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Les feux du Perthus

De
189 pages
En janvier 1939, la guerre civile espagnole touche à sa fin et les troupes rebelles du général Franco se dirigent vers Barcelone. Craignant la répression, un demi-million de civils et de militaires fuient la Catalogne pour rejoindre la France. Dans cet exode se trouve l'écrivain A. de Orriols qui témoigne de cet événement.
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Alvaro De Orriols
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Cette traduction est dédiée à mon grand-père, à ma famille et à tous les républicains espagnolsqui ont lutté pour la Démocratie et la Liberté.
Didier Damestoy de Orriols
p. 61
Les Feux du Perthus, journal de l’exode espagnol p. 10
p. 19
27 janvier 1939
Chapitre 6
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Première Partie Dans le volcan
2 février 1939
Chapitre 11
4
3 février 1939
30 janvier 1939
24 janvier 1939
Chapitre 9
Chapitre 2
Chapitre 8
28 janvier 1939
29 janvier 1939
Avant-propos
S OMMAIRE
er 1 février 1939
31 janvier 1939
26 janvier 1939
Chapitre 1
Préambule
p. 49
p. 36
p. 32
p. 25
p. 45
23 janvier 1939
p. 77
p. 68
p. 70
p. 74
p. 14
p. 13
p. 11
Préface
Chapitre 7
p. 9
p. 6
25 janvier 1939
Chapitre 12
Chapitre 10
Chapitre 7
Chapitre 1
Chapitre 15
6 février 1939
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 11
Chapitre 13
Chapitre 8
Chapitre 12
Chapitre 9
Quelques dates
15 février 1939
13 février 1939
7 février 1939
4 février 1939
p. 166
p. 120
p. 181
5 février 1939
Conclusion
p. 174
p. 170
p. 168
p. 171
p. 177
p. 187
9 février 1939
8 février 1939
11 février 1939
10 février 1939
Deuxième Partie Sur les terres de France
Chapitre 6
Chapitre 14
p. 89
p. 119
p. 112
Chapitre 10
p. 97
p. 157
p. 164
p. 152
p. 125
p. 134
Chapitre 4
Chapitre 3
Chapitre 2
Chapitre 5
12 février 1939
16 février 1939
17 février 1939
18 février 1939
14 février 1939
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Avant-propos
Préambule pour une déambulation La guerre d’Espagne, comme toutes les guerres, a renversé brutalement, tragiquement, le cours de l’his-toire nationale espagnole, pendant près de quarante ans (ce qui, à l’échelle d’une existence individuelle, est considérable) ; elle a durablement infléchi la culture, le savoir, l’éducation, l’intelligence vers des horizons barbares, elle a broyé des centaines de milliers de vies en les condamnant à la répression ou à l’exil. Elle a aussi forgé des destinées auxquelles très peu de gens de tous bords et toutes conditions étaient préparés, mais qui ont su faire face avec une énergie et un courage admirables. Le cas d’Álvaro de Orriols n’est sans doute pas le plus connu parmi les exilés de l’Espagne républicaine de 1939, mais il n’en est pas moins exemplaire. Quand la guerre éclate, le 18 juillet 1936, Álvaro de Orriols va sur ses quarante-trois ans. Depuis plus de quinze ans, il s’est forgé une vie, un nom et une œuvre qui lui valent une renommée nationale et interna-tionale. C’est également un militant solide du Parti socialiste espagnol. Après avoir tâté de la poésie (en 1921), il s’est reconverti à la musique, au dessin et à la sculpture (dont il fera son métier, en Espagne et en France). C’est surtout par le théâtre qu’il se fait connaître, comme traducteur (de Lorca, en catalan, entre autres), comme librettiste ou même compositeur de zarzuelas (un genre de théâtre lyrique très espagnol, et fort respectable), en collaboration avec certains maîtres du genre comme le compositeur Enrique Morera, et, surtout, il s’est fait un nom comme dramaturge. Dans les années 1920 et 1930, il a écrit des dizaines de pièces, jouées avec succès sur les meilleures scènes de Barcelone, sa ville natale, de Madrid, Valence ou Buenos Aires. La guerre, pour des milliers d’intellectuels et de créateurs espagnols qui ont vécu intensément ces années 1920 et 1930, particulièrement effervescentes et fécondes (ne parle-t-on pas, non sans raison, de « nou-veau Siècle d’or » de la culture espagnole ou d’un « âge d’argent » pour rendre compte de la richesse intellectuelle et artistique de l’époque), au-delà de la dimension tragique, nationale et européenne du conflit dont les Espagnols sont fort conscients, dès le début, ouvre une ère nouvelle pour l’Espagne. C’est l’utopie d’une société et d’une culture humaniste et généreuse qui semble enfin réalisable, à portée de main, même si le combat menace d’être féroce (l’ennemi ne se laisse pas dépouiller, surtout s’il obtient l’appui de forces étrangères puissantes et que les vieilles démocraties européennes naviguent entre couardise et lâcheté). C’est vrai sur le plan social et politique, bien évidemment, où l’élimination de l’hégémonie séculaire bourgeoise, cléricale et militariste semble ouvrir des horizons vraiment nouveaux. Entre socialistes, communistes, anarchistes et républicains de tous bords, les divergences prendront des allures, elles aussi, violentes et irréconciliables, mais l’utopie humaine, celle qu’on décline sur tous les tons depuis un siècle, est quand même bien présente, commune à tous, face à la menace que représen-tent les armées de Franco ; la suite le montrera ; sur ce point l’unanimité est simple. Sur le plan intellectuel et surtout artistique, cette utopie d’un monde nouveau est vraiment une carac-téristique forte de l’Espagne républicaine, très présente dans les esprits. Dans ce domaine, les rivalités entre les diverses sensibilités politiques semblent nettement moins vivaces, même si les réalisations sont variées et souvent tâtonnantes. On ne doit pas oublier que l’Espagne républicaine de la guerre c’est – aussi et surtout – un extraordinaire essor de la poésie populaire, avec des milliers et des milliers de poèmes surgis des tranchées, des ateliers, des usines, des rues, publiés par des centaines et des centaines de périodiques nés spontanément au lendemain du 18 juillet, récités et chantés dans toutes les circons-tances. Cette inflation du Romancero espagnol, où se côtoient les plus grands noms de la poésie espa-gnole et les néophytes les plus humbles, est un monument unique de la culture espagnole, en quantité et qualité. La poésie n’est pas la seule à connaître une telle frénésie : la peinture et le dessin (l’affiche, en particulier, a connu une expansion extraordinaire), la musique et, surtout, le théâtre vivent intensément. Le mouvement théâtral de la République et la guerre est peu ou mal connu. Tout à fait parallèle, très souvent, au phénomène d’inflation poétique, le théâtre a été d’une vitalité débordante dans le camp républicain. Comme instrument « révolutionnaire » de sensibilisation des masses ou de « propagande »
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(si tant est qu’il puisse exister un « art » de propagande, deux termes inconciliables) et surtout comme expression d’une recherche et d’une esthétique à la mesure des circonstances, « à la hauteur que la guerre nous ordonne », disait Miguel Hernández à propos de son propre travail de dramaturge. C’est dans cette optique qu’Álvaro de Orriols a développé une énergie débordante, pendant la République tout d’abord, et pendant la guerre ensuite, au nom d’un théâtre populaire et social moderne, un théâtre réaliste et humaniste auquel il croyait avec ferveur. Certaines de ses œuvres ont d’ailleurs connu un suc-cès retentissant, commeRosas de sangre o el poema de la República, jouée pour la première fois au début de mai 1931, une pièce à la gloire de la toute nouvelle République et qui tournera, en Espagne ou à l’étran-ger, y compris pendant la guerre, comme symbole galvanisant d’un théâtre de masses. D’autres pièces, écrites pendant la guerre, comme¡ España en pie !, seront jouées des centaines de fois, en Espagne et même à la salle Pleyel de Paris. De tant d’enjeux essentiels, retracés ici trop brièvement, on peut déduire aisément tout ce qu’implique la défaite républicaine, après tant d’efforts et d’espoirs. Tout bascule, et sur tous les plans, dans le désordre et la débâcle tragique. C’est une histoire nationale dans laquelle les républicains ont investi une énergie extrême qui s’effondre sans rémission ; cette douleur-là ne pourra jamais s’atténuer dans la chair et l’es-prit des exilés ; dans leur immense majorité, ils ne perdront jamais ni leur langue, ni leur culture espa-gnole, ni leur foi républicaine, mais ils ont perdu l’Histoire, la leur et celle de leur pays, un traumatisme ou une blessure dont on ne se remet jamais complètement. C’est aussi, dans le cas d’Álvaro de Orriols, toute une œuvre personnelle qui a sombré, en premier lieu parce qu’elle n’aura plus pour récepteur le public légitime et naturel des Espagnols de la Péninsule ; pour Orriols comme pour d’autres poètes et dramaturges de l’exil, comme José Herrera Petere, Pedro Garfias, Emilio Prados et tant d’autres, la poursuite d’une carrière littéraire, pour un public d’exilés où se mêlent quelques Suisses, Français, Anglais ou Mexicains, sympathisants de la cause républicaine, n’est qu’une mince consolation et une immense frustration. Sans parler du déchirement personnel plus dramatique encore, dans le cas d’Álvaro de Orriols, de perdre dans la fuite toutes ses œuvres, tous ses papiers, tout le travail entrepris et accumulé depuis près de vingt ans ; l’histoire de ces deux valises de documents perdues entre Barcelone et la France paraît dérisoire dans ces circonstances chaotiques, mais pour un auteur qui a tant investi dans son œuvre, tout perdre en un instant a bien quelque chose de profondément dramatique, symbolique de la faillite d’un pays tout entier. Le récitLes Feux du Perthuss’inscrit donc dans l’histoire d’un immense naufrage, où les frontières entre la défaite historique et nationale des armées républicaines et l’anéantissement de toute une vie per-sonnelle, professionnelle et artistique se confondent. C’est l’histoire de l’exode d’une famille dans son propre pays, dans sa propre région, le plus souvent à pied, car les camions tant désirés sont rarement au rendez-vous, avec des bagages que l’on abandonne ou que l’on perd au fil des jours. Entre le 23 janvier et le 18 février 1939, l’auteur et sa famille fuient désespérément devant l’avance des armées franquistes, une fuite rythmée par la chute inexorable des dernières villes catalanes : Barcelone (la capitale emblématique de la Généralité de Catalogne et de l’Espagne depuis que le gouvernement s’y est retranché), Gérone, Figueras, La Jonquera, avant le passage hautement symbolique, lui aussi (la dernière humiliation), de la frontière française, au Perthus (où, ironie de l’histoire, Hannibal est passé pour envahir la Gaule, en l’an 218 avant notre ère), et la descente vers Le Boulou, Argelès, Saint-Cyprien, Perpignan, avant le dernier refuge, à Bayonne, où tout se calme et se fige. Les Feux du Perthusquand même, sous la plume du narrateur, une extraordinaire aventure restent humaine, avec ses moments d’angoisse et même de désespoir, ses épisodes où le tragique de la mort omniprésente, le feu, le sang versé, les bombardements, mais aussi où la « picaresque » espagnole et la débrouillardise, la solidarité entre vaincus, obligent à réinventer en permanence un quotidien hasar-deux. C’est qu’il en faut de l’énergie pour assumer le naufrage de l’exode, sans savoir à quoi ressemble-ront les heures qui suivent. Et pourtant le ton est toujours ferme, lucide, le plus souvent comme distancié devant tant de difficultés, énergique envers et contre tout, avec des dialogues savoureux, parfois même avec une pointe d’humour, de cet humour noir espagnol qui serait la politesse du désespoir ; passer des nuits incommodes sur les fauteuils d’orchestre d’un petit théâtre de province, par exemple, pour un
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dramaturge reconnu, ne manque en effet pas de piquant avec un peu de recul, mais il est difficile de ne pas y voir le renversement radical d’une vie où l’on n’est plus ni auteur ni acteur de la grande représen-tation qui se donne au-dehors, mais un pauvre spectateur condamné à l’inconfort et au silence, dans un drame qui se joue sans lui, et contre lui.
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Serge Salaün
Historien, spécialiste de l’Espagne, Professeur à l’Université Paris III-Sorbonne Nouvelle.
Préambule
Peut-être n’avons-nous jamais connu, dans l’histoire des guerres civiles, un épisode aux proportions aussi dramatiques et gigantesques que celui que l’exode espagnol a offert au monde. Tout un peuple vaincu, écrasé par des trombes de mitraille. Un demi-million d’êtres en déroute, épuisés, fuyant à travers les chemins et sentiers pour atteindre les cols pyrénéens, leur unique salut. Celui qui vécut ces heures de douleur et de mort, celui qui traîna avec acharnement les lambeaux de sa vie au milieu de cette caravane dantesque, ne pourra jamais oublier l’épouvantable vision de ces journées tragiques. Et moi, même si je devais vivre cent ans, je n’oublierai jamais l’horreur de ces heures faites de feu et de mitraille, de faim et de désespoir, de sang et d’extermination, de misère et de grandeur. Car ces heures graves ne m’appartenaient plus ; elles appartenaient à l’Histoire. Et je marchais en elles, comme un de plus parmi ces tristes vaincus qui échappaient, au milieu des spasmes de mort, à un combat perdu dans lequel ils ne pouvaient que succomber. Ah, quelles journées ! Aujourd’hui, ma plume vacille au moment de tracer sur le papier son ineffaçable souvenir. Quelques notes simples, prises en chemin, me serviront de guide dans la chronologie des faits. J’essaierai de les raconter de façon simple et objective et, avec l’imagination, je conduirai celui qui me lira viales chemins et les endroits que j’ai parcourus, épuisé, avec l’angoisse de sauver les miens. Ma tragédie – celle d’un homme qui a vu son foyer détruit par l’apocalyptique cavalier de la guerre – est l’immense tragédie de milliers de foyers espagnols. Le drame de ma vie est une goutte d’eau dans l’océan. Et l’océan, c’est cette immense foule d’hommes et de femmes qui ont préféré la mort ou l’exil plutôt que le renoncement à leur chère liberté. Mon drame, c’est celui de tous. C’est celui d’un peuple. C’est le drame de l’Espagne. Cette Espagne magnifique qui s’est perdue elle-même au milieu des fracas de mitraille et qui, saignée, vidée, découpée, continue de se débattre pour se retrouver.
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Álvaro De Orriols
Les Feux du Perthus
Journal de l’exode espagnol Seize ans se sont écoulés depuis ces tristes journées qui ont vu débuter notre tragédie d’exilés ! Seize ans, c’est un délai suffisant pour regarder les faits du passé récent avec une perspective historique. Lorsque j’ai écrit ce livre, plus que pour un public lointain et improbable, je l’ai fait avec le désir de léguer un jour à mes deux enfants le témoignage écrit de ce que fut la tragique hécatombe qui changea à jamais le cours de leurs vies. Les années ont passé et les gens oublient. Une immense injustice universelle maintient encore en Espagne le maudit régime à l’origine de la barbarie. Et, comme quelqu’un a dit que toute tyrannie prolongée finit
toujours par ressembler à un droit, il sera bon d’évoquer les horreurs oubliées pour voir si elles réveillent les consciences. Tout ce qui est dit dans ce livre, je l’ai vu de mes yeux. C’est le documentaire de notre grande défaite. Et je crois qu’il est utile que ceux qui l’ignorent la connaissent, et que ceux qui la vécurent ne l’oublient jamais.
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L’auteur Bayonne, mars 1955
Un pour Un
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