Les Dunes se sont tues

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Au Sahel du Niger, les sécheresses des années 1970 à 1984 ont fait périr les troupeaux des éleveurs touareg. Deux récits se mêlent entre fiction et réalité pour décrire à la fois l'exil d'une tribu dans le désert, ainsi que la vie d'une famille touareg à la périphérie de Niamey, capitale du Niger. La mère, figure héroïque du récit, essaie de préserver et de transmettre l'éthique et les traditions touareg. Ce récit est une réflexion sur un peuple en voie de disparition, qui témoigne de l'engagement de Maguy Vautier en faveur du peuple touareg.
Publié le : mercredi 1 avril 2009
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EAN13 : 9782296225916
Nombre de pages : 214
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Les Dunes se sont tues

Maguy VAUTIER

Les Dunes se sont tues
Unefamille touareg en exil

L'Hemattan

@ L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-08554-1 EAN:9782296085541

SOMMAIRE

Préface Les Dunes se sont tues En guise de postface Glossaire Œuvres de l'auteur Information

p. 9 p. 13 p. 207 p. 209 p. 211 p. 213

PREFACE

Le Sahara s'assèche et entraîne ses nomades vers une fin inèvitable, la fin d'un mode de vie. La sécheresse n'est pas seule en cause. Le progrès désintègre une organisation intertribale, détruit un peuple qui vivait jusquelà en osmose avec son milieu. Les conditions climatiques, économiques, politiques ont forcé les nomades à quitter leurs espaces pour aller dans les grandes villes. Cette histoire se passe à Niamey, capitale du Niger, où survivent des milliers de rèfugiés. Sans aucune structure d'accueil, ils logent dans des abris de fortune faits de cartons, chiffons ou plastiques, ou dans des concessions prêtées charitablement par des habitants, ou près des immondices. C'est ainsi qu'une famille touareg essaie de survivre et de vivre à Niamey. Mais comment concilier la modernité et la tradition? Le grand -père, éleveur nomade de l'Aïr ne s'adapte pas. C'est la lutte de l'ethnie contre l'Etat. Les Touareg n'ont ni biens, ni droits. Les jeunes, avec une mère admirable de dignité et de courage, essaient de se frayer un chemin malgré les injustices et les voix discordantes. Le déroulement de l'histoire est fiction, comme sont fictifs les personnages, mais le cadre est réel, ainsi que les faits et anecdotes vécus. L'histoire contée par le grand-père m'a été confiée par Ibrahim Saguidane, berger de la région d'Agadès, puis résistant, et enfin enseignant. Rissa Ixa, peintre reconnu, a créé son association et son code d'honneur, tels qu'ils sont écrits par lui-même dans ce récit. Mano Dayak est mort dans un accident d'avion le 15 décembre 1995. Le groupe musical « Etoiles des Dunes» vit à Niamey. Moussa le musicien est un nom fictif. Le groupe musical « Tartit » continue de se produire en Afrique et en Europe.

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Aux Touareg du XXIe siècle,

Le vieux étendit ses jambes maigres en direction du feu de bois. En regardant ses pieds calleux, Wartim, sa fille, pensa que le vieux était bien fatigué et qu'il était temps que ses fils, Moha et Moussa, entendent ce qu'il pouvait encore dire de sa vie passée. Les vieux ont tant de choses dans leur cœur, tant de choses qui seront à jamais perdues si personne ne les écoute. Il ressemblait à un grand oiseau couché qui ne parvenait plus à voler. Il ne volait plus mais il pouvait encore parler. - Aba, (père), quand tu étais jeune, allais-tu souvent dans les assemblées avec tes amis? - Bien sûr, dès que le vent apportait la rumeur d'une soirée animée par une bonne joueuse d'imzad, nous partions. Nous n'avions pas peur de faire courir nos dromadaires deux jours et une nuit s'il le fallait. Je n'ai jamais manqué l'ahal. Ça y est, Grand-Père mordait à l'hameçon de la question posée, maintenant, il parlerait. - Je ne connais pas une joueuse d'imzad, dit Moha, l'aîné de ses petits-fils. Est-ce qu'elles sont toutes mortes? - Kala! Kala! Sawardata, la violoniste de mon campement, doit vivre encore. Elle était plus jeune que moi. C'était une femme exceptionnelle. On la comparaît à Dassine, la poétesse du Hoggar. Une vraie célébrité. - 13-

Grand-Père? - Dans l'Aïr, avec la tribu des Kel Eghla, là où tu es né. - Parle-nous de Sawardata. - Mais vous n'avez pas sommeil? - Kala, kala. Moha et Moussa se regardent amusés. Le vieux parlera et qu'importe si le sommeil l'emporte loin. Le feu s'éteindra et le vieux n'aura plus froid. Le grand-père se tut. Il ne dormait pas. Ses yeux brillaient comme deux braises surgies dans le noir du voile qui lui cachait le visage. Il fixait au loin, l'air anxieux. Il soupira: - Je ne comprends pas pourquoi vous ne connaissez aucune joueuse d'irnzad. - Mais Grand-Père, c'est parce qu'il n'yen a plus. Les jeunes filles n'ont jamais appris. - C'est impossible. Allez dans les campements du nord et vous les rencontrerez. - Comment aller dans le nord? - Prenez Atlan, mon dromadaire, mon ami. Il vous conduira. Pas besoin de guide, il connaît la route. Grand-Père déraillait complètement. La dernière sécheresse avait exterminé le troupeau. Atlan était mort, comme les autres. La famille ne possédait plus de cheptel, sauf une vieille chèvre aussi efflanquée qu'une outre vide. Et le grand-père, Wartim la maman (Ana), ses deux fils et sa fille de huit ans vivaient maintenant à la périphérie de Niamey, la capitale du Niger, dans cette case recouverte de nattes et de chiffons. L'inconscience de l'aïeul agaça Moussa. - Grand-Père, Atlan est mort. Le corps du vieux frissonna comme parcouru d'une lente secousse. - C'est vrai, j'avais oublié. La mère secoua le feu qu'elle avait allumé devant la case. - 14-

- Il était où ton campement,

Elle n'appréciait pas la brutalité de Moussa. Un jeune homme doit respecter un vieillard et faire en sorte de ne jamais le choquer. Le grand-père sortit de sa torpeur. - Vous êtes jeunes tous les deux. N'allez-vous jamais dans les assemblées où se retrouve toute la jeunesse? - Nous faisons des réunions avec des amis. - Ah, c'est bien. Y a-t-il des jeunes filles? De la musique? - Des camarades jouent de la musique. Nous dansons un peu. - Si vous écoutez de la musique, c'est que vous avez des
mUSICIennes.

- Non, ce sont les garçons qui jouent de la guitare. - De la guitare ! Avec des griots! Le grand-père était abasourdi. Dans sa jeunesse, seuls, les hommes griots, le plus souvent de la caste des forgerons, jouaient d'un instrument et chantaient à l'occasion des fetes, ou pour célébrer une cérémonie familiale. Il ne comprenait rien à cette jeunesse qui se mêlait aux griots pour s'amuser et qui ne connaissait pas les poèmes chantés par les jeunes filles. Wartim, sa fille, souffrait de l'embarras du vieil homme. - Parle-nous de ta Sawardata. - Ce n'est pas ma Sawardata. C'est Sawardata du campement de Sankirane. Il y aura toujours une Sawardata dans un campement. C'est une adolescente choisie pour ses qualités, son intelligence vive comme l'éclat d'un diamant, son cœur chaleureux comme un feu de bois à l'aube, ses talents: savoir jouer du violon, prédire l'avenir dans les cauris, interroger les esprits, lire les messages de la terre, s'endormir sur une tombe et voir les voyageurs égarés dans l'espace saharien. Elle est choisie pour ses dispositions et éduquée par les vieilles femmes qui ont été - 15-

initiées. Elle apprend à connaître les plantes qui guérissent, elle sait affronter les mauvais esprits, se concilier les bons. Le plus souvent, elle est jolie, avec un sourire de sucre par ses dents bien espacées sur le devant, les dents de la chance. Sawardata est belle, avec juste l'écart rêvé entre les dents de devant. Elle a des longs cheveux noirs lissés qui tombent jusqu'à ses hanches. Son teint est clair, ses mains effilées, et quand elle marche son corps ondoie avec beaucoup d'élégance nonchalante. C'est ainsi que le vieillard se la rappelle, mais il ne dit rien de ces images qui passent devant ses yeux. - Alors Grand-Père? - Sawardata s'est mariée très jeune avec Ahmed le meilleur chamelier du campement voisin. C'était un mariage d'amour, pas du tout arrangé comme souvent le préparent les familles. Ahmed avait la sagesse de la laisser chanter dans les assemblées, car elle était très demandée et il ne se passait pas un mariage ou un baptême sans sa présence. Elle connaissait tous les chants adaptés à chaque cérémonie, tous les poèmes qui louaient les femmes et surtout la beauté des dromadaires. Ahmed était fier de son épouse, comme elle était fière d'avoir épousé le meilleur chamelier qui possédait le plus beau dromadaire de l'Aïr. Il avait gagné de nombreuses courses car il est de tradition de faire courir les meilleurs d'entre eux. Il avait été reconnu comme le meilleur de la région. Dieu a créé le désert pour que l'homme y trouve son âme, et il a rectifié son erreur en y ajoutant le dromadaire, tant il est vrai que sans lui le nomade n'aurait jamais pu survivre dans ces lieux hostiles... Un jour les femmes de Sankirane ont décidé de faire un tébété. Vous savez ce que c'est? - Oui, dit Moha, l'aîné des garçons, c'est une course.

- C'est plus qu'une course! C'est l'honneur de tout un campement, c'est la réputation des femmes qui est enjeu.
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- Pourtant ce sont les hommes qui montent les chameaux, pas les femmes! contesta Moussa. Moussa avait seize ans et comme tout adolescent n'admettait pas les affirmations des adultes. C'était un manquement au respect dû aux aînés et ce comportement ulcérait Wartim qu'on nommait aussi Ana ou maman. Pourtant elle restait patiente. Elle savait que son mari aurait puni Moussa, mais depuis qu'il était mort elle avait perdu son énergie. Affronter ses fils la rendait malade. Seule Djenata, sa petite dernière, lui obéissait sans murmurer. C'était sa joie, sa rosée du matin. Le grand-père voyait bien que les garçons ne se comportaient pas comme lui, à leur âge, et il s'en désolait sans formuler aucun reproche. Leur ignorance le navrait. Il évaluait les efforts qu'il aurait à fournir pour leur inculquer les connaissances indispensables à leur statut de Touareg, mais les ans le courbaient chaque jour davantage et il n'en aurait pas le temps. Ils ne savaient pas quelle chance ils avaient d'être des Touareg. Des Touareg, un peuple qui avait sa langue, le tamacheq ; une écriture, le tifinar ; un code d'honneur strict; un port de voile obligatoire; une musique et une poésie qui contenait toute leur culture. Il se sentait faible, incapable de leur faire prendre conscience de leur unique et merveilleuse identité. Pourtant ils étaient des purs Touareg, descendants d'une lignée noble de l'Aïr, et ils ne montraient pas qu'ils en étaient fiers. Petits imbéciles! - Mon Dieu, pourquoi? - Que dis-tu Aba? Es-tu fatigué? Veux-tu du thé? Moussa, fais-nous du thé. Les enfants savent faire le thé dès leur plus jeune âge tant ils ont l'habitude de le voir faire plusieurs fois dans la journée, et plus encore pour l'offrir à chaque visiteur de passage. Moussa prit des braises dans le feu et les plaça dans le
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mujemar, sorte de petit fourneau transportable en fils de fer enroulés. Assis en tailleur, il y posa la théière pour faire bouillir l'eau tout en animant les braises en les éventant à l'aide d'un morceau de carton. Les braises rougirent et très vite l'eau chanta. Il porta la théière à hauteur de son visage et versa le liquide dans un petit verre posé devant lui, par terre. Il transvasa le thé de nombreuses fois, le goûta, et lorsqu'il le jugea de bonne saveur, il emplit les petits verres cannelés, un pour chacun. Le grand-père sourit. Son petit-fils avait fait un très bon thé. Il le but aussitôt avec I'habituel bruit de gargarisme qui disait son contentement. Le thé l'avait ragaillardi. - Je vais vous parler du tébété. Tu as raison, Moha, c'est une course, mais ce n'est pas une course ordinaire. Elle engage l'honneur des femmes et des hommes. Une femme confie son foulard à un homme qui se sauve sur son dromadaire, et tous les jeunes, qu'ils soient de son campement ou d'un village voisin, essaient de voler ce trophée. En le rapportant à sa propriétaire, le victorieux aura tous les éloges et peut-être une place dans son cœur. Si les jeunes d'un campement étranger le dérobent, c'est la honte pour le campement auquel appartient le foulard. Un jour, on fit le tébété pour le turban de Sawardata et nous, les hommes, n'avons pas pu le ramener. Le dromadaire d'Ahmed était souffrant et il n'avait pas participé à la course. C'est ce qui avait provoqué la victoire des voisins et la désolation pour notre camp. Les femmes pleuraient et nous faisaient porter une honte intolérable. Avec mes amis nous avions décidé d'acheter un foulard neuf et de l'offrir à Sawardata. Elle refusa avec orgueil et jura qu'elle ne chanterait que lorsqu'un chamelier de son campement lui rapporterait son foulard. C'en était fini des tindés, des réunions nocturnes, car aucune femme à part elle ne savait organiser une fête.

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- Je ne comprends pas comment vous orgamsIez un tébété. Comment faisiez-vous pour mobiliser tous les hommes? demanda Moha. - Je vous l'expliquerai demain. Moi, j'aimerais savoir, comment, vous les jeunes de maintenant, vous vous réunissez. Et où? Je n'ai jamais entendu ni musique, ni chants. - Nous allons chez un camarade qui vit dans une maison, au centre de Niamey. Il y a une cour intérieure et c'est là que nous nous retrouvons. C'est loin d'ici. - C'est cher de prendre un taxi, ajouta Moussa. - Un taxi ? - Eh! Grand-Père, nous n'avons pas de chameau, et un chameau au milieu des voitures ce n'est pas praticable. - J'en ai pourtant vus qui traversaient le pont sur le fleuve. Ce n'était d'ailleurs que des chameaux de bât, de très basse classe, grogna le grand-père. - Les méharis, c'est fini! Moussa se moquait et Moha fut pris de pitié pour l'aïeul qui gardait encore ses rêves de jeune homme. - Les dromadaires que tu as vus appartiennent à des commerçants qui rapportent de la brousse du bois pour le revendre en ville. -Ah ! - Si nous allions dormir, dit la mère. Moi aussi, demain, je vends du bois. Ana faisait vivre sa famille en vendant quelques fagots. Vivant à la périphérie de Niamey, là où subsistaient quelques arbres, elle coupait de menues branches qu'elle assemblait en petits lots. Elle veillait à ne pas se faire remarquer car celui qui coupait des rameaux sur un arbre vivant risquait la prison. Une ville comme Niamey, la capitale du Niger, se chauffe et s'éclaire avec le bois. Ce sont les plus aisés, une
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minorité, qui utilisent l'électricité ou le Butagaz. Le bois manque et il est ramené de loin, le plus souvent transporté par les chameaux. Chameau est le nom commun donné au dromadaire mais en Afrique il n'existe que des dromadaires de deux sortes: le méhari, superbe coursier racé, et la bête de bât, bonne pour le transport. Quelques fagots se vendent facilement car la population en a quotidiennement besoin. Ana avait beaucoup de difficultés à nourrir son père et ses enfants. Quelquefois, des voisins, réfugiés comme eux, apportaient un plat de riz ou de mil qu'ils partageaient. Ils s'offraient le thé, car même les plus miséreux veillaient à ne pas manquer de thé. Celui qui restait une journée ou deux sans sa boisson tombait malade, avait de la fièvre, mal à la tête, et se déclarait prêt à mourir. Ana avait sympathisé avec un marchand qui, sur une table de bois en plein air, vendait quelques marchandises. Le marchand lui donnait en cachette deux morceaux de sucre ou une épinceté de thé. Une fois par semaine, elle se levait à l'aube et partait à pied jusqu'au centre de la ville pour quémander quelques vivres auprès d'organisations religieuses. Ainsi ils vivotaient avec, le plus souvent, un seul repas par jour. Djenata, la petite, avait toujours faim et elle était si jolie qu'elle trouvait souvent une bonne darne attendrie qui lui donnait un gâteau ou du pain. Les garçons traînaient et s'ennuyaient. Moha aurait voulu aller à l'école mais les cours étaient payants. Moussa ne rêvait que de musique et il harcelait ses camarades pour qu'ils lui prêtassent leur guitare. Il cherchait du travail pour s'en acheter une, mais les petits boulots étaient rares. Pendant deux jours, il avait fabriqué des briques en banco. La terre argileuse mixée avec de la paille et de l'eau remplissait des moules en bois. Lorsque la terre avait séché, on démoulait la brique. Il - 20-

fallait en fabriquer des centaines ou des milliers pour la construction d'une maison. Avec lui, travaillaient des enfants d'une dizaine d'années. Toute la journée, courbés sous le soleil, c'était épuisant. Avec Moha, ils avaient aussi aidé à décharger des camions. C'était bien payé et bien lourd pour leurs épaules maigres de gamins mal nourris. Si minime que rut leur salaire, ils en donnaient toujours une part à Ana. Ils avaient pitié de leur mère et ils pleuraient de ne pas l'aider davantage. Les enfants touareg aiment passionnément leur maman, et tous ces petits réfugiés qui erraient dans les rues de la capitale avaient l'obsession de lui rapporter quelque chose à la nuit tombée. Le père d'Ana souffrait de leur pauvreté. Il se reprochait de ne pas contribuer aux besoins de la famille comme tout Touareg en a la responsabilité. Son impuissance le terrassait plus que la courbure des ans. Il n'admettait pas la mort de ses animaux. Quelle injustice avait-il commis pour que Dieu le punisse? Autrefois il allait au marché, vendait quelques têtes et revenait chez lui avec du sucre, du thé, du mil, du tabac à chiquer, du tissu pour son épouse, des pommades pour sa peau, des huiles pour ses cheveux. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas bourré sa petite pipe, ni mâché du bon tabac mêlé au natron. - Je ne m'en porte que mieux, ironisait-il. Ils dormaient tous les six par terre, dans l'unique pièce de la case dont le sol était recouvert de nattes. Ils étaient six, car il fallait compter la vieille chèvre qui ne les quittait pas. On l'appelait Tarat, ce qui veut tout simplement dire chèvre. Chacun s'enroulait dans une couverture et Tarat se serrait dans une encoignure, mais ne se gênait pas pour grimper sur eux si l'envie lui prenait de gambader. Ce matin Djenata s'éveilla la première. Sans faire de bruit, elle enjamba sa mère et sortit respirer l'air du matin. Il - 21-

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