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Les Antilles pendant la Révolution française

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144 pages
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Ajouté le : 01 janvier 2000
Lecture(s) : 179
EAN13 : 9782296193314
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LES ANTI
PENDANT

LLES

LA RÉVOLUTION

FRANCAISE I

Maquette de couverture:

Guy Darbon

En couverture: « Révolte des Nègres à Saint-Domingue» - 1796 - Anonyme, gravure.

Contribution iconographique

dé Miguel ROJAS-MIX.

Georges

BRULEY

LES ANTI

LLES

PENDANT

LA RÉVOLUTION
D'après

FRANCAISE
I

la correspondance inédite de César-Dominique Duny Consul de France à Curaçao, né à Tours le 22 juillet 1758

Préface de Carmen Vasquez
Collection: Ceiba .
5, rue Lallier 75009 Paris

"ç-

L'-aribeenne's

ditipns

Fromager.

Œuvre

d'Alfonso

ARANA, artiste

portoricain

Lafolye, éditeur, 1890. CARIBÉENNES, 1989. Tous droits de traduction, d'adaptation et de reproduction réservés pour tous les pays. ISBN 2-87679-052-1

@ Eugène @ Éditions

Collection:

Ceiba

Dirigée par Carmen VASQUEZ La ceiba, fromager en français, arbre de la famille des Malvacées, Ceiba pentandra, Caribaea, de son nom scientifique, est dans nos terres des Amériques, un arbre gigantesque et centenaire. C'est l'arbre mythique par excellence, couvert de légendes, symbole du durable et témoin privilégié de notre histoire. On le retrouve dans presque toutes les Antilles, à Bermuda et dans les Bahamas, dans le sud de la Floride et en Californie, au Mexique, en Amérique centrale jusqu'à l'Equateur, au Brésil, dans les Guyanes, en Afrique et en Asie. Connu sous des noms divers: kapok, pochoto, silk-cotton-tree, kumaka, mapou, bois cotton, katoenboom, katumbom, kamkantrie, sumauma, mai das arvores, cyyba, mocmayn, ceibo, le terme espagnol, ceiba, vient d'un ancien mot caraïbe. La collection CEIBA, organisée autour de trois rubriques - fictions - documents - chroniques de voyages - remet à jour des textes du Nouveau Monde, très connus aux XVIIIe et XIXe siècles, devenus des classiques ou des points de repère définitifs et s'achève avec la Grande Guerre. Produits en français, ou traduits de l'espagnol ou de l'anglais, certains documents seront même bien antérieurs à cette période.

PRÉFACE
Parmi les très nombreux textes parus en France à l'époque du premier centenaire de la Révolution française, l'un des plus curieux est peut-être celui que nous présentons aujourd 'hui. Publiant des extraits de la correspondance que César-Dominique Duny envoya à son grand-père, le magistrat Prudent-Jean Bruley, Georges Bruley, lui-même magistrat, écrivit une autre histoire complémentaire à travers ses commentaires et ses recherches. Le livre présente donc deux visions de deux époques différentes: celle d'un témoin oculaire, à la fois acteur et spectateur des événements révolutionnaires aux Antilles françaises et celle d'un lecteur de documents, un siècle plus tard, qui ne connut ni l'époque ni les îles caribéennes mais qui montra un réel esprit d'historien dans l'analyse des textes qu'il voulait reproduire. Remarquons dès maintenant qu'il y eut depuis le début quelque chose en commun entre le Duny de la correspondance et Georges Bruley l'auteur: un même avis, à l'extrême critique, sur la Révolution et sur les conséquences de celle-ci aux Antilles françaises. Pour tout comprendre il faut commencer par connaître un peu Georges Bruley et la famille à laquelle il appartenait. Nommé à sa naissance le 4 mars 1830, Georges-Prudent, il fut d'après ses propres mots, l'unique continuateur de son nom!. Au moment de l'annonce de son décès à Vouvray, en
1. Georges Bruley, Un homme de cœur Prudent: Jean Bruley, avocat du roi, président trésorier de France, maire de Tours, député à l'Assemblée législative de 1791, président du Conseil général d'lndre-et-Loire, 1759-1847. Angers Germain et G. Grassin, 1901, page 323. 9

son domicile aux Girardières, le 23 octobre 18982, on annonça qu'il avait été substitut à Laval, procureur à Mayenne, vice-président du Tribunal du Mans en 1861 et président du Tribunal civil à Laval en 1873. En 1863, il avait épousé Aline-Marie Hubert à Laval dont il eut deux fils, le chanoine Bruley de Varannes et Charles Bruley de Varannes, qui suivit une carrière militaire. Outre sa carrière dans la magistrature, Georges Bruley fit preuve, sur le tard, de ses talents d'écrivain. Il publia plusieurs ouvrages dont Généalogie de la famille Bruley3 en 1879, la biographie et la correspondance de son arrièregrand-père, René-Thibault Chambault4 et une œuvre posthume, parue en 1901, la biographie de son grand-père intitulée Un Homme de cœur, Prudent-Jean Bruley5. Les sources principales de ses publications semblent avoir toujours été les papiers de famille, notamment ceux gardés par le grand-père. À ce sujet, il faut citer Le général Chabert et Napoléon 1er d'après une correspondance inédite6 et enfin Les Antilles pendant la Révolution française d'après la correspondance inédite de César Dominique Duny. Comme il était courant à l'époque, ce dernier ouvrage parut sous deux formes différentes. Il fut d'abord publié à Paris dans la Revue de la Révolution 7 pendant l'année 1889 et puis, comme livre, à Vannes, chez Eugène Lafolye, l'année suivante.
2. Journal d'Indre-et-Loire, Tours, le 25 octobre 1898, page 2. 3. Généalogie de la famille Bruley, Tours, Ernest Magereau, imprimeur, 1879. 4. «Un Angevin d'autrefois, René Thibault-Chambault, échevin d'Angers et conseiller perpétuel (1744-1811)>> et « Quelques correspondants de René-Thibault Chambault» furent publiés dans la Revue de l'Anjou respectivement en 1890 et 1891. 5. Un Homme de cœur, Prudent-Jean Bruley, avocat du roi, président trésorier de France, maire de Tours, député à l'Assemblée législative de 1791, président du Conseil général d'Indre-et-Loire, 1759-1847, Angers, Germain et G. Grassin, 1901. 6. Paru d'abord dans Le Correspondant, le 10 juillet 1886, ce texte fut aussi publié à Paris, chez J. Gervais, pendant cette même année 1886. 7. Les dates précises de parution, dans les 14" et 16" volumes de la Revue de la Révolution S01)t les suivantes:« Saint-Domingue et la Révolution fran-

çaise

»

dans le numéro de janvier de l'introduction

au quatrième chapitre

(pages 66-91), dans le numéro de février du cinquième au huitième chapitre (pages 149-169), dans le numéro de mars les neuvième et dixième chapitres

(pages 255-268) « La Guadeloupe et la Révoluton française », dans le numéro
d'octobre, les premier et deuxième chapitres (pages 139-154), dans le numéro de novembre, les troisième et quatrième chapitres (pages 256-278), dans le numéro de décembre le cinquième chapitre et l'épilogue (pages 364-375). 10

Il semble que Georges Bruley dans Les Antilles pendant la Révolution française voulut mettre en relief d'une part l'amitié entre Prudent-Jean Bruley et César-Dominique Duny et, d'autre part, leurs rapports avec la Révolution en France et aux colonies. Dans la. généalogie et dans la biographie mentionnées, il cite souvent la correspondance entre les deux pour insister sur cette amitié qui les liaient depuis toujours. Ce type de rapports épistolaires semble avoir été assez habituel dans une ville comme Tours, qui entretenait des rapports importants avec les colonies, Saint-Domingue en particuliers. Ajoutons que ces liens personnels se resserrèrent à cause des grosses pertes personnelles et matérielles que les deux correspondants avaient subies aux colonies, de leurs vies précaires dans la France révolutionnaire ainsi que des rôles que tous les deux jouèrent à l'Assemblée législative et au sein du Comité colonial. Cependant, ici, Georges Bruley parle peu de Prudent-Jean alors qu'il donne une véritable biographie de l'ami de celuici. Tant d'années de correspondance, en dépit de quelques lacunes, lui permirent d'établir les détails et de mettre en relief la personnalité et les événements principaux de la vie de Duny qu'il trace depuis sa naissance et jusqu'à sa mort. Beaucoup de ces informations peuvent être constatées dans d'autres documents de l'époque. Ainsi on sait que Duny naquit le 22 juillet 1758, dans la paroisse de Saint-Hilaire9 même si on sait peu de choses de lui jusqu'à son arrivée à Saint-Domingue. C'était certainement un homme cultivé, à en juger par la bibliothèque qu'il perdit à Saint-Domingue dans l'incendie du Cap, « dans les malheureuses journées des 20, 21, 22 et 23 juin dernier », selon une déposition qu'il fit à New York en janvier 1794 et qui fait partie des documents du Fonds du Comité des Colonies aux Archives nationales. Parmi les écrivains qui y figuraient, on relevait les noms de Rousseau, Montesquieu, l'Abbé Raynal, Voltaire, Corneille, Racine, Dalembert, Cervantes, Mercier, La Fontaine, Fénelon, Cook, Molière et Marivaux. Par ailleurs, sans être un important propriétaire à Saint-Domingue, il y jouis8. Le Baron Henri-Ma~tin Auvray, « Familles tourangelles et Révolution à Saint-Domingue », Bulletin trimestriel de la Société archéologique de Touraine, XXXIV, 1966, pages 295-298. 9. Duny figure dans le Registre des Paroisses aux Archives communales de la ville de Tours. On y lit qu'il fut l'un de sept enfants de Jean-Baptiste Duny, pâtissier et de Louise Vérité.
11

sait d'une situation économique confortable, comme l'indique la liste d'autres biens, meubles et immeubles, perdus, cités dans la même déposition JO. « Ce héros obscur, comme l'appelle Bruley, participa en
effet très activement aux événements cités dans notre livre. De très nombreux autres documents, appartenant au même fonds, nous le montrent à Paris en prison, en formulant des dénonciations contre Polverel, Sonthonax et Dufay, en se défendant, comme il le fait dans une lettre adressée à Robespierre, alors membre du Comité du Salut public ou il avoue être venu volontairement des États-Unis, dans d'autres

papiers où il se décrit comme

«

ennemi des tyrans et de la

tyrannie, ennemi des faux patriotes et affirme, au moins avec un enthousiasme apparent: Vive la république française une et indivisiblell. Alors que l'information sur Duny concernant les événements de Saint-Domingue est riche, celle directement liée à ses activités à la Guadeloupe l'est beaucoup moins. Le lecteur ne doit pas douter de la véracité du texte présenté par Bruley qui s'appuie sur de très longues citations des lettres de Duny et même parfois lorsqu'il n 'y a pas de citations directes, comme dans le cas de ses rapports avec Bonaparte, alors Premier Consul. Une lettre que Duny lui adressa depuis
«

Guadeloupe, Port de la Liberté, le 19 germinal an 9 de la

République française)} sur la situation générale de l'île, corrobore l'information présentée dans le livre. Il y est dit: « Pendant que tous les éléments de destruction et de mort

envahissent l'intérieur de la France, la colonie livrée depuis 1790 a ce terrible fléau, l'éprouvait d'une manière bien plus cruelle encore... Les erreurs et les crimes qui l'ont reportée aux bords du précipice ont été sans interruption... Sera-t-il permis, Citoyen Consul, à ces infortunés d'espérer que ce 18 Brumaire qui a effacé les époques les plus brillantes de la révolution, qui a ramené les vertus, la justice de l'humanité dans le palais du gouvernement, l'espérance, la sécurité dans toutes les âmes, viendra réparer tous les maux, cicatriser
toutes les plaies dans les colonies françaisesl2. Beaucoup plus obscure reste la nomination, d'après Bruley en juin 1803, de Duny comme Consul à Curaçao. Aux
)}

10. Archives Il. Archives 12. Archives 12

nationales, nationales, nationales,

Comité des Colonies, Comité des Colonies, Col. 7a 55.

D/XXV/73. D/XXV/76.

Archives du Ministère des. Affaires étrangères, dans «Le livre des Décrets du 7 vendémiaire an 10 (20 septembre 1801) à 1808, aucun décret n'existe concernant c,ette nomination. Ajoutons que dans l'Inventaire des «Mémoires et Docu-

ments

»

des mêmes Archives, rien n'apparaît ni sous le nom

de Duny ni sous celui de Curaçao. Cependant, des recherches effectuées dans les archives de la famille Bruley de Varannes indiquent que Duny fut en effet envoyé à Curaçao où il séjourna pendant quelque temps. La lettre datée du 6 thermidor, an 11, constate sa nomination sinon en tant que consul, au moins en qualité d'agent représentant les intérêts français dans la colonie hollandaise. Ce fut le préfet colonial Lescallier qui lui communiqua cette nomination venant directement de Bonaparte, encore à l'époque Premier Consul. Enfin, un peu moins énigmatique est l'expédition, datée par Bruley en août 1815, à Porto.Rico. En effet, cette île était à l'époque riche en bétail, et même réputée dans la région pour cette richessel3. Ajoutons que la « Real Celula (Brevet du roi) d'août 1815 favorisait entre autres l'expansion de l'agriculture et du commerce rendant possible le commerce libre, en cas de besoin urgent, entre l'ancienne colonieespa. gnole et les autres Antilles étrangères et que les rapports entre celles.ci étaient assez étroitsl4. Reste à savoir si, outre l'utilisation de la correspondance de Duny, Bruley se servit d'une bibliographie sur l'époque et la région. 11 cite peu ses sources secondaires, mais il mentionne à la fin de la première partie le livre de voyage de Victor Meignan intitulé Aux Antilles, publié pour la première fois à Paris, chez Plon, en 1878. Il aime identifier ses personnages ce qui indiquerait qu'il se servit volontiers d'un oU de plusieurs dictionnaires biographiques comme, par exemple, de la Biographie universelle de Michaud où sont nommés quelques membres de sa famille mais où Duny n 'y apparaît pas. Il existait d'autre part une grande quantité de livres traitant directement de Saint-Domingue et de la GUadeloupe, dont, peut-être, celui de Moreau de Saint-Méry et du Baron de
})

13. Lidia Cruz Monclova, Historia de Puerto Rico (Siglo XIX), tome 1, 1808-1868. Rio Piedras Vniversidad de Puerto Rico, 1979, page 64. 14. Ibid., pages 78-83 et Maria Dolores Luque de Sanchez, « Con pasaporte frances en el Puerto Rico del Siglo XIX (1778-1850) ». Op. tit.: B()letin del Centro de Investigaciones Hist6ricas, Universidad de Puerto Rico, 1987-1988, pages 95-122. 13

Wimpffen, sur la première et l'histoire de Lacour, publiée en 1855, sur la deuxième!5. En tout cas, son intention est claire: faire parler Duny le plus possible à travers ses lettres. Or il est Certain que Duny parle, avec prolixité, et que, à tout instant, il donne sa propre vision, entièrement subjective, de ce qu'il dut vivre. Contrairement aux très nombreux documents portant sa signature qui se trouvent aux Archives nationales, qui eux étaient publiques, les lettres adressées à son ami Prudent-Jean appartenaient au domaine du privé. Toutefois ces deux supports coïncident à tout moment avec cette grande différence que dans la correspondance Duny se permet d'être un peu plus critique voire même plus amer, au sujet de cette révolution dont il fut tellement déçu. Georges Bruley s'imprègne de cette vision amère et reprend toutes les critiques de Duny. Les éloges qu'il fait de son héros sont aussi passionnés que ses critiques qui deviennent d'une rare violence à la fin de l'ouvrage. Et c'est là qu'on peut se demander les raisons qui poussèrent Bruley à publier ce texte à l'occasion du premier centenaire de la Révolution. Citons d'abord son intérêt pour la correspondance d'autrefois, signalé explicitement dans deux de ses autres publications. Dans Quelques correspondants de

René~Thibault Chanibault, il écrivit:
époque les lettres particulières plaçaient les journaux encore d'intérêt par leur style que naient, car on n'écrivait pas sérieux. Toute lettre était général Chabert et Napoléon

«

On sait qu'à cette
du temps, remsouvent autant qu'elles conteplus ou moins ». Dans Le propos des let-

qui, la plupart rares, offraient par les détails alors sans motif un événement!6 1er... il.écrit à

tres publiées: « Bien qu'intimes, elles présentent un véri- table intérêt historique », puis, conclut: « Puisse notre malheureuse patrie ne jamais revoir cet excès de servitude et rencontrer bientôt, dans un fetour à la monarchie tempérée, la quiétude nécessaire à son avenir et à sa grandeur!7. Der)}

15. L. E. Moreau de Saint-Méry, Description topographique, psynique, civile, politique et historique de la partie française de l'Isle de Saint. Domingue, Philadelphia, 1797. Baron de Wimpffen, Voyage à Saint-Domingue pendant les années 1788, 1789 et 1790. Paris. Chez Cocheris, 1797. A. Lacour, Histoire de la Guadeloupe, Guadeloupe, Imprimerie du Gouvernement, 1855. 16. Quelques correspondants de René-Thibault Chambault, op. cil., page 1. 17. Le général Chabèrt et Napoléon 1er, op. cit., pages 3 et 24. 14

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