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Le putsch de Bokassa

De
132 pages
En publiant le récit du coup d'état survenu en 1965 à Bangui, la nuit de la Saint-Sylvestre, l'auteur, dernier survivant des cinq acteurs de son histoire secrète s'est senti tenu de rétablir la vérité. Il souligne les vives difficultés que soulevait la décolonisation sur un continent où l'Etat a précédé la Nation. Il fait ressortir l'importance qu'ont revêtu les relations de confiance affective qui s'établirent fréquemment entre les "Pères fondateurs" et "leurs" Ambassadeurs.
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Collection «Mémoires Africaines»

Photos de couvertures:

1. Le colonel Jean-Bédel BOKASSA, Chef d'état major des Armées de Centrafrique, s'est placé devant le Chef de l'Etat, David Dacko (à l'extrême gauche), lors de la cérémonie d'inauguration du nouveau Palais de l'Assemblée Nationale, à Bangui. A droite et en uniforme, le Haut-Représentant de Paris, Jean Français. Nous sommes le 6 décembre 1965 - soit 25 jours avant le putsch de Bokassa. 2. Après la remise des Lettres de Créance, l'Ambassadeur de France, Jean Français, s'entretient amicalement avec le Président David Dacko (avril 1965).

Crédit photos:

Services Info Centrafrique

et Info-France

Copyright L'HARMATTAN, 2004 ISBN: 2-7475-5693-X EAN: 9782747 556934

Jean FRANÇAIS Ancien Ambassadeur de France à Bangui

LE PUTSCH DE BOKASSA
Histoire secrète

Éditions L'HARMATTAN 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 - PARIS

Diplomate de carrière, Jean Français a servi en Europe (Berlin, Madrid), à Paris (Direction Europe, Secrétariat Général, Conseiller diplomatique du Ministre des Armées, Directeur du Cabinet du Secrétaire d'Etat chargé des Affaires Africaines et Malgaches), en Amérique Latine (Brésil, Ambassadeur en Uruguay puis au Vénézuéla), en Asie (Ambassadeur au Népal) et en Afrique (Consul Général pour les quatre colonies de l'Afrique Orientale britannique, Ambassadeur en RCA, en Zambie et au Bostwana). A ces titres, il a connu personnellement la plupart des "Pères fondateurs" des Etats africains et des chefs des mouvements de libération du continent.

Publications du même auteur:
Le Rouge et l'or - Roman, J-C Lattès, Paris, 1983 Le Château en Afrique - Nouvelles de l'Atlantide, Paris, 2005 Le Roi caché -Poèmes des équinoxes, L'Harmattan, L'Harmattan,

Paris, 2005

6

En hommage et à la mémoire de David Dacko, dont le décès coïncide avec la publication de cet ouvrage.

7

A Bernadette Crépin-Leblond, à qui, depuis notre arrivée à Bangui à ce jour, ce récit doit tant.

9

AVERTISSEMENT

Les règlements en vigueur, que j'ai quant à moi observés, interdisent la divulgation de faits antérieurs à trente années. C'est aujourd'hui le cas du coup d'état de Bangui qui porta au pouvoir le Colonel Bokassa. Tous les faits mentionnés dans ce récit ont fait l'objet de la correspondance officielle de l'Ambassade (adressée au Ministre des Affaires Etrangères) et de ma correspondance officieuse (adressée au Ministre et ses collaborateurs et au Secrétaire Général aux Affaires Africaines et Malgaches et ses collaborateurs). L'une et l'autre correspondances ont été numérotées et enregistrées, au départ, aux archives de l'Ambassade. La totalité des archives "officieuses" a disparu. J'en ai conservé les copies et les numéros d'enregistrement. Des archives officielles ont disparu: la note par laquelle le Président Dacko a saisi notre Ambassade, en 1964, de l'éventualité d'un renoncement de la RCA à son appartenance à la Communauté, les deux lettres par lesquelles il demande une révision des accords d'assistance technique militaire, ainsi que la dépêche dans laquelle je rends compte, dès mon arrivée, des propos insolites du Colonel Bokassa sur la vigilance de sa francophilie. Ces disparitions sont à rapprocher de l'instruction donnée, en 1971, aux destinataires du Rapport de fin de mission de mon second successeur, Albert de Shonen, de procéder à sa destruction. Mon ancien Conseiller Militaire a retrouvé récemment quelques documents que lui avait confiés, en quittant l'armée française, l'ancien chef du secrétariat de Bokassa. Il

y figure le manuscrit original d'un rapport "très secret" sur la chronologie des faits qui ont précédé et suivi le putsch militaire adressé, sous ma signature, au Ministre des Affaires Etrangères. Toutes les citations qui se rapportent à ce récit sont tirées des Mémoires de Jacques Foccart, Raymond Triboulet, Alain Peyrefitte, Jacques Vendroux et André Baccard.

12

1.
LA DESIGNATION

Le 3 mars 1965, Alain Plantey, Adjoint de Jacques Foccart, m'appelle sur l'interministériel. Le Conseil des Ministres vient de prendre fin. Je suis nommé Ambassadeur à Bangui. Cette nomination est contraire aux règles posées par le Général: aucun ambassadeur n'a été nommé en Afrique sans avoir été reçu par lui au préalable. Ce n'est qu'à l'issue d'un entretien en tête à tête, qui confirme ou non la proposition dont il est saisi officiellement par le Ministre des Affaires Etrangères, Maurice Couve de Murville, mais parallèlement aussi par le Secrétaire Général de la Présidence de la République aux Affaires Africaines et Malgaches, Jacques Foccart, que le Général dit "Bonjour, Monsieur" au candidat et "Au revoir, Monsieur l'Ambassadeur" à l'impétrant s'il a satisfait à l'examen. Bizarre: nul n'est plus pointilleux que Plantey dans l'instruction des dossiers. Je ne comprends pas comment le mien a pu être faufilé au Conseil. Quoi qu'il en soit, Plantey m'annonce que, pour rattraper l'impair, une audience m'est fixée en début d'après-midi à l'Elysée. J'y serai reçu par le Général, et par Jacques Foccart après l'audience. Sans doute le Général me connaît-il. Je suis depuis plus de deux ans Directeur Adjoint, puis Directeur du Cabinet du Secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères, Michel HabibDeloncle. J'ai été, dès le retour aux affaires du chef de la France Libre, le conseiller diplomatique du Ministre des Armées, Pierre Guillaumat, sur la recommandation de Louis Joxe, alors Secrétaire Général du Ministère des 13