Le Secret du druide Fintan

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Avant Samain, en 62 après J.-C., Myrddin le Sage a insisté pour que la jeune prêtresse Mona parte pour Erin, l'île d'Émeraude, la terre de ses ancêtres. Il l'a recommandée à son ami le druide Fintan appelé Blanc l'Ancien qui détient le pouvoir de guérir son frère Gwynn, atteint d'une maladie étrange. Pourquoi l'énigmatique druide la mène-t-il dans la terre du milieu, à Tara, siège du Haut Roi d'Erin, où la bataille pour le pouvoir entre les Ombres et Conairé fait rage ? Qui régnera sur Tara et sur toute l'Irlande ? Comme à son habitude, Myrddin va intervenir, mais l'amour va venir brouiller les cartes et Mona devra faire un choix douloureux entre son cœur et son devoir...


Publié le : jeudi 17 mars 2016
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EAN13 : 9782334089579
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ISBN numérique : 978-2-334-08955-5

 

© Edilivre, 2016

 

 

« L’amour c’est l’occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même un monde, pour l’amour de l’être aimé. »

 

 

R.M. RILKE

Prologue

Moi, Tuân, fils de Carill, je réouvre le livre de nos ancêtres. Je me suis rappelé toutes mes métamorphoses antérieures : cerf, sanglier, vautour, aigle des mers et enfin saumon. A ce stade de mon évolution, j’ai été avalé par une femme, Carill. D’où mon nom. Ainsi, sous mes différentesformes, j’ai parcouruErin1et je la connais par cœur. Aujourd’hui je parle comme les hommes et je vais vous conter une histoire étrange de vent et d’eau, de fureur et de bruit, dont j’ai été le témoin. Je vais prendre le traits de Fintan Mac Bochra le druide, afin d’être au cœur de l’action. Je me dois de sauver les légendes de mon pays, de les transmettre de génération en génération afin qu’elles perdurent. Le récit commence par l’arrivée magique d’une prêtresse de Cerridwen qui a emprunté le pont de Finn pour venir sur Erin. En effet, Finn Mac Cool a construit laChausséedesGéantspour passer à pied sec en Calédonia2et y défier un autre géant, Benandonner.Monasuit lechemin inverse, de la grotte de Fingal, en Calédonia, à la fameuse Chaussée des Géants, porte del’île verte


1. L’Irlande

2. Ecosse

Première partie

L’élixir de la fleur bleue

Chapitre I
Un cri dans la nuit

Le dos contre la roche, Mona regardait battre et mourir la mer sur des milliers de colonnes de pierre gris anthracite, de toutes les dimensions. L’orgue de quelque géant qui jouait furieusement avec la dentelle de l’océan brumeux. Ou bien sa blanche jument qui s’ébrouait. Le souffle impétueux de quelque monstre marin venait parfois jusqu’à elle et mouillait le bord de sa robe frangée. Le pont de Finn3 se désagrégeait peu à peu, la laissant seule sur Erin, L’île d’émeraude, la terre de son père disparu. Humant l’air salé, fouettée par le vent, la jeune femme se tourna vers la terre verdoyante, ses cheveux noirs en bataille, et se mit à gravir lentement le sentier abrupt. A mi-chemin, elle se retourna encore une fois pour contempler cet escalier de pierres noir qui s’enfonçait dans la mer et ne put s’empêcher de penser à son ami, Myrddin4 le sage qui lui avait parlé pour la première fois à propos de la Carole des Géants 5 du pouvoir des pierres qui soignent et transmettent de l’énergie. Le vent, à moins que ce ne soit l’émotion, lui brouillait la vue. Il lui semblait que cela faisait des siècles. Elle essuya une larme. Dans les creux de la falaise qui constituait la bordure du plateau nichaient des colonies de pétrels qui prenaient leurs quartiers d’automne afin de pondre l’œuf unique qui assurerait leur descendance.

Il fallait qu’elle se mette en rapport avec un druide, ami de Myrddin, un certain Fintan Mac Bochra, expert en magie et en médecine dans la tribu de Armagh.

Arrivée au sommet, elle s’assit dans l’herbe drue, afin de reprendre son souffle et de regarder une dernière fois l’orgue fabuleux du géant. Sa longue pelisse la protégeait du vent frais qui venait du nord-ouest. La saison, bien avancée, n’empêchait pas une certaine douceur dûe au climat océanique d’Erin6.

Bien sûr, les averses étaient plus fréquentes et elle releva sa capuche fourrée qu’elle tint serrée contre ses joues humides. La marée était en train de monter et le vent forcissait. Elle se leva à regret, souffla dans ses mains et se remit à marcher. Elle s’éloignait de la mer. Le sol devenait plat et spongieux. La brume l’enveloppait comme une cape. Elle avait l’impression d’être seule au monde sur cette terre dénudée et aride qu’elle ne connaissait pas. Elle chemina quelques heures puis s’arrêta pour se sustenter. Le paysage était vallonné maintenant, moins austère. Elle rencontra des petits chevaux gris, qui broutaient l’herbe grasse. Elle s’approcha doucement de l’un d’eux. Elle lui parlait d’une façon égale, et le cheval écoutait en bougeant ses oreilles veloutées. Elle lui effleura les naseaux, le flatta. Peu à peu le blanc disparaissait de ses yeux bruns. Quand elle le sentit prêt, elle agrippa sa crinière sauvage et se hissa d’un tour de rein sur cette monture improvisée. Elle se pencha sur l’encolure, enfonça ses talons dans la robe douce. Le cheval bondit en avant. Elle lui murmura des mots magiques et il prit la direction du sud-est. Ils galopèrent ainsi pendant près d’une heure. Puis le cheval ralentit. Non loin de là se dressaient des huttes de chaume. Elle pourrait se restaurer et se réchauffer parmi ses semblables. Elle mit pied à terre, remercia son compagnon de route et se dirigea vers la lumière du feu qu’elle voyait briller entre les branches.

En s’approchant, elle remarqua une vieille femme aux cheveux gris, vêtue de haillons barriolés qui chantait une mélopée étrange. Mona s’assit en face d’elle et se mit à fixer de ses yeux sombres les braises incandescentes. Au bout d’un moment, elle rajouta un morceau noirâtre7 dans le foyer qui étincela de flammes bleues. De l’herbe ? se demanda la jeune fille. La vieille femme chantait toujours, et elle s’aperçut qu’elle était en transe. Sans la regarder, elle s’adressa à la jeune prêtresse.

« Ta façon de penser est différente de la nôtre. Tu viens de loin et ton cœur est pur. Tu vas rencontrer des obstacles difficiles à vaincre. Mais tu détiens le pouvoir de la déesse. Tu seras l’amie d’un devin aux cheveux blancs qui t’aidera dans ta quête. Tu vas avoir l’esprit très embarrassé, un choix terrible à faire. »

Ses yeux se révulsèrent et elle se tut. Son visage ridé, ses yeux plissés n’exprimaient plus qu’une curiosité normale face à une étrangère. Mona, interdite, se reprit et se présenta simplement.

« Je m’appelle Mona. Je suis prêtresse d’Avalon, je viens de l’île des Forts, et je cherche un druide nommé Fintan. Le connaissez-vous ?

– Fintan Mac Bochra, autrement dit Blanc l’Ancien. Pourquoi veux-tu le voir ? demanda-t-elle d’un ton abrupt.

– Il peut m’aider à retrouver mon père, le roi Nuada ».

La vieille femme lui jeta un œil à la fois surpris et interrogateur.

« Nuada au bras d’argent ?

– Oui.

– Il est mort depuis longtemps ! siffla-t-elle.

– Ce n’est pas ce que Myrddin m’a dit, fit la jeune femme en fronçant les sourcils. Et puis je dois suivre l’enseignement du druide, ajouta-t-elle.

– Bon. Il sera là la veille de la cérémonie qui aura lieu dans trois jours. En attendant, viens rejoindre les nôtres. Tu dois avoir faim ».

Mona s’inclina en signe d’assentiment et se leva pour la suivre. Toutes deux entrèrent dans une hutte spacieuse où se trouvait l’essentiel de la tribu. Mona fut servie rapidement et dévora à pleine dent un plat étrange à base de porc. Elle remarqua que la plupart des femmes étaient rousses et possédaient un teint de lait. Elle détonnait avec ses longs cheveux noirs et son teint mat. Puis elle fut présentée au roi qui lui souhaita la bienvenue avec un si grand enthousiasme qu’elle en fut gênée.

Elle prétexa une grande fatigue pour se soustraire à son regard insistant.

Avant de trouver le sommeil, au milieu des autres femmes, un cri strident, terrible, venu de nulle part lui déchira les oreilles. Elle se redressa, le cœur battant. Personne ne semblait avoir entendu. Elle se calma peu à peu mais son sommeil fut agité et traversé de cauchemars insolites dans lesquels intervenait la vieille femme sous les traits de Morrigen8.

Lorsque Mona s’éveilla, elle était seule. Elle se souvint du cri étrange et se redressa vivement. Elle partit à la recherche de la sorcière, qu’elle trouva à la même place que la veille. Elle était en train de préparer une mixture nauséabonde. Un peu écœurée, elle la salua et lui demanda :

« C’était quoi, ce bruit que j’ai entendu dans la nuit ?

– Il s’agit peut-être de la Banshee, un esprit féminin annonciateur de mort.

– Quelqu’un est mort ? s’enquit Mona poliment.

– Pas que je sache. Personne ne l’a entendu, à part toi. Peut-être cette mort te concerne-t-elle, ajouta-t-elle mielleusement ».

Le cœur de Mona fit un bond. Elle ne put s’empêcher de penser à Gwynn, son frère chéri.

Lorsqu’elle l’avait quitté, il était faible. Des spasmes de fièvre le traversaient. Les larmes lui vinrent aux yeux et elle s’écarta pour laisser libre cours à son chagrin. Elle avait l’impression que son cœur allait exploser. Mona était fière et pour rien au monde elle n’aurait montré sa peine. Elle erra autour du village pendant un moment puis, voulant effacer cette pénible impression, elle finit par rejoindre le groupe des femmes qui filaient en chantant. Elle aida ensuite la tribu à rentrer les bêtes dans les étables, à leur distribuer de la paille. Des vaches aux longs poils avec de grandes cornes en forme de lyre. Les cochons restaient dehors, dans l’enclos, tandis que les chevaux galopaient en totale liberté. Les hommes devaient extraire la tourbe avant que les sols ne soient gelés et la stocker. L’étendue morne et sauvage de l’hiver commençait.


3. Légende irlandaise de deux géants, l’un gallois l’autre irlandais

4. Voir le tome I, l’île de Môn.

5. Stonehenge, en Angleterre

6. l’Irlande ou île d’Emeraude.

7. La tourbe

8. Déesse de la guerre et de la mort.

Chapitre II
La nuit de Samain

Cette fête de transition est propice au passage entre le monde des morts et celui des vivants.

C’est la fête la plus importante du calendrier celtique. Elle inaugure une période de noirceur et d’épreuves et permet aux défunts non réincarnés de passer dans le monde des vivants. C’est un jour en dehors du temps. Le rêve de Mona est caractéristique de ce moment précis, et je me contente deprovoquer, à l’aide d’un philtre magique, cette ouverture, cet échange habituel, normal, de la nuit deSamain.

C’était la veille de la grande fête. La cérémonie de la renaissance du feu. La nuit tombait avec une pluie fine et pénétrante, et la population se trouvait rassemblée sur la place, plongée dans le noir total. Ils avaient éteint le feu de leur maison et prenaient ainsi conscience de la mort et de l’importance de la lumière. Tous étaient grimés et déguisés. La sorcière arborait une tête de mort grimaçante. En ce début de la saison sombre, les druides frottaient, à l’abri sous un linge, des morceaux secs du chêne sacré qu’ils avaient coupés depuis exactement six lunes. De la fumée ne tarda pas à s’élever, puis la paille s’enflamma. Il y eut un relâchement dans la foule, comme un soulagement. La lumière était née pour la nouvelle année. Au premier rang, Mona me regardait ajouter du petit bois dans le feu. Elle paraissait triste. Quelque chose d’irrémédiable était arrivé à Avalon, et elle avait hâte de s’isoler avec moi pour me parler. Il lui faudrait attendre la fin de la cérémonie. Le feu crépitait maintenant, les flammes s’élevaient jusqu’à hauteur de druides. Ceux-ci plaçaient des bûches plus importantes et le feu s’étendait, ronflait, léchait le premier rang qui fut obligé de reculer. La clarté augmentait, sculptait les visages, les mains, laissant des zones obscures. La chaleur intense qui se dégageait du foyer créa un espace vide. En effet les druides s’écartèrent en prenant un brandon et se mirent en rang. Une procession se forma derrière eux et s’enfonça dans la nuit. Les gouttes de pluie tombaient sur le visage de Mona, rythmaient sa marche jusqu’à la colline prochaine où un feu de joie serait à nouveau allumé, à l’aide des brandons sacrés, pour éloigner les esprits malfaisants. Puis chaque maître de maison repartirait avec quelques braises tirées du nouveau feu sacré afin d’alimenter l’âtre de son foyer jusqu’à la saison prochaine. La fête durerait trois nuits et se terminerait par un énorme banquet.

Le cœur lourd depuis qu’elle avait quitté la Calédonia9, Mona se sentait à nouveau reliée aux forces profondes, à l’amour qu’elle éprouvait pour son frère, aux arbres, au feu sacré, au monde du Petit Peuple10. Ici, sur Erin, il...

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