Les Femmes dans la Résistance en France

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Membres des réseaux, auxiliaires de la France libre, combattantes, les femmes entrées en résistance de 1940 à 1944 ont longtemps été victimes d’une injuste mise à l’écart. Oubli de la mémoire officielle, et plus encore de l’opinion, qui a creusé un fossé entre quelques héroïnes (Berthie Albrecht, Danielle Casanova...) et la masse des anonymes… Ces actes d’un colloque franco-allemand réunissent les interventions d’historiens et de témoins (Lucie Aubrac, Marie-José Chombart de Lauwe, Rosette Peschaud). Malgré leur statut de mineures civiles et leur assignation à des tâches traditionnelles, les femmes résistantes ont su s’imposer au sein d’un mouvement largement masculin. Elles le firent à travers des formes d’action spécifiques (« résistance au foyer », manifestations de ménagères…), et plus encore en s’insérant dans le « monde des hommes ». Leur rôle dans l’organisation des réseaux et de la presse clandestine, la présence au front des ambulancières et des volontaires féminines de la France annonçaient d’autres combats, ceux de l’après-guerre.
Publié le : vendredi 14 février 2003
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EAN13 : 9791021016750
Nombre de pages : 432
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© Tallandier Éditions 2003
18, rue Dauphine 75006 Paris
EAN : 979-1-02101-675-0
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AVANT-PROPOS
1 À l’origine de cet ouvrage, une idée de Mechtild Gilzmer , qui après avoir travaillé 2 sur les femmes au camp de Rieucros souhaitait poursuivre une étude sur la résistance des femmes allemandes et françaises en France pendant la Deuxième Guerre mondiale. Dans le cadre de leur coopération, Johannes Tuchel et Christine Levisse-Touzé , les directeurs respectifs de la Gedenkstätte Deutscher Widerstand à Berlin, et du Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris et du Musée Jean-Moulin, décidèrent d’unir leurs efforts pour organiser un colloque sur ce thème à Berlin, 3 le précédent, organisé dans le même cadre, s’étant déroulé à Paris . Le programme scientifique a été mis au point au sein d’un petit groupe de travail constitué de Mechtild Gilzmer, de Johannes Tuchel , de Christine Levisse-Touzé précédemment cités, 4 et de Ute Stiepani, adjointe au directeur de la Gedenkstätte, et Hanne Stinshoff, doctorante et collaboratrice également de la Gedenkstätte. Les concepteurs ont voulu introduire une dimension nouvelle par un regard croisé des chercheurs allemands et français, regard croisé de germanistes et d’historiens, enfin de témoins : une résistante de l’intérieur, une résistante de 1’extérieur, une « Rochambelle », une résistante déportée. Les femmes ont-elles été, comme on l’a prétendu, les oubliées de l’Histoire ou ne sont-ce pas plutôt leurs témoignages ou différents travaux qui l’ont été ? Dès la Libération , les femmes ont écrit et publié leurs souvenirs. Citons les ouvrages parus en 1946 d’Élisabeth Terrenoire ,Combattantes sans uniformes,de Marie-Claude Vaillant-Couturier,,Mes Vingt-sept mois entre Auschwitz et Ravensbrück, d’Agnès Humbert 5 Notre Guerre : souvenirs de résistance . Leur action n’a pas été étudiée tout de suite, mais la spécificité de leur résistance est apparue dès ce moment. Cette particularité a contribué à ce qu’elles restent dans l’ombre, car elles se sont engagées en œuvrant dans leur domaine, la vie de tous les jours, et au sein de leur foyer. Les manifestations des ménagères traduisent bien cette singularité. Leur implication dans la rédaction de journaux féminins le souligne également bien. Au demeurant, en dépit de leur dispersion, les sources sont nombreuses, y compris les archives allemandes conservées à Paris. Plus méconnu encore est l’engagement des femmes dans un domaine qui n’est pas le leur, le combat : au sein des maquis, de la Main-d’œuvre immigrée (MOI), qui a employé une forte proportion de femmes juives, au sein des Forces françaises libres , où elles ont occupé des postes parfois très exposés. Après le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord le 8 novembre 1942, des femmes se sont engagées comme
e ambulancières au sein de la 2 DB (les Rochambelles et les Marinettes) ou dans la re I armée et ont participé aux campagnes de France et d’Allemagne. Cet aspect est à ce point ignoré que lors du colloque, Lucie Aubrac, très émue, s’est étonnée de sa méconnaissance auprès de Rosette Peschaud, Rochambelle. Tout autant ignorée est la résistance des femmes dans les prisons, dans les camps 6 d’internement et dans les camps de concentration. Marie-Jo Chombart de Lauwe , déportée, a insisté sur cette résistance spécifique que la visite à Ravensbrück, en présence des témoins, a rendu plus poignante de vérité. Ces regards croisés ont permis aussi de comparer, de part et d’autre du Rhin, la place de la résistance des femmes dans la mémoire et son instrumentalisation, l’exemple de Danielle Casanova étant, de ce point de vue, saisissant. Le courage des femmes n’a pas été moins grand que celui des hommes : elles ont agi en connaissance de cause : rappelons l’exemple de la manifestation du printemps 1943 dans la Rosenstrasse à Berlin, où des femmes allemandes mariées à des juifs exigèrent 7 et obtinrent la libération de leurs maris . La Rose a été choisie par les anciennes déportées de l’Amicale de Ravensbrück pour le trentième anniversaire de la libération des camps comme symbole de leur lutte dans l’internement et de leur résurrection après 8 la guerre . Faut-il y voir un lien ? Ont-elles pensé également aux jeunes du mouvement de la Rose blanche (Die Weiße Rose) qui ont lutté contre la tyrannie jusqu’au sacrifice suprême ? Ils ont été exécutés en 1943. Il n’y a là sûrement aucun hasard, mais un trait d’union tragique entre la résistance des femmes en France et en Allemagne contre le nazisme. Berlin, lieu du colloque choisi par les concepteurs en prolongement de celui en Paris en 1996, a en cela une forte valeur symbolique.
1. Mechtild Gilzmer enseigne la Civilisation et la Littérature française et francophone à l’Université technique de Berlin. 2. Mechtild GILZMER,Camps de femmes : chroniques d’internées, Rieucros et Brens, 1939-1944, Paris, Autrement, 2000. 3. Du 27 au 29 mars 1996. Les actes ont été publiés en 1997 chez Albin Michel,Des Allemands contre le nazisme 1933-1945.Oppositions et résistances au régime national-socialiste,sous la direction de Christine LEVISSE-TOUZÉ et Stefan MARTENS.
4. Hanne Stinshoff prépare sa thèse sous la direction de Peter Steinbach , sur le thème : La Perception de la Résistance allemande à travers l’historiographie française. 5. Élisabeth TERRENOIRE,Combattantes sans uniformes. Les femmes dans la Résistance, préface de Geneviève de GAULLE, Paris, Bloud et Gay, 1946. Marie-Claude VAILLANT-COUTURIER,Mes Vingt-sept mois entre Auschwitz et Ravensbrück, Paris, Éditions du Mail, 1946. Agnès HUMBERT,Notre Guerre : souvenirs de résistance, Paris, Émile-Paul frères, 1946. 6(FMS), directeur de. Présidente de la Fondation pour la mémoire de la déportation recherche honoraire au CNRS. 7STOLZFUS,. Nathan , 1943 : la révolte des femmesLa Résistance des Cœurs, Berlin allemandes mariées à des Juifs, Paris, Phébus, 2002.
8. Serge BARCELLINI et Annette WIEVIORKA,Passant souviens-toi ! Les lieux du souvenir de la Seconde Guerre mondiale en France,Plon, 1995, p. 391 sq.
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