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Les Maisons d'éducation de la Légion d'honneur

De
184 pages
Mystérieuses car mal connues et installées dans des lieux historiques entourés de hauts murs, réglées par des traditions bicentenaires mais sans cesse actualisées, les Maison d'éducation de la Légion d'honneur sont pourtant des établissements publics d'enseignement secondaire. Pourquoi, malgré l'uniforme, l'internat,la non-mixité et la discipline, rencontrent-elles pareil engouement? Comment chaque "Demoiselle de France" parvient-elle à aller au bout de son talent?
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Les Maisons d’éducation de la Légion d’honneur :
deux siècles d’apport à l’instruction et à l’éducation des jeunes filles

Acteurs de la Science
collection dirigée par Richard Moreau, professeur honoraire à l’Université de Paris XII, correspondant national de l’Académie d’Agriculture de France

La collection Acteurs de la Science comprend des études sur tous les acteurs de l’épopée scientifique humaine, des inédits et des réimpressions de textes anciens écrits par les savants qui firent la Science ou sur eux par leurs pairs, des débats et des évaluations sur les découvertes les plus marquantes et sur la pratique de la Science.

Titres déjà parus :
Jean-Paul Martineaud, De Vincent de Paul à Robert Debré. Des enfants abandonnés et des enfants malades à Paris, 2007. Joseph Averous, Sur mer et au delà des mers. La vie d’une jeune médecin de Marine, 1888-1904, préface de Jean Kermarec, 2006. André Krzywicki, Un improbable chemin de vie, 2006. Joseph Averous, Marie-Joseph Caffarelli (1760-1845), Préfet maritime à Brest sous le Consulat et l’Empire, 2006. Claude Brezinsky, Histoires de sciences. Inventions, découvertes et savants, 2006. Paul Germain, Mémoire d’un scientifique chrétien, 2006. Marc de Lacoste-Lareymondie, Une philosophie pour la physique quantique, 2006. Jean-Paul Moreau, Un Pasteurien sous les tropiques, 2006. André Audoyneau, Le Docteur Albert Schweitzer et son hôpital à Lambaréné. L’envers d’un mythe, 2005. Jacques Verdrager, L’OMS et le paludisme. Mémoires d’un médecin spécialiste de la malaria, 2005. Christian Marais, L’âge du plastique. Préface de Pierre-Gilles de Gennes, 2005. Jean Perdijon, Einstein, la relativité et les quanta, 2005. Lucienne Félix, Réflexion d’une agrégée de mathématiques au XXème siècle, 2005. Lise Brachet, Le professeur Jean Brachet, mon père, 2004. Jacques Risse, Les professions médicales en politique (1875-2002), 2004. Patrice Pinet, Pasteur et la philosophie, 2004. Jean Defrasne, Histoire des Associations françaises, 2004. Pierre Schuller, La face cachée d’une vocation. Lettres à un futur médecin. Préface de Bernard Lebeau, 2004. François Du Mesnil du Buisson, Penser la recherche. L’exemple de la physiologie animale, 2003. Suite des titres de la collection page 183

Général d’armée Jean-Pierre Kelche
Grand Chancelier de la Légion d’honneur
(sous la présidence de)

Les Maisons d’éducation de la Légion d’honneur :
deux siècles d’apport à l’instruction et à l’éducation des jeunes filles

Actes du Colloque organisé à l’occasion du Bicentenaire des Maisons d’éducation de la Légion d’honneur, Saint Denis, 5 avril 2006

L’Harmattan

Introduction générale
par

le général d’armée Jean-Pierre Kelche Grand Chancelier de la Légion d’honneur
Le renard a dit au Petit Prince : Il faut des rites, et il avait raison. Aujourd’hui nous sacrifions au rite de l’anniversaire et j’ai souhaité que celui des Maisons d’éducation de la Légion d’honneur soit à la fois cérémonieux, ce fut le cas notamment à Vienne, au Château de Schönbrunn où l’Empereur signa le décret de création, mais aussi chaleureux, à travers en particulier les fêtes de famille qui seront organisées dans chaque Maison en Juin, ou encore plein d’émotion comme cet extraordinaire concert la semaine dernière lorsque les demoiselles ont chanté tout près du lieu où repose leur fondateur, et enfin culturel, c’est la raison d’être de ce colloque. Le 19 mai 1802, Bonaparte proposait et faisait voter le projet qui est devenu la loi organique du 29 floréal An X, portant création d’un nouvel Ordre auquel fut donné le nom de Légion d’honneur. Cet Ordre n’est pas le plus ancien, certains datent des croisades. Mais il est aujourd’hui notre premier Ordre national et il a survécu à tous les régimes, aux crises et aux malheurs de notre Histoire. Au centre de l’étoile, le visage a changé, mais le symbole est resté. Des adaptations ont été introduites dans le statut initial, mais elles n’ont en rien modifié les principes d’origine qui en assurent ainsi depuis deux siècles la pérennité et le prestige. Le principe d’égalité, d’abord, qui faisait dire à Napoléon : Cette institution met sur le même rang les princes et les tam-

bours. Le principe d’universalité ensuite, qui vise à récompenser tous les services, civils ou militaires, sans établir entre eux ni hiérarchie ni distinction, pourvu qu’ils soient exemplaires. Ces deux grands principes, empreints de la profonde humanité dont la France se fit championne il y a deux siècles, expliquent certainement la résonance extraordinaire qu’a très vite obtenue la Légion d’honneur. Louis XVIII choisit de maintenir « l’Etoile des braves ». Louis-Philippe lui redonna sa place de première récompense française. En 1848, on voulut la supprimer et elle fut réservée pendant quelques années aux seuls militaires officiers. Après y avoir fait entrer la première femme en 1851, le futur Napoléon III la dota d’un nouveau statut appelé à la régir pendant plus d’un siècle. Il le fit au moment où il créa la Médaille militaire. En 1962 enfin, après les vicissitudes, la gloire et les ombres des deux conflits mondiaux, le Général de Gaulle dota la Légion d’honneur d’un Code qui demeure aujourd’hui encore sa charte fondamentale. Ce Code fut complété, en 1963 et toujours par la volonté du Général de Gaulle, par la création d’un second Ordre national, l’Ordre national du Mérite. Si j’ai souhaité faire ce court rappel historique, c’est simplement pour que chacune des élèves des Maisons d’éducation mesure la profondeur de l’ancrage de ses racines dans le temps. Toutes ici sont en effet filles, petites-filles ou arrière-petitesfilles d’un légionnaire, d’un médaillé militaire ou d’un membre de l’Ordre national du Mérite. Les Maisons d’éducation de la Légion d’honneur sont désormais bicentenaires, elles sont fidèles elles aussi aux deux principes fondateurs de la Légion d’honneur : l’égalité, tous les dossiers sont regardés avec la même attention et des facilités financières sont accordées aux familles qui en ont besoin, l’universalité, vous n’aurez qu’à regarder autour de vous pour constater que toutes les catégories socio-professionnelles et toutes les conditions sociales sont représentées. J’ajoute que des étrangères sont régulièrement admises, ce qui accentue encore l’ouverture et le rayonnement de cette Institution.
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Avant que ne s’ouvrent les débats, je voudrais donner quelques repères chronologiques. Napoléon Ier, on le sait, avait constamment présent à l’esprit sa Légion d’honneur. Au milieu des bivouacs, aussi bien qu’aux Tuileries et à Saint-Cloud, on le voit se préoccuper des moindres détails de l’administration de l’Ordre, comme des intérêts de ceux qui en font partie. Déjà, en 1805, avant de se rendre à l’armée pour commencer la célèbre campagne que devait illustrer la victoire

SAINT DENIS, 2006
(Cl. coll. part. Maison d’éducation de la Légion d’honneur de Saint Denis)

d’Austerlitz, il avait pensé aux filles des légionnaires et chargé le Conseil d’Etat de préparer un projet en vue de créer trois maisons d’éducation en leur faveur. Ce projet fut sanctionné par le décret du 15 décembre 1805, signé à Schönbrunn. Il fut complété par la fameuse lettre que l’Empereur écrivit au château de Finkenstein en Pologne le 15 mai 1807, par laquelle il donnait au Grand Chancelier Lacépède ses directives pour l’instruction et l’éducation dans les Maisons de la Légion d’honneur. La première Maison ouvrit à la fin de 1807, dans la superbe demeure des Montmorency, le château d’Ecouen ; Madame Campan, ancienne première femme de chambre de MarieAntoinette, en reçut la direction.
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L’Empereur fut à tel point satisfait de la façon dont ses intentions avaient été réalisées qu’après avoir honoré Ecouen de sa visite, il décrétait le 25 mars 1809, l’ouverture d’une seconde Maison dans l’ancienne Abbaye de Saint-Denis, qui sera dirigée par Madame du Bouzet, l’adjointe de Madame Campan à Ecouen ; Madame Campan et Madame du Bouzet reçurent à cette occasion le titre de Surintendante. D’autre part, en 1810, trois Maisons d’orphelines vinrent compléter cette organisation ; elles étaient réservées aux filles des légionnaires morts en service, administrées, comme tous les orphelinats à cette époque, par des religieuses et placées, elles aussi, sous l’autorité du Grand Chancelier. Deux de ces Maisons furent Les Loges, en forêt de SaintGermain-en-Laye, et la maison Corberon, rue Barbette dans le Marais à Paris, laquelle fonctionna de 1810 à 1850. La Restauration, en rendant le Château d’Ecouen à ses anciens propriétaires, répartit les élèves de cette Maison d’éducation entre les Loges et la rue Barbette qui perdirent ainsi leur statut exclusif de Maisons d’orphelines. La troisième Maison fut l’abbaye de Barbeau, en lisière de la forêt de Fontainebleau. Elle ferma en 1814 et ne rouvrit jamais. En 1850, Ecouen redevient Maison d’éducation, entraînant de facto la fermeture de la rue Barbette, dont il ne subsiste actuellement aucune trace, le quartier ayant été profondément remanié. En 1881 enfin, les nouvelles lois régissant l’instruction publique ont entraîné le départ des religieuses de la Congrégation de la Mère de Dieu, qui étaient toujours présentes bien qu’il n’y ait plus réellement de Maisons d’orphelines, et la laïcisation complète de l’ensemble. Il me faut encore signaler La Tronche, dans la banlieue de Grenoble. En effet, un hôpital tout neuf et pas encore en service accueillit pendant la seconde guerre mondiale toutes les demoiselles dont la famille habitait en zone non occupée et qui, de ce fait, ne pouvaient plus revenir à Ecouen, Saint-Denis ou les Loges. L’histoire n’a pas retenu comme Maison d’éducation les châteaux de Fleury-Mérogis et Morsang sur Orge, Issoire, ou le séminaire de Saint-Pé ou encore Hossegor, car ces lieux n’ont
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fourni qu’un hébergement temporaire des élèves et de certains de leurs professeurs pendant la même époque. Peut-être y-a-t-il dans l’assistance certaines anciennes ayant connu ce périple ? Ecouen continua à fonctionner jusqu’en 1962, date à laquelle le Général de Gaulle et le Général Catroux, Grand Chancelier, décidèrent de l’abandonner pour des raisons purement économiques et organisationnelles. Cette mesure entraîna des travaux lourds aux Loges et une restructuration des deux Maisons restantes.

FETE DE FAMILLE AUX LOGES, 20 JUIN 2006
(Cl. coll. part. Maison d’éducation de la Légion d’honneur deS Loges)

Depuis 1962 donc, les élèves sont réparties à peu près par moitié entre les Loges, en forêt de Saint-Germain-en-Laye, qui est un véritable collège et Saint-Denis, un lycée d’enseignement général comportant quelques classes préparatoires dans les domaines littéraire, commercial et des sciences politiques. Venons-en aux travaux de ce jour. Le titre même indique qu’ils seront nettement plus tournés vers l’Education et l’Instruction que vers l’Histoire, même si ces disciplines sont interdépendantes. J’ai souhaité que l’on s’attache surtout à mesurer les différences, s’il y en a, ou les parfaites similitudes entre les Maisons et les autres établissements de I’Education Nationale. J’ai aussi demandé que l’on étudie comment les Maisons ont répondu aux directives de l’Education nationale et
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comment, maintenant, elles se situent par rapport aux différents établissements, alors qu’à l’origine et pendant longtemps elles ont été résolument exceptionnelles. J’ai enfin voulu, bien que je ne sois pas spécialement féministe, que soit soulignée l’originalité des Maisons qui, les premières et les seules pendant longtemps, se sont intéressées aux femmes. C’est ainsi qu’une succession de communications nous permettront d’abord de nous pencher sur les origines, puis de nous attarder sur certains personnages et à travers ces portraits sur les catégories de personnel qui font et ont fait l’originalité et le succès des Maisons, et enfin de relever les valeurs et les principes qui, de tous temps, ont été les nôtres. Avant de laisser la parole aux divers intervenants, je voudrais les remercier car chacun d’entre eux a accepté de livrer une communication originale qui, j’en suis persuadé, permettra la publication d’actes tout à fait intéressants, cette publication étant rendue possible grâce au soutien de la Fondation Napoléon. Je me félicite enfin de voir réunis sur cette estrade, conformément aux principes de la Légion d’honneur, des conférenciers jeunes et moins jeunes, des hommes et des femmes, d’illustres professeurs et d’autres moins connus, et pas seulement des Parisiens ni uniquement des universitaires. Réjouissons-nous donc de cette diversité et sûrement complémentarité. La journée va être dense, elle sera passionnante. J’espère que les débats seront suffisamment animés de telle sorte que ce soir, lorsque M. le Ministre Gilles de Robien sera là, on puisse vraiment répondre à la question posée que je reformulerai autrement : En conclusion, peut-on penser que les Maisons d’éducation ont été et sont encore des modèles d’enseignement pour les jeunes filles ?, et vérifier ainsi ce que l’on affirme couramment en les jugeant résolument modernes et de leur temps, bien qu’ancrées dans une tradition bicentenaire. Que tous les intervenants nous enrichissent à présent de leur savoir, c’est mon seul et unique souhait.
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LE

LE MINISTRE DE L’EDUCATION NATIONALE, GRAND CHANCELIER DE LA LEGION D’HONNEUR

et les différents intervenants, en fin de journée, sur l’estrade de la salle des fêtes de la Maison de Saint Denis (Cl. Jean-Claude Rime, Studio Sphynx)

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PREMIERE SESSION : L’EDUCATION DES FILLES AU XVIIIEME ET AU DEBUT DU XIXEME SIECLES

Introduction
par

M. Jean Tulard*
Après le divorce de l’Empereur, un conseil extraordinaire réunissant la famille impériale et les grands dignitaires eut lieu aux Tuileries. Napoléon devait-il épouser une princesse russe, autrichienne ou saxonne ? Talleyrand dans ses mémoires rapporte les propos de Napoléon ouvrant ce conseil : Je n’ai pas renoncé sans regret, assurément, à l’union qui répandait tant de douceur sur ma vie intérieure ? Si, pour satisfaire aux espérances que l’Empire attache aux nouveaux liens que je dois contracter, je pouvais ne consulter que mon sentiment personnel, c’est au milieu des jeunes élèves de la Légion d’honneur, parmi les filles des braves de France, que j’irais choisir une compagne et je donnerais pour Impératrice aux Français celle que ses qualités et ses vertus rendraient la plus digne du trône. Rêvons. Si Napoléon avait épousé une demoiselle de la Légion d’honneur, son choix eût été incontestablement populaire, non seulement auprès de l’armée, mais de l’ensemble des Français, il eût ménagé la susceptibilité russe et soulagé les craintes autrichiennes, il eût aussi évacué le souvenir malheureux de Marie-Antoinette. Napoléon n’aurait pas été trahi et
____________ * Membre de l’Institut, Professeur émérite à la Sorbonne.

abandonné par une demoiselle de la Légion d’honneur comme il le fut par Marie-Louise. Mais son destin n’était-il pas d’être trahi d’abord par Joséphine puis par Marie-Louise ? Dans ses rapports avec les femmes Napoléon a tout connu : l’amour, l’infidélité, le divorce et la solitude. Il a laissé le souvenir d’un amant pressé (mais il avait l’Europe à conquérir) et peu empressé. Mais il savait leur écrire - ses lettres à Joséphine font partie de la littérature française - et probablement leur parler. Il détestait les égéries, les femmes intrigantes et leur préférait les femmes bonnes, douces et conciliantes. Ce sont celles que j’aime, disait-il à Joséphine. Misogyne ? Non. Mais on lui attribue un mot cruel : Si l’on ne vieillissait pas, je ne voudrais pas de femme.

DE G. A DR. MME DOSSIOS-PRALAT, M. JEAN TULARD, MME PICCO
(Cl. Jean-Claude Rime, Studio Sphynx)

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La création des Maisons d’éducation de la Légion d’honneur
par

Madame Odette Dossios-Pralat*
Napoléon, grand chef de guerre fut aussi un administrateur avisé qui, dès les premières heures du Consulat, entreprit d’organiser la société civile dans tous les domaines. La création du Conseil d’Etat, du corps préfectoral, de la Banque de France, de la Légion d’honneur, ou encore l’élaboration du Code civil, entamée dès 1801, témoignent de l’intérêt du Premier Consul puis, plus tard, de l’Empereur, pour tous les rouages qui permettent un fonctionnement harmonieux de la société. La question de l’enseignement ne pouvait lui être étrangère. Il fut ainsi conduit à créer les lycées et les Maisons d’éducation de la Légion d’honneur.

Etat de l’enseignement avant le Consulat
Sous l’Ancien régime, les fils des familles nobles ou de la bonne bourgeoisie étaient éduqués soit par des précepteurs particuliers, soit dans des collèges religieux, par des maîtres relevant de l’Eglise. Certains jeunes gens pouvaient toutefois, s’ils étaient nobles, être admis dans les écoles militaires royales. On se sou____________ * Inspecteur général (h) de l’Administration de l’Education nationale et de la Recherche, Intendante générale des Loges de 1980 à 1988.

vient que le jeune Napoléon, âgé de dix ans, fut reçu en 1779 à Brienne, puis en 1784, à l’Ecole de guerre de Paris. Les fils des paysans ou des ouvriers fréquentaient parfois des écoles charitables durant quelques mois, au mieux deux ou trois ans, mais, dans l’ensemble, ils restaient auprès de leurs pères qui leur enseignaient à conduire la charrue ou à manier la truelle. Les filles, quant à elles, demeuraient en général près de leurs mères qui les pliaient aux tâches ménagères et familiales. Dans la première classe de la société, la tradition voulait que l’on plaçât les jeunes filles dans des couvents - ceux de la Visitation étaient les plus appréciés - où elles recevaient un enseignement religieux et prenaient l’habitude de se comporter avec politesse et réserve. Grande nouveauté : au XVIIème siècle, Madame de Maintenon avait créé la Maison de SaintCyr, placée sous la tutelle du roi lui-même, destinée à recevoir trois cents jeunes filles nobles mais sans fortune. L’une des soeurs de Bonaparte, Elise, fut admise à Saint-Cyr et y resta jusqu’à la fermeture de l’école, ordonnée par la Convention, le 16 août 1792. La Convention, en effet, condamna couvents et monastères - et l’école de Saint-Cyr protégée par le roi - car elle voulait créer un enseignement public. Une loi du 19 décembre 1793 rendit l’enseignement obligatoire, gratuit et laïque pour les enfants de six à huit ans. Les maîtres, « bons citoyens » aux yeux des révolutionnaires, devaient être rémunérés par l’Etat. Mais la loi Lakanal du 17 novembre 1794 supprima l’obligation - dans la difficulté où se trouvait la République de recruter en nombre suffisant des maîtres « bons révolutionnaires » - et celle de 25 octobre 1795 le principe de la rémunération prévue. Si la Convention renonça finalement à un enseignement primaire d’Etat, elle s’attacha, en revanche, à multiplier les établissements supérieurs de qualité : Collège de France, Museum, Conservatoire général de Musique, Ecole centrale des Travaux publics - qui deviendra l’Ecole Polytechnique -, Conservatoire des Arts et Métiers, Ecole Normale, Ecoles d’officiers de santé. Des cours de langues orientales vivantes furent même créés en mars 1795. C’est également sous la Convention que se trou16

vèrent fondés la Bibliothèque Nationale, le Musée des Monuments français, les Archives Nationales, l’Institut de France. En ce qui concerne l’enseignement secondaire, la loi Lakanal créa les écoles Centrales, en principe une par département, qui furent l’objet essentiel des soins du Directoire. Un enseignement national, laïque, scientifique y était dispensé aux adolescents de douze à dix-huit ans, mais non aux jeunes filles. Celles-ci furent complètement délaissées par les pouvoirs publics à cette époque, réduites à l’éducation et aux rudiments de savoir que leurs mères pouvaient leur dispenser.

L’enseignement sous le Consulat et l’Empire
La loi du 11 floréal de l’an X, soit le 1er mai 1802, dans la seconde année du Consulat, s’intéresse à l’ensemble du système scolaire. On lit : l’Instruction sera donnée : premièrement dans les écoles primaires établies par les communes ; deuxièmement dans les écoles secondaires établies par les communes ou tenues par des maîtres particuliers ; troisièmement dans des lycées ou des écoles spéciales entretenues aux frais du Trésor public. Parmi ces institutions scolaires, seuls les lycées relèvent d’une création. Leurs débuts s’avèrent assez difficiles : on n’en compte que trente-huit en 1804. C’est qu’ils sont supposés s’autofinancer en partie et que les professeurs compétents que l’Etat peut nommer ne se trouvent pas si nombreux. Les membres du conseil d’administration du lycée (proviseur, censeur, procureur) dépendent étroitement du pouvoir central, ainsi que les inspecteurs généraux, au nombre de trois, dès le 11 floréal de l’an X. Les lycées ne sont ouverts qu’aux garçons, externes ou internes. Parmi ces derniers on remarque des « élèves nationaux », fils de militaires ou de fonctionnaires ou encore recrutés à la suite de concours organisés à l’intention des meilleurs éléments des écoles centrales supprimées à partir de l’an IX (1800-1801), par un décret consulaire.
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Sont enseignées les humanités - latin, lettres - auxquelles se rattachent l’histoire ainsi que la géographie - et les mathématiques qui laissent une place réduite à la physique et à l’astronomie. Mais les lycées ne doivent pas se contenter de diffuser le savoir. Ils ont pour mission aussi d’éduquer des jeunes gens responsables, désireux de servir leur pays et d’oeuvrer en vue de la cohésion nationale. La loi du 10 mai 1806, qui crée l’Université et fixe le monopole de l’Etat, confirme les principes de base sur lesquels Bonaparte s’était appuyé dès 1802. Par ailleurs, les douze écoles militaires de l’Ancien régime ayant été supprimées par la Révolution, Bonaparte, puis Napoléon, les restaure et en établit de nouvelles. Ayant beaucoup d’intérêt pour la ville de Saint-Germain-en-Laye, l’Empereur y installe une très importante école de Cavalerie créée par un décret du 8 mars 1809. De nombreuses écoles d’artillerie, de navigation recrutent d’excellents candidats qui rêvent de glorieux exploits dans l’armée napoléonienne. Les jeunes filles, toujours délaissées par les pouvoirs publics, reçoivent leur éducation de leurs mères ou de particuliers tenant une école. Parmi ceux-ci, on peut citer Madame Campan, ancienne première femme de chambre de la reine Marie-Antoinette, qui avait ouvert un établissement à SaintGermain-en-Laye pour y éduquer des jeunes filles de la meilleure société. Elle compta Hortense de Beauharnais au nombre de ses élèves. Certaines congrégations religieuses se vouant à l’enseignement, fermées sur ordre de la Convention, furent autorisées peu à peu sous l’Empire à rouvrir leurs portes.

La création des Maisons d’éducation de la Légion d’honneur
Après la signature de la paix d’Amiens, le 25 mars 1802, paix que les français avaient si fort espérée, la rivalité anglaise se manifesta de nouveau à propos de l’affaire de Malte, puis hors de l’Europe, dans des territoires coloniaux ou sur les mers.
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