//img.uscri.be/pth/53c225e9f69920f24805e44156bdd28d54c289f5
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Les esclaves noirs en France sous l'ancien régime

De
163 pages
Par ce regard vers le passé, l'auteur veut inviter les Africains à découvrir d'abord ce maillon de l'histoire bien souvent ignoré et à réveiller la mémoire française qui n'ose pas faire le pas, bien que cette étape fasse partie intégrante de son histoire aussi. En effet, l'histoire d'une immense partie de l'Afrique et celle de la France sont liées depuis quelques siècles. Cette étude se veut une contribution à l'histoire de l'esclavage.
Voir plus Voir moins

LES ESCLAVES NOIRS EN FRANCE SOUS L'ANCIEN RÉGIME (XVIe - XVIIIe SIÈCLES)

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa
Dernières parutions Ephrem LIBA TU LA MBONGA, Quelle diplomatie pour la République démocratique du Congo ?, 2008. Jean BRUY AS, Les institutions de l'Afrique noire moderne, 2008. Marie-Rose ABOMO MAURIN, La littérature orale: genres, fictions, 2008. Michèle CROS, Julien BONHOMME (dir.), Déjouer la mort en Afrique, 2008. Aimé Félix AVENOT, La décentralisation territoriale au Gabon, 2008. Jean-Claude OLOMBI, La profession d'Huissier de Justice au Congo, 2008. Dominique DIETERLE, Ani Sara, Lettres aux enfants du Togo, 2008. Mamadou KOULIBAL Y, Leadership et développement africain,. les défis, les modèles et les principes, 2008. Sylvie BREDELOUP, Brigitte BERTONCELLO, Jérôme LOMBARD (éds), Abidjan, Dakar: des villes à vendre? La privatisation made in Africa des services urbains, 2008. Gansa NDOMBASI, Le cinéma du Congo démocratique. Petitesse d'un géant, 2008. René MANIRAKIZA, Population et développement au Burundi, 2008. Appolinaire NGOLONGOLO, L'immigration est-elle une menace pour la France ?, 2008. Lydie Akibodé POGNON, Valeurs du travail et processus psychologiques de l'absentéisme. Revue de la question et perspectives africaines, 2008. C. DILI PALAI, K. DINA TAÏWE (dir.), Culture et identité au Nord-Cameroun, 2008. Graham CONN AH, Afrique oubliée. Une introduction à l'archéologie du continent, 2008. Ghislaine N. H. SATHOUD, L'Art de la maternité chez les Lumbu du Congo. Musonfi, 2008. Seyni MOUMOUNI, Vie et œuvre du Cheik Uthmân Dan Fodio (1754-1817). De l'islam au soufisme, 2008.

Marcel IZOUFINI<ANA

LES ESCLAVES NOIRS EN FRANCE SOUS L'ANCIEN RÉGIME

(Xvr

-

XVIIIe SIÈCLES)

L'Hartnattan

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06339-6 EAN : 9782296063396

« I~PyU; Ù;t./ o-u.;tlV y LlVNèg¥lV Lw yo-u.;tlV~ ~é:p~ Qf.A.i;~~~~

»

DAVID DIOP

èvflonor~
èv VoriaAtv

UV~

èv13e¥'YlCfA/"cL-13A VAKWOU, !Or\!~
et: lvI O"YUM

et: tu.teu.r,

SOMMAIRE
AVANT-PROPOS 13 PRÉFACE 15 INTRODUCTION 19 CHAPITREI LES DÉBUTSDE L'IMPLANTATIONDESNOIRS EN FRANCESOUS 21 L' ANCIENRÉGIME I. Les Noirs en Europe avant la traite négrière ... 21 1. Les' Noirs dans la péninsule ibérique 21 2. Les Noirs en France avant la traite .négrière 22 3. Les débuts de la traite et l'esclavage des Africains 23 4. L'Édit du mois de mars 1685 ou le« Code Noir » 30 II. Les esclaves noirs en France sous l' Ancien Régime 32 1. Le privilège de la terre de France 32 2. Les maîtres d'esclaves contre le privilège de la terre de France 34 3. La réglementation du séjour des Noirs en France 35 CHAPITREII VIE QUOTIDIENNEDES ESCLAVESNOIRSEN FRANCESOUSL'ANCIEN RÉGIME 41 I. Les conditions de séjour 41 1. Le voyage en France: les formalités 41 2. L'âge des esclaves 49 3. Répartition géographique 51 4. L'hébergement 51 5. L'éducation religieuse: les baptêmes 51 6. La scolarité.. 54 7. Les affranchissements 55 8. La santé, les décès et les sépultures 59 9. La formation professionnelle et les types de métiers 62 10. Les relations affectives 66 CHAPITREIII LES SOLDATSNOIRSDANSL'ARMÉEFRANCAISEAU XVIIIcSIÈCLE 73 1. La création du régiment de cavalerie 73 2. Le recrutement de soldats noirs 74 3. Origine des soldats noirs 80 4. Le régiment de soldats Noirs à Chambord 81 5. Les soldats noirs après la mort du Maréchal de SAXE 82 CHAPITREIV LA DÉCLARATIONROYALEDE 1777OU LE « NOUVEAUCODENOIR» 87 I. Lettres ministérielles, lettres patentes et ordonnances 87 1. Lettres ministérielles ... ... ...87 2. Les lettres patentes du 3 septembre 1776 89 3. Les Ordonnances des 16 avril et 7 juillet 1777 89 4. La Déclaration du Roi du 9 août 1777 90 II. Les conséquences de la Déclaration du Roi du 9 août 1777 93 1. Création de la police des Noirs 93 2. Les dépôts de Noirs 96 3. Les retours aux colonies 100 4. Les passagers noirs embarqués pour les colonies 104 5. Les colons antillais s'opposent au retour des esclaves qui ont vécu en France 106 6. Les recensements de Noirs de 1777-1778 110 7. Les activités professionnelles 111 III. Maîtres et esclaves: des esclaves intentent des procès contre leurs maîtres 115 CHAPITRE V LA DÉCLARATION DES DROITSDE L'HOMME ET DU CITOYEN 121 I. Luttes pour les droits politiques et civils 121

1. L'opinion publique et la cause des Noirs 121 2. Le comité des colons antillais 125 II. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et l'esclavage 127 1. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen 127 2. De la révolte de Saint Domingue à l'indépendance d'Haïti 134 CONCLUSION , 139 ANNEXES 143 1. Mémoire des négociants Nantais adressé au duc de Choiseul le 9 février 1764 et à l'intendant de Bretagne le 12 février 1764 143 2. Zones de traite en Afrique 145 3. État des Noirs, Mulâtres et gens de couleurs au port de la Rochelle en 1789 146 4. Pièces relatives au dépôt des Noirs à Bordeaux 147 5. Traces de Nègres à Bonny-sur- Loire 148 6. Déclaration du Nègre payé 149 7. Extrait des Minutes déposés au Greffe de l'amirauté du Cap 150 8. Aventures d'un jeune négrier français d'après un manuscrit inédit du XVIIIe siècle de Jean PROA 151 9. Lettres de M. PEPIN 153 10. Décret de la Convention Nationale 154 BIBLIaGRAPHIE 157 I. Sources manuscrites 158 1. Archives nationales 158 2. Archives Départementales de Charente-Maritime 158 3. Archives Départementales de la Gironde 158 4. Archives Départementales de la Loire-Atlantique 159 5. Archives Communales de Bordeaux 159 6. Archives Communales de Nantes 159 7. Archives Communales de La Rochelle 160 8. Autres Archives 160 II. Sources imprimées: revues et périodiques 161 III. Sources imprimées: ouvrages 163

12

AVANT-PROPOS

Marcel KOUFINKANA a parcouru son chemin d'écriture pendant de longues années. L'un de ses buts fut l'obtention de son doctorat d'histoire, à la suite de la présentation de sa thèse sur l'esclavage soutenue en décembre 1989 à l'Université de Toulouse Mirail, sous la direction de Monsieur le Professeur Bartolomé BENNASSAR. Il a eu à cœur de poursuivre ce travail de recherche sur ce même sujet dans l'espoir de publier un livre. Il venait tout juste de terminer ce travail de réécriture lorsqu'il est mort en décembre 2000. Passionné d'histoire - celle de son pays, le Congo, celle de l'Afrique et du monde occidental, avec un moteur constant, I'histoire de notre humanité - il a su se saisir de l'écriture pour traduire ce qui, dans son histoire personnelle, faisait lien entre l'Afrique et la France. Nous rappellerons donc que KOUFINKANA, en bahangala (une des langues du Congo) signifie rapprochement. Rapprocher oui, mais aussi essayer de connaître, de comprendre nos héritages et l'importance de mobiliser nos mémoires pour pouvoir continuer à construire notre présent et sans doute étayer l'avenir. L'Afrique, magnifique continent, doit persévérer pour réussir à se réapproprier sa propre histoire et nous, Occidentaux, avons sans doute à regarder avec humilité des fragments de la notre, y compris les moins glorieux. La parution de cet ouvrage à titre posthume a pu se faire grâce à l'énergie et à la volonté de plusieurs personnes proches de Marcel KOUFINKANA. Nous remercions vivement: Charles MARCHAND, papy, Serge MOULIN, Jean NZIALOU, et tous les amis et amies dont le soutien fut si précieux.

Marcel a poussé la porte de la vie et s'est absenté. .. Il a laissé, entre autre, ces mots comme des traces sur notre chemin, afin que les images qui manquent à notre mémoire, ces oubliées, puissent faire partie elles aussi de 1'histoire. Nos douleurs ont une histoire et restent imprimées au plus profond de nos âmes. Justice et dignité ne peuvent naître que dans le sillon de cette reconnaissance. L'histoire de l'esclavage reste encore trop peu connue et peu enseignée. Laisser l'espoir déserter notre cœur serait manquer à sa parole et à sa fidélité. Il n'y a pas si longtemps... tu te souviens.

Françoise MERCIER, sa compagne.

14

PRÉFACE

L 'histoire de l'esclavage a suscité depuis deux ans en France des débats passionnés, parfois violents. Le thème est descendu dans l'arène politique à propos de la parution d'un gros ouvrage consacré à I'histoire des traites négrières dans leur ensemble et on sait que l'esclavage a été, d'un commun accord, dénoncé comme un « crime contre l' humanité». 1 L'histoire multiséculaire de ce phénomène « d'appropriation de I'homme par I'homme » et son ampleur, puisqu'il a concerné des millions d'hommes et de femmes, son extension puisqu'il a affecté tous les continents, expliquent l'abondance de la bibliographie. Celle-ci concerne le monde antique, la Grèce et Rome notamment, plus largement la Méditerranée et l'ouvrage récent de Youval Rotman sur ce thème, qui souligne la continuité entre l'Antiquité et l'époque médiévale, démontre que la question est toujours d'actualité2. L'empire ottoman et le grand marché d'esclaves d'Istanbul ont suscité plusieurs études. Bien entendu, les affrontements en Méditerranée entre Chrétiens et Musulmans au cours de la période dite « moderne» et la guerre de course ont provoqué la mise en esclavage de milliers d'hommes et de femmes, surtout Blancs, tels que le furent la plupart des galériens qui ramaient dans les flottes chrétiennes ou musulmanes et cette question a aussi fait l'objet de travaux divers. Certains auteurs ont aussi considéré le cas des esclaves de l'Amérique précolombienne: Naborios du Mexique, Yanas du Pérou. Cependant et de manière logique, la traite négrière est, de tous les phénomènes associés à l'esclavage, celui qui a mobilisé le plus de chercheurs et d'historiens. D'abord parce qu'il s'agit d'un phénomène pluriséculaire quoique discontinu, mais qui devient quasi pérenne à partir de la fin du XVIe siècle. Chargé d'écrire naguère le chapitre sur l'Afrique du xvr siècle pour l 'Histoire économique et sociale du monde, je l'avais d'ailleurs intitulé L'Afrique noire avant la traite3. L'apogée du phénomène se situe aux XVIIIe et XIXe siècles, en une époque riche en documents de toutes sortes. Ensuite parce que la traite a concerné plusieurs millions d 'hommes et de femmes arrachés à leur milieu naturel et projetés dans un univers totalement différent. Enfin parce que la traite s'est effectuée pour l'essentiel aux dépens d'un même continent, l'Afrique, et de I'humanité noire. On pourrait ajouter que la marchandise humaine a été à la source d'un véritable système commercial, économique, social dans lequel sont impliqués l'Occident chrétien et l'Islam, l'Empire ottoman colonial comme les empires coloniaux britannique, français, espagnol, portugais, hollandais, puis les États-Unis d'Amérique et le Brésil après leur avènement à l'indépendance. La

traite et ses effets sont donc devenus le sujet de travaux très importants. La bibliographie de la traite et de ses conséquences, jusqu'au livre évoqué plus haut, est considérable4. Si on s'en tient au seul Brésil, par exemple, on dispose de plusieurs travaux de grande qualité5. En revanche, jusqu'à une époque relativement récente, chercheurs et historiens s'étaient peu occupés de l'esclavage dans les États européens de l'époque moderne. Il s'agit, il est vrai, d'un fait demeuré très limité dans son extension géographique, spécifique en apparence de certaines villes de l'Europe du Sud, telles Lisbonne, Séville, Palerme ou Naples. Les premiers travaux notables ont concerné l'Espagne et l'Italie. En Espagne, I'historienne valencienne Vicenta Cortés Alonso lança le mouvement dès les années 60. J'ai dirigé pour ma part la maîtrise, puis la thèse d'Albert N'Damba Kabongo, un prêtre congolais, dont le mérite fut immense pour traiter ce sujet qui lui tenait à cœur, il apprit l'espagnol, puis avec mon aide, la paléographie. Sa thèse consacrée aux esclaves à Cordoue de 1600 à 1621 se fonda sur l'exploitation exhaustive des registres notariaux de Cordoue pendant cette période, ce qui permit à Albert N'Damba de recenser plus de 3 000 esclaves qui vécurent plus ou moins longtemps à Cordoue pendant cette période et dont la majorité étaient des Africains noirs6. C'est la lecture du travail de N'Damba qui donna à Marcel Koufinkana l'idée de se lancer dans une entreprise similaire en France. Je vais y revenir. À partir des années 80 de nombreux travaux ont été publiés en Espagne sur le rôle de l'esclavage. Il serait fastidieux de les citer tous mais ils démontrèrent que l'esclavage avait été plus considérable qu'on ne le croyait et qu'il n'avait pas été limité aux villes importantes. Il n'était même pas seulement un fait urbain. Je signalerai parmi ces travaux, en raison de leur qualité, celui d'Aurelia Martin Casarès qui souligne l'importance de l'esclavage féminin et celui de Julio Izquierdo Labrado qui montre la diffusion du système dans la basse Andalousie occidentale qui correspond aujourd'hui à la province de Huelva7. Le fait qu'à Séville, Cordoue ou Huelva beaucoup d'esclaves noirs étaient vendus par des marchands portugais suggère évidemment qu'il y eut aussi jusqu'au XVIIIe siècle quantité d'esclaves noirs au Portugal et notamment à Lisbonne. De la même façon, les historiens italiens ont mis en évidence la persistance de l'institution esclavagiste durant la période moderne en Italie, dans le sud de la péninsule surtout (Naples), en Sicile, où le marché de Messine était très important, et aussi en Sardaigne. Il est vrai cependant qu'en Italie la majorité des esclaves, hommes ou femmes, étaient de race blanche. C'est la perception de cette réalité historique qui inspira à Marcel Koufinkana l'idée de rechercher la trace de possibles esclaves noirs dans la France de l'Ancien Régime. Le fait que plusieurs des grands ports atlantiques français Nantes, La Rochelle, Lorient, Saint-Malo, Bordeaux (et, sur le tard, un grand port méditerranéen, Marseille) - se soient adonnés à la traite qui fut même, au 16

moins dans le cas de Nantes, un des facteurs essentiels de leur fortune, avait fait entrer Marcel dans « l'ère du soupçon ». Il me fit part de son désir de tenter l'aventure difficile d'un tel sujet de recherche. Tout en admirant son audace, je le mis en garde car je le prévins qu'à Toulouse il ne trouverait rien ou presque. Il lui faudrait aller travailler pour le moins à Nantes, Bordeaux, La Rochelle et Paris. Mais Marcel était résolu et je respectais son vœu en acceptant de diriger sa recherche. Théoriquement, il n'aurait dû rien trouver en raison du beau privilège de la terre de France, dit privilège de Louis X le Rutin, établi par l'édit du 3 juillet 1315, que Marcel évidemment, connaissait. On sait que ce Roi de France, en accordant la liberté aux serfs du domaine royal, en avait conclu que tous les sujets du royaume devaient être « francs» afin que leur condition soit en harmonie avec le nom du pays. Au XVIe siècle, l'un des jurisconsultes royaux les plus célèbres, Antoine Loisel (1536-1617), confirma le sens du privilège: « Toutes personnes sont franches en ce royaume: sitôt qu'un esclave a atteint les marches d'iceluy, se faisant baptiser, il est affranchi. »8 J'avoue que j'étais pessimiste d'autant plus que lors de leurs affrontements, dans les débuts de la Révolution, la Société des amis des Noirs et le club de Massiac, porte-parole des intérêts des colons antillais, ne font référence ni l'un ni l'autre au statut de Noirs vivant en France, qui aurait pu servir d'argument pour ou contre la liberté des Noirs, et ce problème n'est pas évoqué par les orateurs de ces groupes. Ajoutons qu'en 1987, Yves Benot, auteur d'un livre excellent, La Révolution Française et la fin des colonies (1789-1794), ne fait que de très rares allusions à l'existence des esclaves noirs en France. Soulignons toutefois celle-ci: « ... s'il y a en France des mulâtres et Noirs libres, notamment à Paris, il y a aussi des esclaves, par exemple ces domestiques noirs de riches familles bordelaises contre lesquels manifestent les domestiques blancs le 25 août 17899. » Le Code Noir de 1685 ne faisait aucune allusion à la question comme si le problème ne se posait pas. Pourtant Marcel avait raison, comme le démontre ce travail. Il y eut bien des esclaves noirs en France sous l'Ancien Régime et leur présence fut conflictuelle. Pour parvenir à ce résultat Marcel Koufinkana a su croiser des sources multiples. Les Archives nationales, les Archives de la Guerre et de la Marine lui ont procuré les textes normatifs et plusieurs Mémoires. Les archives départementales de Charente-Maritime, de Gironde, de Loire-Atlantique, du Morbihan, de Vendée et les archives municipales de Bordeaux, la Rochelle et Nantes des listes d'esclaves ou de Noirs libres, telles celles des recensements de 1777 -1778, des anecdotes et des histoires, des cas personnels. Il a observé que les Parlements statuaient à peu près toujours en faveur de la liberté des Noirs vivant en France au nom du vieux privilège de Louis X le Rutin et il en donne plusieurs exemples précis. Il a constaté que les préjugés des colons antillais, souvent exprimés de manière outrancière, qui témoignent d'un racisme forcené, n'étaient pas partagés par de nombreux Français de France, de sorte que les colons cherchent de plus en plus à éviter les séjours de leurs esclaves en France, autorisés sous certaines conditions par les textes de 1716 et 1738. Car, en France, ils prenaient de « mauvaises habitudes », il advenait même qu'ils aient 17

des liaisons amoureuses avec des femmes françaises, comme le révèlent les déclarations de grossesse découvertes par le chercheur, ou mieux (ou pire selon les colons) qu'ils les épousent. Marcel a aussi tiré un bon parti du beau travail de mon collègue André Corvisier consacré aux « soldats noirs du maréchal de Saxe» pour montrer l' enrô lement de soldats noirs dans une armée française, qui provoqua un beau débat. Les pages consacrées aux conflits qui ont accompagné la Révolution française et qui eurent d'importantes conséquences dans les îles françaises des Antilles étaient plus attendues. Il reste que cette recherche patiente et fructueuse éclaire un chapitre mal connu, voire insoupçonné, de la relation entre Français « de souche» et Noirs dans le cadre historique de la France d'Ancien Régime. Bartolomé BENNASSAR Professeur émérite d'Histoire à l'Université Toulouse-Ie-Mirail Notes de la préface
1. Je fais allusion, évidemment au livre d'Olivier PETRE-GRENOUILLEAU, négrières. Essai d'histoire globale, NRF Gallimard, Paris, 2004. 2. Les traites

Youval ROTMAN, Les esclaves et l'esclavage. De la Méditerranée antique à la Méditerranée médiévale, Les Belles Lettres, Paris, 2004. Histoire économique Colin Paris, 1977. et sociale du monde, sous la direction de Pierre LEON, Tl, Armand

3.

4.

Je rappelle notamment le livre de Herbert S. KLEIN, The Middle Passage, Comparative Studies in the Atlantic Slave Trade, Princeton University Press, Princeton, 1978. Par exemple, à des époques très différentes Gilberto FREYRE, Casa grande e Senzala, traduit en français sous le titre Maîtres et Esclaves, Rio de Janeiro, 1936, qui a connu près de 30 éditions; Katia de QUEIROS MA TTOSO, Ètre esclave au Brésil, Hachette, Paris, 1979 et le remarquable livre de Luis Felipe de ALENCASTRO, 0 TI-ato dos Viventes, Companhia das Letas, Sâo Paulo, 2000. Albert N'DAMBA KABONGO, Ese/aves à Cordoue (1600-1621). Thèse de 3e cycle dactylographiée, Univ. de Toulouse Le Mirail, 1975. Il est très regrettable que ce travail excellent n'ait pas été publié. Aurelia MAR TIN CASARES, La esclavitud en la Granada del Siglo XVI, Universidad de Granada, 2000. Et Julio IZQUIERDO LABRADO, La Ese/avitud en la Baja Andalucia, 2 vol., Diputacion de Huelva, 2004.

5.

6.

7.

8. Antoine LOISEL, Institutes Coutumières. 9. Yves BENOT, La Révolution française Paris, 1987 (rééd. 2004), p. 71. et la fin des colonies (1789-1994), La Découverte,

18