Le progrès social dans une démocratie libérale

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De la chute de l'Empire en 1870 à la veille de la guerre en 1914, la France est en effervescence. Entre tentations révolutionnaires et rejet du parlementarisme, la jeune République peine à trouver la voie du progrès.
C'est dans ce contexte trouble que naissent deux grandes institutions, d'abord l'Ecole Libre des Sciences Politiques, mère des générations modernes de responsables publics et privés, puis, dans son sillon, le Musée Social, puissant cercle de réflexion. Toutes deux contribuent à de grands progrès sociaux dans le plus grand respect des libertés.
Retraçant les efforts de leurs pères fondateurs, leurs méthodes novatrices et leurs convictions profondes, François Leblond nous plonge dans les arcanes du pouvoir sous la Troisième République, dans les groupes les plus brillants du tout-Paris politique. Cet essai, accessible mais prenant, saura faire lumière sur une période mouvementée de l'Histoire des idées pour mieux repenser l'action publique contemporaine.
Publié le : lundi 11 avril 2016
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EAN13 : 9791026204848
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François Leblond

Le progrès social dans

une démocratie libérale

L’Ecole Libre des Sciences Politiques et le Musée Social à l'aube du XXe siècle

 


 

© François Leblond, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0484-8

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INTRODUCTION

 

Mon fils Renaud et moi avons, il y a trois ans, écrit une biographie d’Émile Boutmy, le fondateur de Sciences Po : Émile Boutmy, le père de Sciences Po. Nous avons, à cette occasion, rappelé que celui-ci avait été très influencé dans sa jeunesse par le courant Saint-simonien. J’ai repris le sujet l’an dernier avec un livre Ces Saint-Simoniens qui ont construit la France moderne. Je mettais l’accent sur le rôle capital joué par certains d’entre eux dans le développement économique de la France et par l’exemple de volonté qu’ils avaient donné.

 

Le parrain d’Émile Boutmy, Émile de Girardin, un des soutiens majeurs de Sciences Po à l’origine, était très lié avec eux. Le mouvement avait été novateur en s’intéressant dès le départ aux questions sociales. Ses principaux adeptes étaient fidèles aux lois de l’économie rappelées notamment par Jean Baptiste Say mais considéraient que leur but ultime était de lutter contre la misère. Ils représentaient dans la « Société d’Économie Politique » créée sous la Monarchie de Juillet, un courant de pensée sensible aux valeurs humaines et désireux de les associer à l’économie moderne. Ils ne rejetaient pas, comme d’autres, l’intervention de l’État dans l’économie chaque fois que les lois du marché étaient sources de déséquilibres humainement inacceptables.

 

Je n’avais pas abordé le cas spécifique du polytechnicien Frédéric Le Play qui avait été Saint-simonien dans sa jeunesse et avait ensuite abandonné ce courant de pensée pour fonder, en marge de la Société d’Économie Politique, la « Société d’Économie Sociale ». Il voulait aller beaucoup plus loin dans la réflexion sociale, très marqué par les observations qu’il avait pu faire sur le terrain. Émile Boutmy avait en 1865 écrit un long article dans la "Revue Nationale" pour le présenter. Il émettait des réserves sur sa conception très conservatrice de la famille mais louait son effort pour fonder ses jugements, dans les domaines économiques et sociaux, sur des données chiffrées incontestables, sur des monographies, des enquêtes de toutes natures, notamment à l’intérieur des entreprises. Le Play parlait autant des préoccupations de l’Homme au travail que de la tâche à laquelle il était astreint.

 

Boutmy avait été très impressionné par ce discours et voulut, lorsqu’il parvint à créer l’École, reprendre cette démarche et créer, dès qu’il le pourrait, parmi les matières qui lui paraissaient nécessaires à la formation des élites nouvelles, un enseignement économique qui intègre les questions sociales. C’est ce qui explique qu’il soit devenu, vingt ans plus tard, un des principaux inspirateurs et fondateurs, avec ses amis de Sciences Po, de cette institution spécifique que fut "Le Musée Social".

 

J’ai souhaité approfondir le lien existant entre l’École et cette Fondation au titre étrange de Musée. Cette relation m’est apparue très vite : toutes les archives disponibles le montrent. Le Musée Social aux visées opérationnelles ambitieuses, n’a pu être imaginé que grâce à la forme et au contenu de l’enseignement donné à Sciences Po. Les études récentes sur cette institution originale de la fin du XIX° siècle que fut le Musée Social ne mettent pas assez l’accent sur cette filiation.

 

L’École Libre des Sciences Politiques a en effet, avant les autres, voulu concevoir un enseignement de l’économie politique qui intègre les sujets les plus divers, afin d’en faire un outil majeur de la décision. Professeurs et élèves ne se contentaient pas de contempler les réalités, ils devaient, tous ensemble, les exprimer, en corriger les effets négatifs, de façon à rendre ce travail utile aux hommes d’action. C’est en son sein qu’ont été pensées les premières dispositions législatives à proposer au Parlement pour améliorer le sort des ouvriers sans référence à une idéologie dominante. Les orientations du Musée Social ont été inspirées durant plusieurs décennies par des hommes issus de l’École, que ce soit Jules Siegfried, Ernest Cheysson, Georges Picot, Léon Say, Paul Leroy Beaulieu, Paul de Rousiers ou Robert Pinot, sans parler d’Émile Boutmy lui-même.

 

C’est donc à parcourir cette aventure que je convie le lecteur. Les premiers moments du Musée Social sont directement liés aux méthodes nouvelles initiées à Sciences Po, le débat, dominé au départ par les protestants et les catholiques libéraux, s’est enrichi ensuite en intégrant ensemble plusieurs écoles de pensée, les unes à droite avec les différentes branches du catholicisme social, les autres à gauche avec le solidarisme de Léon Bourgeois, mais les méthodes initiales d’analyse seront toujours respectées. Le Musée social restera pour plusieurs générations, au-delà des fossés partisans, une instance de réflexions conduites sans préjugés et devant déboucher sur des réalisations concrètes pour l’avenir de notre pays. Ses dirigeants pourront influencer progressivement les politiques par le sérieux reconnu de leur démarche, ils prôneront de nouveaux types de dialogue entre patronat et syndicats, ils seront à la base d’institutions mutualistes, évitant le « tout État » qu’ils dénonçaient sans relâche, ils lanceront une politique de grande ampleur du logement des personnes à revenu modeste.

 

Reprenons ce rôle majeur joué par l’École Libre des Sciences Politiques, au cours de ses vingt premières années d’existence, dans la création du Musée Social et décrivons le lien durable qui s’est établi entre ces deux institutions. Ce retour à l’histoire paraît présenter de l’intérêt dans le contexte d’aujourd’hui. Après les décennies que nous venons de vivre d’étatisme dominant, les solutions libérales imaginées par les personnalités dont nous allons faire connaissance, peuvent contribuer à nourrir nos réflexions actuelles

 

 

 

 

 

TITRE I/ L’ÉCOLE LIBRE DES SCIENCES POLITIQUES, BERCEAU DE L’ECONOMIE SOCIALE

 

 

 

 

1/ Émile Boutmy entre la fin du Second Empire et les suites de la Guerre de 70

 

 

Nous sommes à la fin du Second Empire, Émile Boutmy qui créera dans quelques années l’école,est présent dans de nombreux cercles libéraux, admirateurs de l’Angleterre et des États Unis, avec son parrain Émile de Girardin. Au début de 1870, il soutient, par ses articles presque quotidiens dans " La Liberté", l’action politique nouvelle d’Émile Ollivier, l’éphémère Premier Ministre de l’Empire libéral, dont il attend beaucoup sans rien exiger en retour.

 

Dans le domaine économique et social, sa participation à « La Presse » à partir de 1863 quand Émile de Girardin l’a rachetée, puis à « La Liberté », lui a fait connaître ceux qui militent pour une amélioration du sort des ouvriers. Elevé par un père passionné par le développement économique, il sait qu’avec l’essor du chemin de fer, la grande entreprise a pris une place majeure dans le tissu industriel, qu’elle a entraîné, notamment, des mouvements massifs de population des campagnes vers les villes et qu’elle a creusé, avec l’édification d’immenses usines, un fossé entre le patron et ses ouvriers qui n’existait pas jusque-là.

 

Pour lui, au-delà des vicissitudes de l’action politique, cette réalité sociale nouvelle qui s’est progressivement créée dans notre société doit être mieux comprise et intégrée dans nos raisonnements. Rien ne sera plus comme avant dans le tissu industriel avec les changements de taille des établissements, liés au prodigieux progrès de la technique. Tous ceux qui occupent des postes de responsabilité devraient être préparés à comprendre ces données nouvelles. La science politique n’apportera son concours en la matière que si elle ouvre l’esprit des dirigeants. Elle doit les préparer en leur donnant une bonne connaissance du droit, de l’histoire et de la géographie du monde ainsi que de tous les sujets qui commandent une appréciation juste du présent. Elle doit leur permettre de mieux réagir lors des crises sociales.

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