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LES FRÈRES MUSULMANS (1928-1982)

De
252 pages
" Nous sommes les Frères au service de l'Islam ". L'Occident ne cesse de s'interroger : confrérie fanatique ? Mouvement réactionnaire ? Parti fasciste ? En reprenant, pièces en mains, les cinquante premières années de l'histoire déjà longue des Frères musulmans, O. Carré et M. Seurat ont d'abord voulu la débarrasser des contresens et des falsifications qui en cachent, jusqu'à nous, la signification. Histoire multiple, d'un pays, d'une culture ; histoire contradictoire, mais qui, par le chemin d'un retour fondamentaliste aux sources de la foi, dessine depuis près d'un siècle l'une des voies de l'Islam contemporain.
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LES FRERES MUSULMANS
(1928-1982)

Collection Comprendre le Moyen-Orient dirigée par Jean-Paul Chagnollaud

Dernières parutions

Joseph KHOURY, Le désordre libanais, 1998. Jacques BENDELAC, L'économie palestinienne, 1998 Ephrem-Isa YOUSIF, L'épopée du Tigre et de l'Euphrate, 1999. Sabri CIGERLI, Les Kurdes et leur histoire, 1999. Jean-Jacques LUTHI, Regard sur l'Égypte au temps de Bonaparte, 1999. Fabiola AZAR, Construction identitaire et appartenance confessionnelle au Liban, 1999. Akbar MOLAJANI, Sociologie politique de la révolution iranienne de 1979, 1999. Hassane MAKHLOUF, Cannabis et pavot au Liban, 2000. David MENDELSON, Jérusalem, ombre et mirage, 2000. Elias ABOU-HAIDAR, Libéralisme et capitalisme d'État en Égypte, 2000. Gérald ARBOIT, Aux sources de la politique arabe de la France, 2000. Jean-Pierre TOUZANNE, L'islamisme turc, 2001. Jamal AL-SHALABI, Mohamed Heikal entre le socialisme de Nasser et l'Yntifah de Sadate (1952-1981), 2001. Amir NIKPEY, Politique et religion en Iran contemporain, 2001. Claude BRZOZOWSKI, Dufoyer national juif à l'État d'Israël, 2001. Annie CHABRY, Laurent CHABRY, Identités et stratégies politiques dans le monde arabo-musulman, 2001. Annabelle BOUTET, L'Egypte et Ie Nil, 2001. Khalid HAJJI, Lawrence d'Arabie, 2001. Georges CORM, La Méditerranée, espace de conflit, espace de rêve, 2001.

LES FRERES NnJSUL1iANS (1928-1982)
présenté par Olivier CARRE et Gérard MICHAUD

Réédition de l'ouvrage paru en 1983
aux Editions GALLIMARD / JULLIARD

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest - HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino - ITALIE

@ L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-1646-6

I. Les Frères musulmans en Égypte * 1/Naissance et cristallisation: al-Bannâ 2/ Croissance d'une organisation (1930-1950) 3 I L'esprit nouveau

4/Les Frères avec la « Révolution»
5 ILa « grande persécution» 6 I La radicalisation 7 IEffervescence

(1952-1954)

(1954-1971)

et violences (1971-1981)

9 Il 21 35 49 65 83 107 123 125 131 163 193
205 221 224 233

II. Le mouvement islamique en Syrie (1963-1982) 8 ILes données syriennes de l'intégrisme musulman 9IVingt ans de guerre tOiLe sens de la crise Il ILe programme de la Révolution islamique
L'Islam politique arabe aujourd'hui Annexes Références Orientation bibliographique

partiepar G. Michaud.

. Cene premi~re partie et la conclusion ont lté rédigies par O. Ca"i;

la seconde

Notice sur la transcription des mots arabes. - Hormis le e (ayn),

aucun

signe diacritique n'a été utilisé, mais: dh, gh, kh, sh, th ; les consonnes emphatiques ne sont pas signalées. L'arabisant s'y retrouvera aisément, le non-arabisant aura des mots lisibles. Les mots passés dans la langue française, comme: les oulémas, les chiites, les cheiks, sont écrits sous cette forme. Les noms propres francisés par la presse ou la littérature sont orthographiés: Nasser, Néguib, Sadate, Kadhafi, Qotb, Ibn KhaldoOn, Muhammad, JamAl Eddine, etc.

I Les Frères musulmans ,
en Egypte

1 Naissance et cristallisation: al-Bannâ

Au mois de Dhû al-qrda 1347, c'est-à-dire en mars 1928 [en fait: mars 1927], autant que je m'en souvienne, je reçus chez moi la visite des six Frères que voici: Hâfiz Abd aI-Hamid, Ahmad aIHusrî, Fu'âd Ibrahîm, ~Abd al-Rahmân Hasab-Allah, Isma~11~Izz, Zakî al-Maghribi. Tous avaient été marqués par les études et les conférences que je faisais alors. Ils s'assirent et s'entretinrent avec moi. Quelle force dans leur voix, quels éclairs dans leurs yeux, quelle foi et quelle décision sur leurs visages! Et ils disaient: « Nous avons entendu, nous avons pris conscience, nous sommes marqués, mais nous ne savons quelle voie pratique suivre pour fortifier l'Islam et améliorer les musulmans. Nous méprisons cette vie, vie d'humiliation et d'esclavage; les Arabes et les musulmans, ici dans ce pays, n'ont pas de place ni de dignité, et ils ne font rien contre leur état de salariés à la merci de ces étrangers. « Eh bien, nous autres, nous ne possédons que ce sang qui coule dans nos veines, bouillant de force, que cette âme qui brille de foi et de dignité, et nos vies, et ces quelques dirham pris sur la nourriture de nos enfants. Nous ne pouvons pas voir comment agir, toi tu le vois. Nous ne savons pas que faire au service de la patrie, de la religion, de la nation musulmane. Toi tu le sais. Voici ce que nous voulons aujourd'hui: nous fournissons tout ce que nous avons pour nous libérer de cette dépendance, entre les mains de Dieu, et c'est toi qui seras le responsable auprès de lui, responsable de nous et de notre action, bref d'une communauté dévouée, qui s'engagera auprès de Dieu à vivre selon sa religion, à mourir pour lui, à ne chercher que lui, bref qui méritera la victoire malgré le petit nombre et la faiblesse de ses moyens de lutte. » Ces paroles sincères exercèrent sur moi une impression si décisive que je ne pus communiquer ce que je portais en moi, ce à quoi j'aspirais, à quoi je travaillais, ce pour quoi je voulais rassembler les hommes. Alors je leur dis, avec une émotion profonde: «Dieu merci, vous voici, et qu'il bénisse votre si sincère intention! » Nous nous mîmes d'ac~ord pour agir comme il plaît à Dieu et au service des hommes. « A nous l'action, à Dieu Il Les Frères musulmans en Égypte

le succès. Faisons un serment d'obédience à Dieu, selon lequel nous serons des soldats du message de l'Islam, lui qui contient la vie de la patrie et la force de la nation musulmane. » Ce serment d'obédience eut lieu. Nous fîmes le serment de vivre en frères qui agissent pour l'Islam et qui combattent pour lui. L'un d'entre eux dit: «Comment nous appellerons-nous? Serons-nous officiellement une association, un club, une confrérie (tarîqa), un syndicat? - Rien de tout cela, dis-je. Gardons-nous des formalités et des choses officielles! Notre groupement, ce sera en premier et foncièrement une Idée, avec toutes ses significations et toutes les actions qu'elle implique. Nous sommes des frères au service de l'Islam, donc nous sommes" les Frères musulmans" 1. »
La vie d'un martyr

Il fallait commencer par donner la parole au fondateur des Frères musulmans, ne serait-ce que pour dissiper d'emblée un certain nombre de confusions. Car le mouvement, sur lequel tant de contresens ont été commis, est, et reste jusqu'à nos jours, la création d'un homme, Hassan al-Bannâ. Qui était Hassan al-Bannâ? Voici la biographie type fournie aujourd'hui au sympathisant ou postulant qui commence la lecture des Lettres du maître et martyr: Le martyr Hassan Ibn Ahmad Ibn tAbd al-Rahmân al-Bannâ est né dans la ville de Mahmûdîyya en 1906, près d'Alexandrie. Diplômé de Dâr al-cUlûm * au Caire, il se dépensa à instruire d'une ville à une autre, prêchant à sa nation pour qu'elle agisse selon le Coran et qu'elle se tienne à la Tradition du Prophète. Il a ainsi dirigé des milliers d'étudiants des universités, d'ouvriers, de paysans et de gens issus des autres classes. Puis il séjourna un certain temps dans la ville d'Ismaïlia où, avec une poignée de frères, il fonda la première maison des
« Frères».
-

Puis il entreprit de faire connaître le message par des conférences et des publications. Après quoi, il visita tout seul les villes et les villages: il y eut bientôt en chaque endroit une « Maison du Message». Son message ne se limitait pas aux hommes, il fonda
* « Maison des sciences professeurs « modernes». » (littéraires), fondée en 1872 dans le but de former des

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un « Institut des mères musulmanes» à Ismaïlia pour donner aux filles une éducation musulmane. Peu après, il fut transféré au Caire, où il transporta aussi le Centre général et la Direction. Son message se diffusa comme les rayons du soleil, les Frères devinrent une réalité considérable, leur nombre atteignit le demi-million. Les hommes politiques et les valets des Anglais ayant pris peur du martyr, ils s'efforcèrent de l'éloigner de la politique. Mais tout cela ne le détournait pas de sa décision; il se leva au contraire pour faire savoir que l'Islam est à la fois dogme, croyance, culte et patrie, citoyenneté, tolérance et force, morale et culture, Loi enfin. Puis il fonda au Caire le Journal des Frères musulmans, un quotidien dans lequel il prêchait par écrit en plus de ses prêches dans les mosquées. Advint le désastre de Palestine et la« Phalange des Frères» fut l'une des plus actives phalanges de volontaires en Palestine. Elle arrivait même aux portes de Tel-Aviv et s'apprêtait à y pénétrer quand ce fut la trahison des gouvernants de cette époque, la signature de l'armistice, l'arrestation par le roi Farouk de leurs chefs et des personnes marquantes du mouvement. L'impérialisme n'en resta pas là, il poussa ses valets au meurtre d'al-BannA! Devant le bureau de l'Association des « Jeunesses musulmanes » au Caire, ils tirèrent leurs balles sur lui comme il entrait, puis ils s'enfuirent. Personne ne prit soin des blessures de BannA. Ils le laissèrent sur le sol de l'hôpital quand on l'y eut transporté, et là il perdait son sang sous leurs regards. Aucun d'eux n'eut une larme dans son œil, une émotion dans son cœur. Ils empêchèrent ses « Frères» de l'approcher, et on l'enterra deux heures plus tard, en 1949. Le martyr nous a laissé des œuvres magnifiques, comme ses
Mémoires du message et du prédicateur, ses Lettres que nous avons

rassemblées ici en un seul volume - sans y inclure le commentaire de la sourate F4tiha 2.
L'Idée de l'Islam Bien entendu, ce portrait biographique est un stéréotype.
Le père

de Bannâ est un fonctionnaire de l'administration du District. De plus, il sait réparer les montres et réveils, d'où son surnom d'« horloger ». C'est un homme religieux et instruit, diplDmé de l'université de l'Azhar, l'un des centres de la pensée musulmane 13 Les Frères musulmans en Égypte

dans le monde. Aussi est-il également

l'imâm (le chef de prière) de

la mosquée du village. Ancien élève du grand Muhammad eAbduh *, il forme son fils aîné, Hassan, aux idées réf~rmistes, puritaines, mais rationalistes aussi, de son ancien maître. A l'école coranique du village, Hassan est façonné par un pieux azhariste. À l'école primaire, il devient, à huit ans, le « président» d'une « Association pour la bonne conduite sociale», qui prend ensuite l~ nom plU} agressif d' « Association du combat contre le mal». A treize ans, il s'agrège, avec son ami Ahmad al-Sukkarî, à l'une des nombreuses confréries mystiques (tarîqa) égyptiennes, la Huçâfiyya, à la t~te d'une branche locale d'« action effective» avant de pouvoir, à seize ans, age minimal requis, devenir membre actjf de la confrérie. Nous sommes en 1922, à DamanhQr, à l'Ecole normale. Il y a déjà étudié le droit musulman et médité Ghazali (m. 1111), le saint Thomas d'Aquin de l'Islam. Le voici, en 1923, découvrant Le Caire, en entrant à la moderne « Maison des sciences» (littéraires), Dâr al-eUI6.m, illustrée par eAbduh et par son disciple Rida **. Années studieuses, de 1923 à 1927, en plein centre de cette capitale pétillante de modernité, d'occidentalisme, de discussions et luttes politiques au lendemain de cette « indépendance» politique formelle accordée en 1922 par les Anglais toujours présents, toujours les maîtres. Il suffit au jeune Hassan de traverser trois rues pour faire le tour de la Légation (naguère le Haut-Commissariat) britannique avec son immense pelouse inclinée au-dessus du Nil. Derrière, pas loin non plus, c'est le palais du roi Fouad, place Abidine, et le Parlement où règne ce vaste rasse"Jblement nationaliste, le parti Wafd, formé en 1919 pour a"acher l'Egypte au statut de protectorat qui lui a été imposé en 1914, face aux dangers de la gue"e. Le 4 février 1927, s'est-il joint à la manifestation de l'univ~rsité de l'Azhar, aux cris apparemment étranges de : Vive le roi! A bas le Parlement, le gouvernement et Saed Zaghlo6.l! 3 (ce dernier est le chef historique du Wafd et Premier ministre) ? Perçoit-il déjà l'intér~t, pour sa future mission, d'une alliance avec le trône contre le Parlement, contre cette laïcité typique du Wafd, contre ce vaste courant d'occidentalisme, de
_

* Muhammad tAbduh (m. 1905), homme de religion égyptien, au rayonnement considérable. Disciple fervent de Jamâl Eddine al-Afghâni, il passe pour le fondateur du « Réformisme musulman» dans le monde arabe, qui a pour but de revivifier l'Islam authentique dans le monde moderne. Parfois qualifié de rationaliste. Rash1d Ridâ (m. 1935), homme de religion d'origine syrienne, disciple de

..

tAbduh. Influencé aussi, à la différence de son mattre, par le mouvement wahhdbite saoudien et par Ibn Taymiyya (m. 1328), il donne au« Réformisme musulman» une orientation puritaine et intégriste qui prend le nom de salafiyya, fondamentalisme.

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sentiment d'appartenance à la Médite"anée

occidentale que prbne
,

alors l'écrivain et professeur Taha Hussein?

Ce qui le préoccupe d'abord, c'est l'islamité fonCière de l'Egypte, du monde arabe, du monde musulman tout entier. Dans ces m~mes années 1920, Ibn Saoud s'appuie sur la doctrine puritaine de Muhammad tAbd al- Wahh4b (début du XV/Ir siècle) pour reconstruire autour de sa famille l'entité politique et religieuse qui devient en 1929 le royaume d'Arabie Saoudite. Cette étonnante mission est saluée avec ferveur par les articles de Rashfd Rida dans le Manâr (Le Phare), que Hassan lit régulièrement depuis son enfance en compagnie de son père. Mais quelle différence entre Rit.(4 et Ibn Saoud (Abd al-C:Azîz)! L'un disserte, l'autre b4tit un Etat islamique : Dans l'histoire moderne, [...] qui aurait pu imaginer que le roi eAbd al-eAz1z âl-SaeOd, dont la famille était presque éteinte et dispersée, et son pouvoir brisé, reviendrait avec une vingtaine d'hommes et deviendrait l'un des espoirs de renaissance et de réunification du monde musulman 4 ? A-t-il déjà, en 1927, fréquenté les quelques « sociologues» européens dont il parle plus tard, Spengler, Spencer, ToynbeeS ? Il s'initie en tout cas aux œuvres fondamentales ~ur lesquelles s'appuie la réflexion politique et sociale de l'Islam. A Dâr al-eUIOm, il a peut-~tre lu l'historien et sociologue Ibn KhaldoQn (m. 1406), redécouvert, non sans oppos~tions, par Afghani * eteAbduh dans les premiers cours de cette Ecole. Avec le philosophe-théologien Ghazali et le théologien-juriste Ibn Taymiyya - dont s'est inspiré Rida et qui a pénétré le wahhabisme saoudite -, Bann4 a de quoi alimenter son projet utopique: associer le message vrai et vif de l'Islam à un groupe neuf et combatif, convaincu. Ecoutons ses confidences prononcées en janvier 1939 comme un plaidoyer devant une fraction activiste qui le contestait: Dieu seul sait combien de nuits nous avons passées à examiner l'état de la nation [musulmane], tous les modes de vie qu'elle a reçus et adoptés dans tant de domaines. Nous analysions les causes et les maux, nous réfléchissions aux traitements et aux remèdes. Nous étions impressionnés jusqu'aux larmes par ce que
Jamâl Eddine al-Afghani (m. 1898), homme de religion persan qui parcourt le * monde musulman, de l'Inde à Istanbul en passant par l'Egypte. Il y sème tantôt des idées de révolte politique contre les pouvoirs coloniaux locaux, tantôt l'idée d'un panislamisme modernisateur.

15

Les Frères musulmans en Égypte

nous trouvions. Et quelle surprise quand, préoccupés comme nous l'étions - et avec quelle violence intérieure! -, nous voyions les oisifs se prélasser, affalés à la terrasse des cafés et hantant sans cesse des clubs qui les gâtaient et les détruisaient. Si on demandait à l'un d'entre eux ce qui le portait à s'asseoir ainsi sans rien faire: « Je tue le temps», disait-il. Pauvre homme, qui ne savait pas que tuer son temps, c'est se tuer soi-même. Le temps, c'est la vie. Oui, ces gens-là nous surprenaient. Beaucoup d'entre eux étaient cultivés, et certains plus capables que nous d'assumer notre tâche. Alors nous nous disions entre nous: « N'est-ce pas là l'un des maux dont souffre la nation, le pire sans doute: elle ne pense pas à sa maladie et ne fait rien pour guérir. » Et nous avons agi pour ce genre de choses, pour réformer cette dégradation. Nous avons tenu bon nous-mêmes, nous sommes devenus plus forts; nous rendions grâce à Dieu d'avoir fait de nous des prêcheurs et des militants de sa religion. Le temps fit son œuvre, et nous nous sommes répartis tous les quatre: Ahmad alSukkari à MahmOdîyya, feu le cheik Hâmid eAskarîya à Zagazig, le cheik Ahmed Abdalhamid à Kafr al-Dawâr, et moi-même à Ismaïlia. [...] C'est à Ismaïlia, frères, qu'a été formé le premier noyau constitutif de notre Idée; la première organisation y a vu le jour, modestement. Nous avons milité, nous avons porté notre bannière, nous avons juré à Dieu d'être ses soldats sous le nom de « Frères musulmans». C'était au mois de DhO-l-qaedaen 1347de l'hégire. Permettez-moi, messieurs, d'expliquer cette expression [Frères musulmans] : je ne veux pas du tout dire par là que les Frères musulmans ont un Islam nouveau, différent de l'Islam qu'a apporté notre ma1tre Muhammad de la part de son Seigneur. Je veux plutôt dire que de nombreux musulmans, au cours de nombreux siècles, ont appliqué sur l'Islam des images, des adjectifs, des définitions, des attributs tirés d'eux-mêmes et les ont utilisés de manière nuisible - bien que tout cela ne soit, en définitive, qu'en vue de la sagesse d'en haut -, et ils ont divergé entre eux considérablement sur la signification de l'Islam. C'est pourquoi les adeptes de l'Islam ont reçu de nombreuses représentations plus ou moins proches ou éloignées de l'Islam premier et idéal que l'Envoyé de Dieu et ses compagnons ont incarné6.

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Répandre le message

Marie au Caire, après Mahmadîyya, l'Idée s'incarne en effet à Ismaïlia, ville totalement inconnue du jeune Hassan, ville de la Compagnie du Canal de Suez, ville de l'Anglais, ville symbole de l'humiliation égyptienne, arabe, musulmane. Il y commence, le 19 septembre 1927, l'année scolaire à l'école primaire où il est maître. Ses élèves sont les fils de petits fonctionnaires de la Compagnie, ou de petits commerçants. Dans sa dernière dissertation à Dâr al-cUIOm, Banna avait décrit sa mission: former les enfants le jour, réveiller et mobiliser les parents le soir, méditer et prier la nuit. Aussitôt à Ismaïlia, avant m~me d'avoir fondé son Association, il se fixe un programme d'action: toucher les quatre sources d'influence dans la ville: 1°) les oulémas ; ~) les cheiks des confréries; JO) la classe supérieure; 4°) les clubs de notables; le tout dans cet environnement britannique obsédant, militaire d'un côté, administratif de l'autre, au milieu des résidences coloniales aux jardins capiteux. Banna ne perd pas le contact avec ses maîtres du Caire, notamment avec les intellectuels musulmans « fondamentalistes» (salafiyya) rassemblés autour de Rashîd Rida à la Bibliothèque fondamentaliste. Il est m~me le co"espondant à Ismaïlia de la revue (plus engagée que la savante AI-Manâr) AIPath qui sera l'organe des Jeunesses musulmanes, issues, au Caire, de plusieurs sociétés religieuses musulmanes. Mais Banna veut pouvoir agir. Il en vient donc à fonder ce petit groupe des Frères musulmans avec six camarades qui travaillent dans les camps militaires anglais. Le groupe est déclaré officielle-

ment comme une «Association

religieuse ayant pour but la

commanderie du Bien et le pourchas du mal» *, rattachée encore à la Confrérie Huçafiyya dont le but est la bienfaisance. Une petite chose, un rien. Pourtant, le quotidien officieux et conservateur AIAhrAm fait à ce tout nouveau groupe une publicité remarquable. En janvier 1929, on y voit la photographie des douze « fondateurs » ; en février, on y annonce la fondation de sections à Assiout, au Caire, à Nag Hammadi, à Benha. Banna et ses amis sont-ils déjà soutenus et encouragés par la couronne et... les Anglais? Auraient-ils m2me été achetés? C'est ce que les partis, puis presque tout le monde, leur reprocheront plus tard. Il est bien vrai que les premiers dons reçus cette année-là sont le fait de la Compagnie du

(<< pourchas...

.

Traduction française inimitable due pour moitié à Massignon et pour moitié ») à Jacques Berque, du verset coranique: amr bi-al-macraf...

17

Les Frères musulmans en Égypte

Canal. Le groupe se voit offrir 500 livres égyptiennes; il reçoit en outre le permis de construire le premier local des Frères, mais aussi une mosquée placée sous leur influence. Bannd, qui niera plus tard ces dons de la Compagnie du Canal, s'en est d'abord justifié auprès des tout premiers Frères qui s'en étonnent puis le quitteront:

Mais c'était notre argent, pas l'argent de ces messieurs. Le Canal est à nous, le Nil est à nous, le terrain est à nous, et ces gens n'en disposent que pour un certain temps'.
Ainsi aidé financièrement, Bannd peut commencer à circuler à travers le pays, en prédicateur et fondateur. Le voici au bourg de Abou-Soueïr, où il remarque le patron d'une épicerie-café:

C'était un homme grave, digne, ouvert, à l'air droit, réfléchi, éloquent. En le voyant vendre à ses clients et bavarder avec eux, je notais en lui les marques de l'homme de bien. Je le saluai et m'assis à côté de lui et de ses voisins. Puis je m'ouvris à lui de mes intentions en venant à Abou-Soueïr, puisque j'avais remarqué en lui l'homme de bien qu'il fallait pour assumer ici la charge de la prédication. Je leur parlais en concentrant leur attention sur les points fondamentaux, la hauteur des buts de l'Islam, l'importance de ses injonctions dans l'état lamentable et dégradé de notre société précisément à cause de notre abandon des commandements islamiques, le devoir de prêcher le Message pour réparer cette situation sous peine d'être en faute car c'est une obligation stricte d'exhorter au Bien et de pourchasser le Mal, enfin qu'il ne suffisait pas de s'y prendre tout seul 8.
« Demandez à Dieu ses faveurs »

Terminons cet acte de naissance du mouvement par cet historique, évidemment un peu auto-hagiographique, dressé dix ans après la première réunion d'Ismaïlia: Pour ce qui est de l'expansion du Message dans les villages et les villes, j'ai déjà exposé comment le Message est né à Ismaïlia. C'est là, dans ce bon air pur, qu'il s'est infiltré et s'est accru, sur ce sable magnifique. Et voici ce qui le nourrissait et le faisait grandir, ce Message. Matin et soir les signes de l'occupation étrangère et de la prééminence européenne crevaient les yeux: Je ca~al de Suez. C'était lui la cause du mal, la racine de la plaie. A l'ouest, le

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camp militaire anglais avec ses installations et son armement, et à l'est le Bureau général de l'administration de la Compagnie du Canal avec son mobilier, son personnel de direction, son ampleur, sa hiérarchie. L'Égyptien, dans toute cette atmosphère, se sentait étranger chez lui - d'autres profitaient des biensde son pays -, méprisé - des Voilà les tiraient gloire de nourrissaient des ressources du étrangers l'exploitation pays. sentiments qui excellemment et largement le Message des Frères. Aussi sommes-nous demeurés avec plaisir dans la zone du canal. Puis nous sommes allés pré.cher au petit Nil, puis dans la province de Daqhaliya où une minuscule semence du Message s'empara des cœurs des croyants et n'eut de cesse de pénétrer dans toutes leurs pensées et tous leurs sentiments, devenant ainsi le modèle des grandes espérances, la plus précieuse incitation à se dévouer et à se sacrifier! -, puis le Message atteignit Le Caire. Là, l' « Association de la culture islamique» fusionna avec les Frères. Les militants de cette Association eurent foi dans l'Idée des Frères et dans leur option de travailler avec elle, en renonçant aux titres et aux nominations, en méprisant cet égocentrisme qui gâte toute action chez nous. En suite de quoi, il y eut au Caire un Bureau général de l'Orientation, qui veillait sur les différentes sections de la communauté naissante dans les provinces et dans les autres pays, et sur leur activité missionnaire qui fut telle que l'Idée atteignit de nouveaux pays. Aussi fallut-il diviser les forces, le temps, l'activité des membres du Bureau au service du Message. Ils avaient la candeur du lion, la pureté de l'eau de pluie, ils ne quémandaient le secours de personne, ni auprès des grands ni auprès de quelque organisme que ce soit, ils ne reçurent d'argent d'aucun gouvernement, ils ne demandèrent l'aide de personne d'autre que Dieu. Les sections des Frères se répandtrent avec une rapidité surprenante dans tous les coins de l'Egypte, depuis Assouan jusqu'à Alexandrie, Rashîd [Rosette], Port-Saïd, Suez, Tanta, le Fayoum, Bani-Sueïf, Minia, Assiout, Garga, Qenah et jusqu'à bi~n d'autres localités et villages, puis au-delà des frontières de l'Egypte, jusque dans la portion sud de notre bon pays, le cher Soudan, puis jusqu'aux autres parties de la patrie musulmane: à l'est dans les différentes portions de la Syrie, et au Maghreb dans ses différentes portions, puis encore dans tout le reste de notre territoire musulman béni de Dieu. Naguère, nous poussions le Message et nous travaillions à le diffuser; désormais, c'était lui qui nous précédait dans les villes et les villages et nous obligeait à aller à sa rencontre et à lui faire droit, quelle qu'en soit la peine et en dépit de notre épuisement. L'important, c'était que le seul lien 19 Les Frères musulmans en Égypte

entre tous ces groupes était la similitude du nom, l'unité du but - le seul lien, mais véritablement le plus fort de tous, car c'était le lien d'un amour profond et d'une coopération confiante. [. ..] Et ces groupes des villes et des villages n'étaient pas restreints, dans leur activité, à l'exécution des directives du Bureau général du Caire. Chacun d'eux agissait selon les besoins de l'endroit en créant son club, en possédant souvent sa maison en pleine propriété, en fondant aussi, parfois, des entreprises de bienfaisance, des entreprises économiques ou sociales en activité continuelle et toujours efficaces. La relation entre le Bureau général d'une part, ses branches et ses différents organes d'autre part, n'était pas du tout une relation de commandement ni de simple administration ni de seul contrôle doctrinal, c'était une relation bien supérieure à tout cela: relation spirituelle avant tout, relation de membres d'une même famille, relation de visites mutuelles en Dieu - les Frères prédicants visitant les autres Frères, se mêlant à eux, prenant connaissance des choses les plus importantes de leur vie privée et publique. Or cela, ce n'est pas un organisme qui le procure, que je sache, c'est une faveur que Dieu donne à qui Il veut. [...] Jusqu'à présent, Frères, le Bureau général de l'Orientation n'a reçu aucun secours d'aucun gouvernement, et il en est fier, et il défie qui que ce soit d'affirmer qu'il est entré dans les caisses de ce Bureau une seule piastre qui ne vienne de la poche des membres des Frères musulmans. Et nous ne voulons pas d'autre argent. Nous n'en recevrons jamais que d'un membre ou d'un ami. Nous ne nous appuyons en rien sur les gouvernements. Et ne mettez jamais cela dans votre ordre du jour ni dans votre programme. N'y pensez pas. Ne le faites ~as. Demandez à Dieu ses faveurs, Il connaît tout en toute chose 9.

général

2 Croissance d'une organisation 1930-1950

La croissance est rapide. En 1929, on compte 4 section~, et déjà 15 en 1932. La presse des Frères en recense 300 à travers l'Egypte en 1938, marquant ainsi une nette accélération du mouvement qui s'est transféré au Caire et organisé sous l'autorité absolue de Banna. Elles seront 2 ()()(Jen 1948, après la gue,"e de Palestine, au milieu des incertitudes politiques que connaft l'Egypte, déchirée entre le Palais et le Parlement, entre les pro-Allemands et les pro-alliés, entre le grand parti Wafd et les petits partis ou les groupes clandestins. En 1945, Banna affirme que son mouvement compte un demi-million d,e membres actifs, et l'on parle, l'ann;.ée suivante, d'un million en Egypte, et d'un demi-million hors d'Egypte - au Soudan (?), en Syrie, en Palestine. Pour 1948-1949, certains avanceront le chiffre, considérable, de 2 millions de Frères 1. Si l'on prend en compte la masse, peut-2tre aussi importante, des postulants, des sympathisants et des donateurs, on comprendra l'envie et l'intér~t que le mouvement suscite auprès des militants du Wafd, ou d'un groupe

comme celui des

«

Officiers libres» en gestation depuis 1936 à

l'Académie militaire nouvellement créée. Pensons simplement que le parti unique« de masse» de Nasser, au sommet de sa dictature« socialiste» et policière, en 1965-1967, comptera 5 millions d'adhérents, pour une population totale du pays qui a presque doublé en vingt ans! ,On ne soulignera jamais assez que tout ce qui est en gestation en Egypte à partir des années 1940 est obligatoirement marqué par les Frères musulmans. On peut s'inte"oger sur les raisons d'un tel succès. Après des temps d'euphorie, les années 1930 sont empreintes d'une profonde dépression. ~e traité anglo-égyptien de 1936 confirme la dépendance de l'Egypte en dépit de son « indépendance» formelle de 1922 et de la Constitution de 1923. Le parti Wafd perd dès lors de plus en plus sa popularité. La gue"e mondiale a été l'occasion d'autres conflits internes. Au-delà de la simple neutralité prévue par le traité de 1936, la Grande-Bretagne requiert le soutien d'un gouvernement wafdiste qu'elle impose en février 1942. Le Wafd s'en trouve largement déconsidéré devant l'opinion politique égyptienne, et se voit durement critiqué par les Frères musulmans. Mais il ne

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Les Frères musulmans en Égypte

semble pas fondé d'affirmer que Banna, ami personnel du prestigieux nationaliste arabe et islamique tAzfz Misri, n'eut alors de sympathie que pour le fascisme et le nazisme. Comme toutes les composantes du mouvement national égyptien, les Frères ont évidemment éprouvé des sympathies pour les ennemis des Anglais. Mais leur politique, comme le leur reprochent les nationalistes, est en fait beaucoup plus louvoyante. Ils se sont appuyés, au début de la gue"e, sur le jeune roi Farouk et son Premier ministre tAlî Maher. Lorsque le roi doit subir le diktat des Britanniques, Banna se voit inquiété et m2me incarcéré au Caire en 1941, puis à nouveau en 1945, ce qui ne l'empeche pas de garder pendant toutes ces années des contacts suivis avec la puissance coloniale. Les années troublées qui aboutisse,nt, après la gue"e, en 1951, à la dénonciation unilaté~ale par l'Egypte du traité de 1936, puis en juillet 1952 au coup d'Etat militaire des « Officiers libres», voient le premier apogée des Frères musulmans. Un chef charismatique

Démesurément amplifié, le mouvement s'est organisé. Ce qui le caractérise dès le début c'est l'obédience inconditionnelle au chef, au « Guide général», qui ne fera que s'affirmer. En 1939, un haut responsable s'écrie dans un discours aux étudiants Frères musulmans: Emmène-nous où tu veux! Par Dieu, si tu décidais de nous emmener là-bas en pleine mer, nous nous y enfoncerions avec toi 2! Et Banna fixe statutairement le

serment d'obédience du « membre actif» envers sa personne, dans
la Loi fondamentale du mouvement adoptée en 1945 : Je m'engage envers Dieu, le Très-Haut, le Très-Grand, à adhérer fermement au message des Frères musulmans, à combattre Uihad] pour lui, à vivre selon les règles de ses membres, à avoir entière confiance dans son chef et à obéir totalement en toute circonstance heureuse ou malheureuse. Je fais ce serment par Dieu le Très Grand et je prononce par Lui mon serment d'obédience. Dieu est garant de ce que je dis3. De là, la gravité des décisions du Guide. Certes, il est entouré de collaborateurs directs. Mais son rôle est tel qu'il faut le suivre, ou bien se résoudre à partir. Bann4, comme tous les chefs charismatiques, se sait i"emplaçable et s'en désole4 : Je souhaiterais avoir auprès de moi des hommes qui comprennent [le Message] et qui sachent diriger les autres, auxquels je

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pourrais m'en remettre en toute confiance dans leurs capacités. Mais où sont-ils? [...] Le Chef doit être un chef qui a été formé à l'être, pas seulement un chef créé par la nécessité et poussé en avant par les événements, bref un chef qui n'est pas un chef. Les chefs créés par les circonstances veulent se dépêcher d'obtenir des résultats avant de mettre en œuvre les moyens, leur passion du pouvoir sur les peuples, et les manœuvres de la politique les trompent et ils prennent le mirage pour de l'eau réelle. Toute l'organisation du mouvement, déjà fermèment établie lors du Ille Congrès (1935), codifiée en 1945 avec quelques révisions mineures en 1948 et 1951, doit assurer la meilleure transmission possible de l'Idée du Guide général, de soi imprévisible et souveraine. Voici un organigramme qui ne tient compte qu'hypothétiquement d'un élément insaisissable, à la fois interne et parallèle, l'Organisme spécial encore appelé par les non-Frères Organisation secrète ou Appareil militaire, chargé de l'armement et de l'entraînement d'unités « Frères musulmans ». N'oublions pas, en lisant cet organigramme, que le ciment de tout l'édifice, c'est la profession d'obédience personnelle, la bayea au Guide général (cf. p. 24). Bann4 affirme, dans ses Mémoires, que cette organisation a été établie et sanctionnée par un Règlement dès 1930 à Ismaïlia. On voit, d'après l'organigramme et les serments d'obédience, que l'Exécutif du mouvement est entre les mains du Guide assisté de quelques personnes parmi la vingtaine (en fait 12 ou 15 à partir de 1947) des membres, choisis par lui, du Bureau général de l'Orientation. Ces quelques tout proches - qui constituent le Centre général

- choisis par le150 membres dont les seulement annuelles par Guide, sont ensuite « élus» l'Assemblée des séances ont
normalement lieu en l'absence du Guide. Le vote est alors acquis à la majorité des 2/3, avec un quorum des 3/5. Or, au Centre général comme au Bureau de l'Orientation, seule est admise l'unanimité, et non la majorité. Tout désaccord important se solde donc soit par la soumission aveugle (à la manière de l'obéissance de certaines congrégations ou compagnies religieuses catholiques), soit par la sécession ou l'exclusion: sécession des « activistes» tentés par l'action violente en 1938-1939; exclusion de l'un des cofondateurs qui reproche à Bann4 son favoritisme familial en 1947; scissions graves dans la clandestinité ou la légalité, entre 1949 et 1953.

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Les Frères musulmans en Égypte

ORGANIGRAMME

5

.I
Organe fondateur +

__

_ Gujdegénéral _ __ _ _ _ _
(murshid ~ Cdmm)

--,

I +

(hay'a ta 'sîsiya)

(de 100à

150 membres)

[

Assemblée conSUltatiVe générale i~

(majlisal-shûra

al-Câmm) l' ] l,

- - - -

Bureau général de l'Orientation

(20,12

ou 15 membres)

II Vice-guide (à partir de 1951) l , l ,
Représentant
l
I I Secrétariat I . I I

,

Secrétaire général I I

I I Secrétariat général
.
l

l , Centre général (markaz Câmm) t ,

l .

,

,

Activités techniques ,
I 1 Sections I l' I Comités

, ,
,
"

I

I

Appareils locaux
I Bureaux

I

I

Propagande
(da Cwa)

I

I

Trésorerie
Politique

I

c:--.

Travail
Paysans ,Fa~ille

Droit
Statistiques Services

~

~ ,
rJJ

,

administratifs I

,

(manatiq)
Branches (shu Cab)
I

I Districts

'&',
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EtudIants
L IaIson avec " " Je monde musulman

Fatwa...

ë,

:

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'I ,I
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I

Familles l' (usar )

Entralnement "

physique" ,
Métiers

Presse et

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"

traduction

,
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"

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.Ir , " ,Phalanges'

I I

( kalil' ib)

Le credo des Frères

Le credo des Frères musulmans a da ~tre fixé dès les années 19301932, puisque l'un des premiers numéros de leur premier journal en reproduit le texte entier. Ce credo sera entériné par le Ille Congrès des Frères, en mars 1935. Il faut l'entendre en se remémorant le serment d'obédience, l'organigramme et l'existence de l'Organisation secrète armée qui aurait vu le jour à partir de 1943 :

section du Coran, de m'en tenir à la Tradition authentique, d'étudier la vie du prophète et l'histoire des compagnons. 2. Je crois que l'action droite, la vertu, la connaissance, sont parmi les piliers de l'Islam. Et je promets d'agir droitement en accomplissant les pratiques du culte et en évitant les choses mauvaises: je me plairai aux bonnes mœurs, j'aurai en horreur les mauvaises, je répandrai autant que je peux les usages musulmans, je préférerai l'amour et l'attachement plutôt que la rivalité et la condamnation, je ne recourrai aux tribunaux que contraint et forcé, je renforcerai les rites et la langue de l'Islam et je travaillerai à répandre les sciences et les connaissances utiles dans toutes les classes de la nation. 3. Je crois que le musulman doit travailler, gagner sa vie, s'enrichir, et qu'une part de ses gains revient de droit au mendiant et ,au misérable, et je promets que je travaillerai pour gagner ma vie et assurer mon avenir, que j'acquitterai la zakat[aumône] sur mes biens en en gardant aussi une part volontaire pour faire la charité, que j'encouragerai tout projet économique utile et ferai progresser les produits de ma région, de mes coreligionnaires, de ma patrie, sans jamais pratiquer l'usure ou l'intérêt ni chercher le superflu au-delà de mes capacités. 4. Je crois que le musulman est responsable de sa famille, qu'il a le devoir de la conserver en bonne santé, dans la foi, dans les bonnes mœurs. Et je promets de faire mon possible en ce sens et d'insuffler les enseignements de l'Islam aux membres de ma famille. Je ne ferai pas entrer mes fils dans une école qui ne préserverait pas leurs croyances, leurs bonnes mœurs *. Je lui
III

1. Je crois que tout est sous l'ordre de Dieu; que Muhammad est le sceau de toute la prophétie adressée à tous les hommes, que la Rétribution [éternelle] est une réalité, que le Coran est le Livre de Dieu, que l'Islam est une Loi complète pour diriger cette vie et l'autre. Et je promets de réciter [chaque jour] pour moi-même une

Allusion

aux écoles chrétiennes

missionnaires.

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