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Les archives de la Shoah

364 pages
Ouvrage collectif du CDJC : Centre de documentation juive contemporaine.
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LES ARCHIVES DE LA SHOAH

@ L'Harmattan,

1998

ISBN: 2-7384-7044-0

CDJC
sous l'égide de l'Union Européenne

et du Centre Européen de Recherche et d'Action sur le Racisme et de l'Antisémitisme (CERA)

T
LES ARCHIVES DE LAS HO AH
ouvrage collectif sous la direction de Jacques Fredj

VERSION FRANÇAISE

Organisé

par le

Centre de Documentation Juive Contemporaine

L'Harmattan 5-7,rue de l'École Polytecbnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan

Inc.

55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Cet ouvrage a pu voir lejour grâce à la persévérance et la compétence de Dalit Lahav,à l'aide de Colette Guigui et Henriette Magyar, aux conseils précieux de MurielleOhnona Weizman et son travailde "rewriting"des textes en langue française.

Conception et mise en page: Cristina Barr0C4 et Sylviane Savatier
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SOMMAIRE Avant.Propos

DES ACTES

Jacques Fredl. Directeur du CDJC, France.

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Introduction
Eric de RotJIschlld. PrésIdent du MMJI. CDJC,France. Philippe Douste.Blazy. Ministre de la culture, France. . . . . . . . . . . . . . .. . .13 . . . . . . . . . . . . . . . . .15

Daniel Janlcot, Sous.Dlrecteur de l'UNESCO,France. . . . . . . . . . . . . . . . . . .20 Jean Kahn. prèsldent du CERA,France. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .24

Ecrire l'histoire de la Shoah
André Kaspl, France. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .27 serge Klarsfeld. France. . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . .. . .. . . . . . .. . . . . . . . . . . .34 saul Friedlander. Israêl . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .46 Raul Hilberg, U.S.A. .54

Tentative de bilan
Josef Serg. Henke. Allemagne. France. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .63 SChram, BelgiQue. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . .77 . . .. . .. . . . . . . . . . .. . . .. . . . . . . . . .. . . . . . . . .. . .96 MaXIme SteInberg, Klarsfeld. Laurenc.

Jacques FreelL France .105 Johannes Houwnkten Cate. Hollande .119 Lllana PIccIottDFarglon.ltllle .131 FranclsZekPiper !Auschwitz).Pologne. ... ... ... . ... ... ... .157 T1IomasKranz (Lublin. MaYdanekJ. pologne. . . .. . . . . . . .. . . . . . . . . . . . .177 EleOnOraBergman ntebllnlca), Pologne .197

perspectives de recherches
ChartesoClaudeBledermann.Arolsen 201 Cerhard Ungar. Autriche. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .215 Boj/dar EvtImov. Bulgarie. . . . .. . . . . . .. . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. .219 Ceorges WIIIemIn. CleR . . . . . . . . . . . . . .. . . . .. . . .. . . . . . . . . .. . . . . . .. .. .225 Josip KoIanovk:. Croatie.. . . . . . . .. . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. .235 /Iya Aftman. Fédération de Russie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .2S5 Carollancu. France. . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . .. . .. . . . . . . . . . . . . . . . . .. . .264 Janos takos, Hongrie. . . . . .. . . . . . . . . . . . . . .. . .. . .. . . . . . . . . . . . . . . . . .278 Luclll8 Garofalo. MIcaela PI'oCaccla. Itllle .283 AlfonSasPIIlpon/s, Lituanie .288 Jan Basta, polOgne. . . . . .. .. . . . . . . . .. . . . . .. . . .. . . .. . . . . . . . .. .292 EleOnora Bergman. Pologne. .. . . . .. .. .. .. .. . .. .. .. . .. .. .. .. . .. .. ..306 Lya Benjamin. Roumanie. . . . . . . . . .. .. . . . . .. . .. . . . . . . . .. . . . . . . .. .. .311 Milan KoIJanln. Serbie. . . . . .. . . . . . . . .. . . . . .. . .. . . . . . '. . . . . . . . . . . . . . .315 Andreas Kellerhals. Suisse .333 Urlel Cast. Suisse. . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .343
Radu

Ioanicl, USA. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .348 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .357
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Index.

ILŒ~ £œ~J]]II\Y1E~ }IDŒIL£~J]]@£lliil
VERSION FRANÇAISE

AVANT
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PROPOS
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Ces actes sont issus d'un colloque qui s'est tenu en novembre 1996, à Paris, sous l'égide du Centre de Documentation Juive Contemporaine (CDJC). Pour la première fois, les archivistes et les principaux historiens de vingt-cinq pays d'Europe se sont rencontrés pendant trois jours afin de faire le point sur l'utilisation des archives de la Shoah et cerner les perspectives de recherches. Dés 1947, trois ans seulement après la fin de la guerre, le CDJC réunissait des témoins et les historiens intéressés par l'étude du génocide. Mais, les débuts de la guerre froide mirent fin à cette tentative de coordination reprise aujourd'hui. La détermination du CDJC a pour origine une difficulté auquel tous les chercheurs travaillant sur la Shoah ont été confrontés: les archives sont, souvent lacunaires, éparses et difficilement accessibles. DES ARCHIVES LACUNAIRES

Pendant la guerre, les nazis ont procédé à des destructions volontaires et massives d'archives craignant que celles-ci soient utilisées comme preuve de leurs crimes. Ces destructions ont été efficaces puisqu'elles ont brouillé la connaissance de certains aspects de l'histoire de la Shoah et ont permis à des falsificateurs d'élaborer leurs théories négationnistes. Par ailleurs, certains événements qui se sont déroulés durant la Shoah n'ont pas amené la création de documents, soit parce qu'il s'agissait de maintenir le secret de l'information, soit parce que l'administration concernée a été défaillante. Ceci est vrai pour les bourreaux comme pour les victimes. Ainsi, les archives des organisations juives clandestines sont peu abondantes, voire inexistantes, tandis qu'il faut apprendre à interpréter les silences des archives des conseils juifs. Néanmoins, si certaines lacunes documentaires sont à déplorer, dans d'autres cas, les chercheurs sont submergés par une masse importante de pièces d'archives créée par "l'administration du génocide" .
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Comme l'a décrit Raul Hilberg dans La Destruction des Juifs d'Europe (ArthèmeFayard, 1988,pour l'édition en langue française ),
la Shoah a été gérée administrativement, le plus souvent dans un cadre juridique strictement défini. A ces millions de documents d'origine nazie viennent s'ajouter les archives générées par les différents gouvernements satellites ou collaborationnistes qui ont souvent élaboré une législation antisémite nationale, parfois concurrente à celle de l'occupant allemand. DES ARCHIVES DISPERSEES Pour un même sujet, les sources sont souvent divisées entre plusieurs pays en raison des importantes modifications de frontières et de considérables transferts de populations entrepris par les nazis. Le sort des 7000 Juifs allemands du Palatinat, du pays de Bade et de la Sarre expulsés vers la France en octobre 1940, parqués dans des camps d'internement et déportés vers Auschwitz illustrent ce propos. De plus, lors des combats pour la libération de l'Europe, les alliées se sont divisés les fonds d'archives trouvés sur leur passage, accentuant la dispersion des sources. Celles-ci ont en outre été gelées pendant de longues années par la guerre froide. DES ARCHIVES DIFFICILEMENT ACCESSIBLES De nombreux fonds d'archives n'ont pas été classés soit parce que fermés au public ils ne constituaient pas une priorité pour les archivistes, soit parce que récemment découverts ils n'ont pas encore été traités. En conséquence, peu d'inventaires complets ont été réalisés et publiés sur les archives de la Shoah d'où les difficultés des chercheurs à les identifier où ne serait-ce qu'à les localiser à travers l'Europe. L'autre question concerne la législation sur l'ouverture des archives. Force est de constater qu'elle varie beaucoup selon les pays. Après une longue période de fermeture, un vent nouveau souffle sur l'Europe et de nouvelles dispositions allant dans le sens d'une plus grande ouverture se profilent à l'horizon. En France, une nouvelle
loi est à l'étude, le CICR

- Comité
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International

de la Croix Rouge- a

ouvert ses archives et le Service International
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de Recherche ( SIR)

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Avant Propos .

d'Arolsen est pressé de le faire. Néanmoins, les archives du Vatican demeurent encore totalement fermées. Afin d'assurer une meilleure circulation de l'information et de faciliter la tâche des chercheurs, le CDJC a réuni les représentants de toute l'Europe. Cette rencontre a permis à certains intervenants, notamment à ceux en provenance des pays situés à l'Est de l'Europe, de s'exprimer pour la première fois sur les archives de la Shoah. Chacun des exposés dressait un tableau de l'état de la recherche dans son pays en présentant les collections d'archives intéressant la Shoah, ainsi que les avancées, les lacunes et les projets de recherches en cours. Ceux-ci sont fidèlement reproduits dans cet ouvrage. Ils constituent uoe somme considérable d'informations, souvent inédites. En organisant cette conférence, le CDJC a souhaité démontrer la nécessité d'une entente européenne pour mettre en valeur ce patrimoine, mais aussi afin d'en faciliter une exploitation historique. La publication de ces actes est la première contribution à la création urgente et indispensable d'un pôle européen de recherche sur la Shoah que tous les participants à cette rencontre appellent de leurs voeux.

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INTRODUCTION
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Messieurs les Ministres. Messieurs les Ambassadeurs. Monsieur le Président, Chers Amis,

Il est impressionnant de vous voir venus si nombreux assister à ce Colloque et je vous remercie de votre présence ici ce soir. Il y a presque cinquante ans, en 1947, le tout récent Centre de Documentation Juive Contemporaine décidait de faire un colloque réunissant les personnes intéressées historiquement et moralement par l'étude de la destruction des Juifs d'Europe pendant la guerre. Aujourd'hui, cinquante après, le C.DJ.C. a pensé qu'il était indispensable, dans la conjoncture actuelle d'organiser à nouveau une réunion sur le même thème. Nous étions profondément conscients de l'importance que revêtait cette initiative mais l'intérêt qu'elle a suscité a largement dépassé nos espérances et cela nous récompense amplement des efforts déployés récemment, mais aussi au cours des cinquante dernières années. Peu nombreux aujourd'hui sont ceux qui ont participé activement au travail de cette époque. Que ceux qui sont parmi nous où qui ont disparu reçoivent le témoignage de notre reconnaissance pour leurs efforts et surtout leur présence II m'est difficile de ne pas évoquer un instant la mémoire de Claude Kelman, récemment disparu et qui a été l'âme de notre centre pendant des années. Ce Colloque vient à temps, il s'inscrit dans différents contextes. Un contexte politique dû à l'évolution des pays de l'Europe de l'Est et de l'Ouest, car si certains d'entre eux s'ouvrent à la démocratie avec toutes les difficultés et les déchirements inhérents à ce type de changement, d'autres voient renaître les tentations fascistes, nationalistes comme politique de rechange aux difficultés du moment. Un contexte psychologique car les barrières qui s'étaient érigées dans le cœur, l'âme et l'esprit des survivants semblent se lever. Aujourd'hui de plus en plus de personnes ont le courage de témoigner. Un contexte historique également puisque de nouvelles sources d'ar..,,,..., w..,, "' w , w....................

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Introduction

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chives s'ouvrent, que les règles de consultations s'assouplissent avec le temps, qu'une nouvelle génération de chercheurs se passionne pour le sujet et trouve des soutiens universitaires et financiers pour approfondir ces recherches. Il s'inscrit enfin dans un contexte éducatif car au moment où notre monde déboussolé par les premiers revers de la prospérité, déboussolé par des changements économiques profonds, cherche de nouveaux repères, il n'est pas mauvais de rappeler certaines données historiques, de mettre en garde contre les évolutions politiques si dangereuses. Pendant trois jours, les débats seront ouverts, aux chercheurs, aux responsables de centres d'archives de 25 pays d'Europe ainsi qu'à de nombreux intervenants des Etats-Unis ou d'Israël. Nous souhaitons que ces débats soient fructueux et permettent de créer un véritable réseau qui dynamise la recherche sur la Shoah, accélère l'ouverture et l'exploitation de nouveaux fonds d'archives, aide à établir la vérité historique et pose les premiers jalons d'un guide des sources d'archives de la Shoah et qu'il soit enfin un instrument qui nous aide à combattre la renaissance des théories fascisantes. Ce Colloque n'aurait pas pu se réaliser sans des aides importantes venues de toute part. Celle tout d'abord de notre hôte, ce soir, Monsieur Daniel Janicot qui nous a tant soutenus en mettant ces locaux à notre disposition et qui devant le succès de la manifestation a accepté à la dernière minute de mettre à notre disposition une seconde salle. Ensuite, le Centre Européen de Recherche sur l'Antisémitisme, la Fondation du Judaïsme, le World Jewish Relief Organization sans oublier l'Union Européenne qui nous ont apporté leur soutien. Je voudrais remercier de leur soutien et de leur présence, les ambassadeurs des divers pays qui nous ont accordé leur patronage ainsi que les orateurs, Messieurs André Kaspi, Saul Friedlander, Raul Hilberg, Serge Klarsfeld d'avoir accepté de prendre la parole au cours de cette première soirée. Je tiens également à remercier par avance l'ensemble des personnes qui prendront la parole au cours de ces trois jours. C'est grâce à eux que ce colloque sera une réussite et qu'il sera, sans aucun doute, fructueux.

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INTRODUCTION
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Ministre de la Culture
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Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Monsieur le Président. Mesdames et Messieurs. Je suis bien sûr particulièrement sensible à l'honneur qui m'est fait de participer à vos travaux. Sensible, et ému aussi. Le sujet dont vous avez débattu aujourd'hui et dont vous al1ez débattre demain est, en effet, de ceux qui ne peut laisser indifférent un homme de ma génération. Une génération qui, si elle n'a pas connu la Seconde Guerre mondiale et son cortège de souffrances, en a été marquée par l'éducation qu'elle a reçue d'hommes et de femmes, eux, directement impliqués. Est-il besoin de dire que les enfants et les adolescents que nous avons été restent profondément concernés par le thème qui vous réunit, à l'initiative du Centre de Documentation Juive Contemporaine? Vous vous êtes réunis pour faire le point sur les travaux relatifs à l'historiographie de la Shoah, dans chacun des pays ici représentés. Que toute l'Europe, ou presque, soit concernée souligne évidemment l'ampleur du plan de mort systématique voulu, mis en place, exécuté par le pouvoir nazi et ses collaborateurs. Cette atteinte essentielle à l'être du peuple Juif, que le Troisième Reich voulait anéantir dans la nuit et le brouillard est donc, aussi, une blessure sur la face de notre continent. Blessure avec laquelle l'Europe doit vivre. Mais que, pour rien au monde, elle ne peut oublier.
Vous êtes ici réunis, sous les auspices de tous les pays concernés

-

au premier rang desquels l'Allemagne, notre voisine et amie, pays démocratique, qui a su, avec courage, retravailler cette page douloureuse de son histoire. Ont aussi parrainé votre rencontre les ambassadeurs de Grande-Bretagne et des Etats-Unis, pays où existent d'importantes écoles historiographiques travaillant sur le génocide qui a atteint le peuple juif. Vous avez débattu, avec ce mélange de sérénité scientifique et d'émotion poignante qui parfois submerge, au détour d'une phrase,

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Introduction

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d'une photo, d'un souvenir, celui qui lit vos travaux, des questions qui restent des sujets de recherche. Il peut sembler étonnant que l'on ne sache pas tout sur une page singulière, par sa violence et par sa barbarie, de l'histoire de notre siècle et de l'histoire de l'humanité. Pourtant, les historiens débattent encore de la date, des modalités, de l'auteur même de la décision qui allait prendre le terme, terrible d'ailleurs dans sa neutralité quasi-routinière, de "Solution Finale". J'entendais, à l'instant, toutes les questions qui sont encore posées car autant Hitler ne faisait pas mystère, quand il sentit la guerre perdue, que sa défaite se paierait de l'anéantissement du peuple juif, autant le système nazi chercha à effacer les traces de sa folie meurtrière. Nous disposons des images bouleversantes, que filmèrent les libérateurs alliés, dans les camps dont ils parvinrent à extraire quelques survivants. Les témoignages des victimes, les aveux des coupables, ont été soigneusement collationnés dès les procès de l'après-guerre, et l'ouverture d'archives encore à découvrir nous en dit, tous les jours, un peu plus sur des questions dont il est sain qu'elles restent des enjeux historiographiques. Des enjeux historiographiques, mais pas des thèmes susceptibles de remise en cause. Il est peu de choses aussi abjectes, dans nos sociétés en dérive, que ce ton docte de donneur de leçons que prennent les pseudo-historiens révisionnistes, et les responsables politiques qui partagent leur fanatisme haineux, pour dénoncer - je cite: "les vérités révélées" et les "dogmes" qui, selon eux, gouverneraient l'écriture de l'extermination du peuple juif. Ce serait bien sûr effectivement la victoire ultime des bourreaux qui voulurent que leur meurtre collectif reste caché - que de voir triompher ceux que, dans le beau livre qu'il a consacré aux Assassins de la mémoire.1 Pierre Vidal-Naquet a justement qualifié "d'Eichmann de papier". Faut-il rappeler qu'il n'y a pas de vérités révélées, qu'il n'y pas de dogmes? Il y a la vérité historique, qui ne se discute pas plus que l'on ne discute les faits scientifiquement établis. Il y a cette vérité qui n'est pas toujours belle à voir, de la mise en oeuvre d'un plan de mort par un régime fanatique, gouvernant un des pays les plus civilisés du vieux continent.

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Introdl1cilon ................................................................................................................................................................................ Cette vérité, vous avez choisi, patiemment, courageusement, douloureusement aussi, pour ceux d'entre vous qui en furent les victimes, de la mettre au jour. Reprenant le remarquable travail des pionniers de la mémoire comment ne pas citer les noms de Raul Hilberg, les interrogations d'Hannah Arendt ou, pour la France, les investigations conduites par Serge Klarsfeld et les travaux d'une école historique de réputation internationale -vous avez choisi, par votre présence à ce colloque, de compléter les recherches que vous menez dans vos pays par l'approche comparative que permettra l'exposé et la discussion sur l'état d'avancement de vos travaux. Voilà pourquoi je suis là aujourd'hui, pour vous dire combien j'attache une importance particulière à ce type de travaux scientifiques. Le Centre de Documentation Juive Contemporaine n'est-il pas le lieu idéal où pouvait se tenir un tel colloque? Il est né, sous l'Occupation, de la préoccupation de recueillir déjà, les traces de la persécution sans précédents qui frappait les Juifs en France. Il symbolise aujourd'hui, à côté, mais différent, des groupements communautaires comme de ces lieux de la mémoire savante que sont l'Université et le CNRS, un lieu original, où chacun peut et pourra avoir accès aux documents qui permettent de retracer cette page essentielle de l'histoire du peuple juif. De l'histoire du peuple juif mais aussi de l'histoire du peuple français. Comme le disait, dès juillet 1995, le président de la République française, les entreprises de l'occupant nazi bénéficièrent de la complicité de ce qui était, alors, l'Etat français. Vichy, nous disent certains, n'était pas la France. Ce n'était pas la France que nous aimons, la France des Droits de l'Homme, de l'Etat de droit, du respect de la personne humaine. Cette France là, le Général de Gaulle la portait avec lui. Elle guidait l'action de ceux qui, dans la France occupée et dans la France muselée, refusèrent de laisser s'éteindre l'espoir, et qui le payèrent, souvent, de leur vie. Alors non, Vichy n'était pas toute la France. Pourtant, guidée par un gouvernement dévoyé, par des chefs aveuglés, par des élites coupables, des fonctionnaires et des agents du gouvernement français définirent et appliquèrent une politique d'exclusion et de ségrégation. Cette politique correspondait, certes, aux vœux de l'occupant allemand. Elle n'en était pas moins la politique du gouvernement.
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Par un hasard de l'histoire, mon département ministériel occupe l'immeuble qui fut le siège entre le printemps 1941 et la Libération, de l'antenne parisienne du Commissariat Général aux Questions Juives, de sinistre mémoire. Prenant le relais d'une demande du CRIF qu'avait appuyée mon prédécesseur, Jacques Toubon, j'ai souhaité qu'une plaque vînt rappeler cette page, l'une des moins glorieuses de l'histoire publique de notre pays. C'était là, à mes yeux - non seulement en tant que ministre de la Culture, et responsable à ce titre des Archives de France, mais aussi en tant que citoyen français - un devoir de mémoire. Ce devoir de mémoire, qui se double du devoir d'absolue vigilance à l'égard des tentatives révisionnistes, qui sont une des hontes de notre époque, il est deux catégories de personnes auxquelles nous le devons plus particulièrement. A toutes les victimes, d'abord. Victimes de la barbarie, dont les souffrances inimaginables ne se peuvent racheter que de notre inébranlable volonté, par-delà tous les clivages politiques ou sociaux, de ne pas laisser s'éteindre le souvenir. A l'heure où la France rend hommage à André Malraux, pensons à cette "...dernière femme morte à Ravensbrück" qu'il évoquait, dans l'inoubliable discours par lequel il salua l'entrée au Panthéon des cendres de ce préfet de la République, Jean Moulin, devenu ce "...pauvre roi supplicié des ombres", parce qu'il avait choisi de ne pas se soumettre à une idéologie qui niait les droits de la personne humaine. Nous le devons, aussi, à la jeunesse d'aujourd'hui. Plus insidieusement que le révisionnisme, certains vont aujourd'hui lui disant que l'on parle trop de cette époque et, qu'après tout, il y eut dans l'histoire d'autres massacres... De quoi parle-t-on trop? De ces vieillards battus à mort, de ces nourrissons arrachés à leur mère pour être aussitôt gazés, de ces villages entiers dont les habitants devaient creuser leur propre fosse avant d'être exécutés à la mitrailleuse? La voit-on trop, l'image de cet enfant - quel âge avait-il, six ans, sept ans? - levant les bras devant les fusils et dont les yeux effrayés semblent lire l'horreur du sort qui l'attend? Cette image, mesdames et messieurs, me taraude. Comme me taraude - sans doute parce que je suis investi de responsabilités

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publiques - les propos que purent alors tenir un chef de gouvernement déclarant -je le cite: "...ne pas s'intéresser au sort des enfants juifs", les actes d'un haut fonctionnaire faisant exécuter par la police française, dans la zone dite "libre", les rafles demandées par l'appareil nazi. Ces images, ces propos, ces actes, comment ne pas en vivre encore aujourd'hui - à moins d'avoir la conscience pervertie par la haine antisémite et raciste les terribles résonnances? Les circonstances ont certes changé, mais sommes-nous toujours aussi certains que notre civilisation a tiré de ces pages tragiques toutes les leçons qu'elle ne peut oublier?

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De vos travaux, Mesdames et Messieurs, doit naître une coopération renforcée entre chercheurs de toutes nationalités, unis par une quête commune de vérité. Ce devoir de vérité auquel vous vous êtes attelés, vous l'accomplissez non seulement par fidélité à la mémoire de tous ceux qui nous manquerons à jamais, mais aussi pour que, demain, plus personne, dans nos pays, dans notre Europe unie, ne puisse dire qu'il ne savait pas. Permettez-moi, remercier. au nom du gouvernement français, de vous en

Notes
1-Pierre
Vidal-Naquet, Les Assassins de liJM~mofre "Un Eichmann de papier" et autres essais sur le Révisionnismê. Col. "Cahiers Libres" Paris, Ed. La Découverte, 1987.

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INTRODUCTION
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Monsieur le Président, Excellences, Mesdames, Messieurs, Dans ses entretiens avec Anna Bravo et Federico Cejera intitulés 1&
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devoir de mémoire

Primo Levi dit, à propos des notes qu'il voulait

prendre pour transmettre une trace de l'expérience inhumaine qu'il traversait alors (il était à ce moment là au laboratoire de chimie du camp de Monowitz) :"Il n y a pas eu de notes car je savais que je n'aurais pu les conserver. C'était matériellement impossible. Où les garder, dans quelle cachette? Dans une poche ?... nous n'avions rien, on changeait nos lits, nos paiIIasses sans cesse, on changeait aussi nos vêtements, il n y avait aucun moyen de rien garder sur soi. Je ne

disposais que de ma mémoire.

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Nous aussi, pour aujourd'hui et pour demain, nous ne disposons que de notre mémoire pour rendre aux victimes un hommage qui sera toujours sans commune mesure avec l'injustice sans nom de leur disparition. Nous avons aujourd'hui une conférence à plusieurs voix, et quelles voix! consacrée à l'histoire de la Shoah et à sa mémoire. Monsieur Mayor, directeur général de l'UNESCO, s'il n'avait pas été retenu par un voyage officiel, aurait aimé être là. Soyez assuré qu'il est présent en pensée parmi nous. I;acte constitutif de l'UNESCO, signé le 16 novembre 1945 à Londres a été directement et indirectement inspiré par des témoins de l'holocauste, bouleversés par son horreur profonde. Il y est rappelé: "que la grande et terrible guerre qui vient de finir a été rendue possible par le reniement de l'idéal démocratique de dignité, d'égalité et de respect de la personne humaine etpar la volonté de lui substituer, en exploitant l'ignorance et le préjugé, le dogme de l'inégalité des races et des hommes." La mémoire à l'époque coïncidait avec le souvenir et ce que l'on découvrait d'un passé immédiat paraissait énorme, si insupportable qu'il était établi que jamais l'oubli n'étendrait son linceul sur les cendres de ces victimes innocentes.
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Pourtant, à un moment où jamais les sources documentaires n'ont été si nombreuses et si accessibles, la mémoire s'éloigne et le souvenirs'estompe au point d'entendre des voix douter et des esprits s'autoriser d'une liberté de parole, d'appréciation et de jugement qui sont comme une seconde trahison à l'égard de ceux qui ont perdu la vie du seul fait qu'ils étaient de confession juive. Cette sourde rumeur qui se fait à nouveau entendre, chaque jour plus enhardie, au mépris de la Déclaration Universelle des droits de l'homme, de tous les principes qui font de chaque femme, de chaque homme l'égal de l'autre, sachez Mesdames et Messieurs que l'UNESCO les condamne et les combattra avec la plus grande détermination! Sachez, Mesdames et Messieurs, que jamais le racisme et en son sein l'antisémitisme - si spécifique et si odieux n'auront ici droit de cité! Sachez que l'UNESCO sera toujours aux côtés de ceux qui luttent pour la tolérance, le respect d'autrui, aux côtés de ceux qui font profession d'honneur de défendre la dignité de l'homme, dans sa singularité, dans son identité culturelle, religieuse et historique!

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Voilà pourquoi l'UNESCO accueille aujourd'hui cette conférence et voilà pourquoi elle soutient cette entreprise ambitieuse de sauvegarder la mémoire de la Shoah. Même si cette entreprise est complexe et difficile. En effet, ce que nous a enseigné ce demi-siècle, peut-être pourrions nous le résumer, en relation directe avec la rencontre d'aujourd'hui en disant que la mémoire, en fin de compte, est soumise à des variations liées à l'espace et liées au temps. Que signifient des variations de la mémoire dans l'espace? N'oublions pas, si nous voulons réfléchir d'un point de vue réellement universaliste à ce que peut être pour l'humanité la mémoire de la Shoah, que les différents peuples, et leurs Etats respectifs, sont très différemment situés. Je ne songe pas seulement à leur rôle, à la place qu'ils ont occupée dans l'histoire mais aussi à la manière dont chacun des pays ou des peuples concernés a fait plus ou moins la lumière sur son propre passé. De grandes différences sont perceptibles entre les pays où ces questions furent débattues, mises au jour et rendues largement publiques et les pays où ce passé fut plus ou moins censuré, nié, enfoui dans le silence. Nous ne devons pas non plus oublier que cette mémoire a varié dans le temps. Comme l'a souligné l'historienne Annette Wieviorka dans
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Introduction

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son ouvrage Déoortation et génocide. Entre la mémoire et l'oubli 2, au moment où les déportés reviennent des camps, la mémoire à partir d'avril 1945, la spécificité du sort des Juifs dans les camps n'est pas véritablement perçue. Les "déportés politiques" sont au centre de l'image que l'on se fait des camps, la mémoire juive du génocide n'est pas encore en mesure de se faire entendre. L'existence de l'Etat d'Israël fut déterminante dans la constitution de cette mémoire, et en particulier la décision du 19 août 1953 de créer à Jérusalem un fad Vashem - mot à mot - un mémorial et un nom - pour perpétuer la mémoire de la Shoah. La décision en 1959, d'enlever Adolph Eichmann et de le juger, la création la même année d'un jour de la Shoah marquent un nouveau tournant. Il y eut depuis lors, dans l'opinion israélienne comme en d'autres lieux, des débats autour de la place que cette mémoire doit occuper. "Nous devons apprendre à oublier", écrivait par exemple Yehuda Elkana dans le journal Ha'aretz du 2 mars 1988, en critiquant ce qu'il jugeait être excessif dans le culte constant d'une mémoire où il n'hésitait pas à voir la "tragique et paradoxale victoire d'Hitler". Sans doute ce jugement est-il à son tour excessif. Il est vrai qu'il est extrêmement difficile de trouver un juste équilibre entre d'une part la nécessité impérieuse de rappeler les faits, c'est-à-dire le massacre de millions de Juifs par les nazis pour le seul motif qu'ils étaient Juifs et qu'ils n'étaient pas considérés comme des êtres humains et, d'autre part, l'impossibilité pour les générations qui naissent de vivre continûment sous un ciel obscurci par les cendres. Entre le deuil paralysant et l'amnésie libératrice, nous n'avons pas de chemin tout tracé. Nous n'avons pas non plus de possibilité de les renvoyer dos à dos. nous pouvons seulement tenter de réfléchir ensemble, à mesure, à la manière de construire un chemin de la mémoire qui puisse ne pas oublier l'horreur et ne pas tuer la vie à venir. Est-il besoin de souligner, avant de laisser la parole aux historiens éminents réunis ici aujourd'hui, combien la question de la mémoire de la Shoah croise une série de registres très divers: mémoire individuelle et mémoire de l'humanité, travail historique et lutte idéologique, questions de principes et circonstances particulières... Face à l'importance et à la complexité de ces questions qui s'enchevêtrent au point de constituer en quelque sorte le noeud du

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XXème siècle, l'attitude requise a été décrite d'une phrase par le philosophe français Vladimir Jankélévitch, dans son ouvrage intitulé L'imprescriptible3: "II ne s'agit pas d'être sublime, il suffit d'être fidèle et sérieux."

Notes
1- Primo Levi, L.eûevoir de mémoire. Entretiens avec Anna Bravo et Federico Gereja, Editions Mille et une nuits, 1995. 2 - Annette Wieviorka, Déportation et flénocide. Entre la mémQlre et l'oubli. Plon, Paris, 1992. 3- Vladimir Jankélévitch, L'imorescriotible. Paris, Seuil, 1986.

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Les archives de la Shoah, ce sont des cendres, des ossements, des montagnes de lunettes et de jouets d'enfants ou des dents en or arrachées. Les archives, ce sont aussi des listes interminables de noms, de matricules que dans leur folie tatillonne, les assassins ont établi pour mesurer, dans de tragiques statistiques, le sinistre bilan de l'extermination. Les archives, ce sont également les vestiges des usines de la mort, des fours crématoires, des chambres à gaz que dans les derniers jours on a voulu raser. Non par honte, mais par crainte du châtiment. Une guerre peut être perdue. Pas d'archives, pas de Shoah. Les archives, ce sont aussi des comptes en banque, des lingots volés par les nazis, des dépôts faits par des Juifs disparus dans la tourmente, des oeuvres d'art pillées et occultées pendant 50 ans et enfin révélées. Alors que les négationnistes nient avec cynisme les archives et ne tiennent pour rien les factures du Zyklon B, les cadavres sortent des placards et voila qu'éclatent au grand jour les responsabilités, les culpabilités, les complicités. Ainsi en est-il du mythe d'une France éternelle, étrangère à une active collaboration avec les nazis. Pourquoi a toil donc fallu attendre 50 ans pour qu'avec courage et grandeur, la France, par la voix du Président Chirac, le 16 juillet 1995, arrache le voile du mensonge sur les rafles du Vel d'Hiv où des policiers français se firent les complices de la déportation vers Auschwitz d'hommes, de femmes et d'enfants juifs. Qu'un hommage soit rendu à Serge KLARSFELD qui seul a réussi par son Mémorial, inventoriant convoi après convoi, à répertorier les Juifs, français ou non français, livrés depuis la France aux fours crématoires. Et également à Claude LANZMANN qui par son film, monument de l'Histoire, sut fixer pour toujours le climat et l'atmosphère de la Shoah.
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C'est encore Serge KLARSFELD qui exhuma, il y a près de 5 ans, des archives du Ministère des Anciens Combattants, le fichier qui depuis 4 ans a fait l'objet d'une étude minutieuse par une commission d'Enquête désignée par les Pouvoirs Publics. Ce fichier que des fonctionnaires, tout en n'ignorant pas son existence, avaient soigneusement occulté pour ne pas révéler un certain passé de la France. Le révéler eût été faire un mea-culpa et dévoiler les coupables. J'ai participé aux travaux de cette Commission. Seul, j'ai préconisé qu'afin de ne plus courir les risques d'un nouvel enfouissement, ce fichier qui appartient à la mémoire nationale, devrait être placé au Mémorial Juif dans une annexe des Archives nationales, appelée "enclave" des Archives Nationales. Le Président de la République a bien voulu suivre ma recommandation. C'est un autre hommage que je lui dois pour avoir compris ce qu'avait été pour nous Juifs et tous les autres Français, l'horreur absolue de la Shoah. N'est ce pas la première fois dans l'histoire humaine qu'un peuple a été exterminé, hommes, femmes, enfants, sans l'ombre d'une utilité stratégique ou économique, par haine gratuite, en proclamant que les victimes n'appartenaient pas à l'espèce humaine. Exceptionnelle par son caractère scientifique, par sa méthodologie de destruction, la Shoah méritait le caractère d'unicité dans l'Histoire des tragédies. La décision du Chef de l'Etat, au nom de la France, a conféré une dignité nouvelle aux 75 000 Juifs français et étrangers déportés de France vers Auschwitz. Ce fichier policier devenait ainsi la pierre tombale de ces morts sans sépulture. Hommes, femmes, enfants dont aucune urne n'a recueilli les cendres. Pour conclure, insistons sur l'importance de la rencontre d'aujourd'hui. La Shoah a été la tragédie de toute l'Europe, ne l'oublions pas. La "Solution Finale" de 1942 visait tous les Juifs de notre continent, sans oublier, rappelons le, ceux d'Mrique du Nord.
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Introduction

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Mettre en commun nos Archives se trouvant en Europe, partout en Europe, sans oublier celles qui au lendemain de la guerre furent transférées aux Etats Unis, n'est ce pas mettre en commun notre commune volonté à la fois de la transmission de la mémoire, et la volonté de combattre par tous les moyens, la négation, la banalisation et éviter l'oubli? Telle est je crois la leçon des Archives.

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Le sentiment d'un historien français mérite-t-il d'être consigné? Les historiens en général, les historiens français en particulier ont mauvaise presse. Beaucoup leur reprochent de n'avoir pas étudié l'histoire de la Shoah. Plus grave encore, ils ne comprendraient pas l'importance des témoignages et des commémorations. Ils manifesteraient une coupable insensibilité. En un mot, ils aimeraient se complaire dans une histoire aseptisée sans rapports étroits avec la tragique réalité. Leur procès ne cesse pas d'être instruit. Leur condamnation est assurée. Dans le même temps, et c'est peut-être là la source des accusations, on attend tout d'eux. Ils préserveront la mémoire, assureront la transmission aux générations futures, apporteront l'éclairage indispensable. Sans emphase ni dissimulation, l'historien professionnel que je suis estime que ses collègues et lui-même ne méritent "ni cet excès d'honneur ni cette indignité". Vérité d'évidence, personne ne met en doute qu'il faille écrire l'histoire de la Shoah. Tout au contraire. Elle a, depuis des décennies, fait l'objet de recherche et des publications, y compris en France. Dès sa fondation, le Centre de Documentation Juive Contemporaine a défini ses objectifs, notamment la conservation et l'exploitation des documents qui témoignent de la persécution des Juifs. La guerre avaitelle à peine pris fin, des hommes comme Joseph Billig et Georges Wellers se sont attelés à la tâche. Léon Poliakov! a publié en 19501& Bréviaire de la haine. qui fut la première synthèse en français. Après beaucoup d'hésitations et de faux-fuyants, des études ont paru sur le régime de Vichy. Si les ouvrages de Robert Paxton ont bénéficié d'un

tel retentissement,

c'est qu'ils survenaient

au moment

où les

Français souhaitaient savoir, et qu'ils n'avaient pas encore conscience des efforts que les historiens français avaient entrepris et menés à bien. Aujourd'hui, notre vision du régime de Vichy ne ressemble plus à ce qu'elle fut il y a trente ans, voire il y a vingt ans. Serge Klarsfeld et beaucoup d'autres ont contribué au changement. L'histoire de Vichy ne se confond pas avec celle de la Shoah. Il n'empêche que, s'agissant de la condition des Juifs en France, c'est
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Ecrire l'Histoire de la Shoah

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bien en étudiant ce que furent la législation vichyste, les comportements en zone occupée et en zone dite libre, la Collaboration avec les Autorités allemandes qu'on contribue à écrire l'histoire de la Shoah. Dans les années quatre-vingts, le mouvement a pris une ampleur nouvelle. Longtemps, les étudiants n'osaient pas demander un sujet de recherche sur l'histoire des Juifs. Ils manifestaient une timidité que leurs maîtres ne décourageaient pas. La Shoah ne figurait pas parmi les axes prioritaires de la recherche universitaire. Emprunter une voie non balisée, non reconnue, c'était tomber dans la marginalité, voire entrer dans une voie sans issue. Le temps de la timidité est passé. Les étudiants expriment leurs souhaits. Les enseignants acceptent, bon gré mal gré pour les uns, avec enthousiasme pour les autres, de faire droit à la demande. En 1992, l'Université de Paris I a pris une initiative heureuse. A la demande du ministre de l'Education nationale, elle a créé un séminaire de DEA et de doctorat sur l'histoire de la Shoah. Non pas à l'écart du cursus traditionnel, mais en plein coeur d'un DEA d'histoire contemporaine des mondes étrangers et des relations internationales. L'histoire de la Shoah recevait ainsi droit de cité, sans la moindre réserve ni le moindre sous-entendu. Depuis lors, ce séminaire réunit, une fois par quinzaine, un public hétérogène: des autodidactes, des témoins, des survivants, des hommes et des femmes qui poursuivent leur initiation à l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, des étudiants de plus en plus nombreux, désireux de soutenir un mémoire de maîtrise ou de préparer une thèse de doctorat. Le séminaire rassemble un nombre croissant d'auditeurs. De novembre 1993 à mai 1995, il a été accompagné par un cycle de conférences publiques qui ont eu pour cadre soit le Grand amphithéâtre, soit l'amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne. Elles ont porté sur la place de la Shoah dans l'histoire du XXè siècle, sur la mémoire de la Shoah, sur la notion de crime contre l'humanité, sur la diffusion des connaissances, sur les "expériences" médicales, etc. L'ensemble, communications aux séminaires et conférences, a donné naissance à une publication, Les Cahiers de la Shoah, que font paraître les éditions Liana Levi. Trois cahiers ont déjà vu le jour, à raison d'un cahier par an. L'effort sera poursuivi. Il montre, s'il en était besoin, que les historiens français tâchent de rattraper leur retard sur les historiens allemands, israéliens et américains, qu'ils

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travaillent eux aussi, qu'on aurait tort de sous-estimer leur apport à la connaissance de la Shoah. Cette démarche, fortement volontariste, il faut en dégager la signification. La première des motivations répond au devoir de mémoire. Notre génération doit enchâsser les souvenirs dans un cadre historique. De ce point de vue, les commémorations sont utiles et nécessaires. Elles contribuent à faire connaître les évènements. Et à les déformer. Elles ne se confondent pas avec l'histoire. La distanciation est impérative. Tout historien est contraint de pratiquer l'ascèse. Ses sentiments, il ne les expose pas. Pourtant, il les éprouve. Jules Ferry disait que ses roses à lui poussaient en dedans. Les sentiments de l'historien ressemblent aux roses de Ferry. La motivation principale ne fait plus guère de doutes. La Shoah est un épisode central dans l'histoire des Juifs, une caractéristique fondamentale de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, un éclairage blafard et réaliste sur notre siècle. Dans le même temps, elle incite à une réflexion sur la modernité. Sous l'influence de la philosophie des Lumières, les hommes du XXè siècle ont cru que le progrès serait continu, que les civilisations marchaient, sans hésitations, vers te mieux-être matériel et intellectuel, que les principes démocratiques l'emporteraient tôt ou tard sur la tyrannie et la barbarie, que ta conscience européenne continuerait de veiller sur notre merveilleuse civilisation. Erreur! Le XXè siècle, on peut à présent le dire et l'écrire, fut marqué par les découvertes scientifiques et techniques, par ta hausse du niveau de vie dans une grande partie du monde, par le mouvement des indépendances, et par d'indicibles horreurs que nous n'avons pas fini de découvrir dans les livres et d'observer sur nos écrans de télévision. En ce sens, la Shoah a beau être une tragédie singulière qui ne souffre pas de comparaisons, elle n'en reste pas moins tristement symptomatique. Elle ne saurait laisser indifférents les peuples de l'Europe toute entière et des autres continents, puisqu'elle incite à une réflexion sur l'évolution de l'humanité. L'historien qui n'en tiendrait pas compte passerait à côté de l'essentiel et, pour dire les choses simplement, n'accomplirait pas son travail. Toutefois, une impeccable rigueur doit guider la recherche historique et présider à l'écriture. Personne ne saurait échapper à cette ardente obligation. Les faiblesses, les à-peu-près ne manquent pas
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d'être exploités par les négationnistes qui restent à l'affût. A chacun de nos pas, nous sommes guettés. Raison supplémentaire pour ne rien accepter qui puisse prêter à contestation. De ce point de vue, le vocabulaire tient une place primordiale. Il faut employer les mots qui conviennent, quand et où ils conviennent. Les dates correspondent à des chausses-trappes que nous devons éviter, surtout lorsqu'on sait le mal que fait l'anachronisme. Un autre danger nous menace. Les historiens tentent parfois de faire entendre leurs voix en recourant au sensationnel, aux effets d'annonces, à l'émotion systématique. Rien n'est plus détestable. De ce point de vue, l'ouvrage de Daniel Goldhagen 2 mérite réflexion. A supposer qu'une partie de la thèse de l'auteur soit fondée, que les Allemands aient été marqués par un antisémitisme viscéral, qu'il y ait dans leur culture un instinct qui les conduise à exterminer les Juifs, encore attendrait-on de l'auteur une démonstration sans failles, solidement étayée, qui ne laisse planer aucun doute. Ce n'est pas le cas, et la plupart des historiens allemands ou américains lui adressent des critiques sévères, tout en reconnaissant que le livre fait du bruit, attire la curiosité de beaucoup d'Allemands, suscite l'intérêt à travers le monde occidental. Mais est-ce assez pour justifier la méthode? Ce qui aujourd'hui constitue un élément positif sera demain considéré comme une irrémédiable faiblesse. L'ouvrage fondamental de Raul Hilberg 3 est d'un tout autre acabit. Moins provocant, mieux documenté, il est destiné à démontrer et à durer. Les bons ouvrages d'histoire ne font pas, à tout coup, de gros tirages. C'est un risque qui menace l'historien, et qu'il doit accepter. Pour éviter les faiblesses, le recours aux archives est indispensable. Or, il ne suffit pas d'affirmer cette vérité de base. Encore faut-il accéder aux sources utiles. Les réglementations varient d'un pays à l'autre. A l'intérieur d'un même pays, suivant la nature des documents, les dispositions réglementaires ne sont pas identiques. Nous sommes tous exposés à deux difficultés. La première tient à la découverte progressive, parfois accidentelle, d'une source qu'on ignorait jusqu'alors, sauf à reconnaître que son contenu bouleverse l'état de nos connaissances. La deuxième touche au passage du temps. Ce qui était fermé finit, un jour ou l'autre, par s'ouvrir aux chercheurs. Ce fut le cas des archives soviétiques, moins accessibles aujourd'hui qu'hier il est vrai, mais déterminantes pour comprendre l'histoire de
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notre siècle. Quoi qu'il en soit, les archives écrites constituent fondement même de la recherche historique.

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Et les témoins? Ils réclament leur participation à l'élaboration de l'histoire. Ils ont raison. N'ont-ils pas vécu les évènements, connu les lieux et les acteurs, éprouvé dans leur chair et dans leur esprit les douleurs, les souffrances et les épreuves de la mémoire? C'est là que les liens avec les historiens deviennent souvent difficiles, parfois impossibles. Les uns ont besoin des autres. L'histoire contemporaine ne saurait se passer des témoignages, ne fût-ce que pour éclairer d'exemples concrets et variés les textes et les documents en tous genres. Les témoins, eux, sont démunis sans les historiens. Ils savent beaucoup et croient savoir davantage encore. Ils ne parviennent pas toujours à mettre en perspective et se retrouvent dans la position de Fabrice deI Dongo qui a participé à la bataille de Waterloo sans en saisir l'ordonnancement général. Il faut comparer les témoignages, les encadrer et les enrichir. Aucun d'entre eux n'est sacro-saint, et tous sont utiles à condition d'être introduits dans la moulinette de l'analyse historique. Armé de ces recommandations, l'historien peut aborder les nouveaux champs de la recherche. Nouveaux, car des enquêtes et des analyses ont déjà débroussaillé le terrain. Prenons trois exemples. Les procédures pol itiques et juridiques de la Shoah ont donné naissance à des articles et à des livres, dont l'ouvrage de Raul Hilberg est sans aucun doute la plus prestigieuse illustration. S'agissant de la mémoire de la Shoah, la fort belle thèse d'Annette Wieviorka 4, Déportation et Génocide. apporte les informations et les réflexions nécessaires. Enfin, le livre de David Wyman, L'Abandon des Tuifs5, a essayé de répondre à la question: Pouvait-on sauver des Juifs? Dans ces trois domaines, il serait illusoire de penser qu'on puisse faire des découvertes spectaculaires, à moins que des sources nouvelles surgissent là où personne ne les attendait. En revanche, nous ne savons pas tout, loin de là, sur la diffusion des informations au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le débat est résumé en une double interrogation: qui savait quoi? Peu à peu, la réponse prend un tour plus précis. Elle réclame que l'on distingue entre les groupes. Les diplomates et les politiques forment un ensemble. L'opinion publique, dans la mesure où elle existe en des temps aussi troublés, est elle-même éclatée. Les milieux de la
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Ecrire J'Histoire de la Shoah ................................................................................................................................................................................
Résistance, les villes et les campagnes, voilà autant de subdivisions indispensables. Les communautés juives elles-mêmes ne sauraient être étudiées d'un seul bloc, car leurs dirigeants disposaient sans aucun doute de renseignements plus étendus que les membres ordinaires. Ce thème mérite des analyses approfondies, que conforteront les dépouillements d'archives et, si cela est possible, l'appel à témoins. L'étude anthropologique des communautés juives devrait, elle aussi, étendre notre champ d'investigation. Trop souvent, les historiens ont reconstruit la vie des Juifs dans les grandes villes. Ils n'ont pas pu, faute de sources, faire revivre les quartiers, les rues, les bâtiments, cerner les comportements et les rituels, tracer les flux et les mobilités. Somme toute, nous savons encore trop peu comment vivaient les communautés des banlieues et des petites villes, quelles étaient leurs activités économiques, leurs liens sociaux, leurs sensibilités politiques. Pour explorer ce domaine de la recherche, le repérage des sources est indispensable. Les sources publiques ne suffisent pas. Il faut découvrir et utiliser les sources privées, qu'il s'agisse de documents officiels qui touchent à des individus, de lettres, de photographies, etc. Enfin, la vie dans les camps nécessiterait des études plus vigoureuses. Certes, s'agissant des camps de la zone dite libre, Anne Grynberg 6 a mené une analyse de grande valeur. Mais sur les autres camps, sur les camps de concentration au sein du Reich et sur les camps d'extermination à l'extérieur du Reich, il y a encore beaucoup de travaux à mener avec tous les matériaux disponibles, avec toutes les coopérations internationales.
CONCLUSION

Le bilan que l'on dresse aujourd'hui est tout particulièrement utile. Il sera nécessaire de le refaire d'ici quelques années. Mais les exemples que je viens de donner, s'ils n'épuisent certainement pas le catalogue des recherches historiques, démontrent que la Shoah est entrée de plain-pied dans le domaine des investigations que les historiens français ont délimité. C'est une garantie contre l'oubli, contre les déformations et les négations. C'est, enfin et surtout, une grave et lourde responsabilité pour les historiens. Ils sont prêts à l'assumer.

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Notes
1- Léon Poliakov, Le Brél1aire de la haine. Calmann-Levy-CDJC, Paris, 1950 2 - Daniel Goldhagen, Les bour;reaux volontaires de Hitler. Les Allemands ordinaires et l'Holocauste Paris, Seuil, 1997 3 -Raul Hilberg, La destruction des Tuifs D'Europe. Fayard, Paris, 1988
4 Annette

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Wievieka,

Déportation

et génocide.

Plon, Paris, 1992

5- David Wyman, L'Abandon des Tuifs. Flammarion, Paris, 1987 6- Anne Grynberg, Les camps de la honte. La Découverte, Paris, 1991

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ECRIRE
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L'HISTOIRE

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Il y a exactement 25 ans, ayant décidé de mettre fin à l'impunité des criminels nazis responsablesde la "Solution Finale" en France,

je me suis rendu au CDJC. Ce n'était pas la première fois que j'entrais au sein du Mémorial du Martyr Juif Inconnu. En 1953, j'avais assisté à la pose de sa première pierre et 3 ans plus tard, en 1956, à l'inauguration du Mémorial. En février 1965, souhaitant rendre hommage à mon père, assassiné à Auschwitz, j'avais compulsé les archives du Centre pour tenter de suivre, en communion avec mon père, les ultimes étapes de son tragique itinéraire de Nice à Drancy, puis à Auschwitz. l'avais pu retrouver son nom dans sa chambrée et sur la liste de déportation du convoi numéro 61. Sur un autre document, j'ai pu constater que la Gestapo nous recherchait, ma mère, ma soeur et moi, mais qu'elle ignorait notre adresse. Allant plus loin et découvrant quel avait pu être le sort de mon père à Birkenau et dans la mine de Fuerstengrubbe où il avait été envoyé pour avoir frappé un kapo, j'ai décidé d'aller sur place à Auschwitz pour me rapprocher de lui et pour qu'il puisse partager avec moi quelque chose d'infiniment douloureux mais d'encore vivant. Dans la totale solitude et dans le froid glacial du mois de février 1965 à Birkenau, j'ai non seulement accompagné mon père, mais j'ai profondément ressenti que le rescapé de la Shoah que j'étais ne pouvait pas ne pas entendre l'appel des millions de victimes du Génocide et qu'il devait s'engager activement dans les grandes causes juives: la défense de Juifs persécutés, la protection de l'existence et de la sécurité de l'Etat Juif, la lutte contre l'impunité du crime nazi. En ce même jour dans les archives du Musée d'Etat d'Auschwitz, où je parvenais à retrouver le numéro de matricule de mon père, "159683" et la date de sa mort sur le registre de l'infirmerie de Monowitz, je corrigeais aussi - première démarche d'historien de la Shoah -le Calendrier élaboré par l'une des archivistes d'Auschwitz en lui démontrant, à l'aide des documents du CDJC, que le jour de l'arrivée du convoi de mon père, il n'y avait eu qu'un seul convoi parti de Drancy et non deux comme elle l'avait inscrit à tort.

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