Le Sort des animaux requis dans l’enfer de 14-18

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« [...] En ce début d’août 14, sous un soleil implacable, la chaleur était vraiment torride, 40 où 50°C au moins à découvert, sans doute d’avantage. » Et pourtant, pendant plus de dix jours durant toute la journée, de l’aube au couchant, la 10ème division de cavalerie restait massée au même endroit, pied à terre, sans bouger, sous ce soleil infernal.

Pas un arbre. Pas un pouce d’ombre. La souffrance de la cavalerie était si forte, que les cavaliers avaient été autorisés à ramasser des gerbes de blé alentour, pour se constituer, à l’aide de leurs lances croisées, des sortes de huttes de paille pour se mettre à l’abri.

« Mais que dire des chevaux, révèle Chambe, ils étaient eux, condamnés à rester là debout, tous sellés et bridés, le poil marbré de sueur sous l’intenable chaleur augmentée par l’épaisseur de la couverture de laine, dite de cavalerie, pliée en quatre, accablée de surcroît par le poids du lourd paquetage de guerre, si mal étudié dans l’armée française.

La température était si brûlante, qu’on aurait pu faire cuire un œuf contre le cuir des selles. »


Publié le : lundi 17 novembre 2014
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EAN13 : 9782332837547
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ISBN numérique : 978-2-332-83752-3

 

© Edilivre, 2014

Avant-propos

Un siècle vient de s’écouler depuis le drame affreux qui plongea le monde dans la torpeur, faisant neuf millions de morts, dont un million trois cent mille compatriotes et plus de quatre millions de blessés.

Ce bilan est encore plus catastrophique si l’on y inclut les pertes animales : un million cent quarante mille chevaux, quatre mille chiens et vingt mille pigeons, sans compter les centaines de milliers de blessés et disparus…

En effet, et l’on a tendance à l’oublier, nos amies les bêtes furent également très impliquées dans cette première guerre sous la mitraille, dans l’eau, la boue, le froid… Elles vécurent et souffrirent dans l’enfer des tranchées aux côtés de nos vénérés poilus. Aussi, je pensais sincèrement que le présent centenaire de la Grande Guerre allait tout naturellement leur rendre un hommage bien mérité.

Mon analyse non fictionnelle me permet d’évoquer le précieux récit de ceux qui ont vécu cette boucherie où les animaux tombaient aussi comme des mouches.

L’ouvrage culte du général Chambe, Adieu Cavalerie, publié plus de soixante ans après sa participation à la bataille de la Marne en 1914, m’a subjugué de par l’amour qu’il exprime pour ces hommes et ces chevaux qu’il a toujours juchés sur un piédestal. Son parlé vrai vis-à-vis de sa hiérarchie, qui sacrifiait les bêtes, est significatif. Ses témoignages de compassion sont d’ailleurs relayés par Maurice Genevoix dans Ceux de 14, Paul Tuffrau dans Quatre années sur le front et Céline dans Voyage au bout de la nuit.

D’ailleurs, concernant la victoire de la Marne, dans sa préface d’Adieu Cavalerie, Chambe écrit :

« Tel est l’objet de ce livre dédié aux cavaliers de ce temps-là, mes camarades, les derniers chevaliers de France, dédié aussi à nos chevaux, au cœur ardent et qui ont tellement souffert pendant cette campagne de 1914. Tous, cavaliers et chevaux, ont été frustrés de leur gloire suprême. Le grondement de tempête de leur charge dernière eût retenti jusqu’au fond des âges dans les pages de l’Histoire de France. »

Utilisations des animaux soldats

Sous le feu des canons,

Ponctuels assistants

Équidés, chiens, pigeons,

Ne manquaient pas d’allant

Dans les régiments de cavalerie, la majorité des équidés tractent les canons de l’artillerie et des fourgons de tous types pour le transport du ravitaillement. Les mules remorquent de lourdes charges, tandis que les ânes ravitaillent nos poilus en première ligne.

Le bilan officiel estimé de leurs pertes est gravé sur une plaque au château de Saumur : « Aux 1 140 000 chevaux de l’armée française, morts pendant la guerre mondiale 1914-1918. Le Musée du cheval reconnaissant, 1923. »

Au recensement après l’armistice, on dénombre plus de quatre mille chiens morts au champ d’honneur, dont mille cinq cents portés disparus. Dressés pour surveiller les tranchées, ils accompagnaient les patrouilles, tiraient les traîneaux dans la neige (les chiens de l’Alaska). Leur flair permit de sauver un nombre impressionnant de vies humaines.

Entre 1917 et 1918, on note un emploi intensif des pigeons voyageurs. Les unités commencent à coder leurs messages afin d’éviter les indiscrétions dans le cas où les oiseaux tomberaient entre les mains de l’ennemi.

Fidèles randonneurs

Dans les airs mitraillés,

Les pigeons voyageurs,

De précieux messagers.

Avec nos équidés

À l’heure de la mobilisation, début août 1914, la réquisition est organisée, encadrée aussitôt par la loi du 3 juillet 1877, par un comité d’achat des armées selon un barème fixé par une circulaire du ministre de la Guerre.

Les chevaux retenus sont triés et affectés aux destinations diverses : montes, traits des pièces d’artillerie, des véhicules de la logistique… une batterie d’artillerie nécessitant deux cent vingt-cinq chevaux !

Les équidés sont ensuite soumis à une phase d’adaptation et de dressage pour travailler en attelages ou pour subir, tout en restant calmes, le bruit et l’environnement d’une mise en service d’une batterie d’artillerie.

En principe, la réquisition ne doit pas priver les fermes et domaines agricoles de la totalité des chevaux disponibles.

En Périgord ou en Auvergne, on les utilise dans les grands domaines de la Champagne berrichonne pour le labour des vastes terres avec attelages de six chevaux par charrue.

L’Auvergne et le Limousin sont aussi largement ponctionnés dans leurs populations d’ânes et de mulets, très utilisés pour les transports domestiques sur un réseau de routes étroites et de chemins escarpés.

En outre, on garde en mémoire la qualité des chevaux du Limousin dont des élevages conservant toujours leur vivacité.

L’histoire nous rappelle que dans le Périgord le cheval est présent pour les déplacements en jardinières ou voitures simples d’usage courant communément dénommées « carrioles ».

Le Nouvel Observateur nous informe qu’à Ruffec, chef-lieu de canton, chevaux, juments, mules, mulets classés sont présentés devant « la commission de réquisition » du 6 avril 1914.

Sur les trente-huit bêtes soumises à l’examen, le jour même, vingt-quatre sont retenues et leurs propriétaires rémunérés. Elles sont ensuite emmenées et affectées : les unes au 52e régiment d’artillerie à Angoulême, les autres au 12e escadron du train des équipages à Limoges.

Par contre, la place de l’animal domestique de ferme restera privilégiée durant le conflit car, ayant lieu au début de la guerre, sa réquisition dans les campagnes entraîne dès l’été 1914 d’importantes conséquences sur le quotidien des travaux agricoles en l’absence de tous ces jeunes hommes valides envoyés au front, dont la plupart ne reviendront pas.

Durant le mois d’août 1914, l’armée française récupère ainsi sept cent trente mille chevaux en métropole, vingt mille en Algérie, et trente mille par l’importation, ce qui représente un cinquième du cheptel du pays.

Août-septembre 1914

Les dix divisions de la cavalerie française comptent quarante mille chevaux, trente-cinq mille cavaliers, cent vingt pièces d’artillerie et soixante mitrailleuses. Elles sont composées de régiments de cuirassiers, de dragons, de chasseurs, de hussards et de spahis.

La Grande Guerre ne laisse pas, dans la mémoire collective, d’images fortes concernant l’utilisation ou l’héroïsme de la cavalerie française. Et pour cause, si les cavaleries françaises et allemandes sont alors excellentes, elles sont très mal utilisées, mal préparées à la guerre moderne et surtout inadaptées à ces nouvelles formes de conflits.

Bataille de la Marne

Le 3 août 1914, l’armée allemande envahit la Belgique. Joffre, commandant en chef, pris de court, y envoie trois divisions de son 1er corps de cavalerie dont les demi-sang anglo-normands des cuirassiers et des dragons, soit plusieurs milliers de chevaux formant dix-huit régiments de cavalerie.

À partir de la région de Mézières, du 5 au 23 août 1914, le général Sordet s’enfonce en Belgique, en avant des armées. Avec treize mille chevaux environ, il fait un raid de plusieurs centaines de kilomètres qu’il termine à la gauche de l’armée britannique qui, à Mons, se heurte aux Allemands, qui vont l’étriller.

Le lieutenant cavalier Chambe très près de ses bêtes

Il fait très chaud en août 1914, plus de 40 °C. Il n’y a pas de bataille et pourtant ce corps de cavalerie s’écroule dans une sorte d’autodestruction. Cinquante ans après, dans la revue Plaisirs équestres, le cavalier Labatut témoigne qu’à la bataille de la Marne, les chevaux se trouvant dans un tel état d’épuisement, marchaient au pas, incapables de faire cent mètres au trot.

Attention ! Ici, le courage des hommes n’est pas en cause. Dès le début de la guerre, la cavalerie française fait preuve de tellement de mordant et de succès en attaquant, sabre ou lance au poing la cavalerie allemande, que cette dernière, très vite, refuse le combat.

Du côté des alliés, le général anglais Sir Douglas Haig, officier de cavalerie, ayant peu d’expérience dans l’infanterie, ne pense pas que la cavalerie appartient déjà au passé.

Par contre, sur le sujet, dans son Adieu, Cavalerie ! qu’il publia plus de soixante ans après 1914, le général Chambe, officier de cavalerie et célèbre écrivain, très connu pour l’amour de ses hommes et de ses chevaux, ne mâchait pas ses mots.

Pour lui, en effet, le capitaine Conneau avait plus pour préoccupation d’assurer la liaison franco-anglaise, tout en protégeant le flanc gauche de sa...

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