Les Intellectuels français et Israël

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À la « question juive » du XIXe siècle est venue se substituer ou s’ajouter au XXe siècle, la «question d’Israël», suscitant dans les milieux politiques et intellectuels des clivages surprenants et des revirements quelquefois inattendus. La création d’Israël a ravivé une série de problématiques qui ont modelé la politique contemporaine: Etat/communauté, laïcité/religion, orient/occident, etc. Dès avant 1948, les intellectuels français ont largement discuté de ces questions, depuis les débats entre le franco-judaïsme et le sionisme jusqu’aux prises de position contrastées d’un Louis Massignon ou Maurice Blanchot, de Jean-Paul Sartre ou François Furet, d’Albert Cohen ou Chris Marker, d’Annie Kriegel ou Alain Badiou, dont les revues d’idées se firent l’écho. Entre les condamnations et les enthousiasmes, les incompréhensions et les fidélités, ce sont les « aventures » de ces prises de position et polémiques qui sont présentées dans cet ouvrage collectif, issu de deux colloques tenus à l’Université de Tel-Aviv en 2007 et 2008.
Publié le : lundi 14 juillet 2014
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EAN13 : 9782841623174
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Sous la direction de Denis Charbit

Les Intellectuels français et Israël

Présentation

À la « question juive » du XIXe siècle est venue se substituer ou s’ajouter au XXe siècle, la «question d’Israël», suscitant dans les milieux politiques et intellectuels des clivages surprenants et des revirements quelquefois inattendus. La création d’Israël a ravivé une série de problématiques qui ont modelé la politique contemporaine: Etat/communauté, laïcité/religion, orient/occident, etc. Dès avant 1948, les intellectuels français ont largement discuté de ces questions, depuis les débats entre le franco-judaïsme et le sionisme jusqu’aux prises de position contrastées d’un Louis Massignon ou Maurice Blanchot, de Jean-Paul Sartre ou François Furet, d’Albert Cohen ou Chris Marker, d’Annie Kriegel ou Alain Badiou, dont les revues d’idées se firent l’écho. Entre les condamnations et les enthousiasmes, les incompréhensions et les fidélités, ce sont les « aventures » de ces prises de position et polémiques qui sont présentées dans cet ouvrage collectif, issu de deux colloques tenus à l’Université de Tel-Aviv en 2007 et 2008.

Table des matières

  • Présentation
  • 1. Avant Israël
    • Israël avant Israël(Antoine Compagnon)
    • D'un État l'autre ?(Pierre Birnbaum)
  • 2. Portraits de groupes
    • Figures de Juifs français au tournant des années 1920-1930(Nicolas Weill)
    • Juifs poètes de langue française: affirmation d'une identité(Monique Jutrin)
    • Ecrivains juifs de langue française: une écriture nouée à l'histoire(Anny Dayan Rosenman)
      • Une littérature juive?
      • Une écriture fortement liée à l’Histoire
      • La remise en question d’un modèle français
      • Une judéité littéraire
      • L’écriture et la mémoire de la Shoah
      • L’écriture et la mémoire de l’Occupation
      • Ecriture et Exil
      • Du roman nostalgique à l’essai: une renaissance de la pensée juive en France
  • 3. Figures
    • Louis Massignon, le sionisme et l'État d'Israël(David Lazar)
    • Albert Cohen, « un arbre de Judée dans la forêt française »?(Philippe Zard)
      • 1920-1930: l’affirmation nationale juive
      • 1930: la réticence romanesque
      • Après la Guerre: l’injonction contradictoire d’Israël
    • « Quoi qu'il arrive je suis avec Israël »(Gary D. Mole)
    • Révolution sans table rase(Gil Mihaely)
    • Du parti communiste au parti d'Israël : l'itinéraire d'Annie Kriegel(Denis Charbit)
      • La politique de la France au Moyen-Orient
      • La guerre du Liban et le rôle de l’URSS
      • Annie Kriegel et la droite israélienne
      • Le sens profond d’Israël et du sionisme
      • Entre sionisme, communisme, Shoah et République
    • Alain Badiou antimoderne : la question d'Israël(Éric Marty)
    • De l'essai et le midrash(Régine-Mihal Friedman)
      • « Les années maëlstrom »
      • « Coûts d’Essais »
      • Coïncidences, ou les « pseudonymes de la grâce »
      • Le midrash est le texte du texte… il est le temps du temps.
      • Portrait d’Israël en jeune fille
  • 4. Médias
    • Israël autour de 1967 dans la revue Esprit(François Lafon)
      • Les protagonistes de la polémique
      • Nouvelle polémique après la Guerre des Six Jours
      • En guise de conclusion: Vers la délégitimation de l’État d’Israël?
    • Le Monde diplomatique et le conflit : prendre parti ou parti-pris?(Samuel Ghiles-Meilhac)
      • Histoire du journal et de sa relation à Israël
      • Les contributions d’intellectuels français sur Israël dans Le Monde Diplomatique
      • Le Monde Diplomatique dans le débat intellectuel français
    • L'esprit du temps: les intellectuels, la télévision et Israël(Jérôme Bourdon)
      • Une télévision sioniste?
      • Le tournant de 1967: les doutes du philosioniste
      • Le débat implicite, en succession
      • Le débat explicite, en confrontation
      • De la paix manquée au retour de la confrontation
      • Conclure: sur l’histoire de la télévision et des intellectuels
      • Conclure: sur l’image d’Israël et la mobilisation des affects
  • 5. Envois
    • Un phénomène intéressant: les « amis de “La Paix maintenant” »(Ilan Greilsammer)
    • Le souci d'Israël(Alain Finkielkraut)

Présentation

Longtemps, la « question juive » a été un thème important de la réflexion et de la passion intellectuelle. Le sionisme ayant prétendu être, par la voix de son leader Theodor Herzl, la « solution moderne à ladite “question juive” », il n’est pas surprenant qu’elle ait donné lieu à une « question sioniste » puis « israélienne ». Le caractère singulier de l’entreprise – rassembler les juifs « dans le site de leur ancienne grandeur », le projet de ressusciter l’hébreu tenu pour langue morte, l’espoir de créer un homme nouveau et un autre type d’organisation sociale avaient de quoi susciter l’attention et l’intérêt, la sympathie ou la méfiance de nombre d’intellectuels français intrigués sinon fascinés par cette entreprise peu conforme. Mais c’est, bien entendu, le conflit israélo-arabe, qui a transformé la curiosité en controverse et fait de cette question israélienne un enjeu intellectuel franco-français, sinon une passion conflictuelle entretenue par la fréquence des éruptions de violence qui frappent régulièrement cet espace qui ne laisse personne indifférent. Loin d’être perçue comme un problème extérieur et importé, la question d’Israël s’est progressivement imposée au point d’apparaître parfois comme un problème intérieur. Cela est vrai, bien sûr, des intellectuels français dits de confession ou d’origine juive, mais dont la judéité était loin d’être réductible à une conviction religieuse ou à une lointaine identité d’aïeux disparus. D’autres qui ne l’étaient pas ont éprouvé, eux aussi, le sentiment qu’Israël méritait une place singulière dans leur réflexion: la proximité, au moins chronologique, entre la création d’Israël et la Shoah, la persistance du préjugé antisémite dans la vie politique, la mise au ban des Juifs français et étrangers sous le régime de Vichy, la déportation et la disparition de milliers d’entre eux avec la complicité des autorités françaises, la décolonisation qui eut pour conséquence, à plus ou moins long terme, d’obliger les juifs du Maghreb à émigrer en France ou en Israël, le surgissement de la mémoire douloureuse de la Shoah au début des années 1980, l’acuité de la réflexion sur l’identité juive en diaspora, expliquent la présence croissante d’Israël dans le débat intellectuel français qui, située initialement dans les marges, est aujourd’hui perçue comme centrale et mobilise régulièrement une partie de son attention et de ses préoccupations. De multiples numéros spéciaux de revue, un foisonnement de publications relevant de multiples genres, les interventions de grandes figures intellectuelles et d’innombrables pétitions, sans oublier la fameuse « couverture médiatique » des événements de la région, en témoignent.

Paradoxalement, la recherche est restée, à ce jour, discrète. Alors qu’il y a pléthore en France d’ouvrages, certains très bons et d’autres franchement moins bons, sur les relations diplomatiques franco-israéliennes, la bibliographie concernant les intellectuels et Israël est infime. Cela est d’autant plus curieux que si l’on se tourne du côté des biographies, le chapitre sur Israël est toujours en bonne place et relativement bien fourni : peut-on imaginer aujourd’hui une biographie intellectuelle de Raymond Aron, de Sartre, de Genet et même de Foucault ou Deleuze sans qu’il soit question de leur attitude sur le conflit israélo-arabe? En outre, si l’on a largement étudié les intellectuels français et leur rapport à l’URSS, à la Chine, à l’Amérique, à Cuba, au fascisme, au nazisme et au tiers-monde, voilà que cette histoire des intellectuels français dans leur rapport à Israël (et à la Palestine également) n’a pas encore été entreprise. Cette publication voudrait y remédier en posant les premiers jalons d’une recherche à poursuivre. Et c’est dans cette perspective à la fois chronologique et thématique qu’a été ordonné ce livre, fondé sur une recherche subventionnée par The Israel Science Foundation. Il réunit les actes de deux colloques organisés à l’université de Tel-Aviv les 20-21 mars 2007 (« Judaïsme et francophonie ») et les 18-19 mai 2008 (« Les intellectuels français et Israël: entre admiration et réprobation »), en collaboration avec le département de Français dirigé alors par le professeur Nadine Kuperty-Tsur et le soutien généreux de l’Association des amis français de l’Université de Tel-Aviv (l’AFAUTA) présidée par François Heilbronn.

Si on ressent intuitivement que l’attention portée à Israël est plus vive depuis 1967, on ne saurait s’y fier sans l’avoir établie en relevant la nature et la dimension de cet intérêt à des époques antérieures. En outre, comme rien non plus ne surgit ex nihilo, il importait de rendre compte de ce que la République des Lettres a dit et écrit sur l’expérience sioniste menée en Palestine dans la première moitié du XXe siècle avant qu’Israël ne soit créé. C’est à cette tâche que s’est livré dans la première partie ANTOINE COMPAGNON. Après lui, PIERRE BIRNBAUM a étendu au siècle tout entier l’examen du regard porté sur Israël par des intellectuels juifs de France afin de mieux dégager les évolutions sinon le changement de paradigme par rapport au franco-judaïsme initial de leurs aînés.

La deuxième partie couvre sur le plan diachronique cette période de l’entre-deux guerres. Elle met en évidence l’importance des groupes et des réseaux d’écrivains juifs qui appréhendent leur judéité comme une donnée culturelle et existentielle dont ils pressentent l’importance dans leur cheminement artistique personnel et pour leur inscription dans le champ littéraire français de cette époque. Or, pour nombre d’entre eux, cette judéité réaffirmée passe non par l’indifférence voire l’hostilité au sionisme (comme cela a été le cas des écrivains yiddish en Pologne), mais par un appui délibéré à l’entreprise menée en Palestine quand bien même il ne s’agissait nullement pour eux d’envisager à quelque moment que ce soit leur immigration. NICOLAS WEILL relate les débats qui ont agité les personnalités littéraires et universitaires dominantes de cette époque exaltées ou troublées par cette force sioniste montante, pari lesquels André Spire, Sylvain Lévi et Irène Némirovsky, tandis qu’ANNY DAYAN ROSENMAN retrace l’inscription de la judéité come écriture ou thématique dans le contexte des vicissitudes de la condition juive en Europe après la Seconde Guerre mondiale. Enfin, MONIQUE JUTRIN se met plus particulièrement à l’écoute des poètes juifs, lesquels ont exploré des voies d’expression nouvelles pour dire leur judéité par le verbe poétique.

La troisième partie, la plus étoffée, puisqu’elle compte sept contributions, tourne autour de figures. La plupart d’entre elles ne sont pas juives: il importe, en effet, de bien montrer que le sionisme et Israël n’ont pas attiré l’attention d’intellectuels juifs seulement. On peut ainsi retracer une généalogie de l’antisionisme et du philosionisme des intellectuels français à travers les exemples retenus pour ce livre. Le cas de Louis Massignon a été examiné par DAVID LAZAR – dont l’intervention est reprise d’un colloque organisé par Dominique Bourel, alors directeur du CRFJ, l’antenne du CNRS à Jérusalem – et à l’autre bout de ce chapitre, celui d’Alain Badiou a été décortiqué par ERIC MARTY. Tandis que PHILIPPE ZARD évoque la figure emblématique d’Albert Cohen, GARY D. MOLE montre à travers le cas exemplaire de Maurice Blanchot comment le soutien à la renaissance d’Israël peut être conçu comme un impératif auquel la mémoire de la Shoah oblige. Le sionisme a été pour des intellectuels français l’occasion de repenser leur rapport à la Gauche, à la révolution et à l’utopie. François Furet, dont GIL MIHAELY restitue la réflexion, a relié sa lecture du sionisme à son interrogation sur le devenir des révolutions, tandis qu’Annie Kriegel, dont DENIS CHARBIT retrace l’itinéraire du communisme au sionisme, a complété par son engagement en faveur d’Israël sa rupture avec le communisme, retrouvant ainsi le souci de la singularité juive. Enfin, pour clore ce chapitre des figures, RÉGINE-MIHAL FRIEDMAN revisite le film de Chris Marker sur Israël, Description d’un combat, qu’elle restitue dans la filmographie de Marker, mais aussi dans la continuité d’une réflexion sur les avatars et les contradictions d’un rêve qui s’est réalisé.

La quatrième partie touche aux médias: la télévision et les revues intellectuelles. JÉRÔME BOURDON décrit les évolutions du regard télévisuel sur Israël et le passage d’une vision idéalisée à un discours mixte qui tient compte non seulement des exigences du genre, mais aussi de l’importance du conflit israélo-palestinien dans la vie intellectuelle. FRANÇOIS LAFON restitue la correspondance échangée entre Marc Jarblum et Jean-Marie Domenach, directeur de la revue Esprit et souligne le moment où la Gauche intellectuelle française, admiratrice des réalisations d’Israël, bascule dans une perception critique. SAMUEL GHILES-MEILHAC met l’accent sur les interventions d’intellectuels français invités dans les colonnes du Monde diplomatique et le rapport entre ces interventions et la ligne du journal sur le conflit Israël-Palestine.

Pour clore ce parcours, nous avons inclus dans une partie intitulée Envois deux textes d’une facture différente de ceux qui précèdent. Le premier, d’ILAN GREILSAMMER, pose un regard ironique et doux-amer sur les vicissitudes de l’intellectuel juif de gauche en France, tandis que celui d’ALAIN FINKIELKRAUT conjugue émotion et responsabilité pour dire son souci d’Israël.

Denis Charbit &Nadine Kuperty-Tsur

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