Les Chantiers de la Jeunesse et la revitalisation physique et morale de la jeunesse française (1940-1944)

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Lorsqu'en juillet 1940 naissent les Chantiers de la Jeunesse, ceux-ci doivent répondre à l'enjeu éducatif majeur du gouvernement de Vichy: la revitalisation de la jeunesse française. S'influençant d'une multitude de pratiques pédagogiques, les Chantiers de la Jeunesse propagent toute la thématique de la Révolution Nationale. Quelles ont alors été les caractéristiques idéologiques et éducatives des Chantiers? Comment s'est matérialisée concrètement cette revitalisation physique et morale?
Publié le : dimanche 1 avril 2007
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EAN13 : 9782336262055
Nombre de pages : 270
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LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE ET LA REVITALISATION PHYSIQUE ET MORALE DE LA JEUNESSE FRANÇAISE (1940-1944)

© L'HARMATTAN, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-02578-3 EAN : 9782296025783

Christophe PECOUT

LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE ET LA REVITALISATION PHYSIQUE ET MORALE DE LA JEUNESSE FRANÇAISE (1940-1944)

L'Harmattan

INTRODUCTION

L’intérêt du gouvernement de Vichy pour le contrôle et la formation physique et morale de la jeunesse française n’est pas une nouveauté en soi, car les premières actions en faveur de celle-ci, définie en tant que nouvelle catégorie sociale, apparaissent dès la fin du XIXe siècle. Les premiers à s’y intéresser sont les patronages catholiques. En effet, le processus de laïcisation de l'enseignement diminue le monopole et l’emprise de l’Église sur la formation de la jeunesse. Se tournant en priorité vers une jeunesse ouvrière au sort peu enviable1, le rôle des patronages se veut multiple : consolider les convictions religieuses par l'intermédiaire de cours de religion, fortifier le patriotisme par l'exaltation de l'héroïsme militaire, socialiser en multipliant les rapprochements sociaux et éduquer par un accès à la culture. C'est dans ce contexte d’affrontements politiques et de tensions sociales que l'on assiste, pour la première fois, à l’utilisation idéologique des pratiques physiques. En effet, si l’obligation scolaire permet de diffuser, auprès de millions d’élèves, le discours républicain d’unification et de construction nationale, l’obligation scolaire de la gymnastique répond, quant à elle, aux sentiments nationalistes et patriotiques d'une République exaltant la reconquête de l'Alsace et la Lorraine. L’introduction de la gymnastique militaire à l’école primaire en 1880, basée sur une pédagogie disciplinaire, d'ordre et de silence, intervient comme propédeutique au service militaire et illustre cette militarisation des corps2. Cette première

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De cette volonté d’apporter un bien-être matériel à la classe ouvrière naîtra le courant du catholicisme social. Doctrine démocratique visant à rendre meilleur le régime libéral conformément aux enseignements de l’Église, ce projet global de société souhaite résoudre la question sociale, issue de l’industrialisation, et améliorer le sort des classes laborieuses. Plusieurs personnalités militeront pour cette prise en compte de la pauvreté urbaine dont Frédéric Ozanam (1813-1853) qui fondera la société Saint-Vincent de Paul en 1832. Le courant du catholicisme social se développera et inspirera une nouvelle génération d’hommes dont les plus connus seront Albert de Mun (1841-1914) et René de la Tour du Pin Chambly (1834-1924). Ces deux officiers créeront les cercles ouvriers catholiques dont la doctrine sociale chrétienne condamnera le libéralisme, le socialisme et la lutte des classes. 2 Symbole de cette militarisation de la jeunesse, la création en 1882, par le ministère de la Guerre, des bataillons scolaires, véritable école du soldat sans arme. Sur cette question

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utilisation idéologique de l’exercice physique par les républicains amorce ainsi un processus qui s’accroît en même temps que se développe la pratique sportive. Une nouvelle fois, ce sont les organisations catholiques qui les premières entrevoient dans la pratique sportive un puissant levier d’intervention idéologique sur la jeunesse. Par ce moyen, les catholiques cherchent à tenir les jeunes à l’écart d’influences jugées malsaines et dangereuses afin d’en faire une nouvelle jeunesse, respectueuse de préceptes moraux. Le sport devient, par conséquent, un argument culturel de séduction et de propagande dans le recrutement des jeunes. Sans compter que par l’intermédiaire du sport et des activités physiques, l’Église rivalise et se dresse contre les deux grands organismes sportifs républicains : l’Union des Sociétés de Gymnastique de France1 (USGF) et l’Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques2 (USFSA). La constitution, en 1903, de la Fédération gymnique et sportive des patronages de France contribue à l’explosion de ses effectifs3 et par la même occasion engendre un processus de reconquête plus général visant en premier lieu le travail et l’école. Mais, cette mainmise du monde catholique sur la jeunesse ouvrière suscite une vive réaction du mouvement ouvrier. C’est pour contrecarrer l’influence de l’Église et pour tenter de récupérer ses jeunes, que se mettent en place, au sein des usines, des associations sportives gérées par les ouvriers eux-mêmes. Un mouvement sportif ouvrier alors apparaît et s’institutionnalise par la
se reporter à l’ouvrage de Bourzac, Albert, Les bataillons scolaires. L’éducation militaire à l’école de la République, Paris, L’Harmattan, 2004. 1 Fondée en 1873 et structurée sur le modèle des sociétés de gymnastique prussiennes, l'USGF, à la devise "Patrie, Courage, Moralité", entreprend la préparation militaire et physique de la jeunesse, en vue d'une revanche contre la Prusse. 2 L’USFSA est fondée en 1889 par Georges de Saint-Clair (1845-1910). Elle milite pour la formation d'une élite et s'inscrit dans une vision libérale et compétitive influencée par le modèle anglais. En ce sens, le sport représente un moyen de préparation à une nouvelle expansion commerciale et coloniale. Organe de contrôle du sport amateur, l’USFSA disparaît en 1920, suite à son éclatement en fédérations indépendantes. 3 En 1903, le mouvement des patronages regroupe deux cents associations et 10 000 adhérents. Dix ans plus tard, la fédération totalise 130 000 adhérents répartis dans 1 500 associations.

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création de la première Fédération Sportive et Athlétique Socialiste en 1908. Rebaptisée Fédération Sportive du Travail en mai 1914, celle-ci agit avant tout comme un service de recrutement et de propagande pour le Parti. Le sport devient désormais, à l’aube du XXe siècle, un nouveau terrain où s’affrontent enjeux idéologiques, politiques et culturels. Ces formes d’interventions sur la jeunesse ne cessent de s’accroître durant l’entre deux guerres. Ainsi, on note que par l'intermédiaire de nouveaux mouvements, l'action éducative des catholiques se propage et se diversifie auprès de nouveaux publics. En parallèle, les partis politiques tentent d’organiser leurs propres mouvements afin de contrer le monopole confessionnel. L’explosion des effectifs du scoutisme marque l’arrivée d’organisations à dominante éducative vantant le plein air et l'éducation physique, mouvements auxquels s’affilie la Ligue française des auberges de jeunesse de Marc Sangnier. L’arrivée du Front Populaire au pouvoir et sa politique en faveur des pratiques physiques impulsent ces mouvements. Il est vrai que Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État aux Sports et aux Loisirs dans le gouvernement Blum, admire la jeunesse, cette "réserve d’or des nations"1. Cet engouement témoigne de l'importance du mythe de la jeunesse comme moteur du changement social, en atteste l’explosion des fêtes de jeunesse. La jeunesse, c'est l’avenir, la France de demain. De cet imaginaire juvénile découle toute une série de mesures visant à l’unir, la moraliser et la revitaliser pour surpasser ses devancières. Le renouveau de la race française passe désormais par son assainissement physique et moral d'où l'importance donnée à l'éducation corporelle, aux loisirs, au sport de masse et à l’éducation physique scolaire. Ainsi, à la veille de la guerre, tous ces mouvements, comme l’analyse Aline Coutrot2, sont pour la plupart en pleine croissance numérique et sont implantés sur tout le territoire. Cependant, l'entrée en guerre et ses conséquences en juin 1940,
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Dereymez, Jean-William et Berthet, Régine, « Front Populaire, Vichy : deux politiques de la jeunesse et des sports ? », Jeux et Sports dans l’Histoire, Éditions du CTHS, Tome1, 1992. 2 Coutrot, Aline, « Les mouvements de jeunesse : approche générale », Les Cahiers de l’animation : Éducation populaire, jeunesse dans la France de Vichy, n° 49-50, Paris, Institut National d’Éducation Populaire, 1985, p. 21-32.

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une défaite traumatisante, un pays occupé et la création d'un nouveau gouvernement, changent radicalement le visage de la France. Alors, qu’en est-il en ce qui concerne le fait juvénile, éducatif et sportif ? Comment ce nouveau régime autoritaire et réactionnaire entend-il s'occuper de la jeunesse ? Assiste-t-on à une rupture culturelle et éducative ? Quel rôle va occuper la jeunesse au sein de la Révolution Nationale ? Comment Vichy envisage-t-il l’éducation de la jeunesse ? Ce travail vise donc à présenter la politique juvénile du gouvernement de Vichy mais plus encore à comprendre ses intentions et ses concrétisations éducatives à travers l'étude du mouvement emblématique des Chantiers de la Jeunesse. Ce sujet renvoyant aux thématiques de l'éducation, du sport et des pratiques physiques s'insère dans une histoire culturelle de Vichy. Histoire globalisante, embrassant le politique, le social et l’économique, l’histoire culturelle par l’étude des processus de diffusion, de réception et de création ouvre de nouvelles problématiques permettant de renouveler et d’affiner le champ de la recherche sur cette période. Relativement récents, les travaux sur cette vie culturelle de/sous Vichy1 démontrent deux phénomènes essentiels. Le premier note que la production comme la consommation culturelle a, paradoxalement, connu durant ces quatre années une progression notable. Quant au second, il souligne les ambivalences dans les attentes de ces pratiques culturelles, puisque l’on oscille entre une culture "refuge", une culture "prise de conscience" et une culture "de revanche". Qu’en est-il en ce qui concerne les pratiques physiques et sportives ? Les travaux pionniers2 de Jean-Louis Gay-Lescot, venant combler un vide sur cette période longtemps éclipsée des ouvrages et des études, révèlent deux choses. À travers son analyse de l’idéologie sportive de Vichy et des réalisations du commissariat général à l’éducation générale et aux sports, il démontre, dans un premier temps, la continuité de la politique éducative et sportive menée par Vichy avec celle du Front
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L’ouvrage sous la direction de Rioux, Jean-Pierre, La vie culturelle sous Vichy, Bruxelles-Paris, Éditions Complexe, 1990, offre une synthèse de ces pratiques culturelles des Français. 2 Travaux rassemblés dans le désormais classique, Sport et Éducation sous Vichy (1940/1944), Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1991.

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Populaire, pourtant stigmatisée. Enfin, dans un second temps, l’auteur montre que la valorisation des pratiques physiques et sportives intervient dans la formation d’une jeunesse nouvelle, sportive, virile, rompue aux idéaux de la Révolution Nationale. La mise sur pied, le 29 mars 2000, par la ministre de la Jeunesse et des Sports, Marie-Georges Buffet, d’une commission1 d’historiens et de chercheurs chargée d’expertiser le sport sous Vichy, prouve ce nouvel intérêt pour cet objet d’étude. Cette commission vient compléter les travaux de Gay-Lescot en analysant l’autre versant de la question, c'est-à-dire le sport sous Vichy. Quel impact a eu cette politique sportive dans le quotidien des Français ? Comment les populations ont-elles accueilli le projet sportif de la Révolution Nationale ? Quelles ont été les pratiques sportives des Français sous l’occupation ? L’occupant a-t-il infléchi de manière déterminante la politique sportive ? Existe-t-il une spécificité dans la politique sportive de Vichy ? C’est à toutes ces questions qu’a tenté de répondre le rapport de la commission remis au ministre en mars 2002. Conclusions renouvelées lors du colloque2 de novembre 2000, organisé par le Centre de Recherche et d’Innovation sur le Sport (CRIS), sur le thème du sport et des Français pendant l’occupation. Tous ces travaux indiquent que le sport n'échappe pas à ce processus de consommation culturelle puisque la pratique sportive connaît un succès quantitatif par l'augmentation significative du nombre de clubs et de licenciés. Toutefois, le succès de la pratique sportive répond essentiellement à un souci d'évasion et de distraction au sein d’un quotidien difficile et incertain plutôt qu’à des raisons purement idéologiques. En effet, si le sport demeure une activité culturelle relativement pratiquée, c’est bien parce
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Cette commission, présidée par Jean-Pierre Azéma, Professeur à l’Institut d’études politiques de Paris, comprenait : Éric Alary (Centre d’histoire de l’Europe au XXe siècle), Marianne Amar (IEP de Paris), Jean-Pierre Bertin-Maghit (Université de Bordeaux III), Jean-Paul Callède (CNRS), Françoise Denoyelle (ENS), Jean Durry (Musée national du sport de Paris), Jean-Louis Gay-Lescot (Université de Bordeaux II), Pierre Giolitto (inspecteur général de l’Éducation nationale), Marianne Lassus (Université de Pau) et Bernard Prêtet (Université de Paris X). 2 Arnaud, Pierre, Terret, Thierry, Saint Martin, Jean-Philippe et Gros, Pierre, Le sport et les Français pendant l’Occupation : 1940-1944, Paris, l’Harmattan, 2 Tomes, 2002.

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que les Français y voient un moyen de poursuivre leur vie d’avant guerre, vie éloignée de toutes préoccupations politiques liées à la Révolution Nationale. Toujours est-il que Vichy, par l’intermédiaire de cette diffusion du sport et des pratiques physiques dans toute la société française, agit comme un accélérateur du processus de massification sportive mais également comme un intégrateur de l’éducation physique à l’école en légitimant définitivement sa place au sein des programmes scolaires. Car la sportivisation de la population répond à un enjeu éducatif majeur qui ambitionne de régénérer la race française par l'intermédiaire de la revitalisation physique et morale de la jeunesse. L'organisation des Chantiers de la Jeunesse s'inscrit pleinement dans ce processus éducatif et symbolise cette intervention étatique en faveur de la formation physique et morale des jeunes Français. Appréhender, aujourd’hui, l’histoire des Chantiers de la Jeunesse c’est d’abord aborder un objet d’étude depuis longtemps analysé puisque le premier travail sur le sujet remonte à 1950. Ce qui veut dire que le nombre d'ouvrages concernant directement ou indirectement les Chantiers de la Jeunesse représente une quantité assez conséquente1. Au sein de cette masse, nous trouvons deux grands types de littérature, les ouvrages traitant spécifiquement du thème des Chantiers de la Jeunesse et les ouvrages qui, analysant une thématique plus large comme celle de la jeunesse, de la Résistance ou de la Révolution Nationale, abordent les Chantiers de la Jeunesse. L’abondance des ouvrages, de qualités très inégales, dénote donc l’intérêt porté à cet objet d’étude. D’autre part, étudier les Chantiers de la Jeunesse, c’est se confronter à deux thèses complètement contradictoires, la première prétendant qu'ils sont une armée secrète alors que la seconde affirme, au contraire, qu'ils sont un outil d'encadrement au service de Vichy. Alors, les Chantiers de la Jeunesse, foyer de la Révolution Nationale ou bien foyer de la Résistance ? Car c'est bien cette question qui fait débat et qui déclenche de vives controverses entre les partisans de l'une et l'autre
La bibliographie présente dans l'ouvrage L'histoire des Chantiers racontée par les témoins recensait en 1992 près de cent cinquante livres, postérieurs à la période de Vichy, abordant de près ou de loin le sujet des Chantiers. Aujourd'hui, ce chiffre tendrait vers les deux cents ouvrages.
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thèse. En ce sens, pour les uns, cette organisation, emblématique du gouvernement de Vichy, symbolise à elle seule la Révolution Nationale, tandis que pour les autres, les Chantiers de la Jeunesse symbolisent cette France unie, combattante et résistante à l'occupant allemand. Il nous semble donc nécessaire de se pencher, au préalable, sur ce qui fonde et argumente ce dualisme. La thèse de l’armée secrète naît dans le contexte bien particulier de l’après-guerre, c’est à dire dans une société française qui exalte la figure du résistant et véhicule le mythe d’une France fraternelle et combattante1. Dans cette logique, les auteurs valorisent les faits de résistance officiellement reconnus comme le rôle actif du responsable des Chantiers d’Afrique du Nord, Adolphe Van Hecke, dans le débarquement anglo-américain de novembre 1942 ou l’engagement de chefs dans les maquis de résistance. Le premier ouvrage traitant spécifiquement des Chantiers de la Jeunesse est l’œuvre, non pas d'un historien, mais d’un acteur des Chantiers : Jean Delage. Son ouvrage édité en 1950, Grandeurs et servitudes des Chantiers de la Jeunesse, porte un regard très complaisant et bienveillant sur les Chantiers. Insistant principalement sur les actes de résistance du personnel, son discours sous-entend que les Chantiers de la Jeunesse étaient, en réalité, une armée secrète créée par Pétain en accord avec l’état-major de l’armée, en vue de reprendre les combats le moment venu. Le commissaire général, fidèle et ami du Maréchal, aurait alors tout mis en œuvre pour former physiquement et moralement des futurs soldats. Cette thèse de l'armée secrète se trouve renforcée par les conclusions de Robert Aron qui, dans son Histoire de Vichy, écrit à propos des Chantiers : « L’objectif réel du général de la Porte du Theil est, en plein accord avec l’état-major de l’armée, de
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Cette lecture résistancialiste des Chantiers s’inscrit parfaitement dans la logique d’exaltation de la France combattante, menée par le général De Gaulle. Ce même De Gaulle, en 1954, légitimera cette thèse résistancialiste en écrivant dans ses Mémoires de guerre : « Parmi les moniteurs des Chantiers de la Jeunesse, qui comptaient nombre d’anciens militaires, beaucoup s’entraînaient et entraînaient les autres en vue de prendre les armes. Dans ce qui restait d’unités constituées, presque tous les officiers, les gradés, les soldats, ne cachaient pas leur espérance de retourner au combat.» De Gaulle, Charles, Mémoires de guerre. L’appel : 1940-1942, Paris, Plon, p. 229.

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maintenir le recrutement en zone Sud, de camoufler des réservistes dans une association des anciens des Chantiers. Ainsi le jour d’une reprise des hostilités, le commandement disposera d’une masse d’hommes encadrés, disciplinés, pourvus de moyens de transport, de vivres et d’armes cachées dans des dépôts clandestins.» Les partisans de cette thèse, qui perdure encore aujourd'hui1, en arrivent donc à la conclusion que les Chantiers de la Jeunesse, par leur participation à la libération du pays, étaient bien une armée secrète. Ce qui revient à généraliser à l’ensemble de l’organisation des Chantiers de la Jeunesse, les actes individuels d’hommes appartenant ou ayant appartenus aux Chantiers. Et d’écrire après coup l’histoire des Chantiers de la Jeunesse en affirmant la participation totale de son personnel dans la résistance organisée. Cette histoire des Chantiers de la Jeunesse se construit donc autour du discours et de l’imaginaire résistancialiste. Or, une remise en cause de cette histoire officielle des Chantiers s’avère primordiale pour une raison simple. Cette analyse des Chantiers de la Jeunesse se fonde sur l’hypothèse historique désormais réfutée du double jeu du maréchal Pétain2. Ainsi, dans cette logique historique de Vichy, les Chantiers de la Jeunesse, créés au lendemain de la défaite de juin 1940, auraient répondu à deux objectifs purement militaires. Le premier consiste à remplacer le service militaire, interdit par les Allemands, par un service civil obligatoire permettant de regrouper des milliers d’hommes, le second à préparer physiquement et moralement ces jeunes pour les futurs combats à venir. Malheureusement pour les tenants
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Les ouvrages les plus récents reprenant ou sous-entendant cette thèse : Huan, Antoine, Chantepie, Franck et Oheix, Jean-René, Les Chantiers de la Jeunesse : 1940-1944, une expérience de service civil, Centre de Recherche en Histoire Contemporaine, Université de Nantes, Éditions Opéra, 1998 et Souyris-Rolland, André, La véritable histoire des Chantiers de la Jeunesse, cahiers trimestriels parus entre juillet 2000 et juillet 2003, Centre de Recherche de Protection du patrimoine et des Anciens combattants des Chantiers de la Jeunesse (CERPA), Arcueil, Éditions Préal, mars 2004. 2 Thèse fondée par Robert Aron dans son Histoire de Vichy parue en 1954. Reprenant les arguments de la défense du maréchal Pétain lors de son procès, il laisse sous-entendre que Pétain a su finasser avec Hitler en déjouant ses offres de collaboration tout en gardant des liens avec De Gaulle à Londres. De cette analyse naîtra le mythe du bon Vichy, celui de Pétain et du mauvais Vichy, celui de Laval.

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de ce discours, le maréchal Pétain n’a jamais eu l’intention de reprendre les combats, au contraire, il a recherché la collaboration avec l’Allemagne, non pas par idéologie, mais en vue de construire une relation privilégiée afin de pérenniser sa politique. En ce sens, l’hypothèse militaire et combattante des Chantiers de la Jeunesse n’a aucune raison d'être. En outre, si les Allemands, déjà très méfiants envers les Chantiers de la Jeunesse, n’avaient pas eu l’assurance de la part de Vichy des réelles finalités civiles et éducatives de l’entreprise, ils ne les auraient jamais laissés s’installer. Nous sommes donc très loin de ce double mythe cherchant à démontrer que les Chantiers de la Jeunesse ont été officialisés par le maréchal Pétain dans le seul but de préparer une armée pour la revanche et que tout le personnel des Chantiers de la Jeunesse aurait rejoint, par la suite, la Résistance organisée. C’est d’ailleurs ce discours officiel des Chantiers de la Jeunesse que sont venus contrecarrer les historiens. C'est Raymond Josse, historien de la Revue Histoire de la Deuxième Guerre mondiale qui, à travers deux articles parus en 1964, remet complètement en cause le discours dominant sur les Chantiers. Son premier article d'avril 1964 fait un compte-rendu de l'ouvrage de Robert Hervet (Les Chantiers de la Jeunesse, Paris, Éditions France Empire, 1962). Ses conclusions ne sont pas tendres puisque le livre de Robert Hervet est jugé édifiant : « Une fois de plus, ayant à décrire et à expliquer une expérience, on a voulu surtout l'exalter […] On trouvera dans ce livre des anecdotes, des récits vivants et d'intéressants témoignages sur la vie des Chantiers de Jeunesse et sur leur esprit, mais il reste à écrire leur histoire.» Il récidive en octobre 1964 en brossant, sur quarante pages, un tableau critique et nettement moins mythifié de l'organisation. Il combat l'idée très répandue selon laquelle tous les jeunes et les chefs des Chantiers se seraient engagés dans la résistance organisée à partir d'ordres reçus de leurs supérieurs. D'après Josse, il n'y a jamais eu d'ordres et ces engagements s'avèrent être avant tout des initiatives individuelles. Autre remarque, il qualifie les Chantiers, pour la première fois, d'organisation d’endoctrinement pétainiste en écrivant : « Les Chantiers de la Jeunesse furent une pièce maîtresse dans l’effort qu’entreprit Vichy pour mettre la main sur la jeunesse française.» Enfin, il voit dans le refus du général de la Porte du Theil de s’engager aux côtés

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de la France Libre lors du débarquement de novembre 1942 et dans son zèle à répondre au STO, un pétainiste inconditionnel et jusqu'au-boutiste. Remettant d’abord en cause la thèse du double jeu de Vichy et dépassant cette histoire résistancialiste basée sur les récits-témoignages, leur nouvelle approche, plus objective, basée sur les archives écrites, permit d’envisager les Chantiers de la Jeunesse sous un nouvel angle. Effectivement, les Chantiers de la Jeunesse n’étaient plus considérés comme une armée secrète mais comme une organisation d’État, chargée d’endoctriner la jeunesse à la Révolution Nationale. Conclusions cristallisées dans les propos de Robert Paxton qui écrit en 1972 dans La France de Vichy : « cette organisation (les Chantiers de la Jeunesse) n’est pas une armée secrète mais un outil d’endoctrinement… » Trois arguments justifient cette thèse : la reconnaissance officielle des Chantiers par le maréchal Pétain en tant qu’institution d’État, la fidélité inconditionnelle du commissaire général au Maréchal et l’idéologie régnante au sein de l’organisation. Ce qui fait dire à Jean-Pierre Azéma, dans son ouvrage De Munich à la Libération, que la doctrine des Chantiers s’apparente à un « enseignement fortement imprégné de catholicisme et plus encore de maréchalisme.» Et Pierre Giolitto de les définir dans son Histoire de la jeunesse sous Vichy, comme « l’une des courroies de transmission de la Révolution Nationale.» Par conséquent, s’il demeure indispensable de prendre en compte ces deux interprétations contradictoires sur les Chantiers de la Jeunesse afin d'envisager une étude objective et complète, nous avons opté, en vue d’une approche nouvelle, de changer l’angle de vue, en abordant les pratiques éducatives mises en place dans les Chantiers de la Jeunesse et notamment celles concernant le corps. Car, selon nous, il n'existe pas une seule et unique histoire des Chantiers de la Jeunesse mais bien des histoires liées aux enjeux économiques, politiques, militaires, culturels, sociaux ou éducatifs qui traversent l’organisation. Si notre approche se veut plurielle, elle abordera forcément ces différents enjeux mais privilégiera avant tout le domaine éducatif et culturel en se penchant sur une nouvelle question à savoir la revitalisation physique et morale de la jeunesse française entreprise par les Chantiers de la Jeunesse.

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Hormis quelques lignes dans les ouvrages, cette problématique n'a jamais été traitée spécifiquement. Il n'est pas inintéressant de se demander pourquoi perdure cette absence dans l’historiographie des Chantiers alors qu’ils se proposent « de donner aux jeunes hommes de France, toutes classes confondues, un complément d’éducation morale et virile » ? Il y a là un paradoxe dans l’analyse des Chantiers de la Jeunesse car les historiens qui étudient l'organisation délaissent ce qui la caractérise et la légitime. Notre étude s’attache donc à replacer les Chantiers de la Jeunesse dans le contexte éducatif de Vichy en étudiant leurs méthodes pédagogiques, leurs pratiques physiques et leurs finalités éducatives. L’étude des pratiques s’avère également intéressante, en ce sens, qu’elle propose une vue d’en bas, une vue de l’intérieur. Ne proposant trop souvent qu'une vision institutionnelle des Chantiers de la Jeunesse, les études ne font ressortir que leur structure, leur programme et leur idéologie. En témoigne, par exemple, l'absence d'analyse sur la problématique de l'opinion et du comportement des jeunes des Chantiers de la Jeunesse. Si nous pouvons y voir un oubli de la part des historiens, l'hypothèse de l'occultation délibérée de la part des défenseurs des Chantiers semble envisageable tant le mécontentement des jeunes vis-àvis de la Révolution Nationale et de l’organisation est généralisé. Ainsi, à travers l'étude des pratiques éducatives, nous nous immisçons dans le quotidien des Chantiers de la Jeunesse et pouvons alors mieux appréhender la mise en œuvre concrète du projet de revitalisation de la jeunesse ainsi que son impact réel sur les jeunes mobilisés. Enfin, n’oublions pas que si les Chantiers de la Jeunesse sont l’initiative d’un gouvernement, ils sont surtout l’œuvre d’un homme, le général Joseph de La Porte du Theil qui les a façonnés et dirigés pendant trois ans. Par conséquent, analyser les Chantiers de la Jeunesse, c'est tenter de cerner un homme dont l’ambition et le rêve de régénérescence de la jeunesse française l’entraînent dans un soutien inconditionnel à la Révolution Nationale. En outre, son comportement ambivalent face à la collaboration, son zèle et sa fidélité à servir le maréchal Pétain, en font un personnage politiquement très ambigu. À vrai dire, il synthétise à lui seul la complexité et le dualisme des Chantiers de la Jeunesse car d'aucuns le

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considèrent comme un grand résistant alors que d'autres le comparent à un collaborateur. Notre thématique qui aborde la jeunesse, l’éducation, le sport, l’éducation physique et les Chantiers de la Jeunesse nous a amené à consulter des archives et des documents de provenances diverses. Notre propos n’est pas ici de recenser toutes nos archives mais de présenter les plus fondamentales et les plus originales. S’agissant de la jeunesse, de l’éducation et du sport, et face aux nombreuses études déjà menées sur ces thèmes, nous nous sommes contentés des documents classiques émanant du secrétariat général à la Jeunesse et du ministère de l’Éducation nationale. Concernant les Chantiers de la Jeunesse1, l’essentiel des archives se trouve aux Archives nationales. Versés à partir de 1945 par l’organe liquidateur des Chantiers, les documents conservés proviennent du commissariat général aux Chantiers de la Jeunesse, installé à Chatel-Guyon dans le Puy-de-Dôme entre 1940 et 1944, du bureau liquidateur et du 7e bureau du commissariat régional d’Alpes-Jura. Les différents types de documents émanent des sept sections qui composaient le commissariat général : Organisation, Personnels, Éducation, Budget, Travaux, Santé et Transports. Si ces documents permettent d’étudier les Chantiers de la Jeunesse dans leur ensemble, notre thématique autour de l’éducation nous a, bien entendu, amené à choisir et à privilégier certains au détriment d'autres. Malgré la présence d’un service Éducation au sein du commissariat, les papiers de ce dernier n'offrent que quelques documents regroupés dans un seul carton, ce qui apparaît incompréhensible au vu des visées éducatives de l'organisation. Toutefois, il existe d'autres sources indicatives telles que les bulletins périodiques officiels édités par le commissariat général ou la presse interne. Ces sources, certes classiques, permettent tout de même une compréhension du discours idéologique et du programme éducatif des Chantiers de la Jeunesse. Par contre, nous restons dans l’approche purement institutionnelle. C'est pourquoi, d'autres sources moins exploitées, se sont révélées beaucoup plus précieuses dans notre analyse des Chantiers de la Jeunesse et des activités physiques.
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Le détail des sources est consultable dans la thèse de l’auteur.

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Tout d’abord, les comptes-rendus de quinzaine et mensuels des groupements, réalisés par les commissaires, s'avèrent indispensables à l’analyse de la vie quotidienne dans les groupements et en particulier à celle des pratiques physiques et sportives. Même s'il est nécessaire de garder une distance envers ces rapports officiels qui peuvent oublier de mentionner des faits ou bien au contraire en forcer le trait, ceux-ci, d'après nous, ne cherchent pas à dissimuler la réalité. Bien au contraire, classés par thématiques, ces comptes-rendus fourmillent d'informations sur les nombreux problèmes rencontrés (nourriture, logement, habillement), les travaux réalisés, les activités éducatives effectuées, l’état moral des jeunes, les sorties, les rapports avec les autorités locales…Ils nous donnent alors une matière première indispensable dans l'appréhension des pratiques physiques. Seul bémol, ces comptes-rendus cessent d'exister sous leur forme classique à partir de décembre 1943 pour être remplacés par des formulaires préétablis ne donnant pratiquement plus d'informations. Autres documents importants concernant l'éducation, les rapports émanant des écoles régionales et autres organismes de formation des cadres qui nous fournissent les contenus pratiques et théoriques des stages, autant d'informations sur le discours et les visées éducatives souhaitées. Enfin, les réponses positives à nos demandes de dérogation, nous ont permis d’exploiter des documents jusque-là étrangement peu ou pas du tout étudiés mais paradoxalement fondamentaux pour une meilleure compréhension des Chantiers de la Jeunesse au sein du processus politique et idéologique de Vichy. Les archives relatives au service S.C, organisme de surveillance des activités antinationales dans les Chantiers de la Jeunesse, révèlent leur rôle actif dans le maintien de l’ordre moral et public notamment par leur participation à la recherche des réfractaires au STO et à la surveillance des communistes et des dissidents. Autre surprise, les papiers concernant la réintégration du personnel des Chantiers de la Jeunesse en 1945 témoignent de l’exclusion et de la radiation du personnel juif et de nationalité étrangère initialement présent dans les Chantiers de la Jeunesse, révélant ainsi la participation de l’organisation à la politique antisémite de Vichy. Enfin, les documents de la commission d’épuration des Chantiers attestent de l'engagement de

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chefs dans la collaboration policière et idéologique à travers leur adhésion à la Milice, à la LVF et autres mouvements pro-allemands. Tous ces documents permettent donc de présenter et de mieux comprendre la vie des Chantiers de la Jeunesse et surtout de confirmer leur caractère éducatif. Car, tout l’enjeu de notre travail se situe sur ce point. En effet, si cette interprétation des Chantiers de la Jeunesse semble établie, il s’avère, en revanche, intéressant de démontrer comment se matérialise concrètement cette revitalisation physique et morale. Ce qui revient à centrer notre propos autour de la problématique suivante : les Chantiers de la Jeunesse font partie de ces nouvelles organisations éducatives qui, s’inscrivant dans ce contexte d’effervescence culturelle globalement conservatrice mais paradoxalement favorable à la mise en place de projets innovants, se caractérisent par une volonté d’expérimenter sur le plan pédagogique. D’où notre questionnement : peut-on alors définir les Chantiers de la Jeunesse comme le modèle éducatif pétainiste par excellence ? Deux raisons nous permettent d’envisager cette problématique. La première est liée au parcours du commissaire général des Chantiers de la Jeunesse. Éducateur dans l’âme, Joseph de la Porte du Theil est marqué et influencé comme toute une génération d’officiers, par les écrits du maréchal Lyautey mais aussi par des personnages comme Baden-Powell, le Père Forestier ou Robert Garric, autant de personnalités qui ont médité sur les problèmes de la formation de la jeunesse tout en tentant d’y répondre à travers des initiatives pédagogiques. Son parcours professionnel l’a également amené à côtoyer différents publics. Dans le scoutisme, il a fréquenté les jeunes de la bourgeoisie et des classes aisées. Au sein de l’armée, il s’est occupé de la masse et en tant qu’instructeur, il a dirigé l’élite militaire. Ainsi, en juillet 1940, le général, pétainiste convaincu et farouche défenseur de la Révolution Nationale entrevoit dans les Chantiers de la Jeunesse l’occasion unique de concrétiser, à travers une nouvelle structure, toute son expérience éducative et pédagogique engrangée au contact de la jeunesse française. Et de fait, lorsque l’on regarde les méthodes pédagogiques utilisées dans les Chantiers de la Jeunesse, nous retrouvons ce foisonnement de références éducatives françaises, l'hébertisme, les cercles

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sociaux d’officiers, les Équipes sociales mais aussi étrangères comme le scoutisme anglais ou encore le Service du Travail allemand. D’ailleurs, la présence de ces modèles étrangers n’est pas sans poser un certain nombre d’interrogations, car se présentant comme une organisation ancrée sur des traditions régionales et sur le mythe de la France éternelle, les Chantiers de la Jeunesse restent en même temps tributaires de conceptions culturelles étrangères. Toujours est-il que les Chantiers de la jeunesse en optant pour un modèle syncrétique répondent pleinement aux vœux du Maréchal à savoir de former une nouvelle jeunesse, saine, dynamique, virile et sportive. Nous étudierons donc cette problématique en quatre temps mêlant analyse chronologique et thématique. Ainsi, après avoir présenté, dans un premier temps, la genèse et la structure des Chantiers de la Jeunesse, nous étudierons, dans un deuxième temps, les enjeux idéologiques et éducatifs qui fondent l’organisation. C’est ainsi que la troisième partie traitera, en particulier, de l’éducation physique et du sport dans les Chantiers. Enfin, la dernière partie portera sur l’ambivalence des Chantiers, oscillant entre Résistance et Collaboration.

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PREMIÈRE PARTIE GENÈSE ET ORGANISATION DES CHANTIERS DE LA JEUNESSE

CHAPITRE I
VICHY ET LA REVITALISATION DE LA JEUNESSE FRANÇAISE

Le projet de redressement général de la jeunesse française qu’engage le gouvernement de Vichy, en juillet 1940, s’inscrit dans une idéologie et un imaginaire qui s’expriment depuis l’entre deux guerres à travers le thème de la décadence sociale et celui de la dégénérescence raciale. Les conséquences humaines de la Première Guerre mondiale, 1,4 million de tués et trois millions de blessés, se répercutent sous la forme d’une stagnation démographique. Ainsi, entre 1911 et 1931, la France compte sensiblement le même nombre d’habitants et le taux de natalité passe de 18,2 ‰ en 1926-1930 à 14,8 ‰ en 1936-1938. À ces statistiques, indicateurs d’une dépopulation et d’un vieillissement du pays, s’ajoutent les maladies dites "sociales" : la tuberculose, l’alcoolisme et la syphilis. Le spectre de la décadence française alerte les pouvoirs publics qui décident d’agir sur cette société malade à partir de remèdes rapides et salvateurs. On assiste alors à l’affirmation de la médicalisation qui se traduit par le développement de l’hygiène sociale à travers la mise en place d’un réseau d’offices et de dispensaires. La prolifération des ligues natalistes, sous l’influence de l’Alliance nationale contre la dépopulation, et la création en 1938 d’un Haut comité de la population, visent à contrecarrer la dénatalité et à répondre aux problèmes de dépopulation. L’augmentation des crédits pour améliorer l’hygiène sert à combattre la salubrité générale. Dans cette logique médicale et d’inquiétude anthropologique se généralisera, sous l’influence du docteur Carrel, l’eugénisme, la science de l’amélioration de la race. À cette peur, quant à l’avenir de la race française, s’ajoute celle de l’Italie fasciste et de l’Allemagne nazie qui, par l’embrigadement et l’endoctrinement des jeunes, ont su former une jeunesse militarisée, disciplinée, virile et sportive. Les gouvernements français successifs

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