Les coquelicots au vent de la liberté

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Les lecteurs se sont demandé comment la jeune héroïne des Coquelicots de l'espérance, déportée en 1952 dans un kolkhoze du Kazakhstan, avait pu devenir médecin en Lorraine... Nous découvrons ici la vie de Stania à son retour de déportation. Nous y suivons ses débuts comme médecin, sa rencontre avec son futur mari, leur vie dans la Pologne soviétisée et enfin l'extraordinaire concours de circonstances qui les conduira jusqu'en France. La précarité des débuts et leurs péripéties sont toujours vécues avec une volonté farouche de s'intégrer et un formidable appétit de vie.
Publié le : lundi 15 février 2016
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EAN13 : 9782140002373
Nombre de pages : 232
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Mémoires e duXX siècle
Sabine Chéron et MarieHélène Prêcheur
LES COQUELICOTS AU VENT DE LA LIBERTÉ De Varsovie à Nancy : un rêve réalisé
Les coquelicots au vent de la liberté
e Mémoires du XX siècle Déjà parus Rafael MONREAL,Le chemin de Rafael. Un républicain espagnol dans la guerre civile,2016. Anna Senik,Une famille juive de la Pologne à la France de Vichy, Penser ce qui nous est arrivé,2015. Bernard GROUSELLE,De la ligne Maginot à Berchtesgaden. Souvenirs d’un français libre,2015. Viktor GEIGER,Viktor et Klára. Camp de travail en Ukraine dans le Donbass (1945 – 1946),2015. Henri CHENNEBENOIST, Carnets de campagne 1914–1918,2015. Paul GRISON,Un soldat écrit à sa famille depuis le Maroc, l’Algérie, l’Indochine (1944 – 1953),2015. Jean GRIBENSKI,De Suwałki à Paris. Histoire d’une famille d’origine juive polonaise : les Gribinski/Gribenski (vers 1840-1945),2015. Pedro CANTINHO PEREIRA,Un « Malgré nous » dans l’engrenage nazi, Les sacrifiés de l’Histoire ,2015.Fernand THOMAS,Mémoires de guerre, La vie malgré tout (1914 – 1918),2014. e Renaud de BARY,La 4 batterie. Journal intime d’un appelé en Algérie (1 mars 1961 - 5 janvier 1963),2014. Richard SEILER,Charles Mangold, chef de l'armée secrète en Périgord,2014. Henri FROMENT-MEURICE,Journal d’Egypte, 1963-1965,2014. Joseph-Albert di FUSCO,Fusillé à Caen en 1941, Lettres d’un otage à sa famille,2014. Tahîa GAMÂL ABDEL NASSER,Nasser ma vie avec lui, Mémoires d’une femme de président,2014. Fernand FOURNIER,Paroles d’appelés. Leur version de la guerre d’Algérie,2014. Marguerite CADIER-REUSS,Lettres à mon mari disparu (1915-1917),2014. Nadine NAJMAN,1914-1918 dans la Marne, les Ardennes et la Belgique occupées,2014.
Sabine CHERONet Marie-Hélène PRECHEURLES COQUELICOTSAU VENT DE LA LIBERTE
De Varsovie à Nancy : un rêve réalisé L’Harmattan
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08464-0 EAN : 9782343084640
S O M M A I R E :
Prologue Chapitre I Chapitre II
Chapitre III Chapitre IV Chapitre V
Chapitre VI
Chapitre VII Chapitre VIII Chapitre IX Chapitre X Chapitre XI Chapitre XII Chapitre XIII
Chapitre XIV
Chapitre XV
 P7 Premiers pas dans la nouvelle Pologne P9 Enracinement : un logement, un métier, des amis P15 Les jeux de l’amour et du hasard P25 « Un cavalier pour deux semaines » P29 Une décision difficile : le rôle qu’y joua un malheureux poulet P35 Une petite famille en ‘’paradis’’ communisteP39 Un souffle venu d’ailleurs P53 Le vent de la liberté P61 « En passant par la Lorraine » P69 Un ‘’provisoire’’ qui s’éternise P75 Cher et douloureux souci : les enfants P83 Solidarités nancéennes P87 « …Il faut chanter comme eux ! » P97 Pologne et Polonais P113 Des jeunes gens gâtés… mais élevés’ ’à la dure’’ P119
Chapitre XVI Chapitre XVII Chapitre XVIII Chapitre XIX Chapitre XX Chapitre XXI Epilogue
Enracinement professionnel et… échappées belles P127 Heurs et malheurs P135 Saison d’automne P151 Le livre polonais de Sophie, porte ouverte sur le monde P165 Entre épreuves et pérégrinations, tropisme polonaisP183 Seule, non plus solitaire P191  P207
P R O L O G U E :
« Si tu parviens soit dans le domaine de Novogrodek soit dans la forêt de Pluzyn, n’oublie pas d’arrêter tes chevaux pour admirer l’immense lac de Switez, avec sa ceinture de forêts ; si c’est la nuit, tu auras autant d’étoiles au- dessus de ta tête qu’à tes pieds, et tu verras deux lunes ! » Adam Mickiewicz in Switez.
La terre de Novogrodek, c’est la patrie de Stania : là-bas se trouvent sa maison natale et le tombeau de son père bien-aimé. Là-bas s’étendent la terre fertile des siens, les vergers, les potagers, les forêts profondes, les prés fleuris sillonnés de ruisseaux, les lacs où abondent écrevisses et poissons ; la rivière Niémen déroule sur ses rives des prairies marécageuses à proximité du lac Switez qui a enchanté le poète Mickiewicz… Oui, c’est bien là que Stania a passé une enfance heureuse et libre, au sein d’une famille nombreuse et aimante. Une jeunesse insouciante, ivre de la beauté de la nature dans cette Pologne de l’Est : Kresy Wschodnie …
Le charme de cette vie paisible fut rompu par les débuts de la deuxième guerre mondiale quand les chars soviétiques firent leur entrée dans la région et avec eux l’impitoyable régime stalinien. Un an après, Stania avait alors onze ans, une bombe tombait dans le verger tout près de sa maison : les projections de l’impact passèrent au -dessus du toit mais les vitres ne furent même pas brisées ! Aujourd’hui, en repensant à l’événement, elle est sûre d’avoir avec les siens bénéficié de la protection divine … Mais les malheurs de la famille débutèrent vraiment avec la seconde arrivée de l’armée russe occupant à nouveau le territoire : la conférence de Yalta ayant déplacé les frontières de l’Europe Centrale selon la volonté de Staline, les terres familiales avaient été incluses dans les frontières de la Biélorussie.
Victime du despotisme stalinien, sa mère fut, treize ans après, en 1952, emprisonnée comme ‘’ koulak’’ (riche propriétaire terrien, accusée d’avoir « exploité l’homme par l’homme ») ; son
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frère Janek juste avant son baccalauréat, et elle-même en cinquième année de médecine à Vilnius, allaient être déportés au Kazakhstan pour des travaux forcés à perpétuité dans un Kolkhoze perdu dans le désert du Kyzyl-Kumy, où les exilés n’avaient d’autre perspective que la mort…
« L’homme tire, mais Dieu porte les balles » dit un proverbe polonais : quatre ans après, sa mère, Janek et Stania purent retourner en Pologne, son frère avec son baccalauréat en poche ainsi que sa qualification de l’école polytechnique de Tachkent, la jeune fille avec son diplôme de médecin obtenu par un concours extraordinaire de chance et de volonté : grâce à son audace juvénile et sa foi ardente en Dieu, elle avait osé écrire une première fois à Staline et plus tard à Khrouchtchev, pour obtenir successivement le droit de terminer ses études à Tachkent dans l’Ouzbékistan voisin, puis de revenir en Pologne avec sa mère libérée de sa prison grâce à l’amnistie de Malenkov. En décembre 1955, les agents du KGB les avaient donc transférés d’Ouzbékistan en Pologne Populaire soviétisée et remis au ‘’ Centre polonais de rapatriement de Sanok ’’ où ils reçurent un certificat justifiant leur condition de rapatriés : ce document devait bientôt être échangé contre une carte d’identité polonaise. Lors de leur premier Noël, ils purent enfin partager les oplateks (gâteaux blancs sans levain en forme de grosses hosties) en famille, avec les frères et sœurs, Franek, Albina et Helenka ainsi que leurs conjoints et leurs enfants. Ils allèrent tous ensemble à la messe de minuit pour rendre grâce*…
*Ces événements ont été relatés dansLes Coquelicots de l’espérance, ouvrage paru en décembre 2013 chez L’Harmattan (Série Europe Orientale) : l’astérisque y renverra dans la suite de ce récit.
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C H A P I T R E I : P R E M I E R S P A S D A N S L A N O U V E L L E P O L O G N E
La mère de Stania s’installa dès lors chez sa fille Albina à Kielce ; Janek et Stania se rendirent à Varsovie au Bureau du Rapatriement pour obtenir leurs cartes d’identité mais aussi le logement promis aux ex-déportés.
Quelle joie pour le frère et la sœur de retrouver, signant le mois de décembre, le poids gracieux de la neige sur les arbres, cette neige dont ils avaient été privés pendant quatre ans dans des contrées désertiques ! Quelle ivresse aussi de pouvoir s’exprimer sans contrainte ! Persuadés qu’ils étaient d’être dans une Pologne libre, ils se sentaient autorisés à dire sur la voie publique comme dans les magasins ou les bureaux tout ce qui leur passait par l’esprit ou le cœur… Marcher en liberté dans la capitale les emplissait d’une douce euphorie, ainsi que parler polonais dans le bureau des rapatriés. Stania se vit accorder un appartement de deux pièces-cuisine à Blonie près de Varsovie, dans une maison nationalisée ayant appartenu à un maraîcher. Cette demeure, encore en chantier, avait été divisée en huit appartements de deux pièces ; dans l’un d’eux devait être relogé l’ancien propriétaire. Son frère, lui, avait repris ses études et était logé dans la cité universitaire.
En attendant la fin des travaux, on accorda à Stania un séjour dans une maison de repos en montagne à Kaszuby ainsi qu’une certaine somme destinée à sa famille… La jeune fille fut enchantée de pouvoir discuter, rire avec les deux employés séduisants qui la reçurent au sujet de l’argent promis, d’autant qu’ils l’invitèrent ensuite au café ‘’Bickle’’: moments délicieux de légèreté et de complicité, douceur de vivre oubliée depuis si longtemps ! On lui fit remarquer par la suite que ces jeunes gens ne l’avaient invitée que pour qu’elle partageât avec eux la prime reçue, après quoi ils lui auraient sans doute doublé la mise au prochain versement de l’allocation pour en toucher, une
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