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Les enfants des harkis

De
125 pages
Cet ouvrage a la volonté de briser le silence imposé autour de l'Histoire coloniale liée à la guerre d'Algérie. L'auteur nous livre le récit de son enfance déchirée par le silence sur l'histoire de son père "Harki" et sa famille qui ont vécu les événements qui entourent l'indépendance de l'Algérie et un rapatriement tardif qui a coûté la vie à des milliers de Harkis. A travers ce récit sont abordées les conséquences psychosociales sur les familles issues de la colonisation notamment sur leurs enfants.
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À mes enfants qui auront besoin de savoir, un jour, d’où ils viennent. À la mémoire de mon père qui est resté dans le silence de son passé, de son pays natal. Je voudrais faire entendre sa voix à travers l’histoire qu’il n’a pu me donner. À toutes les victimes du piège historique qu’a été la guerre d’Algérie. Le silence a recouvert cette tragédie par le voile du tabou et du mutisme. À tous ces hommes qui sont devenus harkis par nécessité et ont porté ce lourd fardeau.

REMERCIEMENTS

Je remercie ceux qui m’ont soutenue dans cette démarche et qui m'ont accordé leurs attentions. Mes sœurs : Dalila, Nia et Esika, mon mari Gérard. Rachid, mon frère, mes amis : Fadéla, Danielle, Abdekadher, Christine, Blandine, Iba Renée et tout particulièrement à Saîd Bouamama et Gérard Caudron.

PRÉFACE

L’auteur, à travers cet ouvrage, a la volonté de briser le silence imposé autour de son histoire et de l’Histoire coloniale liée à la guerre d’Algérie. Par la simplicité de la narration de sa vie et de ses souvenirs, Saliha Telali décrit une enfance déchirée par le silence sur l’histoire de son père harki et sa famille qui ont vécu les événements qui entourent l’indépendance de l’Algérie et un rapatriement tardif qui a coûté la vie à des milliers de harkis hommes, femmes et enfants. C’est aussi une illustration du coût des conséquences psychosociales sur les familles issues de la colonisation, notamment sur leurs enfants, des années durant. Aujourd’hui encore, cela peut expliquer, pour partie, « la révolte des banlieues ». Malgré le tabou et le besoin de mémoire inassouvi qui entourent la question de l’immigration, l’auteur souhaite transmettre son expérience afin de rompre cette indifférence imposée par notre société. Au fur et à mesure du texte, Saliha Telali instaure un dialogue pudique avec l’Enfant qui n’est qu’elle-même pour restaurer sa propre histoire, la mémoire de son père et des soldats supplétifs. Elle n’a pas vécu la guerre d’Algérie mais a connu la souffrance de ne pas savoir, d’avoir subi l’injonction implicite de ne pas avoir de racines, ni d’histoire reconnue, ce qui n’a pas manqué d’avoir des répercussions psychosociales sur sa vie.

8 Militante, l’auteur se bat aujourd’hui pour le droit à l’Égalité. En effet, au-delà de cette histoire, on peut se questionner sur le relatif échec de notre modèle « d’intégration ». Il est donc devenu nécessaire de prendre en compte les souffrances du racisme, du rejet, des discriminations et de rompre le silence.

Saïd Bouamama Sociologue

« Ô Douleur, la terre se déchire. Des soldats sans nation, abandonnés, Fuient les armes des représailles. Ô Douleur, la famille se déchire. Des hommes, nommés traîtres par leurs frères, Souffrent sur le chemin d’un aller sans retour. Ô Douleur, le cœur se déchire, Des femmes s’en vont vers un pays inconnu Que leurs maris ont défendu. Ô Douleur, la conscience se déchire. La famille s’emprisonne dans le silence Et paye un lourd tribut Ô Douleur, à quand la délivrance d’un passé sans nom » ?

Abandon Saliha Telali

INTRODUCTION

11 novembre 2004, la foule éparpillée se rassembla dans un silence religieux devant la plaque commémorative des combattants de la Première Guerre mondiale. J’y étais, présente entièrement, partageant l’idée que la mémoire du passé est indispensable aux questions et aux épreuves d’aujourd’hui. J’y étais pleinement, persuadée que sans mémoire collective, les guerres et leurs causes ne pouvaient que se reproduire. Élue de ma ville, je participais à cette cérémonie le cœur serré en me remémorant le courage et les sacrifices de ces hommes-soldats que nous tentons désespérément de ne pas oublier malgré l’érosion de la mémoire. J’avais l’impression d’apporter ma modeste contribution d’élue locale, non pas au « devoir de mémoire » comme on le dit trop souvent mais au « besoin de mémoire ». Ce besoin, je le connaissais et le ressentais depuis longtemps, moi, fille d’un homme que l’on appelait harki. Dans une atmosphère silencieuse, les drapeaux déployés, la musique militaire en hommage aux morts se diffusaient en moi comme un appel au souvenir. Cette impression de communion avait cependant un arrière-goût. Une amertume m’envahissait, m’emportant vers un ailleurs bien lointain. Étrange impression que celle de se sentir présente et absente à la fois. Pourquoi une partie de moi-même se dérobait-elle en me laissant insatisfaite de ce moment de souvenir collectif ? Pourquoi ce sentiment de vide subsistait-il dans ces moments où, par la mémoire, les groupes humains tentaient de faire corps, unité ?

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LES ENFANTS DES HARKIS

Curieusement, c’est vers mon père, qui n’avait pas connu la Première Guerre mondiale, que s’échappaient mes pensées. Cette escapade incontrôlée me faisait cheminer vers une prise de conscience du traitement différencié et inégal des mémoires par notre société. Je me sentais Française et pourtant la pensée de mon père harki, dont l’histoire s’est diluée dans le silence, les non-dits, le tabou, m’imprégnait, telle une supplique venue du passé pour réveiller mes origines. Pendant que chacun avançait au sein du cortège, je me laissais emporter sur le chemin de mon histoire, accostant un quai inconnu : un instant pour me souvenir.

CHUT ! SILENCE !
Mon pas ralentissait en fonction de la cadence de mes souvenirs, réalisant ma solitude, un sentiment latent de ne pas faire partie intégrante d’une nation tant que l’Histoire n’est pas dite, et cette histoire ne l’est pas. Toute ma trajectoire et celle de beaucoup d’autres en témoignent. Ma vie, de mes souvenirs enfantins à mes expériences d’adulte marquées par la désillusion, est imprégnée par cette chape de plomb du silence. Silence politique, silence médiatique, silence sociétal, silence familial, silence scolaire, etc. En marchant ce jour-là, je prenais conscience du prix à payer de ce silence assourdissant produit socialement et politiquement. À ne pas vouloir regarder son histoire en face, la société française et son élite politique faisaient peser sur les frêles épaules de milliers d’enfants le prix de cette amnésie