Les dimensions "villageoises" à Paris

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Parallèlement à la montée des pouvoirs locaux, réémerge à Paris la notion de village, non seulement dans le centre mais surtout dans les arrondissements périphériques, du 12e au 20e, sujets aujourd'hui à de véritables préoccupations citadines. Ce deuxième tome tente de brosser le portrait de ces espaces (représentations et identifications chez certains de leurs habitants) et les contractions urbaines qu'ils inspirent pour la ville de demain.
Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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EAN13 : 9782296248557
Nombre de pages : 497
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LES DIMENSIONS «VILLAGEOISES» À PARTSThierry Fayt
,
LES DIMENSIONS « VILLAGEOISES» A PARIS
TameZ
Pratiques et perception de l'espace
dans les anciens villages de la Petite Banlieue
L'Harmattan(f) L'Harmattan, 2009
5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion. harmattan@wanadoo.fr
harmattan l@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-11149-3
EAN : 9782296111493« Il n y a rien dans l'esprit qui ne passe
au travers des sens. )}
Aristote (384-322 avoJ.-C.)
AVERTISSEMENTS
Cet ouvrage est la seconde partie de ma thèse de doctorat soutenue en janvier
2008. Il vient en complément d'un premier volume consacré aux morphologies
physiques et humaines, en y traitant exclusivement de l'aspect « vécu» des sites
préalablement étudiés. Complémentaire par bien des points avec notre première partie,
l'étude qui suit n'a pas, elle aussi, la prétention de couvrir l'ensemble des sujets et des
dimensions qui touchent à la problématique du « village dans la ville ». Il n'a pas, non
plus, celle de traiter de tous les aspects inhérents à la vie quotidienne des quartiers
étudiés et aux habitants qui y résident. Certains oublis ou certaines omissions
demeurent et font de ce travail une « œuvre» inachevée qui ne demande qu'à être
poursuivie.
Quant au contenant de l'ouvrage, s'il peut apparaître à certains lecteurs
comme une sorte de nostalgie pour le « Paris villageois» d'autrefois et/ou d'une sorte
de « coup de gueule» sans distanciation avec mes propres représentations, il n'en est
rien. Il s'agit ici, certes, d'un parti prit d'un « p 'tit gars de la Villette », qui affiche ses
préférences pour le « petit peuple de Paris» par trop muet et sans qui cette ville ne
serait pas ce qu'elle est, ainsi qu'un penchant pour une solidarité et une convivialité
s'affranchissant des politiques et des associatifs (en fait une préférence pour le « vrai»
si ce n'est pour les causes perdues), mais aussi et surtout d'une orientation élaborée en
fonction des réalités observées. Des observations qui, outre leur aspect subjectif et peu
académique d'un point de vue scientifique, relèvent de sept ans de réflexion libre et
indépendante sur le sujet (le temps du premier mandat de Bertrand Delanoé à la Mairie
de Paris) et d'une approche empirique du « sensible» qui n'enfont pas moins preuve
d'un certain recul et ne sont en aucuns cas soumises à un quelconque diktat.
En ce sens, je conseillerais au lecteur de faire preuve d'assiduité dans sa
manière d'aborder cette étude. Ainsi, après une première exploration, il paraît
nécessaire, par exemple, que celui-ci, afin de se dégager d'un style qui manque parfois
de simplicité et surtout de s'assurer d'un recul quant à ses propres représentations,
justement, reprenne sa lecture en fonction de son intérêt pour certaines thématiques
soulevées ici et/ou en fonction des actualités qui ne manqueront pas de se présenter à
Paris avec le PLU, lors desfUtures mandatures.
Ce travail aura ainsi rempli son rôle « citoyen », un peu comme une réponse à
tous les politiques et à tous les « planificateurs» institutionnels et associatifs qui ne
voient bien souvent dans la ville que de simples objets pour asseoir leurs ambitions
et/ou défendre leurs propres intérêts en oubliant toute l'humanité qui y réside et se
côtoie au-delà des différences.A Sarah et Raphaëlle
A Laurence
REMERCIEMENTS
Je tiens à remercier Laurence qui a su me soutenir par son amour et sa
générosité.
Mes deux filles Raphat!lle et Sarah pour leur patience et leur tendresse.
Messieurs Pryen et Martin de l'Harmattan, pour leur confiance et leurs conseils
avisés.
Messieurs les curés, vicaires et diacres des paroisses étudiées pour leurs
précieuses informations sur la vie de leur quartier.
Les équipes d'animation et/ou les président(e)s des conseils de quartier
concernés qui m'ont généreusement accordé de leur temps pour répondre à mes
questions.
Les associatifs et les personnes «qualifiées» qui ont bien voulu m'éclairer de
leurs connaissances des terrains et m'ont chaleureusement accueilli.
Enfin, je tiens également à remercier tous ceux et toutes celles, sans qui rien
n'aurait pu se faire: les habitants, les «passants» et/ou les travaillants qui se sont
laissés interviewer pour témoigner, à travers des questionnaires ou des échanges de
points de vue, de la vie quotidienne dans leurs quartiers.INTRODUCTION
Les chapitres du premier volume ont exposé les principaux traits caractérisant
nos « villages» qui se sont révélés, au premier abord, porteurs d'historicité et de
mémoires personnelles et communes, mais aussi de permanences dans leur structure,
leur morphologie et leurs polarités. Ils ont aussi permis de dévoiler leurs contours et
leurs atours qui développent leur pouvoir de séduction dans des aptitudes diverses
relevant de caractères spécifiques dans le Paris d'aujourd'hui. Devenus des espaces « à
part entière» à travers leurs formes, leurs structures et leurs fonctions, ces lieux sont
également des cadres sociaux où se concrétisent des expériences humaines stimulées par
des images uniques et des conditionnements plus généraux qui répondent à des besoins,
à des valeurs et à des normes dictées par les exigences de la vie en société et modélisent
des attitudes mentales et comportementales spontanées et/ou volontaires, mais toujours
spécifiques, qui s'inscrivent dans l'inconscient individuel et collectif. C'est au niveau de
ces dernières déclinaisons qu'intervient l'espace « vécu» : sujet de cette partie qui vient
enrichir et surtout envelopper d'actualité vivante le contenant du premier ouvrage.
Ce qualificatifde « vécu» que nous pouvons désormaisattribuer à l'espace (1)
ou plutôt, pour nous, au quartier, introduit l'expérience en elle-même en enrichissant la
thématique « villageoise» d'une nouvelle dimension qui s'insère dans l'imaginaire et le
réel se dégageant des référents symboliques (objets et/ou sujets), de leur codification
sociale et de leur interprétation immédiate. Plus concrètement, cette dimension s'articule
dans des espaces d'usage ou fonctionnels (commerces, équipements...), dont la pratique
diffère d'un individu à un autre et des espaces résultant d'une imbrication de
connaissances diverses apprises et/ou imaginées touchant aux références sociales, à la
perception et aux images mentales et y a une place distincte qui tient à la qualité que
l'habitant attribue à son milieu et aux éléments le constituant [voir annexe 1.1]. À ce
titre, le quartier « vécu» est à l'échelle du piéton, limité par des « frontières»
psychiques prégnantes et hautement individualisées qui supposent une appropriation
« ego-centrée» distinguant un « intérieur» et un « extérieur» et imposant une distance
définie à partir des capacités de l'individu [chapitre 1 du volume 1].
(1). Si le concept « d'espace» et qui plus est « d'espace vécu» se forme par la pratique et par l'élaboration de
la pensée, il ne devient opérationnel que lorsqu'il peut se définir dans une combinaison de dimensions elles-
mêmes aptes à constituer un champ d'expériences, comme le sont les matérialités historiques, sociologiques,
économiques... qui nous ont été fournies dans les chapitres de la première partie.
5Ici donc, les systèmes référentiels dans lesquels le permanent et l'occasionnel
se superposent à volonté s'entremêlent dans des relations interactives qui subjuguent le
réel et le ressenti à travers des distorsions se traduisant, nous le verrons, par des
descriptions, des attitudes et des pratiques très différentes chez les habitants ou chez les
simples visiteurs. Au-delà de la« géographie» du quotidien qui s'y déroule parfois très
rigidement, ces distorsions opérant dans des cadres étroits intéressent particulièrement
notre problématique « villageoise ». En effet, si la notion subjective qu'est le « vécu»
pare d'une « aura» nouvelle l'ordinaire des sites, en le mystifiant parfois, celui-ci ne
manque bien évidemment pas en retour de s'inspirer de la métaphore « villageoise », d'y
puiser ses forces et ses contradictions. À ce titre, rappelons que l'allusion au « village
dans la ville» motivant diverses images psychoaffectives et psychosociales apparaît,
certes, comme une illusion involontaire évoquant, par exemple, la sécurité maternelle,
mais aussi comme une volonté affabulatrice à caractère commercial, politique, social et
autres se destinant à promouvoir un produit ou l'appellation« villageoise» elle-même, à
provoquer un désir d'ancrage dans une population donnée, à affirmer une volonté
territoriale, etc. Comme nous le constatons, le prisme du« vécu », à travers la notion de
« village », propose des lectures multiples et complexes touchant au local et aux
variables s'y rattachant.
Outre l'éclaircissement des zones subjectives laissées dans l'ombre par les
données statistiques de la première partie [vol. 1] les enquêtes menées ici se sont
efforcées de cibler certains facteurs motivant ou perturbant les orchestrations
« villageoises », d'y établir des liens de causes à effets et de préciser quelques
possibilités élargissant le champ de notre réflexion. Pour parfaire ce type d'analyse,
nous avons veillé à ne pas négliger l'étude de cas concrets révélés, par exemple, par les
projets d'aménagement urbain qui se dessinent au sein de nos «villages» et tout ce que
ces projets supposent en termes de confrontations, de conflits d'usage, de luttes
d'influence et d'alliances entre les divers protagonistes de la scène locale qui se
clarifieront au fil des pages.
Au-delà de ce cadre factuel dans lequel les symboles dialectiques jouent à plein
et à la lumière des informations réunies dans les chapitres du premier volume, nous
avons également tenté de signifier ce que sont les quartiers « vécus» pour ceux qui les
pratiquent au jour le jour et ce qu'ils peuvent stimuler comme attitudes individuelles
et/ou collectives. Ici, le recueil des données s'est appuyé pour une large part sur la
lecture de sondages d'opinions (C.S.A., S.O.F.R.E.S., I.P.S.O.S...), de comptes rendus
de conseils de quartier et d'articles parus dans la presse régionale et/ou locale (presse
écrite et «blogs») qui étayent certaines thématiques agrémentant nos « terroirs» et
mettent à jour quelques points de vue d'habitants soucieux de leur cadre de vie et des
positionnements d'acteurs issus du monde politique et associatif.
La collecte d'informations s'est aussi fondée sur des enquêtes de terrain qui ont
consisté à saisir sur le vif des instantanés significatifs du « banal» et de « l'habituel»
pouvant s'extérioriser dans les « hauts lieux» de la vie sociale: rues, marchés,
boutiques, cafés... à travers des ambiances et des rythmes variés qui synthétisent
certains aspects «vécus» de la vie quotidienne, parfois hauts en couleur. À ces
observations « en situation », s'ajoutent enfm des interviews et des questionnaires qui
permettent de donner de la consistance aux analyses précédentes et de pénétrer quelques
peu les mentalités résidentielles ou, à défaut, l'état d'esprit des personnes interrogées
(habitants, « passants» et travaillants), ainsi que leurs dispositions à l'égard des lieux.
6Si la méthodologie appliquée aux observations in situ est soulignée dans les
chapitres concernés, il paraît utile d'expliquer dès à présent les modes opératoires
afférents aux interviews et aux questionnaires se déclinant dans l'ensemble des chapitres
suivants et dont les conclusions couronnent plus d'une année d'assiduité et dégagent
certaines perspectives qui s'articulent au travail d'écriture en l'enrichissant. Ainsi,
s'agissant des interviews, les investigations entreprises sur les terrains ponctuées par de
nombreuses visites m'ont aussi permis de m'entretenir, au hasard de mes pérégrinations
« villageoises », avec des personnes vivant et/ou travaillant dans ces lieux (57 au total
[voir annexe 3.1]). Ces rencontres informelles m'ont autorisé à m'imprégner des lieux, à
laisser courir le cheminement de ma réflexion et m'ont aidé à comprendre certaines des
factures qui peuvent s'appliquer à nos « villages» et aux collectivités qui y résident. Par
la suite, ces échanges « libres» furent complétés par des interviews « d'institutionnels»
tels que les curés ou les diacres, les présidents de conseils de quartier ou les équipes
d'animation de la démocratie locale, les associatifs, etc. (65 au total). Ces interviews ont
été réalisées quelquefois par téléphone, mais dans la majorité des cas ils furent effectués
en vis-à-vis, de façon directe ou après une prise de rendez-vous. Quelles que soient les
modalités et même si les échanges y étaient nettement plus formels que lors des
précédentes rencontres, les entretiens se sont déroulés sans contraintes aucunes au
rythme de la personne concernée. Seules quelques questions ciblées au préalable sont
venues dynamiser et/ou diriger l'énoncé.
Hormis les entretiens téléphoniques plus impersonnels et à l'exception de
quelques noms de personnes ou de lieux difficiles à retenir, il n'y a pas eu de prise de
notes (ni non plus d'enregistrements). Le travail d'écriture, comme lors des rencontres
informelles évoquées plus haut, s'est fait ici de mémoire dans un café ou sur un banc
lorsque le temps le permettait. Malgré les défauts inhérents aux possibles défaillances de
la mémoire, cette méthode, doublée d'une grande liberté d'expression de la part des
interlocuteurs, a autorisé l'instauration du climat de confiance nécessaire pour éviter
et/ou contourner les résistances psychologiques liées à des évocations parfois intimistes
et/ou engagées. Lorsque la personne n'avait pas d'impératifs d'horaires, elle a aussi
permis d'établir à un moment ou à un autre un véritable dialogue, un échange de vue
parfois très long qui se terminait généralement par une poignée de main et une invitation
à revenir ou, au téléphone, par un sympathique: «Si vous voulez plus d'informations,
n 'hésitez pas à me rappeler! » Dans tous les cas, si cette formule relevant d'une volonté
personnelle s'est révélée très positive à différents égards, les énoncés déformés en
ressortant ne peuvent être retranscris en tant que tels sans s'inscrire en faux, ils nous
servent, à ce titre, pour appuyer certains arguments qui émaillent nos hypothèses (2).
Les zones d'incertitudes laissées par la méthodologie utilisée lors des
interviews sont fort heureusement adoucies par les réponses aux questionnaires. Le
travail exhaustif appliqué à l'ensemble des questionnaires constitue, en effet, l'ossature
sur laquelle vient se greffer la quasi-intégralité des thèmes « vécus» soulevés à la fois
par les entretiens et par les observations « en situation ». Il a été réalisé auprès de 520
personnes sélectionnées avec plus ou moins de rigueur selon des critères tels que l'âge
(2). Les arguments les plus ftappants sont, comme ceux des répondants des questionnaires, repérés dans le
texte par des phrases ou des mots anonymes ou, plus rarement, nominatifs, mis en italique et entre guillemets.
7et le sexe, contactées soit par téléphone, soit directement dans la rue ou encore selon
d'autres modes explicités plus loin [voir le profil des répondants des questionnaires n° 1
et 2 en annexes 3.2 et suivantes].
En ce qui concerne le questionnaire n° l, dont la majorité des questions (18 au
total) est tirée du travail d'Hubert DeIcher (3),il a été effectué auprès de 150 résidants
(10 par site) abordés dans la rue. Étant direct et dépendant du temps que pouvaient me
consacrer les personnes voulant bien y répondre, ce questionnaire demandait des
réponses claires et immédiates. À ce titre et sauf à quelques exceptions près, les
questions posées sont généralement fermées (OuiINon) ou semi-ouvertes (réponses pré-
établies) et couvrent un champ très varié qui aborde des thématiques ayant trait à des
attitudes mentales (appréciation, représentation, appropriation et/ou identification) et
comportementales (pratique de l'espace fonctionnel, investissement dans la vie locale et
au désir ou non d'une éventuelle évolution).
Parce qu'ils inspirent une image bien plus « villageoise» que Bercy ou Le
Petit-Gentilly et parce qu'ils en sont géographiquement très proches, un questionnaire a
été réalisé, conjointement et selon les mêmes modalités auprès de 5 « passants» et 10
résidants de la rue de Charenton et de la Butte-aux-Cailles. Ici, les questions abordant
les thématiques et la quasi-totalité des interrogations couvertes par le questionnaire 1,
offtent des comparaisons intéressantes avec ces deux sites, notamment parce qu'en
termes d'urbanisme, ils constituent des oppositions directes aux sites en concurrence.
Dans le cadre des questions concernant les attitudes mentales, il paraissait également
souhaitable de confronter d'autres points de vue. C'est pour cette raison que deux autres
questionnaires [1 bis et 1 ter] ont été réalisés, l'un, par sondage téléphonique auprès de
50 personnes demeurant sur dix rues ou secteurs précisés dans les tableaux d'analyses et
éparpillés dans les arrondissements concernés par l'étude et, l'autre, directement dans la
rue auprès de 75 personnes de passage sur les sites (soit 5 par site).
Qu'ils aient été accomplis par téléphone ou dans la rue, tous ces questionnaires
ont été relativement bien accueillis par le public contacté (plus d'une personne sur 30
(soit 4 %) a eu la gentillesse de m'accorder du temps dès le premier contact). Cet
accueil, je l'ai appris lors des sondages, était lié à mon statut d'étudiant me présentant
comme une « personne neutre» et surtout, à l'intérêt que portent les répondants sur les
lieux où ils vivent ou qu'ils visitent très souvent. Un intérêt qui transparaît dans les
analyses, comme nous le verrons par la suite.
Si les réponses aux questionnaires furent facilitées par une démarche volontaire
et pertinente, il n'en a pas été de même du questionnaire n° 2. En effet, si dans chaque
cas les réponses dévoilent le même intérêt sincère pour nos sites, le mode de diffusion,
quant à lui, s'est heurté à bon nombre de résistances qu'il a été bien difficile de
contourner, dans un premier temps du moins. Ainsi, complétant le premier questionnaire
en matière d'identification, étant plus précis dans les appréciations et demandant aussi à
ceux qui le désiraient, des illustrations: dessins, récits de vie... [voir annexes 3.2 et
suivantes], ce questionnaire dépendait du temps imposé, à savoir une semaine (un temps
plus long aurait favorisé l'oubli) et de ce fait exigeait une distribution adaptée.
(3). Dans « Le village urbain» : un village à l'échelle de la ville? Belleville à Paris, un exemple de quartier
convivial particulier, 1997.
8Après avoir choisi des « sites tests» (1 par arrondissement), l'idée première fut
de se concentrer sur les boîtes aux lettres des particuliers. Cependant, l'inaccessibilité de
la plupart d'entre elles, matérialisée par de très nombreux digicodes, empêcha une
distribution efficace. La seconde solution fut de se reposer sur une tierce personne
(morale ou physique) et plus précisément sur les commerçants, les associatifs et au sein
des conseils de quartier (4). Cette méthode rencontra également un problème de poids
dans l'absence ou la faiblesse de l'investissement de la part des commerçants et des
associatifs qui, dans la majorité des cas, oubliaient l'existence même des formulaires.
Quant aux conseils de quartier contactés à ce sujet, s'ils furent toujours très intéressés
par ma démarche, leur charge de travail déjà très conséquente ne leur permettait pas de
concrétiser dans les faits ce type de distribution.
En regard de l'aspect contraignant, mais aussi de la faiblesse des résultats
obtenus par l'entremise de ces deux méthodes (2,6 % de retours en moyenne (soit 23
exemplaires sur les 900 distribués), un nouveau mode de distribution a été effectué
directement dans la rue « de main à la main» sur les principaux pôles de convergence:
sorties d'écoles ou de métro, parvis des églises, places, marchés, devant les boutiques...
Cette démarche appuyée par un simple et souriant «bonjour» ou «bonsoir» : une
accroche verbale appropriée et nécessaire pour briser l'anonymat de la« main tendue»,
se révéla être la bonne car elle eut un effet nettement plus positif que les précédentes,
comme peut en témoigner le nombre de retours qui atteint 6,2 % en moyenne (186
exemplaires sur 3 000».
Globalement, les formulaires retournés ont donné de bons résultats. De plus,
divers récits de vie (9 au total), des croquis détaillant les parcours usuels sur les sites
(37) ou sur d'autres arrondissements, ainsi que des dessins (21), d'enfants notamment,
représentant les «villages» sont venus les illustrés. Cependant, afm d'appuyer certaines
comparaisons avec le questionnaire 1, il fut nécessaire d'obtenir une parité entre les
deux questionnaires et une équité entre les sites. À ce titre, 150 des 209 formulaires
retournés ont été retenus. Dans le même souci d'équilibre, seules cinq des onze
questions apparaissant dans le formulaire, ainsi que trois ensembles de quarante-deux tirées du travail de M.-J. Bertrand (5) ont été pris en compte (celles se
rapprochant dans la forme et dans les résultats du questionnaire 1 ont été mises de côté).
Pour en revenir au questionnaire 2, la sélection s'est opérée naturellement en fonction
des «non-réponses» touchant, notamment, aux questions sur les répondants et en
conservant, dans tous les cas, les formulaires illustrés d'une façon ou d'une autre avec
toutefois, ici aussi, le difficile choix de l'homogénéité circonstanciée. Laquelle laisse en
l'état l'intégralité des neuf témoignages retraçant quelques visions sur le quotidien de
vie à Bercy, au Petit-Gentilly, à Vaugirard, à Auteuil, à Montmartre, à La Chapelle et à
Charonne, mais où n'apparaît que quinze images mentales et trente parcours.
Toujours dans le cadre du second questionnaire et en regard des réponses
positives à la question touchant à l'identification marquée au lieu de vie: Avez-vous le
(4). L'idée d'une diffusion par église et mairie interposées fut, quant à elle, oubliée. En effet, ces institutions
assurent des fonctions ne prédisposant pas vraiment au type de préoccupations évoquées dans le
questionnaire qui aurait pu, par ailleurs, dans le cadre d'une distribution par mairie, être déformé par une
visée politique.
(5). Dans Pratique de la ville, 1978.
9sentiment d'être Auteuillois(e), Montmartrois(e), etc. ? Il semblait inévitable, afin
d'éviter tout égarement sur ce délicat sujet et permettre d'établir une comparaison, de la
poser dans d'autres espaces plus enclins à ce type d'affIrmation que des quartiers
parisiens. Ce dernier questionnaire a été effectué auprès de 65 personnes vivant sur
treize communes de banlieue (soit 5 par site) et contactées par téléphone (6).
Ces communes ont été sélectionnées en fonction de critères établis sur des
bases historiques et/ou sociologiques qui les distinguent les unes des autres, mais les
rapprochent lorsqu'on les compare à Paris. Avec tout d'abord Ivry, Gentilly, Montrouge,
Neuilly, et Saint-Mandé, des communes de l'ancienne « Petite banlieue» qui ont été
sévèrement amputées d'une partie de leur territoire lors de l'extension de Paris en 1860
[chapitre 1 du volume 1]. Puis Vanves, Issy-les-Moulineaux, Saint-Ouen, Aubervilliers
et Pantin qui, eux aussi, ont subi les assauts de cette annexion, mais dans une moindre
mesure. En dehors de l'aspect historique, dont les contraintes sont encore visibles dans
le paysage, ces dix sites nous intéressent par le fait qu'ils évoquent et toujours un
imaginaire social imprégnant des représentations duelles entre « banlieue populaire» et
« banlieue chic », entre « banlieue rouge» et « banlieue de droite », etc. Le choix des
derniers sites intervenant dans cette thématique a porté sur Saint-Denis (7),Nanterre et
Versailles: trois communes qui n'ont pas connu les mêmes bouleversements historiques
que les précédentes, mais présentent des identités s'affIrmant clairement, surtout
lorsqu'on se réfère aux images duelles et « marxisantes» citées plus haut.
Que ce soit avec les observations en situation, les interviews, les questionnaires
et toutes les illustrations s'y rattachant, le caractère forcément limité des conclusions
auxquelles nous pouvons parvenir ici, doit rappeler qu'une telle analyse est, elle-même,
forcément limitée. Ainsi, face aux carences inhérentes au ciblage trop partiel des
instantanés pris dans les « hauts lieux» de la vie sociale, à la faiblesse quantitative des
personnes interviewées (122) et des habitants questionnés (300) (8),voire peut-être aussi
à l'inconstance de leurs attitudes et/ou de leurs propos, il paraît utile de préciser que les
(6). Afin de ne pas influer sur les réponses, la question clé concernant l'identité a été «noyée» panni une
dizaine de questions, volontairement moins marquées, qui ont été tirées du questionnaire na 1.
(7). Saint-Denis a également connu un changement lors de l'annexion de la « Petite banlieue », mais de façon
positive, en récupérant un vaste territoire appartenant à la commune de La Chapelle sur la plaine du Landy
(anciennement Lendit).
(8). S'il est vrai que la faiblesse de ces panels peut être «scientifiquement» critiquable vis-à-vis des
conclusions que nous pouvons en tirer, ceux-ci sont néanmoins à replacer dans le contexte démographique
supposé des « villages », c'est-à-dire un peu moins de 150 000 âmes vivant en zones A et B [chapitre 1 (vol.
I)]. Soit un rapport de 1 sondé pour 1 230 habitants (interviews) et de 1 pour 1 000 habitants (questionnaires
1 ou 2), pour un total de 1 sondé pour 335 habitants (plus ou moins 1 pour 177 si nous nous
référons à la seule population de la zone A). Par ailleurs, lorsque nous ramenons les échantillons des
questionnaires 1 ou 2 par site à Charonne ou Montmartre, les valeurs se resserrent à 1 sondé pour environ 230
habitants contre 1 pour 1 833 au Petit-Montrouge. Ainsi, si nous sommes très loin de l'exhaustivité du
questionnaire PLU (l pour 8), nous nous rapprochons quelque peu des rapports d'autres sondages présentés
en annexe comme ceux de la S.O.F.R.E.S., de la Mairie de Paris ou de ]a Préfecture de police de la capitale
sur l'opinion des Parisiens à propos de leur arrondissement, de ]a propreté ou de la sécurité qui affichent
respectivement 1 sondé pour 278, 556 ou 740 habitants. Dans ce contexte, le travail exposé ici doit être pris
comme un sondage panni d'autres. Quant aux résultats que nous pouvons prélever des analyses croisées, s'ils
sont peu crédibles par rapport aux quotas ils peuvent toutefois servir comme des outils informatifs voire,
mieux encore, comme des portes ouvrant]a voie à d'autres recherches et à d'autres étayages scientifiques.
10approches s'entrecroisant ici ne peuvent recouvrir la totalité des réalités qui opèrent à
des rythmes parfois effrénés en bousculant les relations que les individus nouent entre
eux et/ou avec leur environnement immédiat et ne sont pas forcément repérés par
l'observateur. Malgré ces occlusions qui ne permettent qu'une lecture fragmentaire du
« vécu », la grande diversité d'appréhensions soutenant nos analyses nous aidera,
néanmoins, à comprendre quelques aspects de la vie quotidienne et de la vie citoyenne
qui se déroulent ici et à dégager certains des centres d'intérêts partagés par les habitants
et certains des enjeux que ces lieux très symboliques ne manquent pas d'inspirer.
Si le quartier « vécu» est issu de la pratique que nous en avons et est, à ce titre,
soumis à nos propres besoins, nous ne pouvons pas ignorer également le fait que regardé
comme le prolongement du domicile, il relève de nos propres mystifications. Il paraît, en
effet, quelque peu abusif de prêter à un paysage aussi beau soit-il des charges affectives
qui émanent en vérité de notre état psychosomatique et de notre capacité à élaborer des
symboles et des images afm de les projeter sur certains éléments qui s'y inscrivent.
Ici, l'analyse s'articulant sur les principaux questionnaires procédera donc en
deux temps synthétisant des dimensions où se distingueront les attitudes mentales et les
attitudes comportementales qui s'associent, mais diffèrent dans leur mode opératoire, les
unes découlant du transfert affectif et de l'investissement psychologique reposant sur des
critères subjectifs et symboliques (sphère de la sensibilité et de la perception) et les
autres d'un contre-transfert réactif qui provoque une réponse de « l'habitant» lui
permettant d'utiliser son environnement ou de le transformer à son image ou à celle du
groupe de référence (sphère du comportement et de l'action). En regard de ces processus
qui n'échappent pas à l'observation et à la lumière de la métaphore « villageoise »,
l'espace: objet physique et social, témoin de l'œuvre humaine, lorsqu'il est connu et
limité par des caractéristiques individuelles prononcées et comprises comme un rempart
inspirant la sécurité face aux normes sociales et au reste de la cité, est le point de départ
d'un enchaînement dans lequel l'individu commence par charger de sens les éléments lui
dispensant ses bons soins, pour finir par parvenir à s'intégrer à la société locale et
globale ou à la supporter à travers une résilience affirmée (9).
Cette chaîne d'influence interactive, amenant en théorie d'un état de vide
(vacuité) à un état d'équilibre harmonieux avec le monde environnant (synchronie),
passe bien sûr par différents stades se régulant et s'imbriquant étroitement et à l'infini en
un système complexe où chaque facteur intervient en réagissant sur tous les autres
[annexe 1.2]. S'il semble difficile de décoder tous les paramètres enjeu ici, il convient
dès à présent de souligner ceux qui, à nos yeux, sont les plus significatifs et nous servent
en ce sens de supports aux chapitres qui vont suivre.
Ainsi, en partant du principe que l'espace en tant que lieu de vie se dessine
comme une entité spatiale et sociale à même de consolider les liens affectifs que l'on
entretient avec lui, les appréciations subjectives en découlant suggèrent autant d'images
et de clichés qui valorisent l'individu (narcissisation) et amènent naturellement à une
(9). Selon Bruno Bettelheim, cet aspect des représentations des lieux apparaît dès la prime enfance à travers
une approche intuitive (référentiel égocentré), puis une élaboration plus juste des distances (référentiel exo-
centré) dans laquelle l'espace structure la personnalité et l'identité de l'enfant au fur et à mesure de son
évolution.
Ilidentification spontanée ou du moins « sans condition» (désir de...) aboutissant soit à
une intégration « en totalité» de celui qui y est soumis, soit à une appropriation « par
critère» (10),et parfois même à une affIrmation à l'identité [chapitres 1,2 et 3]. Quelles
que soient les formes qu'elles revêtent les revendications à l'appropriation et/ou à
l'identité conduisent à un désir de pratiquer plus intensément encore le quartier: objet
d'amour, d'y participer individuellement et quelquefois de s'y impliquer en partie ou en
totalité en intégrant un mouvement associatif, un groupe défini... [chapitres 4 et 5]. Ce
qui a pour conséquence de revaloriser l'affect et, par là soi-même (renarcissisation),
d'alimenter de nouveaux concepts et de nouvelles représentations devenant à leur tour
autant de formes d'appropriation, d'exutoire aux ITustrations citadines, de convoitises et
d'enjeux susceptibles de remodeler à volonté l'environnement urbain ou humain
[chapitre 6]. Qu'elles soient contenues dans l'individu (espace immanent) ou qu'elles se
projettent sur l'objet (espace transcendant), nous retiendrons ici que les opérations de
va-et-vient entre l'Homme et son milieu se déclinent toujours dans des attitudes
initialement personnelles et restreintes au lieu habité. Et cela est d'autant plus vrai
lorsque celui-ci se prédispose à une véritable conviction « villageoise ». Au-delà, les
représentations et les suggestions s'amoindrissent en même temps que les pratiques et
les usages au profit d'autres préjugés et d'autres comportements.
Si l'ensemble de ces dispositifs constitue l'essentiel des chapitres de cette
partie en tentant de les quantifier grâce aux réponses émergeant des questionnaires qui
feront, pour quelques-unes, l'objet d'une analyse croisée par réponses et par critères
d'âge, de sexe, etc., les comparaisons analogiques entre nos sites discernant les sites
« de plaine et de plateau» des sites « de butte et de coteau» ou encore les sites
« intermédiaires à aisés» des sites « intermédiaires à populaires» ne seront pas oubliées
pour autant. Celles-ci, au contraire, seront notifiées par les réponses positives aux
questions posées et viendront en conclusion de chaque chapitre à travers des tableaux de
classification qui aboutiront à une interprétation fmale aux côtés des analyses croisées.
Laquelle, interprétation, doit être comprise en terme subjectif, comme doivent d'ailleurs
l'être les résultats par questionnaires, questions et critères d'une infnne partie des
populations étudiées et ne peuvent se concevoir comme acceptables, en la matière, que
si et seulement si ils sont associés aux observations de terrain.
(10). Nous avons distingué ici, l'identification qui procède, pour nous, de l'assimilation mentale de l'individu
à l'objet convoité de l'appropriation qui relève d'une prise de position à son égard. À ce titre, si
('identification peut aisément se passer de l'appropriation de l'objet convoité, l'appropriation quant à elle
relève toujours de l'identification à cet objet.
12CHAPITRE I
L'ESPACE RESSENTI
Marqués socialement et émotionnellement par plusieurs générations
d'individus, nos «villages» véhiculent une certaine image d'eux-mêmes. Cette image,
construite à la fois sur une dimension «villageoise» authentique dans laquelle le
sentiment d'appartenance était lié à une collectivité et sur une culture urbaine évoquant
l'individualisme et, autrefois, une solidarité « de métier », stimule de manière plus ou
moins significative d'un espace à un autre le regard et les modes de vie des habitants
actuels. Ces impressions dualistes qui influent sur les comportements des individus y
étant intégrés par choix ou par défaut font de ces espaces des univers sociaux
« polymorphes» et « polyrythmiques» qui se situent bien au-dessus du temps à travers
des écarts temporels et divers sens sociaux, tous fortement chargés de symboliques.
Outre le contexte historique et social, nécessaire à la matérialisation des
attitudes personnelles et collectives (1),ces stimulus sont visibles par le biais de certains
« points clés» et de certaines lignes de force autour desquels s'articule l'organisation du
paysage, ainsi que d'une vie collective en principe centrée sur le quartier qui se dissocie
de la vie urbaine en elle-même et s'extrait des fragmentations de vies plus
communautaires se structurant sur des affmités électives et sélectives rapprochant les
individus grâce, notamment, à des partitions amicales, religieuses, socioculturelles,
socioprofessionnelles, ethniques ou autres. Marqueurs des sociétés et des pratiques
résidentielles, supposées partagées par tous, ces « nœuds» de vie commune constituent
en quelque sorte les pivots de la socialisation de nos« villageois» qui s'affmne à travers
la fréquence de l'usage permettant en théorie l'élargissement des références qu'impose
la confrontation entre l'espace privé et l'espace public ou plutôt, ici, entre l'individu et
la collectivité où il est inséré. Ils sont à ce titre essentiels quant à la projection affective,
mais aussi comme support à l'identité et à l'illusion « villageoise ».
y(1). Selon H. Lefebvre, il aurait trois réalités associées à l'image et à l'existence des quartiers pris en tant
qu'espaces de sociabilité. L'une serait subordonnée à leurs aptitudes distinguant les défaillants et
éclatés, des quartiers résistants; l'autre constituerait un archipel social fondé sur la proximité résidentielle et
la dernière serait une survivance de l'histoire et d'anciennes décisions déterminées par des conjonctures
inhérentes à la vie et à l'évolution urbaine [voir BERTRAND (M.-J), 1978, p. 30].
13Ces éléments, ces signes ou ces figures, quel que soit le nom qu'on leur
attribue, peuvent être perçus et appréhendés par leur nature et leur forme qui les
caractérisent et les distinguent les uns des autres, mais également par les fonctions et le
rôle qu'ils peuvent jouer dans le quotidien en homogénéisant et en rendant cohérent le
cadre de vie. Et cela même si cette image d'homogénéité varie au rythme des habitudes,
des besoins et surtout des ressentis individuels:
«Les images de l'environrrenrentsont le résultat d'une opération de va-et-vient entre
l'observateur et son milieu. L'environnement suggère des distinctions et des relations et l'observateur - avec
une grande capacité d'adaptation et à la lumière de ses propres objectifs - choisit organise et charge de
sens ce qu'il voit. L'image ainsi mise en valeur, limite et amplifie alors ce qui est vu, tandis qu'elle est mise
à l'épreuve des impressions sensorielles filtrées en un processus constant d'interaction. Aussi, l'image d'une
réalité donnée peut présenter des variations significatives d'un observateur à un autre. » [LYNCH (K.),
1999,p.7].
Dans tous les cas, ces représentations des individus vis-à-vis des espaces qu'ils
habitent où qu'ils aiment fréquenter induisent une identification référentielle spécifique,
si ce n'est une appropriation et comprend une certaine maîtrise des signes urbains qui
sont autant de codes à déchitITer permettant d'incorporer mentalement l'environnement
opérationnel. Et cela d'autant plus qu'à cette symbolisation de référents physiques
s'ajoute aussi, pour l'habitant, celle des relations de voisinage. Ainsi, s'il existe un
accord « de fait» entre les éléments matériels du paysage et l'imaginaire des individus,
celle-ci concerne également les archétypes sociaux qui s'inscrivent dans la mémoire des
lieux à travers des échanges et des relations propres à ce que l'on nomme la vie de
quartier qui deviennent autant de révélateurs du « vécu» de nos sites nous permettant de
progresser dans nos analyses comparatives entre les différents terrains de l'étude.
C'est à travers diverses figurations, dans lesquelles se côtoient l'urbain et
l'humain rencontrés ici, que nous pouvons lire quelques types d'attitudes reliant l'objet
au sujet et le signifiant au signifié en subjuguant le banal et l'usuel dans des
compositions tangibles qui valorisent, parfois trop schématiquement, une manière de
vivre et d'être « à nulle autre pareil ». Si ces « allusions» subjectives, mais vivantes,
représentent l'essence même de la métaphore au « village dans la ville» et intéressent en
ce sens notre problématique bien plus que ne peut le faire une lecture objective, nous ne
retiendrons dans ce chapitre que l'aspect « ressenti» éprouvé au premier abord par
l'entremise de la sociabilité et des liens que l'humain entretient avec son milieu. De ces
processus psychoaffectifs et interactifs, créateurs des scènes « villageoises », découlera
tout un enchaînement de concrétisations d'expériences où se mêlent étroitement le réel,
l'imaginaire et le symbolique.
LES « STRUCTURES HARMONIQUES» DES "ESPACES «VÉCUS»
AUX LIEUX DE RÉSIDENCE: UNE SYNTHÈSE
Les plus longs moments de l'existence se déroulent au lieu de vie et de
l'emploi. Si ces deux secteurs sont éloignés géographiquement, ce qui est a priori
souvent le cas, c'est à l'évidence dans l'aire où se situe son domicile que l'individu vivra
le plus intensément. Ici, les éléments valorisant et façonnant l'espace « vécu », que nous
désignerons en tant que « structures harmoniques », pour reprendre les termes de M.-J.
Bertrand dans sa Pratique de la ville [voir bibliographie], nous sont révélés par les rues,
14les places, les squares, etc. qui, outre leur rôle dans l'organisation spatiale, sont des
({hauts lieux» de la vie sociale pour ceux qui les utilisent assidûment. Lieux de rendez-
vous et de rencontres, ils constituent le prolongement du logis: ({le vestibule de la
maison» [CHALVON-DERMERSAY (S.), 1984, p. 129] où se développent la
sociabilité et les interactions sociales par le biais de réglages et d'ajustements incessants
et paradoxaux allant de la distanciation prudente au contact direct, de la présence à
l'absence entre individus [voir cartes 1].
Les rues et les places, lorsqu'elles disposent des attributs nécessaires aux
besoins quotidiens de la population, possèdent d'autre part une réalité économique et
administrative par la polarité qu'exercent les équipements publics, les moyens de
transports et les commerces qui configurent l'espace commun en l'unifiant et deviennent
tour à tour des repères, des symboles, des aires d'approvisionnement en biens, en loisirs
et en services, des facteurs de réunion et de dispersion où se transmettent des idées et
des normes sociales, où s'éprouvent les personnalités et où s'épanouissent les identités à
travers le partage de conduites communes. Ici, si les facteurs de complémentarité varient
en nombre et en nature selon les nécessités et la culture personnelle, la connaissance des
repères urbains et/ou humains s'organise et se complète toujours avec la familiarité qui
affine la perception et modélise les représentations.
Il ne s'agit nullement de dresser une liste de tous les dispositifs existant au
cœur de nos « villages» - elle a déjà été faite dans le chapitre 1 du volume 1 - mais de
les rappeler à nos souvenirs et de souligner leurs réalités respectives, du moins les
principales, au niveau de la perception, du ressenti et du « vécu» de nos sites. Ainsi, si
les rues et les places se révèlent être des scènes de la vie sociale souvent ritualisées et
minuscules, les équipements publics regroupent, eux aussi, diverses composantes qui
vont bien au-delà de leur fonction et/ou de leur statut dans l'espace public. Ainsi en est-
il avec les écoles, les collèges ou les lycées représentés plus ou moins fortement dans
tous les sites et dans lesquels les enfants ou les adolescents se côtoient souvent sans
préjugés sociaux, religieux ou raciaux. Ce postulat est visible également lors des sorties
de crèches et d'écoles maternelles ou élémentaires où les parents peuvent se rencontrer,
échanger des formules de politesse, des propos informels, voire même parfois se
fréquenter régulièrement par le biais des affmités entre leurs enfants.
Cette émulation, issue de la pratique régulière, se retrouve aussi avec les
centres sportifs et les piscines que l'on aperçoit de La Maison-Blanche à Grenelle ou
bien à La Villette et à Charonne qui attirent aussi bien les jeunes gens que les adultes de
tous âges. Moins interactifs, parce que plus discrets, mais tout aussi valorisants et
repérables dans les paysages lorsqu'ils sont présents, sont les espaces culturels et de
loisirs qui émergent de Bercy à Vaugirard ou encore à Passy, aux Batignolles, à
Belleville et Charonne par le biais de maisons des associations, de centres d'animation,
de musées, de théâtres, de cinémathèques et de cinémas mais aussi et surtout de
bibliothèques où convergent volontiers les ({locaux» et les visiteurs de passage.
Facteur de convergence quasi-obligatoire, d'autres équipements se signalent
par leur aptitude à dispenser des services intéressant le quotidien comme l'exceptionnel.
C'est le cas des postes et des stations de métro ou d'autobus qui servent de relais avec le
monde « extérieur» et captent à la fois les populations locales et les gens de passage ou,
au contraire en cas d'absence, obligent à des parcours hors du quartier« vécu» comme à
Grenelle et à Montmartre pour les postes ou bien au Petit-Gentilly, à Montmartre et à
Charonne pour les métros [voir annexe 1.3].
151
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20Si elles ne sont pas usitées couramment par tout un chacun, les mairies
imposent une monumentalité architecturale et symbolique rassurante et aisément
repérable au Petit-Montrouge, à Vaugirard et aux Batignolles en amplifiant chez les
habitants mais aussi les « passants» la certitude d'être au « centre» géographique de
l'arrondissement et peut-être au « cœur» des préoccupations des édiles locaux. Cette
conviction géographique se retrouve aussi avec les églises: à la fois noyaux de
territoires paroissiaux et monuments consacrés, voire « classés », permettant aux
communautés catholiques de communier avec Dieu dans le partage de rites sanctifiés,
elles sont aussi des repères physiques et des figures de l'interprétation « villageoise» sur
nos sites, hormis La Maison-Blanche divisé entre deux paroisses. Enfin, si ces deux
institutions que sont les mairies et les églises, s'opposant dans le principe mais se
rejoignant en tant que vecteur de la cohésion sociale, augurent d'une sécurité bien plus
emblématique que réelle, la présence policière, via les hôtels de police et les unités de
police de quartier (UPQ), la garantissent formellement en valorisant dans le même temps
des sites tels que Bercy, Le Petit-Montrouge, Vaugirard, Passy, Les Batignolles, La
Villette et Charonne.
Cette charge de symboles sociaux, non négligeable en matière d'appréciation,
est d'autant mieux ressentie lorsque ces pôles d'attraction sont soutenus par des rues
dynamisées par l'animation commerciale personnifiant également le statut des lieux, en
y structurant le « vécu» à travers la densité humaine qui contraste avec des alentours
plus monotones. Ici, les cafés, les petites boutiques et les marchés deviennent, à travers
des rencontres et des conftontations ou encore des discussions entre voisins, autant de
supports tangibles dans lesquels la sociabilité peut se former et l'identité s'affIrmer (2).À
ce titre, la présence commerciale a un effet sur la dimension affective que l'on attribue à
l'image « villageoise» et l'accentue même au niveau de l'identification des enseignes,
nous y reviendrons, mais aussi à travers des stratégies promotionnelles vantant la qualité
d'un produit issu d'un quelconque terroir. Outre ces extériorisations observables et à
part à Montmartre et à Charonne, les activités commerciales, où collaborent dans une
orientation identique les boutiques «traditionnelles» et les magasins « populaires»
(supérette, moyenne et grande surface), soutiennent le renom d'une rue par le biais de
leur pouvoir de séduction et parfois même accentuent le prestige assigné à l'ensemble
d'un quartier en se détournant des rues principales, à l'instar de la galerie Passy-PIazza.
Quelles que soient les suggestions qu'ils proposent et que l'on apprécie leurs
fonctions, leur aspect ou leur rôle en tant que moteurs de la vie de quartier, ces attributs
urbains: des équipements publics aux commerces, qui augmentent conséquemment la
teneur « villageoise» en y ajoutant un soupçon de centralité et un zeste d'illusion
autarcique vis-à-vis du reste de la ville, ne prennent vraiment sens et corps qu'à travers
l'existence d'une périphérie. Celle-ci est signifiée, nous l'avons vu dans le chapitre 1 du
volume l, par des « ftontières» physiques et/ou mentales qui bornent plus ou moins bien
nos sites et sont autant de repères rendant sensibles l'habitant aux avantages fonctionnels
dont il dispose et qui semblent compenser les possibles «désagréments» fixés aux
alentours, en entretenant du même coup l'appréhension spatiale de son lieu de vie.
(2). Si les cafés montmartrois se sont détournés de l'usager lambda pour s'axer sur les touristes de passage, ils
n'en conservent pas moins leurs habitués qui aiment s'y retrouver et entretenir des relations amicales.
21Ainsi une rupture de pente est-elle toujours remarquée annonçant un côté
ascendant et un côté descendant, mais aussi un « haut» et un «bas», notamment
lorsqu'il existe des escaliers comme à Passy, à Montmartre, à Charonne ou encore à la
Butte-aux-Cailles [voir annexe 2.1]. De même, la chronologie opposant des immeubles
neufs à un groupe de bâtisses «anciennes», visibles à La Maison-Blanche, au Petit-
Gentilly, à La Villette, à Belleville et à Charonne, marquera une barrière visuelle si ce
n'est sociale entre deux espaces. D'autres barrières nous sont restituées par le biais des
emprises publiques ou privées qui bouchent l'horizon à Bercy, au Petit-Gentilly, à
Auteuil, aux Batignolles, à La Chapelle... ou encore par l'entremise de grands axes
routiers (boulevards Extérieurs, des Maréchaux...) qui intériorisent les noyaux
« villageois» de Bercy, du Petit-Montrouge, de Grenelle, d'Auteuil, de Monceau... ou,
a contrario, les éclatent à La Maison-Blanche, à La Chapelle et à La Villette. À ces
limites, s'ajoutent aussi celles nettement plus subjectives des changements d'ambiance
que l'on retrouve plus ou moins partout avec l'uniformité de certaines rues résidentielles
ou encore par le biais de préjugés touchant à des variations sociologiques entre
« riches» et « pauvres », à la méconnaissance et/ou à la notion vague d'insécurité.
Nos sites sont donc circonscris dans des limites qui les cloisonnent plus ou
moins fortement et au-delà desquelles la notion de « quartier sociologique », comme
celle de « quartier-village» s'effritent. Ainsi, ils ne couvrent jamais plus de 40 hectares
(zone B [tableau 1 du volume 1]) pour les sites les plus diversifiés et pas plus de 15
hectares pour les sites homogènes. Quant à la superficie des cœurs de «villages »,
constitués par les principaux axes (zone A), elle varie entre 2,5 hectares (Montmartre)
en cas de noyaux uniques et 12 hectares (Bercy) en cas de noyaux multiples (3).Dans ces
espaces bornés et fondés sur les déplacements pédestres, l'essence intimiste opérant au
niveau du «vécu» s'amalgamant ou se juxtaposant aux deux dimensions précédentes
peut, à ce titre, s'épanouir pleinement à travers la connaissance et l'utilisation,
l'identification et l'appropriation qui défmissent les groupes le fréquentant et qui
garantissent, pour celui qui y vit, une intégration rassurante dans une société restreinte
que l'on supposera, pour le moment, ouverte au consensus.
L'APPRÉCIATION ET LES JUGEMENTS QUALITATIFS
Approches thématiques des appréciations de l'espace ressenti
Si la pratique quotidienne et la connaissance d'un quartier cristallisent a priori
bien une relation entre l'habitant et son lieu de vie, il paraît désormais nécessaire de
connai'1:releur avis sur la question. Ces avis confrontés avec des opinions relevées parmi
des « passants» pratiquant de près ou de loin les sites et des jugements établis par des
résidants d'autres secteurs éclairciront certains points nous permettant d'aff"mer notre
réflexion et de poursuivre nos analyses.
(3). Que ce soit la zone B ou A, et hormis pour les stations de métro situées à 500 et 600 mètres du Petit-
Gentilly et de Charonne, les marchés (Charonne) et les commerces d'alimentation (Montmartre), l'ensemble
des équipements usuels servant au quotidien sont toujours situés à moins de 400 mètres des domiciles (50
hectares). Ce qui est, pour les urbanistes, la distance maximale qu'accepte un piéton chargé de course.
22Les questions 1, 2 et 3 du questionnaire n° 2, tirées de l'ouvrage de M.-J.
Bertrand: Pratique de la ville, pam en 1978 et adaptées à nos sites, nous permettent
d'introduire, dans le détail, diverses interrogations que nous retrouverons dans les
paragraphes et les chapitres suivants. Ces questions prennent en compte les opinions
favorables sur l'ensemble des sites et font une place non négligeable à celles des femmes
à travers plusieurs thèmes répartis en trois grandes catégories: « Aspect », « Fonctions»
et « Vie de quartier ». Des catégories qui structurent bien les jugements qualitatifs de
l'espace « vécu» de manière générale, mais aussi les pratiques que nous retrouverons au
fil de cette partie. Vu la densité des thématiques et le nombre de secteurs traités, seuls
les paramètres qui ont véritablement une conséquence sont mis en évidence.
Plus que les sites en eux-mêmes, nous nous concentrerons donc sur les thèmes
qui, nous le verrons, influent les uns sur les autres, en nous appuyant sur quelques-unes
des observations qui nous ont été transmises par des répondants. Dans ce cadre, nous
tiendrons compte des réponses positives matérialisées par les données statistiques, mais
aussi de leur contraire: trouver agréable la beauté d'un site/désagréable sa laideur,
trouver agréable la présence des commerces/désagréable leur absence... Le traitement
des données formulées par le biais des opinions favorables fusionnant avec l'absence
des opinions défavorables, nous permettra d'apprécier les jugements, si ce n'est les
attitudes, présentés ici.
L'aspect
L'« Aspect» est le premier niveau de perception d'un quartier. C'est par lui
que se forge l'appréhension puis l'appréciation de l'habitant à l'égard de son lieu de vie.
Les divers éléments éparpillés dans le paysage, le site en lui-même... canalisent ses
émotions et lui renvoient des images subjectives, créant un rapport plus ou moins intime.
Dans ce cadre, nous pouvons constater que les opinions concernant les sites, tant
globalement que chez les femmes sont fortement positives. Ici, les réponses agréables
font référence au relief, comme en témoignent les taux élevés relevés à Montmartre, à
Auteuil, à Passy..., mais aussi à la présence d'espaces verts comme au Petit-Gentilly, à
Bercy... Quant aux taux les plus faibles, ils se situent à Monceau qui ne jouit pas de la
proximité immédiate de jardins publics et à La Chapelle pour des raisons diverses qui
seront expliquées au fur et à mesure des thèmes abordés.
Ressentir un quartier de manière agréable, c'est également ressentir sa beauté et
saisir l'histoire, si ce n'est l'historicité, qui lui est attachée, même si celle-ci n'est plus,
bien souvent qu'anecdotique. La beauté et l'émotion qu'elle procure sont perceptibles
dans les réponses obtenues, notamment, là encore, sur les sites de relief avec une
prépondérance très nette pour Montmartre, Auteuil et Passy. Nous la retrouvons aussi,
cependant, sur les sites étant assez bien préservés des nombreuses nuisances de la ville
(Le Petit-Montrouge, Charonne, etc.). Ce qui n'est pas le cas à La Maison-Blanche ou à
La Chapelle où le défilé incessant des voitures sur la rue de La Chapelle et l'avenue
d'Italie vient perturber les sensations positives.
L'histoire des sites, quant à elle, est entretenue à différents degrés. Sa
connaissance est bien évidemment liée à l'affection que l'habitant lui porte, mais aussi à
son niveau culturel, à son âge et à ses prédispositions naturelles. Enfrn, cette histoire est
d'autant plus connue qu'elle est valorisante ou appréciée comme telle. À ce titre, elle
rejoint les secteurs qui s'en inspirent le plus, soit pour des raisons commerciales et
patrimoniales à Montmartre, soit pour des raisons sociologiques à Passy et Auteuil.
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.25Les rues et les places, regroupant les activités commerciales et polarisant
l'animation des quartiers, deviennent également lorsqu'elles peuvent se le permettre des
«hauts lieux» de la sociabilité et de la convivialité, comme nous l'avons vu. À cet
égard, les rues piétonnes et/ou les places libérées de la circulation jouent un rôle
prépondérant. S'agissant des sites étudiés, ces espaces de vie concentrent ainsi les plus
hautes opinions. C'est le cas avec la portion de la rue Daguerre au Petit-Montrouge et de
la rue et place Lévis à Monceau ou encore de la rue de l'Annonciation à Passy, de
l'ensemble du site de Montmartre réservé aux piétons et destiné aux touristes ou bien
des rues l'Olive et Saint-Blaise à La Chapelle et Charonne. Quelles que soient leurs
fonctions, ce constat se retrouve avec les places, à condition que les rencontres puissent
s'y concrétiser. Ainsi en est-il au Petit-Montrouge avec la place du marché (Jacques
Demy) et surtout le «parvis» de la mairie servant d'aire de jeux et de réunion pour les
jeunes du quartier, tout comme l'esplanade de la mairie du ISe à Vaugirard. C'est le cas
aussi des places Jean Lorrain à Auteuil et de Joinville à La Villette qui servent à la fois
comme places de marché et comme aires de jeux. Enfin, citons aussi la petite place
piétonnière accolée à l'église Sainte-Marie des Batignolles qui inspire tous les âges de la
vie.
A contrario, à La Maison-Blanche les trottoirs « encombrés» et étroits et les
rues soumises à la circulation automobile sont délaissés, tout comme l'est la place
Coluche au Petit-Gentilly. Enfin, les places jugées « mal fréquentées» sont laissées pour
compte. Cela se vérifie avec la pourtant charmante place de Torcy peuplée « d'ivrognes
et de toxicomanes» à La Chapelle ou avec la place des Fêtes cernées par des barres
d'immeubles et «envahit» par des rassemblements de jeunes gens bruyants. Ainsi en
est-il encore de la « villageoise» place des Grés à Charonne prisée lors des beaux jours
et littéralement abandonnée aux réunions de «jeunes» de la ZAC Saint-Blaise les jours
maussades. Sans parler de la place du Tertre à Montmartre, convoitée par les artistes
(portraitistes et paysagistes) et les commerçants (cafés et boutiques de souvenirs) et
délaissée par la plupart des riverains.
L'espace et la lumière sont des thèmes récurrents en ville, au même titre que les
rues et les places qui les animent. En cela, les réponses citées sont liées à la structure et à
l'organisation même des sites mais également, comme précédemment, à leur relative
préservation des flux automobiles. Ainsi, les meilleures opinions s'expriment-elles sur
les secteurs couverts par des rues piétonnes ou possédant des esplanades et des espaces
verts. Cet état de fait est valable, à la fois pour la lumière et l'espace à Bercy, au Petit-
Gentilly, au Petit-Montrouge, aux Batignolles et à Charonne, mais aussi à Vaugirard
pour l'espace et à La Villette pour la lumière que procure le bassin du même nom. Dans
le même temps, les sites subissant la « domination» automobile et/ou possédant un fort
réseau de rues étroites comme La Maison-Blanche, Monceau ou même Auteuil (il est
fait ici référence à la rue Poussin) recueillent les plus faibles taux d'opinions agréables
en matière de luminosité.
Les espaces verts, par leur présence ou leur absence, font partie intégrante des
revendications citadines. À ce titre, il n'est pas étonnant de voir que les jugements
positifs vont nettement en faveur des sites ayant la chance de posséder un parc ou un
jardin public digne de ce nom. Ainsi, Bercy avec le parc du même nom, Le Petit-
Gentilly avec le parc Montsouris, Passy avec le jardin du Ranelagh, Les Batignolles
avec le square du même nom et Montmartre avec le parc de la Turlure concentrent la
26majorité d'opinions agréables. Si les habitants ne peuvent profiter d'un parc, ils peuvent
se contenter d'un square, à condition qu'il soit intégré au lieu de vie, qu'il soit lumineux
et surtout qu'il soit « bien fréquenté », comme c'est le cas au Petit-Montrouge avec les
squares Ferdinand Brunot et de l'Aspirant Dunand qui se complètent et se différencient
dans les pratiques ou bien à Vaugirard avec le square Adolphe Chérioux et à Charonne
avec les squares Auguste Blondin et des Grés.
En revanche, lorsqu'ils ne sont pas directement intégrés ou lorsqu'ils ne sont
pas bien exposés, les espaces verts demeurent marginaux. Ce constat peut se vérifier à
La Maison-Blanche qui ne profite pas vraiment du parc de Choisy, pourtant pas si
lointain, ni du jardin du Moulin de la Pointe étouffé par les immeubles qui le cement. Il
se présente aussi à Auteuil avec des répondants qui ne paraissent pas vraiment apprécier
la présence dans le bois de Boulogne d'une population nocturne perçue comme
« nuisible ». Nous le retrouvons encore à Belleville qui semble ne jouir qu'à « moitié»
du parc des Buttes-Chaumont situé à moins de 600 mètres (4)ou du square de la place
des Fêtes. À un degré moindre, Monceau situé à mi-distance du square des Batignolles
et du parc Monceau ne semble en profiter que « de loin », alors que dans le même temps
Grenelle ne paraît pas vraiment inspirer par le square peu lumineux de la place du
Commerce, ni non plus par le trop bruyant square Violet, où les jeux d'enfants doublés
de la sirène des pompiers de la caserne voisine semblent plutôt mal tolérés.
Les vieilles maisons éparpillées sur l'ensemble des sites sont des éléments à
forte charge symbolique. Les réponses favorables qui les font parvenir à la seconde
place des thèmes les plus cités (après les rues et les sites) en sont le témoignage. Ici
comme ailleurs, cet habitat est une des sources principales de la verve « villageoise» et,
à travers les luttes urbaines actuelles, regardé comme un véritable patrimoine à
sauvegarder du modernisme urbain. Cela est vrai, même si les maisons au charme
vieillot sont parfois très mal conçues et inconfortables et n'agréent pas vraiment à leurs
résidants, notamment dans les quartiers populaires. C'est le cas, à La Chapelle surtout,
où l'habitat ancien rime trop souvent avec insalubrité et vétusté et recueille nettement
moins de sufftages que dans les autres secteurs, notamment ceux dans lesquels le
modernisme et/ou la qualité sociologique des habitants garantissent le confort et
l'adaptation aux exigences de la vie actuelle. Cet engouement « patrimonial », qui se
retrouve très ouvertement chez les femmes, devient même une des principales références
à Charonne où, nous l'avons déjà vu dans le chapitre 3 du volume 1, le « faux ancien»
côtoie les immeubles de standing sans distinction aucune, mais aussi et surtout à
Montmartre où les vieilles bâtisses sont devenues, comme le site en lui-même, un
patrimoine immobilier très lucratif pour l'économie du tourisme.
Si le bâti ancien inspire dans tous les cas l'ensemble des sites, c'est aussi parce
que les nouvelles constructions sont perçues de manière négative pour tout ce qu'elles
(4) Le cas des Buttes-Chaumont paraît pour le moins étrange, car ce parc devient pour Belleville une
référence au niveau des représentations, comme nous le verrons dans le chapitre 2. N'ayant pas suscité de
commentaires très explicites à ce sujet, la seule explication plausible se trouve au niveau de l'adresse des
répondants. En effet, si cinq d'entre eux vivent dans le 19. arrondissement et en parlent, les cinq autres,
habitant dans le 20., n'y font jamais référence. Ce parallèle facile entre les adresses et l'absence de référence,
confère cependant à la limite administrative entre les deux arrondissements une importance qui n'existe pas
vraiment en matière de loisirs.
27représentent de destructions et d'antagonismes: expropriations des petits propriétaires,
expulsions des locataires..., comme en témoignent les opinions pour les immeubles
neufs et les rénovations qui sont plus contrastées que précédemment. Ainsi, hormis à
Montmartre où 60 % de répondants refusent catégoriquement une possible rénovation,
les jugements les plus « tièdes» se situent dans tous les secteurs de l'Est parisien qui ont
été ou sont encore touchés par de profonds bouleversements urbains. C'est le cas pour
les barres d'immeubles de la place des Fêtes à Belleville et de la rue Daviel au Petit-
gentilly ou encore pour les tours et les immeubles-îlots à Charonne et pour les tours et
les démolitions-reconstructions ayant cours à La Maison-Blanche. Dans le même temps,
à Auteuil les répondants acceptent relativement bien le principe des rénovations du
moment qu'elles ne sont pas conséquentes, tout comme ils acceptent les immeubles
récents à condition toutefois que leur standing garantisse le maintien de la qualité des
lieux et de « l'entre-soi ».
Quant aux répondants de Bercy et de La Villette, ils ne semblent rien trouver à
redire en la matière. A Bercy, pour la simple raison que les aménagements valorisent
fortement ce nouveau quartier et se sont effectués ou s'effectuent encore sur le territoire
des anciens entrepôts de vins (ils n'ont, à ce titre, touché personne). À La Villette, parce
que les immeubles des «Orgues de Flandre» sont devenus une référence pour ce
quartier, tout comme les tours (tours des Orgues et tour de Flandre) qui sont de plus
écartées du centre. Cette appropriation est aussi prégnante à Grenelle pour le quartier de
Beaugrenelle qui en est pourtant relativement éloigné.
L'évolution des sites, quant à elle, touche inéluctablement à leur histoire
récente, mais aussi aux profondes transformations opérées sur les paysages urbains et
humains de la ville en général durant ces trente dernières années. À ce titre, les sites où
les répondants perçoivent les évolutions comme une contrainte sont également ceux qui
en ont le plus souffert et surtout en souffrent encore et toujours. Avec notamment Le
Petit-Gentilly avec ses barres d'immeubles souvent citées dans les jugements négatifs ou
encore La Maison-Blanche avec ses tours très mal connotées. Hormis les contraintes
urbaines, les évolutions ont également porté atteintes aux modes de vie et aux formes de
société fondées sur des principes de solidarités et de valeurs surenchéries par leur
disparition. Ainsi, en mettant de côté le passé « peu recommandable» de La Chapelle,
de Belleville et de Charonne, les habitants voient aujourd'hui dans la mixité sociale
«par le bas» un contingent de nuisances: délinquance, drogue, chômage... qui les
dévaluent, plus d'inconvénients que d'avantages. Quant aux résidants de Bercy, ils se
plaignent des nuisances inhérentes aux flots incessants de voitures et de gens parfois
«très bruyants» que drainent l'influence du Palais Omnisports de Paris-Bercy (POPB),
en oubliant souvent que ce lieu existait bien avant la naissance de ce quartier ou en
omettant que ce même lieu apporte au site et à l'habitat une forte valeur ajoutée.
Tandis que les secteurs situés dans l'Est parisien se débattent dans leur
contradiction, les quartiers Ouest peu touchés par les transformations urbaines et où
vivent des populations sociologiquement préservées ou culturellement préparées à
d'éventuelles mutations humaines, ne voient dans l'évolution de leur site que des
éléments favorables. Ainsi en est-il au Petit-Montrouge, à Vaugirard, à Grenelle ou
encore à Auteuil et à Passy, où les répondants ne perçoivent pas la mixité sociale comme
une contrainte d'autant plus qu'elle n'existe quasiment pas, comme en témoigne la
faiblesse ou l'absence dans leur paysage de cités HLM ou d'immeubles à caractère
social [chapitre 3 (vol. 1)].
28Paradoxalement, la densité de population est mal jugée dans les villes, et cela
d'autant plus que « l'entassement» est souvent perçu comme un synonyme de « saleté»
et de pollution en tout genre. C'est le cas, par exemple, à Montmartre, où plus de dix
millions de touristes se déversent chaque année, emmenant avec eux tout un flot de
problèmes très mal vécus par les riverains qui profitent pourtant de près ou de loin des
retombées économiques suscitées par l'engouement touristique de ce site. C'est encore
le cas à Charonne avec la ZAC Saint-Blaiseet ses 700 ou 750 habitants à l'hectare (la
plus grande densité d'Europe selon les dires des riverains) à travers qui le petit
« village» préservé par son clocher, avec sa densité plutôt moyenne et ses petites
maisons, se signifie et peut prendre tout son « sens humain ». Au contraire, la densité de
population drainée par les commerces dynamiques de la rue de Belleville est connotée
positivement par les répondants, car elle est synonyme de convivialité et d'animation.
Enfm, le cas de la propreté et donc de la « saleté» fait, lui aussi, partie des
premières revendications citadines (5). Ce thème, nous le voyons à travers les tableaux
précédents, provoque des réactions très hostiles, notamment chez les femmes qui y sont
très sensibles. Si la propreté est très valorisée dans nos sociétés et renvoie au civisme et
à la responsabilité citoyenne, la « saleté» tout comme la laideur est, quant à elle,
ramenée au manque de soins des riverains eux-mêmes. Pire encore, lorsqu'elle est reliée
à l'habitat insalubre et à l'état de ses occupants, la « saleté », pourvoyeuse de microbes,
est regardée comme une véritable déchéance sociale (6). Que ce soit au sein des
immeubles dégradés ou dans l'espace public, qu'il s'appuie sur des faits ou des
allusions, ce postulat impliquant une corrélation entre la propreté extérieure et celle de
l'habitat intérieur (l'âme) est plus ou moins marquée à travers les réponses et leurs
négatifs. Et si dans la majorité des sites, la propreté obtient des moyennes honorables,
les taux baissent à Monceau et à La Chapelle ou bien s'écroulent à Auteuil et surtout à
Passy, où les réponses des femmes sont nulles.
Les fonctions
En ce qui concerne les « Fonctions» qui nous font apprécier la présence ou
l'absence de nombreux services, le traitement des moyennes nous indique que trois
thèmes prennent nettement le pas sur les autres. Il s'agit ici des possibilités de loisirs et
de détente, de la présence d'équipements scolaires et d'infrastructures commerciales
conséquentes. C'est-à-dire, pour résumer, tous les éléments qui facilitent la vie et
favorisent l'épanouissement des enfants et des familles. À ce niveau d'analyse, les
espaces verts prennent un net avantage. Intéressant tous les âges de la vie sans
distinction aucune la proximité d'un parc, d'un jardin public ou d'un quelconque square
est toujours bien perçue, tout comme son absence est ressentie de manière négative. Les
répondants, profitant à divers niveaux de ces espaces semblent les apprécier comme il se
doit, en regard des bons résultats obtenus. Bien au-dessus de la moyenne déjà très haute,
(5). Nous reparlerons du cas de la propreté, lorsque nous aborderons les thématiques des conseils de quartier,
au sein desquels ce sujet est ftéquemment évoqué [voir chapitres 5 et 6].
(6). Si ce parallèle entre habitat et misère touchait autrefois les ouvriers non qualifiés, les chiffonniers, etc., il
vise aujourd'hui bien souvent les communautés étrangères les plus ftagiles. Dans ce cas et pour ne heurter
personne, le discours des répondants se fait démagogique et « hygiéniste », pour ne pas dire paternaliste.
29des taux exceptionnellement élevés s'expriment, y compris chez les femmes, au Petit-
Gentilly, au Petit-Montrouge, à Passy, aux Batignolles et à Montmartre. Dans ce cadre,
même le parc Monceau et le square des Batignolles, oubliés en matière d'« Aspect »,
deviennent des références pour Monceau. Les taux les plus faibles se rencontrent, quant
à eux, à Auteuil avec le bois de Boulogne qui attire des gens « nuisibles» et est laissé un
peu pour compte ou encore à La Chapelle où les squares peu lumineux et «mal
fréquentés» sont quelque peu délaissés. Cette faiblesse se retrouve aussi à Belleville où
le parc des Buttes-Chaumont, malgré une légère remontée des évocations par rapport à
ce que nous avions déjà aperçu au niveau de 1'« Aspect », ne ressort pas vraiment, tout
comme le jardin public de la place des Fêtes ne suscite toujours pas ftanchement de
vocations.
De même que les espaces verts, la présence d'équipements scolaires,
notamment pour les jeunes, est très fortement appréciée. Inversement leur absence est
une revendication qui stigmatise l'opinion dans certains quartiers de Paris. Ce n'est
heureusement pas le cas au sein des sites qui en bénéficient amplement, comme le
justifient les bonnes dispositions à cet égard. Ici, les pointes les plus élevées se situent à
Vaugirard et à La Chapelle qui regroupent des établissements scolaires concernant tous
les âges. Quant aux taux les plus faibles constatés, ils se retrouvent à Grenelle et à
Montmartre: des sites qui en sont le moins dotés.
Le commerce de proximité, l'alimentaire surtout, est un élément fondamental
d'agréments des sites, tout comme il l'est pour l'ensemble des quartiers parisiens. À tel
point que leur fermeture est vécue comme une véritable détérioration de la vie de
quartier. À ce titre, les rues sans commerces sont oubliées. C'est le cas de Charonne ou
de Montmartre, où les habitants sont obligés de sortir de leur quartier pour faire leurs
achats quotidiens. Cet aspect, pour le moins contraignant. est très net dans les
observations émises, mais aussi dans les appréciations statistiques qui sont globalement
négatives voire, dans les deux cas, totalement nulles pour les femmes. Quant aux
commerces à Bercy, ils ne semblent pas recueillir de faveurs, peut-être en raison d'un
manque de dynamisme de la part des commerçants, peut-être également parce que les
rythmes de substitution entre les fermetures et les ouvertures sont trop rapides pour
permettre de fidéliser la clientèle. Dans tous les cas, ici, les taux positifs sont
relativement faibles face aux nombreux commerces existant.
Tandis que l'absence ou la fermeture des commerces est très mal vécue, leur
présence, ainsi que leur pérennité sont fortement appréciées, voire même subjuguées (7),
notamment dans les lieux où l'animation commerciale se conjugue avec la présence
d'une rue piétonne comme au Petit-Montrouge, à Passy, Monceau et La Chapelle. Cette
échelle d'appréciation se retrouve également partout où les commerçants, par leur
amabilité et leur dynamisme, contribuent à personnaliser les axes de chalandises. C'est
le cas de l'avenue d'Italie à La Maison-Blanche, de la rue de Vaugirard et surtout des
rues de la Convention et Cambronne à Vaugirard, de la rue du Commerce à Grenelle et
des rues d'Auteuil et de Belleville.
(7). Cette présence est d'autant plus subjuguée, qu'à l'exception de Monceau, il existe en ces lieux ou aux
alentours immédiats des marchés couverts ou des marchés forains.
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32Les cafés sont également cités comme éléments « agréables », en cela qu'ils
intéressent à divers degrés et pour diverses raisons une portion de tous les âges de la vie
et de toutes les catégories sociales. Ainsi, que l'on s'y rencontre autour de jeux
spécifiques ou autour de discussions, que l'on y entretient des relations « amicales », que
y travaille..., le café reste un lieu convivial assez bien apprécié. Même si lesl'on
femmes s'y intéressent peu et que leur absence est bien tolérée par les répondants, ces
infrastructures tournées vers le loisir et la détente obtiennent, dans l'ensemble, de bons
résultats. Toutefois, les cafés trop « branchés» de Charonne, les cafés catalogués
comme des « bars », les cafés trop « ethniques» de La Maison-Blanche ou enfin les
cafés « qu'on fréquente peu» ou « qu'on ne fréquente pas» à Bercy recueillent les
opinions les moins favorables. Le café connaît, au contraire, un regain d'intérêt lorsqu'il
devient également une source d'animation de la vie nocturne. C'est le cas pour les cafés
exubérants de Montmartre ou pour ceux, plus discrets, de la rue Daguerre au Petit-
Montrouge.
Si les modes de vie actuelle, tendant vers la possession de biens matériels, ne
prédisposent pas vraiment à la vie spirituelle, le rôle de l'église qui a été très longtemps
prépondérant caractérise encore l'un des échelons supérieurs en matière d'appréciation.
Outre son classement aux « Monuments historiques », cet édifice symbolisé par son
clocher demeure, en effet, un repère fort et inspire, à l'évidence, la vie quotidienne dans
sa matérialisation « villageoise ». Ainsi, les parvis d'églises sont toujours des lieux de
réunions à la fois pour les fidèles et les « passants ». Quant au dynamisme paroissial, il
est toujours un facteur de cohésion sociale, à travers ses « œuvres» laïques qui
dépassent très souvent les limites des quartiers, comme en témoigne le score honorable
obtenu à La Maison-Blanche pourtant dépourvu d'église. À ce titre, si les noyaux
paroissiaux ne forment plus de communauté réelle, le rôle attractif de ralliement se
perpétue toujours à travers la symbolique du clocher, comme nous semblent l'indiquer
les nombreuses réponses positives que les églises suscitent.
Ces sont formulées plus fortement au sein des sites dans lesquels les
maisons paroissiales jouent un rôle de régulateur social très apprécié par les répondants,
comme au Petit-Gentilly. Mais aussi lorsque les églises deviennent, par leur ancienneté,
de solides repères patrimoniaux auprès desquels l'habitant peut s'amarrer, comme à
Charonne avec l'église Saint-Germain ou encore à Montmartre où le clocher de la vieille
église Saint-Pierre se double de celui du Sacré-Cœur: un monument mondialement
connu. Les réponses agréables s'affirment aussi lorsque, autour du repère symbolique,
gravite aussi une vie religieuse relativement intense, comme c'est le cas à Vaugirard,
mais aussi et surtout à Auteuil où l'institution religieuse semble encore concorder avec
les aspirations familiales et les valeurs du travail de la bourgeoisie traditionnelle locale.
Ce qui ne semble pas être le cas de Passy et de sa peut-être plus libérale et
plus opiniâtre.
Les équipements culturels: bibliothèques, médiathèques, cinémas..., même
s'ils ne sont pas forcément utiles dans la vie quotidienne sont un « plus» dont se parent
volontiers les quartiers qui en possèdent. Cependant, si la proximité de ces
infrastructures est toujours jugée favorablement, notamment au Petit-Gentilly, aux
Batignolles, à Montmartre et à Charonne, leur absence n'est pas mentionnée dans les
observations comme une réelle carence. Des exceptions, contredisant ce constat,
demeurent pourtant au niveau des résultats formulés à Grenelle, à Auteuil et à La
Chapelle, où les opinions positives sont plus faibles qu'ailleurs.
33Si ce sont surtout les jeunes gens en âge d'avoir une activité sportive et
collective qui apprécient vraiment les équipements sportifs, les parents s'y intéressent
logiquement. C'est le cas surtout des mères de familles qui voient dans le sport collectif,
«favorisant l'esprit d'équipe », un moyen pour leurs enfants de s'épanouir pleinement.
En ces termes, il n'est pas étonnant que la proximité d'un terrain de sport, d'une piscine,
etc. soit très bien perçue, notamment à La Maison-Blanche, au Petit-Gentilly, au Petit-
Montrouge et à La Chapelle. Comme il n'est pas étonnant que leur absence ou leur
éloignement soit sévèrement critiqué à Bercy et à Passy, mais aussi à Monceau et à
Montmartre.
Lorsqu'ils existent effectivement, les mouvements associatifs, du moment
qu'ils ont« pignon sur rue» et à condition qu'ils œuvrent dans le domaine social et dans
l'animation, sont également bien perçus. Les variations au niveau des réponses
exprimées sur les sites sont explicites en ce sens. Toutefois, si la présence de tels
mouvements dans l'ensemble des sites est active et bien concrète, la vie associative
paraît bien plus affirmée et surtout bien plus valorisée au Petit-Montrouge, à Belleville
et à Charonne. Les «clubs de jeunes... », ainsi que les «clubs d'anciens... », qui
rejoignent par leur fonction de catalyseur du lien social le milieu associatif, semblent
être diversement appréciés des répondants, notamment parce que les premiers, comme
avec les équipements sportifs, intéressent également les parents et, une fois encore, les
mères de famille, tandis que les seconds ne touchent qu'une portion relative de la
population. Malgré ces différences notables, la présence de ces deux éléments est
clairement positive, alors que leur absence est plutôt mal perçue, comme en témoignent
les résultats par site. Ainsi, si Les Batignolles et Charonne mettent en avant, pour l'un,
un «club de jeunes... » et, pour l'autre, « une maison de retraite », Bercy, Grenelle,
Passy et surtout Montmartre déplorent un manque flagrant de ces deux infrastructures.
S'agissant plus particulièrement des «clubs d'anciens... », le manque se précise
également au Petit-Montrouge, à La Villette et à Belleville.
Les postes et les mairies sont des équipements qui ne concernent qu'une
fraction infime de la population à un instant donné. Si, à ce titre, leur présence en
matière de fonction n'est pas forcément indispensable, leur éloignement a un impact en d'appréciation. S'agissant plus précisément des mairies, il semblerait en fait que,
plus que la fonction peu usitée de ces infrastructures publiques, ce soit le caractère
monumental et la position centrale qui s'imposent ici en exerçant une action sur le
paysage, comme nous l'avons déjà vu. Dans ce cadre, leur intégration dans les sites ne
manque pas d'influencer les appréciations des répondants. Ce constat se retrouve aux
Batignolles avec sa mairie moderne. Il est également prégnant à Vaugirard où la mairie
canalise un réseau de rues et surtout au Petit-Montrouge où la mairie, bâtie peu avant
l'annexion, a influé directement sur le développement du quartier et sur son
organisation. Par ailleurs, si l'absence d'une mairie ne semble pas poser de réel
problème et relève d'appréciations moyennes, son éloignement fait quant à lui chuter
vertigineusement les résultats. Ainsi en est-il, à Auteuil où l'on se sent littéralement
« oublié» par les instances municipales du 16e situées à près de deux kilomètres [voir
chapitre 5].
La proximité d'établissements industriels, même s'ils ne sont pas polluants ni
bruyants, est souvent jugée indésirable, surtout parce qu'ils ne s'intègrent pas ou plus
dans la ville d'aujourd'hui. Quant à l'intrusion d'immeubles de bureau, qui bénéficient
34pourtant d'une architecture moins lourde, elle est ressentie comme une dégradation du
cadre de vie. Les sites ne possédant ni usines (8),ni inuneubles de bureau imposant leur
présence sur le paysage, ce qui est déploré à travers la pauvreté des appréciations
positives exprimées ici, c'est le sentiment de perte inhérent à la disparition progressive
des artisans et notamment des artisans d'art. En effet, oubliés ou même dénigrés durant
des années, ils sont devenus par leur rareté des éléments valorisant le cadre de vie et
regardés bien souvent par les habitants comme les mémoires « vivantes» des quartiers,
au même titre que les petits commerçants. C'est le cas, nous le voyons, à Bercy, Passy
ou bien Montmartre. En revanche, leur présence est très fortement revendiquée par les
répondants de La Maison-Blanche, du Petit-Montrouge, d'Auteuil et de La Chapelle.
La présence dans les environs inunédiats ou l'intégration d'une station de
métro et/ou d'autobus, organisant le parcours quotidien de millions de personnes, est à
ce titre fortement appréciée par les répondants, tandis que leur absence ou leur
éloignement pose, pour les mêmes raisons, un problème considérable. Ainsi, pouvons-
nous constater au niveau des réponses les écarts importants entre les sites qui en
jouissent comme Bercy, Monceau et Les Batignolles et ceux qui en sont dépourvus.
Dans ce dernier cas, c'est l'allongement excessif des parcours effectués à pied qui est
dénoncé aussi bien à Charonne qu'au Petit-Gentilly (9),ainsi que « l'irrégularité» et la
«rareté» de certaines lignes d'autobus (76 et 62 surtout) que l'on juge d'autant plus
déficientes que ces contraintes d'attente se conjuguent avec des transports bondés aux
heures de pointe.
Si personne n'aime vraiment voir le lieu de son travail depuis son logement, la
proximité du travail, à condition qu'il soit modérément éloigné du domicile, est plutôt
appréciée et même vue comme un privilège s'affirmant dans la vie quotidienne. Au
contraire, la multiplication des migrations pendulaires inhérentes à l'éloignement du lieu
de travail engendre bon nombre de contraintes: dépenses lourdes, perte de temps et
fatigue... empêchant l'habitant actif de vivre pleinement son quotidien. Plus que les
situations de travail en elles-mêmes, les réponses obtenues révèlent, lorsqu'elles sont
recoupées avec celles des transports en commun, qu'il existe une corrélation entre les
degrés d'efficience des réseaux de transports collectifs et l'appréciation des situations de
travail des répondants. Ainsi, nous pouvons constater, par exemple, que l'inefficacité ou
l'absence d'une station de métro paraît être atténuée par la relative proximité des
situations de travail au Petit-Gentilly. Et, tandis que les répondants de Bercy, de
Monceau et de La Chapelle semblent apprécier la proximité ou l'atténuation de
l'éloignement du travail par un réseau de transport en commun efficace, l'éloignement
du travail conjugué avec des transports en commun lointains ou jugés déficients à
Charonne, fait considérablement chuter les moyennes [voir annexe 3.2. bis].
(8). Les répondants de La Maison-Blanche, du Petit-Gentilly, de La Chapel1e et de Charonne, qui disposent
de petits établissements de ce type, ne les perçoivent pas mal, surtout parce qu'ils sont bien intégrés à
l'habitat et souvent éloignés des centres.
(9). À Charonne et au Petit-Gentilly, les stations de métro les plus proches se situent à plus de 500 mètres du
centre. Ce qui occasionne des marches qui deviennent pénibles au quotidien pour les actifs travaillant loin,
mais aussi pour les parents avec des enfants en bas âge, pour les personnes âgées, sans parler des personnes à
mobilité réduite. Pour pallier ce manque, des lignes de minibus de quartier: la « Traverse de Charonne» et la
y« Traverse Bièvre-Montsouris» ont été créées.
35La vie de quartier
Les facteurs «Vie de quartier» rejoignent les deux précédents groupes à
travers la dimension humaine et insistent plus que les «Fonctions» sur les aspects
« agréables» de certains avantages ou «désagréables» de certains manques. Les
personnes âgées, renvoyant à la famille et à bien d'autres représentations propres à
chaque répondant, rentrent bien évidemment dans cette dimension, ils en sont même les
principaux référents. À ce titre, leur présence est admise sur l'ensemble des sites. Ici,
tout le monde s'accorde à les voir de façon plutôt sympathique, elles font en quelque
sorte «parties du paysage ». Ainsi, si comme nous le voyons, les moyennes sont
considérables, les personnes âgées rencontrent des faveurs très conséquentes à Auteuil,
aux Batignolles et à La Chapelle et quelques faiblesses sans réelles conséquences à
Bercy et au Petit-Montrouge.
Les promenades, quant à elles, arrivent à la seconde place et bénéficient à ce
titre d'une très bonne appréciation parmi les répondants, notamment lorsqu'elles se
conjuguent avec la présence d'espaces verts les rendant possibles. Ainsi, les sites
disposant de parcs appréciés et très proches présentent également les taux les plus élevés
d'opinions favorables. C'est le cas, notamment de Bercy et du Petit-Gentilly, de Passy et
des Batignolles, mais aussi de La Villette qui profite du bassin du même nom. Au
contraire, les sites faiblement pourvus en la matière ou encore ceux qui, pour diverses
raisons que nous avons évoquées, ne profitent pas de leurs espaces verts connaissent
également les plus faibles taux. Ce constat se vérifie surtout à La Maison-Blanche et à
La Chapelle où les répondants et surtout les femmes s'expriment plutôt en leur défaveur.
L'animation, pour ce qu'elle préfigure dans la vie de quartier, bénéficie
également de toutes les attentions, notamment dans les secteurs qui disposent d'axes de
chalandises dynamiques et vivants, mais aussi d'associations de commerçants très
actives (10).Cela peut se vérifier au Petit-Montrouge et à Auteuil avec les associations
« Daguerre-Village» et « Village d'Auteuil» ou encore à Montmartre, où l'organisation
des animations telles que la très folklorique «Fête des vendanges» est initiée par le
Syndicat d'initiatives de Montmartre et l'association vineuse de la «Commanderie du
clos Montmartre» qui sont de véritables moteurs pour l'économie du tourisme. À
l'inverse, les sites ne disposant pas d'outils efficaces pour créer l'animation comme La
Maison-Blanche et Le Petit-Gentilly ou pas du tout de rues commerçantes comme
Charonne, soulignent un manque évident en la matière.
Ce phénomène se répercute au niveau de l'appréciation des ambiances, notamment
à Auteuil qui affiche un taux élevé d'opinions favorables et surtout à Montmartre qui
présente un taux maximum, tandis que dans le même temps Charonne possède un taux
faible. L'ambiance, étant une donnée hautement subjective reposant sur d'autres
éléments que la seule animation, son appréciation est également effective à Grenelle,
alors qu'elle paraît moins évidente à Bercy, aux Batignolles, à La Chapelle et à La
Villette.
(10). Les animations se font aussi sous forme de «têtes» : «Repas de quartier », «Fêtes de quartier »,
« Immeubles en têtes». .. Organisées par des paroisses, des associations de ou « sponsorisées» par la
Ville de Paris, elles ont pour objectif principal de recréer des liens sociaux de plus en plus distendus en ville.
36u
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38L'ambiance entretient une relation étroite avec tout ce qui concerne le
voisinage en général dont l'appréciation procède du même principe de subjectivité [voir
annexe 1.5]. Cette dimension est d'autant plus probante que la perception du voisinage
varie d'un individu à l'autre, mais aussi en fonction de celui-ci (11).Ce relief subjectif se
retrouve dans les opinions favorables des répondants qui, mis à part les cas de La
Chapelle et de La Villette, ne confirment pas les tendances exprimées au niveau des
ambiances et de l'animation de quartier, au contraire, elles les contredisent. Ainsi, Bercy
affiche le taux le plus élevé, alors qu'il est également moins apprécié en matière
d'ambiance. Ces contradictions se retrouvent au Petit-Montrouge, aux
Batignolles ou encore à Belleville qui présentent les taux les plus faibles. Peut-être ce
phénomène tient-il au fait que le voisinage s'apparente au calme très recherché en ville
au contraire du bruit? Comme semble nous le montrer Bercy qui présente une
appréciation à son égard égale aux relations de voisinage ou encore Le Petit-Montrouge
et La Chapelle qui paraissent, quant à eux, en être dépossédés.
Si les relations avec le voisinage se construisent souvent autour de potins
colportés dans des lieux de contacts motivés par la promiscuité des escaliers ou des pas-
de-porte, d'autres éléments sociaux acquièrent de l'importance dans le cadre étroit
qu'entretient l'habitant avec les « autres », c'est le cas des mœurs de quartier. Ici, les
représentations jouent, en effet, un rôle primordial en cataloguant des comportements
jugés suivant des critères individuels dans des catégories« bonnes mœurs », «mauvaises
mœurs », etc. Rentrant dans ce cadre, la «propreté» est assimilée au «beau », la
« saleté» à la « laideur », les « voyous» aux « voleurs »... tandis que la «politesse» se
conjugue avec la « bonne société », etc. Ces représentations, colportées par « ouï dire»
ou constatées dans les faits, entretiennent une certaine image, pour ne pas dire une
certaine «culture de quartier» qui enrichit celle héritée du passé [chapitres 4 et 5 du
volume 1].
En regard des réponses significatives en la matière, Bercy, Le Petit-Gentilly, Le
Petit-Montrouge, Passy et Monceau se signalent par l'opinion élevée que les répondants
ont des mœurs de leur site. Au contraire, il semblerait que ce soit à Charonne et à La
Chapelle que les «mauvaises mœurs» apportent le plus de désagréments. Dans ce
cadre, les délits inhérents aux «jeunes» de la ZAC Saint-Blaise à Charonne, mais aussi
et surtout aux « drogués» de La Chapelle, sont les éléments qui apparaissent toujours
dans les commentaires négatifs. Toutefois, si les « bandes» sont vues avec méfiance, les
répondants du « village» de Charonne et de la ZAC connaissent bien souvent les
membres les composant et les voient avec indulgence, en mettant les petits délits
orchestrés ici sur le compte de l'inactivité liée au chômage. Ce qui n'est pas le cas avec
les toxicomanes de La Chapelle ressentis comme des éléments plutôt néfastes, « sales »,
voire même «dangereux ». Ces préjugés sont d'autant plus importants que les
toxicomanes, individualistes « de fait» et perçus comme des «gens de l'extérieur », ne
semblent pas très disposés envers la communauté globale, ni vraiment prédisposés à une
(Il). Le sociologue Robert Rochefort, en analysant les relations de voisinage, souligne que: «Si la ville se
caractérise par des relations étroites avec les autres, elle laisse aussi la liberté de choisir ses relations [...],
il n'en est pas de même de la vie au sein de l'immeuble. Dans 99 % des cas, les habitants ne choisissent pas
leurs voisins. En raison de ce caractère forcé, il existe une réticence à engager une relation avec lui au
quotidien. » [dans Immeubles enjëtes, lajëte des voisins, 2004, p. 26}.
39réinsertion sociale ou à une éventuelle intégration dans le quartier, contrairement aux
«jeunes)) de Charonne.
Le sentiment de sécurité varie logiquement en fonction des mœurs des
quartiers, mais aussi en fonction de la présence policière «visible )). Il varie, enfm et
surtout, lorsque la police est intégrée en tant qu'élément du quartier, comme c'est le cas
avec les commissariats centraux (CC) bien sûr, mais aussi avec les unités de police de
quartier (UPQ) qui se sont développées dans les quartiers parisiens. Ainsi en est-il à
Charonne, où les policiers de proximité de l'UPQ-Saint-Blaise, par le biais des contacts
quotidiens avec les habitants, ont un impact évident sur le sentiment de sécurité, nous le
voyons au niveau de l'appréciation qui remonte. À l'inverse, La Chapelle qui souffre
d'une réelle dégradation de la qualité de vie, mais aussi d'un réel manque de policiers
))« intégrés affiche le même taux que précédemment. Cependant, si la présence policière
effective (UPQ ou CC) à Bercy, à Vaugirard, à Passy et aux Batignolles se combine
avec le sentiment d'être en sécurité, cette relation de causes à effets n'est pas forcément
obligatoire, comme en témoignent les résultats positifs visibles au Petit-Gentilly, à
Auteuil, à Monceau et à Montmartre qui ne disposent pas d'UPQ et encore moins de
commissariats et sont pour le moins regardés comme des quartiers paisibles.
Les communautés étrangères ne sont pas perçues par les répondants comme
« ethniquement)) gênantes, même si quelquefois certaines d'entre elles sont rendues
coupables de la délinquance dévalorisant les quartiers. Cette assimilation, souvent
alimentées par les médias, ne touche bien évidemment pas l'immigration « de choix))
)),composée par les étrangers dits « communautaires souvent assimilés aux touristes à
Montmartre et qui sont plus nombreux dans l'ouest de Paris que ne le sont les étrangers
))issus de l'immigration économique attirés « par défaut)) par les quartiers « populaires
[chapitre 4 (vol. 1)]. Dans tous les cas de figure, les étrangers en tant que tels semblent
bien perçus, comme nous le montrent les nombreuses réponses en leur faveur qui,
hormis à Grenelle et à La Villette, les élèvent à la quatrième place, après l'animation de
quartier. Ils semblent même être très appréciés au Petit-Montrouge qui attire des
étrangers communautaires ou encore à La Maison-Blanche, à Belleville et à Charonne
qui sont des quartiers « traditionnellement)) ouverts à l'immigration.
S'agissant à proprement parler des touristes, de très nombreux sites paraissent
bien disposés à leur égard. C'est le cas à La Villette qui est devenu, avec le parc du
même nom, un pôle touristique majeur de Paris et au Petit-Gentilly où le parc
Montsouris est susceptible d'attirer des touristes. Si cette appréciation positive concerne
des pôles majeurs ou mineurs du tourisme, elle concerne également des destinations très
peu touristiques, même si elles tendent à le devenir progressivement. Ainsi, tandis que
La Maison-Blanche, Vaugirard, Les Batignolles et Belleville présentent les plus faibles
taux en la matière, Charonne avec son cimetière et son église affiche un taux le
rapprochant des destinations connues et usitées par les touristes. Quant à Montmartre, si
les répondants confondent les communautés étrangères avec les touristes et les
apprécient en tant que tels, il en est tout autrement du tourisme en lui-même et surtout de
ses nuisances occasionnées par la marée humaine qui « envahit)) le site et les indispose
au plus haut point, comme nous l'indiquent les résultats.
Il semblerait que les chantiers, générateurs de nuisances et très mal acceptés
)),dans les quartiers « populaires notamment à La Maison-Blanche où ils signifient aussi
rénovation, spéculation et bouleversements sociaux, ne soulèvent pas de désagréments
40majeurs. Cela est d'autant plus vrai que les quelques chantiers entrevus lors des
observations de terrains sur quelques sites sont sans importances. Et si Montmartre
comme Charonne paraît les apprécier, c'est tout simplement parce qu'ils n'existent pas
du tout ou parce qu'ils valorisent le cadre de vie.
Les nuisances générées par les chantiers et autres rénovations ramènent à
d'autres problèmes qui perturbent l'appréciation des répondants. C'est le cas de la
pollution et de la circulation automobile. À ce propos, nous avons déjà vu que les sites
sont, pour la plupart, préservés d'un grand nombre de désagréments, propres à toute
ville importante. Cette préservation effective se vérifie à Montmartre, notamment, où
« l'ascension» de la butte fermée à la circulation automobile est contraignante. Cette
« inaccessibilité» est ressentie par les répondants comme un rempart contre la pollution
et comme une marque de privilège (ce qui n'est pas franchement le cas, nous le verrons
dans le chapitre 6). Ce sentiment est aussi visible à Charonne qui s'organise, quant à lui,
autour d'un réseau piétonnier et est, en ce sens, préservé de la circulation (mais pas de la
pollution). Au contraire, les répondants de La Chapelle, de La Maison-Blanche ou de
Belleville qui subissent directement les assauts de la circulation se sentent concerner au
plus haut point par les problèmes liés à la pollution et ne les apprécient pas vraiment.
S'agissant enfm du stationnement qui occupe la dernière place de notre
classement en matière d'agréments, il est un problème de poids à Paris qui engendre du
mécontentement à la fois chez les automobilistes qui grondent contre le manque de
places de parkings et chez les «piétons» qui manifestent avec vigueur leur
désapprobation lorsqu'ils voient une voiture empiétée sur leur espace réservé. Cette lutte
entre « anti» et « pro » voiture se retrouve au sein des conseils de quartier à travers des
débats animés et très houleux, comme nous le verrons prochainement. Face aux opinions
exprimées, nous pouvons voir, que si le cas du stationnement ne cause apparemment pas
de gêne chez les répondants du Petit-Gentilly, il en occasionne partout ailleurs et devient
moyen à La Maison-Blanche, au Petit-Montrouge et dans cinq autres sites, voire
carrément catastrophique à Montmartre.
À travers ces trois ensembles de questions thématiques qui ont un impact
important sur le « vécu» des sites [voir chapitres 4, 5 et 6], nous décelons déjà des
lignes de failles d'un espace à un autre qui demandent une analyse plus poussée que
nous tenterons d'établir dans notre conclusion de chapitre. Les questions suivantes nous
aideront, quant à elles, à concrétiser une typologie plus objective et plus exhaustive en
matière de classement. Ces questions sont issues, dans leur grande majorité, du travail
d'Hubert DeIcher sur Belleville: «Le village-urbain »... [1997] et se destinent à
déterminer les attitudes et les sentiments des répondants sur certains points précis
complétant les précédentes questions en se fondant sur des approches comparatives avec
des opinions formulées par des « passants» et des habitants vivant sur d'autres secteurs.
Les affinités électives et l'attachement au lieu de vie: quelques
exemples
L'affection et l'attachement
En regard des réponses favorables à la question 4 [questionnaire n° 1] qui tente
de saisir les degrés d'affection que les répondants portent sur leur lieu de vie, nous
pouvons dire qu'avec 74 % de répondants déclarant « aimez leur quartier! » l'affection
41portée aux sites est dans l'ensemble très élevée. Si cette dernière atteint toujours un bon
niveau au sein des secteurs, elle est néanmoins très variable d'un espace à l'autre. C'est
le cas notamment dans le « nouveau Bercy» (moins attachant que la rue de Charenton)
et à La Villette où les opinions favorables sont moyennes et bien plus faibles que sur les
autres secteurs, alors qu'à Montmartre l'appréciation/affection atteint un taux maximum.
Quant aux sites concentrant les plus forts taux d'opinions positives, ils se situent pour
beaucoup dans la portion géographique de l'Ouest parisien: du Petit-Montrouge aux
Batignolles. Ici, les taux dépassent toujours 70 % et atteignent 90 % à Auteuil, en
passant par des taux de 80 %. Hormis le cas exceptionnel de Montmartre et les cas de
Bercy et de La Villette, les secteurs situés à l'est de Paris semblent cependant être
également appréciés, même si les opinions favorables connaissent des variations
nettement plus accentuées que précédemment: entre 60 % à La Chapelle et au Petit-
Gentilly (moins bien noté que la Butte-aux-Cailles) et 90 % à Belleville.
S'agissant de l'appréciation/affection des femmes, nous constatons la même
tendance en faveur des sites en général, avec cependant des différences se situant au
niveau des secteurs ou lors des comparaisons entre eux. Ainsi, à l'exception de
Charonne, mais aussi et surtout de La Villette et de La Maison-Blanche qui voient leur
taux passer en dessous de la moyenne, la quasi-totalité des sites paraît très bien retenir
l'attention des femmes. À ce titre, les opinions favorables s'élèvent nettement à Bercy, à
Vaugirard et aux Batignolles et atteignent au Petit-Montrouge, à Auteuil et à Passy des
taux maximums. Ces variations ont un effet évident sur la dualité Est/Ouest qui s'affirme
et plus encore sur la dualité entre quartiers « aisés» et quartiers « populaires », comme
nous le verrons par la suite.
4. Appréciation/affection de l'espace
ar % de rénonses ohtenues avec l'avis s écifique des femmes
Aimez-vous votre quartiu ? Oui Non Effectif. % de rép. favorables des
(questionnaire I) % % femmesn°
Bercy,l) 50 50 10 60
La Maison-Blanche 70 30 10 40
Le Petit-Gentilly(2) 60 40 10 60
Le Petit-Montrouge 80 20 10 100
Vaugirard 70 30 10 80
Grenelle 80 20 10 80
Auteuil 90 10 10 100
Passy 80 20 10 100
Monceau 80 20 10 100
Les Batignolles 70 30 10 80
Montmartre 100 00 10 100
La Chapelle 60 40 10 60
La Villette 50 50 10 40
Belleville 90 10 10 100
Charonne 80 20 10 60
Effectif. totaux et 111 39 150 58
(moyenn.. en 'Yo) (74) (26) (100) (77,3)
(I)Les
résidant. de la rue de Charenton (10 personnes interrogées) répondent Oui à 70 %.(2)
Les ré.idants de la Butte-aux-Cailles (10 Oui à 100 %.
L'appréciation/affection des sites se confirme, lors des comparaisons avec
d'autres secteurs [questionnaire n° I bis] qui semblent globalement moins attachants
pour leurs répondants. Cette tendance est toutefois très nuancée dans certains cas,
notamment avec l'avenue Jean Jaurès mieux notée que La Villette ou encore avec la rue
de Tolbiac (vers la rue Bobillot), où l'affection paraît plus marquée qu'elle ne l'est au
Petit-Gentilly et à La Maison-Blanche réunis. C'est le cas aussi, mais avec une tendance
42inverse, du secteur d'Auteuil Point-du-Jour, de l'avenue de Clichy, de la rue Lamarck et
du Bas-belleville qui recueillent moins de signes positifs que les sites concurrents.
AilfU!Z-VOUS votre quartier ? Oui Non Effectif. % de réponses favorables lors
}»(questionnaire I bis «résidant. % % du questionnaire In'
Rue Claude Decaen (12') 60 40 5 60 à Bercy
Rue de Tolbiac (13') 60 40 5 50 à M-B et P-G'
Rue d'Alésia (14') 80 20 5 80 à P-M"
Rue Lecourbe (IS') 80 20 5 80 à Vaugirard
Auteuil Point-du-Jour (16') 60 40 5 90 à Auteuil
Avenue de Clichy 60 40 5 70 aux Batignolles(17')
Rue Lamarck (18') 80 20 5 IOOà Montmartre
Avenue Jean Jaurès (19') 60 40 5 50 à La Villette
Bas-Belleville (19" et 20') 60 40 5 90 à Belleville
Rue d'Avron (20') 80 20 5 80 à Charonne
Effectifs totaus et 34 16 50 77
(moyennes en %) (68) (32) (100) (77)
, ,.
Moyenne cumulée des secteurs de La Maison-Blanche et du Petit-Gentilly. Le Petit-Montrouge.
Oni Un peu Non Effectif.Ai11U!Z-VOUS ce lieu?
(questionnaire I ter« Passants}» % % %n°
Berey'l) 20 40 40 5
La Maison-Blanche 40 40 20 5
Le Petit-Gentilly<2I 20 60 20 5
Le Petit-Montrouge 60 40 00 5
Vaugirard 40 40 20 5
Grenelle 40 60 00 5
Auteuil 40 40 20 5
Passy 40 60 00 5
Monceau 40 40 20 5
Les Batignolles 60 20 20 5
Montmartre 80 00 20 5
La Chapelle 40 20 40 5
La Villette 20 40 40 5
Belleville 60 20 20 5
Charonne 80 20 00 5
34 27 14 75Effectif. totaUI et
(45,3) (36) (18,7) (100)(moyenne en %)
(l'Les passants rencontrés dans la rue de Charenton (5 personnes interrogées) répondent Oui à 50 % et Un peu à 30 %.
(21 (5 Oui à 80 % et Un peu à 20 %.Les sur la Butte-aux-Cailles
La question concernant l'appréciation/affection des « passants» à l'égard des
sites étudiés [questionnaire n° I ter] vient conclure les différentes opinions portées sur
eux. Ceux-ci semblent être généralement bien ressentis par les « passants» avec,
toutefois, de grandes réserves nuancées par la colonne « Un peu ». Une nuance qui se
retrouve au niveau des sites où, mis à part Montmartre qui ne laisse toujours pas
indifférent, Le Petit-Montrouge, Les Batignolles, Belleville et Charonne, nous pouvons
distinguer des affirmations négatives qui atteignent des taux plus élevés que les
affmnations positives à Bercy et à La Villette ou des taux égaux au Petit-Gentilly et à La
Chapelle. Les opinions favorables remontent néanmoins lorsque le « Un peu» est
considéré comme tel. Il semble également important de souligner l'opinion plutôt
mitigée quant au « Oui» des « passants» à l'égard des sites établis de Vaugirard à
Monceau. Une opinion « tiède» qui contrebalance les dualités déjà évoquées, sans pour
autant les contredire vraiment.
En quantifiant le désir des répondants de partir ou non de leur quartier, la
question 5 [questionnaire n° 2] complète assez bien celle qui la précède. D'autant plus
que la moyenne « Oui» répondant à la question « Aimez-vous votre quartier?» du
questionnaire n° 2 qui lui sert de modèle est proche de celle enregistrée dans le tableau 4
43qui lui sert de modèle est très proche de celle enregistrée sur le tableau 4 qui le précède.
Des nuances demeurent toutefois au niveau des sites. C'est le cas avec les opinions
favorables venant relever les taux, auparavant faibles, de Bercy et de La Villette ou
encore les taux, déjà élevés, de secteurs recueillant un affect significatif tels que Le
Petit-Montrouge, Vaugirard et surtout Passy qui voit son taux s'élever à 100 %. A
contrario, si les opinions positives pour Le Petit-Gentilly, Les Batignolles et Montmartre
se maintiennent, La Maison-Blanche, Grenelle, Auteuil, Monceau, La Chapelle,
Belleville et Charonne enregistrent de notables baisses. Malgré ces nuances, les
réponses présentées ici vont globalement en faveur des sites: aucunes ne présentent des
taux inférieurs à la moyenne. Et les réponses au désir des répondants de rester dans leur
quartier sont à l'image de ces opinions positives.
Ce constat est vrai, même si l'affection portée aux sites est, dans l'ensemble,
plus élevée que le désir de rester, ce qui est logique. En effet, comme nous le reverrons
plus loin: on peut aimer son lieu de vie et néanmoins vouloir en partir, à l'inverse si on
n'aime pas son lieu de vie, on ne désir pas non plus y rester. Ce postulat se distingue
partout, avec notamment une égalité entre l'affection et le désir de rester à Vaugirard et
surtout à Montmartre qui, une fois de plus, se distingue. Ce désir très prégnant de rester
se rencontre également dans les sites recueillant déjà de l'affection tels que Le Petit-
Montrouge, Auteuil, Passy, etc. Tandis que les taux les plus faibles préfigurant un désir
de partir se rencontrent sur les sites les moins bien ressentis, comme La Maison-Blanche
et La Chapelle. Enfm, il est intéressant de constater que si l'affection portée au quartier
n'empêche nullement d'en partir ou si au contraire le peu d'affection pousse à partir, la
grande majorité des répondants désirant s'en aller tend vers Paris ou l'arrondissement de
résidence, plus qu'elle ne penche pour un éloignement pur et simple. Et cela malgré les
conditions de vie de plus en plus difficiles que l'on rencontre dans la capitale en matière
de logements, notamment.
5. Désir des répondants de partir du quartier
( 0/,lpar . e reponses 0 tenuesb )'d'
Si vous aviez le choix, où CA B D EffectifsOui'
préféreriez-vous habiter ? % % % % %
2)(questionnaire
n'
Bercy 60 60 10 20 10 10
La Maison-Blanche 50 40 20 30 10 10
Le Petit-Gentilly 60 50 20 20 10 10
Le Petit-Montrouge 90 70 20 10 00 10
Vaugirard 80 80 10 00 10 10
Grenelle 60 60 20 10 10 10
Auteuil 80 70 20 JO 00 10
Passy 100 80 00 20 00 10
Monceau 70 60 20 20 00 10
Les Batignolles 70 60 10 20 10 10
Montmartre 100 100 00 00 00 10
La Chapelle 50 40 20 30 10 10
La VIllette 60 50 20 20 JO 10
Belleville 60 60 20 20 00 10
Charonne 70 70 00 20 10 10
Effectif. totaux et 106 95 21 25 09 150
(6)(moyeooes eo 'Yo) (70,7) (63,3) (14) (16,7) (100)
~ 11s'agit ici des taux de réponsesfavorablesà la question: Aimez-vousvotrequartier? (question4 du formulaire).A ~ ResterdansceOui'
~ ~quartier. B Partir dans un autre quartier de cet arrondissement. C Partir dans un autre arrondissement. D Partir en dehors de Paris.
=,
À l'origine cette question n'existait pas dans le questionnaire d'Hubert Deicher.
La matérialisation statistique de l'attachement des répondants à leur lieu de vie
signalé par leur désir d'y rester rejoint, dans les grandes lignes, celui que nous pouvons
entrevoir dans la question du sondage d'opinions réalisé par la S.O.F.R.E.S. en janvier
442001 auprès de 400 résidants vivant dans les arrondissements traités [voir en annexe
1.13]. À savoir que 65 à 67 % des sondés des 12e, 14e et 15e arrondissements désirent y
rester, tandis que dans le même temps, les Be, 16e, 17e et 18e arrondissements
recueillent 58 à 61 % de suffrages de la part des répondants y vivant. Quant aux sondés
1gedes et 20e arrondissements, ils ne sont plus que 50 et 54 % a désiré y rester. Ce
sondage complète également la question 5, par le fait qu'il indique les destinations
préférées des sondés souhaitant s'installer dans d'autres arrondissements, ce que n'a pu
établir notre question. Nous pouvons voir, par exemple, que les répondants vivant dans
les arrondissements de l'Est parisien mentionnent, plus facilement que ceux de l'Ouest,
d'autres périphériques comme destinations possibles (I2 mentions
contre 3). Ou encore que l'ensemble des destinations parisiennes semble correspondre à
une promotion sociale souhaitée ou vécue, comme paraissent le souligner les
orientations des répondants de l'Est qui tendent surtout vers des arrondissements situés
dans l'Ouest, notamment les 14e, 15e et 17e. Tandis qu'à l'inverse, les répondants
résidant à l'ouest de Paris mentionnent plus facilement le cœur de Paris, alors qu'ils ne
citent jamais l'Est. Ce qui tient sans doute à des préjugés, nous en reparlerons dans le
chapitre suivant.
L'intensité de la sociabilité
Pour en revenir à notre questionnaire, nous pouvons constater que si
l'affection/attachement porté aux sites ne laisse apparaître, dans l'ensemble, aucune
hésitation, la question 6 touchant aux relations de voisinage, nécessitant des capacités
d'adaptation qui mettent en œuvre des processus complexes destinés à créer un lien
entre l'individu et les « autres» dans un souci d'équilibre constant, est plus subtile au
niveau des appréciations et de ce fait plus délicate à saisir. En effet, si sur les trois
réponses possibles le « Oui» l'emporte, la moyenne générale est loin d'être significative
(elle est presque égale à celle rencontrée sur les secteurs du questionnaire n° 1 bis).
S'agissant de l'appréciation des relations au niveau des sites eux-mêmes, nous
distinguons pareillement de profondes disparités tendant à bouleverser la hiérarchisation
générale. Ainsi, les relations dans le «nouveau Bercy» (plus anonymes que celles
rencontrées sur la rue de Charenton) et à La villette semblent plutôt négatives, même si
l'appréciation «Moyenne» construite autour de relations informelles [voir les
commentaires exprimés en bas du tableau] vient tempérer ce constat ambiant.
Dans tous les cas, les sites remportant un « tranc succès» quant aux relations
de voisinage sont Montmartre, une fois encore, et Belleville avec des commentaires
vantant quelques relations jugées amicalement. D'autres sites rencontrent aussi un
certain succès. C'est le cas du Petit-Gentilly (qui obtient autant que la Butte-aux-
Cailles), d'Auteuil, des Batignolles et de Charonne qui semblent être appréciés en la
matière et suscitent quelques commentaires « amicaux ». Avec des taux moyens et des
appréciations peu commentées, La Maison-Blanche et Passy sont déjà nettement plus
«tièdes» de ce point de vue. Quant au Petit-Montrouge, à Vaugirard, à Grenelle, à
Monceau et à La Chapelle, ils paraissent souffrir d'un manque notable de «bonnes
relations ». Si les relations moyennes (commentées ou non) viennent tempérer les
aspects les plus négatifs, elles relèvent pareillement les moyennes des «Oui» et
rétablissent un équilibre qui n'existait pas jusqu'alors. C'est le cas à Bercy et à La
Villette, nous l'avons vu, mais aussi pour l'ensemble des sites« souffrant» d'anonymat
45qui passent de 40 % à 90 % d'appréciations positives au Petit-Montrouge. Cette
élévation des faveurs touche également les sites « tièdes» qui passent de 50 % à 80 %,
mais aussi les sites rencontrant un « succès» qui passent de 60 % à 90 %, avec un taux
maximum à Charonne.
Notons, enfm, que les «Non» sont quelquefois connotés de manière péjorative
par les répondants. C'est le cas au Petit-Montrouge, mais aussi à Auteuil, à Monceau et
à La Villette qui connaissent, plus qu'ailleurs, une « indifférence» plutôt mal ressentie.
S'agissant des trois premiers sites, ces opinions défavorables «avec observations »,
même si elles sont nettement plus faibles qu'à La Villette, contredisent une fois de plus
la dualité Est/Ouest au niveau des appréciations.
6. Appréciation des relations de voisinage
ysp Îfique des femmes et commentaires s'il a lieu)ar % de réponses obtenues avec l'avis
MoyrelatiollS Oui Non Effectifs % de rép.Avez-vous de
bo"""" favorables desavec les gens de votre quartier ? % % %
I)(questionnaire femme"n°
30 40 10 4030'Bercy'''
La Maison-Blanche 30 20 10 6050'
Le Petit-Gentilly') 60 20 20 10 60
Le Petit-Montrouge 40 10 6050" 10"
Vaugirard 40 20 10 4040"
Grenelle 40 30 30 10 60
Auteuil 60 10 6010'30"
Passy 50 20 10 4030"
Monceau 40 10 6040" 20'
Les Batignolles 20 20 10 6060"
Montmartre 20 10 10 6070"
La Chapelle 30 30 10 6040"
La Villette 30 10 4030" 40"
Belleville 20 10 10 6070"
Charonne 40 00 10 6060'
Effectifs totaux et 74 46 30 150 41
(49,3) (JO,7) (20) (100) (54,7)(moyennes en %)
résidants de la rue de Charenton (10 personnes interrogées) répondent Oui à 40 % et Moyellne à 30 %.'''Les de la Butte-aux-Cailles (10 Oui à 60 % et Non à 20 %.
'''Les
Commentaires les plus représentatifs:
Moyenne' Seuœment bonjourlbonsoir IOni' Certains sont devenus des amis' Non' Il Y a beaucoup d'indifférence ici!
Oui Moy. % de rép.Avez-vous de bolllles Non Effectifs
relations avec les gells de % % % favorables lors du
votre quartier? (Q. I bis) questionnaire 1n°
Rue Claude Decaen (12") 60 20 20 5 30 à Bercy
Rue de Tolbiac (13") 40 20 40 5 55 à M-B et P-G'
Rue d'Alésia (14") 60 40 40 5 40àP-M"
Rue Lecourbe (IS") 40 40 20 5 40 à Vaugirard
Auteuil Point-du-Jour (16') 40 20 40 5 60 à Auteuil
Avenue de Clichy (I?) 60 20 20 5 60 aux Batignolles
Rue Lamarck (IS") 60 20 20 5 70 à Montmartre
Avenue Jean Jaurés (19') 40 40 20 5 40 à La Villette
Bas-Belleville (19' et 20') 60 40 20 5 70 à Belleville
Rue d'Avron (20') 60 20 20 5 60 à Charonne
Effectifs totaux et 23 14 13 50 53
(moyennes en %) (46) (28) (26) (100) (51,5)
Moyenne cumulée des secteurs de La Maison-Blanche et du Petit-Gentilly. Le Petit-Montrouge.
" "
Les femmes semblent être, quant à elles, très sensibles au relationnel, comme
nous le montrent les résultats exprimés par les opinions favorables. Peut-être font-elles
allusions aux relations plus ou moins formelles qu'elles entretiennent avec d'autres
habitant( e)s à la sortie des écoles, lors de leurs courses quotidiennes, lors des sorties aux
squares... ? Toujours est-il qu'à l'exception de Passy où les opinions favorables baissent
46très nettement, les réponses allant en faveur des sites sont globalement plus positives
(54,7 % contre 49,3 %). Ces faveurs atteignent des taux de 60 % sur onze de nos sites
contre quatre précédemment. Même des sites comme Bercy et La Villette, quelque peu
délaissés auparavant, recouvrent une certaine dignité à travers des taux plus élevés de
réponses positives (40 % contre 30 %).
S'agissant des comparaisons effectuées sur d'autres sites, nous pouvons noter
que si les relations dans les rues de Tolbiac et Lamarck et dans les secteurs d'Auteuil
Point-du-Jour et du Bas-Belleville présentent des réponses légèrement moins favorables
que les sites en concurrence, il n'en est pas de même des relations dans les rues Claude
Decaen et d'Alésia qui tendent à être meilleures ou moins anonymesque dans les sites
qui leur sont opposés.
Les niveaux d'appréciation en matière du cadre de vie
Les questions 7 et 8 [questionnaire n° 1] exposées dans les tableaux suivants,
nous informent sur les opinions favorables ou défavorables par rapport à quatre thèmes
revenant relativement souvent lors des échanges avec les répondants: les «Gens »,
1'« Ambiance, le «Cadre» et les « Commerces ». De plus, une colonne «Autres» vient
s'ajouter à ces ensembles pour intégrer des références plus rares (12).
7. Appréciation « Agréable » du cadre de vie
ar % de réoonses revensnt le olus souvent)
Que trouvez-vous d'agréable Gens Ambiance Cadre Commerces Autres
(Q 1)dans votre quartier? % % % % %n°
30 20 30 20 20Berey'"
La Maison-Blanche 30 20 20 40 10
Le Petit-Gentilly" 40 60 60 40 10
Le Petit-Montrouge 20 30 20 60 20
Vaugirard 20 30 30 50 10
Grenelle 40 40 30 60 20
Auteuil 40 30 40 70 10
Passy 20 20 40 60 10
Monceau 40 30 20 50 20
Les Batignolles 30 20 30 30 10
Montmartre 40 50 60 20 10
Ls Chapelle 30 20 20 40 30
La Villette 20 10 20 40 20
Belleville 30 40 30 1050
Charonne 30 50 60 1010
Effectifs totaux et 44 47 50 64 22
(moyennes en ~o) (29,3) (31,3) (33,3) (42,7) (14,7)
(l)Les résidants de la rue de Charenton (10 personnes interrogées) répondent les Gens à 30 %, l'Ambiance à 30 %, le Cadre à 20 %, les Commerces
à 50 % et Autres à 20 %.
(l'Les résidants de la Butte-aux-Cailles (10 personnes interrogées) répondent les Gens à 40 %, l'Ambiance à 60 %, le Cadre à 60 %, les Commerces
à 20 % et Autres à 20 %
En ce qui concerne l'appréciation «agréable» générale (13), nous pouvons
distinguer des divergences au niveau des thèmes évoqués avec une nette faveur pour les
« Commerces », suivit du« Cadre », de 1'« Ambiance et des« Gens ». Des différences
bouleversant ce schéma sont à constater toutefois au niveau des sites et des comparatifs.
(12). Si les deux premiers thèmes sont compris comme tels, le « Cadre» désigne tout ce qui a trait au paysage
comme le bâti, le mobilier urbain, les espaces verts, etc., tandis que la colonne « Autres» désigne souvent
l'aspect des maisons, la propreté des rues et les comportements spécifiques aux relations de voisinage.
(13). Il s'agit ici, comme dans la question 8, des réponses globales, l'avis des femmes n'est pas pris en
compte, tout comme d'ailleurs celui des répondants d'autres secteurs.
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