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Les Comores de 1975 à 1990

De
192 pages
Nakidine Mattoir revient sur des épisodes marquants de la vie socio-politique des Comores, s'attardant sur des événements tels que le massacre de Majunga, leur apportant un nouvel éclairage. Servi par sa très grande connaissance de la réalité comorienne, il ausculte avec simplicité et profonde rigueur les institutions politiques comoriennes, le pouvoir des "notables", "la révolution permanente et manquée", le "Royaume de Bob Denard", sans oublier le rôle de la France dans tout ce remue-ménage.
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LES COMORES DE 1975 À 1990

Nakidine MATTOIR

LES COMORES DE 1975 À 1990
Une histoire politique mouvementée

Préfacede Damir Ben Ali

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan HaHa Via Degli Al1isti 15 10214 Torino ITALIE

@L'Hannatlan,2004 ISBN: 2-7475-6746-X EAN : 9782747567466

REMERCIEMENTS

La démarche de remercier m'est apparue embarrassante tant il est difficile d'exprimer en quelques mots ce que l'on ressent sincèrement et sans hypocrisie; sans commettre, par omission, quelques injustices qui pourraient avoir un effet contraire à celui désiré. Néanmoins, je voudrais témoigner ma profonde reconnaissance à tous ceux sans qui ce modeste travail, n'aurait pu voir le jour: MM. Guy Pervillé, Yvan Gastaud et Stéphane Mourlane, professeurs d'Histoire à la faculté de Nice. Ma famille, en l'occurrence ma mère et mes cousines Masséande et Fatima Chami, sans oublier Mme Sylvie Polino Mes amis qui ont sacrifié leur temps, donné leur amour, renouvelé leur sympathie, en particulier MM. Mahamoud Ali Abdallah, Gaêlle Scouarenc, Sonia Bouzazi, Jeanne Brault, Siradjidinne Ousseine, Thoueïbat Djoumbé... etc. Une mention particulière à M. Christophe Devys, sa fille Elisabeth, Jean-François Cassant, Hamid Ali Abdallah, alias Doudou et le CASM-France, pour son soutien financier. A toutes les personnes qui ont accepté de témoigner, de me prêter leurs documents personnels, plus particulièrement Soilih Mohamed Soilih. Je dédie ce modeste travail à mon dévoué et regretté père, M. MATTOIR Ahmed, paix à son âme, à ma tendre et exemplaire mère, Mme ABDEREMANE BOINA FOUMOU Sitti, ainsi qu'à mon ami Othman, ma nièce, Bichara et mon neveu, . Yassine.

La porte de la prison s'est fermée Nous revenons à un monde Plus familier de l'homme Parce que la souffrance qu'on y vit Parce que les injustices qu'on y subit Sont à échelle humaine Même si elles doivent être combattues Et disparaître C'est le reliquat des siècles obscurs Et du règne du Capital Et parmi les châtiments du drapeau rouge Sera l'extinction de cette anomalie C'est bon Nous verrons qui de l'autre cela sera Nous verrons qui de l'autre détalera QUI EST PRISONNIER DE QUI QUI JUGERA QUI QUI CONDAMNERA QUI Abdellatif Laâbi, Sous le Bâillon, le poème, L'Harmattan,

1981

PREFACE
A la suite d'une résolution votée par les députés territoriaux, sous la pression de la population et des communautés comoriennes installées en Afrique de l'Est et soutenues par le Comité de décolonisation de l'Unité africaine, une déclaration franco-comorienne sur l'accès des Comores à l'indépendance est signée par Ahmed Abdallah, président du gouvernement et Bernard Stasi, ministre français des DOM-TOM, le 15 juin 1973. Dès cette date et jusqu'à la proclamation de l'indépendance le 6 juillet 1975, les rivalités des leaders politiques prennent les contours d'un conflit des générations. A entendre leurs discours, l'enjeu de leurs affrontements n'est pas l'émancipation et le développement endogène du pays mais le pouvoir, et plus précisément la position de médiateur entre le peuple et l'étranger afin de tirer profit de l'aide internationale qui serait accordée au futur Etat. Le parti majoritaire à la chambre appelle de ses vœux "l'indépendance dans l'amitié et la coopération avec la France". Les partis qui constituent avec les séparatistes mahorais, le Front uni de l'opposition exprime sa confiance à la mission parlementaire française arrivée aux Comores en mars 1975 et sollicite sa protection contre le risque d'une confiscation du pouvoir par le président Ahmed Abdallah. Cette délégation conclue son rapport adressé à l'assemblée nationale par cette phrase: «Les Comoriens, à quelque tendance qu'ils se rattachent n'ont pas caché à vos délégués, qu'ils attendent beaucoup du parlement français: il importe de ne pas les décevoir ». Cette attente de l'ensemble de l'opposition a permis « aux élus français d'assortir la souveraineté comorienne future d'une réserve si grave qu'elle contredit le principe ». (E. N. VERIN). Les aspirations du peuple sont alors fort éloignées de celles des élites politiques. L'indépendance, et surtout la façon dont elle est déclarée, même si elle n'est effective que sur une partie du territoire national, a introduit dans l'imaginaire collectif une dimension historique, culturelle et spirituelle qui en fait l'événement majeur du vingtième siècle dont les Comoriens sont fiers. Les auteurs du coup d'Etat du 3 août 197~, déçus par leurs anciens alliés mahorais et leurs amis français, à la suite de

la sécession de Mayotte, l'ont compris. Ils ont fait un pas vers les militants de base de leurs partis en promettant des structures politiques et administratives originales, en adéquation avec les moyens fmanciers du pays, ses valeurs et ses normes culturelles. Cependant, rejetant le modèle institutionnel français par dépit et non par conviction, ils se sont trouvés incapables d'élaborer un système de rechange cohérent. Le président Ali Soilih, "bricole" donc une mauvaise réplique de l'édifice sociopolitique de la communauté villageoise traditionnelle. Toute l'organisation de la vie collective nationale intégrant la société et le pouvoir politique, repose sur une hiérarchie des . groupes générationnels. La jeunesse baptisée mashababi détient le pouvoir politique et militaire. A la classe intermédiaire de 35 à 55 ans, dénommée walezi; échoient les tâches de services publics traditionnellement confiées aux jeunes. Elle met en place un appareil administratif simplifié mais qui se révèle être d'une très grande efficacité et qui accomplit en moins de trois années un travail remarquable. Quant aux aînés, ils refusent tout compromis et condamnent sans appel cette application du milanantsi (lois coutumières) à la sauce marxiste. Ils sont persécutés jusque dans les mosquées où ils font l'objet de toutes sortes de vexations. En 1978, ils accueillent Ahmed Abdallah et ses mercenaires en libérateurs. Revenus aux affaires, les partisans de "l'amitié et de la coopération avec la France" croient pouvoir résoudre tous les problèmes en ayant tout simplement recours aux formes institutionnelles qui ont fait leurs preuves en Europe. Certains articles de la loi fondamentale du 3 octobre' 1978 sont intégralement copiés sur la constitution française de 1958. L'appareil bureaucratique en place avant l'indépendance est reconstitué dans ses moindres détails. A partir de 1982, outre les reformes successives qui vident la loi fondamentale de tout contenu démocratique, les lois et règlements écrits cèdent la place, dans le fonctionnement quotidien des administrations publiques, aux normes et règles orales du yezi (pouvoir politique) précolonial. Les graves crises politiques et institutionnelles, qui secouent le pays ont pour principale origine ce mépris de la légalité, cette 10

tacheuse habitude, de mêler les normes et les règles de deux modes de gouvernance, l'un ancestral, le yezi des sultans, l'autre moderne, l'Etat. Le yezi ignore l'individu, ses ~oits et ses compétences. Il n'attribue pas une fonction à une personne mais à une communauté d'hommes et des femmes et d'un faisceau des valeurs: un groupe familial, un village, une région, une île. Or, l'Etat est une construction juridique du pouvoir politique fondé sur le respect de l'individu, ses droits et ses compétences. L'Etat atteint son niveau maximum d'efficacité dans les sociétés où la loi écrite, devenue l'une des composantes de la vie sociale, est la représentation que les citoyens se font de la domination politique. L'élite de l'après indépendance s'efforce de faire entrer le pays, peu à peu, dans le monde de l'écrit. Les travaux publiés portent le plus souvent sur l'histoire contemporaine; ils sont à la recherche des raisons d'espérer dans une société qui connaît depuis trop longtemps la pauvreté et les privations des droits et des libertés fondamentales: "Le XXIe siècle verra-t-il la renaissance des libertés, du respect des institutions politiques et de l'acceptation de l'alternance politique"? Nakidine.MATTOIR a choisi d'interroger les dirigeants successifs du pays pour comprendre pourquoi "les efforts et les sacrifices consentis par le peuple comorien dans la lutte pour l'indépendance n'ont pas été récompensés". La nouvelle génération doit en effet, écouter le peuple pour comprendre la réalité du monde social, explorer les rapports entre les normes qui fondent l'organisation de la société et les lois qui régissent le pouvoir politique. En effet, l'Etat fondé par leurs aînés manque encore des bases normatives et un pouvoir véritablement issu du peuple pour faire face aux crises et déséquilibres provoqués par les transformations produites quotidiennement dans le monde par la science et la technologie.
DAMIR Ben Ali Recteur de l'Université des Comores Fondateur du Centre National de Documentation de Recherche Scientifique (CNDRS-Comores)

Il

INTRODUCTION

Les Comores font souvent la une des journaux et de l'actualité lorsque des soubresauts politiques se produisent. Cet archipel est devenu au fil des temps un territoire synonyme de coup d'Etat, le terrain de mercenaires. Il s'agit, pour nous, d'éclaircir la réalité sociopolitique afin de mieux faire connaître les Comores. Ce travail est orienté essentiellement sur l'analyse de l'histoire politique afin de cerner l'évolution institutionnelle des Comores, sans toutefois négliger les éléments sociologiques, économiques et géographiques. Il nous paraît utile en premier lieu de donner la position géographique des Comores et de dresser un bilan sommaire historique de l'archipel. Cet archipel se compose de quatre îles, reparties sur un axe Nord-ouest sud-est, à égale distance (300 km) de Madagascar et du continent africain, à l'entrée du Canal de Mozambique. A savoir: Maoré (Mayotte), Ndzouani (Anjouan), Mwali (Mohéli) et Ngazidja (Grande Comore). Situé à mi-distance de l'équateur et du tropique du capricorne, l'archipel des Comores baigne dans un climat tropical maritime, chaud et humide, tempéré à la fois par la brise océanique et l' altitude. Ce climat tropical est caractérisé par deux saisons: une saison chaude ou humide, de novembre à avril (kashkazi) apporte de fortes précipitations et parfois des vents cycloniques; le reste de l'année, entre mai et octobre, le pays connaît une saison sèche et fraîche, grâce aux alizés du sud-est (kosi). Géologiquement, la Grande-Comore (1148 km2) est la plus récente de toutes. Le Karthala, son point culminant (2361 m), est un volcan actif dont les éruptions sont assez fréquentes. Ces éruptions donnent naissance à des coulées de lave basaltique qui sortent soit du cratère sommital, situé dans une caldeira aux complexes formes emboîtées, soit, le plus souvent, des fissures latérales. Outre la partie centrale de l'île constituée par la masse sub-circulaire du Karthala, il faut distinguer au

nord un second ensemble volcanique, le Massif de la Grille qui, à l'inverse du Karthala, ne possède pas de caldeira sommitale ; au sud le massif du Mbadjini, soudé au Karthala, montre une dizaine de cônes stromboliens alignés sur une fissure axiale. Mohéli et Anjouan, les deux îles centrales, sont de plus petite taille (respectivement 290 et 424 km2), et moins élevées que la Grande-Comore (790 et 1595 m). Elles n'ont pas de volcan en activité. Mayotte, l'île la plus orientale, d'une superficie de 374 km2, culmine à 660m. Selon R. BATTISTINI,l son état d'extrême dissection et l'existence de sols rouges profonds .d'altération montrent que, des quatre îles, c'est la plus ancienne. Mayotte est la seule à posséder une barrière de récif: qui entoure l'île presque complètement. La largeur du lagon varie entre 5 et 10km On ne dispose pas de preuves certaines que l'archipel des Comores ait été habité avant le quatrième siècle avant J.C. n semble que son peuplement soit le résultat des dépôts migratoires successifs d'origines diverses qui se seraient fondus au cours du temps pour former cette originale civilisation araboswahili de l'océan indien occidental2. L'histoire du peuplement des Comores reste difficile à retracer. Selon A. ELKOUBy3, la population comorienne est le résultat des dépôts migratoires d'origines diverses: Une première vague au 4e siècle après J.-C., par des tribus bantoues venues de l'est de l'Afrique; Une deuxième vague à partir du ge siècle après J..-C. par des Arabes venus du golfe Persique; Une troisième vague au 16esiècle par des Malgaches.

1

R.BATTISTINI, L'Afrique Australe et Madagascar, PUF, Paris,

1967, p.194 2 Enquête démographique et de santé aux Comores, CNDRS, mars 1997, p.2 3 Annie ELKOUBY, Les Originaires de l'Archipel des Comores, Identité culturelle et devenir, Migrants-Formation, n094, septembre 1993. 14

En revanche, des recherches archéologiques effectuées au début des années 904 par une équipe de spécialistes' comoriens, suédois et français dans le cadre d'un programme appelé « Origines Urbaines en Afrique de l'Est» ont permis de dater le premier peuplement au Se siècle, à partir d'éléments archéologiques (tessons de poteries locales et importées, etc.) retrouvés notamment sur le site de Mwali Mdjini, sur l'île de Mohéli. En ce qui concerne le peuplement, la présence conjointe parmi ces vestiges d'éléments africains (poterie TIW5) et d'éléments provenant du monde arabo-persique (poterie sassano-islamique) n'a pas permis à ces archéologues d'attribuer l'antériorité d'un groupe sur un autre. C'est du mélange de ces différents groupes qu'est issue la population comorienne. Dans ces terres, les migrations ont donné lieu aujourd'hui à une population homogène caractérisée par les mêmes us et coutume, la même langue, et la même religion, l'Islam sunnite de rites chaféïtes. A partir du Il e siècle, l'archipel sera organisé et divisé en sultanats qui remplaceront les chefferies traditionnelles. Ces sultans vont engager des luttes politiques et militaires, d'où le nom, attribué aux Comores, d'« archipel aux sultans batai lieurs». C'est à travers ces luttes et dans un contexte mouvementé que la France va s'intéresser aux Comores et s'y introduire: elles deviennent un protectorat officiel en 1904. À partir de 1912 l'archipel devient une dépendance administrative de Madagascar, un statut qui le marginalise et freine son développement économique jusqu'à l'autonomie interne, acquise juste après la deuxième guerre mondiale et renforcée par la loi cadre de 1956. En juillet 1975, les Comores accèdent à la souveraineté nationale avec toutes les caractéristiques d'une nation en crise:
4

M. SOULE,Archéologie et émergence des villes aux Comores (ge_

15e siècle) mémoire de DEA d'Etudes Africaines, INALCO, Paris, 1994. 5 TIW: Triangular Incised Ware ~ poterie à incisions triangulaires,
typique de toute la région côtière est -africaine.

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- crise identitaire: les clivages «féodaux »-urbains / ruraux-pauvres sont toujours vivaces. Le désir d'émancipation s'exprime non dans un souci national, mais grâce à la volonté de grands notables et de jeunes cadres. Les masses dépossédées d'une éducation occidentale rallient l'idéologie indépendantiste, croyant que l'indépendance est source de progrès social et politique. - crise de souveraineté: l'indépendance s'accompagne d'une partition du territoire. Mayotte refuse de reconnaître la souveraineté territoriale et se réfugie sous le giron français. - crise économique: le budget national était assuré pour plus des % par les subventions métropolitaines. L'indépendance impliquerait donc un autofinancement de la gestion. de l'Etat et des besoins des citoyens. Or, la situation économique en 1975 ne présente aucun indice indiquant un tel développement. L'objet de notre travail est double: - étudier le processus historique qui a abouti à l'indépendance du pays, et analyser le rôle et la responsabilité de l'ancienne puissance coloniale dans cette période cruciale. - étudier le modèle politique choisi après l'indépendance de 1975 à 1990. Quels types de régimes politiques ont connu les Comores après l'indépendance? Question corollaire: quelle est la responsabilité politique de la France, ancienne puissance coloniale, dans cette évolution politique mouvementée? Pour réaliser cette étude, nous nous appuyons sur différentes sources a- La recherche bibliographique. Nous nous référons à des ouvrages sur l'Afrique en général et sur les C;omores en particulier. La période de 1975 à 1978 a été diversement appréciée par les écrivains et les historiens. Mais l'autodafé, pratiqué en 1977, nous a privé d'une grande partie des sources historiques qui pouvaient nous renseigner au sujet de l'évolution institutionnelle des Comores. De 1978 à 1990, la liberté d'expression étant muselée, les sources sont réduites. Toutefois, nous nous appuierons sur des écrits tels que le Roi de fortune Bob Denard, de Pierre Lunel.
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b- Les sources orales. L'oralité constitue un élément essentiel dans la recherche historique des Comores. Comme disait Hampâté Bâ : « En Afrique, lorsqu'un vieux meurt, c'est une bibliothèque qui brûle ». Aux Comores, l'écrit est dans une période de gestation. Depuis 1990, année où un certain vent de démocratisation s'est fait sentir, la libre expression a été favorisée; dès lors, les écrits fleurissent. Nous avons orienté notre travail sur ces sources orales afin de recueillir des témoignages de certains acteurs et victimes des régimes politiques successifs. Bernard Stasi6, Cheick Abdallah, Ahmed Djaffar, Mohamed Ali Soilih, Mouzaoir Abdallah, Abbas Djoussouf, Ali Mroudjaé, Mtara Maécha, Omar Tamou entre autres personnalités politiques marquantes, ont accepté de témoigner sur les événements survenus aux Comores. c- Les articles de presse. Pendant toute cette période étudiée, il n'existe officiellement aucun journal d'opposition. L'indépendance s'accompagne de l'interdiction du droit d'information et la radio, seul organe d'information existant, sera monopolisée par les régimes successifs. Pour mener nos investigations, nous nous sommes référés à des journaux étrangers tels que le Monde, Jeune Afrique, Afrique Asie et Le Figaro. Pour répondre à notre problématique, nous partirons du postulat suivant: Les Comoriens de 1975 évoluent dans un système de sousdéveloppement et entretiennent des pratiques coutumières qui bloquent toute innovation et freinent le développement du pays. Pour améliorer la situation sociale des Comoriens, les dirigeants du nouvel Etat essayent de mettre en place un plan de développement économique et social. Néanmoins, cette politique appuyée par des jeunes lycéens, basculera dans la terreur et la privation des libertés fondamentales. En mai 1978, les notables de l'époque coloniale reprennent le pouvoir avec l'aide de mercenaires étrangers. Cette restauration mettra fin à l'expérience révolutionnaire du régime déchu d'Ali

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Voir bibliographie sources orales.

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Soilih, tout en reprenant certains interdits mis en place de 1975 à 1978. Notre travail se divise en trois chapitres. Le premier analyse le processus historique de l'émancipation nationale. Les deux derniers traitent des différents types de régimes politiques qui se sont succédé de 1975 à 1990.

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CHAPITRE I

I. Le chemin vers l'indépendance

Il sera question dans ce chapitre des étapes qui ont conduit les Comores à l'indépendance. Des accords politiques jusqu'au référendum du 22 décembre 1974, date à laquelle les Comoriens ont opté, à une écrasante majorité, pour la souveraineté nationale. 1. Les accords du 15 luin 1973 : La déclaration commune signée à Paris le 15 juin entre le ministre des DOM-TOM, représentant la République française d'une part, et le gouvernement des Comores d'autre part, devait achever le processus d'émancipation du territoire. Cet acte est la réponse à la motion adoptée par le Parlement comorien en décembre 1972 qui, malgré l'opposition des députés de Mayotte, demandait une résolution sur l'indépenôance dans l'amitié et la coopération. Ces accords comportaient cinq volets dont on peut extraire trois points essentiels. En premier lieu la déclaration définit les conditions dans lesquelles les Comores accéderont à la souveraineté nationale et la période qui précédera. Le texte précise en ce sens que la population de l'archipel se prononcera avant cinq ans sur l'accession du territoire à l'indépendance. Dans le cas où la consultation serait positive, « la chambre des députés siégera en une assemblée constituante et le président du gouvernement aura les compétences de chef de l'Etat. La chambre des députés devra élaborer la constitution du nouvel Etat qui préservera les droits et les entités régionales, et sera soumise à la ratification populaire 7».

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Accord du 15 juin - point nOlo Archives privées