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Les nègres

De
124 pages
Dernier ouvrage publié par Maurice Delafosse (1870-1926), les Nègres (1927) peut apparaître comme une synthèse de l'ensemble des recherches menées par celui-ci sur les sociétés de l'Afrique subsaharienne. On notera l'intérêt que Delafosse porte à l'histoire des constructions politiques de l'Afrique comme à l'art et à la littérature. Cette réédition des Nègres permettra de mieux saisir les raisons du prestige exercé par l'oeuvre de Delafosse sur les écrivains négro-africains des années 30.
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LES NEGRES

COLLECTION AUTREMENT MEMES conçue et dirigée par Roger Little
Professeur émérite de Trinity College Dublin, Chevalier dans l'ordre national du mérite, Prix de l'Académie française, Grand Prix de la Francophonie en Irlande etc.

Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, sous fonne de roman, nouvelles, pièce de théâtre, témoignage, essai, récit de voyage etc., rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de l'Autre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. fi s'agit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme: celui qui recouvre la période depuis l'installation des établissements d'outre-mer). Le choix des textes se fait d'abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l'ouvrage, mais tient compte aussi de l'importance à lui accorder dans la perspective contemporaine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique libérale, met en valeur l'intérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte.

« Tout se passe dedans, les autres, c'est notre dedans extérieur, les autres, c'est la prolongation de notre intérieur.» Sony Labou Tansi

Titres parus et en préparation: voir en fin de volume

Maurice Delafosse

LES NE GRES

Présentation de

Bernard Mouralis

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique ~75005 Paris FRANCE
L'Harmattan Hongrie Espace Fac..des L'Harmattan Sc. Sociales, BP243, Université Kinshasa Pol. et Adm. ;

Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

KIN XI - RDC

1053 Budapest

de Kinshasa

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Le médaillon de la couverture montre Maurice Delafosse à 53 ans, soit vers 1923. Cette photographie, provenant des archives familiales, est reproduite hors texte dans Maurice Delafosse, le Berrichon conquis par l'Afrique de Louise Delafosse.

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1 @wanadoo.fr

«) L'Harmattan,

2005

ISBN: 2-7475-9375-4 EAN : 9782747593755

INTRODUCTION par Bernard Mouralis

Ouvrages de Bernard Mouralis Individu et collectivité dans le roman négro-africain d'expression française, Abidjan, Annales de l'Université d'Abidjan, diff. Klincksieck, 1969, 165 p. Les contre-littératures, Paris, P.U.F., 1975, 206 p. (traduit en espagnol, Buenos Aires; italien, Florence; et portugais, Coimbra). L 'Œuvre de Mongo Beti, Issy-les-Moulineaux, Éditions Saint-Paul/Les Classiques Afiicains, 1981, 128 p. Littérature et développement: essai sur le statut, la fonction et la représentation de la littérature négro-africaine d'expression française, Paris, Silex, 1984, 572 p. ~ ~ Mudimbe ou le Discours, l'Écart et l'Écriture, Paris, Présence Afiicaine, 1988, 143 p. Montaigne et le mythe du bon sauvage, de l'antiquité à Rousseau, Paris, Pierre Bordas, 1989, 128 p. Les Contes d'Amadou Koumba de Birago Diop, coll. Parcours de lecture, Paris, Bertrand Lacoste, 1991, 127 p. L'Europe, l'Afrique et lafolie, Paris, Présence Afiicaine, 1993, 238 p. République et colonies. Entre histoire et mémoire: la République française et l'Afrique, Paris, Présence Afiicaine, 1999, 251 p. En collaboration avec Emmanuel Fraisse, Questions générales de littérature, Paris, Seuil, coll. Points Essais, inédit, 2001, 303 p. Ouvrages collectifs Itinéraires et contacts de cultures, vol. 13 : Autobiographies et récits de vie en Afrique, Paris, APELNUniversité de Paris Nord!L'Harmattan, 1991, 175 p. Revue des Sciences Humaines, n° 227: Le Primitivisme (dans la civilisation et l'art), juillet-septembre 1992, 252 p. Aspects de l'interprétation, Cergy-Pontoise, UCP, Centre de recherche Texte/Histoire, 1994, 135 p. Avec Nicolas Martin-Granel, Les Cahiers d'Études africaines, n° 140: Encrages, 1995,pp. 719-962 Avec Anne Piriou et Romuald Fonkoua, Robert Delavignette (18971976), savant et politique, Paris, Karthala, 2003, 352 p. Notre Librairie, n° 153 : Voyages en Afrique. De l'explorateur à l'expert, janvier-mars 2004, 160 p. Notre Librairie, n° 157 : Littérature et développement, janvier-mars 2005, 160p.

INTRODUCTION Les Nègres constitue le dernier ouvrage écrit par Maurice Delafosse. Celui-ci y travaille pratiquement jusqu'à sa mort, survenue le 13 novembre 1926. Il en coITige les épreuves à la fin du mois d'août et le livre paraît au début de l'année 1927, chez Rieder, l'achevé d'imprimer mentionnant la date du 25 mars 1927. Les Nègres est un ouvrage de synthèse sur les sociétés négro-africaines destiné à un public plus large que celui des africanistes. À cet égard, il convient de le rapprocher de trois autres ouvrages écrits par Delafosse après son retour définitif à Paris en mars 1918 : Les Noirs de l'Afrique (1921), L'Arne nègre (1923) et Les Civilisations négro-africaines (1925)1. L'ouvrage peut apparaître ainsi comme une sorte de dernier état de la pensée de Delafosse, qui revient à cette occasion sur la quasi-totalité des problèmes qui n'ont cessé de le préoccuper tout au long de sa carrière de chercheur et dont l'exposé a eu un retentissement important, notamment en ce qui concerne la vision que les écrivains de la négritude se sont faite des civilisations africaines, au cours des années 19301950. Néanmoins, en dépit de la volonté nettement affichée par l'auteur d'écrire un livre destiné au grand public, dans lequel les notes de bas de page et la bibliographie sont réduites au minimum, le livre est complexe, car, derrière ce qu'écrit Delafosse à propos de tel ou tel aspect des sociétés africaines, se profile toujours un écrivain qui parle, si on le lit attentivement, de son itinéraire personnel et des combats qu'il a menés
1 Pour les références de ces ouvrages, voir la Bibliographie sélective à la suite de la présente Introduction, pp. xxxv-xxxix. VII

dans le domaine de la politique coloniale comme dans celui de la place qu'il convenait d'accorder, selon lui, aux études africaines dans le champ de la recherche académique.

Delafosse : une vocation coloniale? Maurice Delafosse est né le 20 décembre 1870 à Sancergues (Cher), gros bourg situé à 10 km au sud-ouest de La Charitésur-Loire et qui restera, tout au long de sa vie, un des pôles importants de sa géographie personnellel. Après des études secondaires brillantes, il entreprend des études de médecine à Paris à partir de la rentrée 1888. En dépit de son sérieux, il ne manifeste qu'un intérêt relatif pour cette discipline. En effet, dès cette époque, nous savons par divers témoignages qu'il a l'occasion, notamment par l'intennédiaire de son frère Abel (né en 1866), proche du futur député Lucien Hubert, très intéressé par les questions coloniales, de rencontrer un certain nombre de personnes qui ont contribué à la pénétration française en Afrique. C'est ainsi qu'il fréquente la Société de Géographie et qu'il rencontre très probablement Binger. Il s'inscrit en octobre 1890 à l'École des Langues orientales et suit des cours d'arabe. Il a comme professeur Octave Houdas qui deviendra rapidement

1 Sur le milieu familial et la maison de Sancergues, voir la biographie que Louise Delafosse a consacrée à son père: Louise Delafosse, Maurice Delafosse, le Berrichon conquis par l'Afrique, Paris, Société Française d'Histoire d'Outre-Mer, 1976, notamment pp. 1-70, ainsi que les nombreux documents iconographiques de l'ouvrage. 2 Louis Gustave Binger (1856-1936) avait conduit une importante expédition au cours de laquelle il avait relié la boucle du Niger à la Côte d'Ivoire. Il en a fait l'exposé détaillé dans son ouvrage, Du Niger au golfe de Guinée par le pays de Kong et le Mossi, 1887-1889, Paris, Hachette, 1892, 2 vol. Il fut par la suite gouverneur de la Côte d'Ivoire, de 1893 à 1897. VIII

un collaborateur et un ami, puis son beau-père - il épousera
sa fille Alice en 1911. Son projet est alors de préparer en trois ans un diplôme d'arabe en vue d'être recruté comme professeur à l'école franco-musulmane de Saint-Louis, au Sénégal. Mais son désir d'aller en Afrique est vif Il ne termine pas la préparation de son diplôme et, au tout début de mai 1891,il décide de rejoindre, à Biskra dans le sud de l'Algérie, l'Institut des Frères Armés du Sahara. Cet organisme avait été fondé par un prélat assez anomique, le cardinal Charles Lavigerie (1825-1892). Celui-ci, après avoir été en Syrie directeur de l'œuvre des écoles d'Orient, fut évêque de Nancy, puis nommé archevêque d'Alger, en 1867, et de Carthage, en 1884. Il était cardinal depuis 1882. Animé de la volonté d'évangéliser l'Afrique du Nord et l'Afrique subsaharienne, il avait fondé en 1868 les Missionnaires d'Afrique, plus couramment appelés « Pères blancs )}1.Mais ce souci d'évangélisation s'accompagnait chez lui d'une grande sensibilité à la misère des populations autochtones et l'action qu'il impulsa avait une dimension sociale qui, d'ailleurs, était loin de rencontrer toujours l'assentiment des autorités coloniales. En particulier, parallèlement à la création des écoles et des dispensaires, il voulut débarrasser l'Afrique de l'esclavage. C'est dans cette perspective qu'il entreprit, à partir de 1888, une vaste campagne d'information à Paris, Londres, en Suisse, en Italie, en Belgique et qu'il organisa en septembre 1890 à Paris un congrès anti-esclavagiste auquel Maurice Delafosse assista. Comme l'écrit la fille de ce dernier dans la biographie qu'elle lui a consacrée: « C'est là que mon père, si épris de justice et de liberté et sentant en lui un ardent besoin de se dévouer à une cause humaine, prit conscience de ce qui lui parut être sa vocation, et qui, du

1

C'est à l'occasion de la visite à Alger de l'escadre ftançaise, en 1890, que le cardinal devait porter ce fameux toast à la République qui fut à l'origine du « ralliement» des catholiques français au nouveau régime. IX

reste, devait lui tenir à cœur jusqu'à sa mort: délivrer les

esclaves1. »
Lavigerie créa ainsi une sorte d'ordre religieux et militaire: l'Institut des Frères Armés du Sahara, dont le siège était à Biskra et qui recrutait des volontaires de 18 à 35 ans, chargés de délivrer, éventuellement par la force, les esclaves achetés par des marchands et emmenés par les caravanes à travers le Sahara. Les critères de recrutement étaient sélectifs et on exigeait en particulier des candidats une connaissance de l'arabe. De plus, ces derniers, une fois admis, recevaient un enseignement religieux, anthropologique, historique et linguistique. Une part importante de leur activité personnelle était donc consacrée à l'étude. Ils devaient également faire vœu d'obéissance et de pauvreté. Maurice Delafosse fut séduit par un tel organisme dont l'idéal correspondait sans aucun doute à quelque chose de très profond en lui et qui devait marquer toute son existence: la passion de la connaissance des langues, le désir de connaître au plus près des populations méprisées mais dont il percevait la richesse culturelle, la volonté d'agir dans le sens de la justice. Il quitte la France presque clandestinement et, après avoir gagné Bourges, Lyon et Marseille, il s'embarque le 7 mai sur le Lorraine et débarque à Philippeville (aujourd'hui Skikda). De là, il gagne par le train Constantine, puis Batna. Il arrive le 12 mai à Biskra, après avoir fait la quasi-totalité du voyage à pied avec des Algériens. Inutile d'ajouter qu'il ne dispose pratiquement d'aucune ressource 2.

Louise Delafosse, Maurice Delafosse, le Berrichon conquis par l'Afrique, p. 78. 2 Sur le détail de ce voyage, on se reportera à Louise Delafosse, op. cit., pp. 80-82, qui reprend l'article de Georges Hardy, qui, dans le numéro spécial de la revue Outre-Mer, 3e trimestre 1929, intitulé Mémorial Maurice Delafosse, s'appuie sur les lettres adressées à sa sœur Jeanne. x

1

Dès son arrivée, Delafosse participe avec des camarades à un certain nombre de voyages à partir de Biskra et il visite ainsi Chetma et Sidi Okba, où il prend conscience de la ferveur religieuse des populations. Au cours de l'été, il est envoyé à El Kantara, puis Alger et revient fin juillet à Biskra. Il quittera définitivement cette ville le 10 novembre 1891 pour effectuer son service militaire à Constantine1. Celui-ci est alors de trois ans, mais il est possible de le limiter à un an pour les appelés qui s'engagent dans une formation universitaire. Delafosse regagne Paris et s'inscrit pour deux ans à l'École des Langues orientales pour y terminer son diplôme d'arabe. Il fréquente aussi le Trocadéro et le Muséum où il se lie avec Hamy, élargit le cercle de ses relations africanistes. Bref, ces deux années 1892-1893 sont particulièrement fécondes et, en 1894, il publie en collaboration avec Lucien Hubert Tombouctou, son histoire, sa conquête, ainsi qu'une étude de 436 pages sur la langue «dahoméenne », Manuel dahoméen: grammaire, chrestomathie, dictionnaire françaisdahoméen et dahoméen-français, réalisé à partir d'entretiens avec des Dahoméens séjournant à Paris. Sans compter déjà pour la seule année 1894 une bonne dizaine d'articles. En août 1894, il est nommé commis des Affaires indigènes de 3e classe en Côte d'Ivoire. Ainsi commence la carrière africaine de Maurice Delafosse. Il occupe d'abord plusieurs postes dans le centre de la Côte d'Ivoire, de 1894 à 1897. Puis, pendant les années 1897-1898, il est administrateur adjoint faisant fonction de consul de France à Monrovia, au Liberia. En 1899-1900, il revient en Côte d'Ivoire et il est affecté dans le cercle du Baoulé. En 1900-1901, il est détaché

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La brièveté du séjour de Delafosse à l'Institut des Frères Armés du Sahara tient essentiellement à l'arrivée de son nouveau directeur, Mgr Toulotte, qui est chargé, sur instructions du gouvernement français, de limiter les activités de l'Institut afin d'éviter des problèmes avec certaines autorités locales. D'ailleurs, l'Institut fermera peu après. Xl

au ministère des Colonies pour préparer l'Exposition universelle. Parallèlement, il est chargé du cours de dialectes soudanais à l'École des Langues orientales. En 1901-1903, il revient en Mrique et il est nommé chef de la section française de délimitation des frontières entre la Côte d'Ivoire et la Gold Coast (aujourd'hui Ghana). Cette expérience est l'occasion pour lui d'avoir des contacts fructueux avec des responsables de l'administration coloniale britannique et de comparer les conceptions et les styles de la France et de l'Angleterre en matière de politique coloniale. Après son congé passé en France, il est promu en 1903 administrateur adjoint de 1èreclasse et nommé à la tête du cercle de Korhogo, dans le nord de la Côte d'Ivoire. Il va y rester jusqu'en 1909. Bien qu'entrecoupé de périodes de congés, ce séjour est particulièrement long. Cela tient aux difficultés sérieuses que commence à rencontrer Delafosse de la part de certains de ses supérieurs, même si, entre temps, il a été nommé administrateur de 2e classe. En effet, Delafosse souhaitait obtenir le poste de secrétaire général du HautSénégal-Niger! : à l'appui de sa candidature, il rédige deux mémoires, l'un sur la question foncière, l'autre sur l'administration financière de l'A.O.F. Mais il ne sera pas retenu. Voyant sa carrière bloquée, Delafosse demande à être détaché à Paris, où, de 1909 à 1915, il assure de nouveau son cours de dialectes soudanais à l'École des Langues orientales ainsi qu'un enseignement de langues et coutumes soudanaises à l'École coloniale. C'est au cours de cette période qu'il réalise, à partir d'une demande de François Joseph Clozel, Gouverneur de la Côte d'Ivoire (1903-1907) puis du Haut-SénégalNiger (1908-1915), l'ouvrage monumental en trois volumes

1

Ce territoire regroupait alors une partie du Sénégal oriental, le Soudan
Français (aujourd'hui Mali) ainsi que la Haute-Volta (aujourd'hui Burkina Faso).

XII