Les derniers jours de Mobutu à Gbado-Lite (Congo Zaïre)

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Après son disours "d'ouverture démocratique" à Kinshasa le 24 avril 1990, le Président Mobutu s'est retranché dans son fief de Gbado-Lite, son village natal transformé en ville-lumière de la forêt équatoriale. Du palais de marbre de Kawele, il régnait encore sur le Congo-Zaïre en tirant les ficelles du petit monde Kinois. Le 17 mai 1997, après une guerre-éclair de 7 mois, initiée, dirigée et menée par le Rwanda de Paul Kagame, le marechal président a perdu le Pouvoir ramassé aisément par Laurent-Désiré Kabila le chef congolais des rebelles "libérateurs". Mobutu a dû fuir précipitamment Gdabo-Lite pour se réfugier au Maroc, où il meurt peu après d'un cancer généralisé.
Publié le : mardi 1 juillet 2003
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EAN13 : 9782296308466
Nombre de pages : 220
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Collection «Mémoires

-

Lieux de savoir / Archive congolaise»

dirigée par Bogumil JEWSIEWICKI

Mémoires lieux de savoir Archive congolaise En attendant la renaissance de l'industrie du livre au Congo, la collection s'efforce de contribuer à la meilleure connaissance de ces formes des savoirs que construisent les mémoires urbaines partagées à l'échelle du pays. En République démocratique du Congo, comme dans l'ex-Zaïre, les savoirs pratiques, inlassablement remis à jour par une mémoire que la rumeur irrigue, guident les actions de la population et les décisions des acteurs politiques. Au cœur de la tourmente qui secoue le pays de fond en comble, c'est la Mémoire qui suggère comment établir une relation significative entre l'événement qui vient de se produire et ceux que le souvenir rappelle alors à l'attention des acteurs sociaux. La Mémoire (une temporalité, un espace et des lieux de mémoire qu'ont en commun les mémoires urbaines) propose une continuité qui semble actuellement plus crédible que celle enseignée hier par l'Histoire.

Couverture 1 : peinture de Chéri CHERIN (2000), avec l'autorisation gracieuse du Museum für Vôlkerkunde, à Wien (Autriche)

Valentin NAGIFI

Les derniers jours de Mobutu à Gbado-Lite (Congo-Zaïre)

L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'auteur
Valentin NAGIFI est né à Bwamanda le 12 décembre 1955. En 1981 il sort diplômé de la faculté de psychologie et sciences de l'éducation (Université de Kisangani, Haut-Zaïre/Province Orientale actuellement). Devenu assistant au Centre de Recherches Interdisciplinaires pour le Développement et l'Education (CRIDE) puis chef de travaux dans la même faculté, il émigre après 1986 à Kinshasa. Entre 1991 et 1995 il enseigne la psychologie à l'Institut Supérieur Pédagogique (ISP) de la Gombe. Ses titres académiques l'ont fait entre-temps accéder au poste de chef de section puis à celui de secrétaire général académique de l'IST de Gestion à Gbadolite (institut privé) où il enseignera jusqu'à Mai 1997, avènement du nouvel ordre congolais. ..

Copyright L'HARMATTAN 2003 ISBN: 2-7475-3623-8

L'important

n'est pas de tout savoir mais de savoir que tout

peut être connu

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INTRODUCTION

La chute de la ville de Gbado-Lite (qu'on écrit couramment Gbadolite) est tout un symbole. Elle traduit réellement ce que devait représenter comme suite et fin, l'exercice autocratique du pouvoir de Mobutu Sese Seko qui a régné sans partage pendant plus de trente ans sur un vaste territoire qu'il a mis à genoux. Gbado-Lite est une ville artificielle, née des vestiges du village du Président Mobutu. Au fil des ans, la localité était devenue si importante qu'elle avait fini par se transformer en lieu des grandes décisions affectant le pays! Après son discours du 24 avril 1990 sur la démocratisation, le Président Mobutu a déménagé à Gbado-Lite pour des raisons stratégiques. Grâce à l'aéroport international de Moanda, le monde politique kinois et les étrangers ont pu recourir fréquemment au Chef de l'État retranché dans son Palais de Kawele. Certains ont dit que c'est à partir de là que le Chef de l'État, en véritable stratège politique, tirait toutes les ficelles de la vie politique zaïroise. Gbado-Lite apparaissait donc comme un endroit sensible car « politisé» à l'extrême. Mais cet endroit n'était pas que politique, il était aussi militaire, « sécurisé». En effet, un impressionnant cordon de sécurité était chargé de protéger le Chef de l'État. Un détachement d'honneur de la Division Spéciale Présidentielle (DSP) ceinturait la ville. N'ayant pas de camp militaire approprié, un bon nombre de soldats logeaient dans les hôtels de la place. Une composante de l'élite militaire paradait chaque matin dans la ville entièrement bâtie sur ordre du Président Mobutu. 7

Pour répondre à son statut de « ville présidentielle», la localité de Gbado-Lite avait été bâtie selon une architecture et un urbanisme ad hoc strictement organisés autour de deux palais présidentiels. Au Palais de Kawele vivait l'un des hommes les plus fortunés au monde: on peut donc en imaginer le luxe! En face de cette opulence exorbitante, vivait la grande masse miséreuse, n'appartenant pas au clan du Président et de tout ce qui, au sens africain du terme, constituait sa «famille ». C'est donc de cette ville d'allure architecturale imposante, de ses maîtres et de tout le symbolisme attaché au régime mobutiste que les manifestants allaient faire table rase ce dimanche 18 mai 1997 à quatre heures du matin après la fuite du « grand bâtisseur» ! C'est le récit de ces événements dramatiques qui sera rapporté ici. Face à l'abondance des faits et des informations brutes, il nous a paru opportun de donner la parole aux gens du lieu ayant vécu « à chaud» l'Evénement, et qui pour la première fois depuis trois décennies ont pu exprimer librement leurs sentiments sur la clique qui les subjuguait. Le sens que ces acteurs donnent au terme «libération» est très concret. Comme on le verra, ils sont avant tout soucieux d'un mieux-être et à la recherche d'une nouvelle identité:
une « reconstruction globale de la réalité»
1

en quelque sorte.

A travers ces témoignages, nous avons voulu évidemment recueillir et consigner des informations sur les individus ayant fréquenté les hauts-lieux de Gbado-Lite - le couple présidentiel en tête -, mais aussi les « gens de rien» qui ont vécu à ses côtés. Notre souci étant de faire comprendre comment fonctionnait la «culture mobutiste » ou « à la zaïroise », telle que Mobutu l'avait forgée. Il est certain que malgré notre souci de neutralité et d'objectivité dans le recueil des dires, nous n'avons pu nous départir d'un jugement personnel. Et pour cause: non seulement nous avons vécu de près les événements et les faits rapportés, mais nous en avons été

la victime lors de cette « passation de pouvoir». 2 En pleins pillages,
- 1. DUVIGNAUD, 1
2

(~hebiko, étude sociologique, Gallimard, Paris, 1968. Notre luaison située à un carrefour a luêlue quelquefois servi de lieu de

8

nous avons interrogé des témoins de la destruction de l'infrastructure de la ville et nous avons vu à l'œuvre les «acteurs» de cette destruction! Il nous a été cependant extrêmement délicat de procéder au recueil des témoignages à cause de l'implication de certains de nos interlocuteurs et le démêlage entre le vrai et le faux, le réel et le virtuel nous a causé des difficultés. Lors de l'implantation à Gbado-Lite du pouvoir du vainqueur, en l' occurrence Laurent-Désiré Kabila, à travers l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération (AFDL) dite «Alliance », nous avons envisagé de pouvoir récolter davantage de données. Mais très vite certains acteurs se sont tus tandis que d'autres encore loyaux au mobutisme ont refusé de nous répondre pour ne pas trahir la mémoire de leur demi-dieu déchu. À titre d'exemple: lorsque nous demandions à certains d'entre eux combien de véhicules étaient garés dans le parc automobile du couple présidentiel à Gbado-Lite, la question ne recevait jamais la réponse. Notre source répondait qu'elle ne pouvait rien en dire... Et pourquoi? insistions-nous. Silence.. . Mais nous avons parfois recouru à des voies indirectes pour accéder à certaines informations, notamment sur la stratégie de guerre, la tension militaire et bien d'autres questions délicates. Il était évident que les FAZ galonnées n'auraient jamais voulu nous répondre directement concernant leur défaite. Pour contourner cette difficulté, nous nous adressions alors tantôt aux membres de leur famille ou encore à des compagnons de séjour à Mobayi et ceux-là nous fournissaient des renseignements précieux... tout en fuyant! Certains de nos enquêteurs ont été repoussés, voire accusés par eux
d'espionnage à la solde de l'AFDL

- ce

qui pouvait s'avérer

fort

dangereux s'ils insistaient... Si la récolte d'informations sur «l'histoire immédiate» a l'avantage de réduire le plus possible les médiations en rapprochant l'enquêteur de l'objet de sa recherche, nous avons cependant craint de voir certains informateurs émotifs, à peine affranchis de la
cachette ou de négociation des biens pillés! 9

dictature et ayant repris goût à la parole, s'adonner à un excès de langage en «chargeant» leur récolte. La revanche ou même la vengeance ont pu grossir les faits rapportés par des informateurs plus que satisfaits du sort de leurs ex-oppresseurs. Comment concilier la contradiction apparente du témoignage d'un même événement lorsque deux questionnés prétendent avoir vécu la même scène mais la dépeignent fort différemment? Tel a été le cas par exemple de la description de la fuite de Mobutu à l'aéroport de Gbado. Certains ont dit que le Président avait été transporté comme un nourrisson dans l'avion et d'autres ont prétendu qu'il avait ôté ses lunettes pour pleurer abondamment tandis qu'il gravissait un à un les degrés de l'échelle de coupée de l'avion cargo, soutenu par un membre de sa famille. Mais revenons au début: pourquoi le puissant Président Mobutu a-t-il décidé de faire de sa zone natale en pleine forêt équatoriale son refuge puis un palais digne des 1001 nuits? C'est un ex-agent secret des FAZ, Emmanuel Dungia, passé à l'opposition en 1990, qui a donné la meilleure réponse quand il a écrit: « À partir de 1979, le Maréchal ne se fait plus d'illusions sur sa capacité à bâtir un pays moderne et à redresser une situation fort compromise. Son ambition va alors se réduire à accumuler des richesses personnelles pour préparer sa retraite, et éviter d'être pris 'au dépourvu'. Les préparatifs de ladite retraite comportent deux volets: à l'intérieur, ce sera la construction de Gbado-Lite et de Kawele ~à l'extérieur, ce seront les acquisitions immobilières et des placements financiers énormes, dont le montant peut être estimé à au moins quatre à cinq fois le budget de la République qui était d'environ 500 millions de dollars U.S. L'ambition de Mobutu sera de passer à la postérité, non plus comme le plus illustre homme d'État de l'histoire post-colonialedu Zaïre (ce qu'il ne peut plus être), mais au moins comme le dieu de sa tribu grâce à I'héritage de la ville qu'il va lui laisser: Gbadolite »,.3

3

E. DUNGIA, Mobutu et l'argent du Zaïre, L'Hannattan, Paris, 1992, p.15.

10

Gbado-Lite est donc une « ville» atypique et, à plus d'un titre, une ville d'exception dont nous allons évoquer la naissance, la splendeur, la gloire - y compris au-delà de nos frontières - et enfin ... la chute, tout cela en l'espace de deux courtes décennies. Certains ont contesté la notion de «guerre» de Libération que nous utilisons, soulignant qu'il n'y a eu que mascarade de guerre! L'armée mobutienne fatiguée par l'incurie de son fondateur a refusé de combattre. Il n'y aurait pas eu de combats et donc pas de confrontation réelle. L'armée de Mobutu n'aurait fait que se replier sans aucune volonté de combat, sinon comment les jeunes délinquants recrutés à tour de bras par l'AFDL, sans formation militaire sérieuse, auraient-ils pu conquérir en l'espace de moins d'un an un territoire aussi vaste que le Zaïre! ? Mais nous disons tout de même qu'il y a eu guerre, c'est-à-dire lutte armée entre les troupes des belligérants. Comment Gbado-Lite, le présumé fief tribal du chef de l'État Mobutu, s'est comportée durant cette période trouble, c'est ce que nous nous proposons de relater. ..

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SOIUC~: L de Saint-Moulin, «Histoire de J'organisation in 7Aïr~-Afrique n0224, Kinshasa.. avril 1988.

administrative

au Zaïre»,

12

Chapitre I GBADO-LITE A SON HEURE DE GLOIRE

« La famine endémique de quelque huit cents millions d'êtres humains, la misère de près de la moitié des habitants de notre planète ne sont pas dues aux seuls aléas de la météorologie et de la nature des sols, ni aux seuls écarts de technologie, ni même au seul impérialisme du Nord. Alors que toutes les énergies devraient se mobiliser pour relever le défi du sousdéveloppement, de trop nombreux chefs de bande dirigent leur pays sans souci aucun des populations qui y crèvent de faim. « D'après nombre de sources convergentes, celui qu'un universitaire américain a appelé le plus grand voleur des annales du crime, Mobutu Sese t')eko, aurait confisqué à son seul profit des milliards de dollars (en tout cas un chiffre supérieur à la dette extérieure de l'ancien Congo Belge). » in Pierre PEAN, L'argent noir, Paris, 1989

Comment vivait donc Gbado-Lite, la cité du Roi Soleil Mobutu qui trônait pour sa part à Kawele - « l'Aigle de Kawele » - entouré de ses courtisans. ..

1. Du Projet agricole à l'Aigle de Kawele
Jusque 1971, Gbado-Lite n'existait sur aucune carte recensant les villes moyennes de la République Démocratique du Congo (qui 13

deviendra un an plus tard le Zaire}. En fait, « Gbado » n'était qu'un village-rue sans aucune importance économique ou autre, situé à 21° de latitude Nord et 4° de longitude Est. Gbado-Lite est devenu « Ville» en vertu de l'ordonnance-loi n° 72/462 du 8 décembre 1972.

a) CD.A.l

ou la GECAMINES de l'Équateur

C'est à partir de 1967 que Mobutu conçut l'idée de monter un grand projet de développement rural mis en œuvre sous la dénomination de "Centre Pilote" (C.P.) et qui prendra en février 1978 le nom de Centre de Développement Agro-Industriel (C.D.A.!.). Le début du projet correspond à la visite de prospection du Père Arthur Duverney en février 1967, mandaté personnellement par le Président Mobutu pour étudier une nouvelle approche d'animation rurale qui permettrait d'installer des centres de santé et autres infrastructures sociales. Le Centre Pilote devait prospecter le terrain et installer un groupe d'hommes pouvant orienter les travaux de construction d'une agglomération urbaine à Gbado-Lite et développer son hinterland. C'est en 1970 que la dénomination officielle de Centre Pilote (C.P.) apparaît pour donner la mesure à la mission assignée: formation de la jeunesse et enseignement agricole. Les Services Généraux Présidentiels (S.G.P.) avaient reçu la mission de pourvoir le Centre Pilote en matériaux de construction, car ce dernier devrait contribuer au développement de la cité naissante dont la fourniture d'eau courante et d'électricité indispensables à son développement. Le Centre avait aménagé un verger de manguiers, orangers, mandariniers, avocatiers, cocotiers, caféiers, et même des pommiers! En même temps qu'il entretenait un jardin potager. Pour ravitailler la ville naissante en denrées alimentaires, le Centre a entrepris à Kambo des cultures vivrières: manioc, maïs, ignames, bananes, etc. qui se sont étendus sur des surfaces appréciables. En 1980, le Centre Pilote a pris la dénomination de Centre de Développement Agricole (C.D.A.) que dirigeait le suisse Hoffman 4.
4

M. HOFFMAN était au départ le photographe du chef de l'État zaïrois.

14

L'activité s'est étendue à l'élevage et a débordé le cadre strictement agricole pour devenir un projet agro-pastoral. C'est en 1988, que cette société agro-pastorale s'est vue enrichie de plusieurs entités beaucoup plus éloignées de Gbado-Lite et de ses environs, telles les fermes de Nganza, de Fiwa, de Mpaka-Lola. - La ferme de Nganza située à sept kilomètres de Gbado-Lite comptait des bovins laitiers, des poulets de chair et des pondeuses, une porcherie et des champs de cultures vivrières et fourragères. La production avicole était estimée à trois mille cinq cents oeufs par jour et le programme d'abattage était de deux mille poulets par semaine. Outre la viande, la ferme produisait également du fromage, du beurre, des yaourts, de la crème. Elle recevait aussi une fois par semaine par avion en provenance de Kinshasa via Gbado-Lite, deux mille poussins d'un jour. - La ferme de Fiwa située à trente-deux kilomètres de GbadoLite avait une superficie globale de 1500 hectares. On y produisait du maïs, du sorgho, du soja, des arachides, du coton, du tabac et des fruits divers. En 1987, le cheptel de la ferme comptait: - Bovins: 2.361 - Porcins: 49 - Ovins: 71 - Volailles: 461 - Les fermes de M'paka-Lola-Balenge étaient situées à deux cents cinquante kilomètres de Gbado-Lite via Bosobolo. S'y développait l'élevage des bœufs, des porcs et des moutons. Dans ces fermes furent acheminés des moutons importés d'Argentine. En effet, lors d'un voyage présidentiel en Argentine, Mobutu s'était laissé convaincre d'acheter plus de cinq mille mérinos pour son domaine de Gbado-Lite. Les brebis gravides devaient mettre bas dès leur arrivée. La distance entre l'Argentine et le Zaïre ainsi que la différence de climat n'avaient pas été prises en compte et l'avion chargé du transport animal devait faire quinze rotations! À leur arrivée, ces pauvres animaux habitués aux aléas des pampas australes n'ont pas supporté leur nouvelle condition: sous l'effet de 15

chaleur et à la suite d'un transport épuisant, les brebis ont péri l'une après l'autre. Ce projet fut donc un échec.5 La palmeraie s'étendait sur une superficie de 848,79 hectares. Vne huilerie pennettait de traiter les noix. Le Centre CDA avait fonctionné jusque-là comme un organisme sans but lucratif avant de devenir une société commerciale en 1985, tout en restant une affaire « familiale» avec trois associés: Mobutu Sese Seko, son épouse Bobi Ladawa, son fils Nyiwa Mobutu. À ce moment, les activités agro-industrielles et commerciales du CDA comprenaient: - un complexe de production de boissons sucrées, dont la Société des Boissons de l'Ubangi (S.B.V.) constituait la composante principale. Elle produisait quatre variétés de «sucrés» avec une capacité théorique de quatre-vingt mille casiers par mois. - Le circuit d'alimentation Motema vendait la production des fennes à travers sa boucherie, sa charcuterie, sa boulangerie, toutes structures ultra modernes. - Le domaine forestier présidentiel couvrant Gbado-Lite s'étendait sur 298.868 hectares de forêt dont l'exploitation pennettait d'alimenter en grumes une scierie d'une capacité de 1.000 m3 de bois sciés. - l'industrie hôtelière avec ses deux unités: le motel Nzekele et le Guest-House. L'hôtel Nzekele était un « quatre étoiles» de classe internationale, comptant quelque cent bungalows dont 82 studios et 18 appartements entièrement climatisés, avec téléphone, salle de bains, kitchenette, réfrigérateur, radio, télévision, sono high fi, etc. Outre ces unités d'habitation, on y trouvait également une superbe piscine aux dimensions semi-olympiques, deux restaurants, un snack-bar, un bar, un night-club, une salle de projection cinématographique et de spectacle, une salle de télé-vidéo, une cafétéria, un terrain de sport et une boutique moderne de luxe. Pour
5

On n'explique cette lubie du Président que par sa naïveté, car au moment où il

concluait le contrat avec les Argentins, un chercheur zaïrois de I'hlstitut Facultaire Agronomique de Yangambi se spécialisait dans l'insémination des brebis.

16

sa part, le Guest-House disposait de quatre pavillons de cinq studios chacun, soit vingt chambres au total. Le Centre de Développement Agro-Industriel (CDAI) pouvait désormais légitimement s'intituler ainsi. Il continua de s'étendre avec les plantations de Boso-Modjebo, Kondo, ECABAL6, CACAOZA/Bulu. Boketa était un centre de recherche pour les semences améliorées dépendant lui aussi du CDAI. Un site fut identifié et les premiers matériaux de montage d'une usine de conserves de viande bovine furent importés. Mais le projet de conserverie ne dépassa pas le stade de chantier, et les éléments de sa structure sont en train de rouiller consciencieusement dans un dépôt quelconque de Gbado-Lite... La gestion calamiteuse du projet de développement par la famille présidentielle a défmitivement ruiné ce complexe fièrement appelé par les originaires la "GECAMINES" de l'Équateur à cause de l'importance économique de ses unités! On a vu le Président confier successivement la direction du « Groupe» à son fils Manda Mobutu et, à la fin de son règne, à son épouse Bobi, notamment en ce qui concernait la commercialisation de l'huile de palme. La première dame avait beaucoup à faire ailleurs, à tel point qu'elle avait même oublié les fûts d'huile acidifiée dans ses dépôts! Ngbonga, le fils de la tante paternelle de Mobutu 7, a été nommé à deux reprises à la tête de la direction de l'exploitation forestière en guise de reconnaissance filiale mais hélas il n'avait pas les compétences requises... La gestion du complexe agro-industriel ne suivait aucun principe de gestion saine. Pour la seule SBU/Coca-Cola, l'intendance présidentielle de Gbado-Lite devait, d'après le relevé de son compte au 22/08/1996, des arriérés de créance de l'ordre de 8.362.597.820
6

Expérience de culture cacaoyère s'étendant

sur une superficie de 1.000

hectares et 2.000 hectares de plus étaient prévus en plantations dites familiales.
Une usine de traitement du cacao avait été programmée à Wakamba mais elle n'a pas été construite. 7 Nous verrons plus loin l'influence coercitive de la famille sur Mobutu luimême jusque dans la conduite des affaires de l'État. 17

NZ, soit une dette de près de 100.000 dollars V.S. de la Présidence à cette société, comprenant factures impayées et emballages perdus.

b) Et Gbado-Lite devint une ville présidentielle
Mobutu dit :«Que Gbado-Lite soit, et Gbado-Lite fut ..» La construction de la ville de Gbado-Lite ne répondait pas à un plan concerté de développement national. Elle répondait à une lubie présidentielle et devait servir de cadre de référence, selon son promoteur, aux villages environnants. Au processus d'animation rurale conçue par le Père Du Verney, s'était ajoutée la construction des résidences à Gbado-Lite. Cette dernière tâche fut confiée au début à la Société Commerciale de l'Ubangi et de la Mongala (SACOVMO) dirigé par un M.Tricourt. Le siège social se trouvait à Gemena mais la société elle-même était établie à Businga pour permettre de mobiliser une main-d' œuvre massive dans une population accourue des environs jusqu'à ce chantier inespéré! En plus des autochtones, la main-d' œuvre était recrutée à Businga, Gemena, Bili et même dans les autres provinces. Les cadres européens y étaient aussi accourus en nombre. SACOVMO construisit les premiers bâtiments de Gbado-Lite ainsi que la plupart des appartements situés le long du Boulevard Mobutu, des avenues de l'Ecole, Maman Mobutu et Lite. Les premiers bâtiments de la ville à être érigés furent ceux longeant l'Avenue de l'Indépendance, c'est-à-dire l'actuel Hôtel Scibe et l'ancienne résidence du Président Mobutu, cédée depuis à l'évêché catholique de Gbado-Lite et qui s'étendait jusqu'au boulevard. En 1970, la Société Africaine de Construction SAFRICAS remplaça SACOUMO, assurant désormais toutes les constructions à Gbado-Lite. En juillet 1975, cependant, SAFRICAS perdit son monopole. Les Services Généraux Présidentiels, par le truchement du Centre Pilote, prirent la relève. La même année, M. Alain Van Cutsen, responsable de l'A.V.C., était désigné pour continuer les travaux de construction de la ville elle-même. Le Président Mobutu avait identifié un site pour la construction d'une Résidence à Gbado-Lite. Dans l'imaginaire collectif de GbadoLite, le choix du site n'était pas neutre. La légende rapporte qu'avant 18

que le Président Mobutu ne choisisse ce site, cet endroit était considéré comme mystérieux. Il y avait, semble-t-il, une caverne où on entendait vrombir des motos, gémir et pleurer des enfants pourtant invisibles. Un jour, un pagayeur rencontra à la hauteur de l'endroit un ballon qui voguait au fil de l'eau, l'imprudent l'attrapa et l'offrit à ses enfants. Il eut une vision nocturne: le propriétaire du ballon se plaignait de ce pagayeur qui avait arraché leur jouet à ses enfants! Effrayé, 1'homme s'en alla le lendemain matin remettre à l'eau selon les us et coutumes le ballon accompagné d'un poulet blanc qu'il offrit en sacrifice. La nuit suivante, re-songe: le propriétaire du ballon menaçait cette fois le riverain des pires tourments car le ballon avait été détérioré! Quelque temps après, l'un des fils du riverain mourut subitement sans même être tombé malade. Depuis, le site était craint. C'est en 1973 que la société SAFRICAS débuta les premiers travaux de construction du palais de Gbado-Lite que certains détracteurs de Mobutu désignèrent ensuite comme "le Versailles de la jungle". L'édifice occupait une superficie de quinze mille mètres carrés avec un immeuble haut de trois étages. Un univers surdimensionné par rapport à la taille humaine, par exemple ses lourdes portes en malachite mesurant plus de sept mètres de haut... Parlant du Président Mobutu, le belge P. Janssen marié à sa fille, rapporte: « J'ai vu un peu trop grand en faisant construire Gbado-Lite, m'a confié plus tard Mobutu. Il ne me sert que pour les fêtes et les réceptions officielles. Je préfère vivre à côté, au Palais de Kawele, que j'ai fait ériger sept ou huit ans plus tard, quand je me suis rendu compte de mon erreur. Kawele était beaucoup plus intime. » 8 La journaliste Colette Braeckman trouve quant à elle une similitude frappante entre le Palais royal de Laeken et le Palais présidentiel de Gbado-Lite : « Mêmes tapisseries cousues, même sens bourgeois du confort, et surtout même lieu de culte. » 9 C'est dans une crypte de marbre blanc que repose Marie Antoinette, la première épouse de Mobutu. L'endroit sert de lieu de pèlerinage et les visiteurs étaient priés de se recueillir quelques

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P. JANSSEN, un belge à la cour de Mobutu, Laffont, Paris 1997. C. BRAECKMAN, Le dinosaure - Le Zaïre de Mobutu, Fayard, Paris 1992. 19

instants à la mémoire de cette dame que la population affectionnait. Plus tard plusieurs autres membres de la famille présidentielle - dont son fils aîné Nyiwa Mobutu - y furent enterrés. Des prêtres expatriés officiaient chaque dimanche et les jours de fêtes chrétiennes dans la chapelle Notre Dame de la Miséricorde. Une chorale habillée par les bons soins de la Présidence y chantait alors des airs grégoriens. Jusqu'au 24 novembre 1989, l'électricité était fournie par la centrale thermique car en 1984 Mobutu avait décidé d'édifier un barrage sur le site de Mobayi-Mbongo situé à 25 km de Gbado-Lite. La production de courant électrique devait favoriser l'industrialisation de cette partie de la République... La production prévue par mois en KWH était de 4.800.000 et la consommation estimée à plus ou moins 1.643.812 KWH. Les trois machines actuelles ont une capacité de II,5 MW et peuvent alimenter tout le Nord de la Province de l'Équateur, mais seulement 2 MW étaient consommés depuis la création de la centrale hydroélectrique.

c) Kawele I puis Kawele II
Comme les incessants va-et-vient des remorques et autres gros véhicules transportant les matériaux de construction entre Businga (port) et Mobayi-Mbongo troublaient la quiétude du Président dans sa résidence située non loin de la grand' route, les ingénieurs ont étudié la possibilité de dévier le trafic de cette voie principale mais finalement Mobutu renoncera au projet et identifiera pour lui-même un autre site situé loin du bruit et niché sur une haute colline, à Kawele, village de sa mère distant de 15 km de Gbado-Lite. Il y fera construire une autre résidence et cèdera la première« à l'Etat» afin d'en faire un lieu de réceptions, propice aux escapades amoureuses de son ancien propriétaire. Le Palais de Kawele ou la «débauche de marbre» selon l'expression du gendre P. Janssen 10était une demeure majestueuse, d'un luxe incroyable. L'édification de cette résidence présidentielle privée débuta en 1988. La construction fut le fruit de la coopération internationale inter-États: Allemagne-Chine-Zaïre, etc. L'entrée
10 P. JANSSEN, op. cit.

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principale était un ouvrage chinois, servant de corps de garde pour les militaires en faction. Après la voûte, à droite et en entrant dans la concession, il y avait un terrain cultivé où Maman Bobi Ladawa faisait cultiver manioc et riz. Une partie de la concession était clôturée de fil de fer barbelé. Une étendue appréciable servait de réserve animalière. Plus loin se trouvait le garage de Kawele, où près de 1000 véhicules - selon la rumeur - attendaient le bon vouloir de la famille présidentielle. De l'entrée de la concession jusqu'au Palais, la route était balisée, offrant un impressionnant scintillement de feux et de jeux de lumières. Avant d'atteindre la résidence proprement dite, une espèce de lagune artificielle, dite «Grand Lac», disposait d'un parking et de deux fausses grottes en briques cuites. Pour son alimentation en eau, trois pompes aspiraient la rivière Penda prenant sa source au mont Kawele et séparant la mission catholique Molegbe du village de Kawele. Avant de remplir le lac, l'eau chutait sur des rochers artificiels érigés à cet effet. Les trois pompes aspirantes fonctionnaient 24 heures sur 24 pour alimenter le «Grand Lac». Entre «Grand Lac» et fontaine, s'étendait une pelouse où un «tourniquet» long d'environ 5 mètres projetait l'eau à une quinzaine de mètres de hauteur, rafraîchissant ainsi tout l'alentour. L'alentour était constitué d'un parking prévu pour une centaine de véhicules, flanqué d'un poste de sécurité (garde rapprochée) pourvu de divers moyens de communication sophistiqués pouvant atteindre tant l'intérieur du palais que l'étranger. Entre le parking et le Palais, quatre statues de lions féroces montaient la garde! Le Palais comprenait des escaliers et des colonnes monumentales en marbre. Ses murs, en béton armé, ainsi qu'une autre partie de l'édifice étaient plaqués de marbre. Par deux portes d'acajou, on pénétrait dans le vestibule tout en marbre: sol, murs et même la voûte! Ensuite le vaste bar pouvant accueillir plusieurs dizaines de personnes, qui était éclairé de 1000 feux par un énorme lustre et un spot géant projetait des scintillements aux quatre coins de ses parois marbrées. A droite du bar, un salon aux murs tapissés tendues de soie verte. Le système de climatisation du bâtiment était sophistiqué. Le salon comportait une mezzanine servant de bureau d'où Mobutu observait tous les mouvements d'avions à l'aéroport 21

international de Gbado-Lite. A partir de là, il pouvait retarder un vol ou envoyer ses directives au pilote de ligne. La salle à manger était située à gauche du bar. Y était dressée une longue table de plus de vingt mètres pour la famille Mobutu. De plus modestes tables rondes étaient également dressées pour recevoir près de trois cents convives, à raison de dix par table. La chambre à coucher de Mobutu, en marbre lisse, disposait d'un lit doté d'un système d'élévation sur commande car il se trouvait à un niveau plus bas que le sol. La salle de bains attenante avec deux baignoires en marbre également était pourvue de Jacuzzis. Le lavabo ainsi que les cuvettes des toilettes étaient en marbre. À l'intérieur de la chambre à coucher, se trouvait une penderie qui ne désemplissait pas, car Mobutu ne portant jamais deux jours de suite le même habit, nécessitait quantité de vêtements. La chambre à coucher de Bobi Ladawa était tendue de tentures. Le sol était en dalles de marbre. La penderie de la première dame du Zaïre était impressionnante: un bon millier de vêtements « combinés» ! Une entrée dissimulée reliait la chambre de Madame à celle de Monsieur. Suivaient ensuite le salon de coiffure, le salon de massages, ainsi que les quatre chambres d'enfants. Au premier niveau de sous-sol était aménagée la discothèque qui s'ouvrait sur la cascade de la piscine dont l'eau alimentait les lacs artificiels et les jets d'eau des jardins. Au sous-solon trouvait une cuisine «à la zaïroise» équipée de six frigos encastrés et divers autres appareils ménagers, mais aussi une cuisine « à l'européenne» avec un équipement complet pour la pâtisserie, une chambre froide, et tous les services d'un grand restaurant. Au second niveau de soussol s'étendaient les caves à vins, avec tonnelets et bouteilles des plus fameux crus. Venait ensuite la cave de l'argent communément appelée « Banque de Kawele ». Là, des billets de banque locaux (le zaïremonnaie) et des devises étrangères gisaient au sol en tas! La salle était compartimentée en fonction de chaque devise, et les liasses de dollars, francs belges, livres sterling, francs français, francs suisses, étaient répertoriées par le célèbre gouverneur Nakeya de la Banque de Kawele. Lorsqu'il n'y avait plus de place dans la cave, des 22

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Nsave

Le peuple a soif de la Vérité. L'ignorance étant une des causes principales des maux que nous connaissons aujourd'hui, une œuvre comme celle-ci qui s'efforce de lever le voile sur la Vérité, ne peux que me réjouir. Le peuple a besoin de savoir ce qu'était réellement ce personnage. Des recherches entreprises avec beaucoup d'objectivité nous édifieraient plus que les racontars qui trop souvent ne reposent que sur le mensonge.

mercredi 25 juin 2014 - 14:52