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Les coopérants français en Afrique

De
264 pages
La présence d'un grand nombre de Français dans les Etats africains devenus indépendants constitue une des caractéristiques majeures du mode de relations entre la France et son ancien Empire. Quelles sont les motivations concrètes ou idéologiques qui poussèrent à l'expatriation ? Quels rôles jouèrent localement ces coopérants ? Deux générations se distinguent : celle des anciens administrateurs reconvertis, au côté de jeunes venus investir leur énergie au service du tiers-monde.
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Laboratoire SEDET Université Paris-7 – Denis-Diderot
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Cahiers Afrique n°
Les coopérants français en Afrique Portrait de groupe (années 1950-1990)
Coordonné par Odile Goerg et Françoise Raison-Jourde
121/ 1   1  /121niddIA.SARCNSTF-ERANCOOPERG_F_GOG_82N_EUQIRFA-SRIEAH)C90190-95 1
   
             
      
    Les coopérants français en Afrique Portrait de groupe (années 1950-1990)  
 
 
 
 
             
Coordonné par Odile  G OERG et Françoise R AISON -J OURDE          Les coopérants français en Afrique Portrait de groupe (années 1950-1990)  Cahiers Afrique n°28     Publié avec la participation du Laboratoire SEDET Paris -7 Denis -Diderot   
 
  
 
                       
             © LHarmattan, 2012 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-336-00085-1 EAN : 9782336000851  
            En hommage à Annie DuperrayMadiéga,
actrice de la coopération
et membre du groupe de recherche sur les coopérants
 
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Annie DuperrayMadiéga 1 nous a quittés le 10 février 2012. Le 14, nous avons été nombreux à l’accompagner au cimetière d’Amplepuis, dans les monts couverts de neige du Beaujolais, à une soixantaine de kilomètres de Lyon. Amplepuis ne cessa pas de compter pour elle et, quand il fallut vendre la dernière maison où vécurent ses parents, cela ne fut pas sans peine. C’est à Amplepuis, dans le quartier Déchelette, qu’Annie a passé son en fance et son adolescence. Ses parents habitaient alors rue Déchelette, dans ce quartier dont l’éponyme est un industriel du textile (tissus de coton). Son père travaillait à l’usine. Annie évoquait souvent cette période et les conditions de vie dans la cité ouvrière : l’alignement dans les cours de quatre « toilettes » collectives (sans eau), où il fallait descendre en toute saison et pardelà, des jardins potagers, chaque famille ayant son jardin avec une ca bane pour ses poules et lapins. Elle en a fait d’ailleurs le sujet d’un de ses premiers travaux, son mémoire complémentaire de DES, intitulé La popula tion ouvrière d’Amplepuis (faculté des lettres de Lyon, 1967). Annie alla à l’école de l’entreprise Déchelette, tenue par des religieuses. À douze ans, elle passa au pensionnat SaintCharles d’Amplepuis. C’est là qu’une religieuse, du nom de sœur MarieHélène, qu’impressionnaient son goût pour l’étude et ses succès scolaires, intervint auprès de ses parents pour qu’elle poursuive audelà du baccalauréat. Son père, qui appartenait à une fratrie de dix enfants et n’avait pu réaliser son propre désir de faire des études, l’encouragea. Après le brevet elle entra en pension à l’école de la Charité de Roanne. Annie lisait beaucoup, sans cesse, nous dit sa sœur Yvonne et, à l’âge de douze ans, elle aurait déclaré à sa mère : « Je partirai en Afrique » ; à l’époque, dans les écoles religieuses, « il y avait toujours deux ou trois écoliers africains – boursiers ou enfants de riches, on ne sait pas – qui venaient faire leurs études en France ». Après le bac (section mathématique) passé à Roanne, ce fut la faculté des lettres de Lyon, et la licence d’histoire et géographie. Elle se lia d’amitié                                                       Professeure émérite. Université Paris 1  Cema f. 1 Née le 8 août 1942 à SaintJustlaPendue non loin de Roanne. Amplepuis ne possédait pas alors de maternité. AnneMarie pour l’étatcivil, elle a choisi de se faire appeler Annie.
L ES COOPÉRANTS FRANÇAIS EN A FRIQUE ( ANNÉES 19501990 ) avec deux étudiantes d’autres sections. Elles prirent ensemble la décision de partir à Ouagadougou en HauteVolta, après que l’une d’elles, Claude Boudry, leur lut, dans un bus, la lettre de la directrice du collège de filles de Kologh Naaba qui réclamait pour son établissement (privé) des professeurs en toutes disciplines. Ce fut pour toutes les trois, en 1966, le premier contact avec l’enseigne ment, en même temps qu’elles découvraient la terre africaine, à la faveur de maintes excursions en HauteVolta et dans les pays voisins. Au bout d’un an, le trio décida d’aller vivre dans un quartier qui n’était pas « résidentiel blanc », celui de SaintLéon. Mais, bien vite, l’idée s’imposa à elles que, sans CAPES ou agrégation, il serait très aléatoire de poursuivre une carrière dans l’enseignement. En 1969, Annie, comme ses deux amies, revint en France pour préparer les concours. Elle obtint l’agrégation d’emblée, dès 1970. Et l’année sui vante elle repartit à Ouagadougou, cette fois « en coopération », comme assistant et maîtreassistant à l’Université, poste qu’elle occupa jusqu’en 1984, année où les remous de la révolution sankariste provoquèrent le départ de plusieurs coopérants français. Entre temps elle avait fondé une famille avec Georges Madiéga, qui allait lui aussi devenir historien, et le Burkina resta sa terre d’élection en Afrique ; l’histoire de ce pays, notamment pen dant la période coloniale, demeura le sujet principal de ses recherches. En suivant les différentes étapes de son parcours, on est frappé par la constante association de la recherche et de l’enseignement. Elle mena de front ces deux activités, bien que son itinérance dans deux universités d’Afrique centrale (Yaoundé 19841988 puis Libreville 19881994) n’ait pas facilité des recherches localisées au Burkina. On la revoit, mince et frêle, accompagnée de ses quatre garçons, se déplaçant avec une montagne de ba gages et assurant la logistique des installations successives. Pratiquer le métier d’historien pour Annie c’était tout d’abord prêter une extrême attention aux sources, qu’il s’agissait tout d’abord de repérer. Sa prospection commença dès 1970 à Paris partout où il y avait des ar chives sur l’histoire de la HauteVolta à l’époque coloniale, à commencer par celles du ministère de la FOM, rue Oudinot (qui plus tard seront trans férées à AixenProvence). Elle s’intéressa particulièrement à celles qui por taient sur la partie du pays qui allait faire l’objet de son doctorat de 3 e cycle : Les Gourounsi de HauteVolta :  conquête et colonisation, 18961933 . Sa thèse, soutenue en 1978 à l’université Paris I, sous la direction d’Henri Brunschwig, a été publiée en 1984 par l’Institut Frobenius de Francfort (voir la liste de ses publications jointe). Une fois en poste à Ouagadougou, elle étendit sa prospection aux chefs lieux des cercles de HauteVolta et aux archives d’autres pays d’Afrique occidentale (Niger, Côte d’Ivoire, Ghana, Sénégal). Plus tard elle découvrit des stocks d’archives non répertoriées, en particulier celles de l’Inspection
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H OMMAGE À A NNIE D UPERRAY M ADIÉGA  du Travail en HauteVolta. Elle exploita également la presse et les revues syndicales. Dès le départ, elle intégra les témoignages oraux dans ses sources. À l’université de Ouagadougou, elle participa jusqu’en 1984 aux activités du Laboratoire universitaire de tradition orale  (LUTO)  regroupant  anthropo logie, histoire, géographie, sociologie, philosophie. Elle inclut « les témoi gnages vécus de la période coloniale » dans l’inventaire des différentes sources de l’histoire de la HauteVolta, qu’elle coordonna pour un projet d’ouvrage collectif sur la HauteVolta, financé par la Mission de Coopéra tion française 2 . En 1980, elle s’inscrivit en doctorat d’État sous la direction de C. CoqueryVidrovitch à l’université Paris VII, sur un sujet très général : Évolution économique et sociale des pays de la HauteVolta : 19191960. Mais rapidement elle allait concentrer ses recherches sur un sujet qui lui tenait particulièrement à cœur : le travail et les travailleurs dans la Haute Volta coloniale. Laissonslui la parole :
« J’ai recentré mon travail sur la question de la maind’œuvre et son rôle cen tral dans l’étude économique de la HauteVolta coloniale. Ce travail s’ar ticule autour de trois thèmes : travail forcé (théoriquement aboli en 1947), migrations de travail (en A.O.F., au Ghana et jusqu’au Gabon dans les années 60), débuts du travail salarié concernant les activités les plus variées (planta tions de cacao ou de café, mines d’or du Ghana et de Côte d’Ivoire, chantiers de construction des chemins de fer, maisons d’importexport coloniales, fonction publique : poste, enseignement, santé, administration). L’utilisation conjointe de sources coloniales classiques (rapports, statistiques, etc.) et de témoignages de travailleurs permet d’étayer l’étude de cette question et d’éclairer ses liens éventuels avec le sousdéveloppement actuel » 3 .
Il est clair qu’elle n’allait pas se limiter dans ses investigations au factuel et au quantitatif. Son but était d’approcher son sujet de l’intérieur, en se mettant à l’écoute des intéressés euxmêmes. Son retour en France ne se fit pas sans difficultés. À Lyon, où elle s’ins talla avec sa famille, il lui fallut attendre deux ans une affectation à l’IUFM de Grenoble (19962006). Entre temps elle enseigna l’histoire et la géogra phie dans un lycée de Lyon, comme une débutante. On est impressionné par les divers obstacles qu’elle a rencontrés sur sa route et qu’elle a affrontés avec vaillance, s’adonnant à ses tâches d’enseignante sans en négliger
                                                     2 Une partie de ces recherches a été utilisée pour rédiger le chapitre concernant la HauteVolta dans un ouvrage sur le bilan de la colonisation française en Afrique noire : L’Afrique au temps des Français. Colonisateurs et colonisés, c. 18601960  sous la direction de C. Coquery Vidrovitch, 1992, La Découverte. 3 Annie DuperrayMadiéga, CV. (2006), p. 6.
 
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