulaire, désormais apte à juger « les procès et différends civils pour raison
des faillites et banqueroutes », jusqu’au premier janvier 1716. Le Souverain 
souhaita ainsi éviter « les confits, la longueur, l’embarras et les frais de
procédures [qui] achèveraient de ruiner les marchands et négocians contre qui
elles seraient faites et causeraient une perte certaine, tant aux débiteurs qu’aux
créanciers ». Cette décision fut appréciée et renouvelée. Par une autre 
déclaration du 19 septembre 1730, Louis XV prorogea cette attribution
er 1du tribunal consulaire jusqu’au 1 septembre 1731 .
Le tribunal consulaire jouissait d’une autorité d’autant plus grande
qu’il se composait d’hommes du métier expérimentés, qu’il échappait à
l’esprit de chicane et à la lenteur de la justice et était totalement indépen-
dant du pouvoir. Sa gratuité et la rapidité de ses sentences évitaient, pour
2les litiges de moyenne importance, les interminables et coûteux procès .
Les charges de juges consuls comportaient de lourdes responsabilités,
compensées par la dignité de la fonction. Plus encore que l’élection
comme garde, être élu consul témoignait de la reconnaissance par ses
pairs de son mérite et de sa probité. La mention « ancien consul de cette
ville » dans les actes notariés de certains marchands témoignait du pres-
3tige de ce poste, même après l’avoir quitté .
La mercerie et le pouvoir royal
Par leur honorabilité et leur puissance fnancière,  les six corps de 
marchands parisiens tenaient une place importante dans la ville de Paris
et dans ses rapports avec les souverains, liens fatteurs,  parfois à double 
etranchant. Au milieu du XVII siècle, ils se rendaient régulièrement dans
les résidences royales pour présenter hommages, soumissions, requê-
4tes et autres aux souverains . Ainsi, pendant la Fronde, leurs gardes,
représentant la ville de Paris, jouèrent souvent le rôle d’interlocuteurs
auprès de la régente Anne d’Autriche et de la famille royale. Ainsi,
fn août  1648, après l’arrestation de Broussel, conseiller au Parlement, 
le 26 du même mois, Anne d’Autriche les reçut au Palais Royal pour
d’un billet de 100 livres signé Dubuisson à Ferdinand Alvarez et le second, du 25 juin
1683, contre Guy à propos d’une somme de 100 livres due depuis le 27 novembre
1680 (A.N., min. cen., LXXXV, 238, 30 mai 1684, cotes 2, 3 des papiers).
1. Prévost, 1756, p. 98-104.
2. Savary des Bruslons, 1741, II, col. 599-615, art. Consuls et III., p. 822, art. Petits corps
des marchands ; Bimbenet-Privat, 2002, I, p. 32.
3. A.N., Y 12121, 13 avril 1718 ; min. cen., XXXIX, 170, 26 juin 1689.
4. A.N., KK 1340, passim.
marchand.indb 49 14/03/14 12:40:4150 Le Prince et le Marchand
leur assurer qu’elle connaissait leur fdélité  et le rôle qu’ils avaient joué 
1pour calmer la population .
Les merciers n’oubliaient pas leurs propres intérêts. Le 22 octobre
1648, ils se rendirent à Saint-Germain-en-Laye, résidence ordinaire de
la Cour, pour demander que l’on n’interdît pas l’entrée des draps de
laine et soie anglais et hollandais car, en retour, ces pays décrèteraient
les mêmes prohibitions sur l’importation des draps français dans leurs
territoires. Finalement les troubles suspendirent le jugement. En avril
1649, les six corps allèrent à Saint-Germain remercier le Roi et la Régente
d’avoir ramené la paix après le siège de Paris par l’armée de Condé,
paix garante de la prospérité. En juin 1649, lors de leur audience avec
Gaston d’Orléans, ils le supplièrent de faire revenir le Roi dans Paris,
« d’autant que son absence ruinerait entièrement le commerce ». Le respect dû 
au Souverain n’interdisait pas les considérations matérielles. Finalement,
Louis XIV et la Cour s’installèrent dans la capitale en août 1649 et le 18 du
même mois, les six corps se rendirent en délégation au Palais Royal où
« ils tesmoignèrent au Roy les sentimens de joye qu’ils avaient de son heureux
retour ; ils en remercièrent la Reyne, et terminèrent leur compliment par des
vœux qu’ils frent pour la longue prospérité de Leurs Majestés ».  Entre 1650 
et 1652, la seconde Fronde obligea les Souverains et la Cour à quitter de
nouveau Paris, plongé dans l’anarchie. Fin février 1652, Louis XIV et la
Régente se rapprochèrent de la Capitale et, le 29 septembre 1652, les six
corps eurent une audience avec la Régente et le Roi, à Pontoise. Monsieur
Patin, grand garde de la draperie, le premier des six corps, préséance
oblige, leur ft  une harangue pour demander le retour de la paix. Trois 
gardes, dont deux de la mercerie prirent ensuite le relais avec les « sieurs
Maillet, Perrichon et Le Brun, qui frent ce qu’ils purent chascun en leur
particulier par leurs discours entremeslez de larmes de pitié et de compassion
qu’ils avaient de la misère du peuple et du commerce perdu et anéanty, ce qui
les toucha et esmeut de telle sorte que la pluspart de la Compagnie prirent
leurs mouschoirs pour essuyer leurs larmes en disant que cette Compagnie leur
faisait pitié. Et à cet effet, la Reyne dit elle-même quand elle fut de retour à sa
chambre qu’elle avait esté touchée de compassion aussy bien que les autres et
que cela l’obligeait de donner ordre à accommoder les choses pour faire retourner
2le Roy promptement à Paris, selon leur désir » . Ils ne manquèrent donc pas
de conviction en dressant le tableau de la misère de la capitale, dévas-
tée par l’armée de Condé et assiégée par celle de Turenne. Finalement,
Louis XIV entra dans Paris le 21 octobre 1652.
1. Les registres nommaient comme grand garde, en 1649, Robert Pocquelin, et seule-
ment cinq gardes, avec Jacques Hébon, Simon Cosnard, Jean-Baptiste Lomaire,
Charles Le Brun et Claude Osmont (Saint-Joanny, 1878, p. 26-27).
2. Saint-Joanny, 1878, p. 27-33, 49-55.
marchand.indb 50 14/03/14 12:40:41Le corps de la mercerie 51
Les entrées royales
Lors des entrées royales, les gardes des six corps avaient le privilège et
« l’honneur de porter le dais sur les Rois, les Reines et autres princes, princesses
et seigneurs qui font leur entrée publique dans Paris. Les maîtres et gardes de la
draperie, comme représentant le premier corps, commencent à s’en charger devant
le Trône, qui est ordinairement dressé hors des barrières de la porte Saint-Antoine ;
et ceux des cinq autres corps le reprennent dans le cours de la marche, les uns après
les autres, chacun à leur tour et suivant leur rang ; de manière que ce sont les
maîtres et gardes de l’orfèvrerie qui en sont chargés les derniers, et qui le portent
1jusque dedans le Louvre » . Dans la société du paraître de l’Ancien Régime,
le vêtement, la place et la fonction, ici dans le cortège royal, témoignaient
de la situation tant de l’individu que de sa communauté dans la hiérarchie
sociale. Les gardes, qui se relayaient en respectant la préséance de chaque
corps, apparaissent sur la gravure illustrant l’entrée de Louis XIV et de
2Marie-Thérèse d’Autriche dans Paris, le 26 août 1660  (fg. 1).  Symbole 
de leur fonction, lors de telles cérémonies, les gardes portaient la robe
consulaire, « de drap à colet et manches pendantes, parementées et bordée de
3velours de pareille couleur », soit violette pour ceux de la mercerie .
Fig. 1. La Triomphante entrée du Roy et de la Reyne dans Paris, le 26 août 1660.
Gravure légendée.
Quatre gardes des six corps des marchands portent le dais royal devant Louis XIV,
selon leurs privilèges.
19. Les Offciers de la Couronne suivoient le Marquis de la Milleraye, Grand Maistre de
l’Artillerie, sept Mareschaux de France, le Comte d’Harcourt, Grand Ecuyer avec l’Epée
Royalle à la main. Après luy, on vit paroistre le Dais préparé pour le Roy, que les Eschevins
et les Gardes des six corps des marchands portèrent les uns après les autres. Il estoit de brocar
d’or avec les armes de France et de Navarre, et leurs ornemens ordinaires en broderie.
Paris, musée du Louvre, collection Edmond de Rothschild, portefeuille 210, n° 5359, LR. Détail.
1. Sauval, 1724, II, p. 467 ; Savary des Bruslons, 1741, II, col. 678, art. Corps ; Bimbenet-
Privat, 2002, I, p. 31-32.
2. A.N., KK 1340, p. 188-205.
3. Les gardes de la draperie et de l’épicerie portaient du noir, ceux de la pelleterie
du « petit bleu », ceux de la bonneterie une couleur tannée et les orfèvres étaient en 
rouge. Les robes toutes de velours étaient réservées aux seules entrées royales (A.N.,
KK 1340, p. 138-139, 271-273). Savary des Bruslons, 1741, III, col. 360, art. Mercerie.
marchand.indb 51 14/03/14 12:40:4152 Le Prince et le Marchand
Dons gratuits et impôts divers
Les liens étroits avec un pouvoir royal en manque d’argent chronique
se révélaient parfois dangereux, particulièrement lorsque l’on constituait
un des plus riches corps. Les merciers rendirent souvent service à la
Monarchie par des fournitures d’hommes équipés pour l’armée ou des
dons d’argent, plus ou moins spontanés. Dès 1557, plus de trois mille
merciers fguraient  dans la revue générale des gens de pied de Paris, 
effectuée par Henri II. Leur entraînement leur permit de se mettre en
bataille sous les ordres du prince de La Roche-sur-Yon. Dix ans plus
tard, le corps de la mercerie fournit en deux jours hommes, armes et
argent pour Charles IX.
En 1636, pour lutter contre les Espagnols, après leur victoire à Corbie,
Louis XIII ft  appel à la bonne volonté des six corps. Ces derniers offri-
rent 37 000 livres au Roi, dont 16 000 livres par sept cent trente-sept
merciers parisiens. Les corps des drapiers, des épiciers et des orfèvres
frent  chacune présent de 6 000 livres, les bonnetiers de 2 000 livres et 
les pelletiers de 1 000 livres. Afn  de mettre en valeur leur générosité aux 
yeux du Souverain, les merciers demandèrent que ces sommes fussent
présentées séparément, au nom de chaque corps, et non la totalité au
nom des six corps. Les pelletiers s’opposèrent en vain à cette initiative,
1peu fatteuse pour eux .
Le zèle du corps tiédit au cours du règne de Louis XIV. Pendant la
guerre de Hollande, le Roi lui demanda, le 27 février 1674, un don gratuit
de 60 000 livres, en suggérant de s’exécuter de bonne grâce avant d’y
être contraint. Les merciers ne se précipitèrent pas et la requête royale
donna lieu à de longues tractations dans le but d’obtenir des avanta-
ges. Le principal était la suppression du droit de visite et de marque
des drapiers sur leurs marchandises de laine. Après trois semaines de
marchandages, les merciers donnèrent 50 000 livres à Louis XIV, sans
contrepartie, cependant, la victoire des troupes royales et la reddition de
Besançon rendirent cette somme inutile. Le Roi la leur rendit, augmentée
de 2 000 écus (6 000 livres) pour faire un grand festin, boire à sa santé et
acquérir des ornements pour la chapelle de leur confrérie, déménagée
à l’église du Saint-Sépulcre avant 1543 (fg. 5),  dans la chapelle Saint-
2Voulte de Luque, « que le peuple nomme par corruption saint Goguelu » .
La corporation commanda alors à Charles Le Brun un grand tableau
pour leur chapelle sur le thème de La Résurrection du Christ (fg. 2).  Le 
1. A.N., KK 1340, p. 36-39. Sauval, 1724, II, p. 475 ; Sauval ne fait pas état de telles
contributions volontaires de la part des cinq autres corps. Saint-Joanny, 1878, p. 22 ;
Lespinasse, 1892, II, p. 239.
2. Sauval, 1724, II, p. 476 ; Saint-Joanny, 1878, p. 110-129, 135.
marchand.indb 52 14/03/14 12:40:42Le corps de la mercerie 53
8
1
2
5
3
74
6
Fig. 5. Plan de Paris, dit plan Turgot. Commencé en 1734 sous les ordres de Michel
Etienne Turgot. Gravure achevée en 1739. Levé et dessiné par Louis Bretez,
gravé par Claude Lucas et écrit par Aubin. Planche 10.
Détail : le quartier des Halles.
1 : l’église du Saint Sépulcre. 2 : la rue Saint Denis. 3 : la rue de la grande Truanderie.
4 : la rue de la comtesse d’Artois. 5 : la rue des Prêcheurs. 6 : la rue Traisnée.
7 : la rue des Prouvaires. 8 : La rue Aubry le Boucher.
peintre l’acheva deux ans plus tard, le 12 août 1676 et la toile gagna son
1emplacement huit jours après . Dans le registre inférieur du tableau
apparaissent un vase d’or et un coffre rempli de pièces d’or, allusion au
don des merciers et surtout à la libéralité royale. Louis XIV en costume
de sacre offre la fortune de ses armes au Christ en pleine ascension,
tandis que ses ennemis, abattus et renversés occupent la partie inférieure
droite. Derrière le Souverain, Colbert fait le lien entre les pièces d’or et
le Roi. Au-dessus, domine saint Louis, protecteur de la Monarchie et
de la confrérie des merciers, dont les armoiries fgurent  dans l’angle 
inférieur gauche.
En revanche, en février 1675, Louis XIV avait créé une première capi-
tation, impôt par tête au montant proportionnel au rang social. Le 23 de
ce mois, chacun des six corps fut averti d’avoir à remettre l’équivalent
« de 30 livres pour chaque négociant faisant commerce, soit veuve ou pauvre », 
à charge « de faire plusieurs classes différentes pour taxer plus fortement les
1. Brice précisait : « l’autel est d’une très belle menuiserie, et le tableau qui est au-dessus,
dont M. Colbert a fait présent, est de M. Le Brun » (Brice, 1684, I, p. 114). Il était le seul à 
mentionner un tel don par le ministre. Saint-Joanny, 1878, p. 110-129, 135 ; Lespinasse,
1892, II, p. 239, 259 ; Sargentson, 1996, p. 14, plch. couleur 1.
marchand.indb 53 14/03/14 12:40:4254 Le Prince et le Marchand
plus puissants au soulagement des plus pauvres par telle autre voye que la
prudence des gardes avisera ». Le registre des délibérations des six corps ne 
détaille pas la méthode de répartition de l’impôt, la moitié de la somme
1devant être remise le 8 mars suivant .
La détresse fnancière  du Trésor royal devint telle pendant la guerre 
de la Ligue d’Augsbourg que la pression fscale  sur les différentes corpo-
rations s’accentua par le moyen d’offces  rachetables. Il s’agissait ni plus 
ni moins d’un impôt forcé, à peine déguisé. La première tentative eut lieu
en mars 1691. Le pouvoir royal invoqua en premier lieu « les brigues et les
cabales qui se pratiquent dans l’élection des jurés [qui] troublent les communau-
tés et les consomment en frais de procès ». Offciellement,  le gouvernement 
souhaitait lutter contre un des principaux griefs reprochés aux maîtrises
de toutes les corporations. Il prétexta ainsi la négligence dans l’application
des statuts, laquelle entraînait du relâchement « dans les apprentissages,
dans les chefs-d’œuvre, dans les réceptions des aspirans, dans les élections et dans
la fonction des jurés ; que même dans la plupart des communautés, il ne se tient
point de registre de réception des maîtres ni des apprentis », ce qui était faux. 
Louis XIV décida la nomination de commissaires « pour régler la forme et
la qualité des chefs-d’œuvre que les aspirans à la maîtrise seront obligés de faire,
les frais de réception et autres choses concernant l’ordre et la police des arts et
métiers », et surtout, l’établissement « aux lieu et place des jurés électifs, des
jurés en titre d’offce, qu’une fonction perpétuelle et l’intérêt de la conservation
de leurs charges, qui répondraient des abus et malversations qu’ils pourraient
commettre, engageront à veiller avec plus d’exactitude et de sévérité à l’obser-
2vation des ordonnances, règlemens et statuts » . Compte tenu de la rigueur
des gardes, le relâchement reproché ne devait pas être si catastrophique
et apparaît comme un argument très spécieux. Aucune corporation ne
pouvait accepter une telle intrusion du pouvoir, et les gardes de se voir
démettre de leur fonction, désormais exercée par des personnes dont
rien n’assurait qu’elles posséderaient les compétences requises. De plus,
le prix d’un tel offce  héréditaire dépassait probablement les possibilités 
fnancières de la plupart des maîtres et des gardes.
Le corps des merciers ft  rapidement remarquer tous les inconvé-
nients de la création d’offces  héréditaires pour la fonction de gardes. 
Pour eux, la profession a « notable intérest, non seulement que ces charges
soient exercées par des personnes de probité et d’expérience dans le commerce, et
que ceux qui en abuseront puissent en estre dépossédés, mais encore que ceux de
leur corps qui peuvent s’en bien acquitter puissent y parvenir à leur tour, au lieu
qu’ils en seraient exclus si ceux que nous en aurions pourveu n’en pouvaient
1. A.N., KK 1340, p. 474-475. Le registre mentionne bien une « capitation », principe 
d’imposition repris vingt ans plus tard lors de la guerre de la Ligue d’Augsbourg.
2. Isambert-Décrusy-Taillandier, 1821-1833, XX, p. 121-124, n°1395.
marchand.indb 54 14/03/14 12:40:42Le corps de la mercerie 55
estre dépossédés ». Les gardes défendaient la compétence des membres du 
corps, la liberté de renvoyer un titulaire malhonnête, la reconnaissance
du mérite que constituait une élection comme garde, et surtout leur
indépendance. Finalement, un compromis fut trouvé. Le corps racheta
les offces  des gardes pour l’importante somme de 300 000 livres, payable 
en trois échéances : un tiers comptant, le deuxième tiers à la fn  mai et le 
troisième tiers à la fn  du mois de juin. En contrepartie, le corps se voyait 
tenu de présenter les prétendants à la fonction de gardes au Roi, qui
1confrmait  leur nomination . Le Souverain reçut donc une importante
somme d’argent, tandis que les merciers conservaient la liberté d’élire
leurs gardes, liberté soumise au contrôle royal, qui ne paraît pas avoir
été particulièrement sourcilleux. Apparemment aucun garde n’a été
refusé, au point de se demander si contrôle il y eut.
Pour faire face à la détresse fnancière  entraînée par la longueur 
du confit,  et après avoir constaté le succès de la première expérience, 
Louis XIV la renouvela en mars 1694. Il créa par édit « des offces d’auditeurs
examinateurs des comptes des deniers et revenus des corps des marchands et
communautez et mestiers des villes et bourgs clos du royaume », auxquels les 
anciens gardes auraient dû rendre leurs comptes depuis le premier janvier
1680. Las de se voir une fois de plus forcer la main par cette nouvelle créa-
tion d’offces,  les gardes concernés y opposèrent une résistance passive 
et rendirent leurs comptes avant la mise en place des offces  d’auditeurs. 
En réaction, par un arrêt du Conseil du 27 avril 1694, Louis XIV leur
défendit de rendre aucun compte, sinon à Mathieu Lyon, chargé de la
vente des nouveaux offces.  Fidèles à leur stratégie, les gardes préparèrent 
une délibération « sur les propositions qu’ils auraient à faire à Sa Majesté,
mais sans en avoir fait aucune jusques à présent, ce qui est très préjudiciable à
Sa Majesté et ausdites communautez. Sçavoir à Sa Majesté par le retardement
qu’Elle souffre du secours qu’Elle doit tirer de la fnance desdits offces pour les
dépenses de la guerre ; et ausdites communautez par le retardement de l’examen
et closture desdits comptes ». Le Roi apparaît bien plus aux abois que les 
corps, peu gênés par le retard de la clôture de leurs comptabilité.
Finalement, les corps rachetèrent une fois encore les offces,  comme 
l’avaient déjà fait ceux des provinces, ce qu’autorisa l’arrêt du 14 juin
1695. La somme et sa répartition n’y étaient pas encore fxées,  de même 
que les gages attachés à chaque offce  et désormais attribués à chaque 
communauté. Le rachat de ces offces  atteignait 400 000 livres, ainsi 
réparti entre les six corps après accord amiable : 198 092 livres 10 sols
pour les merciers ; 76 676 livres 18 sols pour les épiciers ; 58 990 livres
15 sols pour les drapiers ; 38 938 livres 9 sols 3 deniers pour les orfèvres ;
1. Saint-Joanny, 1878, p. 193 ; Lespinasse, 1892, II, p. 240, 280-283.
marchand.indb 55 14/03/14 12:40:4256 Le Prince et le Marchand
21 083 livres 3 sols pour les bonnetiers ; et 6 178 livres 9 sols pour les
pelletiers. Une fois encore, les merciers réglaient près de la moitié de la
somme, témoignant de leur puissance fnancière.  Le payement devait 
s’effectuer en trois termes : le premier, un mois après la promulgation de
l’arrêt, afn  de laisser le temps à chaque corporation de réunir l’argent, 
le deuxième tiers trois mois plus tard et le solde à la fn  du trimestre 
1suivant . Comme ce fut bien souvent le cas à la fn  du règne de Louis XIV, 
ces créations d’offces laissaient peu de choix aux corporations.
eL’évolution des statuts de la mercerie depuis le XIV  siècle refétait 
l’importance peu à peu acquise par les marchands merciers au cours des
siècles. Forts de leur puissance économique et de leur position sociale
de plus en plus élevée, ils surent donner à leur corporation une person-
enalité, un lustre et une infuence  incontestable au XVII  siècle, qui ft 
naître intérêt, admiration et jalousie.
eLa réputation des merciers au XVII siècle
Pour Furetière, le terme « marchand » désignait ceux qui fabriquent et 
qui vendent leur production, les simples revendeurs ainsi que les clients
qui achètent. Il distinguait toutefois les six corps des marchands « des
autres communautés qui tiennent boutique [car] ils passent pour artisans,
quoy que quelques uns prennent la qualité de marchands », que la société 
2refusait à ces derniers parce qu’ils fabriquaient ce qu’ils vendaient .
Quelques décennies plus tard, Savary des Bruslons expliquait que le
terme de « marchand » ne s’appliquait plus qu’aux revendeurs et encore 
3à la clientèle . Cette évolution du contenu sémantique était-elle achevée
et partagée par la société, ou bien propre à ce dernier auteur, désireux
de distinguer les merciers des fabricants ?
Parmi les six grands corps de marchands de la ville de Paris, celui des
merciers occupait le troisième rang, derrière les drapiers et les épiciers,
et précédait les pelletiers, les bonnetiers et les orfèvres, qualifés  de 
« petits corps » compte tenu de leur place. Malgré sa troisième position, 
celui de la mercerie apparaissait « comme le plus important » car « le plus
4nombreux et le plus puissant des six corps des marchands » .
a1. A.N., *E 640 , f°369-370. Franklin, 1894, p. 34.
2. Furetière, art. Marchand.
3. Savary des Bruslons, 1741, III, col. 275, art. Marchand.
4. Savary des Bruslons, 1741, II, col. 678, art. Corps ; III, col. 356-357, art. Mercerie ; III,
col. 822, art. Petits corps. Selon Savary des Bruslons, les pelletiers contestèrent régu-
lièrement la préséance des merciers sur leur corps, sans résultat (III, col. 360, art.
Mercerie). Furetière, art. Merciers. Essentiellement catholiques, les merciers souffrirent
peu de la révocation de l’édit de Nantes en 1685, contrairement à la corporation des
orfèvres (Douen, 1894 ; Bimbenet-Privat, 2002, I, p. 255).
marchand.indb 56 14/03/14 12:40:42Le corps de la mercerie 57
Le sentiment des marchands
Savary donnait une justifcation  providentielle du commerce : Dieu 
avait dispersé les biens sur toute la terre pour que les hommes échangent,
activité source de rapprochement, d’entraide et d’amitié. Le marchand
était donc rien moins que l’instrument de ce divin dessein et le bien-
faiteur de l’humanité et des rois par l’enrichissement et l’abondance
des biens qu’il procurait aux états et aux peuples. Il contribuait ainsi
à la douceur de la vie et le mépris de la société apparaissait à ses yeux
1comme une ingratitude .
Pour les merciers, leur notoriété reposait sur trois éléments essentiels.
Tout d’abord la noblesse de leur métier, exempt de tout travail manuel
interdit par les statuts, ce que confrmait  l’absence de chef-d’œuvre pour 
l’obtention de la maîtrise. Les merciers cultivèrent ce sentiment d’appar-
tenir à une sorte d’aristocratie marchande qui les distinguait des autres
corps « regardés comme mixtes, c’est-à-dire qu’ils tiennent du marchand et
2 ede l’artisan » . Au début du XVIII siècle, Savary des Bruslons n’hésitait
pas à affrmer  que « la profession mercantile doit être regardée comme noble
et indépendante », et de faire référence, de manière spécieuse, à deux 
édits promulgués par Louis XIV en août 1669 et en décembre 1701 auto-
risant l’aristocratie à commercer en gros sans déroger. Il ajoute qu’en
Bretagne, le commerce de détail ne dérogeait point et qu’il en était de
3même dans de nombreux pays . L’accumulation de ces comparaisons
présentées comme des modèles témoignait de la volonté de l’auteur de
combattre les préjugés de ses contemporains, préventions si enracinées
que ces deux édits royaux furent des échecs. L’enjolivement des objets
n’entamait pas leur assurance, car ils s’adressaient pour cela à des arti-
4sans spécialisés .
A la noblesse du corps répondait l’honneur de ses membres, et aucune
distinction n’était faite entre vie privée et professionnelle. La conduite
dans la vie quotidienne de son quartier témoignait tout autant de la
ère1. Savary, 1712, 1 partie, p. 1-2 ; Mauzy, 1960, p. 279.
ère2. Savary, 1712, 1 partie, p. 33 ; Savary des Bruslons, 1741, III, col. 358-359, art. Mercerie.
Savary des Bruslons reprit les arguments de son père pour justifer  le prestige de la 
mercerie. Lespinasse, 1892, II, p. 276-277.
3. Savary des Bruslons, 1741, III, col. 1008-1009, art. Profession mercantile.
4. Pour ces raisons, la présence en 1702 dans la boutique de Jean Catillon de « deux
établis garnys de leur roue, l’une d’estain et l’autre de cuivre, et à l’autre roue de plomb ;
une caisse sur son pied de noyer servant à sçier des pierres de la joaillerie, trois tabourets de
bois d’hestre remplis de bourre » surprend d’autant plus chez un marchand joaillier qui 
ne devait pas travailler de ses mains (A.N., min. cen., CXV, 314, 4 avril 1702). Les
scellés apposés à son décès le qualifaient  de « marchand lapidaire » (A.N., Y 12872). 
A-t-il entretenu cette imprécision pour se ménager plus de liberté vis-à-vis des
corporations ?
marchand.indb 57 14/03/14 12:40:4258 Le Prince et le Marchand
probité d’un individu que son attitude dans l’exercice de son métier.
Honneur et crédit étaient donc intimement liés, crédit signifant  tout 
autant la confance  née des qualités morales de la personne que de la 
solidité de ses ressources fnancières.  Ainsi, la défense d’une réputation 
individuelle s’avérait capitale, comme en témoignaient les réactions à
l’affaire Sautereau.
Le 25 septembre 1691, le garde Jean-François Sautreau ft  saisir, au 
faubourg Saint-Marcel, des marchandises de mercerie dans la boutique
de Pierre Jannart, qui n’était pas mercier. Ce dernier, pour intimider le
garde envoya, le 2 octobre suivant, un huissier du Grand Conseil et plus
de quinze archers « dans la maison de Jean-François Sautreau, l’un desdits
gardes et l’un des conseillers de ville, qu’ils ont scandaleusement enlevé de sa
boutique, et traîné par les rues, à pied et sans chapeau, jusqu’aux prisons du
Fort-Lévêque, où il a été écroué ; en quoy il a receu l’insulte la plus cruelle qui
puisse être faite à un marchand, dont la réputation est de la dernière délica-
tesse, en sorte que cette violence serait capable de luy faire perdre son honneur
et son crédit, si Sa Majesté n’avait la bonté d’interposer son autorité, comme
elle a bien voulu faire en pareille occasion ». A l’indignation d’une injustice 
faite à un innocent s’ajoutait la violence du fait disproportionné par
rapport au litige. De plus, la honte d’avoir été traîné tête nue dans la
rue par les archers comme un vulgaire voleur, devant tout son quar-
tier, et le déshonneur de la prison, entamaient gravement la réputation
du marchand dont l’activité repose sur la confance,  tant de ses clients 
que de ses créanciers. Le 5 octobre, le Conseil du roi confrma  la saisie 
des marchandises, défendit à Jannart la vente de toute marchandise de
mercerie et le condamna avec le frère Eustache Bernard Daverne, admi-
nistrateur de la commanderie de Saint-Jean-de-Latran qui avait pris fait
et cause pour lui, à l’énorme somme de 10 000 livres de dommages et
intérêts. L’importance de cette dernière, proportionnelle au préjudice
moral subit par toute la mercerie à travers Sautereau, refétait  l’infuence 
de ce corps qui bénéfciait  de la bienveillance royale. De plus, aucune 
condamnation pour la représentation et la restitution des marchandises
saisies ne pouvait être intentée contre les gardes responsables de cette
1opération .
L’étendue de leur négoce, tant dans la variété des marchandises que
dans l’aire géographique couverte, constituait leur deuxième point de
erferté.  Dès le règne de François I , le rôle dynamique des merciers dans
le commerce de Paris apparut comme un argument pour la défense de
leurs intérêts commerciaux. Il fgurait  en bonne place dans les introduc-
ertions des lettres patentes de François I en 1543, de Charles IX en 1570, de
1. Statuts, ordonnances…, 1727, p. 98-106 ; Recueil d’ordonnances…, 1752, p. 98-107 ; 
Sargentson, 1996, p. 9-10.
marchand.indb 58 14/03/14 12:40:43Le corps de la mercerie 59
1Henri IV en 1601 et de Louis XIII en 1613 . Savary des Bruslons précisait
que la mercerie « renferme et comprend pour ainsi dire tout le commerce des
cinq autres corps ». Et surtout, il était à l’origine des échanges avec le 
2monde entier et particulièrement la lointaine et fabuleuse Asie . Pour les
Savary père et fls,  cela témoignait du courage et de l’esprit d’entreprise 
des merciers, sans lesquels le commerce national languirait.
Dans un premier temps, les armoiries du corps de la mercerie repré-
sentaient « l’image de Saint Louis en champ d’azur, tenant une main de
justice semée de feurs de lis d’or ». Puis, pour une raison non précisée, 
le 19 juin 1629, les merciers obtinrent du prévôt des marchands et des
échevins de la ville de Paris de nouvelles armoiries, sans en faire part à
leurs confrères des cinq autres corps de marchands. L’ayant appris, ces
derniers se réunirent et décidèrent de déposer une requête commune
auprès du prévôt « pour empêcher l’exécution d’une telle sentence ». Prévôt 
et échevins convoquèrent les six corps à l’Hôtel de ville le 25 juillet
suivant. Après avoir entendu leurs réclamations, ils décidèrent de doter
les six corps de nouvelles armes inspirées de celles des merciers avec
un œil en chef et, sur fond d’azur, le nombre de navires correspondant
à leur ordre de préséance. Les drapiers en eurent un, des épiciers deux,
etc… Seuls les orfèvres refusèrent ces armoiries, étant « pourveux d’autres
3dont ils se contentaient » . Celles des merciers se composaient désormais
d’un « champs d’argent chargé de trois navires, dont deux sont en chef et un
en point. Ces vaisseaux, construits et matés d’or sur une mer de sinople, le
tout surmonté d’un soleil d’or avec cette devise : Te toto orbe sequemur ;
en français : Nous le suivons par toute la terre ; comme si les marchands
merciers voulaient faire entendre que leur commerce se doit étendre par tout
4l’univers, et depuis l’Orient jusqu’au Couchant représenté par le soleil » . Sur
le tableau de Charles le Brun, en haut des armoiries apparaît une autre
devise : Gemino gens nota sub axe, qu’il est possible de traduire ainsi :
5Communauté célèbre dans les deux hémisphères  (fg. 3).
Enfn,  le troisième élément de satisfaction était l’enrichissement 
spectaculaire procuré par le commerce de la mercerie, à l’origine de
nombreuses élévations dans la société, comme le rapporte fèrement 
1. Lespinasse, 1892, II, p. 258, 267, 269-270 ; Statuts, ordonnances…, 1727, p. 43-44.
ère2. Savary, 1712, 1 partie, p. 33-34 ; Savary des Bruslons, 1741, III, col. , 357, 359, art.
Mercerie.
3. A.N., KK 1340, p. 23-25.
4. Sauval, 1724, II, p. 476 (Sauval se trompait en datant ce changement d’armoiries
de 1636) ; Savary des Bruslons, 1741, III, col. 360, art. Mercerie ; Lespinasse, 1892, II,
p. 240 ; Sargentson, 1996, p. 9, fg. 2.
5. Les armes du corps des merciers gravées en 1674 reproduisent ce même corps
avec les trois vaisseaux et le soleil rayonnant, accompagné d’une devise identique
(Lespinasse, 1892, II, p. 232). Je remercie chaleureusement Vincent David de m’avoir
procuré ce cliché.
marchand.indb 59 14/03/14 12:40:4360 Le Prince et le Marchand
Savary : « Je me suis un peu étendu sur la grandeur de ce corps, parce qu’à
mon sens, c’est celui dans lequel les fortunes sont les plus journalières et plus
communes, et dont l’on peut commencer le négoce par cent écus, et le faire
dans la suite avec des millions. Il me faudrait trop de tems pour rapporter les
exemples du nombre de famille du corps de la mercerie qui ont fait des fortunes
immenses dans cette profession, et dont la postérité occupe aujourd’hui les plus
belles charges de la Robbe ». Savary s’appropriait ainsi les valeurs fonda-
mentales de l’aristocratie pour laquelle la vertu, c’est-à-dire les qualités
individuelles élevées, constituait autant, voire plus que la naissance,
l’essence de la noblesse. Cependant, pour lui, la vertu ne désignait pas
le courage, l’intégrité, l’honneur, la libéralité ou l’éducation selon les
idéaux nobles, mais le travail, l’austérité, la rigueur dans la gestion de
ses biens, valeurs bourgeoises ayant pour centre l’argent et une activité
professionnelle et pour cela même dédaignées par la culture aristocrati-
que, qui les considéraient au contraire comme le refet  d’une âme basse. 
L’argent, à lui seul, ne sufft  pas à faire d’un marchand un honnête 
1homme : il n’en serait que le singe, comme M. Jourdain .
Ce détournement des idéaux aristocratiques par un ancien marchand,
e 2témoignait de leur force dans la société du XVII siècle . Pour Savary,
l’intégration dans la noblesse de robe ou l’achat d’une charge récompen-
sait moins la richesse acquise que la vertu nécessaire pour réussir dans
le négoce, vertu qui compensait, voire supplantait, l’absence de nais-
3sance . Une anecdote rapportée par Tallemant des Réaux témoigne de ce
tels enrichissements : Hervé, marchand de soie, parlant en sa boutique
en compagnie d’autres confrères, « il passa un petit garçon de quatorze à
quinze ans, qui avait peut-être pour quatre sols de marchandise dans une balle.
Ce petit garçon leur dit en riant : « Messieurs, qui est-ce de vous qui veut me
prester quelque chose sur ma bonne mine ? J’ay bonne envie de faire fortune. »
Ce M. Hervé trouva ce garçon à sa fantaisie, il luy preste dix excus et luy ft,
en riant, promettre, foy de marchand, qu’il luy tiendrait compte du proft moitié
par moitié. Ce garçon s’en va. Au bout de quinze ans, comme Hervé disnait,
on vint luy dire qu’un homme bien vestu le demandait ; il dit : « Monstrez-luy
1. Ces préjugés ignoraient les exceptions. Ainsi, Tallemant des Réaux rapporte l’anec-
dote d’un marchand qui prêta 10 écus à un jeune garçon qui avait envie de faire
fortune. Celle-ci faite, il revint vers le généreux marchand pour lui faire partager
ses profts,  lequel refusa arguant qu’il lui avait donné cet argent. Le jeune marchand 
lui envoya le lendemain de la vaisselle d’argent (Tallemant des Réaux, 1960-1961,
II, p. 745). Que le mémorialiste ait pris soin de consigner cette générosité laisse à
penser qu’elle allait au rebours des idées reçues sur les marchands.
2. Au siècle suivant, l’économiste David Hume constatait que le commerce était moins
forissant  dans les monarchies absolues car considéré comme moins honorable que 
la naissance et les titres, sources d’honneur contrairement au négoce et à la richesse
(Hume, 2005, p. 14).
3. Savary, 1712, p. 34, 88.
marchand.indb 60 14/03/14 12:40:43Le corps de la mercerie 61
telles étoffes qu’il voudra. Il veut vous parler. » Hervé se lève ; l’autre luy en fait
excuse et luy demande s’il ne se souvenait point d’un petit garçon auquel il avait
presté dix escus, etc. « Non. » L’autre luy dit tant de circonstances qu’enfn il
l’en ft ressouvenir. « Monsieur c’est moy. Voici mes livres. Vous verrez ce que
j’acheptay icy, où je fus en suitte, comme je m’embarquay et allay en Espagne,
puis aux Indes. Il y a près de cinquante mille excus de proft pour vous. »
Hervé respondit qu’il ne pouvait les prendre en conscience, parce qu’il avait eu
l’intention de luy donner ces dix escus. L’autre luy envoya le lendemain deux
1crocheteurs chargez de vaisselle d’argent » . L’enrichissement spectaculaire
des marchands les plus entreprenants n’était pas une légende et frappa
les contemporains. A l’esprit d’entreprise et à la fdélité  au contrat tacite 
du jeune marchand répondaient la générosité et le désintéressement
de son aîné. Ces réactions individuelles dans lesquelles se mêlaient le
meilleur des valeurs aristocratiques et bourgeoises ne suffrent  pas à 
combattre les préjugés bien enracinés dans la société.
Le métier de marchand, peu fatteur,  ne représentait qu’une étape 
pour gravir l’échelle sociale et atteindre un état honorable, récompense
de qualités individuelles propres, lesquelles devraient être reconnues par
2toute la société . Protégé par Fouquet, Savary lui-même avait quitté le
commerce en 1658 pour prendre la tête de l’administration des domaines
du roi. Entraîné par la chute du surintendant, il revint ensuite en grâce
3et intégra le Conseil des fnances . Il ne pouvait donc que défendre une
telle ascension sociale. Plusieurs contemporains suivirent cette voie :
Jacques Antheaume, marchand rue du Grenier Saint-Lazare en 1671,
4mourut « chef de pannetrye de la Maison du Roi » en 1694 ; Laurent Danet,
grand marchand, poursuivait son activité commerciale malgré sa charge
de lieutenant de la fauconnerie du roi, comme il sera étudié plus loin.
Ces marchands enrichis, ou leurs héritiers, singes des princes par leurs
dépenses et leur train de vie, suscitèrent les sarcasmes de Molière puis
de La Bruyère, qui raillaient leurs excès, le prétentions et leur incon-
séquence. Outre l’achat d’offces  ou de charges, le mariage constituait 
également un excellent moyen d’ascension sociale. La Bruyère se ft 
l’écho de l’union de Jeanne Gilbert, flle d’un  marchand de toiles, avec 
Joseph Jean-Baptiste Fleuriau d’Armenonville, conseiller d’Etat ordi-
1. Tallemant des Réaux, 1961, II, p. 745.
2. Témoignage de cette quête d’estime et de respectabilité, dans les actes notariés,
Charles Le Brun était régulièrement qualifé  d’ « honorable homme » ou de « noble
homme », Philippe Morisse l’aîné par trois fois et Charles Malafaire une seule fois
(A.N., min. cen., XXXIX, 107, 8 janvier 1663 ; XXXIX, 110, 5 juillet 1664 et XXXIX, 112,
er23 novembre 1665 ; LXXXI, 99, 1 mai 1671). Cependant, les raisons de l’apparition
de ces qualifcatifs, comme de leur disparition, restent inconnus.
3. Poitrineau, art. Savary, dans Dictionnaire du Grand Siècle, 1990.
4. A.N., min. cen., CIX, 249, 28 août 1671 ; CVIII, 227, 19 avril 1694.
marchand.indb 61 14/03/14 12:40:4362 Le Prince et le Marchand
naire et intendant des fnances,  alors que son amie d’enfance, également 
1flle  de marchand, entra à son service pour échapper à la misère . Le
26 juillet 1703, Etiennette Marguerite Malafaire épousa Nicolas Antoine
Blandin, procureur au Parlement, sensible aux charmes de la demoiselle
et de ses 10 000 livres de dot, dont 6 000 livres comptant et le reste en
2rentes, meubles, linge, argenterie et bijoux .
Cinquante ans plus tard, Savary des Bruslons regrettait l’abandon du
commerce par les marchands qui préféraient toujours intégrer la noblesse
de robe. Il estimait stérile ce changement d’état qui allait contre les inté-
rêts du négoce et de la famille concernée : « la fortune des particuliers en
serait plus grande et plus assurée. Le commerce en deviendrait de jour en jour
plus forissant, et les entreprises importantes se soutiendraient plus facilement
et auraient de plus heureux succès. Au lieu de l’empressement qu’ont la plupart
des négocians de se tirer du commerce pour entrer eux-mêmes dans les charges
ou pour y faire entrer leurs enfans, arrête, non seulement la source de toutes
leurs richesses, mais les épuisent souvent de telle sorte que de marchands très à
leur aise, et qui le pourraient devenir davantage, ils deviennent et restent toute
3leur vie des offciers et des magistrats très incommodés  » . Ce qui représentait
un but pour le père devint un regret pour son fls  Savary des Bruslons. 
Ce changement d’attitude en une génération témoignait de l’évolution
eau début du XVIII siècle du sentiment que les marchands commençaient
à éprouver vis-à-vis de leur profession : la gêne tendait à reculer pour
laisser place à plus d’estime de leur métier et d’eux-mêmes.
eToutefois, dans la seconde moitié du XVII siècle, comment rester
marchand dans une société qui privilégiait l’honneur à l’argent et dans
laquelle la considération provenait de la naissance et du rang social
et non de la richesse ? Les grandes déclarations des Savary père et fls 
apparaissent plutôt comme une tentative de convaincre les merciers
eux-mêmes de la noblesse de leur profession, qu’une réelle conviction
partagée par tous.
Le sentiment des contemporains
La société. La mauvaise réputation des marchands était ancienne. Au
edébut du XVI siècle, Erasme, dans son Eloge de la folie, écrivait : « une
race très folle et très sordide est celle des marchands, puisqu’ils exercent un
métier fort bas et par des moyens fort déshonnêtes. Il mentent à qui mieux
mieux, se parjurent, volent, fraudent, trompent, et ne prétendent pas moins à
1. La Bruyère, 1962, p. 181, Des Biens de fortune, n°6 et p. 211-212, De la ville, n°11.
2. A.N., min. cen., LXXXV, 295, 26 juillet 1703.
ère3. Savary, 1712, 1 partie, p. 34 ; Savary des Bruslons, 1741, III, col. 1007-1008, art.
Profession mercantille.
marchand.indb 62 14/03/14 12:40:43Le corps de la mercerie 63
1la considération, grâce aux anneaux d’or qui encerclent leurs doigts » . Il leur
reprochait moins la médiocrité de leur métier que l’avilissement de leur
âme, ne respectant rien ni personne, pas même leurs propres femme et
enfants, dans l’exercice de leur métier.
Un siècle plus tard, La Bruyère estimait toujours les marchands gens
fourbes et malhonnêtes, uniquement motivés par l’appât du gain. Les
marques appliquées sur les étoffes indiquaient le prix d’achat et leur
permettaient de négocier en connaissance de cause pour éviter les pertes.
Elles lui apparaissaient particulièrement suspectes et, peu indulgent, il
leur reprochait, outre de camoufer  les défauts de leur marchandise, de 
« la vendre plus chère qu’elle ne vaut ; il a des marques fausses et mystérieuses,
afn qu’on croit n’en donner que son prix, un mauvais aunage pour en donner
2le moins qu’il se peut » . L’écrivain voyait dans ces marques et chiffres,
mystérieux pour le profane, une preuve supplémentaire de la duplicité
des marchands, dont les diverses ruses avaient pour unique but de voler
le client. Ce dernier estimait que le marchand ne perdait jamais, trichant
ensuite sur la qualité, les prix et les mesures.
Les contemporains généralisaient à toute la profession des préju-
gés issus de l’éducation chrétienne et des idéaux aristocratiques qui
méprisaient l’appât du gain. La profession de marchand était au mieux
supportée, car nécessaire, au pire méprisée et moquée. Ceci explique
en partie pourquoi Savary déconseillait aux marchands d’encourager
leurs enfants destinés au négoce à faire des études, avant tout pour
leur épargner le dédain des autres élèves. En effet, « dans les collèges, ils
conversent et contractent amitié avec d’autres enfans de personnes de qualité,
dont les pères sont dans les charges de la Cour ou de la Robe : leur entretien
et leur conversation étant le plus souvent de la grandeur et de l’élévation de
leur maison. Les jeunes gentilshommes, qui ont des sentimens élevez par la
grandeur de leur naissance, méprisent le commerce, et toutes les conditions qui
sont au-dessous d’eux ; et même quelquefois, dans leurs petites querelles, ils
appellent par mocquerie les autres fls  de courtaut de boutique, de sorte que
toutes ces choses font naître dans l’esprit des enfans le mépris pour la profession
mercantile ». Savary des Bruslons défnit  ainsi, avec regret, l’expression 
« courtaud de boutique » : « terme injurieux et de mépris, dont on se sert, quand
on veut ravaler la profession, quoiqu’honorable, des apprentifs et des garçons des
3marchands ; et surtout de ceux qui travaillent en boutique chez des artisans » .
1. Erasme, 2005, p. 58.
2. Sauval, 1724, II, p. 475 ; La Bruyère, 1962, p. 192, Des Biens de fortune, n°43.
ère3. Savary, 1712, 1  partie, p. 30 ; Savary des Bruslons, 1741, II, col. 726. A la fn  du 
eXVIII siècle, Louis Sébastien Mercier expliquait ainsi l’origine de ce surnom déso-
bligeant : « les garçons de boutique s’appellent courtauts, parce que le maître les envoie
précipitamment auprès de l’acheteur qui, ayant offert un prix, s’en est allé. Le boutiquier
attend pour voir s’il reviendra ; et quand il ne revient point sur ses pas, il dit à son garçon :
marchand.indb 63 14/03/14 12:40:4364 Le Prince et le Marchand
Ces railleries témoignaient de la déconsidération dont souffrait l’activité
marchande dans les rangs supérieurs de la société.
Lors d’une fête donnée en novembre 1683 à Marly, par Louis XIV en
l’honneur de la Dauphine, le mercier L’Oiselier apporta « pour le Roy ce
qu’il avait de plus beau ». Le Souverain ft  jouer les dames de la Cour à la 
loterie pour gagner les lots tirés parmi « toutes les richesses qui éblouirent
les yeux ». Elles ne payèrent rien et « ceux qui estaient commis pour délivrer
ce que l’on avait gagné s’en acquitèrent sans en demander d’argent, quoy qu’ils
1n’eussent peut estre jamais joué ce personnage » . Ces réfexions  du rédac-
teur du Mercure galant témoignaient de l’admiration des contemporains
devant les marchandises et de leur mépris envers les merciers, toujours
soupçonnés d’être âpres au gain, sentiments qui mettaient d’autant plus
en valeur la libéralité royale.
Deux conceptions des échanges sociaux s’opposaient. Celle ancienne
et aristocratique du don, héritage de la culture médiévale alors que les
échanges étaient peu monétarisés, comportait des implications sociales et
politiques importantes. La libéralité était un procédé de gouvernement :
elle récompensait à leur juste valeur des services rendus et le don enga-
2 egeait celui qui recevait à la fdélité  envers le donneur . Au XVII siècle,
Louis XIV concentra dans les mains du seul souverain les dons politiques
sous formes de pensions, de charges… Désormais, pour les membres de 
la famille royale et de la noblesse en général, le don devint essentiellement
un geste identitaire de l’aristocratie vidée de tout contenu politique. La
nature de leurs présents évolua en conséquence : il n’offraient plus de
postes ou de charges mais des étoffes, des objets, des meubles… Pour 
ces donneurs, la libéralité, une des vertus d’une âme noble, apparais-
sait comme une obligation morale et religieuse, la religion chrétienne
condamnant l’enrichissement, le gain, c’est-à-dire l’accumulation stérile.
La libéralité participait à la charité et évitait le péché d’avarice et donc
l’opprobe divine. Donner était une obligation tout autant religieuse que
sociale. Donner marquait la supériorité du donneur dans la société, lequel
attendait en retour moins la fdélité  qu’une reconnaissance de leur place 
dans la société, place implicitement reconnue par l’acceptation du don
par la personne qui le recevait. Cette reconnaissance réciproque assurait
la stabilité de la société. Le donneur n’offrait pas à n’importe qui et pas
n’importe quoi à n’importe qui. La valeur fnancière  du présent dépen-
dait autant du rang du donneur que de celui de la personne à qui il était
destiné. A sa valeur vénale s’ajoutait la valeur symbolique, également
dépendante du rang du donneur et de la manière dont il a été offert.
Cours tôt après lui » (Mercier, 1995, I, p. 1169-1170).
1. Mercure galant, novembre 1683, p. 288, 289, 295.
2. Guéry, 1983, p. 10-15, 26.
marchand.indb 64 14/03/14 12:40:43Le corps de la mercerie 65
De la part du receveur, accepter un don était également une obliga-
tion. Le refuser aurait signifé  la remise en cause des hiérarchies sociales. 
Accepter impliquait l’acceptation d’intégrer le réseau social du donneur
comme obligé, donc à une place inférieure. Cela signifait  également 
l’obligation de rendre, pas immédiatement et sous différentes formes.
Par des fêtes ou des présents, dans ce cas, leurs valeurs fnancières  et 
symboliques devaient être particulièrement mesurées en fonction du
rang des deux parties pour ne pas inverser les rapports sociaux ; par
une fdélité  et un lien social d’homme à homme, héritage de la tradition 
médiévale et caractéristique de la société aristocratique. Ces échanges
par les dons créaient et entretenait les liens entre les protagonistes et
marquait la qualité de ces derniers dans la société.
Face à cela, la conception nouvelle et bourgeoise de la marchandisa-
tion des échanges libérait ces derniers des liens personnels : telle somme
correspondait à telle chose. L’économie marchande ne s’encombrait
pas des considérations de personnes et refusait l’aspect dispendieux et
somptuaire de l’économie du don, facteurs qui gênaient le développe-
1ment du marché et du commerce . La réaction de mépris de la noblesse
exprimait son inquiétude face à cette économie capitaliste montante et
menaçante, qui remettait en cause son existence économique et sociale
et donc son pouvoir.
Exceptionnellement, une prestigieuse clientèle se révélait dange-
reuse, comme en témoigna en juin juin 1665, l’affaire du sieur Bouchard,
« marchand mercier, ayant esté battu et excédé à coups de battons dans le bois
de Boulogne par des cavalliers attitrez par une dame qui luy doit de l’argent,
cette affaire estant de conséquence aux marchands ausquels il peut arriver
pareil inconvénient ». Aucun marchand n’étant à l’abri d’une telle mésa-
venture, les merciers demandèrent la jonction des six corps pour porter
leur plainte auprès du procureur du roi, du lieutenant criminel et même
2de Colbert . Ce recours au ministre laisse supposer que la dame, dont
l’identité n’est pas précisée, appartenait à la haute aristocratie. Outre
son caractère vindicatif, cette affaire révèle le mépris de l’acheteuse
vis-à-vis du marchand, qu’elle n’hésita pas à faire bastonner, comme un
vulgaire voleur, probablement à la suite d’une demande de règlement
d’une dette. Cette requête parut sans doute choquante à la dame en
raison de l’écart qu’elle mesurait entre la perception de sa propre dignité
et l’indignité dans laquelle elle tenait les marchands. Pour leur part,
les merciers vécurent ce traitement comme une humiliation pour leur
1. Mauss, 2004, p. 161, 169, 200, 239, 249, 250, 258, 269 ; Perrot, 2005, p. 46-47, 52-53 ;
Fontaine, 2008, p. 13, 194, 223, 275.
2. A.N., KK 1340, 294-295.
marchand.indb 65 14/03/14 12:40:4366 Le Prince et le Marchand
confrère, leur propre corps et tout le monde marchand. Leur fatteuse 
image d’eux même se confrontait à la réalité.
Aux yeux des contemporains, les marchands brillaient par leur incul-
ture, aggravée par leur prétention, tant intellectuelle que sociale. Ils ne
connaissaient que les mathématiques, soit la seule matière nécessaire
1à leur métier . Dans le Bourgeois gentilhomme créé en 1670, Monsieur
Jourdain regrettait que ses parents ne lui « aient pas bien fait étudier dans
toutes les sciences » et n’acceptait pas d’être considéré comme fls  de 
marchand. Il incarnait tous les préjugés appliqués aux marchands : son
inculture, sa sottise, sa vanité, sa prétention à vouloir singer la noblesse
pour paraître ce qu’il n’était pas et son désir de marier sa flle  à un 
2gentilhomme étaient autant de ressorts comiques pour le public .
Les mêmes préventions tenaces apparaissaient en fligrane  dans une 
anecdote rapportée au début des années 1690 par François de Callières.
Ce dernier écrivait que le fls  d’un marchand de dentelles de la rue Saint 
Denis, enrichi grâce à l’héritage paternel, déménagea, prit un carrosse et
« s’investit lui-même du titre de marquis de Saint-Simon, dont je l’ai trouvé en
3pleine paisible possession » . A l’agacement de la passivité de la société face
à cette usurpation se mêlait le mépris. A la fn  du règne de Louis XIV, 
Madame Du Noyer soulignait leur ignorance. Elle décrivait à sa corres-
pondante une scène dans laquelle un marchand, après avoir entendu
dans une auberge deux beaux esprits parler des lettres de Voiture, leur
répondit : « je vous en écris autant que vous voulez et donna comme exemple :
« Lettre de voiture. A la garde de Dieu sous la conduite d’un tel, voiturier, je
vous envoie un ballot pesant tant, &c… ». Voilà, dit-il ce que c’est que les
lettres de voiture. Voiez s’il y a de quoi tant se récrier ». Son amie lui répon-
dit : « votre lettre m’a fait tout le plaisir du monde et j’ai bien ri de celle de
Voiture. C’est un plaisant Qui pro quo ! Ce qui fait bien voir que Messieurs
les marchands sont plus habiles au numéro et connaissent mieux les règles de
l’Arithmétique que celles de l’Eloquence. Ils ont beau se donner des airs, leur
éducation est différente de celle des gens d’une autre volée, et la caque, comme
4on dit, sent toujours le hareng » .
De même, leur rôle d’intermédiaire entre le fabricant et le client appa-
raissait au mieux comme stérile, au pire comme nuisible. Dans une
1. La Fontaine s’en faisait également l’écho dans sa fable Le Marchand, le gentilhomme,
le pâtre et le fls de roi, (La Fontaine, 2002, p. 325-326).
2. Molière, 1971, II, Le Bourgeois gentilhomme, p. 726, acte II scène 4 et p. 755-756, acte
III, scène 12.
3. Callières, 1693, p. 149-150.
4. Du Noyer, 1739, II, p. 182-185. Cette mauvaise réputation poursuivit les merciers
ejusqu’au XIX siècle. Dans ses Trois Mousquetaires, Dumas donna pour logeur à d’Ar-
tagnan un mercier enrichi, avare, niais, égoïste et poltron (Dumas, 1972, p. 118, 142,
173).
marchand.indb 66 14/03/14 12:40:43Le corps de la mercerie 67
société qui valorisait le travail pour le peuple et les rentes pour l’aris-
tocratie, ces « marchands de tout et faiseurs de rien », comme les qualifait 
l’Encyclopédie, étaient perçus comme des paresseux imbus d’eux-mêmes,
qui n’enrichissaient qu’eux, exploitaient les artisans et trompaient les
1clients . Non seulement ils étaient paresseux, mais leur ambition s’exer-
çait au détriment des autres marchands et même des corporations des
artisans, ce que désapprouvait fortement Sauval. Bien que partageant
les mêmes préjugés défavorables que leurs contemporains, le pouvoir
royal eut une attitude plus pragmatique.
Le Roi et le gouvernement. Malgré leurs préventions, Louis XIV et ses
ministres eurent une approche pragmatique du monde marchand. Dès
le début du règne, ils encouragèrent le commerce national et internatio-
nal, créateurs d’emplois dans de nombreux domaines. Les paiements
en numéraire des exportations entraînaient l’entrée de métal précieux
dans le royaume dépourvu de mines d’or et d’argent. Le commerce
2augmentait ainsi la richesse des particuliers et de l’Etat . Conscients du
rôle important des merciers dans le négoce national et international, de
leurs connaissances, de leur dynamisme et de leur richesse, Louis XIV
et Colbert associèrent les grands marchands du royaume, et particuliè-
rement ceux de Paris, à la création des compagnies de commerce.
Le 7 avril 1672, soucieux de leurs intérêts, Louis XIV ft  prévenir les 
marchands parisiens, par le lieutenant de police, de l’imminence de la
guerre contre la Hollande, afn  qu’ils pussent prendre leurs disposi-
3tions pour éviter la saisie de leurs effets en ce pays . En 1673, Jacques
Savary participa à la rédaction de l’ordonnance du commerce, publiée
en mars de la même année. Son expérience du commerce n’avait pas été
4oubliée. Il ft  paraître son Parfait Négociant deux ans plus tard . A la fn 
de son règne, dans l’édit du 29 juin 1700 portant l’établissement d’un
Conseil de commerce, Louis XIV reconnut une fois encore « de quelle
importance il était au bien de l’Etat de favoriser et de protéger le commerce de
ses sujets, tant au-dedans qu’au dehors du royaume » et Sa Majesté souhaitait 
« plus que jamais accorder une protection particulière au commerce, marquer
1. Sauval, 1724, II, p. 475 ; La Bruyère, 1962, p. 192, Des Biens de fortune, n°43 ; Encyclopédie,
art. Mercerie, Merciers ; Trévoux, 1771, V, p. 944, art. Mercier.
2. Isambert-Décrusy-Taillandier, 1821-1833, XIX, p. 92-93, n°728 ; Beaud, 2000, p. 56-61.
En 1666, deux almanachs célébraient le dynamisme du royaume et de son commerce
(Préaud, 1995, p. 38-39, n°5). Douze ans plus tard, Le Brun retint ce thème du
commerce international pour l’un des médaillons de la voûte de la Galerie des Glaces
célébrant les actes de gouvernement civil du Souverain. Celui du Rétablissement de la
navigation évoque les expéditions contre les pirates barbaresques et les établissements
des grandes Compagnies de commerce, avec celles des Indes orientales en 1664, du
Nord en 1669 et du Levant en 1670 (Sabatier, 1999, p. 304-305).
3. Saint-Joanny, 1878, p. 108.
4. Poitrineau, art. Savary, dans Dictionnaire du Grand Siècle, 1990.
marchand.indb 67 14/03/14 12:40:4468 Le Prince et le Marchand
l’estime qu’elle fait des bons marchands et négocians de son royaume ». Ce 
Conseil, hebdomadaire, réunissait Chamillart, contrôleur des fnances, 
cinq conseillers du Roi dont d’Aguesseau et Pontchartrain, et surtout
« douze des principaux marchands et négocians du royaume ». Les dix plus 
grandes villes marchandes envoyaient chacune un représentant et Paris
deux. Les professionnels constituaient donc l’essentiel de ce Conseil,
refet  des différentes facettes du commerce du royaume par la diver-
sité des origines de ses membres. Les marchands de chaque ville et le
corps de ville nommaient le ou les négociants qui prenaient place en ce
Conseil, sans aucune intervention de l’Etat, nomination valable pour
1une année .
Leur participation aux grandes entreprises commerciales et au Conseil
de commerce, ainsi que la bienveillance du pouvoir royal fattaient  les 
marchands, dont l’utilité de la profession se voyait ainsi reconnue et
appréciée, sans être encore socialement valorisée. En effet, Louis XIV et
ses ministres conservaient le préjugé ancien que le commerce remplissait
presque un rôle de service public en apportant abondance et prospérité à
l’Etat et au peuple. Ils considéraient les marchands comme des éléments
d’un système qui œuvrait pour l’intérêt général et dont ils ne devaient
pas profter  personnellement par un enrichissement estimé excessif 
compte tenu de leur place dans la société. L’introduction des statuts de
1613 reprenait d’ailleurs les termes employés en octobre 1570 et leur
2accordant simplement des « gains raisonnables » . Tous les contemporains
partageaient ce sentiment. Le décalage entre la modération, attendue
par le pouvoir et la société, et l’enrichissement de certains marchands,
voire leur ascension sociale dans la noblesse de robe, évolution estimée
déplacée compte tenu de leur rang d’origine qu’ils n’auraient jamais
dû quitter, explique en partie la réputation négative des marchands
dans la société. Une méfance  subsistait toujours quant à leur état d’es-
prit. Dans une lettre du 11 janvier 1666, Colbert remarqua à propos de
certains directeurs de la jeune Compagnie des Indes orientales, que « les
3marchands de Paris sont gens rustres et de diffcile mesnagement » . Il fallait
cependant en passer par eux.
1. Isambert-Décrusy-Taillandier, 1821-1833, XX, p. 363-365, n°1718. Ces villes étaient
Rouen, Bordeaux, Lyon, marseille, La Rochelle, Nantes, Saint-Malo, Lille, Bayonne
et Dunkerque.
2.  Lespinasse, 1892, II, p. 270 ; voir pièce justifcative I.
3. A.N., mar., B² 5, p. 66.
marchand.indb 68 14/03/14 12:40:44LES RIVALITéS AVEC LES AUTRES CORPORATIONS
L’appréhension des relations entre les merciers et les différents artisans
est faussée car seules les oppositions confictuelles  entre les différentes 
ecorporations sont bien connues. A partir du milieu du XVII siècle, chaque
corporation compilait soigneusement les pièces des diverses procédures
rendues en sa faveur afn  de défendre ses compétences et ses privilèges 
1grâce à ces antécédents . Si leurs statuts n’autorisaient pas les merciers à
fabriquer, ils avaient la possibilité « d’enjoliver » les objets, terme suffsam-
ment évasif pour ouvrir la porte à tous les abus, tant de la part des merciers
que de celle des autres corporations. Tous les corps veillaient jalousement
au respect de leurs droits et privilèges et ceux des merciers apparaissant
à tous beaucoup trop étendus, voire abusifs. Ceci entraîna des rapports
de force plus ou moins violents selon la puissance de la corporation qui
s’estimait lésée et l’importance des intérêts économiques en jeu.
En réalité, ces affrontements demeuraient minoritaires comparé au
volume des échanges entre les merciers et les artisans. En effet, au niveau
des personnes, la confance  réciproque caractérisait sans doute ces liens, 
car chaque marchand s’adressait à des maîtres avec qui il avait l’habitude
de travailler. Les livres journaux auraient témoigné de leur importance
et de leur nature, cependant leur disparition nous prive d’une connais-
sance plus approfondie de ces rapports.

LES EI T ES ET LES SCUL TEU S
En 1613, l’article 12 des statuts des merciers avait précisé leur habili-
tation à vendre « images, tableaux, tant en bosses qu’autrement, peinctures », 
2c’est-à-dire sculptées en bas-relief et peintes . Peintres et sculpteurs tentè-
rent, sans réelle conviction, de s’assurer l’exclusivité du commerce des
peintures et des sculptures. L’article 5 de leurs statuts de 1619 interdisait
aux merciers « d’entreprendre aucuns tableaux, sculptures et autres ouvrages
concernant ledit art ». Cette clause ne faisait que confrmer  l’interdiction 
1. Recueil des statuts…, 1688 ; Statuts, ordonnances et règlemens…, 1727 ; Statuts et privi-
lèges…, 1734 ; Recueil d’ordonnances…, 1752.
2.  Lespinasse, 1892, II, p. 256, 268, 273 (voir pièce justifcative  I) ; Statuts, ordonnances…, 
1727, p. 34, 45.
marchand.indb 69 14/03/14 12:40:44
pnrpr70 Le Prince et le Marchand
1de fabriquer quoi que ce soit, appliquée aux merciers depuis toujours .
En revanche, les prétentions des articles 12 et 13 étonnent : le premier
défendait « à tous merciers, porte-males, ramonneurs de cheminées et autres
telles personnes, d’apporter, vendre et débiter en cette ville aucuns tableaux et
peintures, images enchassées ou à enchasser, en ébeine ou autrement, à peine de
confscation et d’amande arbitraire ».  Les merciers n’ont pas dû apprécier 
le rapprochement avec les porte-malles et les ramoneurs. Le second,
en contradiction avec le précédent, permettait aux merciers grossistes
2de ne vendre peintures et sculptures qu’à la douzaine . Ces exigences
apparaissent d’autant plus ahurissantes qu’elles enfreignaient directe-
ment les statuts des merciers, autorisés à faire commerce de peintures
et de sculptures.
La fondation, en 1648, de l’Académie de peinture et sculpture avait
élevé le statut de l’artiste, peintre ou sculpteur, lequel exposait au Salon
la noblesse de son art. Une telle valorisation rendait la vente directe des
œuvres, et la transaction fnancière  qu’elle impliquait, fort triviales. Cela 
ft  sans doute qu’une partie du commerce des tableaux, particulièrent 
ceux de maîtres décédés et du marché de seconde main, ne fut pas l’ex-
3clusivité des seuls peintres, lesquelles ne réagirent pas pour la défendre .
L’absence d’arrêts rendus pour condamner le commerce des peintures
et sculptures chez les merciers dans le recueil de la corporation laisse à
penser que cette résolution resta théorique. Peintres et sculpteurs aban-
4donnèrent offciellement cette prétention en 1730 .
Les merciers demeurèrent autorisés à vendre des tableaux moder-
nes, s’ils ne les avaient pas peints eux-mêmes. Selon les inventaires
après décès, dont la majorité ne précise pas les noms des peintres des
tableaux prisés, les marchands semblaient cependant privilégier la pein-
ture ancienne, française ou étrangère. Les créations des grands maîtres
anciens demandaient un important investissement qui n’était pas à la
portée de tous ; quant à la peinture contemporaine, les amateurs s’adres-
saient directement à l’artiste.
LES CO S ES A TS ET TIE S
D’innombrables témoignages d’oppositions entre les merciers et
les corporations des artisans subsistent pour la seconde moitié du
eXVII  siècle. Chaque confit  était l’occasion pour chacun de rappeler 
1. Schnapper, 2004, p. 78, 293.
2. 78-79, 294, 295.
3. Fontaine, 2008, p. 274.
4. Schnapper, 2004, p. 78-79.
marchand.indb 70 14/03/14 12:40:44
rérrdmpLe corps de la mercerie 71
l’étendue de ses compétences. Ainsi, le 24 juillet 1670, les merciers
avaient obtenu un arrêt du Parlement contre les tailleurs d’habits, dans
lequel il leur était interdit « de vendre aucune estoffe sauf de pourpointerie et
d’habits faits par eux ». En respect des statuts de la mercerie, les tailleurs 
ne pouvaient s’opposer à l’enjolivement par les merciers, puis à la vente
par ceux-ci de robes de chambre, de pièces de vêtements achetées à
1des maîtres tailleurs ou d’étoffes acquises de la Compagnie des Indes .
Dans un autre domaine, et pour les mêmes raisons, les merciers frent 
également appel à la justice contre le tabletier Etienne Horlault. Après
la saisie de ses marchandises le 4 juin 1697, leur plainte aboutit enfn  le 
26 avril 1700. L’édit rappela aux tabletiers que seule la vente « des cannes
rappées, tournées, fabriquées de leurs mains, garnies de pommes ou de becs
d’yvoire et bois, sans enjolivement », était leur apanage. En revanche, le 
commerce des cannes d’Inde, qu’ils n’avaient donc pas fabriquées dans
leurs ateliers, et leur enjolivement par des pommes, colliers, plaques
ou chaîne en or, en argent ou d’autres métaux demeuraient le privilège
exclusif des merciers. Le renouvellement de cette sentence dans des
termes identiques, le 15 décembre 1716, à l’encontre du tabletier Pierre
2Descars, témoignait de son ineffcacité .
Ces arrêts marquaient la volonté des merciers de conserver le privi-
lège de l’embellissement des produits fnis  et de se réserver le négoce 
des objets de provenance étrangère, négoce interdit aux autres corpo-
rations, lesquelles défendaient l’exclusivité de la vente de leur propre
production. La surveillance suspicieuse était réciproque et parfois si
zélée que les corporations outrepassaient leurs droits et indisposaient
les merciers par leurs visites intempestives dans leurs boutiques. L’arrêt
du Parlement du 29 avril 1670 donna raison à ces derniers, et plus parti-
culièrement à Jacques Le Gendre, qui avait essuyé la visite des jurés
menuisiers parisiens. L’arrêt défendit désormais à ces derniers « de trou-
bler les marchands merciers en la liberté de vendre toutes sortes d’ouvrages
de menuiserie servant de meubles, à la charge que lesdits marchands merciers
seront tenus les acheter et faire faire en cette ville et fauxbourgs par les mais-
tres dudit métier, sans qu’ils en puissent faire eux-mêmes, ni en faire faire par
aucuns compagnons, chez lesquels maistres les jurés du mestier pourront les
visiter, et sans qu’ils puissent les aller visiter dans les maisons, boutiques et
3magazins desdits marchands merciers » . En contrepartie, les merciers se
voyaient obligés de se fournir chez les artisans parisiens, afn  de donner 
du travail aux ouvriers et artisans, de soutenir la création et l’économie
du royaume. Cet impératif évitait également qu’ils ne cassent les prix et
1. Lespinasse, 1892, II, p. 278-279.
2. Recueil d’ordonnances…, 1752, p. 122-123, 162-163 ; Lespinasse, 1892, II, p. 281.
3. 129-130 ; Lespinasse, 1892, II, p. 278.
marchand.indb 71 14/03/14 12:40:4472 Le Prince et le Marchand
edéstabilisent le marché. En effet, dès la fn  du XVI siècle, les corporations
reprochaient aux merciers d’acheter et de faire venir des « marchandises
de toutes part bonnes et loyalles qu’ils vendent ordinairement à trop meilleur
1prix que les autres » . Par de subtils jeux d’équilibre, le pouvoir royal
tentait de satisfaire les exigences de chaque corporation et de défendre
le travail des régnicoles.
Seule une plainte de l’acheteur pour malfaçon justifait  une visite des 
jurés de la corporation concernée. La visite s’effectuait alors dans les
2bureaux du corps de la mercerie, où l’objet était porté . L’interdiction
des visites des jurés dans les boutiques des merciers, répétée depuis
1413, donc jamais respectée, avait pour but d’éviter les abus de la part
des autres corporations et d’épargner le soupçon de fraude qu’elles
jetaient sur la marchandise et le doute sur l’honnêteté du marchand
visité. Deux condamnations envers les menuisiers en quarante ans
peuvent paraître dérisoires, mais toutes les visites intempestives ne
remontaient pas jusqu’au Parlement. Nombre d’entre elles n’ont laissé
aucune trace écrite, cependant les plaintes des merciers sur la gêne ainsi
occasionnée témoignaient de leur multiplication.
Ne pouvant, par leurs statuts, vendre que des objets déjà créés, le
marché de l’occasion s’ouvrait sans limite aux merciers. Certaines corpo-
rations souhaitèrent pourtant conserver l’exclusivité du commerce de
leur spécialité, comme le tentèrent celle des selliers et des charrons en
1662. Cependant, le 23 juin de la même année, le Parlement autorisa
également les merciers à « achepter de toutes personnes, et vendre à toutes
autres indifféremment, mesme d’échanger tous carosses, tant vieux que neufs,
faits à Paris ou ailleurs, les dépecer, les vendre par morceaux ou entiers, si bon
leur semble, sans néantmoins qu’ils en puissent faire eux-mêmes, en faire faire
3par aucuns compagnons, ny mesme les racommoder » . Les traditionnels
principes se retrouvent avec l’autorisation pour les merciers d’acheter
et de vendre des pièces neuves ou anciennes, et leur interdiction d’en
fabriquer ou de les réparer, même par un compagnon, car ces interven-
tions relevaient des privilèges des maîtres selliers et carrossiers.
Toutes les corporations n’étaient pas aussi jalouses de leurs privilèges,
sans doute parce qu’elles se sentaient moins menacées, et des accom-
modements demeuraient possibles. Ainsi, par sentence du 22 juin 1700,
merciers et tapissiers se partagèrent le « droit de vendre et acheter toutes
sortes de tapisseries, tant neuves que vieilles et autres marchandises spécifées
4par leurs statuts » . Les jugements respectaient les privilèges des différents
1. Statuts, ordonnances…, 1727, p. 34-35.
2. Recueil d’ordonnances…, 1752, p. 130-131.
3. Lespinasse, 1892, II, p. 277-278.
4. 281.
marchand.indb 72 14/03/14 12:40:44Le corps de la mercerie 73
corps. Depuis 1659, faïenciers et merciers se partageaient le commerce
des porcelaines orientales, et les maîtres de ces deux corps disposaient
de la faculté de les enjoliver. Le 18 décembre 1711, le Parlement confrma 
le partage de cette compétence entre les verriers, les faïenciers et les
émailleurs. Tous étaient autorisés à « vendre et débiter concurremment,
tant en gros qu’en détail, les porcelaines des Indes et autres pays estrangers,
qu’ils pourront faire enjoliver et garnir d’or, d’argent, cuivre et bronze doré et
autres métaux lesdites porcelaines pour la satisfaction et curiosité du public.
A la charge néanmoins que les verriers ne pourront en faire trafc qu’avec des
garnitures et ornements attachés et adhérents auxdites porcelaines, sans aucu-
nement entreprendre et débiter autres ouvrages séparés et détachés desdites
porcelaines, comme boîtes, cuves, coffres, coffrets, tasses de métal en forme de
1cuvettes, etc. » . L’obligation faite aux faïenciers de ne vendre que des
garnitures fxées  aux porcelaines paraît n’avoir été que de pure forme 
pour marquer une distinction avec les merciers. Si le bien public motiva
cette décision, il reste surprenant, d’une part que les faïenciers aient
accepté de partager leur privilège de vendre de la porcelaine en général,
et d’autre part que les merciers leur aient permis d’enjoliver les objets
et de débiter des porcelaines d’Extrême-Orient. Comme pour les tapis-
series, les compétences des deux corporations à propos du commerce
d’un type d’objets apparaissant inextricables, les juges en ont sagement,
et exceptionnellement, réparti l’exercice.
Selon les inventaires après décès étudiés, dans la seconde moitié du
eXVII siècle, les merciers vendaient essentiellement de la porcelaine de la
Chine et du Japon. Celle de Perse, moyennement appréciée des Français
en’apparaissait que ponctuellement. Au début du XVIII siècle, seuls Jean
et Jean-Baptiste de La Fresnaye débitaient de la porcelaine de Saint-
2Cloud . Quant à la faïence, elle restait nettement minoritaire. Celle « de
Hollande », était citée plus souvent, tandis que Lescot débitait quelques 
3pièces d’Italie . Aucune production de Nevers n’était mentionnée et seul
4Charles Le Brun vendait celles de Rouen . Le commerce de la faïence,
1. A.P.P., Lamoignon, vol. XXV, f°187v°-188, 208v°-209. Articles, Statuts […] marchands
verriers, 1742, p. 8, art. X ; Lespinasse, 1892, II, p. 282, 761.
2. A.N., min. cen., LIX, 150, 26 juillet 1709 ; XXXIV, 434, 25 mai 1725.
3. Dix pièces de faïence d’Italie seulement se trouvaient dans le magasin de Lescot
(A.N., min. cen., XLVI, 90, 12 mars 1664). En 1662, Vincent Le Blond était le mieux
approvisionné avec 62 pièces sans indication de provenance, 405 autres de Delft
et plus de 300 carreaux de même provenance. Antoine de La Fresnaye en vendait
seulement 2 pièces en 1704 et son frère Jean 8 en 1709. Guillaume Daustel en possé-
dait 13 en 1718 (A.N., min. cen., XVI, 125, 2 mai 1662 ; XI, 378, 17 novembre 1704 ;
LIX, 150, 26 juillet 1709 ; XXXIX, 297, 24 janvier 1718).
4. A.N., min. cen., XXXIX, 206, 24 mars 1698. L’inventaire mentionne 152 pièces de
faïence de Rouen.
marchand.indb 73 14/03/14 12:40:4474 Le Prince et le Marchand
française ou étrangère, n’appartenait pas aux priorités commerciales
des merciers étudiés.
L’exercice d’une même activité par différentes corporations demeurait
l’exception, compte tenu de l’esprit du temps et de la compartimen-
tation des activités. Ces partitions s’expliquaient par la nature même
de certains commerces, communs à différents corps. Cependant, une
entente était impossible avec les orfèvres.
LES O ES
Merciers et orfèvres défendaient jalousement leurs prérogatives.
Pour les seconds, l’emploi des matières précieuses, or et argent, exigeait
des connaissances légales et techniques indispensables pour surveiller,
prévenir et détecter les vols ou les fraudes sur le titre du métal. Enfn, 
ni les orfèvres ni les merciers ne souhaitaient se voir confsquer  la riche 
clientèle consommatrice d’objets d’orfèvrerie. La violence de leurs oppo-
sitions était proportionnelle à l’importance des enjeux économiques.
eLe partage du commerce de l’orfèvrerie au XVI siècle
eDès le XV siècle, les merciers vendaient des pièces d’orfèvrerie.
Certainement très mortifés  de se voir obligés de partager un commerce 
qu’ils estimaient de leur seul ressort, les orfèvres cherchèrent à conser-
ver au moins un droit de contrôle sur la qualité de l’orfèvrerie débitée
par les merciers. Le 30 avril 1488, ils obtinrent un arrêt du Parlement
leur permettant de « visiter la vaisselle et œuvre d’orfèvrerie estant es mains
des merciers de la salle du Palais et ailleurs en leurs maisons », en présence 
du bailli du Palais ou de son lieutenant. En cas de découverte de vais-
selle non conforme, après leur visite, les jurés orfèvres devaient rédiger
1un rapport au prévôt des marchands . Sous la pression des orfèvres,
Louis XII, par son ordonnance de décembre 1506, interdit aux merciers
« de vendre et achepter aucune vaisselle ne chose d’argent ». Trente-sept ans 
erplus tard, François I leva cette prohibition par son édit du 21 septem-
bre 1543. Selon l’article 20, tout mercier se voyait désormais autorisé à
vendre des objets d’orfèvrerie, à condition qu’il les ait « fait faire par les
maîtres orfèvres de nostre dit royaume, et qu’il connaisse ce qu’il vend et ce
qu’il achepte, et que de ce qu’il vendront, ils en soient responsables en leurs
2noms, sur peine d’amende arbitraire » . Conscient des enjeux, le législateur
1. Recueil des statuts…, 1688, p. 680-681. Je remercie Michèle Bimbenet-Privat de m’avoir
communiqué ce document.
2. Recueil des statuts…, 1688, p. 25 ; p. 49-50, art. XX.
marchand.indb 74 14/03/14 12:40:44
rfrvèLe corps de la mercerie 75
demandait des connaissances légales aux merciers, c’est-à-dire sur les
poinçons, le titre du métal… Si les orfèvres n’apparaissent pas dans les 
1listes des métiers effectuant des visites chez les merciers , la réalité fut
toute autre.
Les orfèvres arguèrent certainement la protection de la qualité de
l’orfèvrerie du royaume, la défense de leur profession et celle des ache-
teurs, pour fnalement  obtenir de Henri II, en mars 1554, que l’orfèvrerie 
vendue par les merciers respectât les lois en vigueur sur ce sujet, sous
peine de confscation.  Un arrêt du Parlement du 3 septembre 1583 
confrma  le droit des orfèvres de visiter les boutiques des merciers, 
2même celles situées dans l’enceinte du Palais .
Malgré la résistance des orfèvres, et l’intermède des années 1506-
1543, les merciers conservèrent le droit de vendre de l’orfèvrerie
neuve et ancienne. Ce commerce devint une de leurs spécialités, et les
statuts promulgués par Henri II, le 16 mars 1558, mentionnaient des
« marchands joyauliers vendant orphauvrerie » parmi les six états de la 
3mercerie . Cependant, dix ans plus tard, le 17 mars 1568, Charles IX
réserva uniquement aux orfèvres le droit d’acheter de l’orfèvrerie, des
bijoux et des étoffes d’or et d’argent de seconde main. La raison offcielle 
invoquée était la tentative de contenir les vols d’objets précieux, tant
dans les églises que chez les particuliers, forfaits favorisés par les désor-
dres des guerres de Religion. En effet, seuls les orfèvres recueillaient les
avis de vols et les descriptions des objets dérobés et se voyaient donc
à même de les reconnaître et de dénoncer plus rapidement le vendeur.
Les orfèvres jetaient la suspicion sur les merciers qui pouvaient s’en-
tendre avec les voleurs, puis transformer les objets ou les fondre pour
4partager ensemble les bénéfces . En réalité, en cette période de diff -
cultés fnancières  et de fonte d’objets précieux pour alimenter le Trésor, 
le pouvoir souhaitait contrôler plus étroitement le commerce de l’or-
fèvrerie. En retirant aux merciers le droit d’en vendre, le nombre de
professionnels habilités à exercer un tel commerce diminua, ce qui en
facilita la surveillance. En septembre 1577, Henri III confrma  l’arrêt de 
son prédécesseur et conserva aux seuls orfèvres le commerce des métaux
5précieux non ouvrés .
Merciers et orfèvres partageaient également avec les orfèvres le
commerce des pierreries et des perles, toutefois les premiers ne pouvaient
1. Lespinasse, 1892, II, p. 256, 268.
2. Recueil des statuts…, 1688, p. 69, art. XII ; p. 654, 685-687.
3. 260.
4. , 1688, p. 84-86.
5. 100.
marchand.indb 75 14/03/14 12:40:4476 Le Prince et le Marchand
ni les monter ni les mettre en œuvre, activités réservées aux seuls maîtres
1orfèvres .
eLa crispation au XVII siècle
Les statuts de 1601 renouvelèrent le privilège des merciers de vendre
« toutes sortes de jouailleries d’or, argent, pierres précieuses, perles, joyaux d’or
et argent, vaisselle d’or et argent et d’autres métaux […] et de toutes autres
2sortes de marchandises d’or, argent, cuivre » . Leurs compétences en ce
domaine n’avaient quasiment pas de limites et l’article 12 des statuts
de 1613 le confrma,  sans qu’il soit fait allusion à la réserve de 1568 
3 econcernant le marché d’occasion . Au cours du XVII siècle, la rivalité
entre les orfèvres et les merciers prit de plus en plus d’ampleur, au point
que les premiers consacrèrent toute la dernière partie de leur volume
intitulé Recueil des statuts, ordonnances, règlemens et privilèges, publié en
1688, à la compilation de « plusieurs arrests et sentences contre les marchands
merciers », textes donnés en leur faveur et consacrant leur victoire. Ceci 
explique pourquoi les merciers se gardèrent bien de les insérer dans leurs
propres Statuts, ordonnances et règlemens du corps des marchands merciers,
grossiers, jouailliers de cette ville de Paris, parus en 1727.
Si les orfèvres contrôlaient les objets précieux vendus par les merciers
edepuis la fn  du XV siècle, leurs visites semblent s’être multipliées
eau XVII siècle, cependant le plus grand nombre de textes conservés
pour cette période explique peut-être cette impression. Les orfèvres
combattaient les fraudes destinées à tromper le public, les merciers peu
respectueux des statuts de la profession, ainsi que ceux dont les agisse-
ments, à leurs yeux indélicats, déshonoraient par ricochet le corps de
l’orfèvrerie. Ils luttaient ainsi contre la vente d’objets composites qui
facilitaient les fraudes. En 1646, Yves de Laon accumula les torts aux
yeux des orfèvres, qui voyaient en lui un « soy disant marchand jouaillier ». 
Les jurés avaient saisi « une chaisne d’or esmaillé de bons diamans et garnies
de pierres rouges fausses, qu’il faisait passer pour rubis et l’exposait en vente ». 
Pour eux « cette cause est toute exemplaire, soit par le lieu où le particulier se
retire et fait travailler par ouvriers qu’il a sous luy, qui est l’enclos du Temple,
où l’on ne va pas facilement visiter, que aussi de ce particulier qui n’a aucune
qualité pour faire travailler, soit que l’on considère l’ouvrage qui n’est que
pour tromper le public ». Outre sa malhonnêteté, de Laon employait des 
compagnons non maîtres, comme le lui permettait sa situation dans
l’enclos privilégié du Temple, non soumis aux contrôles des corpora-
1. Savary des Bruslons, 1741, II, col. 1740, art. Jouaillier.
2. Statuts, ordonnances…, 1727, p. 44, 45.
3.  Lespinasse, 1892, II, p. 272 (voir pièce justifcative I).
marchand.indb 76 14/03/14 12:40:44Le corps de la mercerie 77
tions. La fabrication de fausses pierres était une spécialité du Temple
1et leur présence sur la chaîne incriminée ne relevait pas du hasard .
Malgré tous ces torts, la protection de l’enclos privilégié et l’existence
de prêteurs sur la chaîne d’or entraînèrent une certaine modération.
Les jurés retirèrent les fausses pierres pour les détruire, avant de rendre
la chaîne à de Laon et de le condamner à 150 livres d’amende, au lieu
des 350 livres demandées. Ils le prévinrent « de ne plus user de telle entre-
prise, ny d’employer à faire travailler des compagnons orfèvres sur peine de
2plus grande amende et de confscation » . A l’exemple de ses confrères, de
Laon ft-il  grand cas de cette recommandation ? Cela reste peu probable, 
ecar les orfèvres luttèrent tout au long du XVII siècle contre les enclos
privilégiés, sans succès.
Le 16 février 1657, à la foire Saint-Germain, quatre merciers subirent
une visite des jurés de la corporation des orfèvres qui saisirent dans la
loge de Christophe de La Fresnaye une grande cave contenant dix-huit
facons  et un miroir. Ils confsquèrent  chez Jean Du Fay une « escritoire
d’écaille de tortue garnie de huit coins en ovalle, et devant d’une ferrure de latton
doré d’or moulu enrichie de petits visages et autres ornemens d’argent, avec
un miroir au fond du couvercle ». L’état de marchand privilégié suivant la 
Cour de Nicolas Courty ne les intimida pas et ils emportèrent « un coffre
de bois de couleur enrichi de huit coins de cuivre doré d’or moulu, avec un ovale
sur le couvercle et une ouverture de serrure, le tout enjolivé de petits oyseaux et
feurs d’argent blanc estampé ».  Enfn,  les enfants du défunt Nazard durent 
leur laisser « une escritoire d’escaille de tortue garnie de huit coins, une ovale
sur le couvercle et un devant de serrure de latton doré d’or moulu, enrichi de
testes d’enfans et feurs d’argent ».  La surveillance des jurés ne portait pas 
uniquement sur les pièces d’orfèvrerie, mais sur toute la production en
métal précieux, dont les éléments décoratifs appliqués sur les meubles,
coffrets et autres objets de la vie quotidienne. Outre l’absence de marque
sur les pièces saisies chez La Fresnaye, les orfèvres reprochaient avant
tout aux merciers de « tromper le public, de mesler le fn et le faux, deffendu
très expressément par les ordonnances ». Ils considéraient mal venue l’asso-
ciation d’éléments d’argent fn  avec des décorations de cuivre doré d’or 
moulu qui pouvaient être présentées comme de l’or massif. Courty ft 
appel au prévôt de l’hôtel, dont il relevait comme marchand privilégié,
et deux arrêts des 20 et 22 février 1657 lui donnèrent raison. Finalement,
pour éviter tout confit  de compétence, la Cour des Monnaies tempéra 
et ft  rendre aux quatre merciers leurs ouvrages saisis, « le fn du faux
préalablement séparé », en leur rappelant « de faire ny vendre cy-après aucun
ouvrage qui soit partie d’argent et de cuivre doré ou non doré, à peine de confs -
1. Bimbenet-Privat, 2002, I, p. 39-41.
2. Recueil des statuts…, 1688, p. 691-693.
marchand.indb 77 14/03/14 12:40:4578 Le Prince et le Marchand
1cation desdites ouvrages et d’amende » . La légèreté de la faute et le souhait
d’éviter toute confrontation entre la Cour des Monnaies et le prévôt de
l’Hôtel expliquaient cette solution amiable.
Les orfèvres défendaient également le titre du métal, qui ft  la répu-
tation des créations parisiennes, tant pour protéger la profession que
le public, qui ne devait pas payer au prix fort des objets de qualité
inférieure. L’absence de marque, donc de contrôle par les jurés orfèvres,
révélait de telles pratiques. Ainsi, le 17 juin 1650, les gardes confsquèrent 
dans la loge de la foire du Landy du mercier Pierre Ezouard, « un estuy
garny d’une cuillière, fourchette et un manche de couteau d’argent deffectueux,
où il n’y a aucune marque ». Madame Ezouard se défendit en disant que 
son mari et elle avaient acheté l’étui chez un orfèvre parisien qui l’avait
marqué de son poinçon, visible sur la pièce. Elle justifait  l’absence de 
la « grande marque », le poinçon de jurande, par la petitesse de l’objet. 
Malgré ces arguments, une sentence du 7 juillet suivant condamna le
2couple à 4 livres d’amende . Dans la même foire, le 2 juillet 1650, les
gardes saisirent chez le marchand Jean Thurin « six médailles d’or émaillées
servant de table de bracelet », pour en faire l’essai afn  d’en déterminer le 
titre, effectivement « trouvé deffectueux pour tromper le public », et condam-
3nèrent Thurin à 4 livres d’amende .
Les relations entre les orfèvres et les merciers se détériorèrent à
partir de la seconde moitié des années 1660, comme en témoignent les
condamnations plus lourdes désormais infigées.  En août 1667, les jurés 
orfèvres saisirent trois agendas garnis d’argent et « un estuy à porte cire
à relever la moustache » dans la loge de la foire Saint-Laurent du mercier 
Nicolas de Beaumont. L’essai démontra le mauvais aloi du métal, mis en
œuvre par Etienne Rousselet, compagnon orfèvre, et Louis Torot, maître
orfèvre de Saint-Quentin, tous deux retirés dans l’enclos privilégié de
Saint-Denis-de-la-Chartre. Les jurés envoyèrent agendas et étui à la
Monnaie pour les fondre et les convertir en monnaie et condamnèrent
Beaumont à 100 livres d’amende. Ils l’enjoignirent de ne plus acheter
d’ouvrages d’orfèvrerie dûment marqués qu’à des maîtres tenant bouti-
que ouverte, invitèrent Rousselet à travailler comme compagnon chez un
4maître orfèvre et Torot à retourner exercer à Saint-Quentin . Les peines
restaient moins lourdes en l’absence de circonstances aggravantes. Ainsi,
le 29 décembre 1668, les merciers Gabriel Parquet, Daniel Marcel et Pierre
1. Recueil des statuts…, 1688, p. 692, 703-705. Furetière défnissait  ainsi une cave : « se
dit aussi d’un coffre séparé en plusieurs petits quarrez, qu’on prépare ainsi pour mettre des
bouteilles. Une cave d’armée dans laquelle on transporte des liqueurs. Une cave de toilette,
où on met des essences, des pommades ».
2. Recueil des statuts…, 1688, p. 695-697.
3. 693-695, 697-702.
4. , 1688, p. 731-732 ; Bimbenet-Privat, 2002, I, p. 39-40.
marchand.indb 78 14/03/14 12:40:45Le corps de la mercerie 79
Lamy ne payèrent-ils que 12 livres d’amende chacun pour des menus
objets, médailles, croix, bagues, cachets, de mauvais aloi. Ces derniers
1partirent à la Monnaie pour être convertis en argent comptant .
Les orfèvres surveillaient également les méthodes de travail des
merciers et leur respect des statuts. En effet, si ces derniers disposaient
de la faculté d’enjoliver tout produit, ils devaient s’adresser pour cela
à des maîtres orfèvres parisiens et non pas faire travailler pour leur
compte des compagnons, qui plus est étrangers et encore moins dans
des enclos privilégiés. Le 20 juin 1634, des jurés orfèvres se rendirent
au village de Villers sous Saint-Leu, où ils saisirent « six petites plaques
d’argent pour appliquer à des cabinets d’Allemagne », réalisées par Jean 
Georges et Jean Joachim, respectivement natifs d’Augsbourg et de Elmes
en Allemagne. Ils partageaient la maison avec trois autres compagnons
allemands, travaillant plus particulièrement le cuivre, et œuvraient pour
le compte d’Antoine Bonenfant, mercier privilégié suivant la Cour. Après
essai, les plaques se révélèrent de mauvais aloi. Pour une raison incon-
nue, Bonenfant n’eut pas recours au prévôt de l’Hôtel dont il relevait
et ne se présenta pas non plus aux premières assignations contre lui.
Finalement, il fut condamné à 300 livres d’amende et Georges et Joachim
à chacun 25 livres. Fourneaux et forges de la maison de Villers furent
détruits et les plaques confsquées.  Une fois de plus, l’arrêt demandait 
aux compagnons allemands de travailler chez un maître tenant bouti-
que ouverte et à Bonenfant de s’adresser à ces derniers, sous peine de
2prison en cas de récidive . Dans la même logique, le 16 janvier 1671,
une sentence condamna le mercier François Deshayes et le compagnon
orfèvre Martin Florat, logé dans la maison du premier sur le Pont au
Change, à chacun 50 livres d’amende. Florat fut fermement invité à
3aller travailler chez un maître orfèvre, « à peine de prison » . Ces diver-
ses affaires de fraude et d’emplois de compagnons, sans conséquences
graves, représentaient visiblement la majorité des cas opposant merciers
et orfèvres. En revanche, le scandale Périgon marqua les esprits par son
ampleur et ses conséquences directes et indirectes.
L’affaire Périgon
Le mercier Jacques Périgon s’était déjà fait remarquer en mai 1658,
quand fut saisi dans sa boutique un fambeau  d’argent sans marque et 
au titre inférieur à celui en vigueur. Neuf ans plus tard, lors d’une visite
1. Recueil des statuts…, 1688, p. 739-742.
2. Recueil des statuts…, 1688, p. 688-691. Je n’ai pu identifer  ce village de Villers sous 
Saint-Leu de Féran. Pour plus de détails sur Antoine Bonenfant, voir Szanto, 2002.
3. , 1688, p. 756-757.
marchand.indb 79 14/03/14 12:40:4580 Le Prince et le Marchand
à la foire Saint-Germain, le 26 février 1667, les jurés orfèvres emportèrent
quatre plaques d’argent sur lesquelles ils remarquèrent « défaut de marque
et fausses applications du poinçon de Paris ». En effet, ces derniers avaient 
été découpés sur des pièces plus anciennes, puis soudés sur ces plaques.
Périgon porta alors plainte contre Albert Glazer, compagnon orfèvre. Ce
dernier exerçait dans l’enclos privilégié du cloître Saint-Jean-de-Latran,
avec d’autres garçons, dont Christophe Glazer, Antoine Mazurier ou
Rust. Soupçonnant une pratique ancienne, des experts se rendirent au
Garde-Meuble de la Couronne pour vérifer  la conformité des pièces 
d’orfèvrerie livrées au Roi par Périgon. Ils constatèrent avec stupeur que
« les marques du contre-poinçon qui sont sur les deux plaques, quatre quaisses,
quatre piramides, quatre vazes à godrons et deux vazes où sont les parties du
Monde cizelées, sont visiblement soudées et que les contre marques de la lettre
P qui sont sur l’un des godrons de deux desdits vazes ont esté frapés avec un
1faux poinçon » , fabriqué par Glazer. Bien plus compromettante fut la
découverte au Louvre du mauvais titre « des plaques qui estaient dans
la Chambre du Roy et de la Reyne, des piramides qui estaient dans la Salle à
costé et des vazes et quaisses qui estaient dans la Gallerie », tous vendus au 
2Roi par Périgon . Faute de vérifcation  attentive, personne, au Garde-
Meuble, n’avait jusqu’alors remarqué ces poinçons suspects. En effet,
1. Recueil des statuts…, 1688, p. 705-710, 722. Selon l’arrêt, les autres pièces portaient les
lettres A, B, F, H, K, M, P, T et V. Elles imitaient probablement le poinçon de jurande
en usage à partir de décembre 1644, 1645, 1650, 1652, 1654, 1656, 1659 et de juillet
1664 et juin 1665 (Bimbenet-Privat, 2002, I, p. 39, 72).
Les deux plaques sont probablement parmi celles inventoriées entre les n°75 et 86
de l’Inventaire général des meubles de la Couronne ; les quatre caisses sont peut-
être parmi les pots à feurs  enregistrés sous les n° 95 à 114 ; les quatre pyramides 
portaient sans doute les n° 71 à 74 ; les quatre vases sont probablement identifables 
avec ceux n°91 à 94 effectivement ornés de godrons ; et les deux vases ciselés des
parties du monde appartenaient sans doute au groupe de quatre ornés d’un tel décor
et les n°87 à 90 (Guiffrey, 1885-1886, I, p. 43-45).
2. Recueil des statuts…, 1688, p. 711-715, 723 ; Bimbenet-Privat, 2002, I, p. 144. Périgon
avait probablement vendu ces pièces d’orfèvrerie aux poinçons douteux à Louis XIV
lors de sa première livraison pour la Couronne, durant le second semestre 1663.
Celle-ci comprenait « plusieurs pièces de cristal, argenterie, tableaux de mignature et autres
marchandises », ainsi qu’un « grand cabinet d’argent de fligranne »  accompagné d’un 
« petit panier d’or » pour le service personnel du Souverain (B.n.F., mél. Colbert 267, 
f°17, 24. Certaines de ces pièces sont peut-être reconnaissables dans Guiffrey, 1885-
1886, I, p. 43-44 n°71-98, p. 157 n°486, p. 162, n°677-693 ?). Dans le premier semestre
1665, Périgon livra au Garde-Meuble trois cassolettes et dix boîtes d’argent, deux
urnes et une boîte de fligrane  d’argent, quatre vases d’or, quatre pyramides, deux 
pots de fligrane  d’or et un cabinet de la Chine garni d’argent (B.n.F., mél. Colbert 
270, f°9v°-10. Ces pièces d’orfèvrerie sont peut-être reconnaissables dans Guiffrey,
1885-1886, I, p. 60 n°408-410, p. 144 n°95-100 ?). Le 23 octobre 1666, Périgon apporta
au Garde-Meuble « deux grands vases d’argent à feuillages qu’il avait vendus au Roy à
Vincennes et qui y avaient esté laissez jusques à présent. Pesant l’un 97 marcs 1 once, l’autre
193 marcs 7 onces » (A.N., O 3304, f°37v°). Ce fut sa dernière livraison d’orfèvrerie
avant le scandale.
marchand.indb 80 14/03/14 12:40:45Le corps de la mercerie 81
pour la fourniture rapide d’un grand nombre de pièces d’orfèvrerie,
cette administration ft  également appel à différents merciers pour des 
1objets décoratifs de taille modeste , et réserva les commandes de mobilier
d’argent aux plus grands orfèvres parisiens et à ceux logés au Louvre
2et aux Gobelins . Cette politique témoignait de la confance  accordée 
par l’administration royale aux merciers et confrma  les ressources de 
ces derniers, capables de satisfaire de telles commandes grâce à leurs
liens avec les orfèvres. Sans doute en raison de la multiplicité de ces
sous traitants, de la mise en place rapide de l’argenterie dans les appar-
tements royaux et de la confance  accordée aux merciers fournisseurs 
de la Couronne, aucune vérifcation  des poinçons n’avait lieu lors des 
livraisons.
Les indélicats restaient rares et Périgon accumula les délits. Aux
fraudes sur le titre du métal et sur les poinçons s’ajoutait le manque de
respect dû à la personne royale, faute aggravée par le fait que Périgon
appartenait aux fournisseurs habituels de la Couronne depuis le début
du règne. Périgon et Glazer durent présenter leurs livres journaux au
greffe de la Cour des Monnaies, afn  de vérifer  la nature et l’ampleur 
exactes de leurs échanges et « des achapts et ventes qu’ils ont fait de leurs
ouvrages d’orfèvrerie, pour estre iceux communiquez ausdits maistres et gardes » 
1. Bimbenet-Privat, 2002, I, p. 120-147. Pierre le Tessier de Montarsy livra ainsi dans le
dernier trimestre 1662 deux plaques d’argent doré et deux bras d’argent blanc. Dans
le premier trimestre de l’année suivante, le Garde-Meuble reçut « une cassolette et
un chandellier d’argent blanc vermeil ouvrage d’Allemagne » d’Emmanuel Jarb. Durant 
le trimestre suivant, Chartier, Lescot, Montarsy et la veuve Verbeck délivrèrent de
nombreuses pièces de fligranes  d’or et d’argent, complétées par celles apportées 
par Jean Pitan et encore Montarsy durant le premier semestre 1664. Dans le premier
semestre 1665, Lefèvre fournit « deux vases et un cheval d’argent vermeil doré » et 
La Fresnaye « un centaure d’argent vermeil doré ». Dans le second semestre, le Garde-
Meuble enregistra huit vases, une cassolette, « une fgure représentant la Richesse », 
deux vases de fligrane  d’Espagne, deux plaques à deux branches, quatre girandoles, 
« une fgure de femme montée sur un cheval d’argent d’Alemagne et un cavalier aussi d’ar-
gent d’Alemagne » vendus par la veuve Verbeck. Pendant l’année 1670, Pitan fournit 
« 36 fgures d’argent vermeil doré »,  « deux éléphants d’argent faits aux Indes », une boîte 
et un coffre de fligrane  d’argent et une corbeille d’argent (B.n.F., mél. Colbert 265, 
f°10 ; mél. Colbert 266, f°10, 141-142, 146 ; mél. Colbert 268, f°30v°, 331, 335v° ; mél.
Colbert 270, f°10 ; mél. Colbert 271, f°16v°-17, 124v° ; mél. Colbert 284, f°20 ; mél.
Colbert 285, f°20-20v°. Castelluccio, 2002 (1), p. 61-63).
2. De 1664 à 1686, pour les commandes du mobilier d’argent, les comptes des Bâtiments
du roi mentionnent onze orfèvres. Quatre étaient logés au Louvre, avec Claude
er1 Ballin, Pierre Germain, Nicolas Delaunay et Thomas Merlin. Trois travaillaient
er eraux Gobelins, avec Alexis 1 Loir, Jacques Dutel et Claude 1  de Villers. Enfn, 
quatre avaient leur atelier dans Paris, avec René Cousinet, Girard Débonnaire, Pierre
Ladoireau et Jean de Viocourt (CBR, I, col. 46, 51, 52, 157, 224, 380, 443-444, 707,
777-778, 852, 1202, 1339 ; II, col. 15, 236, 401-408, 480-482, 583, 586, 587, 589, 593, 596,
662, 664, 667-669, 856, 861-863, 870-871, 874, 913 ; III, 953. Bimbenet-Privat, 2002, I,
p. 230-232, 287, 296-297, 309-314, 331, 348-349, 419-421, 532-533, 538).
marchand.indb 81 14/03/14 12:40:4582 Le Prince et le Marchand
1de la corporation . Cette dernière et le pouvoir royal ne pouvaient que
requérir des peines exemplaires car Albert Glazer accumulait les conten-
tieux les plus graves aux yeux des orfèvres : étranger sans maîtrise, il
travaillait dans un de ces enclos privilégiés qu’ils ne pouvaient visiter
et était surtout coupable de l’usage frauduleux d’anciens et de faux
poinçons. Le châtiment ne se ft  pas attendre. Glazer fut condamné « à
faire amende honorable en la Chambre, l’audience tenant, et devant la chapelle
des orfèvres nud en chemise, la corde au col tenant une torche ardente du poids
de deux livres à la main et là, déclarer à genoux, à haute et intelligible voix que,
malicieusement et faussement, il a fabriqué lesdits ouvrages, soudé et appliqué
lesdites contre-marques, qu’il s’en repent, et en demande pardon à Dieu, au
Roi et à la justice, et ensuitte estre pendu et estranglé à une potence qui sera
dressée pour cet effet en la place de la Croix du Tiroir [ Trahoir ], après qu’il
aura esté appliqué à la question ordinaire et extraordinaire pour avoir révélation
2de ses complices » .
Le peu recommandable Périgon joua un jeu trouble en faisant retom-
ber sur Glazer toute la responsabilité alors qu’il connaissait certainement
ses méthodes. Il dut payer à Glazer les plaques que ce dernier lui avait
3livrées, avec dommages et intérêts . Cette sentence peut surprendre, le
compagnon allemand étant condamné à mort, mais les juges désiraient
peut-être ainsi confrmer  la complicité de Périgon et défendre les intérêts 
des héritiers de Glazer.
Périgon remboursa au Roi le prix de tous les ouvrages qu’il lui avait
livrés, lesquels devaient être envoyés à la Monnaie pour être fondus. Cela
n’a apparemment pas été exécuté car, si ces pièces livrées par Périgon
sont bien celles mentionnées par l’Inventaire général des meubles de
4la Couronne, elles n’ont été fondues qu’en 1709 . Malgré sa complicité
indéniable, Périgon échappa à la corde pour se voir banni de la prévôté
de Paris pendant neuf ans, à peine de la vie en cas de retour, déclaré
« incapable jamais de vendre ny faire aucun trafc d’orfèvrerie et jouaillerie
sous la même peine » et condamné à 3 000 livres d’amende. Il perdit 
la clientèle royale et sans doute celle des particuliers par le déshon-
neur d’une telle condamnation, cependant, le jugement lui conserva sa
maîtrise et lui permit de continuer à exercer sa profession. Devant un tel
scandale, l’arrêt assignait également tous les joailliers et « autres faisans
trafc d’orfèvrerie »,  de se présenter en la Cour des Monnaie « pour y estre
interrogez sur le fait de leur métier », afn  de faire le point sur les méthodes 
1. Recueil des statuts…, 1688, p. 711, 714, 721.
2. 716-717 ; Bimbenet-Privat, 2002, I, p. 144.
3. , 1688, p. 716.
4. Les deux vases ornés des parties du Monde reçurent même un complément pour
constituer une série complète, l’Inventaire général en mentionnant quatre (Guiffrey,
1885-1886, I, p. 43-45, n°87-90).
marchand.indb 82 14/03/14 12:40:45Le corps de la mercerie 83
de chacun et mettre un terme ou prévenir tout autre affaire identique.
Ce texte renouvelait une fois de plus l’obligation faite aux merciers de
1se fournir chez les maîtres orfèvres .
L’affaire Périgon n’améliora pas les relations entre merciers et orfè-
vres, trop heureux d’y trouver la confrmation  de tous leurs griefs 
accumulés contre les marchands. Elle apporta aux orfèvres un argument
de poids supplémentaire pour obtenir du pouvoir l’exclusivité de leur
commerce afn  d’éviter les risques de fraudes, entraînés par le manque 
de surveillance de la corporation des merciers en ce domaine.
Un an plus tard, à la fn  de l’année 1668, un procès opposa le mercier 
Claude Bonnevie aux jurés orfèvres après leur visite de sa boutique et
la saisie de certains ouvrages. Ces derniers réclamèrent au pouvoir l’in-
terdiction à tous les maîtres du corps de la mercerie « de plus s’ingérer,
de vendre aucuns ouvrages d’orfèvrerie, quel qu’ils soient, pour les grands
inconvéniens qui en arrivent et parce qu’ils ne connaissent point ce qu’ils
vendent, à peine de mil livres d’amende contre chacun contrevenant » ou, 
au moins, qu’ils aient pouvoir de « visiter plus souvent lesdits merciers,
sans qu’il leur soit apporté aucun trouble ny empeschement, sous les peines
2que dessus » . Et d’argumenter en dressant la liste de tous les merciers
condamnés les dernières années, l’affaire Périgon constituant le point
d’orgue et la preuve sans appel du danger de permettre aux merciers la
vente d’orfèvrerie. De leur côté, les marchands ne pouvaient accepter
ces deux propositions. En respect de leurs statuts respectifs, Louis XIV,
par les arrêts des 17 août 1668 et 17 janvier 1669, ft  « deffences ausdits
orfèvres d’aller en visite chez les marchands merciers jouailliers, à peine de
quinze cent livres d’amende, payables en cas de contravention en vertu dudit
3arrest, jusqu’à ce qu’autrement par le Parlement de Paris en ait esté ordonné » .
Le 2 mars 1671, Louis XIV renvoya devant le Parlement le contentieux
4sur les visites qui divisait orfèvres et merciers .
L’affaire des visites refétait  la tension croissante entre ces deux corpo-
rations, rivalité qui remonta jusqu’au Souverain, lequel s’en déchargea
prudemment sur le Parlement. Le Roi ne généralisa pas à tout le corps
des merciers le déshonneur de l’affaire Périgon et respecta ses statuts à
propos des visites. Cette dernière confrontation témoignait des rancœurs
accumulées et de l’agressivité des orfèvres qui n’hésitèrent pas, forts
de l’affaire Périgon, à demander purement et simplement l’interdiction
du commerce de l’orfèvrerie aux merciers, sans succès. Les relations
avec les merciers se tendirent au cours de la décennie 1670 en raison
1. Recueil des statuts…, 1688, p. 717-730 ; Bimbenet-Privat, 2002, I, p. 144.
2. 744, 745, 746.
3. , 1688, p. 753.
4. 743-755.
marchand.indb 83 14/03/14 12:40:4584 Le Prince et le Marchand
du dépassement du numerus clausus dans la corporation des orfèvres,
laquelle traversait une grave crise interne. La lutte contre toute concur-
rence extérieure lui apparaissait comme une des solutions pour résoudre
1son malaise . Les orfèvres obtinrent fnalement  gain de cause huit ans 
plus tard, au prix fort.
Le règlement du 30 décembre 1679
Le règlement du 30 décembre 1679, rédigé d’après les propositions
des orfèvres Pierre Loir et Claude Crochet, proposait la réorganisation
de la corporation des orfèvres et la lutte contre différents abus. Il instaura
un contrôle plus strict du commerce des métaux précieux, de leur titre
et de l’usage des poinçons, tandis que des taxes frent  du commerce sur 
l’orfèvrerie une nouvelle source de rentrées d’argent pour l’Etat. Alors
que le numerus clausus fxait  à 300 le nombre de maîtres à Paris, il s’en 
trouvait plus de 400. Pour se conformer au règlement, les poinçons
des veuves de maîtres et des cinquante-sept derniers apprentis reçus
à la maîtrise furent supprimés. Enfn,  une réduction de la taille régle-
mentaire des poinçons obligea tous les maîtres à faire enregistrer leur
nouvelle marque à la Cour des Monnaies, prétexte à un contrôle strict
2des maîtres en activité .
Le commerce de l’orfèvrerie française. En contrepartie, et certainement
pour apaiser le mécontentement de la communauté, le pouvoir accéda
à la demande formulée pour la dernière fois par les orfèvres en 1671.
Désormais, interdiction était faite « à tous marchands et artisans, de quelque
qualité et condition qu’ils soient, autres que les maistres orfèvres et leurs veuves,
de faire aucun commerce de marchandises d’orfèvrerie du poinçon de Paris, à
3peine de confscation et d’amende de mille livres pour chacune contravention » .
Bien que cela ne fût pas explicitement écrit, cette défense s’étendait
tant à la vaisselle neuve qu’ancienne produite dans tout le royaume.
Elle portait directement atteinte aux statuts des merciers, autorisés à
revendre des objets acquis par eux sur le marché de l’occasion. L’ancien
privilège des merciers était enfn  aboli, à la grande satisfaction de Pierre 
Le Roy, rédacteur des Statuts et privilèges du corps des marchands orfèvres
joyailliers de la ville de Paris, publiés en 1734, soit cinquante-cinq ans
plus tard. Il précisait que « cette même défense a été principalement faite
1. Bimbenet-Privat, 2002, I, p. 47.
2. Bimbenet-Privat, 2002, I, p. 49. Il n’y eut pas de réception à la maîtrise pendant
les années 1680-1681 afn  de réintégrer dans la corporation cinquante-deux des 
cinquante-sept maîtres supprimés en 1679.
3. Recueil des statuts…, 1688, p. 182, art. 9 et 11 du règlement du 30 décembre 1679 ; 67, 189-190.
marchand.indb 84 14/03/14 12:40:45Le corps de la mercerie 85
pour les marchands merciers, lesquels, sans se contenter des joyaux et bijoux
d’or et d’argent qu’ils avaient coutume de vendre en seconde main, s’étaient
comme emparez du gros du commerce des marchandises d’orfèvrerie. Or, cette
usurpation méritait d’autant mieux d’être réprimée que les autres marchandises
qu’ils peuvent vendre doivent bien leur suffre et dont, en effet, les espèces sont
en si grand nombre qu’on ne peut quasi les compter ; outre la faculté qu’ils
ont encore de partager avec nous le commerce de la pierrerie nue et mise en
œuvre. C’était donc assurément la moindre chose que le règlement pût faire
pour nos orfèvres que de leur réserver le commerce de leurs propres ouvrages
en le défendant à tous autres. Mais les titres et enseignemens de nos archives
ne font que trop voir, par manière dont les choses s’étaient passées, que le motif
du bien public a eu au moins autant de part dans la défense dont il s’agit que
1la justice qui était dûe à nos orfèvres » . La phrase « les autres marchandises
qu’ils peuvent vendre doivent bien leur suffre »,  traduisait l’agacement des 
orfèvres, partagé par bien d’autres corporations, devant l’immixtion des
merciers dans un commerce qu’ils estimaient relever de leurs seules
compétences.
Ce règlement imposait dorénavant « aux marchands merciers qui font
trafc d’orfèvrerie, de mettre entre les mains des gardes des orfèvres, un état
certifé et signé d’eux de la qualité, quantité et poids des marchandises qu’ils
ont du poinçon de Paris et des autres villes du royaume et seront tenus de
faire marquer au bureau desdits orfèvres tous lesdits ouvrages d’un poinçon
particulier, et ce dans un mois, après lequel ledit poinçon sera rompu ». Les 
merciers disposaient de six mois, soit jusqu’en juin 1680, pour écouler
leur orfèvrerie ainsi marquée. Au-delà, ils étaient tenus de rapporter
les objets invendus au bureau des orfèvres qui les leur auraient payés
2comptant suivant leur poids, plus la moitié du prix de la façon . Le
règlement du 30 décembre 1679 représentait donc une grande victoire
pour les orfèvres qui obtinrent enfn  l’exclusivité du commerce de l’or-
fèvrerie française demandée depuis si longtemps.
A partir d’octobre 1680, un poinçon représentant un A, accompagné
de palmes et de feurs  de lis, était apposé sur la « vieille vaisselle », marque 
qui devint payante à partir du 11 décembre 1683. Il s’agissait d’un impôt
supplémentaire sur la vente de toute vaisselle de seconde main. Grâce à
cette marque tout d’abord gratuite, les orfèvres imposaient aux merciers
un contrôle supplémentaire sur leur commerce de seconde main. Le
11 décembre, elle devint payante et orfèvres comme merciers durent
3régler un droit à chaque nouvelle revente de vaisselle ancienne .
1. Statuts et privilèges…, 1734, p. 206-207.
2. Recueil des statuts…, 1688, p. 183, art. 11 du règlement du 30 décembre 1679.
3. Bimbenet-Privat, 2002, I, p. 67, p. 78 n°215, p. 80 n°225, p. 82 n°239, p. 84 n°250, p. 86
n°263, p. 88 n° 278.
marchand.indb 85 14/03/14 12:40:4586 Le Prince et le Marchand
Le commerce de l’orfèvrerie étrangère. Les merciers se voyaient limités
à la vente de « la vaisselle et autres pièces d’orfèvrerie venant d’Allemagne
et autres païs étrangers seulement, à la charge qu’après l’arrivée et réception
desdites pièces d’orfèvrerie, lesdits marchands merciers seront tenus d’en faire
leur déclaration au bureau des maistres orfèvres qui les marqueront au corps,
ou en l’une des pièces principales, d’un poinçon particulier qui ne servira à
autre usage, en sorte néanmoins qu’ils n’en puissent être difformez ». Aucune 
1pièce ne pouvait être exposée à la vente sans avoir été ainsi marquée . La
précision « d’Allemagne et autres païs étrangers seulement » marquait bien la 
forte volonté des orfèvres de déposséder totalement les merciers de tout
le commerce de l’orfèvrerie parisienne et française, neuve ou ancienne.
Un premier poinçon, en service pendant seulement un mois et repré-
sentant une feur  de lis couronnée, était frappé sur l’orfèvrerie étrangère 
déjà présente dans les magasins. Un second poinçon, un E surmonté
d’un accent circonfexe,  était estampé sur tous les objets mis en vente à 
partir de mai 1680, car ce dernier ne fut insculpé au greffe de la Cour des
2Monnaies que le 24 mai de cette année . Ce dernier poinçon contrôlait les
importations d’orfèvrerie étrangère et évitait la fabrication d’objets dans
le goût allemand ou italien dans des ateliers parisiens et avec un métal
au titre inférieur à celui imposé à Paris. Cependant, il ne garantissait
pas le titre des ouvrages étrangers qui le portaient et ne changeait pas
3en fonction des gardes .
Les merciers pratiquaient traditionnellement le commerce de l’or-
fèvrerie étrangère, particulièrement allemande, alors très appréciée,
et parfois espagnole. L’inventaire de François Lescot mentionne de
nombreuses pièces d’orfèvrerie d’Allemagne, tels « deux grands bassins
à godrons un peu différens et deux vazes de mesme », des bassins, des soucou-
pes, une gantière, « deux tasses garnies chacune d’une fgure portant chaque
tasse, deux petites tasses et un petit navire, avecq un vaze en forme de navire » 
ou deux coquilles montées en argent blanc ou doré. Il cite également « un
4grand bassin creux rond percé à jour à l’antique d’argent blanc d’Espagne » .
En octobre 1665, la veuve Verbeck, marchande mercier grossier joaillier
privilégié suivant la Cour, livra au Garde-Meuble de la Couronne « deux
grands vases d’argent de fligrane d’Espagne »,  « une fgure de femme montée
sur un cheval d’argent d’Allemagne et un cavalier aussi d’argent d’Allema-
5gne » . Les créations des orfèvres d’Augsbourg séduisaient les princes
1. Recueil des statuts…, 1688, p. 182, art. 10 du règlement du 30 décembre 1679 ; Statuts
et privilèges…, 1734, p. 208 ; Furetière, art. Orfèvrerie.
2. Statuts et privilèges…, 1734, p. 209 ; Bimbenet-Privat, 2002, I, p. 52-53, 190.
3. 209-210.
4. A.N., min. cen., XLVI, 90, 12 mars 1664.
5. B.n.F., mél. Colbert 271, f°124v° ; Bimbenet-Privat, 2002, I, p. 144, 192 ; Castelluccio,
2002 (1), p. 62.
marchand.indb 86 14/03/14 12:40:46Le corps de la mercerie 87
1de toute l’Europe . Les collections de la Couronne ne comportaient pas
moins de dix statues d’argent doré, de cinquante d’argent blanc d’ori-
gine allemande et sept d’Italie, ainsi que de nombreuses autres pièces
2d’orfèvrerie et de vaisselle . Ces objets, coûteux et spectaculaires, étaient
très appréciés de la haute aristocratie. En 1671, Monsieur possédait sept
fgures  d’argent d’Allemagne et un grand brasier d’argent d’Espagne. 
A sa mort en 1701, il laissa vingt-huit pièces d’argent d’origine germa-
3nique, soit près de la moitié de sa collection .
L’affaire Périgon-Glazer avait constitué un argument supplémentaire
dans la lutte des orfèvres pour se réserver la vente de la production
nationale. Ils laissaient aux merciers le commerce des orfèvreries
étrangères, car les risques d’une même fraude demeuraient quasi nuls,
compte tenu de l’éloignement et de l’absence de contacts directs entre
le mercier et l’orfèvre allemand, italien ou espagnol. Or l’orfèvrerie et
les statuettes de vermeil et d’argent allemandes et espagnoles n’inté-
ressaient qu’un marché restreint, d’autant plus que leur mode féchit  à 
partir de 1685. Parallèlement, les créations françaises, et particulièrement
parisiennes, séduisaient de plus en plus d’amateurs dans de nombreux
domaines, depuis la table jusqu’à la toilette. Dans la première moitié du
eXVIII siècle, Savary des Bruslons constatait avec satisfaction à propos de
la foire Saint-Germain : « il y venait aussi autrefois des marchands d’orfèvrerie
et jouaillerie des pays étrangers, particulièrement d’Allemagne, mais on ne les
y voit plus que rarement. Les orfèvres, jouaillers et marchands de bijouteries
de Paris qui y étalent, y ayant des boutiques fournies de trop beaux ouvrages
4pour laisser un grand débit à ces marchandises étrangères » .
La résistance des merciers. Trop heureux d’avoir eu gain de cause, les
orfèvres surveillaient étroitement les merciers et constatèrent leur résis-
tance car beaucoup « n’ont point encore satisfait depuis ledit temps, mesme
continuent leur trafc comme ils faisaient avant ledit règlement, ce qui est
contraire aux intentions de Sa Majesté » et à leurs intérêts. Les merciers 
n’abandonnèrent pas aisément le marché si important et lucratif de
l’orfèvrerie française. Les orfèvres obtinrent dès le 27 juillet 1680, soit
un mois après le terme fxé  par le règlement de 1679 pour la liquida-
tion des objets d’orfèvrerie française en magasin, un sursis de quinze
jours afn  de permettre aux merciers de se mettre en règle en apportant 
leurs pièces au bureau des orfèvres pour les marquer. Passé ce délai,
1. Savary des Bruslons, 1741, I, p. 229, art. Commerce d’Allemagne.
2. Guiffrey, 1885-1886, I, p. 22-88.
3. A.N., 300 AP (I) 750, n°331-332, 351 ; 300 AP (I) 746, n°847, 872, 873, 879, 881, 926.
Castelluccio, 2002 (1), p. 123, 124.
4. Savary des Bruslons, 1741, II, col. 1284-1285, art. Foire Saint-Germain.
marchand.indb 87 14/03/14 12:40:46

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.