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Le Procès

De
508 pages
Le 17 juin 1940, la France se découvre vaincue. Le matin même, elle était encore en guerre, envahie, mais combattante. Au soir, elle aura posé les armes, incertaine et désemparée. Comment cela a-t-il été possible ? Qui est responsable ? Le pays cherche des réponses. Le nouveau chef de l'État, le maréchal Pétain, est tout prêt à lui en donner : il a déjà les coupables : il ne manque que le procès.La première audience s'ouvre le 19 février 1942, à Riom. On y juge deux hommes, surtout : Léon Blum et Édouard Daladier, qui incarnent l'un le Front populaire et l'autre la IIIe République. Ils risquent la peine de mort, et beaucoup, à Vichy, pensent l'issue du procès jouée d'avance Grave erreur.De coups de théâtre en retournements, en moins de deux mois le tribunal de Riom va devenir le cauchemar du maréchal Pétain.
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Ouvrage publié avec le soutien du CNL.
© Nouveau Monde éditions, 2012. ISBN 9782365834186
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Riom 1942
LEPROCÈs
LE RÉQUISITOIRE
LES RESPONSABILITÉS DE M. LÉON BLUM
LES MINISTÈRES DE M. LÉON BLUM
M. Léon Blum, le 4 juin 1936, à la suite des élections du mois de mai, qui avaient marqué le succès du « Front populaire », fut chargé de former le nouveau cabinet. Il choisit comme ministre de la Défense nationale, M. Daladier, et comme ministre de l’Air, M. Pierre Cot. M. Léon Blum devait demeurer président du Conseil jusqu’au 23 juin 1937. A cette date, il était remplacé par M. Camille Chautemps, mais il prenait la vice-présidence du Conseil qu’il conserva jusqu’au 18 janvier 1938. er Il redevenait président du Conseil le 1 mars 1938, pour peu de temps, puisque la chute de son second ministère se produisait le 7 avril 1938. Dans sa déclaration ministérielle du 6 juin 1936, M. Blum exposait que son gouvernement n’avait pas à formuler de programme, se proposant seulement de résoudre en actes le programme commun souscrit par tous les partis composant le « Front populaire ». Parmi les projets de loi annoncés comme devant être très prochainement déposés, étaient indiqués deux projets intéressant le régime du travail : celui sur la semaine de 40 heures et celui sur les congés payés ; un troisième projet visait spécialement la fabrication des armes de guerre : il avait pour objet la nationalisation des industries de cet ordre.
Ces trois projets devaient avoir manifestement une incidence sur la préparation de la défense nationale ; pour le troisième, c’est l’évidence même ; pour les deux premiers, la répercussion n’était pas moins certaine, en raison de ce qu’ils visaient toutes les industries, y compris celles travaillant pour la guerre, la marine et l’aviation. Le gouvernement de M. Léon Blum prétendait cependant ne pas négliger les problèmes de défense nationale. Au moment de sa venue au pouvoir, ce problème était inquiétant. On sait que le 7 mars 1936, la zone démilitarisée de Rhénanie avait été réoccupée, et quelques semaines après, le 24 août 1936, le Reich allait porter à deux années la durée du service militaire obligatoire qu’il avait institué l’année précédente. Préoccupé de cette situation et pour tenter d’y faire face, le gouvernement de M. Léon Blum se décidait, au Conseil des ministres du 7 septembre 1936, à approuver un nouveau programme d’armement qui devait être celui des « 14 milliards ». Il est vrai que, dans la pensée de ses auteurs, il était destiné à résoudre, en même temps que le problème de la défense nationale, celui du chômage. Mais ce programme, lentement entrepris, ne devait être partiellement exécuté qu’avec d’importants et funestes retards, parce qu’en même temps qu’il paraissait soucieux d’assurer la défense du pays, M. Léon Blum allait faire adopter les trois projets susvisés. Ces textes comportaient des dispositions de telle nature et furent, sous l’inspiration de M. Léon Blum, appliquée de telle manière que toute préparation sérieuse de la défense nationale devenait impossible. C’est ce que l’exposé ci-après va établir.
LA LÉGISLATION DU TRAVAIL DU MINISTÈRE BLUM
La loi de 40 heures et son application néfaste, la défense nationale La loi du 21 juin 1936 instituait la semaine de 40 heures dans les établissements industriels et commerciaux. M. Léon Blum, lors de la discussion du projet de loi, avait précisé qu’il espérait faire travailler les usines à un pourcentage plus élevé de leur capacité de production, ce qui aurait pour résultat de maintenir le rendement, malgré la diminution de la journée. Cette promesse, dont il est difficile d’admettre la sincérité, ne devait aucunement se réaliser. Sans doute les rédacteurs de la loi avaient envisagé la possibilité des dérogations sur autorisation des services du ministère du Travail.
Des décrets successifs, le premier en date du 27 octobre 1936, furent même pris, prévoyant spécialement la possibilité de dérogations temporaires pour des travaux exécutés dans l’intérêt de la défense nationale, sur un ordre du gouvernement constatant la nécessité de ces dérogations. Mais ces dérogations obligeaient les industriels au paiement de salaires pour les heures supplémentaires à des taux presque prohibitifs. Au surplus, de 1936 à 1938, les dérogations ne purent être obtenues qu’en proportion minime. Les syndicats ouvriers, dont les exigences se trouvaient encouragées par la politique du gouvernement, y étaient hostiles. Ils n’acceptaient les heures supplémentaires que s’il n’existait plus de chômeurs dans la région et ils ne voulaient pas à cet égard distinguer entre les manœuvres et les ouvriers qualifiés. Le résultat est que l’absence de chômage ne pouvait être constatée nulle part. Dans les industries travaillant pour la défense nationale, l’application de la loi qui engage la responsabilité du chef du gouvernement, M. Blum, et aussi celle des ministres Daladier et Pierre Cot, chargés d’assurer cette application dans les établissements dépendant de leurs départements respectifs, a eu, au résultat de l’instruction, de déplorables effets sur le rendement de la production des matériels de guerre et d’aviation. La moyenne de la production fléchit en général de 20 à 30 %. La sortie de matériels, tels que les canons de 25 mm antichars, aux établissements Hotchkiss, les prototypes des canons antiaériens de 90 aux ateliers Schneider du Creusot et d’Harfleur, des chars de combat aux ateliers de montage d’Issy-les-Moulineaux, de munitions diverses des ateliers de Châtillon ont subi un retard d’une telle importance qu’il ne put être récupéré avant les hostilités. Les dérogations, parcimonieusement accordées, n’eurent pas en général d’effet sensible, car l’interdépendance des industries eût exigé que des dérogations analogues fussent accordées en temps utile à toutes les usines intervenant dans la chaîne de production pour chaque matériel et accessoires, ce qui était pratiquement impossible à réaliser. Cette situation avait ému à juste titre l’état-major, qui avait recherché comment pourrait être assoupli le jeu des dérogations. Le général Gamelin avait saisi, dès le 11 juillet 1936, le président Daladier de la question. Des propositions concrètes lui furent soumises le 9 janvier 1937. Mais aucune suite utile ne leur fut donnée. Des accords furent, signale un témoin, conclus « à l’échelon du gouvernement et de la Confédération générale du travail » pour tenter de remédier à cette situation, spécialement pour les industries travaillant pour la Défense nationale. En fait, ils ne purent jamais être mis en pratique et des discussions stériles étaient encore en cours à ce sujet lorsque se produisit le mouvement gréviste du 30 novembre 1938. De nouveaux ouvriers durent être embauchés, tous inexpérimentés et quelques-uns nettement indésirables. Les prix élevés de revient augmentèrent dans une proportion évaluée en moyenne à 30 %. En présence de ces résultats, beaucoup de producteurs manifestèrent du découragement. Il n’empêche qu’au mois d’octobre 1937, M. Léon Blum prônait encore les prétendus bienfaits de cette législation, destinée à alléger le travail des hommes et dont l’effet le plus certain fut, ainsi qu’il fut dit au Parlement, d’immobiliser inutilement les machines. Il était faux de prétendre, comme le faisait M. Léon Blum, que la loi avait, à ce moment, pris une « consistance internationale ». La vérité était que la France n’était pas suivie par les autres nations et qu’en Allemagne, la durée du travail dans les industries similaires, loin d’être diminuée, avait été sensiblement accrue.
L’application brutale de la loi sur les congés payés, autre cause de déficience de la préparation de la défense nationale S’inspirant d’un principe qui ne peut être qu’approuvé et qui d’ailleurs avait été spontanément adopté dans certaines branches de l’industrie et du commerce, la loi du 20 juin 1936, par adjonction au livre II du code du Travail, instituait les congés annuels payés. er Mais la loi, déposée et votée rapidement, de même que le décret d’application du 1 août 1936 qui s’ensuivit, négligèrent de prévoir les aménagements qui eussent pallié aux conséquences de cette mesure dans les établissements travaillant pour la Défense nationale. Le bénéfice de la législation nouvelle leur fut appliqué aussitôt et intégralement. Certains
grands établissements privés, travaillant pour la guerre et l’air, fermèrent leurs portes pendant quinze jours, ce qui eut pour conséquence, en raison du temps perdu pour la mise en route au e retour, de diminuer la production annuelle de plus de 1/2 4 . A ce point de vue encore, toutes les industries étant interdépendantes, la baisse du rendement dans l’une d’elles avait aussitôt une répercussion sur toute l’étendue de la chaîne de production.
Toutes ces conséquences, tant en ce qui concerne la loi de 40 heures que celle sur les congés payés, étaient aisément prévisibles. Préoccupé de faire, dès son arrivée au pouvoir, un geste qui fût apprécié des milieux ouvriers, M. Léon Blum, après avoir créé, dans son ministère, un sous-secrétariat des Loisirs, a fait promulguer et publier, avec une hâte excessive, des textes limitant, sous diverses formes, la durée du travail. Informé que l’application de ces textes compromettait l’armement du pays auquel il prétendait cependant vouloir consacrer tous ses soins, il ne l’a pas moins maintenue et poursuivie. Si le principe de cette législation était conforme au programme de son parti, il ne pouvait méconnaître que ses conséquences étaient contraires aux vœux de la nation, soucieuse avant tout, devant les menaces de la situation internationale, d’assurer sa défense et sa sécurité. En compromettant, par le bouleversement, à un moment si inopportun du régime du travail, la sécurité et les moyens de la défense de la France, M. Léon Blum a trahi les devoirs de sa charge.
La nationalisation des fabrications d’armements et ses conséquences pour la défense nationale Pour assurer, plus efficacement qu’en 1870, l’armement de la nation, une loi du 14-26 août 1885 était revenue, en matière de fabrications de guerre, au régime de la liberté de l’industrie privée. Mais la nationalisation des fabrications d’armement était, depuis longtemps, envisagée et désirée par les partis politiques venus au pouvoir en juin 1936, et les élections avaient été précédées d’une campagne très violente dirigée par ces partis contre « les marchands de canons », leur industrie présentée comme immorale, et leurs bénéfices dénoncés comme scandaleux. Ces circonstances expliquent la hâte mise, ici encore, par M. Léon Blum et les membres de son gouvernement, à déposer un projet de loi sur la nationalisation des fabrications d’armements qui, voté rapidement par le Parlement, devint la loi du 11 août 1936. Ce projet semble avoir présenté un intérêt tout particulier pour le cabinet ministériel. Il constituait un apport utile du gouvernement de M. Blum à la conférence internationale du Désarmement qui, sur la demande de la France, allait tenir une nouvelle réunion à Genève en septembre 1936. Il pouvait y faire la preuve de la volonté du gouvernement français d’instituer un contrôle national des fabrications de guerre, condition préalable et nécessaire d’une limitation internationale des armements en attendant de parvenir au désarmement général. L’idée était d’ailleurs clairement exprimée dans l’exposé des motifs rédigé par M. Jacomet, contrôleur général de l’armée, assistant de la délégation française à la conférence de désarmement de Genève et en même temps l’un des commissaires du gouvernement désigné pour la discussion de la loi de nationalisation devant le Parlement. Elle devait être reprise par le rapporteur de la loi à la Chambre des députés, M. Chouffet. En contradiction singulière avec cette doctrine, l’un des membres du gouvernement de M. Blum, M. Daladier, ministre de la Défense nationale, co-signataire du projet de loi, s’efforçait au même moment, de représenter, aux yeux du pays, la législation proposée comme de nature à accroître notre force de résistance. La nationalisation devait permettre d’augmenter les stocks, de faciliter le démarrage de la démobilisation industrielle et même d’accroître les dotations en armes des formations. Tel n’avait pas été cependant l’avis de l’état-major, lorsqu’il avait été consulté. Une note secrète du 29 juin 1936 avait signalé au ministre de la Défense nationale les nombreux dangers du projet législatif.
er La loi, telle qu’elle fut promulguée le 11 août 1936, décidait, dans son article 1 , qu’avant le 31 mars 1937, des décrets-lois désigneraient les établissements privés dont l’Etat prendrait d’autorité possession et deviendrait propriétaire, moyennant indemnité. L’article 2 instituait un contrôle définitif sans limitation de durée, de toutes les entreprises fabriquant des armements et dont la propriété serait respectée. La loi fut appliquée différemment par les trois départements de la Défense nationale : Guerre, Marine et Air. Les deux premiers désignèrent par décrets les établissements que l’Etat se réservait ; le troisième constitua des sociétés mixtes ou l’Etat possédait la majorité des actions. Aussi bien à la Guerre qu’à l’Air, les décisions de nationalisation furent prises parfois dans des circonstances et appliquées d’une manière telle que la mesure était manifestement contraire aux intérêts de la défense nationale ; tel fut, par exemple, le cas pour les établissements Brandt et pour une partie des ateliers Schneider au Creusot, ainsi qu’il sera ci-après exposé : Les promesses faites au Parlement en ce qui concerne le respect des bureaux d’études, pour permettre aux inventeurs de poursuivre utilement leurs recherches, ne furent pas tenues. Sans doute, dans chaque cas d’espèce, les décisions et la manière dont elles furent exécutées engagent la responsabilité, soit de M. Daladier, soit du secrétaire général Jacomet, soit, pour les usines de l’aéronautique, de M. Pierre Cot. Les charges qu’il y a lieu de relever contre eux à cet égard seront examinées ci-après. Mais ces responsabilités se juxtaposent à celles du président du Conseil M. Léon Blum, le promoteur et l’inspirateur de ces mesures, qui n’a pu ignorer ni la manière dont ses collaborateurs les ont appliquées ni les conséquences funestes qu’elles ont eues pour la nation.
Pour la Guerre, comme pour l’Air, et quelle que soit la forme juridique qu’elles aient revêtue, la répercussion des mesures de nationalisation sur la production fut en effet tout l’opposé de ce que les promoteurs de la réforme avaient annoncé. En fonctionnarisant patrons et ouvriers, il était fatal que la nationalisation tarisse l’esprit d’initiative et d’émulation. La production dans les usines nationalisées fut rapidement en baisse. Des dépositions très nombreuses en apportent la preuve. Le fléchissement est évalué par certains témoins, pour des établissements déterminés travaillant pour la Guerre ou pour l’Air, de 23 à 33 %. Des diagrammes de fournitures d’électricité pour trois usines de la banlieue de Paris confirment une baisse sensible de la consommation, et, par suite, de l’activité de ces entreprises à partir de l’année 1936, et un redressement seulement au cours de l’année 1938. A cet égard, l’effet des lois restrictives du travail se conjugua avec l’influence de la nationalisation pour accentuer les déficiences de la production et notamment celle des fabrications de guerre. Plusieurs dépositions recueillies en donnent la certitude. C’est ainsi notamment que pour le canon de 25 mm antichars et le canon 25 mm de D.C.A. les lenteurs de leur fabrication eurent pour cause, non seulement la mise en vigueur de la loi de 40 heures, mais aussi et surtout la nationalisation des établissements de Levallois. Il en fut de même pour nombre d’autres matériels signalés par M. Fernand Laurent dans son rapport à la commission de l’Armée en novembre 1938. Les prix de revient augmentèrent ainsi qu’il se produit généralement lorsqu’une entreprise passe sous la gestion de l’Etat. L’augmentation, d’après plusieurs témoins, fut pour divers matériels de guerre de l’ordre de 15 à 45 %. Enfin, les perturbations provoquées par la nationalisation ne s’arrêtèrent pas là. Les entreprises privées se virent désertées par leurs ouvriers spécialistes attirés par la situation meilleure qu’ils pouvaient obtenir dans les établissements et sociétés nationalisés. Les usines privées éprouvèrent les plus grandes difficultés à les remplacer.
Cette opération inopportune pesa lourdement sur le budget français. Lors des débats qui conduisirent au vote de la loi, il était prévu une somme globale de 1 milliard de francs pour les frais de nationalisation des fabrications d’armement dépendant des trois ministères de la Défense nationale. Elle fut largement dépassée. Même en ne comptant pas les frais d’investissement, outillages et autres, le montant total des dépenses pour la réalisation des nationalisations paraît avoir atteint 1 245 millions de francs.
Tel est le bilan des conséquences de cette mesure que M. Léon Blum considérait comme l’un des articles essentiels du programme de son ministère. Il l’a prise, malgré les avertissements qu’il avait reçus, et notamment celui de l’état-major. Il l’a prise, dans un but politique, en laissant dire inexactement qu’elle pouvait être utile à la défense nationale. Il n’a pas tardé à constater, à supposer qu’il ait pu avoir quelques doutes à ce sujet, que la forme sous laquelle elle avait été appliquée mettait en péril la fabrication des armements. Il n’a pas moins persisté à maintenir et même à laisser s’étendre l’emprise de l’Etat sur de nouvelles industries. En cela encore, il a trahi les intérêts de la France, et par suite, les devoirs de sa charge.
AIBLESSE DU GOUVERNEMENT DE M. LÉON BLUM VIS-A-VIS DES GRÈVES, OCCUPATIONS D’USINES ET PROPAGANDE ANTINATIONALE DANS LES ÉTABLISSEMENTS TRAVAILLANT POUR LA DÉFENSE NATIONALE
Le mouvement gréviste M. Léon Blum, durant ses deux ministères, a peut-être plus gravement encore porté atteinte à la production et à la force de résistance matérielle et morale de notre pays, en tolérant ou favorisant, par sa politique, l’agitation ouvrière et la propagande révolutionnaire dans toutes les industries, et spécialement dans celles travaillant pour la défense nationale. Les premiers troubles étaient apparus dès le 25 mai 1936, sous le ministère Sarrault, alors déjà démissionnaire. Ils se manifestèrent sous la forme nouvelle de grèves avec occupation d’usines par les ouvriers. Le mouvement commencé dans la région parisienne s’étendit à toute la France, alors que M. Blum accédait au pouvoir. Les établissements d’Etat n’en furent pas exempts.
L’attitude de M. Blum et celle de son ministre de l’Intérieur, M. Salengro, furent, dans ces circonstances, systématiquement passives. Le gouvernement, tout en reconnaissant, pour le principe, l’illégalité des occupations, se refusa, malgré les réclamations pressantes des directeurs d’établissements et les interpellations dont il était l’objet aux tribunes des deux assemblées parlementaires, à ordonner ou permettre l’emploi de la force pour faire évacuer ces établissements. S’adressant à la justice en vue de faire reconnaître leurs droits, les chefs d’industrie n’eurent pas plus de succès, car faute du concours des autorités administratives pour en assurer l’exécution, les décisions judiciaires demeurèrent sans effet.
Le mouvement des grèves, avec occupations, malgré les accords dits « de Matignon » signés le 7 juin 1936, entre les représentants du patronat et ceux des organisations ouvrières, se prolongea pendant toute l’année 1936. A aucun moment, M. Blum ni ses ministres ne voulurent faire acte d’autorité. Vers la fin de l’année 1936, la force publique intervint, seulement dans certains conflits, pour assurer la « neutralisation » des usines, dont l’accès était ainsi interdit à la fois aux patrons, à la maîtrise et aux ouvriers. La solution était aussi funeste à la production que les grèves avec occupations. De nombreuses entreprises travaillant directement pour la défense nationale furent atteintes par le mouvement et souffrirent de la carence gouvernementale. Des établissements d’Etat,
tels que les locaux de la Société nationale de constructions aéronautiques du Sud-Ouest à Courbevoie, furent, eux-mêmes occupés ou neutralisés.
Les conséquences matérielles et morales spécialement envisagées du point de vue de la défense nationale, de l’apathie et de la faiblesse gouvernementale, furent incontestablement désastreuses. Dans ce second semestre de l’année 1936, des retards importants, dus aux occupations et neutralisations d’usines, affectèrent la production de quantité de matériels ; des fabrications furent suspendues du fait des grèves dont avaient eu à souffrir des sous-traitants. Au point de vue moral, l’indiscipline et l’esprit de rébellion ne pouvaient qu’être favorisés. L’autorité du patronat en fut fortement ébranlée. La maîtrise était inquiète, hésitante et ne pouvait plus se faire obéir.
L’agitation ouvrière et la propagande subversive M. Blum et son gouvernement se montrèrent d’une égale faiblesse vis-à-vis de toutes les manifestations de l’agitation ouvrière, souvent provoquées par des manifestations antinationales, et spécialement par la propagande communiste. L’agitation fut favorisée et entretenue par l’institution des délégués ouvriers, dont certains étaient notés comme meneurs extrémistes, à qui, en toutes circonstances, le chef et les membres du gouvernement tenaient à marquer l’importance qu’ils leur attribuaient. Quels que soient leurs agissements, les délégués étaient considérés comme intangibles et ne pouvaient faire l’objet d’aucune mesure disciplinaire. Rien ne se faisait plus dans les entreprises, même nationalisées, sans l’accord des délégués ouvriers. L’embauchage était souvent leur monopole exclusif. Persuadés qu’ils servaient les intérêts de la classe ouvrière, les ouvriers veillaient à ce que le rendement ne dépassât une certaine limite. Ils agissaient d’accord avec les organisations syndicales qui, dans la plupart des industries et spécialement dans les établissements constructeurs des matériels d’armement, entretenaient une propagande en faveur du travail à l’heure et contre le travail aux pièces, recommandaient le freinage de la production, soutenaient les réclamations formulées en suite de sanctions justement prononcées. Le gouvernement de M. Léon Blum toléra ces agissements. Un accueil favorable était réservé aux requêtes et réclamations des syndicats ouvriers, quelquefois contre l’avis des directeurs ou même sans que ceux-ci aient été consultés. L’attitude et l’action des délégués ouvriers, la propagande subversive des syndicats et des meneurs, plus encore la complaisance du gouvernement à leur égard, contribuèrent à ébranler l’autorité des patrons, de la maîtrise, et à propager l’esprit d’indiscipline et de nonchalance dans l’industrie privée, comme dans l’industrie d’Etat. Cette indiscipline, le gouvernement de M. Blum ne fit rien pour la maîtriser et il fit même ce qui était le plus propre à l’entretenir. Des témoins constatent que les directeurs et principaux collaborateurs des entreprises nationalisées n’étaient maintenus en place qu’avec l’assentiment des délégués du personnel ; qu’un directeur d’un des établissements est licencié en raison de ses velléités d’autorité ; que les manquements des ouvriers demeurent impunis ou sont insuffisamment sanctionnés ; que le déplacement des indésirables, lorsqu’il a lieu, n’est que de pure forme ; que des ouvriers, précédemment rayés des cadres pour menées communistes, sont réintégrés au début de 1937. L’indiscipline, l’agitation, le freinage de la production compromirent encore le rendement déjà limité sous l’effet des autres causes précédemment exposées. De nombreuses dépositions l’établissent, spécialement en ce qui concerne les entreprises nationalisées et les usines privées de fabrications de guerre. La sortie de beaucoup de matériels, tels que le canon de 47 mm et les blindages en aciers spéciaux, en fut fréquemment retardée.
M. Léon Blum, en se référant à la statistique, a tenté de le contester. Il a prétendu qu’il était inexact que la production française dans son ensemble ait fléchi sous son ministère. Les courbes lui seraient au contraire favorables. Le travail de vérification, effectué par M. le contrôleur général Cunin, a mis au point cette question. Il a constaté qu’après la crise mondiale, à la fin de l’année 1935 et au début de 1936, le redressement de l’activité française, par contagion avec l’économie de pays étrangers, commençait à se dessiner, mais restait encore fragile et sensible au moindre coup. La crise internationale de mars 1936, puis les événements intérieurs de juin 1936, brisèrent cet élan, et la production française se trouve bridée pendant quatre mois à partir de cette dernière date. La dévaluation, l’inflation généralisée, l’augmentation de la consommation intérieure, agirent, par la suite, comme un excitant à l’action passagère dont l’effet fut bientôt enrayé par la brusque montée des prix. M. Léon Blum ne peut donc tirer argument des données de la statistique, qui n’infirment en rien l’ensemble décisif des dépositions recueillies de son action ministérielle et de celle de son gouvernement. A ces conséquences matérielles de la faiblesse de son gouvernement pour les grèves, les occupations d’usines, l’agitation et la propagande subversive, s’ajoute un effet moral qui n’a pas peu contribué, du point de vue de la défense nationale, à nous mettre en état d’infériorité. L’atteinte au principe d’autorité et la carence du gouvernement, insouciant de le rétablir, a produit dans le monde du travail un effet démoralisant qui n’a épargné ni les ouvriers qualifiés ni la maîtrise, c’est-à-dire l’armature de toute la fabrication. Le sens du devoir et du patriotisme, même chez eux, s’est émoussé. La déficience du travail et de la production des années postérieures à la chute du gouvernement Blum, et même celle du temps de guerre, ont leur cause profonde dans cet état d’esprit. En compromettant, par la faiblesse injustifiable de son gouvernement, à la fois les résultats immédiats de la production et les forces morales des producteurs, M. Léon Blum, en tant que président du Conseil des ministres, a trahi les devoirs de sa charge.
LES RESPONSABILITÉS DE M. DALADIER
LES FONCTIONS DE M. DALADIER
M. Daladier a été ministre de la Défense nationale du 6 juin 1936 au 25 juin 1937 dans le cabinet Léon Blum. Il a conservé le même portefeuille dans le ministère Camille Chautemps du 25 juin 1937 au 14 janvier 1938. Dans un nouveau ministère Camille Chautemps du 18 janvier au 15 mars 1938, il fut vice-président du Conseil en même temps que ministre de la Défense nationale et de la Guerre. Il conserva les fonctions de vice-président du Conseil et de ministre de la Défense nationale dans le bref ministère Léon Blum du 15 mars au 7 avril 1938. Le 11 avril 1938, il prenait, dans un nouveau ministère qu’il était chargé de former, et qui dura jusqu’en septembre 1939, la présidence du Conseil et le portefeuille de la Défense nationale. Le cabinet fut remanié le 14 septembre 1939 et M. Daladier eut alors la charge à la fois de la présidence du Conseil, du ministère de la Défense nationale et de la Guerre et du ministère des Affaires étrangères. Le 20 mars 1940, M. Paul Reynaud devenait président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, et M. Daladier ministre de la Défense nationale et de la Guerre. M. Daladier quittait ce ministère le 18 mai pour devenir jusqu’au 6 juin 1940 ministre des Affaires étrangères. Ainsi le ministère de la Défense nationale, auquel était implicitement ou expressément rattaché celui de la Guerre a été occupé sans interruption par M. Daladier du 6 juin 1936
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