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Le vote des femmes et la première guerre mondiale en Anglete

De
160 pages
La lutte pour le suffrage menée par les femmes au début du siècle marqua sans conteste l'histoire anglaise d'avant-guerre et a d'ailleurs fait depuis l'objet de nombreuses études. Moins connues, toutefois, sont les quatre années de guerre qui précédèrent la loi électorale de 1918 et les relations qui ont pu exister entre les deux. Parce que les femmes participèrent alors, pour la première fois, massivement à l'effort de guerre, et parce que cet effort fut loué de toutes parts, on a eu parfois tendance à tirer la conclusion un peu trop rapide que le droit de vote accordé en 1918 aux femmes de plus de trente ans était en quelque sorte une récompense consentie à ces dernières pour leurs "loyaux services". Les choses ne sont évidemment pas si simples et d'autres facteurs doivent être pris en compte si l'on veut tenter de comprendre comment, après des années de lutte et de militantisme, les femmes obtinrent le droit de vote au moment où elles ne l'attendaient plus. Pour cela, l'auteur s'attache tout particulièrement au rôle joué par les femmes au cours de la Première Guerre mondiale et aux changements des mentalités, mais également aux divers éléments qui conduisirent le gouvernement anglais à introduire, en plein conflit, une réforme électorale d'une telle importance.
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LE VOTE DES FEMMES ET LA PREMIERE GUERRE MONDIALE EN ANGLETERRE

@ L' Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4119-X

Collection"

Chemins

de la mémoire

Il

Véronique

MOLINARI

LE VOTE DES FEMMES ET LA PREMIERE GUERRE MONDIALE EN ANGLETERRE

Editions L'Harmattan 5-7, rue de L'Ecole Polytechnique 75005 Paris

Collection Chemin, de /0,mémoire

Mémoires libertaires (Lyon 1919-1939). relations franco-japonaises pendant la drôle de Les tournants du XXème siècle, progrès et ré gres-

Villages médiévaux en Bas-LangueTome 1 : Du château au village (Xe-XIIIe : La démocratie au village (XIlle-XIVe siècle). La politique du P.C.F., 1939-1945. Le parti et la question nationale. BOURSIER, La guerre de partisans dans le Sud-Ouest de la 1942-1944. La 35ème brigade F.T.P.-M.O.I. COHEN, Les jeunes, le socialisme et la guerre. Histoire des de jeunesse en France. - Colette COSNIER, Marie PAPE-CARPENTIER. De l'école maternelle à l'école des filles. - Jacques DAlLOZ, Georges Bidault. Bibliographie politique. - Sonia DAYAN-HERZBRUN, L'invention du parti ouvrier. Aux origines de la social-démocratie (1848-1864). - Maurice EZRAN, L'Abbé Gregoire, défenseur des Juifs et des Noirs. Maurice FZRAN, Bismarck, démon ou génie?
...

FA YOL, Le Chambon-sur-Lignon sous l'Occupation, 19401944. Les résistances locales, l'aide interalliée, l'action de VirginiaHal1 (OSS). - Ronald GOSSELIN, Les almanachs républicains. Traditions révolutionnaires et culture politique des masses populaires de Paris (18401851) .

- Pierre

- Toussaint

GRIFFI, Laurent PRECIOZI,

Première mission en Corse

occupée avec le sous-marin Casabianca (1942-1943). - Béatrice KASBZARIAN-BRICOUT, L'odyssée mamelouke à l'ombre des armées napoléoniennes. - Anne-Emmanuelle KERVELLA, L'épopée hongroise. Un bilan: de 1945 à nos jours. - Slava USZEK, Marie Guillot, de l'émancipation desfemmes à celle du syndicalisme. - Anne-Denes MARTIN, Les ouvrières de la mer. Histoire des sardinières du littoral breton.

(suite de la collection Chemin, de la mémoire)

- Jacques MICHEL, La Guyane sous l'Ancien-Régime. Kourou et ses scandaleuses suites judiciaires.

Le désastre de
historiques.

- Louis

PEROUAS,

Une religion

des Limousins?

Approches

SACCHI, La guerre de Trente ans, Tome I : L'ombre de Charles Quint - Tome fi : L'Empire supplicié - Tome nI : La guerre des Cardinaux. - Christine POLEITO, Art et pouvoir à l'âge baroque. - Alain ROUX, Le Shangaï ouvrier des années Trente, coolies, gangsters et syndicalistes. TUTIlE, Religion et idéologie dans la révolution anglaise, 1647-1649. - Nadine VIVIER, Le Briançonnais rural aux XVlllème et XIXème

- Henri

- Elisabeth

siècles.

- Sabine

ZEITOUN,

L'oeuvre

de secours

aux enfants juifs (0 .S.E.) sous

l'Occupation en France. - Michel PIGENEf, Les «F abiens » des barricades au front (Septembre 1944 - Mai 1945)

- Robert MECHERINI, Une entreprise de Marseille "sous gestion ouvrière", 1944-1948. - Maurice LESCURE, Madame Hamelin. Merveilleux et turbulence Fortunée (1776-1851).

Sommaire Introduction
LA LUTTE POUR LE SUFFRAGE JUSQU'EN Chapitre 1 : Les organisations suffragistes Les sociétés constitutionnelles Les militantes Chapitre 2 : Les anti-suffragistes Chapitre 3 : Les partis politiques Les Libéraux Les Conservateurs Les Travaillistes Conclusion 1914

Il

15 18 21 27 33 33 35 35 38

LA PERIODE DE LA GUERRE Chapitre 1 : Les mouvements suffragistes (et anti-suffragistes) pendant la guerre 43 La WSPU 43 La National Union 46 La Women's Freedom League et l'East London Federation 47 Les anti-suffragistes 47 Chapitre 2 : Le rôle des femmes pendant la guerre 51 Le début de la guerre 51 Le travail des femmes dans l'industrie de guerre et autres secteurs de l'économie: 53 53 - le recrutement 55 - conflits avec les syndicats - salaires 58 Les femmes en uniforme: 61 - les femmes dans l'armée 61 - la police 63 Chapitre 3 : L'image de la femme 69 L'image de la mère 69 La ménagère 73 Les femmes au travail 74 Conclusion 77 7

LE "REPRESENTATION OF THE PEOPLE ACT" Chapitre 1 : Son origine Chapitre 2 : La "Speaker's Conference" Chapitre 3 : Le débat au Parlement Chapitre4: Activités suffragistes Conclusion

89 97 98

LES CONSEQUENCES DU VOTE DANS LES ANNEES QUI SUIVIRENT LE "REPRESENTATION OF THE PEOPLE ACT" Chapitre 1 : Les organisations féministes: nouveaux 103 objectifs 107 Chapitre 2 : Comment les femmes ont voté Chapitre 3 : Réformes en faveur des femmes I Importance III accordée aux questions féminines 119 Chapitre 4 : Les femmes et le pouvoir 122 Conclusion Conclusion Annexes Notes Bibliographie Index 123 127 141 153 157

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Liste des principales abréviations

ASE : Amalgamated Society ofEngineers ILP : Independent L.abour Party NFWW : National Federation ofWomen Workers NLOWS : National League for Opposing Women's Suffrage NUWSS : National Union ofWomen's Suffrage Associations NUWW : National Union ofWomen Workers VAD : Voluntary Aid Detachment WACC: Women's Army Auxiliary Corps WFL : Women's Freedom League WILP : Women's International League ofPeace WNASL : Women's National Anti-Suffrage League WPV : Women's Police Volunteers WRAF: Women's Royal Air Force WSPU : Women's Social and Political Union

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INTRODUCTION
Les mouvements fémininistes au début du siècle, et la lutte pour le suffrage en particulier, ont., ces vingt dernières années, fait l'objet de nombreuses études qui ont ainsi pu s'ajouter aux ouvrages - en grande partie autobiographiques et parfois peu fiables - de l'époque. Et pourtant, un même fait subsiste: l'absence ou le peu d'informations sur la période de la Grande Guerre. Bon nombre de récits s'arrêtent en effet en 1914 ou ne consacrent que quelques pages à la période, sans réellement expliquer ce qui conduisit à l'obtention du vote en 1918. En outre, lorsque l'on considère par exemple la version fort répandue qui présente le droit de vote comme une récompense accordée aux femmes pour leurs "loyaux services" pendant la guerrel') diverses questions surgissent, à savoir: pourquoi le "Representation of the People Act", en accordant le droit de vote aux femmes de plus de trente ans uniquement, choisit-il ainsi d'exclure les jeunes femmes qui avaient travaillé dans les usines de munitions? Ou encore, pourquoi les Françaises qui, elles aussi et dans une plus grande mesure, avaient participé dans leur pays à l'effort de guerre durent-elles attendre presque trente ans pour obtenir le même droit que leurs consoeurs anglaises? Tout porte à croire que., si le rôle économique et social joué par les femmes au cours de la première guerre a incontestablement contribué à leur accorder le droit de vote, d'autres facteurs doivent également être pris en compte. Il paraît donc intéressant d'étudier cette période afin de tenter d'éclairer les raisons qui amenèrent aux réformes électorales de 1918 que des années de lutte et de militantisme 11

n'étaient pas parvenues à obtenir. Différents aspects doivent pour cela être abordés, tels que l'action des mouvements suffragistes avant et pendant la guerre mais aussi le rôle économique et social de la femme, ainsi que son image, au cours de cette même période. Il faut, en outre, si l'on veut tenter de comprendre l'influence de la guerre sur le statut des femmes, s'attacher à détenniner dans quelle mesure les changements opérés en temps de guerre peuvent être imputables aux événenements qui précédèrent 1914, s'ils se révélèrent durables ou éphémères (en ce qui concerne par exemple le travail des femmes), qualitatifs ou quantitatifs, mais aussi dans quelle mesure la guerre a pu, paradoxalement, renforcer les idées traditionnelles sur la place de la femme dans la société. C'est d'ailleurs parce que les paradoxes ne manquèrent pas qu'il est difficile d'évaluer avec justesse le rôle émancipateur de la guerre et pour cela aussi qu'il est impossible d'arrêter une étude sur la question en 1918 : il faut attendre un retour à la nonnale et de nouvelles situations ..de crise, telles que la démobilisation ou la Dépression., pour, en effet, pouvoir juger de la profondeur des changements opérés. Il serait enfin également intéressant de voir dans quelle mesure l'obtention du vote a pu, dans les années qui suivirent, apporter aux femmes les changements attendus tant au niveau social que politique.

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LA LUTTE POUR LE SUFFRAGE JUSQU'EN 1914

CHAPITRE

I : LES ORGANISATIONS SUFFRAGISTES

C'est sans doute la période militante de l'action féministe qui est la mieux connue du public et qui a fait couler le plus d'encre. On oublie parfois. que les années d'agitation, de violence même, qui marquèrent les années d'avant-guerre furent elles-mêmes précédées de quarante ans d'action pour l'extension du droit de vote aux femmes qui se traduisirent par des écrits (le premier auquel l'on songe étant bien entendu On the ~5ubjection ~f Women de John Stuart Mill, publié en 1859) et par de nombreuses interventions auprès des députés et du Parlement. Si l'on a également coutume de s}mboliser l'ensemble du mouvement suffragiste par le seul nom de Pankhurst - et il est vrai que mère et filles furent les militantes les plus spectaculaires - il ne faut pas oublier qu'elles furent loin d'être les seules et qu'elles n'apparurent, en outre, sur le devant de la scène, qu'après 1900. Il convient également de dissiper le mythe entretenu par certains ouvrages et autobiographies consacrés aux suffragettes que, lorsque la guerre éclata~ celles-ci avaient quasiment gagné bataille. L'un des aspects du suffragisme qu'il parait intéressant de mentionner avant de conll11encertoute étude sur le sujet est que, à différence des françaises, les suffragistes britanniques n'invoquèrent pas l'égalité des sexes mais justifièrent au contraire leur revendication par la différence même entre hommes et femmes.

15

"Nous ne voilions pas être de mauvaises imitations des hommes" déclarait Millicent Garrett Fawcett, "Nous ne nions pas~ ni ne minimisons, la différence entre. hommes et femmes. Le droit à la représentation que revendiquent les femmes repose en grande partie sur ces différences. Les femmes apportent au service de l'Etat, quelque chose de différent de ce que peuvent apporter les hommes." 1

Elle ajoutait en 1890 :
"Si les hommes et les femmes se ressemblaient complètement.. nous serions représentés de manière adéquate par les hommes: mais comme nous sommes différentes, notre spécificité n'est pas représentée dans le système actuel (...) Je veux que la dimension féminine et domestique des choses pèse et compte davantage dans les affaires publiques." 2

Cette attitude, que Pierre Rosanvallon résume par: "L'objectif (était) plus de féminiser la démocratie que de démocratiser la féminité"J s'est, semble-t-il, avérée plus efficace que celle plus catégorique des Françaises qui soutenaient en vain que les femmes étaient semblables aux hommes et perdaient ainsi toute crédibilité aux yeux de ces derniers. Cette différence de tactique est d'ailleurs peut-être l'une des raisons pour lesquelles l'obtention du droit de vote fut beaucoup plus longue en France qu'en Angleterre. Mais avant d'aborder la lutte constitutionnelle et l'action militante des différentes organisations féministes, il est nécessaire de rappeler quels étaient les droits politiques des Anglais, et plus particulièrement des Anglaises, avant 1918. En I914, seulement 60 % des hommes d'âge adulte étaient inscrits sur les registres parlementaires (le droit d'élire des représentants au Parlement étant en effet limité à la classe relativement réduite des propriétaires et personnes occupant des locaux commerciaux), soit huit millions seulement d'électeurs (dont un million et demi jouissant du vote plural 4) sur un total de douze million et demi d'hommes de plus de 2 I ans.

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