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Le temps des épreuves

De
213 pages
Epouse de Zygmunt Lubicz-Zaleski, écrivain, poète, professeur, grand passeur culturel entre la France et la Pologne, maria Zdziarska-Zaleska, docteur en médecine, vit à Paris, entourée de ses quatre enfants. La famille passe chaque été en Pologne, mais en septembre 1939, elle se trouve prise au piège de la guerre. Arrêté en 1944, elle sera déportée à Ravensbruck où elle soigne et soutient ses compagnes de captivité.
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eLt mespd see rpueev.snidd2820//60201 ,014:2
eLt mespd see rpueev.snidd3Le temps des épreuves
-

820//60201 ,014:2

eLt mespd see rpueev.sniddCollection Mare Balticum

Maria Zdziarska-Zaleska

Le temps des épreuves
-

Histoire d’une famille polonaise
au cours de la Deuxième Guerre mondiale

Traduit du polonais par Władysław Tarnowski
et
Céline Gervais-Francelle

5L’H 

820//60201 ,014:2
eLt mespd see rpeuves.inRemerciements

Tout d’abord je souhaite remercier très vivement
M
me
Céline Gervais-Francelle et le comte Władysław Tarnowski
pour avoir fait en sorte que la traduction française représente
idèlement l’original polonais, ainsi que la première mentionnée
pour avoir relu et complété les notes de in de volume, et tout cela à
titre tout à fait gracieux. Je remercie aussi chaleureusement
M
me
Viviane du Castel-Suel, responsable de la
c
ollection
« Mare Balticum » chez l’Harmattan pour s’être intéressée
à ces mémoires.
Je rappelle que ma mère a rédigé ses mémoires
(Le temps des épreuves)
plusieurs décennies après les faits.
Il peut donc y avoir quelques inexactitudes de détail, notamment
concernant les évènements qu’elle n’a pas vécus elle-même, mais
qui lui ont été relatés. Il n’en reste pas moins que l’essentiel de son
témoignage est authentique et représente bien sa vie, si dicile,
parfois si héroïque, pleine d’abnégation au proit de sa patrie, de sa
famille, de ses proches et de tous ceux qu’elle pouvait aider.

dd6C.-Pierre Zaleski (« Kazik »), ils de l’auteur.

820//60201 ,014:2
eLt mespd see rpPréface
à la première édition

Septembre  : la foudre a frappé la Pologne, au cœur même
de chacune de ses familles. Dès les premiers instants, dès la chute
des premières bombes, il a fallu organiser une existence nouvelle
pour survivre, préserver la santé, protéger la vie des plus proches,
tout en participant à la résistance contre l’agresseur qui se ren-
forçait chaque jour. Cette lutte quotidienne pour la vie s’accom-
pagnait d’une menace de famine, de maladie, d’une arrestation,
d’une déportation ou de mort, toujours présentes à l’esprit.
Maria Zdziarska-Zaleska, ancienne combattante des guer-
res pour l’Indépendance, une des rares femmes décorées de la
Croix de l’ordre
Virtuti Militari,
saura, dès le début des hosti-
lités, systématiquement et au-delà de ses forces, à la fois veiller
sur sa famille et ses plus proches, tout en servant sa Patrie en
lui consacrant son activité médicale qu’elle aimait tant. Cette
symbiose entre ces deux activités n’aura à ses yeux aucun aspect
héroïque. Elle résulte tout simplement de sa tradition familiale,
de son caractère et de son sens du devoir. Elle agit ainsi, car elle
ne pourrait, ni ne saurait agir autrement.
Au début de , la famille est obligée de se séparer : son
mari, le professeur Zygmunt Zaleski, accompagné de leur
ils André, se rend clandestinement en France où se trouve le
Gouvernement polonais, et se constitue l’Armée polonaise du
général Sikorski. Le professeur Zaleski a été convoqué par les
autorités polonaises émigrées à Paris.

ueev.snidd7

820//60201 ,014:2
eLt mespd see rpuevLe temps des épreuves

Ce fut une dure épreuve pour Maria Zaleska en tant
qu’épouse et comme mère, mais qui ne l’a pas ébranlée. Bien
au contraire, elle a encore accru sa volonté d’agir. Douée de
sens pratique et de prudence, elle sait garder son sang froid
dans toutes les situations. Et c’est ainsi qu’elle organise la vie
quotidienne de sa nombreuse famille, assure les études de ses
enfants, se soucie de la subsistance de ses amis les plus proches,
tout en participant à l’action clandestine où elle collabore à la
création du service sanitaire de l’Armée de l’Intérieur.
Maria Zaleska s’astreint au rythme d’une véritable fourmi
pour faire face à ses obligations si nombreuses et variées. Elle
est constamment en action et elle trouve du temps pour tout
faire. Il est rare qu’elle s’avoue à elle-même, mais à personne
d’autre, qu’elle est vraiment très fatiguée.
Lorsque c’est nécessaire elle sème du pavot et des haricots
verts dans sa propriété de Grotowice, si chère à son cœur. À
Varsovie elle soigne les tuberculeux dans des dispensaires spé-
cialisés. Elle ne ménage pas ses forces pour venir en aide à ses
nombreux amis et connaissances qui proitent très fréquem-
ment de son hospitalité.
Chez elle, où se réunissent les membres de l’organisation
clandestine, ses enfants, depuis leur plus jeune âge, respirent une
atmosphère patriotique et sont témoins de l’activité clandestine
de leur mère. Le docteur Maria Zaleska se rend compte du dan-
ger, mais elle sait qu’il est indispensable de donner l’exemple.
Elle s’eforce d’étoufer l’angoisse qui l’étreint concernant
son mari, déporté à Buchenwald, et l’évolution mortellement
dangereuse de la santé de son ils André, par une activité tou-
jours plus accrue et une prière plus fréquente. Elle tente aussi de
les aider par tous les moyens possibles. Aucune nouvelle, même
la plus douloureuse ne la déroute de la voie, dictée par son
devoir qu’elle s’est choisie. Mais cette voie la conduit inévitable-
ment à la prison de Pawiak puis au camp de Ravensbrück.

sei.dnd8

820//60201 ,014:2
Le temps des éperuveseLt mespd see rpPréface

Même dans les pires conditions de détention elle restera
idèle à ses principes, toujours au service des malades, des
handicapés, de ceux qui avaient faim, partageant avec eux les
colis qu’elle recevait, faisant plus que l’impossible pour leur
procurer les médicaments nécessaires, stigmatisant publique-
ment les actes de barbarie.
Elle en paiera le prix par l’envoi dans un camp de repré-
sailles.
De nombreux ouvrages décrivent la campagne de septem-
bre .
Les souvenirs de Maria Zaleska constituent un très précieux
document, qui relète l’existence d’une famille polonaise face
aux évènements tragiques d’alors. L’auteur y note aussi bien
les petits faits de la vie quotidienne que les échos éloignés des
combats contre le Reich hitlérien. Ces nouvelles du front cons-
tituaient un élément déterminant de cette vie quotidienne. Les
bonnes augmentaient l’espoir, les mauvaises renforçaient la
volonté de résister. Mais dans toutes les circonstances la certi-
tude de la victoire demeure dans l’âme de l’auteur.
Elle a rédigé ses souvenirs en un style simple, laconique,
« parlé ». Souvent ils sont semblables à un rapport militaire,
à un compte rendu de service. On ne trouve pas dans le
texte un seul mot inutile ou banal, ni la moindre tentative
d’enjoliver les faits. L’auteur rapporte tout simplement les
évènements, de la manière la plus concise, sans se soucier de
l’élégance du style ou d’un quelconque efet oratoire. Mais
ses mémoires, sous l’apparence d’une simple chronique, sont
un vibrant témoignage de son amour pour sa Famille, pour
l’Homme et pour sa Patrie.

ueev.s

nidd9

Leszek Talko
Paris, le  avril .

820//60201 ,014:2
eLt mespd see rpueev.snidd01820//60201 ,014:2
eLt mespd see rpC 

Bref survol des années -

En , le Cercle des ociers du Corps sanitaire publia mon
livre de souvenirs intitulé
Dans les tranchées, mémoires d’une
femme médecin de bataillon 
-

*. Ce récit s’achève en
, avec le troisième soulèvement de Silésie
1
.
J’avais terminé mes études de médecine en mai , époque
à laquelle notre Université avait pour recteur le professeur Jan
Łukasiewicz
2
, et la faculté de médecine pour doyen le professeur
Zygmunt Radliński
3
. Le professeur Mieczysław Michałowicz

4

a été mon directeur de thèse. Au cours de mes études, je m’étais
intéressée plus particulièrement à la tuberculose chez les enfants

* Mon époux, Zygmunt Zaleski m’avait encouragée à rédiger mes souvenirs.
Je m’étais laissée convaincre dans la mesure où il m’avait promis de revoir mes
« gribouillages ». Après les avoir lus, il me déclara : « j’ai corrigé quelques fautes
d’orthographe, mais rien de plus. C’est écrit avec une grande simplicité et c’est
ainsi que cela devait l’être ». Tandis que j’étais sur la ligne de front, j’écrivais régu-
lièrement à mes parents. Ils m’avaient remis mes lettres et cela m’avait permis de
reconstituer avec précision les dates et les lieux des événements que je rapportais
dans ces souvenirs
(N.d.A.)
.

ueev.snidd11

820//60201 ,014:2
eLt mespd see rpuevLe temps des épreuves

et, grâce au professeur Michałowicz, j’ai pu obtenir un poste
de médecin en second chez le docteur Starkiewicz qui était en
train de former son équipe à Busk qu’il avait appelée «
Górka
»
[« Colline »]. Je commençai à y travailler le 
er
juin . Si mes
souvenirs sont exacts, il y avait là quelque cinq cents enfants
logés sous une immense tente militaire. Ces enfants étaient
atteints de tuberculose ganglionnaire, osseuse ou cutanée.
Outre la tente, une petite maison en dur renfermait les cui-
sines, un laboratoire, une salle d’examen et les chambres du
personnel médical.
Le docteur Lewińska, mon médecin-chef, se rendit in
mars à Poznań au congrès des pédiatres et elle s’y cassa une
jambe. Je me retrouvai seule jusqu’à la in de la saison. Un
heureux hasard voulut que le professeur Michałowicz vînt
en cure à Busk, en août, et que son ils Jurek l’accompagnât
pour y passer ses vacances. Lorsque le professeur apprit que
je m’étais retrouvée seule, il m’envoya son ils, étudiant en
quatrième année de médecine ; ainsi nous sommes parvenus à
nous débrouiller jusqu’à la in de la saison qui se terminait en
septembre. Aussitôt après, je fus engagée par la municipalité
de Varsovie comme médecin responsable du sanatorium de
Zaryte. Mais sous la pression de mes parents qui estimaient
que ce poste représenterait pour moi une trop lourde respon-
sabilité, je ne l’ai pas accepté et in octobre  je suis partie
à Paris pour y faire une année de spécialisation.
À Paris, je travaillais à l’hôpital Hérold, dans le service
du professeur Armand de Lisle, j’assistais aux cours du
professeur Nobecoure et du professeur Marthel. Le doc-
teur Składkowski – ancien chef du Corps sanitaire auprès
du Haut Commandement pendant la guerre – se trouvait
précisément à Paris pour se spécialiser en radiologie. Il
m’introduisit à l’Institut Pasteur et me présenta au docteur
Pożerski
5
. J’avais également une lettre de recommandation

sei.dnd21

820//60201 ,014:2
eLt mespd see rpBref survol des années 
-


pour mademoiselle Mońkiewicz

6
qui me présenta à monsieur
et madame Władysław Mickiewicz
7
. Ils me reçurent à leurs
soirées du lundi, au  rue Guénégaud et à la Bibliothèque
polonaise.
Je ne is la connaissance de mon cousin Zygmunt L. Zaleski
qu’en janvier . J’avais également une lettre de recom-
mandation du professeur Michałowicz à son intention, mais
comme cela sortait du cadre de ma spécialisation, j’y attachai
un intérêt moindre et ne me rendis au domicile de Zygmunt
L. Zaleski, rue Boissière, que le  décembre. Il était absent,
je laissai ma carte et la lettre de mon professeur. J’indiquai
l’adresse à laquelle je devais emménager une semaine plus
tard. Zygmunt y envoya un pneumatique sitôt rentré chez
lui, mais qui lui fut retourné avec la mention « Destinataire
inconnu ». Comme il était invité chez les Reymont à Nice
pour Noël, ce n’est qu’en janvier qu’il demanda à madame
Véron, la mère d’un de ses amis écrivains, de vériier si j’ha-
bitais à l’adresse que j’avais laissée.
J’habitais bien là, aussi Zygmunt me rendit visite in jan-
vier. Nous tombâmes amoureux l’un de l’autre, nous nous
iançâmes aussitôt, mais j’exigeai de Zygmunt qu’il se rende
auprès de mes parents à Grotowice, ce qu’il it et nous nous
mariâmes le vingt-cinq juillet  à l’église de Rzeczyca. Ma
jeune sœur Janeczka se maria le même jour avec Eugeniusz
Wencel. À Grotowice, autour de la table de la salle à manger,
la réception des trois familles et des voisins regroupa près de
cent personnes.
Le lendemain, nous partîmes pour Varsovie où, le jeune
couple que nous formions rendit visite au professeur et à
Madame Michałowicz ainsi qu’au professeur et Madame
Handelsman
8
.
Avant notre mariage, mon mari gagnait un peu d’argent
en écrivant des articles pour
Gazeta Warszawska
[Journal de

ueev.snidd31

820//60201 ,014:2
eLt mespd see rpuevLe temps des épreuves

Varsovie] et d’autres journaux. En , il avait organisé des
cours sur la Pologne à l’École des Hautes Études, avec pour
conférenciers : Władysław Mickiewicz, Stefan Żeromski
9
,
Andrzej Strug
10
, Wacław Sieroszewski
11
et lui-même. Les
cours se prolongèrent jusqu’en  et ce en dépit des protes-
tations de l’ambassadeur de Russie.
À dater de , il enseigna le polonais à l’École des
Langues Orientales. Lorsque le Comité National Polonais se
constitua à Paris, il en devint l’un des collaborateurs au sein du
service de presse. À partir de , il devint rédacteur d’une
revue pour les soldats polonais,
Polak
. Il fut l’un des membres
de la Commission chargée des examens (pour les ociers)
auprès de l’état-major du général Haller
12
. À partir de ,
il devint collaborateur permanent du
Mercure de France
où il
écrivit des articles politiques qu’il signa du pseudonyme « R. de
Brou » et des chroniques de littérature polonaise qu’il signa de
son nom. Il publiait dans de nombreux périodiques français,
des articles toujours à thématique polonaise.
En , Zygmunt avait publié chez Centnerszwer et Cie,
une plaquette de ses poésies, intitulée
Sur la sente étroite entre
rêve et orage,
illustrée par Tadeusz Makowski
13
. À Paris, en ,
il publia
La patrie musicale de Chopin,
puis, toujours à Paris,
en  chez Payot,
Le dilemme russo-polonais,
ouvrage qui
reçut le prix de l’Académie française.
À partir de , il enseigna la littérature polonaise à l’Ins-
titut d’études slaves ( rue Michelet). J’assistai à ses cours, ils
étaient remarquables.
Notre ils aîné, Andrzej, naquit le  mai  à Grotowice
où je passai les derniers mois de ma grossesse. Mon père mou-
rut deux semaines après sa naissance.
Nous vécûmes quatorze ans à Paris. Chaque année
nous allions passer nos vacances dans le domaine familial
de Grotowice. En France, mon mari était le délégué du

sei.dnd41

820//60201 ,014:2
eLt mespd see rpBref survol des années 
-


ministre des Cultes et de l’Instruction publique polonais
auprès du gouvernement français et ses occupations étaient
aussi nombreuses que variées. Désirant l’aider je lui organisai
son secrétariat que je dirigeai pendant deux ans, jusqu’à la
nomination ocielle d’une secrétaire.
Le directeur du Fonds polonais de la culture nationale,
Stanisław Michalski
14
, vint à Paris discuter avec mon mari de
l’envoi en France de boursiers du Fonds.
Grâce au poste occupé par mon époux et au nombre con-
sidérable de ses amis, je menais une vie particulièrement inté-
ressante. Je is la connaissance d’artistes polonais, amis de mon
mari – tels

Olga Boznańska *
15
, Tadeusz Makowski, Franciszek
Black
16
, Konstanty Brandel
17
–, d’intellectuels et d’écrivains
comme Fernand Baldensperger
18
, Jean-Marie Carré
19
, Van
Tieghem, les frères Marius et Ary Leblond
20
, Rachilde et son
mari Valette, Dumur, Robert Chabrié (sa mère, une
P
olonaise,
avait été l’une des premières femmes médecins en Pologne),
Paul Vialar
21
ils, la ille de Nabielak et bien d’autres…
Nous nous liâmes d’une profonde amitié avec les Henri de
Montfort **, j’en veux pour preuve que nous nous tutoyions
tous les quatre, ce qui en France, à l’époque était extrêmement
rare. On s’appelait par le prénom mais en se vouvoyant.
Nous passâmes les fêtes de Pâques de l’année  en Suisse
avec nos deux plus jeunes enfants, Roman qui avait trois ans

e* Olga Boznańska a peint un portrait de mon mari qu’elle aimait beaucoup
entendre jouer. Aussi, arrivait-il souvent à Zygmunt de passer chez elle, au 
boulevard du Montparnasse, pour jouer du piano. Elle m’accorda également son
amitié. Cela se traduisit par trois portraits de moi : elle me peignit avec Andrzej à
un an, puis avec Kazimierz et, en , elle me peignit seule
(N.d.A.)
.
** Henri de Montfort fut le correspondant du journal
Le Temps
à Varsovie
pendant plusieurs années dans l’entre-deux-guerres. Son ils Marc naquit en Polo-
gne. De retour à Paris, Henri et Annie de Montfort s’intéressèrent avec chaleur et
passion aux questions polonaises. Henri écrivit plusieurs livres d’un grand intérêt
sur la Pologne. Annie avait appris le polonais et le maîtrisait parfaitement. Arrêtée
en même temps que Zygmunt, elle mourut à Ravensbrück en 
(N.d.A.)
.

vusei.dnd51

820//60201 ,014:2
eLt mespd see rpueLe temps des épreuves

et Monika qui n’avait que quelques mois. Nos aînés, Andrzej
et Kazimierz étaient chez ma mère, à Grotowice. Le lundi de
Pâques, nous fûmes invités pour le goûter chez les Paderewski
22

à Rion Bosson. Nous laissâmes Monika, bébé de quatre mois,
à l’hôtel avec une bonne d’enfant, nous emmenâmes Roman
avec nous. Il conquit tellement Paderewski que celui-ci le it
asseoir à côté de lui et ne cessa de le resservir en gâteaux (
babka

et
mazurki
). Il init par lui demander : « Que voudrais-tu
encore, petit ? » À quoi Roman répondit : « Que vous jouiez du
piano pour nous, monsieur ». Paderewski éclata de rire et, lui
qui n’aimait pas jouer « au salon » quand il y avait du monde,
s’installa à son piano et joua. Ce souvenir s’est profondément
gravé dans mon cœur.
Chaque année nous étions invités aux réceptions ocielles
du palais de l’Élysée données successivement par les présidents
Paul Doumer
23
, Gaston Doumergue
24
et Albert Lebrun
25
. Ce
n’était que du « paraître » même si nous y rencontrions des
personnes de connaissance et parfois des amis. En revanche,
la réception donnée à l’Élysée pour les membres du Congrès
international des droits d’auteur fut intéressante, car les invités
n’étaient pas très nombreux de sorte que j’ai pu parler quelques
minutes avec le président Doumergue au sujet de la Pologne.
La plus intéressante de ces réunions ocielles fut pour moi
celle où je is la connaissance de l’ancien président Raymond
Poincaré
26
qui présidait le repas amical, donné à la Maison des
« X », en l’honneur de mon mari lorsqu’il reçut la croix d’ocier
de la Légion d’honneur.
Au cours de ces dix années, je donnai naissance à quatre
enfants (Andrzej-Jan, Kazimierz-Piotr, Roman-Kamil-Łukasz,
Monika-Anna-Zoia), je m’occupais de bien des œuvres, mais
mon travail de médecin me manquait. Lorsque j’en avais le
loisir, j’allais à des cours et j’assistais à des congrès. Un jour, un
collègue, Marian-Józef Piasecki
27
, me convainquit d’assister à

ev.snidd61

820//60201 ,014:2
eLt mespd see rpBref survol des années 
-


l’opération qu’un célèbre chirurgien du cerveau faisait dans
sa clinique où il retirait un « ganglion Gasseri » à une femme
âgée, sous anesthésie locale. L’opération fut très intéressante,
le professeur Martel *

aimable et courtois.
Mes activités à la Fédération interalliée des anciens com-
battants, et à sa branche des Auxiliaires Féminines, me pre-
naient beaucoup de temps. J’étais membre du Conseil de la
Fédération et membre du conseil restreint de la branche fémi-
nine. Et je me rendais à de nombreux congrès : au Portugal,
en Tchécoslovaquie, en Amérique, en Roumanie, en Pologne,
en Yougoslavie, et en Belgique. Cela me donna l’opportunité
de faire la connaissance de personnes très intéressantes : le
général Pershing
28
, Zabriski, Américain, supposé être un des-
cendant de la famille Zebrzydowski, une Tchèque, madame
Echlegrowa, la princesse Cantacuzène, Lady Edward Spencer
Churchill, Mrs Kipling (épouse du neveu du célèbre auteur)
avec laquelle je me liai d’amitié, et beaucoup, beaucoup
d’autres personnes.
Sur mon initiative, la  – Auxiliaires féminines décida
de publier un livre sur la participation militaire des femmes
de nos dix pays à la Grande Guerre. Je fus chargée de l’aspect
technique de l’édition. Je réglai avec l’éditeur Lavozelle les
détails des éditions anglaise et française. Madame Kipling
se chargea de la rédaction de la version anglaise, moi de la
version française. Le livre parut en , simultanément en
anglais et en français, sous le titre
Femina Patriae Defensor
.
Mon mari et moi reçûmes des visites extrêmement
intéressantes de Pologne : celles d’hommes de lettres tels
Strug, Lorentowicz
29
, Sieroszewski, Kaden
30
, Przesmycki
31
,

* Thierry de Martel (-), fondateur de l’école française de neuro-
chirurgie avec Vincent Clovis. Le professeur Martel se suicida en  lorsque
Paris tomba aux mains des Allemands tant pareille honte lui était insupportable
(N.d.A.)
.

ueev.snidd71

820//60201 ,014:2
eLt mespd see rpuevLe temps des épreuves

Iwaszkiewicz
32
, Choromański
33
; celles de professeurs également
tels Chrzanowski
34
, Handelsman, Folkierski
35
, Wędkiewicz
36
,
Sierpiński
37
, Tatarkiewicz
38
, Winiarski
39
et d’autres. À mon
grand regret, les visites de nos amis, les Szczepański
40
ou les
Pełczyński
41
n’étaient pas fréquentes.
Une fois par mois, nous organisions une réception pour les
étudiants boursiers. Il en passa un grand nombre rue Boissière.
J’ai gardé particulièrement le souvenir d’un groupe de musi-
ciens : Sztompka
42
, Perkowski
43
, Szałowski
44
, Maklakiewicz
45
,
Małcużyński
46
. Parmi les jeunes peintres, je me souviens
surtout de Michalak
47
. Les jeunes écrivains, tels Przyboś
48
,
Brzękowski
49
, Kurek
50
, Grabski
51
venaient également chez
.suonLa présidente de l’Association du travail civique des fem-
mes était madame Anna de Gonteau-Biron
52
tandis que la
présidente d’honneur était madame Chłapowska
53
, l’épouse
de l’ambassadeur de Pologne. J’assumais la vice-présidence et,
là, je pus exercer un peu mon travail de médecin. J’organisai,
avec succès, un dispensaire médical polonais, rue Trufeault.
Nos ils aînés grandissaient : je leur avais moi-même appris
à lire et à écrire en polonais, ils fréquentaient une petite
école privée française à quelques pas de chez nous, mais ce
n’était pas susant. Ils passèrent l’année scolaire - à
Grotowice chez ma mère où ils travaillèrent avec mademoi-
selle Leszczyńska, institutrice à l’école de Podrzezina. Pour
l’année scolaire -, nous avons engagé à Paris made-
moiselle Stefania Łukowska qui avait instruit

mes cousines
Arciszewski de Krubki, puis les enfants du comte Zamoyski
54
.
Malheureusement, mademoiselle Łukowska ne put rester à
Paris l’année suivante. Aussi, en -, nous organisâmes
avec l’ambassadeur de Pologne monsieur Łukasiewicz
55
(dont
le ils Jan avait l’âge d’Andrzej), des cours communs qu’assurait
la sœur de l’ambassadeur, mademoiselle Zoia Łukasiewicz, et

sei.dnd81

820//60201 ,014:2
eLt mespd see rpBref survol des années 
-


une autre institutrice. Il y avait des cours pour les aînés – Jan
et Andrzej –, et d’autres pour les plus jeunes – Zbyszek Fyda,
le ils de l’attaché militaire polonais
56
, Wojciech Święcicki et
Kazimierz, notre ils.
En , Andrzej devant entrer au collège, nous l’avons
inscrit au lycée Sułkowski à Rydzyna. Malheureusement, il
y attrapa la scarlatine en automne. À Noël, il vint à Paris
avec Marc de Montfort, le ils d’Henri, qui était dans le
même collège en quatrième année. À Pâques, je décidai de
passer par Rydzyna pour prendre Andrzej et l’emmener chez
ma mère à Grotowce avec mes deux plus jeunes enfants.
Malheureusement, Monika attrapa la scarlatine lors de ce pas-
sage par Rydzyna et tomba gravement malade. Après Pâques,
je renvoyai Andrzej seul au collège et je restai à Grotowice
jusqu’à la guérison de ma ille. Je ne rentrai à Paris que in
mai. Zygmunt et Kazimierz avaient passé Pâques à Arcachon.
Dans la seconde moitié de juillet, Zygmunt, Kazimierz et moi
gagnâmes la Pologne, très inquiets de l’approche de la guerre.
Zygmunt s’arrêta à Varsovie à la conférence des délégués
du ministère des Cultes et de l’Instruction publique, puis il
dirigea un cours de langue polonaise pour étrangers.

ueev.snidd91820//60201 ,014:2
eLt mespd see rpueev.snidd02820//60201 ,01:42
eLt mespd see rpC II

. La guerre éclate

Comme chaque année, Zygmunt, Andrzej et moi sommes
allés à Radom pour le premier septembre ain d’assister à la
messe anniversaire de la disparition de Terenia Grodzińska

1
,
qui avait connu une mort héroïque dix-neuf ans plus tôt,
alors qu’elle servait

comme inirmière à la V
e
compagnie du
IV
e
régiment d’infanterie. En outre, Andrzej devait passer un
examen de rattrapage pour passer en deuxième année de col-
lège. Nous sommes descendus à l’hôtel.
À cinq heures du matin : raids aériens, bombes… Nous
sautons de nos lits, nous nous habillons en hâte pour aller
dans la salle du restaurant où il y avait une radio. Un certain
nombre de personnes écoutaient déjà le poste. Nous avons
appris que les armées allemandes avaient franchi nos frontiè-
res sans déclaration de guerre… Que c’était la mobilisation
générale… À huit heures, nous avons envoyé Andrzej à
son examen et nous sommes allés à la messe. Raids aériens
et alertes sans discontinuer… L’examen d’Andrzej terminé,
nous avons décidé de gagner Varsovie par le premier bus

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d’apprécier sur place ce qu’il convenait de faire…

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