Les baléares sous le régime franquiste

De
Publié par

Cet ouvrage comporte six études portant sur des aspects différents de l'histoire de Majorque à l'époque de la Guerre Civile d'Espagne (1936-1939) ainsi qu'à celle de la dictature du général Franco (1939-1975) : Le franquisme à Majorque : un état de la question ; L'économie majorquine de la Guerre Civile au boom touristique ; Le mouvement ouvrier majorquin face à la Guerre Civile ; Les conditions de vie à Majoque durant l'après-guerre ; Le mouvement ouvrier majorquin au temps du premier franquisme ; et L'opposition antifranquiste à Majorque.
Publié le : jeudi 1 mai 2003
Lecture(s) : 304
EAN13 : 9782296305045
Nombre de pages : 196
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

DAVID GINA

RD

LES BALÉARES
SOUS LE RÉGIME FRANQUISTE

Traduit du catalan par Antoni-Lluc Ferrer

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRffi

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALffi

(Ç)David Ginard pour le texte (Ç)Émile Témime pour la préface (Ç)Antoni-Lluc Ferrer pour la traduction française cg L'Harmattan pour l'édition

<9L'Harmattan, 2002 ISBN: 2-7475-3395-6

Ouvrage publié avec le concours de la Conselleria d'Educaci6 i Cultura del Govern de les Illes Balears

À Josep Massot i Muntaner

SOMMAIRE Préface d'Émile Témime Avant -propos Le franquisme à Majorque: de la question I. Les œuvres générales II. Les aspects culturels III. Les aspects politiques et militaires IV. Économie et société V. Conclusion Chapitre I un état
19 20 21 23 27 28 Il 17

Chapitre II -

L'économie majorquine de la Guerre
31 32 39 48 58 69 71 71 73 76 81 89 96

Civile au boom touristique I. Les années de la Deuxième République (19311936) : crise industrielle et développement touristique II. Les années de la Guerre Civile (1936-1939) : intervention économique et croissance III. Les années de l'après-guerre (1939-1951) : stagnation et famine IV. Les années-charnière (1951-1959) : reprise et reconverSIon V. Conclusion Chapitre III - Le mouvement ouvrier majorquin face à la Guerre Civile I. Les organisations ouvrières jusqu'en 1936 II. Le mythe du complot communiste III. La résistance ouvrière au soulèvement militaire de juillet 1936 IV. La répression V. Les réfugiés majorquins dans la zone républicaine VI. Conclusion
9

Chapitre IV - Les conditions de vie à Majorque durant l'après-guerre I. Autarcie, interventionnisme et chômage II. Prix et salaires III. Rationnement, consommation et marché noir IV. Santé, logement, assistance et éducation V. Conclusion Le mouvement ouvrier majorquin au temps du premier franquisme I. Le mouvement ouvrier durant le franquisme II. La fondation des Commissions Ouvrières à Majorque III. La crise économique et le mouvement ouvrier à Majorque IV. Vers la liberté syndicale V. Conclusion Chapitre VI - L'opposition antifranquiste à Majorque I. La première résistance (1939-1948) II. De la résistance à la nouvelle opposition (19481968) III. Antifranquisme et société touristique (1968-1975) IV. Les activités et les domaines d'activité V. Les organismes unitaires et les programmes politiques VI. Épilogue: la première transition vers la démocratie (1975-1977)
Conclusion Sigles utilisés Bibliographie

99 101 105 108 120 123

Chapitre V -

125 126

129 135 137 143 145 146 156 160 164 169 173 179 183 185

10

PRÉFACE
La bibliographie concernant l'histoire de la Guerre Civile et de l'Espagne franquiste est, on le sait, surabondante. Rappelons, pour mémoire, que, pour la seule période de la guerre civile, a été publiée, il y a déjà longtemps, une bibliographie en trois volumes, qui ne recouvrait, à n'en pas douter, qu'une faible partie de la littérature consacrée à cet événementtraumatisme. Avec, tout de même, une tendance à minorer la diversité des conditions locales au profit d'une histoire nationale, scandée par une chronologie connue et solidement établie : - 1931-1936 : l'expérience de la Seconde République, avec ses forces et ses faiblesses, avec, notamment, la première tentative d'une autonomie régionale, celle de la Catalogne (l'expérience basque ne débutant véritablement qu'après le début de la Guerre Civile). - Viennent ensuite les trois années de la Guerre Civile, de 1936 à 1939, qui voient l'Espagne se diviser en deux zones radicalement opposées, avec un accent particulier, mais visible dans chacune d'elles, mis sur les antagonismes politiques et le renforcement plus ou moins réussi des pouvoirs centraux (y compris dans le camp républicain).
-

Une histoire de l'Espagne franquiste entre 1939et 1975

doit évidemment tenir compte d'une évolution qui établit une coupure assez nette dans les années soixante. Reste que, dans cette longue période, le pays tout entier est soumis à un régime étroitement unificateur, et que les particularismes locaux s'effacent devant l'autorité absolue du pouvoir central, et ne peuvent se manifester que sous la forme d'une opposition larvée. - Depuis 1975, la renaissance des études historiques en Espagne, facilitée par une liberté d'expression retrouvée,

s'est traduite par l'ouverture de plus en plus large des archives publiques et privées, permettant la publication de nombreuses monographies mettant en relief la diversité des situations, la multiplicité des réactions locales et régionales, qui ne sont pas toutes, loin s'en faut, de même nature. L'historien est amené à prendre en compte cette diversité, à essayer d'en comprendre les motivations, de saisir les hommes et leurs réactions dans toute leur complexité; il faut, par la suite, remettre en question une vision par trop schématique de l'histoire espagnole dans cette période tourmentée, vision explicable par la force des affrontements idéologiques, par le maintien des clivages politiques bien au-delà de la fin du conflit. Pour ne parler que des pays de langue et de tradition catalanes, la diversité des situations est tout à fait évidente selon que l'on étudie le cas de Barcelone et des provinces limitrophes, celui du Pays Valencien ou celui des Baléares, dont les liens naturels avec la Catalogne ont parfois fait oublier l'originalité profonde. Il est donc tout à fait intéressant de suivre aujourd'hui un parcours qui nous amène, non seulement à constater cette originalité, mais parfois à souligner la différence fondamentale de comportement entre les habitants de deux régions pourtant toutes proches. C'est, à notre avis, l'intérêt majeur de cet ouvrage, qui en comporte bien d'autres; ouvrage dû à la plume d'un jeune chercheur né en 1966, à Palma de Majorque, ville où celui-ci a poursuivi ses études universitaires. En dépit de son jeune âge, David Ginard a acquis une riche expérience, lui permettant d'approfondir le domaine politique et économique, mais sans négliger pour autant l'analyse globale d'une évolution très particulière: la mutation des Baléares et, plus précisément, de Majorque. Je me contenterai ici de quelques remarques préliminaires, de quelques réflexions, parfois sous forme de questions, qui me paraissent importantes pour éclairer le récit proposé par l' auteur.
12

Ma première remarque est dictée par la nécessité de repla-

cer cette histoire dans le temps long. La « prospérité» de
l'archipel dans les années 1920 est en effet toute relative. David Ginard, maîtrisant parfaitement son sujet, fait à plusieurs reprises allusion aux conditions économiques assez difficiles des îles Baléares au XIXe siècle, et même au début du XXe. Conditions qui contrastent avec la croissance économique de la Catalogne à la même époque, la prospérité de son industrie et l'importance des investissements et du système bancaire. On a l'impression de deux mondes en opposition, l'un (la Catalogne) marqué par l'implantation forte d'un capitalisme local, et par l'essor d'entreprises employant une main-d'œuvre ouvrière nombreuse; l'autre (les Baléares), en très lente mutation, ce qui explique, au moins en partie, l'importance du phénomène migratoire (migration dirigée en particulier vers l'Algérie et l'Amérique Latine), et les rapports privilégiés entretenus avec l'Afrique du Nord. Et peutêtre aussi la naissance et la persistance d'une économie marginale, liée à la fois au maintien d'une économie rurale (le commerce des agrumes notamment) et à un négoce à la limite de la légalité, qui prend même parfois l'aspect d'une contrebande et dont les profits ne sont pas toujours négligeables. Nous vivons alors dans un monde marqué par un certain archaïsme, où le mouvement ouvrier, si important dans les villes industrielles de la Catalogne, a relativement peu d'ampleur. Monde pauvre, caractérisé par des fortes inégalités sociales, où va pouvoir s'édifier -en toute illégalité-la fortune d'un Joan March, dont la forte personnalité domine alors l'histoire de Majorque, s'imposant dès la période républicaine en dépit des attaques et des dénonciations de ses adversaires, finançant partiellement l'insurrection militaire de juillet 1936, gardant, après la victoire du franquisme, une influence considérable dans des milieux proches du pouvoir, l'édification et le maintien d'une énorme fortune nécessitant des complicités d'ordre politique, et s'appuyant d'ailleurs sur une certaine forme de clientélisme, qui n'est certes pas origi13

nale dans le monde ibérique et, tout spécialement, dans l'Espagne caciquiste du début du XXe siècle. L'histoire des Baléares n'est pas toujours en marge de l'histoire espagnole. Mais elle garde le plus souvent une tonalité particulière. Marginalité avant la guerre, marginalité dans la guerre. Comme le montre David Ginard avec le souci du détail, s'appuyant sur de nombreux documents, souvent inédits, les habitants des Baléares sont entraînés dans la spirale des violences qui accompagnent les débuts de la Guerre Civile, plus qu'ils ne les provoquent. Les excès qui vont avoir lieu, et dont on a eu assez vite connaissance au-delà des frontières par la publication de l'ouvrage de Georges Bernanos Le s Grands Cimetières sous la lune (1938)1, sont d'abord perçus plus comme une conséquence du fascisme italien dans le conflit que comme l'expression immédiate d'une répression spontanée contre les fidèles de la République ou les partisans d'une révolution sociale. La présence italienne n'a sans doute pas eu de suite (après 1939) et les prétentions mussoliniennes sur l'archipel sont restées lettre morte. Ginard ne juge pas nécessaire d'en parler longuement dans son ouvrage. Il semble pourtant utile de la rappeler, ne serait-ce que pour souligner la place très particulière des Baléares dans la Guerre Civile. Zone de combat fort brève, les îles -et surtout Majorque-, à quelques encablures de la côte catalane, sont une base stratégique essentielle pour l'aviation italienne. Un simple bras de mer sépare deux mondes en guerre, dans des conditions de vie très différentes. David Ginard jette sur cette question un regard neuf.
Le séjour singulier de la famille Bernanos à Majorque, entre 1934 et 1937, et le témoignage féroce de l'écrivain sur la guerre civile ont été présentés récemment au lecteur français (Josep Massot i Muntaner, Bernanos et la guerre d'Espagne, Paris, Salvator, 2001). David Ginard a, de façon évidente, la même rigueur méthodologique et scientifique que son aîné Josep Massot i Muntaner (Palma, 1941), universitaire, auteur de nombreuses publications et moine à l'abbaye de Montserrat, directeur du semestriel Randa, centré sur le domaine baléare, publié à Barcelone depuis 1975. 14
1

Deux mondes opposés? Peut-être. Mais cela est-il vrai après la victoire franquiste? L'unité rétablie sous la férule nationaliste s'accompagne de la condamnation de tous les particularismes, notamment des particularismes linguistiques, et cela touchera aussi bien les Baléares que la Catalogne. Mais la victoire franquiste n'a pas mis fin aux épreuves. Et l'affaiblissement économique de l'Espagne se traduit, dans tout le pays, par des privations qui touchent aussi bien la population des grandes villes que le monde rural des ouvriers agricoles ou des très petits propriétaires, qui est encore très présent dans les îles. Très vite se produit un mouvement de déplacement en direction des agglomérations urbaines, aux Baléares comme en Catalogne. Mais ce mouvement se fait, une fois encore, dans des conditions différentes. La grande industrie catalane attire, à partir des années cinquante, vers les centres industriels une population très misérable en provenance des zones latifundiaires de l'Espagne méridionale. Pour les Baléares, longtemps marquées par la faiblesse du revenu moyen, il s'agit d'une transformation radicale de l'économie, qui va faire d'une province relativement déshéritée une région « privilégiée» de l'Espagne. L'ouverture de la péninsule Ibérique au grand tourisme, à la fin des années cinquante, met fin à la période de repli, voire d'enfermement du pays. Et la vague touristique touche d'abord et prioritairement les Baléares. Première conséquence, la mise en place de moyens de transport modernes (notamment les aéroports), mai aussi d'un équipement hôtelier répondant à la demande d'une clientèle venue d'Europe, de France d'abord, mais aussi, bien vite, des pays anglo-saxons, une clientèle en quête de vacances « bon marché », mais constituant, tout de même, pour une économie déficiente, une source de revenus inespérée. Mais aussi une clientèle internationale qui vient chercher la jouissance du soleil et des plages, qui apporte avec elle une large ouverture sur le monde extérieur, qui oblige à une certaine liberté de mœurs, contrastant avec la rigueur morale 15

inspirée dans l'Espagne franquiste par un régime puritain s'appuyant sur une Église catholique dominante. La marginalité change de sens, en même temps que l'économie se transforme. Majorque, longtemps capitale d'une province très conservatrice et d'un monde rural très traditionaliste, devient le lieu de rencontre d'une société relativement libérée. Ce qui ne signifie pas nécessairement une modification du comportement électoral. Le vote conservateur reste majoritaire. Il le restera encore lors de l'après-franquisme, quand le retour à la démocratie conduira au pouvoir un gouvernement socialiste. Autre façon de se marginaliser? À vrai dire, les questions qui se posent aujourd'hui aux Baléares sont d'une tout autre nature que celles du passé. Quel avenir pour un pays, dont l'économie s'est radicalement transformée et dépend désormais en très grande partie du tourisme? Quelle place cette Région Autonome va-t-elle prendre dans une Espagne démocratique et libérale qui se tourne plus que jamais vers l'Europe? Et quels rapports va-telle établir avec la Catalogne voisine, qui s'affirme comme une véritable puissance et l'une des composantes les plus dynamiques de l'Arc méditerranéen, entraînant avec elle ses voisins moins entreprenants? Ce n'est pas seulement à l'égard de Madrid, mais aussi à l'égard de Barcelone que Majorque a montré sa différence, dans le passé comme dans le présent. Peut-elle et désire-t-elle actuellement maintenir ce particularisme? L'ouvrage de David Ginard ne répond pas à ces questions, mais il nous contraint à les poser. Émile TÉMIME

16

AVANT-PROPOS

Je réunis dans ce volume six études portant sur des aspects différents de l'histoire de Majorque à l'époque de la Guerre Civile d'Espagne (1936-1939) ainsi qu'à celle de la dictature du général Franco (1939-1975). Cet ensemble de travaux vise à proposer au lecteur de langue française une vision synthétique de mes recherches sur la période franquiste à Majorque -et, plus largement, à toutes les Baléares. On a insisté particulièrement sur les questions socio-économiques des années quarante et cinquante et sur la résistance au régime dictatorial. C'est la raison pour laquelle j'ai retenu ces six études dont la plupart sont déjà connues dans leurs versions catalanes, publiées entre 1994 et 1999. J'en ai profité cependant pour les actualiser, tout en les remaniant pour tenir compte du caractère de vulgarisation de la présente édition. C'est ainsi que j'ai supprimé la quasi totalité des documents complémentaires, que j'ai réduit le plus possible les notes en bas de page et les références aux sources originales -en cas de besoin, elles pourront être consultées dans les travaux originaux- et que je me suis efforcé d'ajouter quelques petites précisions ou explications concernant le cadre général espagnol et baléare, ce qui n'était point nécessaire dans l'édition catalane. J'ai incorporé par ailleurs à la fin de l'ouvrage une bibliographie qui inclut des titres du domaine espagnol qui m'ont semblé fondamentaux pour l'analyse de certaines questions abordées dans ce volume. Il s'agit en somme d'une version presque identique à celle qui vient d'être publiée en langue allemande par les éditions Tranvla de Berlin. Comme je crois l'avoir déjà signalé, ce travail ne prétend pas offrir une vue complète de la période franquiste à Majorque. Certains lecteurs regretteront de ne pas y trouver,
17

par exemple, des apports concernant la politique institutionnelle ou une approche plus approfondie de la dernière étape de la dictature. Mais cela s'explique aisément par l'absence à l'heure actuelle d'un nombre suffisant d'études monographiques ambitieuses sur ces sujets, ce qui rend impossible la présentation d'une synthèse. Compte tenu des difficultés inhérentes à l'élaboration d'un livre unitaire qui porterait de façon équilibrée sur toute la période retenue, il m'a semblé plus judicieux de m'en tenir à une synthèse de mes propres recherches, centrées à ce jour sur le mouvement ouvrier, la résistance politique, l'économie et la société d'après-guerre. J'espère pouvoir proposer au lecteur français, dans un avenir pas trop lointain, des apports sur d'autres sujets jusqu'à présent presque inédits, tels que l'évolution de la Falange Espanola y de las Juntas de Ofensiva Nacional Sindicalista -la FET y de las JONS-, le parti unique sur lequel s'est appuyé le régime franquiste, ou la société insulaire du boom touristique. Je voudrais remercier enfin tous ceux qui ont rendu possible cet ouvrage. Tout d'abord Antoni- Lluc Ferrer, par l'enthousiasme et la générosité avec lesquels il a su encourager ce projet. Je remercie aussi les éditions Documenta Balear de Palma et les Publications de l'Abbaye de Montserrat de Barcelone, chez qui ont été publiés la plupart de ces travaux et qui ont autorisé l'édition de nouvelles versions. Très particulièrement, je suis reconnaissant à ma femme Xisca et à ma fille Mercè, qui ont partagé avec moi les joies et les soucis que comporte inévitablement tout travail de recherche historique. Palma (Majorque), 22 décembre 2001.

18

Chapitre I LE FRANQUISME À MAJORQUE: UN ÉTAT DE LA QUESTION2 L'étude faite sur des critères strictement scientifiques de la période allant de la défaite de l'armée républicaine lors de la Guerre Civile espagnole (1936-1939) à la mort du général Franco (1975) est probablement l'une des principales questions en suspens de l'historiographie majorquine concernant la période contemporaine3. Le franquisme a donné lieu à Majorque à une bibliographie fort réduite, d'une qualité inégale et centrée, surtout, sur des aspects très concrets (pas toujours les plus significatifs) de cette longue étape. Aussi, les lacunes historiques sont certainement immenses. Ce qui attire l'attention, par exemple, c'est le manque d'études sur des points aussi importants que l'évolution de la Phalange Espagnole Traditionaliste et des JONS ou Movimiento Nacional -le parti officiel du régime, fondé en 1937 -, la dynamique des principales institutions publiques insulaires ou les aspects sociaux du développement touristique des années soixante et soixante-dix. Par ailleurs, les chercheurs qui, ces dernières années, ont essayé d'étudier ces sujets se sont heurtés, en
2

Une première version de ce travail a été publiée en 1995 par le mensuel barcelonais Serra d'Or. 3 Ce qui est loin d'être le cas si l'on se réfère à la période de 1936-1939. Selon l'étude bibliographique élaborée en 1986 par A. Girona Albuixech et alii, « Estado actual de la bibliograffa territorial sobre la guerra civil », pp. 401-452, les Baléares n'étaient dépassées que par les provinces de Barcelone et de Madrid, pour ce qui est du nombre de publications portant sur la guerre civile. R. Moreno Fontseret et alii, El jranquismo. Visiones y balances, fournit une bonne analyse de l'état de la question sur la période franquiste dans l'ensemble de l'Espagne. 19

général, à d'importants problèmes liés à la difficulté ardue d'accéder aux sources, bien qu'on ait beaucoup progressé dans certains domaines, tels que la récupération des témoignages oraux, le catalogage de l'information contenue dans la presse quotidienne ou l'accès à une riche documentation en provenance des archives privées et publiques inaccessibles jusqu'à un passé récent. Vingt-cinq ans après la fin de la dictature, s'il ne nous est donc toujours pas possible d'offrir une analyse des axes de recherche ou des débats historiographies autour du franquisme à Majorque, on peut proposer un simple et rapide survol de la rare littérature historique qui s'y est intéressée. I. - Les œuvres générales Il va de soi qu'à l'heure actuelle, il n'existe aucune synthèse scientifique et objective sur la période franquiste à Majorque. Pour cette raison, jusqu'à il n'y a pas si longtemps, les histoires générales traitant de l'île de Majorque ont ordinairement omis cette période ou ont apporté des données très générales qui parfois peuvent paraître insuffisamment étayées4. La consultation de certaines de ces œuvres, comme le second et le troisième volume de la Historia de Mallorca publiée par les éditions Moll de Palma, est cependant utile. La Historia de les Illes Balears de Miquel Àngel Casanovas ainsi que l'article Majorque, paru dans la Gran Enciclopèdia de Mallorca, qui présente des études - fondées souvent sur une information inédite - traitant de la politique officielle, l'évolution économique et l'opposition antifranquiste, études signées par différents spécialistes5, constitue aussi un bon
4

Par exemple, Cien anos de la Historia de Baleares, pp. 39-40 et P. Xa-

mena, Historia de Mallorca, p. 345. 5 Gran Enciclopèdia de Mallorca, vol. IX, pp. 206-237. Cet ouvrage encyclopédique contient par ailleurs des biographies fort intéressantes sur des personnages représentatifs, ainsi que des articles génériques offrant des matériaux inédits. On consultera aussi avec profit le dictionnaire biographique coordonné par M.I. Martinez de Sas et P. Pagès, l'histoire 20

résumé. Sont également fort utiles les premiers chapitres de la série journalistique Memoria Viva. Mallorca des de la mort de Franco fins avui, coordonnée par Miquel Payeras et publiée sous forme de fascicules parus dans les quotidiens de Palma Ultima Hora et Baleares. Bien qu'offrant une orientation fort différente, on consultera aussi avec profit la série de données recueillies par Josep Mascaro Pasarius dans son Historia de Mallorca (dècades de la post-guerra). Signalons enfin la publication récente de l'ouvrage coordonné par Sebastià Serra i Busquets, El segle XX a les Illes Balears. Estudis i cronologia, où l'on trouvera des travaux spécifiques consacrés aux périodes 1939-1960 et 1960-1983. Il faut aussi tenir compte des numéros monographiques consacrés au franquisme aux Baléares ainsi qu'au vingt-cinquième anniversaire de la publication du livre Els Mallorquins de Josep Melià, parus dans des revues culturelles comme Lluc et El Mirall, avec des articles économiques, géographiques, écologiques, culturels, religieux, sociaux et politiques6. Les différentes histoires locales qui trouvent leur source dans les villages de Majorque n'offrent généralement aucune information à ce sujet. II.

-

Les aspects culturels

La répression culturelle et linguistique des années quarante est peut-être l'un des aspects les plus connus de la période franquiste à Majorque, essentiellement grâce aux redu mouvement ouvrier coordonnée par ce dernier et, enfin, l'ouvrage en 12 vols. dirigé par B. de Riquer. 6 Cf. les mensuels de Palma Lluc n° 669 (avril 1977) et El Mirall n° 58 (nov.-déc. 1992). L'avocat, écrivain et homme politique Josep Melià (1939-2000) s'est fortement signalé à la fin du franquisme à Majorque. En 1967, son livre Els Mallorquins a constitué la première tentative d'essai sur l'histoire et l'identité du peuple majorquin et a été fortement revendiqué par les secteurs autonomistes insulaires. Par ailleurs, Lluc a consacré des dossiers à l'année 1968 (n° 783, nov.-déc. 1944) et à la Seconde Guerre Mondiale (n° 786, mai-juin 1995).
21

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.