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Les déportés maghrébins en Nouvelle-Calédonie et la culture du palmier dattier

De
379 pages
L'auteur analyse la situation des descendants de Maghrébins en Nouvelle-Calédonie dont les ancêtres ont été déportés à la suite des insurrections algériennes et le ralliement d'autres clans tunisiens et marocains. De plus, l'auteur suit également l'histoire de ce lien entre le Maghreb ancien et la Nouvelle-Calédonie, grâce au fil conducteur que constitue l'introduction par les déportés de la culture du palmier dattier. Un éclairage sur la complexité historique de la colonisation française en Algérie puis en Nouvelle-Calédonie.
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Avertissement au lecteur

Cet ouvrage a fait l’objet d’une première thèse de doctorat traitant de la déportation des Maghrébins en Nouvelle-Calédonie. Celui-ci a été préparé sous la direction de Monsieur le Professeur Pierre-Philippe Rey à l’Université Paris VIII Département d’Anthropologie. Il a bénéficié d’une bourse chercheur-doctorant allouée par la commune de Bourail (Nouvelle-Calédonie), et de financements du Laboratoire d’Anthropologie historique de l’Université Paris VIII. Le jury réuni en avril 2004, était composé des personnes suivantes : Monsieur Pierre-Philippe Rey, Professeur, Université Paris VIII, Monsieur JeanLuc Chevanne, Professeur, Université Paris VIII, Monsieur Francis Kahn, Directeur à l’I.R.D Niger. Les rapporteurs du jury étaient : Monsieur Salem Chaker, Directeur et Professeur du Centre des Recherches Berbères à l’I.N.A.L.C.O, Monsieur Abdallah Bounfour, Professeur et linguiste à l’I.N.A.L.C.O. Il a décerné la mention très honorable avec les félicitations du jury. Ce travail est l’aboutissement de dix années de recherche, ponctuées par la réalisation d’un mémoire de Maîtrise (1996), d’un DEA (1998) et cinq années passées en Nouvelle-Calédonie. Il s’agit d’une édition des sources écrites «en l’état ». Seule la présentation a été revue nécessitant quelques rajouts. Cet ouvrage ne pouvant contenir les nombreuses autres sources : graphiques, cartes, iconographies (faisant l’objet d’expositions ultérieures), références de fonds d’archives inédites (actes de mariage, décès, listes et matricules de l’ensemble des déportés, etc.…), l’ensemble a été sauvegardé à l’état de « rush ». Les documents transcrits sont indiqués en italique dans le corps du texte et en caractère plus petit et avec retraits pour les longues citations. Pour les termes araboberbères, nous avons adopté un système de transcription faisant place à l’usage local, aux formes courantes, s’efforçant de respecter le discours des populations. Pour les références géographiques, les cartes I.G.N de la Nouvelle-Calédonie ont été utilisées (Bourail série orange 4823 (1/50000) ; Moindou série orange (4824) 1/50000) pour notre thèse. Ces cartographies m’ont permis de réaliser la carte phœnicicole de Bourail intégrée à cet ouvrage.

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Remerciements
Je tiens à témoigner toute ma gratitude à Monsieur le Maire de la commune de Bourail ainsi qu’à son équipe, en particulier Mme M.-C. Salem, chargée du patrimoine historique de Bourail, pour la confiance qu’ils ont témoigné à l’égard de ce travail. Ma reconnaissance va, en premier lieu, à l’égard de mon Directeur de thèse, Pierre Philippe Rey (Professeur à l’Université Paris VIII) pour m’avoir engagée dans la voie de cette recherche et m’avoir accordé, son aide et sa disponibilité dont je lui suis gré. En second lieu, je tiens à remercier Jean-Luc Chevanne (Professeur à l’Université Paris VIII) qui m’a encouragée et soutenue depuis mon D.E.A., notamment pour les aspects ethnologiques de terrain. Mes remerciements s’adressent également à Salem Chaker et Abdallah Bounfour (Professeurs à l’I.N.A.L.C.O), pour leur reconnaissance à ce premier travail du domaine scientifique. Ma gratitude s’exprime également envers les équipes phoenicicoles du Maghreb, l’I.N.R.A Algérie, Mr le Directeur K. Feliachi et son équipe, M. Belguedj (ingénieur agronome), l’I.N.R.A Tunisie, Mr le Directeur Q. Othman et son équipe, Daniel Dubost, ingénieur agronome, qui m’ont permis de bénéficier des apports enrichissants de leurs spécialisations respectives, notamment sur la valorisation et la caractérisation du patrimoine génétique oasien. Ceci grâce aux savoirs provenant des familles oasiennes du Djérid, du Zab et du Mzab auprès desquelles j’adresse ma profonde gratitude pour m’avoir transmis cette formidable préservation locale coutumière. Je remercie les représentants des institutions agronomiques locales (NouvelleCalédonie) : l’I.A.C (ex-Cirad), la S.R.F.P, le C.R.E.A pour l’intérêt porté au palmier dattier néo-calédonien ; Mr F. Kahn, botaniste et représentant de l’I.R.D. Niger. Ma reconnaissance s’adresse à la compétence des Archives Territoriales de Nouméa (Mr B. Deladrière et Mme Picquet), des Archives Militaires Historiques de Vincennes (Mr P. Carré), des Archives Départementales des Charentes Maritimes (Mr P.-A. Augié et Mme Chauffier), des Archives d’Aix-en-Provence (Mme E. Durand), des Archives Départementales du Finistère (Mme S. Tesson-Bennett) et aux personnes qui m’ont aidé à regrouper la documentation nécessaire : Mr J.P. Aïfa, ex-Maire de la mairie de Bourail et son secrétaire général, Mme A.-A. Pagès, Mr H. Martinez pour sa collaboration à la recherche de photographies du palmier dattier ancien, Monsieur H. Wayewol journaliste pour un premier communiqué du sujet sur RFO. Enfin, mon amitié s’adresse à ceux qui ont accepté de relire et informatiser tout ou partie de cet ouvrage ; en particulier les éditions l’Harmattan, L. Delozanne, Ingénieur des mines, A. Laupeze, anthropologue, et A. Burelle pour le graphisme. Je remercie les Maires de Moindou, Pouembout, La Foa, Voh et Koumak pour m’avoir fourni leurs précieuses informations sur les dattiers de leurs communes. Enfin, ce livre n’aurait pas pu être rédigé consciencieusement sans les Calédoniens eux-mêmes, en premiers lieux les Kanaks premiers habitants de Bourail, auprès desquels j’adresse toute ma reconnaissance par la qualité de leurs savoirs ; ponctués par la formidable mémoire des familles de descendants d’Algériens qui m’ont consacré la gentillesse des années passées en leur compagnie, le partage quotidien de leurs travaux et leur grande hospitalité. Ils sont nombreux et je ne saurais les remercier nommément sans contrevenir à l’anonymat que la plupart d’entre eux ont souhaité. Je remercie profondément les familles : Bouffénèche, Aïfa Laïfa, Ali ben Ahmed, A. ben Ali, ben Toumi, Mokrani, Abdelkader, El Arbi, Benamiche, Benyamina, Boussenah, Belpatrone, Mestoura, Salem, Hardy, Moulin, Barreteau, Prati, Roy, Richard, Flotta, Rouached, Manauté, pour m’avoir laissé accéder à l’intimité de leurs organisations coutumières.

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Préface

Ce livre présente le double avantage : - d’apporter des connaissances très utiles sur des aspects peu connus de l’Histoire de la Nouvelle-Calédonie et sur celle de l’Algérie, connaissances qui peuvent avoir des retombées politiques et économiques importantes, notamment en NouvelleCalédonie ; - d’intéresser un assez large public pour des raisons diverses en France, en Algérie et en Nouvelle-Calédonie. Il repose d’abord sur une enquête approfondie auprès des descendants d’Algériens en Nouvelle-Calédonie, dont les ancêtres ont été déportés à la suite des différentes insurrections algériennes et notamment kabyles des années 1870, particulièrement l’insurrection dirigée par Al Mokrani en 1871. Les descendants d’Algériens sont au nombre de 15 000 environ répartis sur le Territoire mais ils sont particulièrement présents dans la Commune de Bourail. Cette descendance résulte du mariage des déportés algériens avec des femmes kanakes et avec des femmes françaises déportées elles aussi, particulièrement des Communardes, puisque l’insurrection algérienne principale coïncide avec la Commune de Paris et sa répression avec celle des Communards ; il n’y a en effet pas de femmes algériennes déportées. Cette enquête et l’ensemble de la mémoire orale qu’elle expose sont confrontées avec de nombreuses sources écrites, notamment des listes de déportés établies par l’administration pénitentiaire convoi naval par convoi naval, des listes d’attribution des lots de terre visant à utiliser les déportés en tant que concessionnaires pour la mise en valeur agricole de l’île et aussi avec des sources relatives aux insurrections algériennes elles-mêmes. De plus, l’auteur suit également l’Histoire de ce lien entre Algérie et Nouvelle-Calédonie grâce au fil conducteur que constitue l’introduction par les déportés de la culture du palmier dattier, dont la présence importante dans l’île aujourd’hui témoigne des lieux d’implantation de ceux que leurs descendants appellent aujourd’hui les « Vieux-arabes ». Cette Histoire est absolument passionnante et on imagine facilement qu’elle puisse fasciner les lecteurs algériens et maghrébins en général, des descendants d’Algériens en France, bon nombre d’habitants de la Nouvelle-Calédonie qui côtoient cette communauté de descendants d’Algériens, à l’identité fortement affirmée, sans toujours connaître leurs origines, ainsi qu’un public français intéressé par l’Histoire de la période coloniale et des résistances qu’elle a suscitées ; il peut aussi s’ajouter à ce lectorat un certain nombre de scientifiques, notamment dans le domaine agronomique, qu’intéresse l’influence des faits sociaux et historiques sur la diffusion des espèces

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végétales. Précisions quelques dimensions particulièrement d’accrocher le lecteur : de l’ouvrage qui risquent

- ce qu’il y a de plus frappant dans l’ouvrage, c’est la reproduction par ces déportés tous de sexe masculin d’une communauté qui, au bout de trois ou quatre générations, a conservé la référence à ce groupe initial comme ciment culturel ; peut-être le point le plus significatif est-il celui-ci : l’administration coloniale refusait d’enregistrer les enfants sous des prénoms d’Algériens. Pendant deux ou trois générations, l’ensemble des enfants portait donc officiellement un prénom chrétien et y répondait à l’école, devant l’administration, au service militaire, etc. Mais à l’intérieur de la famille c’était le prénom musulman qui était utilisé ; aussi lorsqu’en 1936 l’administration leva l’interdit sur les prénoms musulmans, tous les Jean, Christian, Joseph, Robert, Michel, etc. redevinrent instantanément officiellement des Taïeb, Ahmed, Mohamed, Ali, Kader, etc. - Cette remarquable résistance à l’acculturation ne se manifeste évidemment pas que sur ce point : l’auteur nous explique comment ces déportés masculins ont appris à leurs femmes françaises ou canaques la cuisine algérienne qui s’est ensuite transmise de génération en génération ; comment a été édifié un mausolée à la mémoire d’un Cheikh décédé par noyade, à l’endroit de son accident et comment ce mausolée donne lieu à un pèlerinage annuel rappelant en tous points les ziarra du pays des ancêtres, comment une association de descendants d’Algériens gère ce lieu de pèlerinage et le cimetière musulman qui l’entoure ; comment les dattiers sont vénérés comme témoins actuels de la présence en ces lieux du « Vieil-arabe » qui les a plantés... - En sens inverse, il est clair que la pression coloniale pour acculturer ces descendants d’Algériens s’est complètement retournée : ce sont les femmes françaises, communardes ou d’origine pénale, qui ont adopté les coutumes algériennes et non l’inverse ; le texte montre à quel point le groupe de déportés issu des insurrections algériennes était prestigieux ; sans doute le groupe des Communards bénéficiait-il d’un prestige identique ; mais il s ont été amnistiés bien plus tôt et ont donc moins laissé de traces sur place ; quant aux femmes communardes mariées à des Algériens, elles ont manifesté à leur façon l’alliance qui s’est immédiatement construite sur place entre insurgés algériens et insurgés parisiens et leur intégration à la communauté algérienne n’a pu que se renforcer lorsque les hommes sont rentrés en France après l’amnistie décrétée par Mac Mahon. Par ailleurs, il est certain que pour tous ceux qui descendent, d’une part de déportés algériens et d’autre part de déportés français d’origine pénale effective (autres que les Communards), la référence à l’ancêtre algérien permet d’effacer la descendance de condamnés de droit commun, dévalorisante, ce qui ne fait que renforcer la cohésion de la communauté des descendants d’Algériens. Cet exemple de contre acculturation intéressera certainement de nombreux lecteurs. Elle mériterait peut-être aussi d’intéresser les politiques en France même, ne serait-ce que pour leur faire prendre conscience du fait que l’intégration des communautés de descendants d’Algériens qu’ils préconisent ne se fera pas forcément sous la

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forme d’une acculturation de ces communautés aux « valeurs françaises » mais par la recherche - et c’est d’ailleurs largement le cas dès aujourd’hui - d’une bonne partie de la communauté française de souche aux « valeurs algériennes ». Mais ceci est une autre histoire… - Ce qui passionnera sans doute le lecteur aussi, et particulièrement tous ceux qui sont touchés par la vogue actuelle de la recherche des « racines », des généalogies, etc., c’est la minutie avec laquelle Melica Ouennoughi, en confrontant son enquête directe, les données que lui fournissaient ses interlocuteurs sur leurs ascendants, les listes de déportés convoi par convoi, les listes de concessionnaires issus de la déportation, parvient à identifier le lien de chacune des familles actuelles avec les déportés originels, malgré les erreurs de retranscription de noms, les transmissions de concessions par vente entre les anciens concessionnaires, etc. - Ceci est évidemment étendu en arrière dans le temps avant la déportation grâce aux enquêtes menées par l’auteur en Algérie dans les zones de l’insurrection ; ceci est renforcé par l’étude agronomique du voyage effectué par les différentes espèces de dattes, depuis telle oasis algérienne jusqu’à telle vallée de Nouvelle-Calédonie et biensûr la transmission des techniques et des outils de la culture du palmier dattier entre ces deux espaces. - la recherche des origines individuelles et collectives des déportés a amené Melica Ouennoughi à retrouver des représentants de son propre clan, les Ouennougha dans la déportation ; le fait étonnant, c’est qu’elle était partie en Nouvelle-Calédonie en ignorant tout de cette insurrection et de la déportation, mais que cette rencontre l’a amenée à mener des enquêtes de terrain particulièrement fructueuses dans le lieu de départ de l’insurrection et à montrer ainsi qu’un grand nombre de clans insurgés dans la région des oasis, dont le sien, étaient apparentés aux Kabyles ; au-delà, elle ouvre des hypothèses, qui recoupent les travaux d’autres chercheurs, sur les liens très anciens entre les communautés des Ziban ou Zab et celles du Mzab ; toutes ces questions passionneront également bon nombre de lecteurs originaires de ces différentes régions. - Un autre rapprochement à la fois passionnant et fécond, c’est celui des effets de la tradition Saint-simonienne du Second Empire d’un côté en Algérie et de l’autre en Nouvelle-Calédonie : a) Melica Ouennoughi montre en effet d’une part que l’insurrection d’El Mokrani est en grande partie liée à la révolte des spahis après la chute de Napoléon III ; ceux-ci en effet étaient liés par des engagements d’honneur avec les officiers des bureaux arabes, qui sont relégués à l’arrière-plan au profit d’administrateurs civils lors de la mise en place de la Troisième République ; or ces officiers étaient pour une bonne part Saint-simoniens et avaient rêvé d’une reconnaissance réciproque entre les valeurs tribales des populations algériennes et le communautarisme Saint Simonien sur la base duquel ils comptaient organiser les groupes de colons français ; si ce rêve était certainement utopique, il semble qu’il se soit traduit dans

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la pratique par un grand respect de ces officiers pour l’organisation clanique de la société et pour ses chefs et que ces derniers aient senti ce respect disparaître à l’arrivée de la République, d’où le déclenchement des révoltes ; cette approche est évidemment très intéressante, car elle montre avec bonheur la complexité aussi bien de la colonisation que de la résistance à la colonisation à cette époque ; elle ouvre de plus le chemin à d’autres recherches sur la conception de la colonisation de l’Algérie sous le Second Empire, qui ne se réduit pas à l’utopie du royaume arabe. b) Mais d’autre par elle montre les effets du Saint-simonisme en NouvelleCalédonie ; en effet durant les années 1860, des officiers Saint-simoniens ont imaginé de reconvertir les bagnards en communautés de colons en leur attribuant des concessions de terre au mérite ; si bien que lorsque les insurgés algériens, dont une partie avaient déjà reçu une certaine reconnaissance des militaires Saintsimoniens en Algérie, se sont retrouvés déportés en Nouvelle-Calédonie, ils se sont vite vu proposer cette solution en attendant l’amnistie qui a beaucoup tardé à venir pour eux, et ils s’y sont engagés semble-t-il avec foi et dynamisme. - Tout ce qui concerne également le rôle symbolique du développement de la palmeraie de dattiers pour souder la communauté, ainsi que les effets au niveau des techniques et de l’outillage est extrêmement parlant ; un écomusée a d’ailleurs été constitué à l’initiative du Maire de Bourail, lui-même descendant d’Algériens comme la plupart des habitants de la commune, où sont exposés tous ces outils traditionnels d’origine algérienne utilisés par les « Vieux-arabes » de NouvelleCalédonie pour la culture du dattier ; la rencontre entre savoir-faire traditionnel et savoir-faire moderne, l’étude à proprement parler généalogique des différents types de dattes ouvrent des perspectives très intéressantes, aussi bien pour les individus à la recherche de leurs racines lointaines que pour les Historiens professionnels ; l’auteur suit ainsi rétrospectivement en remontant jusqu’au XIème siècle et même plus loin la sélection des différentes espèces à des époques successives et comment leur diffusion permet aussi de suivre les mouvements migratoires des groupes humains. Je conclurai pour dire que cet ouvrage est une bonne occasion pour démontrer qu’un travail scientifique de grande qualité peut aussi devenir un livre intéressant le grand public.

Pierre-Philippe REY Université Paris VIII

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« Les rapports de l’homme avec la nature sont infiniment plus importants que la forme de son crâne ou la couleur de sa peau pour expliquer son comportement et l’histoire sociale qu’il traduit ». (A.-G. Haudricourt)

« Les migrations humaines entraînent d’autres migrations ; les arbres pourraient bien être une des causes de leur reformation, et le palmier dattier est reconnu par les forces sociales qui le constituent ».

« A mon père, à ma mère, pour le chemin qu’ils m’ont ouvert, à mon mari et ma fille ».

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Introduction générale

Pour comprendre l’Histoire des Maghrébins de Nouvelle-Calédonie, le lecteur devra tenir compte de l’Histoire culturelle, politique et religieuse de l’Algérie à cette époque de la fin du XIXème siècle1. Concernant cette époque de la déportation, laissée dans l’oubli, il n’y avait rien de précis pour que le lecteur moderne puisse se faire une idée des faits historiques de déportation à une époque où nous retrouvons un certain nombre de ritualisations sociales d’origine araboberbère reproduites dans la région de Bourail. Le voyageur de passage dans cette région ne verra probablement pas l’organisation coutumière qui fut instaurée dans les vallées de Boghen et Nessadiou. Celle-ci n’étant pas visible directement, il a fallu démontrer le sens de cette organisation, son contenu social à travers l’implantation du palmier dattier, ses rites, son lieu saint, ses principes de solidarité qui fondent la base même d’une djemââ ancienne reconduite dans la région de Bourail. Pour connaître le nombre exact des déportés maghrébins, les seuls documents valables restent les numéros d’ordre et les registres d’écrou pour les internements dans les prisons de Métropole avant leur déportation. Le dépouillement d’archives nous a permis de procéder à l’analyse détaillée, qui du reste, a demandé un temps considérable. L’analyse de ces états nous donne une idée assez juste des insurgés maghrébins expédiés vers les dépôts côtiers. Quoi qu’il en soit, il convient de signaler qu’il nous a paru nécessaire de faire ressortir le détail du profil des insurgés qu’on ne retrouve pas dans les registres matricules des condamnés. On trouvera dans les tableaux en annexe, une répartition selon le type de condamnation, par numéro d’ordre ou d’écrou, par profession, par lieux de naissance et/ou résidence et par filiation parentale. Le travail effectué dans le registre des concessionnaires (du centre pénitencier de Bourail) nous permet plutôt de vérifier les origines sociales des concessionnaires maghrébins. Il apparaît tout de suite que la plus grande partie des insurgés maghrébins proviennent du milieu rural, ces cultivateurs représentant le plus gros
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Le nombre important des descendants de Maghrébins en Nouvelle-Calédonie est dû aux évènements insurrectionnels survenus principalement en Algérie à la fin du XIXème siècle. A ceux-ci, s’ajoutent le ralliement des clans marocains et tunisiens. La situation de terrain (Nouvelle-Calédonie) fait référence à la coutume algérienne pour désigner les anciens.

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contingent de la déportation. Ce qui explique que le Maghreb allait subir au fil du siècle une dépaysannerie progressive fortement marquée par cette période de déportation. En dehors du fait que des mesures disciplinaires avaient été établies par l’Administration pénitentiaire, ce document se propose de retracer la vie quotidienne des déportés et transportés depuis les centres d’internement jusqu’à leur déportation en Nouvelle-Calédonie. Tenant compte des éléments ethnographiques, la situation de terrain montre un fort dynamisme rural dans les concessions. Bons connaisseurs des systèmes agraires, ils bénéficient de l’expérience de la terre « collective ». Notre enquête retrace ainsi l’Histoire de l’héritage phœnicicole, issu des grandes insurrections d’Algérie du XIXème siècle déportées sur le sol calédonien. Malgré les excès de traitements rigoureux (alimentation réduite, hygiène limitée, punitions sévères, tentative de conversion religieuse, uniformisation des prénoms), on observe que les vallées de Boghen et Nessadiou, au passé laborieux, ont laissé par la reconstruction d’un univers subjectif algérien, des traces profondes visibles aujourd’hui d’implantation variétale phœnicicole qui prend son origine dans le monde berbère. On dispose d’un certain nombre d’éléments historiques et iconographiques, qui nous permettent de développer ce phénomène de « reproduction ancestrale ». En dépit de l’ordre « ordonné et dominant », l’Algérien concessionnaire n’abandonne pas la tradition agraire. Aussi, voudra-t-il reconstruire le lien culturel solide qui le confronte avec cette terre de l’exil qui lui est « ennemie ». Cette étude n’est pas née de la colonisation, son écriture non plus, sa pensée encore moins. Elle vient du Pacifique, de sa tradition orale, des anciens qui disent n’avoir pas accepté d’être colonisés pour s’être insurgés et déportés loin de leur terre natale. Leur dialogue n’est pas le même, leurs récits que je rapporte ne sont pas en rapport au colonisateur ou du moins ne s’y aliènent pas. Ce sont plutôt des récits recueillis qui nous ouvrent un champ de vision créatif et dynamique. On s’interroge plutôt sur l’histoire d’avant l’indépendance, quelles en étaient les valeurs, les coutumes, les solidarités, les savoirs et savoirs faire traditionnels, les diversités culturelles et culturales, l’universalisme que l’Europe a emprunté à l’Orient.

Repérage et localisation du palmier dattier en Nouvelle-Calédonie
Une première étape a été de définir notre démarche d’observation et de recueil d’informations. Elle s’appuie sur l’historique des composantes et symboliques agraires que avons repérées dans la région de Bourail en Nouvelle-Calédonie. Ces composantes retiennent toute notre attention : elles posent une série de problèmes dus à la position du site et aux techniques liées à la culture du palmier dattier, figés par le poids de l’histoire, de l’agriculture, du commerce et de l’artisanat traditionnel et des siècles de croyances spirituelles adoptés par le groupe étudié et ses protecteurs.

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Pour connaître et analyser le groupe et sa culture dans son contexte historique et géographique, nous avons fait appel aux traditions orales, transmises depuis près de cinq générations. Nous nous sommes rendu compte alors du vide scientifique dans l’approche anthropologique du palmier dattier. L’introduction du palmier dattier, aidé du repérage d’anciennes techniques traditionnelles, a joué un rôle certain dans les rapports humains. Le procédé de la méthode de participation et d’observation directe permet de resituer et de reformuler le rôle joué par le dattier dans les lieux étudiés. Dans les récits traditionnels, il est considéré à la fois comme le compagnon culturel et universel, générateur du tissu social dans l’espace communautaire. Il apparaît avec une affection quasi parentale. Par conséquent, la transmission et la tradition doivent nous éclairer sur les espaces localisés et les éléments sur lesquels se fondent nos hypothèses. On attribue la présence de palmiers dattiers en Nouvelle-Calédonie, au passé historique des Algériens déportés sur ce territoire. L’un des aspects importants qui fondent notre hypothèse est la référence du procès-verbal de l’Agriculture2. Celui-ci indique, par les produits agronomiques qu’il présente, les résultats de cultures introduites sur ce territoire et leur étude d’implantation par les premiers agronomes. En ce qui concerne le palmier dattier, il n’apparaît pas dans les textes de l’agronomique introduite sur le territoire. On peut, sans doute, invoquer ou supposer un lien avec les déportés algériens dans la région de Bourail. Quel est le lien qu’il nous faut rechercher ? On est tenté de rechercher des explications du côté des structures sociales et culturelles qui entourent le palmier dattier, afin de rechercher les raisons qui l’ont amené dans la région de Bourail. Ceci nous conduit forcément à examiner le contexte et la technique dans lesquels le palmier dattier s’est développé. On constate qu’il insère toute une continuité de mouvements de peuples dont la Nouvelle-Calédonie n’est que la dernière et plus spectaculaire manifestation. Celleci peut être étudiée par le caractère typologique et toponymique de la datte introduite dans cette région du Pacifique. Nos travaux devraient nous permettre de contribuer à une réflexion sur la place du dattier dans la culture traditionnelle, ainsi que les moyens de sauvegarde du patrimoine génétique phœnicicole maghrébin. Pour ce faire, nous nous sommes interrogés sur l’existant. Les valeurs symboliques et productives du dattier sont intimement associées à la rencontre entre l’homme et son environnement, comme en témoignent les recherches internationales actuelles sur la culture dattière. Compte tenu des opinions scientifiques en vigueur, on constate que le palmier dattier n’est pas isolé dans son genre et que sa fonction productive et commerciale n’est pas moins
2 Les cultures introduites dans la région de Bourail sont : la canne à sucre, le coton, la culture du café, le manioc, le maïs et le haricot. On les retrouve répertoriées In : Cours (Un) d’Agriculture Générale pour la Nouvelle-Calédonie, « Un résumé de nos productions végétales », par Charles Jacques, Secrétaire de la Chambre d’Agriculture, réunion du 21 Juillet 1933.». Voir également l’ouvrage du Dr G. Nicomède, Un coin de la colonisation pénale, Bourail en Nouvelle-Calédonie, 1883-1885, Rochefort-sur-Mer, 1886.

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patente que sa vocation spirituelle. Ainsi, cette étude apporte à la recherche anthropologique un nouveau regard vers les formes agronomiques anciennes diffusées par l’homme. Nous verrons quelles ont été les techniques (création de systèmes d’irrigations traditionnels) qui ont servi à la mise en culture rurale et tropicale, en bénéficiant d’une participation collective. Grâce au site particulier - trait d’union entre mer et montagne -, pour une palmeraie à fonder, la production de fruits semble avoir été effectivement un mobile pour ces Maghrébins. La composition humaine des vallées d’étude (zone étudiée) est la résultante d’un processus historique. Les ruptures socioculturelles (la révolte, la résistance, la dépossession des terres, le génocide culturel) sont les principales causes des déportations successives en Nouvelle-Calédonie. Le souci de chaque habitant de Boghen et Nessadiou, par exemple, est la persistance du désir de communier, célébrer, communiquer, s’entraider, travailler, persévérer, telle que la tradition nous le traduit. Est-ce une fabrication de « l’imaginaire social » incluant les croyances, les symboles, les techniques d’une situation qu’on souhaite embellir, pour garder le souvenir des ancêtres déportés ? Il y a lieu évidemment de mieux connaître l’espace habité de chaque individu ou groupe d’individus, pour analyser leurs préoccupations. Une chose est certaine, les habitants ne pourraient pas vivre ou survivre culturellement sans leurs palmiers dattiers. Sur les palmiers amazoniens, F. Kahn3 cite :
« Le palmier, « Arbre de vie », est associé dans de nombreuses cultures à un important corpus de légendes, dont celle du déluge au Venezuela, selon laquelle hommes et femmes de l’Humanité actuelle, descendraient des fruits du Mauritia Flexuosa ».

La question du lieu saint commun aux uns et aux autres, constitue, au demeurant, un phénomène hagiographique de grand intérêt, pour la reconstitution d’une mémoire millénaire. C’est dans cette dynamique vers le sacral que notre travail de recherche s’oriente en partie, et qu’il nous faut comprendre toute la trajectoire de la lignée maraboutique ascendante, et la composition de la structure humaine transformée à travers le temps et l’espace. La problématique s’articule sur deux observations : - L’attachement des descendants à leur environnement culturel explique sans doute la raison pour laquelle nous retrouvons des dattiers âgés de plus d’un siècle. Pour ces déportés, le déracinement et les ruptures foncières ont entraîné d’autres modèles d’organisation de la production. Ceux-ci ont continué de reproduire la tradition des ancêtres. La tradition oasienne - fortement imprégnée de l’imaginaire hagiographique - n’aurait-elle pas reproduit l’espèce qui les reliait à leur terre
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Cf. Les Palmiers de l’Eldorado, Orstom Editions, Paris, 1997.

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nourricière, à leur arrivée à Bourail ? - L’intérêt pour la question du système de bouturage du dattier et les modes de gestion traditionnelle. Le bouturage et la résistance des espèces observées se sont développés par la réalisation de systèmes d’irrigations traditionnels et l’usage du fer forgé (outils spéciaux). Comment des systèmes d’irrigations de type foggara ou seguia ont pu être aménagés dans la région ? Ces deux « éléments historiques » sont une source d’informations incontestée dans notre démarche anthropologique, puisqu’ils accompagnent en permanence la tradition orale qui demeure la source inégalée de la subjectivité du groupe luimême. Ceci a suscité la mise à disposition des lieux qui ont été photographiés et répertoriés, puis sélectionnés pour un premier « Dossier pratique de terrain » réalisé à partir de nos premières enquêtes menées durant les années 1999 et 2000. Ces apports scientifiques sont associés entre eux : [dattiers-lignage-outils-foggara] ; par conséquent, nous verrons comment les habitants ont organisé une microsociété, de par ce phénomène d’association qui a permis de construire ces étroites frontières culturelles.

Méthodes d’approche
La plupart des personnages, porteurs d’une mémoire essentielle à la reconstitution historique, sont très vieux. Arrivée sur le terrain, je demande à les rencontrer sachant qu’ils ont des récits précieux à exploiter. Ainsi, le travail enregistré comporte des morceaux de récits. Ils nous permettent d’engager une étude comparée sur les anciennes pratiques des tribus berbères au Maghreb et leur reproduction dans une région du Pacifique. Ceci, afin de vérifier si les rites ont été transformés en fonction du lieu où se sont trouvés les déportés. Nous disposons d’un certain nombre d’informations historiques et iconographiques ainsi que des témoignages anciens qui nous permettent de développer l’étude sur les noms des lieux d’une région d’origine, d’une appartenance tribale ou religieuse. Les informations émanant de la recherche toponymique par l’existence des noms dans le registre concessionnaire de Nouméa compléteront notre documentation. Aussi, le matériel recueilli dans la vallée de Nessadiou et des autres lieux (île des Pins, île de Maré,…) par le biais de la tradition orale, est riche en tradition ancestrale coutumière (mythes et légendes du passé, récits historiques sur l’arrivée des « chefs »). Composés de Chioukh, Khadis, Amins, Taleb, etc., ces exilés ont développé la tradition de leurs ancêtres. En examinant attentivement les espèces implantées dans la brousse, nous pensons qu’elles ont été formées à l’arrivée des premières vagues d’Algériens dans les concessions rurales de Bourail, ces derniers ayant semé des noyaux. Il est probable alors que l’existence de la diffusion du dattier soit révélatrice de l’influence de Chioukh dans la région. On serait enclin à penser que la foi de ce groupe d’hommes et l’héritage du savoir-faire ancestral, à travers la dimension spirituelle, ont joué un rôle important dans l’équilibre écologique et la mise en cultures vivrières. Ils ont

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joui d’une grande estime parmi l’ensemble des habitants. Les relations furent fraternelles dans leur vocation originelle (agronomique et spirituelle). L’intérêt ici est surtout porté sur la fonction d’arboriculteurs des Chioukh. Pour planter le dattier, le polliniser et l’irriguer, ces arboriculteurs se sont enrichis de l’expérience des plus anciens phœniciculteurs. Les palmiers dattiers séculaires ont été introduits par semi de noyaux, la sélection semble avoir été semblable à la gestuelle ancestrale oasienne. Ils ont introduit le dattier mâle et le dattier femelle en Province Sud et en Province Nord. En introduisant le dattier mâle et le dattier femelle, les Chioukh ont adopté et introduit dans ces régions un système coutumier ancien, qui n’a pas été imprégné de censure idéologique, de revendication ou d’illusion identitaire. Un système coutumier (bouturage), plus près des valeurs kanakes qui, anime parfois les communautés lorsqu’un phénomène régionaliste est mis en exergue. Se pose alors la question de l’attachement aux formes coutumières, représentatives du devoir et de la sagesse. On attribue une grande importance aux Chioukh par la sagesse et l’enseignement qu’ils ont acquis de leurs aïeux, mais également pour la signification historique que l’on donne à ces protecteurs de la tradition coutumière. Aussi la rupture et la séparation du lieu natal des hommes ont été reconduites sous le contrôle des « protecteurs » de l’autorité traditionnelle, vêtus du burnous natal, qui ont pour devoir l’exercice de leur fonction « divine ». On va plutôt s’interroger sur l’origine de la solidarité que l’on retrouve dans les vallées de Bourail. Il s’agit de reconstituer l’histoire des échanges probablement liés au phénomène socioculturel d’une phœniciculture introduite. Comment celle-ci est-elle apparue dans les formes d’échanges et de recomposition familiale et comment se joue-t-elle dans l’étude des représentations culturelles agronomiques d’origine berbère ?

La propagation de la datte a donné lieu à une ritualisation commune…
Les trois années exceptionnelles de sécheresse 1883, 1884 et 1885, de par leur forte aridité, ont développé des cultures associées. Le degré d’implication des déportés algériens dans la mise en valeur des cultures semble avoir été lié aux conditions écologiques favorables au palmier. Son implantation est passée au stade des premiers fruits jusqu’à une maturation complète. Les fruits ont été pendant plusieurs années une alimentation quotidienne des vallées de Bourail. A une certaine époque, du temps des « Vieux-arabes »4, la culture intensive fut permanente. Le palmier dattier a donné lieu à une ritualisation commune provoquée par des alliances mixtes entre groupes ethniques distincts (Algériens et Européens concessionnaires, Mélanésiens et Asiatiques). D’un point de vue génétique, nous verrons comment le phénomène de propagation de la datte a produit la force de la natalité au sein des groupes. On s’interroge alors sur le problème des politiques
4 Le terme composé de « Vieux-arabes » désigne les déportés algériens en Nouvelle-Calédonie. Son écriture est liée au contexte historique et à la mémoire collective que les Calédoniens portent à ces premiers arrivés.

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natalistes de l’Algérie à partir de 1830 pratiquées sur une population méprisée par « les Prépotens », terme employé par Charles-André Julien5 pour dénoncer ce genre de mesure. L’objectif d’une telle mesure serait d’aboutir à l’élimination de l’indigène. Ont-elles été effectuées sur les déportés algériens en NouvelleCalédonie au nouveau statut d’indigènes concessionnaires ? L’indigène algérien déporté, qui devient un individu concessionnaire, peut procréer pour la colonie. En outre, l’administration coloniale n’a pas été en mesure de vérifier les naissances. L’objectif était de former des familles foncièrement chrétiennes. Elle pensait que par les mariages mixtes, les générations futures allaient perdre toute leur identité et la religiosité des pères. La politique assimilationniste et le projet d’une « élite future » ont de ce fait échoué. Ceci explique probablement que le système coutumier des anciens a introduit des rites et développé une vraie collectivité qui porte une descendance algérienne nombreuse fondée. Des pratiques bien vivantes subsistent jusqu’à présent, à travers l’étude des rites et représentations collectifs autour d’un cimetière maghrébin qu’on identifie comme étant une structure se rapprochant du principe « zaouïa ». Cette structure coutumière prend son origine par la formation du culte d’un saint patron. Elle dispose d’un certain nombre de ritualisations d’origine ancienne (ziyàra, la zerda, la touiza, la saddaka, moussem). Quels que soient le groupe d’appartenance et le lieu régional d’origine, le système coutumier a permis de préserver une communauté non divisée. C’est aussi pour cette raison que le nom de Sidi Moulay a pris une grande importance spirituelle et formé une communauté originale. Les ritualisations religieuses se sont formées à la fondation de Sidi Moulay. Alors que dans le contexte néo-calédonien, on a conservé des ritualisations d’origine ancienne, on constate que le pays d’origine (Algérie/Maghreb) ne les a pas conservées dans leurs intégralités. Nous nous sommes intéressés plutôt au modèle d’organisation agronomique et technique, pur héritier du système traditionnel des pères que l’on nomme dans le contexte néo-calédonien, les « Vieux-arabes ».

Recherche de l’héritage phœnicicole néo-calédonien
En provenance d’une phœniciculture introduite au Maghreb La diversité génétique du palmier dattier à travers le monde explique que chaque région de production d’un pays a choisi à partir de francs, les meilleurs cultivars, ceci durant des siècles de sélection paysanne. Cette diversité est le résultat de la sélection à partir de noyaux, faite par les agriculteurs pour ne retenir que les meilleurs génotypes (variétés primitives), ce que nous retrouvons actuellement dans les palmeraies traditionnelles du Maghreb par exemple. Ces cultivars sélectionnés
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Cf. Histoire de l’Afrique du Nord (Tunisie, Algérie, Maroc), Payot, Paris, 1932, 9ème éd. Ibid., 1986.

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possèdent des caractéristiques intéressant l’agriculteur : précocité, tardivité, goût, couleur, texture (molle, ½ molle ou sèche), résistance aux maladies, aux aléas climatiques, capacité à la transformation, à la conservation, capacité du palmier à produire des rejets. Ces cultivars ont généralement un nom vernaculaire : degletnour, deglet-beïda ou ghars (Algérie et Tunisie), medjoul (Maroc), etc. Cette dynamique de sélection est actuellement très peu pratiquée car « la datte n’est plus le pain des Sahariens » et que par conséquent la palmeraie a perdu cette fonction nourricière qu’elle avait il y a à peine un siècle. Les meilleurs cultivars se maintiennent grâce à l’existence d’un marché local, régional ou d’exportation. Dans ce contexte, l’introduction de palmiers dattiers en Nouvelle-Calédonie par les déportés algériens, prend une signification particulière. A cette époque, les dattes étaient une nourriture de base pour de nombreux habitants du Maghreb : certaines variétés sèches comme les mech-degla du Ziban ou la degla-beïda de l’Oued Rhir étaient d’excellente conservation et fournissaient aux populations nomades en particulier mais pas seulement, une ressource alimentaire de base riche en calories et en sels minéraux. Les noyaux eux-mêmes étaient consommés par les animaux. Les Sahariens encore aujourd’hui considèrent qu’une réserve annuelle de 50 kg par personne est nécessaire. Il ne faut donc pas s’étonner que d’une manière ou d’une autre les forçats algériens aient gardé par devers eux au cours de leur long voyage de déportation une réserve de ces fruits. Il est possible également que le personnel ait fourni ces dattes comme menu principal à bord des vaisseaux. Les dattes ne nécessitant ni préparation ni cuisson tout en se divisant facilement offraient de réels avantages pour la survie des hommes. La liste6 des marchandises à bord des vaisseaux ne mentionne aucune trace de dattes. Elle nous indique seulement que les Maghrébins furent autorisés à consommer cru leurs aliments qu’ils préparèrent eux-mêmes, et que le vin était remplacé par du lait (les vaches de Quélern leur étaient destinées à raison de 45 litres de lait par jour). Les palmiers dattiers séculaires ont été introduits par semis de noyaux. La sélection est semblable à la technique ancestrale oasienne. Ceci suppose la présence historique de cultivateurs - bons connaisseurs en phoeniciculture - déportés sur le territoire calédonien au XIXème siècle. Cette diffusion par semis de noyaux a donné des rejets en abondance qui ont formé d’autres cultivars, qui à leur tour, au bout de cinq générations successives, ont fait naître des variétés de dattes de bonne constitution morphologique et biologique. La recherche d’une anthropologie historique et biologique du matériel végétal maghrébin (pour le cas du palmier) se justifie pour plusieurs raisons. Il est possible en effet que les troubles insurrectionnels aient gagné les oasis. L’agitation se serait donc généralisée. Des renseignements, plus ou moins complets, nous permettent de reconstituer, dans cette voie « guerrière », l’itinéraire technique des palmeraies
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Ministère de l’Intérieur, Lettre du 30 Août 1873.

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comme symbole culturel du Maghreb ancien à travers les siècles et les espaces, pour connaître ensuite leur diffusion dans le monde (Espagne, Italie du Sud, Amériques, Asie, Pacifique).

L’inventaire variétal comme lien technique phœnicicole
La question de l’introduction de dattes issues d’hybrides séculaires introduits en Nouvelle-Calédonie par des phœniciculteurs d’origine algérienne, nous permet en première partie de reprendre l’itinéraire d’origine qui se voit développé autour des réseaux d’échanges locaux mais également entre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest. Cette nouvelle piste de recherche serait une collaboration interdisciplinaire en anthropologie historique des techniques et en agronomie saharienne. L’étude de l’introduction de la datte au Maghreb nous met en relation avec l’ensemble oasien. C’est en cela que nous nous sommes rapprochés des Centres d’études phoenicicoles du Maghreb (Degache/Tunisie pour l’I.N.R.A.T. et Biskra/Algérie pour l’I.N.R.A.A.). Le champ des savoirs historiques et techniques phœnicicoles a totalement été négligé. On s’est désintéressé des problématiques de base des oasis comme source anthropologique, historique, technique et culturelle de vie. Au cours de nos enquêtes effectuées dans la région de Biskra et de Degache, les phoeniciculteurs expliquent que c’est sur cette base d’introduction de noyaux, que l’on retrouve les variétés de dattes et leur lieu d’implantation. L’implantation de noyaux à variétés improprement appelées « communes », que notre ignorance persiste à ignorer doctement, sont perçus dans la riche tradition orale, comme des indicateurs privilégiés et en quelque sorte, les marqueurs vivants des caractéristiques génétiques particulières implantées dans un espace historique et technique. Ce retard nous a interpellé dans cette démarche d’anthropologie historique et biologique liées à la phoeniciculture. Récemment, l’agronome M. Belguedj7 de l’I.N.R.A.A. s’est posé la question de savoir comment sauvegarder la diversité du patrimoine génétique oasien :
« Comment parler de conservation de la diversité biologique et surtout comment la réussir, si nous ignorons tout des critères, du système paysan de pratiques, et des objectifs ou finalités poursuivis par les premiers conservateurs que sont les agriculteurs ».

L’implantation de palmiers dattiers par leur caractérisation variétale à travers les siècles et les espaces a totalement été ignorée de l’agronomie en général. Cette discipline a plus formé des spécialistes pour effectuer les programmes
7 Cf. Les Ressources génétiques du palmier dattier. Caractéristiques des cultivars de dattiers dans les palmeraies du sud-est Algérien . In : 3D Dossiers – Documents – Débats. INRA Algérie. Revue annuelle N° 01/2002 p 4. L’organisation pré expérimentale, voire méthodologique d’un tel travail minutieux a été opéré et constaté par les équipes de recherche sahariennes, qui ont entrepris des sélections de cultivars avec l’aide des agriculteurs de dattes qui sont une réalité palpable.

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conventionnels en adéquation avec les cursus officiels, dans le but de constituer un développement commercial exigeant et normatif d’une monoculture définie. Dans le but de réaliser l’inventaire des variétés introduites en Nouvelle-Calédonie, nous avons fait appel au spécialiste agronome, pour nous aider à reconstituer cet itinéraire historique des techniques. Nous lui avons fait part de l’existant phœnicicole en Nouvelle-Calédonie et surtout des variétés de dattes qu’il serait utile de vérifier. Dans les quelques travaux d’analyse, j’ai essayé d’aborder la variété non pas en termes biologique ou agronomique, mais de faire de la datte une typologie dans la connaissance qu’en ont les gens, dans l’interprétation et la symbolique qu’ils donnent. Les palmiers ont un lien avec ces hommes, leur histoire sociale, leur déplacement historique et technique : c’est le cas des Sidi Bouazyd dans la région de Biskra qui, suite à l’insurrection de El Amri en 1876, ont été déportés sur le sol calédonien. Cette « tribu » a été à l’origine des premières palmeraies du Ziban au XIIIème siècle. Leur parcours agropastoral permet de comprendre l’itinéraire de leurs techniques à travers les siècles et les espaces dans la constitution de palmeraies. Cette trame de recherche est susceptible d’amener à la réflexion d’un possible « rapprochement », sans qu’il soit possible d’affirmer pour le moment une connexion entre les variétés calédoniennes et oasiennes. Il ne s’agit là en effet que d’une hypothèse. C’est pourquoi à l’aide des outils des sciences expérimentales, la biodiversité végétale du palmier dattier néo-calédonien pourrait nous être révélée.

Notre démarche
Il s’agit de rechercher un passé qui a produit un présent, avec comme instruments d’analyse : les signalisations culturelles apparentes liées à la symbolique du dattier. La question que l’on se pose et qui sollicite le regard de l’observateur est la suivante : Par quelle étape, les dattiers sont-ils passés pour devenir ce qu’ils sont aujourd’hui ? Comment les vallées de Bourail se sont-elles formées par l’identification des dattiers et en particulier du mythe fondateur ? Notre recherche a commencé par la constitution des sources documentaires : [Bibliographies : France, Algérie, USA, Nouvelle-Calédone, Australie], de fonds d’archives nationales et territoriales : [Fonds d’Archives Territoriales (Nouméa), Fonds d’archives de la commune de Bourail, Fonds d’Archives historiques des Armées de Terre et de la Marine (Vincennes), Fonds d’Archives d’Outre-mer (Aix en Provence), Fonds d’Archives de Toulon, de Brest, de l’île de Ré et de la Rochelle]. Les contacts entrepris auprès des municipalités et des centres de recherche locaux : - La commune de Bourail nous a fourni l’hébergement, l’infrastructure nécessaire et la mise à disposition, par son personnel administratif, d’un certain nombre de

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documentations (état civil, mariages, décès, état des concessions et attribution de lots). - Plusieurs contacts ont été entrepris avec les communes territoriales (Moindou, Bourail, La Foa, Pouembout, Koné, Voh, Koumak). Pour obtenir des informations et une collaboration d’agronomie locale, il a semblé nécessaire de prendre contact avec les deux principaux centres de recherche scientifique basés sur le territoire calédonien. Les contacts ont été établis à partir des premières enquêtes menées sur le terrain entre les mois de décembre 1999 et janvier 2001. Les centres visités sont les suivants : l’Institut Agronomique Calédonien (ex-C.I.R.A.D.) qui a nous été présenté par son Directeur Général, Mr T. Mennesson. Un rapport pratique de terrain (une centaine de pages) durant les périodes d’enquêtes du mois de décembre 1999 au mois de janvier 2000. Celui-ci a été constitué à partir de données d’anthropologie et d’agronomie recherchées sur le palmier dattier et sa diffusion sur le territoire. Il s’intitule :
« Palmiers dattiers de Bourail (Nouvelle-Calédonie). Réintroduction d’espèces ancestrales. Contraintes et atouts de développement ».

- L’Institut de Recherche et du Développement de Nouméa (I.R.D.) représenté par son Directeur Général, Mr Colin, auprès duquel Monsieur Auzende, Chargé de Mission du M.R.T. Nouméa, dépêché par le commune de Bourail et le Secrétariat d’Etat à l’Outre-mer, a remis le contenu de notre recherche. Autant la question d’agronomie des techniques serait susceptible d’intéresser l’I.A.C., autant la question anthropologique et symbolique du palmier dattier pourrait être une des directives de recherche appropriées à l’I.R.D. - Le S.R.F.P implanté à Pocquereux-La Foa, qui nous a été présenté par le Représentant du centre agronomique : Mr F. Mademba Si. La station de recherche développe entre autres : la protection phytosanitaire des cultures fruitières, élabore et valide des innovations techniques notamment le bouturage du litchi. Toutes ces cultures sont référencées dans les cahiers de l’agriculture que possède la station de Pocquereux, en revanche, nous n’avons trouvé aucune trace du palmier dattier. - Le CREA (Direction Mr P. Laubreaux) implanté dans la vallée de Nessadiou nous a été présenté par l’agronome Mr L. Kojfer en 1999. Vu l’implantation du centre dans la vallée de Nessadiou (zone d’étude), nous avons été en contact de manière régulière, notamment avec les employés techniques et la nouvelle direction (Mr Haury). Le centre participe au développement et aux expérimentations de la culture de certains produits, notamment la pomme de terre et la betterave. La culture dattière au sens anthropologique et agronomique du terme est le fondement même de notre thèse. Il s’agit de rechercher les subjectivités inhérentes à celle-ci et de vérifier les données bibliographiques exploitées dans le monde. La localisation de palmiers dattiers séculaires en Nouvelle-Calédonie nous interpelle

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sur leur mode d’introduction et un certain nombre de questions sont posées : Par quel cheminement les palmiers dattiers se sont retrouvés sur ce territoire ? Quels types de propagation (par semis de noyaux ou par rejets) ? Quels sont les acteurs de cette introduction ? Quelle histoire donner à cette introduction ? Quelles sont les variétés introduites ? Ont-elles un lien avec le passé historique des hommes et quelles sont leurs localisations d’origine ? Bref, un certain nombre de problématiques qui nous permettent de nous rapprocher des pays d’origine et d’y étudier les lieux historiques phœnicicoles.

PREMIERE PARTIE Itinéraire historique et technique des palmeraies Origine, culture et formation

Chapitre I L’introduction du palmier dattier au Maghreb

1. Aire d’origine et zone de cultivation
Le palmier dattier a une origine ancienne. Il est connu depuis l’antiquité ; Considéré par les Egyptiens comme un symbole de fertilité, il est représenté par les Carthaginois sur les pièces de monnaies et monuments, et utilisé par les Grecs et les Latins comme ornement lors de célébrations triomphales. L’étymologie du mot palmier dattier dérive de Phœnix d’où vient le mot Phénicien, qui désigne le peuple des palmiers (Phœnix). Ce serait les Phéniciens, « porteurs de dattes », qui auraient diffusé la culture du palmier dattier. Aristote compara des dattes à des doigts (dactylos). C’est pourquoi la datte est décrite comme « doigts de lumière ». Du fait qu’on reproduit le palmier dattier par bouturage des rejets plutôt que par graines, les Grecs et les Romains avaient une vision mythique du palmier. Ils considéraient qu’il renaissait de lui-même comme le Phénix, l’oiseau mythique qui vit dans son nid d’aromates et qui renaît de lui-même après s’être consumé. C’est ainsi que dans leur vision anthropomorphe, les dattes sont symbolisées comme des « doigts » en grec, en latin et en arabe. Le dattier apparaît dans l’imaginaire des peuples ayant une grande longévité. Il est une espèce cultivée depuis très longtemps, les plus anciens témoignages de sa culture se situant entre 4000 et 3000 ans avant JésusChrist. La culture du palmier dattier est pratiquée depuis l’Antiquité en Afrique méditerranéenne, du sud de l’Atlas jusqu’en Egypte. La limite septentrionale de son aire de culture suit sensiblement le versant saharien du Grand Atlas, l’Atlas saharien au Maghreb et le rivage méditerranéen de Libye et d’Egypte. Le développement du palmier dattier est associé aux premières vagues de civilisations agricoles du Croissant fertile. Il est devenu symbolique pour beaucoup de populations dans le monde. Le palmier dattier a sa place dans les textes monothéistes. Dans la Genèse, la légende raconte que les Hébreux utilisaient le jus de dattes pour glorifier l’Eternel.

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Dans la Bible, le palmier dattier symbolise le Juste et est riche de bénédictions divines :
« Que le Juste ainsi qu’un palmier soit florissant ». « A Jérusalem poussa le palmier de Marie, L’accouchement de Marie, mère de Jésus, Au pied du Palmier, Qui donna des fruits exprès pour elle ».

En hébreu, le mot tamar désigne le fruit du dattier (datte). La Tora enseigne des versets sur le palmier dattier comme celui-ci :
« Si même ses branches (palmes) servent à réaliser une Mitsva (le loulav à Souccoth), ses graines, pourvues d'un albumen oléagineux donnent l'huile de palmiste. »

Ou encore :
« Le juste qui fleurit comme le palmier dattier, est une des douze apparitions de la datte dans la Bible ».8

Dans les régions sahariennes, les Berbères oasiens donnent une signification précise à ce mot. Celui-ci est employé lorsque la datte a atteint sa phase finale de maturité (tmar ou phase V employés dans l’agronomie scientifique internationale). De ce fait, pour permettre une maturité complète de la datte tmar, cinq phases accompagnent un nom vernaculaire significatif au rite ou à l’histoire ancienne de la datte9. On retrouve ainsi quelques informations botaniques sur les palmiers dans certains versets du Coran comme celui d’Al Bakarat :
« L’un de vous aimerait-il avoir un jardin de dattiers et de vignes sous lesquels coulent les ruisseaux, et où poussent pour lui toute sorte de fruits ». « Honorez le dattier, il est votre tante maternelle, Il a été formé avec le reste du limon qui a servi à composer Le corps d’Adam ».

Ou encore celui de la sourate :
« C’est lui qui fait du ciel descendre l’eau. Par elle nous faisons pousser les germes de toutes les plantes, par elle nous produisons la verdure d’où sortent les grains disposés par séries, et les palmiers dont les branches donnent des grappes suspendues, et les jardins plantés de vignes, et les olives et les grenades qui se ressemblent et qui diffèrent les unes des autres. Jetez vos regards sur leurs fruits, considérez leur fructification et leur maturité. Certes dans tout ceci, il y a des signes pour ceux qui comprennent… »10

Psaumes 92, p 13. J’ai entrepris un travail minutieux sur le parcours de la datte et ses origines oasiennes. De mes enquêtes effectuées durant les périodes 1999 à 2003, auprès d’un échantillon d’une trentaine de cultivateurs oasiens (Djérid, el Oued, Biskra), il en ressort que celle-ci a un lien fort avec leur itinéraire technique et leur généalogie. 10 Sourate 6, Al An’am (les bestiaux), verset 99.
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Pline l’Ancien11 la résume ainsi :
« On affirme que dans une forêt naturelle, les palmiers femelles privés de mâles, elles s’inclinent vers lui pour le caresser de leur couronne de feuillage, tandis que lui, dresse et hérisse ses feuilles et de son souffle, de sa seule vue aussi de sa poussière (le pollen), il les féconde toutes. Si on les coupe, les dattiers femelles, réduits en veuvage, redeviennent stériles. Ils possèdent à un tel degré la sexualité, que l’homme aurait inventé un moyen de les féconder en saupoudrant les pieds femelles avec les fleurs, le duvet et parfois la simple poussière des pieds mâles ».

Voici comment cette remarque de Pline fut appliquée avec des détails plus précis sur cette fécondation artificielle que l’on retrouve dans le livre d’Agriculture d’Ibn al-Awam (Kitab al Felahah) :
« On opère la fécondation du palmier (femelle) au moyen du mâle à l’époque de la floraison et l’on obtient des fruits mûrs et excellents. J’ai opéré moi-même la fécondation d’un palmier sur le mont Ajarafe (as-Saraf)12 au moment de l’épanouissement des fleurs, au moyen d’une petite portion de fleurs mâles. J’ai projeté sur ce palmier la poussière obtenue de ces fleurs et une partie des fruits s’est produite douce et de bonne qualité. Je n’ai pratiqué l’opération qu’une seule fois cette année, mais il faut nécessairement la répéter plusieurs fois, comme pour la fécondation du figuier. »13

2. Les civilisations agricoles du croissant fertile
Le Croissant fertile, à cheval entre l’Afrique et l’Asie, est la terre où est née la civilisation agricole méditerranéenne. Il y a environ dix mille ans sur cette terre verdoyante et féconde, les hommes commencèrent à cultiver les plantes. L’une des cornes du Croissant fertile était la Mésopotamie, vaste empire qui s’étendait entre les deux grands fleuves légendaires, le Tigre et l’Euphrate.
« De très nombreux affluents viennent alimenter le Tigre. Ils sont issus des monts Zagros notamment le Grand Zab et le Petit Zab (392 et 400 km), l’Adhaïm (230 km) la Diyala (386 km ») ». 14

Cette description géographique nous permet de rechercher s’il existe véritablement un lien étymologique des monts Zagros - notamment le Grand Zab et le Petit Zab avec les oasis du Zab dans le sud-est saharien (Algérie) ?15

Cf. Histoire naturelle, éd. A. Ernout et al., Paris, 1947 sqq. L’Ajarafe désigne la chaîne de collines longeant la rive droite du Guadalquivir au Nord de Séville. 13 Mélanges Gaudefroy-Demombynes, Imprimerie de l’Institut Français d’Archéologie Orientale, Le Caire. 14 Mutin G., Le Tigre et l’Euphrate de la discorde, In : Vertigo : la revue en sciences de l’Environnement sur le Web, Vol 4. No 3, décembre 2003. 15 L’étude de cette géographie culturelle entre les Zab anciens (Mésopotamiens) et les Zab Sahariens (Algériens) est utile pour la suite de nos travaux car ces régions montrent l’existence d’un riche patrimoine génétique pheonicicole ancien.
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Les Sumériens, habitants de la basse Mésopotamie, seraient les premiers maîtres en phoeniciculture. La seconde corne, la vallée du Nil en Egypte, aurait été un autre centre de domestication de palmiers dattiers. Les Sumériens cultivaient le dattier il y a 6000 ans et une des raisons de l’irrigation en Mésopotamie sumérienne fut d’amener de l’eau en quantité suffisante aux pieds des palmiers. Il semble être à l’origine de l’iconographe de l’arbre de vie, support du monde, depuis l’époque sumérienne. Le développement du palmier dattier est associé aux premières civilisations agricoles du Croissant fertile. Sa culture est devenue symbolique pour beaucoup de populations dans le monde. Les Phéniciens avaient œuvré pour explorer et exploiter les rives de la Méditerranée et ouvrir des routes de commerce maritime. La hardiesse de ces marins fut considérable. La Méditerranée toute entière fut de tout temps, l’objet de préoccupations commerciales. Les routes caravanières traversèrent tout le Sahara et formèrent de grandes cités agricoles. La prospérité économique s’installe dans toute la Méditerranée grâce à l’implantation de céréales, de vignes, d’oliviers, de figuiers, avec comme représentation symbolique entourant la cité phénicienne : le palmier dattier. La figure ci-dessus nous décrit parfaitement la naissance d’une telle cité. (Cf. Fig. 1). Carthage et d’autres villes utilisèrent le signe du dattier sur leurs pièces de monnaies.

Fig. 1. “Relief from the palace of Sennacherib at Nineveb depicting the sack of a Phoenician town”. Source: Harden. The Phoenicians, p 134

Un même signe apparaît également sur leurs faïences. La présence de deux singes se dirigeant vers le sommet de l’arbre nous permet de supposer que nos deux

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intervenants s’adonnent au processus de pollinisation, déjà mentionné par Gsell16 à cette époque. Jusqu’alors, la culture du palmier dattier est propagée (Cf. Fig. 2) en Afrique méditerranéenne, au sud de l’Atlas, depuis l’Antiquité jusqu’en Egypte. La limite septentrionale de son aire de culture suit sensiblement le versant saharien du Grand Atlas, et l’Atlas saharien du Maghreb ainsi que le rivage méditerranéen de Libye et d’Egypte ancienne. A travers ces époques lointaines, des dattes au goût sucré furent alors introduites par les Phéniciens :
« Les Phéniciens, habiles cultivateurs, ont colporté tout autour de la Méditerranée leurs dattes confites au sirop et l’art de planter les palmiers. Les palmeraies de Crète, l’Espagne ou les îles Canaries, étaient phéniciennes »17.

Fig. 2. « Le développement du commerce et de l’exploration phénicienne » Source : Ibid. Harden

Il s’agit de mieux comprendre comment les caravaniers, se nourrissant de dattes, auraient reproduit la culture des ancêtres. A l’époque de leur introduction, les premières palmeraies productrices furent constituées par semis de noyaux et ce mode de propagation du dattier aurait été de tout temps d’un usage courant. L’avènement de la civilisation musulmane au Maghreb répondait-elle au message universaliste, par l’approche nouvelle d’une construction subjective, où la phœniciculture jouait un rôle culturel, héritière des connaissances du passé ? Peuton avancer l’hypothèse qu’à partir de cette fonction phœnicicole, le Maghreb tente de recréer à son profit la nouvelle unité méditerranéenne ?

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Cf. Histoire ancienne de l’Afrique du Nord, 8 vol., Paris, Hachette, 1923-1928. A. Brac de la Perrière., Connaissez-vous le palmier dattier ? Rubrique « Histoire et Histoires », Edisud 1995, p 46.

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3. Le palmier dattier antique L’exemple d’une association millénaire agricole
Les Phéniciens, pendant près d’un millénaire, diffusèrent, parmi les tribus locales qu’ils rencontrèrent, leur civilisation avec l’usage des métaux et de plantes nouvelles, leur langue et leur culte. Sous l’époque hellénistique après Alexandre le Grand, naquit une indépendance des peuples d’une Méditerranée active et prospère par l’essor des routes commerciales. De même que le commerce transméditerranéen (Nord/Sud) fut un véritable creuset de brassages humains et d’échanges culturels. Depuis déjà l’Antiquité, la côte méditerranéenne n’a cessé de développer ses activités sur le plan des techniques de l’agronomie. L’unité du monde maritime avait été élaborée par les Grecs de l’époque hellénistique. La rupture de l’unité méditerranéenne se fera sentir sous l’influence romaine.
« (…) Celle-ci dotée de la présence d’une bourgeoisie cultivée de propriétaires terriens, de négociants et de magistrats. » 18

Ce n’est que bien plus tard, qu’une redynamisation des échanges maritimes et marchands apparaît de nouveau. Il faudra attendre les IXème et Xème siècles, pour voir renaître une unité méditerranéenne qui, par sa fonction majeure des échanges nord-sud, devra assurer les étapes principales telles que : Almeria, Bougie, Tunis, Palerme, Tripoli, Barka, Alexandrie et les Echelles levantines, les communications et les échanges sur le versant occidental de l’univers arabe.
« L’Egypte, ouverte sur l’Afrique et l’Extrême Orient, constitua désormais la charnière de cette aire de relations très active. Les commerces abondent de toutes sortes de produits (huiles, céréales, senteurs, parfums, soieries, fruits exotiques, matériaux ».19 (..) L’été, la Méditerranée connaît un beau temps fixe : c’était l’époque des grandes traversées où l’activité maritime était intense. En hiver, le temps est instable avec de fréquentes tempêtes : on parlait alors de « mer fermée ». Les gros bateaux restaient au port, sauf exception ; seule était pratiquée une navigation côtière limitée. La meilleure période s’étendait de la fin de mai à la mi-septembre ; la mer était close du milieu de novembre au début de mars».

Notre regard porté sur l’organisation de la phœniciculure saharienne, nous fait penser que cette pratique fut très marquée par une présence berbère et ses échanges marchands entre le Maghreb, l’Afrique de l’Ouest et le pourtour méditerranéen, où de riches centres agronomiques se sont formés. On a décelé de fortes traces de cette culture berbère, qui fut un point de contact incontestable entre l’Egypte et le monde du Sahara et de l’Afrique du Nord.

18 J. Rouge, L’organisation du commerce maritime sous l’empire romain, Paris, 1966. In : « Méditerranée », Enc.Universalis, Version 4. 19 R. Paris, Histoire du Commerce de Marseille, Le Levant, Paris, 1957, In : « Méditerranée », Enc.Universalis, Version 4.

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Une classification sociale des palmeraies avait été signalée par A.-G.-P Martin en 1923, comme suit :
« Abondamment arrosées, les palmeraies ont pris un grand développement ; les ksour sont nombreux et populeux et certains d’entre eux possèdent jusqu’à 2.000 et 3.000 habitants, méritant presque le nom des villes ; tels que : Oudghagh en Tinerkouk, Timmimoun, Brinken, Tamentit, Makra en Fenoughil ; Adghar en Timmi est moins populeux, mais il fait partie du quadrilatère Adghar-OuladAïssa-Oulad-Brahim-Oulad-Ouchen ,qui représente un groupement d’au moins 5.000 âmes »20.

Le repérage dans la région de Laghouat d’une série de termes berbères, relatifs au fruit du palmier nous est indiqué ensuite par O. Petit en 197621. L’auteur cite les variétés de dattes antiques à consonance berbère : tedalah, timjohret, tiziwin, tizawt, finjouaret, fadelet, fouadjet. Dans la région du sud-ouest algérien, l’étude par la découverte d’une typologie de dattes par N. Marouf en 198022 montre une antique phoeniciculture berbère par les vocables suivants : tinnekour, tinhoud, tilemsou, takerbouch, tinnacer, tegazza, tinmeleha, tazeraï etc. Dans l’étude des vocables, l’auteur nous confirme une phoeniciculture pré-phénicienne. Néanmoins, cette période nous montre qu’un grand nombre d’oasis antiques ne connaissaient pas pour l’essentiel d’objectifs commerciaux ou politiques. Il s’agissait plus d’une agriculture d’autosubsistance aux structures véritablement anciennes et traditionnelles où nous retrouvons au pied des palmeraies des cultures céréalières et des arbres fruitiers, grâce à l’ombrage de la palmeraie régulatrice et stabilisatrice des cultures. En revanche, dans le contexte néo-calédonien, les « oasis caravanières » offrent des caractéristiques fort différentes des précédentes : leurs localisations reflètent des impératifs commerciaux. Ces cultures ont un but commercial caractérisant les escales de plantation. J. Berque23 dans son approche d’une sociologie des mutations, examine :
« Le dynamisme qui anime l’appropriation d’un lieu par le travail tout autant que sur la base des croyances mêlant le monothéisme de l’Islam aux rituels berbères ».

C’est sans doute par le biais d’une typologie de la datte que nous pouvons reconstituer l’origine des lieux-dits. Si nous examinons de près cette typologie de la datte antique, si nous l’étudions de manière approfondie, nous pourrons sans doute examiner l’appartenance tribale et imaginer des effets possibles de diffusion dans le monde. Il semble que les caravaniers, sous l’influence de l’islamisation, manifestèrent un intérêt particulier pour la diffusion du palmier dattier dans les oasis.
20 Cf. Quatre siècles d’histoire marocaine, Au Sahara de 1504 à 1902, Au Maroc de 1894 à 1912, Librairie Felon Alcan, Paris, 1923, pp 23-24. 21 Cf. Laghouat. Essai d’une histoire sociale, Collège de France, Paris, 1976, p 8. 22 Cf. Lecture de l’espace oasien, Sindbad, Paris, 1980, p 113. 23 Cf. : L’Islam au défi, Gallimard, Paris, 1980 ; Andalousies, Sindbad, Paris, 1982, Ulémas fondateurs insurgés du Maghreb, 1988 ou dans « Rivages et désert », ouvrages. Collectifs. En hommage à Jacques Berques, Sindbad, 1988.

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Parallèlement à ce phénomène de reproduction, Il existe plusieurs légendes orales provenant des habitants du Djérid (Tunisie) apparentés au Zab24 (Algérie). La transmission orale nous explique que jadis, il existait un grand nombre de variétés de dattes et que celles-ci symbolisaient les lieux-dits. Voici ce qu’un agriculteur oasien de la région de Degache25 nous a transmis :
« Il existe plusieurs variétés de dattes qui réunissent des familles ou des clans. Toutes ces dattes ne sont pas commercialisées. Cela ne veut pas dire qu’elles sont mauvaises ou sans intérêt. Elles ont toutes une histoire, un rôle social et culturel, une tribu. On a privilégié la culture productive du palmier dattier en monoculture variétale. Grand nombre de variétés ont été ignorées. Autrefois, il y avait des variétés bien plus chères, elles ont été délaissées au profit des exigences du marché international, alors qu’elles jouent un rôle fondamental dans l’ensemble oasien ».

Dans une résistance tenace, un autre phœniciculteur ajoute :
« Prenons l’exemple de la deglet-bey. Elle porte son nom par la présence turque. Jadis, les agriculteurs, lors de la récolte de dattes, se devaient d’offrir au Bey plusieurs régimes de leurs arbres. Lorsque le Bey est parti, ils ont coupés les arbres producteurs de deglet-bey afin de pas continuer à donner la zakat (l’impôt) au Bey ».

Cette catégorie de datte deglet-bey jouissait d’une espèce de suprématie d’honneur. Dans les palmeraies oasiennes, les dattes devaient être nombreuses et diversifiées sur le plan variétal et de ce fait, indispensables aux cultivateurs, puisqu’elles avaient été reproduites systématiquement dans leur système de culture et ce, nous l’avons vu plus haut, depuis toujours. Cette réalité subjective n’est pas à négliger, notamment dans les savoir-faire locaux en matière d’utilisation des dattes et autres organes du palmier dattier pour différentes finalités : culinaires, médicales, artistiques. Les travaux de recensement phœnicicole oasien qui ont été élaborés pour les cultivars, dans les palmeraies du sud-est algérien (Ziban), du centre (Mzab) et du sud-ouest algérien, montrent un riche patrimoine génétique phœnicicole ancien. Néanmoins, certains cultivars n’ont pas pu être inventoriés, faute de repérage ou de disparité de certaines variétés.

On a trouvé une parenté toponymique qui lie les habitants du Djérid (Nefta et Tozeur) à ceux du Zab (El Oued Biskra). Sans doute est-ce par l’introduction de la degla-noor et des cheurfa andalous ? Faudrait-il remonter plus loin, avant l’ère maraboutique, pour s’apercevoir en définitif que Tozeur fut un haut lieu culturel ibadite. 25 Le Centre phœnicicole de Degache nous a mis en relation avec son équipe de recherche, afin d’effectuer notre enquête auprès des phœnicicole dans les régions de Tozeur, Degache, Nefta et Tamerza dans le sud-tunisien lors de notre enquête en novembre 2002.

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De nos enquêtes auprès des familles du M’Zab et du Zab26, des coopératives villageoises ont vu le jour dans le cadre du projet de développement durable des agro biodiversités. Pour ces familles qui portent une origine oasienne, la gestion participative n’est pas un concept nouveau. C’est tout le noyau communautaire qui participe à la gestion de l’oasis. Ajoutons à celui-ci une fonction essentielle et traditionnelle de la femme oasienne : Elle est l’acteur principal de la gestion et de la préservation de la biodiversité. Ce constat d’une fonction féminine ancestrale de gestionnaire des agro biodiversités s’avère être un facteur essentiel dans la mise en place de projets de développement durable et de commercialisation. Autrefois présente dans le conseil villageois (djemââ), c’est elle qui avait pour fonction de gérer les ressources génétiques et de participer aux problèmes socio-économiques. La considération du savoir ancestral féminin permet de renforcer la recherche des agro biodiversités sur le rôle et la vie des populations rurales en matière de sélection, conservation et valorisation (transmission vernaculaire, typologie, toponymie, savoirs et savoir faire ancestraux).

4. Les signalisations de commercialisation de la datte
Une initiative ibadite La technique de propagation traditionnelle, provenant des oasiens d’Egypte constita à fournir des escales marchandes indispensables au trafic caravanier.
« Les oasis d’Egypte furent sous la domination égyptienne dès l’Ancien Empire, mais, jusqu’à une époque récente, on y parla toujours de traces de culture berbère, tardivement supplantés par l’arabe »27.

On peut effectivement se demander si l’influence de l’islamisation n’a pas été le point de démarrage du lien phœnicicole entre les oasis d’Egypte et les oasis du Maghreb s’ajoutant à celles de l’Afrique de l’ouest dotée d’une culture berbère. La plantation de palmiers a continué de se propager vers le Maghreb par les pistes des caravanes, où de riches cités marchandes et centres agricoles se sont formés : point de convergence des commerçants chrétiens et musulmans. Les organisations méditerranéennes ont mis en place et fait perdurer la culture de semis d’oasis qui a joué un rôle essentiel dans le domaine social, culturel et économique le long des pistes qu’empruntaient les caravanes depuis une haute antiquité. Ces oasis ont été des points de transit et de relais puis des centres d’échanges commerciaux, lieux de ravitaillement des hommes entre les routes du nord, du nord-ouest, de l’ouest et du sud.
26 Bien que n’étant pas née dans les oasis, le système des agro biodiversités m’avait été enseigné par mon père lorsque celui-ci entrait dans son vieil âge. Cet héritage qui m’a légué n’a pas été un hasard, je me souviens qu’il me donnait les noms pour chaque oasis de ses ancêtres de Tolga, de Doucen, de Foughala et je poursuivais dans la typologie des dattes mais également des agro biodiversités de ces oasis dont un des membres des familles (Achira) a précieusement transcris sur feuillets. 27 M. Reddé, « Quinze années de Recherche Françaises à Douch : vers un premier bilan ». In : Bulletin de l’Institut Français d’Archéologie Orientale, n° 90, Le Caire, 1991.